‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 62 sur 76 · lies ronces dëgouttaùxes · texte numérisé non relu

lies ronces dëgouttaùxes

^orient de ses oiieveui'ies dépouilles sanglantes.

L« B. Les cheveux sont les dépouilles de la tète ; mais quelles peuvent être les dépouilles des cheveux? Cette expression nous semble trop hasardée. Sénèque a dit plus

correctement:

Aufernnt dumi comasm

L. H', n se peut que ce vers , fort plat^ nnferuai dami %omas I 4oit correct ; nnatti la poésie de t«tix-ci :

, tici ronces d^oattkintès

Portent de uê cheveux les dépouilles sanf^UatcS^

«st <6ute autre chose que 4e la correcfiom ^ et pourtant u'est ni incorrecte ^ ni même Ivh^hasardèe , quoiqu'heureuae et hardie. Est-ce que les cheveux ne 'se prennent pas génërî'quement poor la chevelure 7 Et ce qui en est arrache ne peut-il pas s'appeler une dépouille^ Toutes ces chicanes font pitië*

([i^^ ^ ^®^ ^^^ ^^ harmonieux , si poétique ^ charme tellement l'oreille , et frappe si vivement l'esprit ^ qu'on ne voudrait pas le retrancher d'où il est y ni l'y échanger contre un autre. Cela fait plus ^ ce me semble y que le justifier* Alais si on veut l'examiner froidement «t avec rigueur , en écartant tout prestige^ on ne pourra guère s'empêcher, jo crois , de souscrire à la critique qui en a été faite j et on trou** vera bi^ plus spécieuse que juste la justi&catipn qu'on vient ide lire* Sans douie que les cheveux se prennent génénquè* xnent pour la ofis^Mlùre , puisque 1« mot e/^vclure , mot .collectif» désigne tous les cheveux: sans doute aussi que ce .qu'on éêrrachû de elie^euMy ou que des ohevûux arraches , sont une dépouille, liais une dépouille de cheveux , une dépouille oonsistant en cheveux » esi^elle » conEime le dit Racine y la dépouille des cheveux y supposé même qu'elle fài la dèpouiUô de la cheyeUice ? Il faudrait pour cela ^u'on put dépouiller les cheveux. Or» de qnoiles dépouil^ .lerait-^nl Un aibre peui être dépouillé ^e ses fruits» de ses feuilles, de son écorce; un animal peut Pêtre de sa peau , ou seulement de sa toison , de son poU ; un oiseau , do ses plumes; un>homme» de ses vêtemens : mais des cheveux » qu'pnt*ils qu'on puisse enlever ^i'au-dessus ou d'autour Â'eux comme leur dépouille ? lia peuvent » eux , toutefois - être la dépouille de la tète qu'ils servent à couvrir» h orner; et -c'est comme dépowiUB eux-mêmes» sans doute» que le poète a voulu les présenter dans son expression inexacte \ il a voulu dire : Les rorsoes dégpuiianios portent ses che*^ veux y sanglanies dépouilles. C'est ainsi que Voltaire» Henriade, Chant IV» appelle dépouilles vivafuee \ès di-

T6rs animaux dont les aigles et les vautoiin font leof

proie :

Tels f do front da CaQCSM , on du sommet d'Atlioi 9 D'où l'œil déeonvre au loin, l'air^ U terre et las flots ^ Les aigles y les Taotoors, aux ailes éteiiduesy D'un ?ol précipité fendent les Testes nues , Vont dans les champs de l'air enlever les oiseaux, Dans les bois , snr les prés , déchirent les troapeaax , Et dans les flancs affreux de leurs roches sanglantes ^ Remportent, k grands cris , ces dépouilles vivantes.

63 Ce héros expiré

]N'a laissé dans mes bras qu'an corps défiguré.

L'ab. d^Oliv. Dans le sens propre , expirer convient ans pereonnes, et se conjugue avec Tauxiliatre af^os%Dans h figuré, il courient aux choses, et se conjugue avearaazi«* liaire éire. On dira donc très-bien, latrie expiréa^ cm /»prendra les armes , parce que devant expiré il y a de sonsentendu éiani, dont la suppression est souvent penmse« ^ai'is ayani ne se supprime jamais , et par conséquent, ce héros expiré n*est pas plos français que ce héros parlé ^ pçur ayant parlé •

Je ne voudrais cependant pas qu'un poète écoutât les r&* inontrances de la Grammaire dans les précieux momens où sa ^erve le favorise. Racine , dans son rédt de Théramène , jouissait d'un de ces momens heuroux* Mais son ami Despréauz nous donne en pareil cas un sage conseil : f^iagt fois sur le métier remettez votre ouvrage*

L'ab» Desfost. On accorde au censeiiyp que . hér€>s expiré n'est pas une expression régulière ; cependant elle ne Messe point. Pourquoi ? C'est que tout lecteur qui a du goût « suppose que ce qui est faute grammaticale pour le prosateur, ne l'est pas toujours pour le poète. On sait bien qu'aucun écrivain ne pourrait s'exprimer ainsi en prose. Qui voudrait , dans le langage ordinaire , dire : Ce prince expiré fut porté au lieu de sa sépulture ? Cela ne peut venir à Tosprit. L'ex* pression de Racine est hardie « mais cette hardiesse n'offeo*»

lant point Voreille , elle est irrëprëhensible. Gela est de ^indpe en matière de versification.

L. H* Ne voilà-t-il pas. encore qa*on dëFend au poète de dire , un héros expiré » quand tout le monde peut dire » jour expiré ? Passons que Tun soit, en prose, plus régulier que Tautre , ( ce que je ne crois pns , car, en rîgoear, il y a irrégalarilë dans l'on et l'autre }• Pourquoi donc ne donnerait-on pas à la précision en poésie ^ ce qu'on donne à l'osage dans le discours ordinaire ?

J;^^ Raeine a dit encore dans Escher, en parlant d'Aman:

Le traître est expiré f

Par le peoplo en farear k moitié déchiré.

•t M. de Laharpe y voit une nouvelle preuve que l'auteur croyait cette expressif permise en poésie, pour les pef^ sonnes comme pour les temps, ce D'Olivet, dit-il , répéterait » encore qu'il faut dire un jour, un terme ett expiré* Il a » raison dans la règle , et le poète n'a pas tort dans son )> vers. » Louis Racine s'était aussi déclaré pour cette ex-^ pression , et contre le P. Brumoi , et contre l'abbé d'Olivet* M. Geoffroy la défend à son tour, comme si personne avant lui ne l'eût défendue; et, ce qu'il y a de plaisant, il la dé* fend par l'observation qui termine la remamue de l'abbé d'Olivet. Il supprime la dernière phrase de cette observation, mais Despréaux nous donne, etc. , et supposant que tout ce qui précède a été dit en iavenr de l'expression dont il s'agit , il ajoute tfji aucun poète n'a mieux justifié les hardiesses de ce morceau de Raeine ^ue le Grammai'^ rien d*Olivei» M. Geoffroy devait sans doute une répara-* tion à l'abbé d'Olivet pour toutes les injures qo'il lui a prodiguées; mais il aurait pu la faire venir un peu plus à propos. L'abbé d'Olivet serait-il bien flatté , s'il vivait encore , qu'on lui prêtât une opinion toute contraire à celle qu'il a eue ?

Voltaire a fait bien plus q9e se déclarer en faveur de l'ex-»

pression ic Racine ; il Ta etnployëe lui-ménie dans Zaïre »- Acte Y, Scène dernière , où Ncrçstan dit à Orosmane:

Et d'un pèr€ expiré j'apportais en ces lieux La Tolonté deroière, et les derniers adieux.

64 Son trépas a mes pleurs offre «sses de matières.

L. H* Madères est une expression très«frëquente « tm peut même dire parasite dans €4#neille et dans les poètes du même temps. Racine a ëtë entraîne cette fois par l'exemple , tant Tesemple est contagieux I On dit le sufet de mes pleurs , et non pas ia madère de mes pleurs. Matière pour sujet ne s'applique qu'à ce qui suppose l'opératiou de l'esprit ou de quelqu'une de nos facultés actives i Matière à discourir^ matière pour V éloquence Ou la poésie, ma-tière à procès ^ matière à triomphe y matière à deli^ èérer, etc. On voit |iAr tous ces exemples qu'on ne dit pas lûen matière aux pleurs* C'est uu tarme ioi propre.

G« F. Matières au pluriel est désagréable , et même au «ingnlier^ ce mot matière est peu ^élégant en poésie : ce n'est ,pas qu'il ne soit aussi propre^ aussi juste que celai de sujet ^ jnab il plail moins : il setsi toujours mieux de dire «m sujet jMi des sujets de pleurs , qu'une matière ou tles wmaiières n pleurs*

ifiZ^ ^^^ j9S0/f'dr« ou des matières à pleurs seraient aouveraînemenl ridicules , et nous donner matière pow Aussi propre , pour aussi juste que sujet, c'est vraiment se moquer de nous. Matière peut^ au moins dans le style fami^ lier, se dire quelquefois font sujet , pour eanse y pour oC" teasion ; mais il faut alors qu'il «oit sans article et an sin- ■guiier, comme da-ns ces exemples de l'Académie : Il ny a pas là matière à sefâcher\ donner matière à tire; il a donné matière de parler à bien des gens ; il n*y a pas matière de querelle , matière de procès ; c'est matière -de confession ; il a donné matière à ce discours. Cor-* neille avait dit avant Racnne :

Le sort qui de Phonneur nous ouvre la carrière^ (KTre à lioire eonstanee noe tUnsire matière.

D£ LA LANGUE FRANÇAISE. 5Gq

£t Boileau lui ayait aossi , )e crois , àoaai cet exemple > dans sa Satire V :

Je veux que la valeur de ses aïeax an tiques

Ait fourni de matière k fkos vieiUes chrooiqnes» l

jiit fourni de mmtière serait aujourd'hoi aussi pieu français que offre assez de matières. Il faudrait simplement offrir maUère on fournir manère*

65 L« ciel mit dans mon sein ona fiavnie Ameice* La détestable OEiSone a conduit tout If resif • £Ue a craiatqu'Hlppolyte, instruit de xaa fureur^ Ne découvrit un feu qui lui faisait horreur.

G. F. Les poètes sottt obligés d'brfaployer trop souvent ces expressions romanesques de feu et èe flamme , qui deviennent encore plus vicieuses quand on les applique à tinë pas-- Mon criminelle. Ne découvrir : à qrti ? Il y a ici équivoque : tf/âeor/i^rsV signifie ^apercevoir d* une chose caelièe^ quand il est sans régime : découvrir ifueU/ue chose à queiifu*uni e'est la lui découvrir, la lui révéler* C'est dans éc dernier sens que Phèdre dit ifa'OEnone à craint ifn'Ilippolyte ne découvrît {sons-entenàvL à son père) un feu qui, elc.

(J^^ Révêler eut mieux convenu peut-être que décou-^ vrir. Mais il est faux qu'on ne puisse pas employer découvrir pour révéler, sans y joindre un régime indirect » ou , si Ton veut , sans dire à qui Ton découvre^ On n*a qu*à consulter le Dictionnaire de l'Académie : ou y trouvera découvrir en ce sens, avec le seul régime direct, c'est-à-dire , avec le seul nom de la chose ou de la personne découverte : Un accusé qui a découvert ses complices -, découvrir ses sentimens* Nous avons déjà prouvé , sous le n®. 47 , queyitt peut tout aussi bien désigner un amour criminel qu'un amour légitime^ Or, il en est sans doute à cet égard ^e flamme comme de feu. Et qui pourrait blâmer feu ou flamme adultère ? C'est j suivant moi, uu très-beau vers que celui,

Le Ciel mit dans mon sein une flamma funeste.

et je ne irois pas quelle expression ^\vl$ noble et plus dustt le poète eût pu mettre dans la boudie de Phèdre.

€6 Allons g de mon erreur, liëlu f trop éelairoîs , Mêler mee^piears so sang de mon melhearenx fils.

6^ F* ÈclaircU au pluriel ne s'accorde pas avec le &fl« )|[nlier, mon erreur : on ne dit pas être éclairci d'une er^

reur.

{^$4 Êclairûie, au pluriel , nes*aecorde pas avec I» singulier mon erreur i mais on pourrait dire qu'il s'accorde av«c le pluriel allons , et avec le pluriel nos pleurs. On èclaireU une vérité , en la rendant plus lumineuse , plus claire ; oa éclaireii wi doute , en le levant j en le résolvant , et uns difficulté 9 en la mettant dans tout son jour, ou en la faisant disparaître* Je ne saia si l'on èolaireit aussi une erreur : on ne Véclairdt pas du moins dans le même sens qu'une vé* rite. Mais peut-il beaucoup répugner de dire être éclairei d'une erreur, pour en être instruit % en être assura ^ cer* tain, eonçaincu ? Trop éclairci de mon erreur j c'est-àdire , connaissant trop mon erreur, ne pouvant plus douter que j*étais dans Terreur, que je me trompais en accusant mon fils, en le croyant coupable. C'est ce même sens qu'ofËrt éclairci dans ce vers du même acte et du même rôle:

Je veaz de tout le crime être miens é

esther:

fiSTBBR et Atsaub sont deux pièces que l'en pont appeler sacrées , puisqu'elles sont tirées l'une et l'autre de VÉcri^ iure f et qu'on y en retrouve partout l'esprit et le langage. Esther n'est pas , en général , regardée comme une tragédie proprement dite , parce qu'elle n'a rien de vraiment pathétique , ni qui excile Inenla terreur et la pitié ; et on ne peut d'ailleurs disconvenir qu'elle ne manque d'intrigue, demou- Tement et d'action. Mais ce qui est défectueux comme ouvrage dramatique , peut-on dire avec M. de Laharpe , avec quel plaisir , avec quel délice ne le lit— on pas comme ouvrage do poésie ! Le style A^ Esther est plus que beau ^ il est enchanteur, oa» pour mieux dire» il est tout divin , comme leé livres augustes et révérés qui en ont fourni le modèle. Et ce qu*il y a peut-être de plus admirable dans la pièce ^ sous ce rapport 5 cesoni ces chœurs merveilleux, immortels, tous d'inspiration , et d'une onction , d'une douceur, d'une harmonie ineffable ; ces chœurs d'une poésie qui le dispute à la musique liflMns sublime et la plus ravissante»

1 Et qui, d*an même jovg scoffrant l'oppression ^ M'aidait à soupirer les malheors de Sien*

G. F. Soupirer pour déplorer , heureuse expression dont Soileau avait déjà fait usage dans V Art poétique :

Ce n'était pas jadis sur oe ton ridicule Qu'Amoar dictait les vers que soupirait Tibulle*]

On a prétendu que Tibulle avait fourni celte expression à Doileau ; mais c'est dans un tout autre sens que le poète latili a dît,Liv. I, Élég. VII:

Te tcnêtf absentes uUoi suspirat ^mores»

5^^ ÉT[JDES .

Jd^ Voici ce que dit le poète Le Bran sur le vers de Boi- Icau ; c'est une de ses notes les plus longues : « SaÎDt-Marc » remarque que Boileau a rendu à la lettre l'expression de » TibuUe , suspirdc amores. Saint-Marc se trompe « il y » a de la diiférencc entre soupirer ses amours et soupirer » des vers. Cette locution heureuse et hardie appartient à » du Bella ; il a dit:

Li!6 vers que j« soopire aux bords ÀosoDJeiis.

» Boileau, en abeille industrieuse^, qui sait recueillir te » suèdes fleurs poétiques, a eurabon de s'emparer de cel- » le-ci«

» Je crois , 9 joute-t^il , que la beauté de Tespression la- » tine a engagé nos poètes à rendre actif le verbe soupirer ^ y> quoique neutrç suivant la Grammaire, D'autres ^ parmi 30 lesquels , il me semble , on peut compter Racan , ont dit » soupirer çuelçu*un,De Lingende a ainsi eoiplo^^é ce veibf » dans son Epicre à Ovide :

• Quitte donc ces AomiiQS qae ton ^me olMniiéa

» Ne fait que «oupircr , etc.

» Mais soupirerune chose est bien plus élégant et plus fran- 7ï çais que sotfpirer une personne. »

Soupirer une personne n'est point du fout français , an moins de nos jours , et ce n'est qu'en poésie ^ suivant l'Académie 9 qu'on peut soupirer une chose. £4llli*o n*j peut-on soupirer^ \e cr«is , que oe qui arrache des soupirs » coaime les peines , les malheurs , les amours , ou que ce qui tient des soupirs » comme les vers plaintifs » éiégiaques. On trouve un aussi heureux emploi de ce mot dans ces vers de la Heri" riade 9 Chant IX , que dans celui de Boileau si souvent cité :

BiencAty quittant les bords de Tai omble Aréthoae , DaiM lès champs de Provence il vole vers Vaucluse : Asile cncor plus doux , lieux où , dans ses beaux jours | Pétrarque soupira ses vers et ses amours.

I>E LA LANGUE FRANÇAISE. 5j5

A C^est pleurer trop long- temps une mort qui t'abusa. Lève-toi , m'a-t-i) dit ; prends ton ohemin vers Suse. Là y tu verras d'Esther la pompe et les honneurs , El sur le trône assis le sujet de tes pleurs.

L* B. Tous ces vers sont supérieurement écrits : il j régna une onction , un enthousiasme , qui font le propre du langage des Prophètes.

L. H. Tous ceux de cette pièce sont du même style. On peut ce|)endant observer ici qne le stifei de tes pleurs assis ^nr le trône n'est pas le terme propre. Le sujet se dit des choses 9 Tobjet se dit des choses et des personnes* J'ose croira que ces deax vers eussent étë. plus corrects , tournes ainsi:

Là y tu verras d'Esther la pompe et les honneurs , lEt sur le trône assis Pobjet de tant de pleurs.

G. P. M. de Laharpe pense que sujet n'est pas ici le mo( propre, qu'objet conviendrait mieux... Je pense que sujet est un mot préférable , par la raisoû même qui engage M. do Laharpe à le rejeter. Tant de pleurs est. bien plus jrépré* heosible que la prétendue impropriété du mot sujet»

)£i^ Ne pourrait-on pas regarder cette note comme non«« avenue^ par la raison qu'elle ne donne aucune raison? Ja demande à M* Geoffroy , si sujet n'est pas ici h peu-près dans le sens de motif y et si dans ce sens il peut se dire des personnes ? Boileau a été plus exact dans ces vers du JLu^ irin , qu'il met dans )a bouche du Graud-Chantre :

Mêle plutôt ici tes soupirs à mes plaintes ,

Et tremble , en écoutant le sujet de tnes craintes»

El Voltaire, dansceu^ qu'il met dans la bouche d'Euphémon, Acte II, Scène VI , de VEn/ant prodigue :

Ses attentats , et toutes ses erreurs , Furent toujours le sujet de mes pleurs;

Z II dit I et moi y de joie et d'horreur pénétrée , Je eour% De ce palais j'ai su trouver l'entrée.

L. H. Horreur esi trop fort pour n'exprimer que cette espèce d'a^fx^ï* religieux qu'inspire un oracle ^ujie {>rophétie » tout

ce qui tient à la Divinité. Ce mot doit alors être mo^ difië par une ëpithète^ comme dans ce keaa vers d'Iphi-' génie :

Jetle une sainte horreur qui noot rassure tons.

Observez qu'/k>/yviir en françaiS| dit beaucoup plus qn^horror des Latins , qui ne signifie que le frémissement de l'effiroi^ comme Itorrsre signifie 'purement frissonnerm

G. F. Horreur est ici un terme irès-ënergique » pour si-* gnifier un effroi religieux mêlé de crainte et de respecta. Horreur n'a point d'ëpithète; mais l'union de joie avec horreur est une modification encore plus forte que celle d'une ëpithète*

(;Q^ Eh bien l voilà une raison an moins 5 et cette raison même est bonne. La joie , se trouvant jointe à V horreur 9 fait asses entendre que V horreur n'est point ce frëmissemenl de Vàme causé par quelque chose d*affreuz , de révoltant , ou de terrible , mais que c'est un agréable , un délidenx saisissement 5 et 5 par conséquent ^ une douce et charmante horreur. Gela seul ne suffirait pas pour donner à V horreur on caractère sacré, et y attacher une idée de crainte ou de respect religieux , mais les circonstances du discours y suppléent de reste. Ke sait-on pas que c'est un Prophète divin qui a parié? Cependant il fant convenir que cette épithète que voudrail M. de Laharpe ne serait pas de trop.

4 Soyéfc Beioe, dit-ii, et dès ce moment mèffle. De SA main sur mon front posa le diadème.

Jj. B. et L. H. Il faudrait » pour l'ekactituJej il posa* f;^ Il le fallait absolument, parce qu'il n'y a point auparavant de verbe dont le sujet , nom ou pronom , puisse être censé commun à celui-là. Dit'-il forme dans la phrase qui précède , une proposition incidente , et ce pronom s7ne pent servir pour posa , verbe d'une proposition principale. Il le peut d'autant moins cju'il n'est qu'après dit, et que posa l'exigerait devant soi. Le second vers poserait , à la rigueur, rester tel qu'il est, si le premier était ainsi ; Il me dit y soyex Keine| et dis ce moment même.

DE LA LANGUE FmANÇÂISE. 5/5^

S fiélas I durant ces jours de joie et de festins , Quelle était' en secret tna honte et mei chagrins I

L'ab. b^Oliv. Il y aurait plus de rëgMlaritë, mais moinji de douceur dans la proHondat^n , si Ton avait dit: ^ueU étaienc ma honie et mes chagrins , parce que chagrins , étant masculin et du nombre pluriel , devait IVmporter sur honce , féminin et du nombre singulier.

L*AB. DEsroifT» Selon notre Censeur ( l'bbbë d'Olîvet )^ il faudrait mettre ^ueis étaient. Mais nous avons cen( exemples du contraire dans nos meille tirs. écrivains. Je sais que ifuels étaient est plus grammatical ; mais ce n'est pas une faute de s'exprimer autrement, a/Z/j^^j/ grammaticè^ aliiid latine io^ui.'Ësi'^ce mal Unir une lettre que de dire : fe vous prie d'êtfe persuadé de l* estime et de F amitié avec laquelle je suis^ oie. Selon la* rigueur de la'Gram<« maire 5 il faudrait <iire , ai^ec lesquelles ; mais cela serait pëdantesque , ou au moins ce n!est pas l'usage conrimun. De plus, quand même ce serait une. petite, faute en prose, peuton dire que c'en est une en vers ? L'expression est familière à nos plus grands poètes.... Racine. « encore, dit dans «son Iphigénie :

Ce héros qu^atmera l'Anioor et la Raison.

L« H. Tout le monde supplée l'ellipae ,0/ quels étaient mes chagrins ! Et' ce ton plus vif vaut mieux en poésie , que l'affectation d'une régularité très-inutile si le poète eût mis , comme le veut l'abbé d'Olivet :

Quels étaient en secret ma honte et mes chagrins f

(^^3^ M. Geoffroy, qui ne s'amuse pas à suppléer des el'- Upses , dit que l'essentiel est d*ob$ervet* que Hacine a pré^' féré la licence à l'exactitude , quoique la mesure di\ vers! pût très^'bien s'accorder avec la Gramra«nire. II prétend que > les Poètes ont toujours eu le droit de cboisir^ entre plusieurs' substantifs , celui auquel ils veulent faire rapporter le pi*o- ' nom. J'avoue que. je n'avais vu ce droit établi- nulle part:

peut-être n Vt-il jamais été fonde que snr qne^ffnp} ta^w^ts. Alors ce spraii. pro»LV,er Ufîe cho5p par eUç-m4vt^> oi% , pour mieux àhte , ne rien prouver du tout. M. de Wailly » tqut en condamnant Racine dans un sens , le joslifie, comiv« d'Olivel, (^ans un autre , en#BConnai^at , comoie dX)rivet, àue y»i5«tf osi pl«« ^^"* î"® f'^^^* Il observe avec raison que, quand il doit y avoir un singulier et un pluriel joinU ensemble ^ le mieux serait de placer le pluriel auprès da wrbe : çnelf furent mes eJiagrins et ma honte ! Au reste, voici un vers de Boileau ^i peut donner lieu à la même critique, et mentor la même justification que celui de B»-

cine : ' *

Qae peut servir ici rÉgjypte et et», ffia Diew?

' Sat, vni.

a !>•»* «n !»•* «^P*»^ ^ profanes témoins , J0, mcits-^k; leti former» mon étnde et mes soins. •

L. H. On ne dit ordinairement séparé de... , que des-, personnes : c'est une ëlëgjance poétique de le dire d'un

lieu. "

JQ^ Et c'est un homme tel que M. de Laharpe qui fait

une noie si peu rélléchiel Séparé de se dit , je crois , aussi ordinairement des choses que des personnes»: /-^^uw/^e ejt séparée de l'A/n^uepar la Méditerranée; la France est séparée de l* Allemagne par le Rhin ^ de l'Angleierre parnn bras de mer , de l'Espagne parles Pyré^ nées, et de V Italie par les Alpes. Mab c'esi des choses par rapport aux personnes, comme ^\gs personnes par rapport aux choses , que séparé de ne se dit |>as ordinairemeni; Q^ pourquoi ? Farce qu'ordinairement les -choses jie tiennent, ne sont unies qu'aux cbqses . oinMie. les. personnes; qi^*«« jttrsonne»... AdmeWonsqu'uD lieu sépara de^mX nue éU- ^nce poétique» je denwode s'il. nie. fendrait paa |^oi«« des profanes téfnoins » on des témoins pr^ffames^ que dfi témiQins profanes i ou de pratav^es témoins^ La seppralion. n;est-cUe que poiir ua cerui^^ Vm^t q^ pçux

DE LA LAlf(ftî1î1?RANÇAISE. 577 un DoriâMé' i^lfêt^i^tili^' de iémainy profané/'f '^^est-eWe pas pottir tbtft hhr fé^otns prd/anes en générai j C'çst donc €les,ei non pas Je, qu'il fauclrait , ce me semble.

L. B. et L. H. Ce n~esl point ici une viiin& diéciarnatîon sur le crime et^Ur vertu ; c^êst^HépamefaeitoebrdcfS c^rs sensibles , ce sont dessfeildh1cterc|Ui' liai&^ltit nà'ttii^ltettienc du fond du sujet. No<f-a(ëtiWrtièiit'(J^à'cfi^û;i« sont' tV^s-beanx^ mais ils sont encore ce que lious avons de mieux dans le genre lyrique. Sbusseau , dans ses Odes sacrée;^ , qpaftt'éire plus de force et d'images que llacine , mais si f'ou en exapte le cantique d'Exëchias , \\ n'a. point ce senti mei^t délicieux , cette gritce tôucha'nte ^ qui sont Tàme. de. tous ces morceaux de poésie.

JQ^ L'abbé d'OUvet , 4}aé'D«ffdÉtitittè9'; Ofedrrt-oy , et t^jnt d'autres, accusent si mal-à-ptdpbs-d'^lfe ibsëhsiljle h la poésie, porte le même jngefhétitdë^ctBSf'ch'beurssi justement admirés : c(RaciiM)<dttihmrpiRWhinCdiifpa^ai>lisrdlih^'lë'Tyriquc. » Une diction jJrëcSsé ét'sërt^-dê IéT douceur , rhais avec de » l'énergie; des figilrèf i^arîé'és ; dé rîchès'et* riobfes images; » une mesure libi%,mais qlii pourtant^ ne maWhe pas au )) liasaM; Pà j^^i^^ '^^*"^P®*'®^^^'<^'^P^^*^®'se'^^ôiit-e1l^^^^ >f tb'ujdori^d^âprèfe d€rgfàfad*itlodèfe?'Qbînàtflt eif 'sanidoule » un homme rare, et très-rare en son genre : ftiali', iî-faut » l'avouer 9 Rafcîné est' plus poëté'quelùi. »

Ces éloges de d^OUvetet.delUbarpe s'appliquent à tous les chœurs defiadne ea^génëral-^ màîs il n-'eo'esl^oînt sans doute qui les mérite plusrqlie celui où les jèutoès Israélites , compagnfod^illter, dé|>loreint les'mallKbrrdcr^Siofa.Il n'y a point d'Elégie oiTltfdMléWr ftOsè eht^ttttA" un langage plus doux el ptti^nbiftTIKÂ: Com'fnV il'i^e<(t'p2)»'l{>ng, je vais le rapporter en entiefVl^i^'^'^]^oMfèi''dn morceau deLefrancde Potâ^giidn;, ét'ûh nfotce&lï' de'Dë^le sur le même sujet : .

5j6 ETUDES

. Mes filles, chaQtcs«notis quelqu'un de ces cf ptiques Où vos Toix , si souvent , se mAlant à mes pleurs , De la triste Sion célèbrent les meilleurs.

UlfB ^IX SBULX.

Pêploreble Sion y qu'ss-tu fait de ta gloire?

Tout l'Univers admirait ta splendeur.

Tu n'es plus que poussièm ; et de cette grandeur Il ne nous reste plus que U trist« mémoire* . Sion , jusques au Ciel élevée autrefois, Josqu'aux Enfers maintenant abaÎMée^ Puissé-ge demeurer sans voix , ' Si dans mes oliants ta doideur rctraeée Jusqu'au dernier soupir n^ooeupe ma pensée t

Tout lx gboxub.

O rives du Jourdain f 6 champs aimés des Cieux f ' Sacrés monts , fertiles vallées^ Var cent miracles signalées I Du doux pajs-de nos ««eux Serons-i^DM toujours exilées?

XJVE VOIX MUUE.

Quand verrai*>jti , 6 Sion! relever tes remparts»

Et de tes toi^rs les magnifiques lattes ?

Quand verrai-je , de tontes parts « Tes peuples I en chantant , accourir k tes fêtes?

Le morceau de Ponipignan qui se rapporta k celui-là, est ce fragment d'une Ode tîrëe du psaume. Super fiumina habylonis :

c Chantes , nous disaient ces tyrans , a Les hymnes préparés pour vos fêles publiques \

b . Chantes , et que vo» eonquérans % Admirent de Sion ks subllmesi cantiques.

Ah I dans ces climats odieux ^ Arbitre des humams, peuKin chanter ta gbirc?

Peut-K>n, dans ces funestes lieux.

Des beaux jours de Sion célébrer la mémoire ?

. De nos aïeux àaoré berceau.

Sainte Jérusalem i si jamais je t'oublie;

Si tu n*es pas jusqu'au tonjbeau L^objet de mes désirs tt l'espoir de ma ne :

DE LA LAK6TJE FRANÇAISE. 67^

Kebelle ain «fforudemet doigUy *■

Que ma lyre se taise entfe mes mains gUoées p

Et que l'organe de ma voix 19e prête plus de sons i mes tristes pensto, • •

Ces vers sont en gënëral faciles , coulans , et respirent une douce mélancolie* Mais ont - ils I9 mouvement , le nombre^ Tharmonie, et ce charme divin de ceuxde Racine? Sont-ils , comme ces derniers » un véritable chant , et ne renferment-ils rien d'inutile ou de déplacé , rien dont on voulût faire le sacrifice? Les hymnes préparés pour vos Jétes puhliijiHes me semble 5 je Va voue, un peu, lâche et traînant; arbitre des humains , un peu ao-dessps du ton du sujet ; dans ces funestes lieux , une sorte de redon* dance et de remplissage j après dans ces climats odieux^ dont il n*est qu'une répétition déguisée-; l'objet de mes désirs et l'espoir de ma vie , un assez mauvais vers , surtout par le dernier hémistiche ; et enfin , est-ce à un sujet si simple que peut convenir l'emphase de cette périphrase» belle en elle-même : Et que l'organe de ma voix ne prête plus de sons à mes tristes pensées ? Je ne dis rien de ces mains glaeèes àùnt\es doigts le sont si peu eux «• mêmes qu'ils peuvent redoubler leurs efforts sur une lyre rebelle. Ces vert toutefois, malgré tous ces défauts , plaisent mieux à mon oreille et parlent plus \ mon cœuTi que ceux de DeliUe^ poème de la Pitié 9 Chant IV :

Souvent en l'insaltant , ses vainqueurs tjrranniqnes Lui eriaîeot : c Cbantes-noas qnelqa'nn deees eantiqnes ai Qae vovs ohant«a aux joorfl de vos solennités I » . > m^ € Ah ! que demandes^vous à nos ocsurs attristés? ■> a Comment obanterions-nous ans terres étrangères ? » Répondaient-ils en pleurs, O bercean de nos pères I ai O ma chère Sion I si tu n*es pas toujours ai Et nos premiers regrets et nos derniers amours , ai Que nous restions sans \oîz , que nos langues séchées > À nos palais brùlans demeurent attachées t s Sion, unique objet de joie et de dooleurb, a Jusqu'au dernier spupir » Sion chère k nos cosnrs I

> Qooi ! ne VfgjefiM^nfim pb» ht XQVflb/lt^ tfVMdVBDef , » Tes ^tW^^e^^ M» kw^pM» , itM/4U» «OlillWc^ ?

> Ne poarroDS-noiu^iui î^wr , QiWftifVwf te.Sf^ Uea ^

^ Xf fer ne e(>^j4tf a ,itt A« 1^1^ pi r%.

L. H. Comme toute cette poésie est ^lardîment et saturetlement figiirëe^ On avait exprimé mîHe fois celle idée ; niaitf ^ui avait dit ^ue le fer ne teonnattrait ni *ex0 ni

(p^3^ G'est tros-hardi et très-beaa ; mais ce OMést poartaul pas le premier exemple d*uo fer personnifiéT Un simple orateur jpicëron ,'ne denAandè-t-il pas à Catilina ce que faisait au Charap-de-Mars, son glaive na ? à quel flanc â em. voulait ? qUet sang ii brûlait de répandre ? On voit dans jéihalte , xxn glaive qui marche s

Quel est ce glaii^e enfin qui marche devant cas J

P|i y ypit ajjssi ^p ^(^iye furieux :

Ou^ la fureur du elaiife 09 le iiyre avec elle.

Ap nsle, le ^« <^t yio«Airpiwga.t ^« U tm»m H i»U ireogeance» il peut )r .aiiOKMr.qv^)\|fi^ m^<Wa: diina o^rt^iAf cas, à luien fiaice^pjajftfiger le sisniineiK 4 H <Mle persADM^ fica^ioB» tt^alMSoiii 9 pofw èli e DalureUi»<| ^jw. iltfttr^ anggéft* à l'imagination pat* la force iie la paâSiçn^ .

Le se^ i(\ Xçjgf §9ft| ^iftç^i per^^i^pip^d^ii^^îç Tiva , et se prftwjftft». pour k^ PPf^oW^^ fie ^el op tel ^q^p , de tel ou tel âge. Cea deiax per^onniâqfUonf «ooi {ftwidé^ Tune et Tautre sur cette espèce particulière de synecdo>gne quV>it peut appeler ijnecdogne d^absiracHon , et qiic Dùmar^aîs, qui la regarde comme une mëtopyniiç , appelle métoij^rnie d» ta bitrait pOMr le con cret.

9 Quoi I lonqne voip voyei périr vétre patrie , el9. L. B, et L. ïI.Çç. ^oi^^n ç;?^ dç U pju^ $,uWinN? élo^iueiice:

il n'y » poiçl Ud|ji&M tjrjllam* w Jf KPMve çcuc tU—

DE LA LAKGUË française. 68t

leur qui ëchavtfe^ ^i «ttdirâse > ^pû .éntratoe $ eixfin cette éloquence dacœurcftiiéoenaîi^ «u tbMi*e%eC mtkiteiiant si rare.

^S^J^ C'est dans oe mor^ntl 'qAé k&ûï x^ vers qui peigoeàt si Uea la ^raitdéur et la pnuisaDce de IKea ^ et que IVn Irowveciiës partoia po«r exemple du style àubUme;

<^% pèaV«ttl Vobtfré lui tôà^ fés Aoîs de la terri» ? EoTain iU s*uniraient poAr hA fâlrè là gnertè. Pour dissiper leur ligue il n*a qu*k se monlrer. Il parje , el Aans la poudre il 1ë& f^it tous renltef. Au seul sob dé sa Voix la mer fiiil , le eiét trétolMtf* U vei^eemoie an ttéant tom rUoivers ensemble t Et les faibles mortels, Tains joocis du trépas « Sont tQQS devant ses yeux comme s'ils n'étaiem pas.

Ce qu^il y a de particulièrement admirable dans ces verp tabltmes^ ë'âst leur àifcnplitdl^ même* A peine offivnt-ils une figuré de laiiga^: elles s^ rëduiseat à^peu-près à cette faible persoxHiîficatioa du Iràpas » dont les monels sont représentes comme les vains Jouefs, Il y a bien quelque har^ diesse dans Texpression du cinquième vers ; mais cette bar-< diesse ne va paa jasqu'à la personnification » puisque fuir fi i/^jm^/^r peuvent se dire aussi des choses inanimées.

Je ne sais ce que notre poésie peut avoir d*au6si sublime

dups le même genre, à moins que ce ne soient par hasard

les trois derniers vers de chacune dé ces deux strophes de

rOde de Aousseau, Le Seigneur esi connu dans nos cli'^

mais paisibles : la .premièi« s'adresse aux Turcs ^ qu'on

venait .de v^ncre j et la seconde à Dieu , qui punit les mé-

chanfti ,

I/tabiiiee i^idAÎI vos esead^ osa repides : Yoos dévoriex déjà dans vos courses avides g Tputes les régions qu^écUire le soleil.

Mais le âeigneor se lève ; il parle^ et s» a^enacc

Convertit votre audace

En an morne sommeil . . • •

Contre ces inhumains tes jugemens augustes, 8*élèvent pour sauver lea humbles et les justes ^

' Dont le tmnt devant îoi ft'«bdiM^flT«d> rene«c; ' Ta justice parait de £ea& étiaeeUnte;.

Et la tevre tremblante

Frémit à toa aspect*

Mais ce qui ne contribue pas peu, je pense ^ «u sublime

de ces strophes 9 c'est ce-Tjtfanie qai,^apfès quatre grands

▼ers^ se( brise avec éclata comme le 4U jUaiiarpe « sur deux

vers d'une mesure courte et vive» ,

lo Elle a répudié son époux et son père j

Pour reodre à .d*aiitres Dieux un honneur adAllére.

L* Rie. Une femme n'avait pas le droit de 'répudier son mari , ce qni fait la force de cette expression métaphorique ; la Sinagoguo a ose ' répudier un époux qài !itaii en aiéme tcnl|Ts son pire*

' Ceux qui désapprouvent cette épiihèie àdyiière , ne font pas ïittention quelle' répond h cette expression métaphorique si souvent employée dans TEcriture Sain4è,/br«ica»« lès cum Dits alienisi,. *

((vl^ Luneau et Lahârpe ^ qui trouvent aussi heureuse et nouvelle l'expression un honneur adùUère , se bornent à rapporter à-peu-pres ce qu'en dit Louis Racine. Geoffroy es fait assez bien sentir la justesse , en observant que Sien ou la nation juive étant présentée dans FEcritnre comme l'é*pouso de Dieu y les honneurs qu'elle rendait à des Dieux étrangers; né pouvaietit qu'étre.des infidélités et un véritable adultère* Il s'étend un peu sur le mot répudier % mais tout ce qu'il dit n'étant que le développement de la vote de Louis Racine , qu'il ne cite pourtant pas, il nous parait asses inutile de le rapporter. Voici en deux mots à quoi cela se réduit : répudier un époux est d'une heureuse' hardiesse ; répudier un pire est encore bien plus hardi > et n*est pas moins juste.

)i Qael «tnage àe Umtm parts f

On égorgtt à-la-fois les enfans , les viefllards , \ Et la SflBur et lis frère , Et la fille et la m^re , ' Le fils dans les bras de son père»

Qoe de eorps entassés, qnc de membres ëpars , Piivès de sèpnltore I Grand 0iea I tes saints sont la p&tare Des tigres et des léopards I

L. B. et L. H. Nons n*aTOi^ point en français de morceau plus précis > plus pittoresque et plus passionne : le gënie de Badne était si icMiple f ' qu'il y a peu de genres où il n'eût éxoellë. Ce chœur et tous les autres sont une preuve que^ s*ii eût compose des Odes ^ il eût ëtë.un très*graiid poète lyrique. Remarques eneore qiie la rariëtë de la mesure et des vert donne à ce morceau une harmonie admihible.

-'4ï^'J.-'B. RoosseatB^ nous offre. 'ttne peinture du même getea idaaB unie «trephe dé son Oée , Celui' fui mettra sa me ; mais cette strophes , qui n'est ni moins énergique » ni , s'il faut le dire , moins belle d'bor|!eiVtf> a:* .dans sa forme régulière et symétrique» beauooop snoi^. d'ëdat et d'iiar* monie: . A

Mais qne Toit-je ? Qnels abîmes

S'entr^oarrent aatoar de njoî ( /-;

Quel dëlage de victimes

S'offre k mes yeux pleins d'e£froiJ i

Quelle époayanlable iijiage i .

De morts, de sang, de oarnai^ey

Frappe mes regards tremblana I

Et qiSsls glaives invisibles '•

Percent de coups si tenibles

Ces corps p&les et sanglansl ...

On peut en dire à-peù-près autant de cette partie d*une strophe de la fameuse Ode du même poète à la Fortune :

Dt» mars que U flamme ravage ^. /* .

Pes Taûiq^ellrs fumaiis da carnage, ;

Un peuple ««9^ C0cs.|iMiiufoiMié«.

Pjp# «^çet p41e« fit capslaalvf JkrraohaQt Uun fiHe» Uf mbUAlm / Des brM d'an soW»t jiCftr^iié.»** :

la Hélas 1 kijeniie encore ,

Parqneltdme ai-Jè pu m^îter môp malbenr'? Ma ▼!€ k peine a eommeneS d^éclore.^, . Je tom^ral 6<^maie une Hcnr Qui n*a vn qu^utae aurore. ' Hélas I «i jf une es^ore^ Par gnel «rime aUje pu teériter mon ijiàUiear?

. X<*.B. «1 L« H. Idk néfiéUiioB de oetdMk'nm ait t— Amu» IL^iciiM ne se conleiiui fié de rerier la. meeitre àê Aes iien ; il yarie aussi le Ion. Apnè^ lapeinigee horiible «l« oiroege, il peipt un «iifam qui le fiaiûi* Ces di£EireBfteoBtraelM itr« vent beaucoup^ naii^er le Jljrl9»

ff^ Si IW peut conppaier qiiel^iw f^eee âle.f .-B. Soti- •eau.il i«. couplet si dqox el si..ieu^aiiL, c'est •celte Mniflii dç sa.beUf imita ti<Mi 4u Ç^oiîque d'JBaikbiaf c

Ainsi de e^ éi êWÈlnittt Mofc nul sèmbiaHae tto^'rk') El mes yeux noyés de larm^ Euient lassés de s'ouvrir.

Je disftU k U Nuit soitabe ': ' • c ONuiÎ! hn Vas da^i tofa Ôoibrf » M'ensevelir pour t<iuj6ur'é. j Je tedluis il l*Aii(t>re : '- "

« Le jour qne ta fais éèlofe > Est k tifrfiier tfetteé tours: j

c( La douceur y le seniimeULi le grAcfl^ d&l LéBron, aboiH >i dent dans cette stio|ilie d'iaspwnieii ^^ittiié. Rousseau » semble même avoir faft »â {>ett é^^fôtCë âree sbn genre : il >i s'adresse ordînaîroment plutôt an gëiiie qu'au ca'ur*2>

i5 il psend t«lM«|)Ui4oiM A dl^ék

L'ab. d'Oliv. OaÀkffpremii^&iaiiëJbPÈi\9J»fusl^i^un. Oa dit aussi : P'Mhdte gnetfn^iiiï i&ûè sa prauciioa*

DE LA LArNXÎITf: FjlÀNÇAISE. 585 MWf fVfUMfnf Sfm^A^ 4,if^n^9 %J^V^ i^i^ /C^ par Tus^ge ?

nyiues , et qui ne peuvey^t pefnfeivdiint èjLre mis l'jia pour l'autre » soit avec les mêmes prépositions , soit avec les mêmes verbes.

G. F. On dit ordinairement prendre 40us sa protection , •t «on pméous eadéJS$nd0. 'l^sC&Mmmr»m% oot ^rpçhë à fimne celte iauile Aonlae ToAige j qui ne fwrak p2^ m êu# iBiie ceolite la poésie*

' SQ)^ ilast v»} qiiele^ibftitQe lie U «lemificatioA couvre cette fiuile. Mais pour fea quW f regarde i elli» JOuAe mn jeux* Sans dou|e que pftèndre fu^iqu'un «mm #a pnHeo^ êi^A ^'prendre la défo^^ade fuelçm'um ^ Mvîeoiientà^ f»ou«près au mèoie ; mai^HM» t^ensoit pas que les mo^*dé^ fense et protection soient synonymes et puissent se oem-^ Iho^c Ion» d?u:i^ de U même manière ^veç dVutrei mots. Outre cette différence, que la défense suppose des ennemis et des attaques ou d^ mPD^ces , ist que I4 protection n*ca sup|M>se points il y m a -iine autre de bîee plus essentielle ioi.^ et 4e bi^^ pli^s déçisivç ; c*est )ue défense se dit par rapport à Tobjet cjéfendu 4 et protection , par rapport à Tobjet protégeant, en sorte que la défense de quelqu'un 9^ ce quelqu'un même pour objet et le présente comme dé-« fendu , et qvn la protection de quelqu'un ^ au contraire > a un tout autre bl^jét que ce quelqu*un , qui , par conséquent , est ^eéseoté conunerptotégeaet « et non pas comme protiégê^ Ainsi nous ne ipburons pas prendre quelqu'un sens notr^ défisnse , ooaMM sofus n^m pwoseetion , parce que ,m9iro ttéftnse n'est pas pour autrui , comme noisnr pwoteetian • ioais qu'eilo'est pour oous^mêmes; Voîoi qui le rendra eo-« eoii»f»lQS olairt, jv désire être protégié et debodu par raos; ja pourrai dire : Açson^z^moi votre, protection ^ et prenez ma défense ; si voire protection m 'est assurée , ma dè^ fense Vest ellfi-r^^i^^. i a»ai5 PP«» pas ; Aficord^z-moi votre protection et Tf^ot^ti i<ifwte\ si j'ai votre proteo-^ tion^ j'ai votre défuut^^ et je oa .Cfaias plus. Où voit

combien serAÎt absurde le sens de ces dernières pbmet. £li bien! il en est de même, à Ia«rigaeur« de cdle-d'ril prend V humble sous sa défense*

l4 Yons sares qa*on t'en peot reposer sur mft foî; Que oef porieft, Sai^eur, B^obéiseent qn'à moi.

L. H* Ce vers admirable est parfaitement dans le style «orientai, hes portés jouent un grand rôle dans TOrient, oa il est si diCH'^lo d*approcher de celles qai renferment lesroif et les grands. De pins 3 cbea les Juifs les jnges rendaient U justice aux paries des villes : c'est ce qui fait que cette phrase , les portes de la fille de S ion , de Jérusalem.^ revient si souvent dans l'Ecriiure^^ais celle des portes qui iCohèissent qu*à un seul homnJjHp'est qu'au poète qui l'a trouvée.

' (f^ Ce même poète* dit dans le second chœur du preasier acte :

Ni le* éclairs ^ ni le tonnerre , N'i^issent point à vos Dieux;

et dans le disconrs où Joad, Àthalie ^ Acte IV, Scène III, expose à Joas les devoirs de la royauté ^ et le prévient contre lea flatteurs :

Bientôt ils tous diront que les pins saintes lois » Maltresses du tîI peuple ^ obéissent ans Rois.

Hais^ il fauten convenir, îl y a plus dehardiesseà faire ohsir des portes qu'à faire obàir^ soit les lois^ soit les éclairs et le tonnerre. Obéir se dit figurémenidea «hoaes inanimé»; mais ce n'est que dans le sens de cédée ^ de plier : dans le sens 0À il est ici ^ il ne se dit que des personnes seules, et FàppKquer aux choses inaninaées, c'est leur prêter des aenli* mens^ et les personnifier jusqu'il un certain pbint.

i5 Ha dans ees horreurs passé tonte la nuit. . Enfin y las d*appcler un sommeil qui le fuit « Pour écarter de lui ces images funèbres , ' Il a fait apporter ces* annales célèbres

Où las laitirde ton règne , «tcc «oin «masa^. Par de fidèlet mains ehaque jonr aoot tracés.

L. B. n faudrait « ponr l'exactitude , un sommeil çmi U Juyaii.

L. H. Qui le fuit rend la chose bien plus présente , et la TÎiracîtë vaut bien mieux que cet exois d'exactitude : c'est un des privilèges de la narration»

G. F. On a jusqu'id excuse dans ce vers une prétendue faute de Grammaire , en faveur de la vivacité du tour. Mais^ •n examinant mieux la diose , je trouve que la Grammaire est ici d*accord avec la poésie^ et qu'il est plus correct de dire ifui le fuit que fui le fuyait : le sommeil fuit encore Assuëros , au moment où ' parle Hydaspe.

i^^^ Oui ^ parce que le jour, a-t-il été dit , ne commence qu'à luire y et qu'Assuérus n'est pas encore levé , à ce qu'annonce Hydaspe par ces deux vers, qui ne sont séparés des préoédens que par deux autres :

Le Roi y qne j^ai laisaé plos calme dans son lit , D'une oreille attentive éeoute oe réeit.

Je ne puis que me féliciter d'avoir trouvé une not^ de M* Geoffroy , où il n'y ait rien à reprendre.

16 Je ]*ai trouvé ooovert d'une ^£frense poussière^ Revêtu de lambeanx, tout pâle ; maïs son œil Conservait sons la cendre eneor le même orgneîL

L. R. Gomme ce vers est coupé par ce mot tout pâle , dont l'effet est si pittoresqtie à l'imagination et à l'oreille !

(S^ Voltaire parait avoir voulu imiter cet beureux effet, quaud il fait dire à Henri IV, Henriade , Chant II :

Ponr moi , dans les horrenn d'nne mêlée affreuse > J'ordonnais, mais en vain , qa'on épargnât Joyeuse c . Je l*aper^as bientôt , porté par des soldats , FAlo , et déjà couvert des ombres da trépas.

58S ÊÏUDES .

17 Et toal^ ttHT grasikur me dMeni- inApidcT» Tandis* ^ae' l^c softeil éclaire ee perfide.

Ii4<HL' U f«ut bien permettre aux poêles- de metUPe tendit que au lieu de tant (ftte , qoand cela leur est coiuRiuiHt Cesi aiiiii'<iue Voluiw a dit v

C«l«ii'({ûteyp«^ de^m-foisy mon pàrtf avait vliocii , Et qu'il tint enchaîné tandis qu'il a Yéou.

Mai» il ne^fautpas oublier qae ces deus-raotft-ne sont pas-synonyhieS'j-eMle dbentpoint'du toptU tnime chose. Tandis mitf eapriiâe iin4enips indëlerminé : iant qiue signifie tout la t«mp»'dëlcnniné-pap la phrase, e| c'est toujpurs bien fait de ttepaa les'^cotifondre.

Au reste, Mardoçhéc n'e»t nullement perfide^ même envers Aman ; mais-la puissance orgueilleuse et blessée ne mesure lias les qualificaîiousj les plus odieuses sdnl poUri?llc le» meilleures. Le mensonge des paroles est nn caracièré propre aux mëchans.

(L3> Mardocliëe n'est, il est vrai, nutleinèéi perfide , même envitr9*^jéf^i^^^ VÊmgihréiùiè obstinéoieflt à^Aman ces humbles hom<fiàge« dbht il« est» s4 jalon» , et^que lui fen^ti tottS' l ea- Persan» : il ne se courba Jamais deçani lui , il ne se leva jatnais de sa place pour lui faire honneur, et toujours yî^rtf/»^»/tf^JWj ou la tète immoBile , il lui présenta un frortù sédiH^i^ , tin i^gàrd' inrfultfcfat.- Or, u est-ce pas ik, aux yeuk dei'arrogant ministi-e , ùntf trahison , une perfidie , et une trahison , une perfidie des plus noire* , d W ï^ti*»ht>rriMes , puisqu'il trouve que c'est loi ^foncet dans* lé consr mille traits^y et lui rendre tome sa grandeur insipide? ^ .

Tandis, ^iitf'pour imni ftse , a été déjà reniar<pic'dSns Biitannicus , au sujet du ver».

Tandis qu'on vous verra d'une voix' suj){)lialitè:

J.-B. Rousseau a usé dé la même licence que Bacjiie et Voltaire , en élisant dan» son Ode intitulée , la Paliaodie : Tandis qu'il a vécu, c'était l'ange céleste, Le Dieu consecvatenr da peuple et des auuls.

DE LA LAN&UE FRANÇAISE My

ift C*M' lAii, jft te-TVim Bien «istrU^ M rtn^twant , C*ctt lui qni , devant moi' wfiiftavt de pfcyef. Les a livrés au bras qui va les foudroyer.

G. F. Confier mi^VMg0anaSi, eUips« païur le mntif de ma vengôomûOrn, ^1*1 ^ peutxéttxr^a^ue éifmvoqvue d^ns les termes; car confier à çiêetfu'tm sa vengeofnee^ c'est se reposer stirquefiqu'iin do soin d*èlre v^engé : mais le sens par lai-ftiéme est si clair, qu'il' ne rësiilte de cette manière de s'exprimer aunuie ambiguïté réelle»

lld^ Confier une 7>engeanQe w ^tslfn'un , c'6st bien plutôt luieo'CoitiniellrQ le s€ân> ^nelni en révéler canfidcntiellement le désir ou le moUf ;. mais.ce dernier seskS , quoique sans doute un peUiforcé^^estla seul raisonnable. Observons, avec Louis Racine j que dans le style noble^ et surtout en ^Perr, ployé f* ^9i\xx mieut que ;;/f>r» comme quand Bôssuet dit : Que tout ploie , et çue tout est souple^^ qhand Dieu commande, Observon».méme que.» suivant l' Académie » ce ▼erbc n'est plus guère d'usage que dans la poésie et dans^ le haut style, et que Hors de là Ton dit plier. Aoubâud a très-bien marqué la dirPérénce* qu'il y a entré les deux ▼eirbes , et* Tôa ne peut^quo re^eiler aareo Ifti que l'an ail cpmfiie.excliira.uire de 1- usage, ordinaire» , oùâU pmirraietil' être tous deux utiles.

19 Je les peignis puissans, riches*, séditieux^

Leur Dieu méuie , enoemi de tous les autres Dieux. Joaqu^à quaad souffre-t-on que ce peuple respire , El d'uD cuite profane infecte voire ciopire?.. . Je dis , et l'on me crut. Le Roi , dès l'heure même , Mit daas.ma itiaiB le-SMaa d«<6oo pouvoir sspréiae.

L. H. Il parle brusquement en s tyie direct sans la transition ordinaire y. /uVyV^/V, et oetl««r rapidité aoirafi^ la narration.

([I^^ On appelle ordinairen»ent celte Jigura* patsngisf hrusifue^ itnprévu, passage etc abrupto^ tandis qu'on {^ur** rait^ ce me semble ^ rappeler par un Mnil moi Aimàpitiot^r»

Sgo ÉTUDES '

On en trouve plusieurs beaux exem[4eft dana ta Henriade j entre autres , celui-ci , Chant X :

A PenTi Vun de Pantre ib eonrent en foreur. * Ils enfonoent U porte .: 6 sùrpritel 6 terreur f Près d'ttn oorpe loni eftngUnt à lean yeoz «e pitente Une femme égarée et de s«ng dégouitante : « Ooi , c'est mon propre fils , oui y monstres înhnmMîna ^

> C'est TODS qui dans son sang arei trempé mes mains.

> Que la mare et le fils tous servent de pâture.

> Craignes-Yous plds que moi d'outrager la natnre?

> Quelle horrenr à mes jeux semble tons gUeer tous?

> Tigres , de tels festins sont préparés pour ?ons. » '

so Etrangers à la Perse ^ k'nos lois opposés. Du reste des bummins ils sembleni divisés.

L* H. Imitation en sens moral « de ce que dit Vii;gile dam un sens géographique :

Et pemtàf loto diuisos orbe Britannos*

{^^ Au commencement de la pièce » Élise dit :

Dn reste des humains je vivais séparées

Pourquoi ici divisés 5 plnt6t que séparés ? C'est que difi-* ^^^ convenait merveilleusement pour, exprimer cette discordance éleruelle entre les Juifs ot les antres peuples* Séparés n*eût présenté qu'un sens purement physique 9 et divisés en présente un toat-h-la-fois physique et moral.

tl Ce mortel qui montra tant de sale pour moi , Vit-il encore? — Il voit Tastre qui vous éclaire.

L. B« Cette périphrase ^nç nous paratt pas trop naturelle. Asaph devait répondre simplement > il vis.

L«H. Le Commentateur oublie toojoars le rapport da style aux mœurs et au pays, que Racine n'oublie jamais. // ^voit l' astre ^tif vous éclairs , est très-^bieD placé 5 parce que cet astre est le Dieu de la Perse , et qu'on l'y nomme aussi souvent que nous nommons Dieu.

DE LA LANGUE FRANÇAISE. Sgn f3^ C'çst oinai qu'Aman dit. ei) parlant de Ifardodi^,

Tandis que le soleil éol«ire ce perfide ^

pour tandis ^ue ce perfide vil* C'est ainsi qu'Assuërus, trouble lui-même eu vt>yaat le troiUile el la peine d'Esthér, s*ëcrie : . •

O soleil ! 6 flaiiil>e«a de lamidrc iarmorteUe t

Mab œpendant la périphrase , il voit Vàsire çui voue éclaire^ quoique justifiée sans doute par le sujet, serait dé^ placée « je crois» dans la bouche d'un personnage qui sérail censé devoir s'exprimer aTocua peu.rooius d'emphas^ qu'ua courtisan tel qu'Hydaspe. Setait^eUe » par fxe<uple» sup* portable dans la bouche d'AfsuéruSj et loi pandooneraii-oa de dire : f^oit^il encore V astre ^m m^éclaire , pu yiii noits éclaire ? au lieu de vit^il encore ?

as Et je dois d'autant moins oublier la teriii Qit'elle-méme s'oublie

L. Rao. S'oublier se prend ordinairement en maumiiso part : ici ce mot est pour négliger ses intérêts ^ et, comn^o ouHier la vertu veut dire ne la pas récompenser» elle'* jnéme s'oublie quand elle néglige de demander sa récompease.

{^ «y 'oii3/ier signifie quelquefois se méconnaître, vouloir s'élever an-dessus de sa condition : La prospérité est souvent cause ifue l 'on s'oublie ; quelquefois » manquer à son devoir» à rhonnéteté » aux convenances : Il s 'est oublié jusfu 'à dire des injures ; quelquefois » se laisser charmer» transporter» comme dans ce vers de Boileau :

L'esprit dans ce nectar benreuseikieQt s'oublie*

Mais il peut aussi signifier ce qu'il signifie ici» c'est-à-dîre » négliger ses intérêts 9 et c'est dans ce siens que l'on dit de celui qui ne profiterait pas d'une occasion favorable de s^en-' xiànvx Est bien fou ^ui s' oublie. •

•3 îl Mt doue Juif? O ciel 1 «nr le point q«e U tU Par me» propwt W)çU «'«lUit é«« »«»»e , JSu Juif r«iid, pir «m soin» , leur» efforu impniisaMf

h.VL Smrlt point fua « di»ait «ncoTe 4o temps 4e Rsdne! Celte phrase n'est plus en usage : ou ne dit plus qnft 4ur U point de..,., comme *u» '4thalie :

^ 1« point d'istuqver "W »««« komiad*.

nantloet' Académie Von dise ri« , même da..s la demiife édition de sonDioÙonnaire, et qu'elle «to, an «OBtraite, oes esempl» comme mm dooie IrAs-français : /'«/«Va» w U,pointiin'ti**M»i»ntp»rHr,»u point ^ 1*4 troupe* ntlaient donn^, U «wvint un a*oident. Au *este , po*Ht, dans ce. exemples , ««.«o A.M «*ul de Racine , ae pa«H pour l'instant , le m*>me»t, ou le temps précis dans lequel on fait t»*VT*? c^^*** . .

«4 »iwiryO«sa«gW»*««»*»t^»***^*'***'^""' "ÙL-a. D"Oav. Vt)UK une prëposilion qtfi , dans le sens oà elle eft ici employëe, pourrait bien aroir vieilli. Prèr de vous , POUT dire à votre égard, en comparaison, nu prix de ce que vous êtes. Je ne crois pas que l'osage acunl souffre cette iHaniàred»parler. ,, , .

L*A«. Dmtor». Que ptis do sok tout oe ^juil plaira a. censeur, l'eapwsaion ^ d'oiage , «t se «rowre dan. les Imms auteurs. D'aillettw , je crois phitèt ^ue le pris nwii da latin prte; ^ prie e, amen^ Vaupris «jue VaugeUs condamne* en tatft qu'il «guifie au prix, ou comparaison. mais mal-k-prqpos. Vj^gelM n'est plus un législateur, non plu^ que Palru ni Ménage.

^ry^ M. Çeoffroy, qui ne se soumet pas plus que Desfontaines aux arrêts de Vaugclas, trouve près aussi bon , an«i conforme à l'usage <px'auprés. M. Geoffroy se soumeMra-t-.l du moins aux arrêts de l'Académie? Elle dit qu auprès signifie aussi , au prix, en comparaison : yotre mal n'est

DE LA LANGUE FRANÇAISE. SgS rien auprès du mien ; la terre n'est ^n' un point auprès du resse de /' Univers. Mais parcoures tout l'artide prés , et voyes s'il y est dit qu'il puisse famais aVoir cette signification ? Desfontaincs croit t^ae près vient du latin prm^ et le DictiQoniiire de Trëvo^x prétend que c'est prix qu/ea vieni, ( Vpir Uai^icle à'Athalie sur le vers :

Prés de leurs passions rico ae me fot sacré 8 et Tarticle de ia Thébaide sur celui :

Qa'.opr^ do diadème il n'^t rim qai toi» tonefa^ j aS Votre règne ras nerenx doit «errir de nodilc. •

G. F. Au9 ^feux (nfipotiiat) pour à not meçe^ tour laUo 4oQt je croi» qu'il n'^i^ point d'autre exemple! J.'anton;tfde Racine «^ pour Justiji^ cette faute «ootre rasage.

(O Si Vw\onU> de Bacine doit i'empwter sur l'usace ponr<iuoi le ComoienU/iïur s'ëlive-t-il si soorenl contre cette amoritë? Peaae-t-U donc que la sienne est encore aitdessus ? Je ^e dis pas qa'«jK« ne9»ux joit absolument oon- .damnaWe : Ri»i« ce qvi doit le.faire «xttHer, c'est , je crois , la contrainte de la mesure , et non cjÇn'il a de eoranum avec le tour latin , qui ne fait rien jwur le français. Malgré l'autorilë et l'exemple de Racine , on ne dit pas Ut neveux, mais bien np* nevfux , pour /«^ p9f tenté en général. Écoutons Boileau , dans sa neuvième Satire :

Mais îe Teu que le sort , par an beareM caprica . 7a8s# de vos éortts prc«përcr la malice , El qii'enfio vocre Uvre aiUe , •« gr^ de vos yok», Faifie siffler Coûn «lies nos derniers neveux, 1 . .'

16 Un Seignenr éminent en richesse , en p*issance.

■ » - L, H. Seignçurest dans nos tragédies, comme Madame une dënominalio^i générique convenue dans le dialogue et que pourtant il est bon q^elqu^foU d'éviu^r quand on' Je peut. Mais cet usage tfai^towe pas à diie, dwis un su^t

persan , un Sèignêur^ parce que celle qualité est essentiel' lenient moderne. Cest la seule fois que Racine a manqué à la vérité des mœurs el Ju langage. Il fallait dire , comme Assuérus , un des grands. \

6, F. Le mot Seigneur n'est pas plus une qualification moderne que le mot senior^ qui en est Tétymologie.... On dit en français, un Seigneur, aussi bien et quelquefois mieux qu'il/» grand. En prose même , on se sert de cette expression , qu'il n'est pas toujours possible de remplacer.

fLT^ Quand M. de Laharpe a dit que la qualification de jie^tf »i» ^tait essentiellement moderne j il n'ignorait pas sans doute qu'elle dérive de senior, et il avait asse« d'ëruditton pour savoir que Grégoire de Tours el plusieurs autres auteurs de l'ère nouvelle ont appelé seniores 1^ gentilshommes et les grands. Mais quand même le mot Seigneur remonterait aussi haut que le mot senior, il n'en est pas moins vrai que cette qualification était inconnue aux ancieos penples, el surtout aux Persfins, qui cbnnaissaient bien plutôt, par exemple, celle île satrape. Ce n*est pas que je prétende un Seigneur absolunibnt répréhensible dans la bouche d'Aman. Jjfais je l'aime moins cependant que mon €0U9^rain Seignem de ces vers d'Esther à Assuérus :

Permettet , Mvanl tout, qa*Estfaer prâse k sa uhle Recevoir aajoord'hui son souverain Seigneur,

£t qu* Aman soit admis 'à 6et excès d*honoear.

s %j Par la bride gaidàt son superbe coursier.

L. H* Plus tous ces Yers ont la pompe qu'ils doivent avoir, moins je crois que l'on puisse j passer cette phrase familière , par la hride, qui ne passerait paa même dans le style oratoira. Je pense que le ton même de ce morceau exigeait una tournure plus poétique.

G. F. Le même censeur ( Laharpe) est choqué de la familiarité de cette foçon de parler : par la iride^ Si elle éuit placée 11 la fin chi vers, peut-être aurait-il raison ; mais au commencement elle se trouve ndevée '#1 ennoblie par U

reste du vons , dont le style est pompeux. Racine , qui a su placer heareusemeiit dans la poésie la pl^^s noble , les mois de pavé , de chiens^ de boucs , de chevaux , de pluie, etc. , ne saurait-il donc faire passer celui de bride ? Cette exprès- •ion , par la bride ^est la plus simple et la plus naturelle : un tour plus poétique eût paru affecté»

({C^ Le poète eût pu mettre rênes ^ au Heu de bride i^ mais bride cotivenait mieux à l'idée qu'il arait en vue 9 con* duire un cjiipvalpar la bride se disant comniunéraeiit pour signifif-r conduire un cheval ^ en ienant les'rénes , et en marchant devant* Il a donc préféré le tqrme consacré par l'usage ^ sauf à l'ennoblirj comme il a fait , par le tpur et les autres termes de la phrase. Mettez guidât par les rênes , l'expression sera tout ati moins vague j, et Ton ne saura pas si le guide est sur le cheval ou à pied. C'est là , je crois » tout ce qu'on peut alléguer eu faveur du mot bride , qui par luimême est en effet du style familier , et ne convient guère que dans des genres tels que la Fable « TEpitre , la Satire, etc. n est, par exemple^ à sa .place dansées vers de Boilçau ^Sa*tire IV et Satire X:

La raison trop faronobe^^a miUen des plaisirs. D'un remords importun rient brider nos désirs.. . • L'homme , en ses passions , tonjonrs errant sans guide ^ A besoin qa*on lui mette et le mors et la hride.

a8 Croyez-moi , chère Esthcr, ce sceptre , cet empire , Et ces profonds respects que la terrenr inspire , Â leur pompeas éclat mêlent pen de doooenr y Et fatiguent souvent leur triste possesseur. Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce

* Qui me charme toujours, et jamais ne me lasse. Pc l'nmahle vertu doux et puissans attraits I Tout respire en E&ther l'innocence el la paix. Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres , Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombra, etc, .

L. H* Tout ce morceau est d'un charme de diction pour roreille » et encore plus pour Tâme , au-dessus duquel 'hsk n'imagine rien.

L. H., encore dans son Conr« de Lluëiatiire. Rapph>clier den^ grands ëcrivajasj quand ils ont rendu à-peu-prm les mêmes idées, est toujonrs un objetde curiosité eC d'iBsCmotion. Gengiskan^ dans l*O^Ae/sa de li^ Chine, éprouve auprès d'Idamë ce vide des grandeurs et ce besoin d'un ecn* timent qu'on vient de voir dans Assuérus :

Tant d*États tubja^ds 6nt-i1s rempli ékùt ciini 7 Ce ottar laisé de toat demandait nbè cntmf Qui p&t de mes eaniiit chasser la naît profonde ^ £t qui me oonsoUt sur le trône do mondée

L'expression des vers d'AsSuértis est plus douce; Celle de Gengbkan est plus forte : cette diffërekice est fondéo stir celle de leur situation. L'un parle d^un bonheur qu*il a , Tautre de celui qu'il vendrait avoir» et le désir va toujours pins loin que la jouissabce. En étudiant les grands écritrains, on remarquera partent ce rapport da style avec le sentiment et la pensée , rapport qui existe sans qu*on 7 prenne garde , mais qui donne TAmé et la vie h tout un ouvrage, comitoe le sang qui circulé dans nos veibèi noàs fait vivre sàns qu'on aperçoive son cours.

Ji^ Le premier vers de T oltairé corresjpond , pour la pensée ^ aux quatre premiers de Racine ; l'avant-deraier de Racine pourrait » à la rigueur, avoir produit l'avant^-demier de Voltaire, et Voltaire rappelle le dernier de Racine dans le second de ces deux de jSaire , A.cte I*' , Seine !*'• :

Quel eapoir 81 uatteàr/où quels lieurenk destins De vos jours téoëbreux ouï fait dès jours séreîAs?

Maisjen faisant ces rapprocbeniens, je suis loin , et trâs4oin« de prétendre que le plus nov^veau deê deux |>oétes ait eu en ▼ue d'imiter le plus ancien. Ce serait vraiment pat Vtop absurde , et il n^ aurait rîén ', dans aucun auteur, oÙ l'on ne pût trouver une iihitàtibn'. Toutefois les deux niorceaus comparés me paraissent âiroir reéj^cctivendent le caraCière et le ihériie ireconnus par M* de Làk'àrpè , et je ne puis qthe par* tager sur ce point-là l'opinion de ce grand Cril^xqut». Te mt

l^ermettrai cep^Aciaat une petite observalion sur les vers de Bacine > c'est qu'il me sombU qQÇi ^çs respects profçnds , ui des respects an minévBX , ne pearent , comme qa sceptre et un empire , avoir de l'ëdat et un possesseur, et qu'il n'aurait pas fallu y du moins , leur rapporter si immédiatement un^ aitributioU qui ne (k>nvieat propi'ement qu'au sceptre et k Vempire.

S9 Qoel intérêt , qnels soips tous agitent , tous pre^fent ?

G. F. Soins est plus faible qn intérêt ; mais eapo^tte:^ é^ins dii»pluë «{uen proad^ et niêm^ ëquivaii^ à itsfuié^ tude.

(t^ Pourquoi donc le iîre plus faible fpSntirét? Il est nécessairement plus fort sans doute , dès qu'il est pour in4fuiètude, pour soucis. Ce n'est pas en poëste^uYement qu'il pedt avoir ce sens-là; il peut l'avoir aussi en prose , d'après ces exemples de l'Acadëmië : La vie dès grands est pleine Je soins j L'ambition cause bien des soins*

3o O bonté qoi iii*AS«ure «uUnt qu'elle m'honore !

G. F. Qui fn' assure pout> ^ni iHt rassure* Keus retrou- Terons cette licence liaas Askaiie t

Priasse , aMurrt-vous ^ je les prends sons ma gtrde.

1^3^ Plus Itnn dans cette piéee-«i , Avnan dit il Esihcr : J'ai cm ^vous assurer, pour f^ai chi asShfer voire for-^ Sune 9 votre vie ^ assurer voire existence:

J'en atteste du ciel la pui^ance suprême ^

En les perdant , j'ai cru vous assurer vouS'mêinem

Et le mém^Otftmnentateiir condamne eeUe oxpre«ion, cm. observant qu'on Jit asfsurcr .quelque diosa ^ pi non pas asstàrer quelqu'un» Il eut di a^tep, pour refi4r0^ l'observation tout-à-fait juste 9 quen B\a^ure qiielqn'un que dans le sens , |nirement jifaysiqué, et faire qu'il n^ais pas peur^ comme quand on dit «fue le bruit du eanoa , lesfré^uens

«98 • JÈTUDES ' ' ^'''

eoùps dé canon assurem lô soldai» Qaant & Princesse p assuret-^'oous , rojez ce qui est dit sur le vers de Bajazsi: M«i8 je m'aflsnre encore «QZ bontés, de mon frère;

et sur celui HAihalie :

Princesse, assures-Tonsj je le prends sous ma garde.

9i Quand sera le Toile arraché ,

Qoi sur tout l'Univers jetle une nuit si sombre?

G. F. Inversion des plus Iiardies , ^t par là même des plus Jaques.

" C<^ Cette inversion a ëtë déjà remarquée avec celle da

vers de Bajozes:

Sur qui sera d*abord sa Tengeanee exercée?

Mais ce que je crois devoir remarquer dans .le choeur où s# trouvent les <j[eux vers ci-dessus , c*est ce morceau, avec lequi^l ont le plus grand rapport quelques strophes d'une Ode ^Rousseau sur le même sujet, Le Biflnhevr iemporel dpâ

Màehans :

Je n*admirai jamais la gloire de l'iinpîe.

. . ■ An bonheur d^ méci^fi^t qu'un autre porte tnvicw

Tous ses jours '{wraiâsent eharmans ; • »

L'or éclate en ses vétemens.

Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse; Jamais l'air n'est troublé de ses gémissemens :

. . U s'endort . il s'éyeiUe an son des instrumeos i

Son cœur nage dans la mollesse.

Pour comble de prospérité, U espère revivre en sa postérité.

Et d'enfaus & sa table une riante troupe Semble boire aveo lui .la joie h pleine coape«^ .

Heureux , dit-on , le peuple florissant ' Sur qui ces biens eoulent en abondenoè t

Plus heureux le .peuple innocent Qui dans le Dieu du ciel a mis sa confianee !

Voici les strophes de Rousseau; Elles sont une sorte de

DE LA LANGUE PRANÇAIISE* Sgg

paraphrase de Gequ*on yient de lire, et celte paraplirasea son mérite ; mais je ne sais si , tont en l'admirant , on ne préférera pas Theureuse et aimable oondaion de Raûne :

Ces hommes qtd n'ont point encore Eproavë la main da Seigneur , Se flattent qne Dien les ignore > Bt s'enivrent de lenr bonheor.

Leur postérité florissante , Ainsi qn'ane tige naissante , Croit et s'élève sons leurs yens ; Lenrs filles couronnent lears têtes De tout ce qu'en nos jours de fêtes Nous portons de. plus précieux.

De leurs grains lenrs granges sont pleines 5 Leurs celliers regorgent de fruits; Leurs troupeaux tout chargés de laines Sont incessamment reproduits j Pour eux la fertile rosée ^ Tombant sur la terre embr&sée, * Rafraîchit son sein altéré :

Et pour eux*le flambeau du monde Nourrit à^^n^ chaleur féconde, .

Le germe en ses flancs resserré*

Le calme règne dans leurs vAles, Nul bruit n'ioterrompt leur sommeil « On ne voit point leurs toiu fragiles OuTA'ts atix ridons du soleil.

C'est ainsi qu'ils passent leur Age.

Heureux 9 disent-ils ^ le rivage Où l'on jouit d^nn tel bonheur !

Qu'ils restent dans lenr rêverie I Heureuse la seule patrie Oà l'on adore le Seigneur !

5a Et d'enfans k sa table une riante troupa^

Semble boire avec lui la joie à pleine coupe.

G. F* Boire la /oie : expression énergique et audacieuse, empruntée de Virgile 5 qui dit que. Didon buvait l'amour à loiigs traits. Enéide , Livre I«'.

• ••••• léongumquc hibehal i^norrnn»

«03 ETUDB9

Maïs TirgiU est beaucoup plus bardi : Ba\pii« emploie va correctif; il se sert du mot eaape » qui adoucit la métaphore ^ 41 est d'ailleurs plus aaturel de boire la joie k table que d y boire l'amour*

J«-B. Rousseau , dans sa Cantate de Baccnus , a plus imit^ Racine , que Racine n'a imite Vii^e:

La ééléfte ti-oUpè Dans ce jiis Tante , Boit à 'pleine cdape L'immortalité.

{!^3^ L'expression de Rousseau , que Le Brm trouve ad" jnirahle , p.'irdit avoir ëtë % en effot , imitée de &.>cine ; mais elle est, assurément 5 beaucoup» plUS Kordie, parce qu'elle est sans ellipse, VimmoriaUtè se biiPant dans le nectar ou avec le neclar, qui est ce jus vanté du second vers de la petite strophe- L expression de Racine » au contraire, outre qu'elle est déjà sensiblement adoucie par semble^ offre une ellipse aisée à sup|)léer, et qui éo fait aussitôt l'eipression naturelle, boire ta Iffaefirfni inspira la foie. D'ailleurs, dès qu'on dit, la conpè du piai'éit^ dèi torrens de joie t /S* enivrer de joie , nager dans- la joie , Tituagi nation, déjà toute préparée à voir la joie Comme quelque chose de liquide , doit-elle tant s'étonner qu'on puisse la boire? Or, il n*eu est pas, à beaucoup pràs^ de même de iVusiitor» • ialiU.

M. Geoffroy veut que \e mot eoHpe udewcisse la métaphore de Racine. Conpe^ loin de Vatiùuûit, ne fait, je crois, que la fortlii:e^ et la cohiplcter, pursqu^'il la toarae véritablement en image. Ce n'est, coinmeil est aisé de le voir, que le mot semble qui V adoucit.

J'ignore si Racine, en faisant son vers , pensait à celui de Virgile ; mais ce qui me parait indubitable , c'est que les ' deux vers n'ont tien de commun entre e'uk. Yii^ile ue fait boire l'amour ni dans une coupe ^ ni avec une /f^ireur quelconque ; il représente seulemcût Didon se pénétrant ^ 4'eni9rah)t'él^afmbur)feûéÊaA%b vécil d'Enée.'£tpuis^qui

tiotis fl Ait qttè bùirê Vàmcwr Mt plos hardi ea Utio que ne Test en français ^ bbirè lâ/biV P

23 If aile paix pour l'impie \ U U ohercad , elle fait.

L*Aa. DEtf «xTé c< Je douté i dit M- d'OUi^etf que le pro« i> nom relatif la poisse être mis apris nulle paix* » Et moi , je n'en doute point da tout. Oa ne doit pas » dit Vaugeks , meure le relatif aprèi un nom > sans arncU^ Règle fausse 9 que personne ne suit à la rigueur, et qui 9 en bien des occasions, rendrait les plus belles pensées inexprimables 9 et nous obligerait de chercher de froides et insipides périphrases»... .

L. Rag. m. d*Oliret qui condamne ce /a » à cause, de nulle qui précède , est fondé sur une règle de Vangelas qui est vraie en bien des occasions, mais qui n'est point générale. Dans cet eiemple , nulle récôrripeàs^ pour tespol^ irons, ec vous la demandez; il est certain qu'il faut dire ^ et vous en demandez une. Il y a plusieurs sortes, de récompenses. Ici , comme il n'y a qa'une paix , cette manière de s'exprimer ne fait aAcone peine-, et même on ne pourrai t pas dire ^ nulle paix pour l'impie , il en cherche une. Pans ces occasions ; c'est lé bon goût qui décide , et non pas U règle, <|uoiqne celle de Vaugelas , é^u'on ne 4oi^ p^^ mettre le relatif après un nom sans article, êoii sagement éta« blie , et te plus commonément doive être suivie.

&. F. Il se pent que la Gràmkaaire condamne Racine ; mais le goAl et la poésie le justifient.

(f^ Louis Racine donne quelques raisons ; mais ni Des* fontaines ni Geoffroy n'en donnent aucune. Cependant ce n'est pas sans raison que d'Olivet aVait dit : <c Tout pronom >> rappelle son antécédent» Or, l'antécédent est nulle paix, >> Ain^i, ce vers, à l'éplucher granfifoaticalement , sigi(iiiie-« n rait que l'iibpie cheréhe tïufle pàOc^ et que nulle paix le i> fuit.»

Au reste , l'aUié d'Olivet adopte le jngement de Dnmarsais Mr ce vers de Racine; il 7 trouve sa pen^ mise dans on jour

6o2 ETUDES .

jihilosopliicpie» et finit par citer ce docte Gramniaméii » qui dit dans l'Encyclopëdie an mot Article : ce Je crois que le » hu y la vivacité ^ l'enthousiasme qne le style poétique de- -» mande , ont pu autoriser Racine & dire : NuUe paix pour D Vimpié : il la cherche, ellcfuiu Mais cette expression » ne serait pns régulière en prose , parce que la première » proposition étant universelle négative, et où nulle em- » porte toute paix pour l'impie » les pronoms la et elle des n propositions qui suivent, ne doivent pas rappeler dans un i> sens affîfmatif et individuel , un mot qui a d*abord été y> pris dans un sens négatif universel. » Pats-je mieux finir moi-roémo que par cette citation , qui prouve que la Gram* maire s'élève quelquefois jusqu'à la plus haute philosophie ?

34 Et ponr pris de ma «ie \ leur haioe opposée. Le barbare aujoard'hui m'expose a leur risée.

L. B* Neus croyons qu'il y a icâ une faute d'impression , et qu'il s'est glissé opposée pour exposée. Ce jnot exposée se trouverait en ce cas deux fois dans deux vers*

Nous remarquerons- ensuite qu'il y a une petite amphibologie. Exposée se rapporte-t*il à la haine ou à la vxV? Les grands écrivains exacts , et surtout Racine , ont grand soin d'éviter cette faute.

L. H, Il n*y a nulle trace à* amphibologie , car si op' posée était l'adjectif de haine, la phrase n'aurait .plus ni construction , ni sens , et Racine n'en fait pas de celte es* pèce. Il est plus vraisemblable que le Commentateur ne sait pas ce que c*esi,qauue. amphibologie ; ce n'est pas le seni endroit qui le ferait croire,

A l'égard du mot opposée , il s'entend très-bien ; il est plus fort qvL* exposée, et sauve le petit inconvénient d'une répétition de mots qui serait faible ou affectée*

(jj^i^^ Opposée est plus fort qa* exposée , en ce qu'il marque le courage et la constance du ministre à lutter «entre la haine publique* Et quelle ne devait pas être cette

baine contre un homme qui avoue que , pour la grandeur de ^9 niaUre ^uî lui doU tout y'i\ foulait sous tes pieds remords^ crainte^ pudeur \ ifi* exerçant sa puissance avec un cmur d'airain , W faisait taire les loix et gémir l'innocence ; et que , bravant pour lui l* aversion ttee Persans , il a chéri , cherché la malédiction ?

55 Où tendes-TOOf plus baat? Je trembla quand je yoî Les sbimes profonds qui s'ouvrent devant moi.

L. B* Oà tendez-^ous plus haut^ Cet hémbtiche est un peu dur ; ^u'espérez'vous encor aurait dit la même chose.

L.H* Pas tout-à-fait ^ ce me semble. Oà tendez^voue plus haut dit beaucoup plus. Cette phrase a la prëcisioa latiae : Qud tendis ultràl Et Thëmistiche n'a rien de dar«

{{^^ Çuè tendis ultra veut dire j o» tendez^vous plus loin ? et oà tendez-vous plus loin > ne vaudrait pas ici ^ oà tendez-vous plus haut^ Le poète ne pouvait mieux peindre Tambitieux cherchant toujours à s*ëlever de plus en plus 9 à s'ëlever jusqu'aux cieux » s'il ëtait possible. Combien ^u espérez-vous encor ne serait-il pas faible en comparai-* aonl Et qu^il serait loin , d'ailleurs , de rendre la même idëe ! L'espérance n'appartient pas à l'ambition seule ^ et l'on peut espérer tant d'antres choses que celles qui font l'objet de l'ambition.

36 Lorsque des Juifs contre eux la vengeanee allumée Chassa tout Amaleç de la triste Idumée.

Ij. Rac, On ne dirait point tout Hercule pour les Héra^ clides , tout P allante , pour les Fallantides ; mais ^ comme dans le style de TÉcriiure sainte « on dit tout Israël, pour le peuple sorti d'Israël, on peut dire tout^malec , pour les Amalécites dont U fut le père.

(^^3S^ M. Geoffroy a, selon sa coutume , copié cette remarque, sans en faire honneui? à qui de droit. A-t-il donc craint de n'avoir lui--mème rien à dire dont on pût lui tenir eempte ? Il lui restait pourtant k ohiserver et k c«ractéh^er

6o4 ÉTUDES

la figure assex frappante par laquelle ou prend }q ohef d^une tribu pour la tribu même. Or, cette figure/ quelle et^^e ? Cest, ce me semble, une syaepdoqu^ dç la paptie pour le tout dans un ensemble d-homm^es, 4^ pjejrsQoaes. CeUe sorte de sjnecdoqne parait toute particulière à TÉcriturije s^^te ; ' mais Racine lui-m£me en offre d'^ntros ezemples daos les aujets quil en a tires. C'est ainsi qu'il dit JaCob^ Jtula, Benjamin, Israël, ou pour tout le peuple juif, ou pour quelqu'une des tribus de ce peuple :

ISp dÂ^ pla# 9 ^ Jacofr / igip ^qn Çeignear sommeflle. . . . Benjamin est sans force , et Juda sans ▼erto. . . • Soo({ex qu'en cet enfant tout Israël réside. . . •

57 Attx maMces ëxk sort enfin dérobes^roM.

L. H. Les malices du sort me paraisseut ici yne expression faible et prosaïque* Il ^e semble qu'aux outragés du sort vaudrait mieux»

G. F. Le^ i^fiUoes : expression neuye , qui dit plus que capriiPPS^ et surtout bien placée dans la bouche d'une femme l M* de jLaharpe^ plus choqué de la familiarité du mot , que frappé de sa justesse , propose d'y substituer ow tirages : proj^silion bien étrange de la part d'un homme «le goût ! Du reste , quelle douce sagesse dans ce discours de Zarès 1 quelle simplicité élégante et noble I qae de raison et de véritable éloqirence !••.•

f;^^ Passe encore pour cette fin de la, remarque : riea n'est plus juste* Mais vouloir qu'on s'extasie sur inaliceây et qu'on le trouve surtout admirable dans la bouche d'une femme, est-ce autre chose qu'une mauvaise plaisanierie? Quoi I parce qu'on appelle du nom de malices les tours de gatlé qu'on fait quelquefois pour se divertir, pour badiner, et que ces sortes de tours, de la part d'un^ femme à l'égard de âes amis , somt encore pins charmant , il s'ensuivra que milices est un mp,t divin pour exprimer les jeu^ cruels du sort I Milices, nu plurid j nesl bien placée je crois, que

DE LA LANGUE PBANÇAISE. 6o5

dans des occasions telles que celles ou Boileau dil de la Sa-« lire , É|>îlre V :

Fauuii dans la Satire encor me si^^Ier,

£l daBS ce cliamp fécond en pjaisantcs malices ^

Faire encore aux auteurs redouter mes caprices ?

et de lui-ntèaie , Eptlre X :

Di-poses hardiment qu'au fond cet homme horrible , Ce cen&eui qu'ils ont peint' si noir*et si terrible , Fut un esprit doux ^ simple ^ ami de l'ëquitë , Qui, cherchant <^ans ses vers^la seule Térité , Fit 9 sans être malin , se» plus grandes malices , Et qu^enfin sa candeur seule a fait tous ses tices.

5d Rois y rbassea ]a oaloMBi^ |

Ses eidmlaels attentaU

Des plus paisible Etats

Troublent l'heureuse harmonie , eto.

L. R. Le poMe se fëlieitait de oes qaatrë stances qui ooa-» tiennent des vëpîlës si utiles aux tiol%*

$^^ Il pouvait s'en fëliciler sous ce rapport. Mais^ quoique belles , assurëmcnl, elles ne sont pas, à mon avis, ce que ce chœur a de plus beau sous le rapport poétique. Les vers masculins el féminins ne s'y trouvent pas combinés de la manière la plus heureuse pour Thannonie , el l'oreille est un peu blessée « ce me semble j dç ce que toujours d'une stnnce h lautre, s'en présentent de suite d«u;c féminins de rime différente. Elle est, si je ne me.Uampe, bien plus agréablement flattée par ces coopleu irréguiiers du même chœur, qui ne renferment pas une moins grande leçon pour les Rois*

Que le penplç est heureux •

Lorsqu'un Roi g^nëceu^.

Craint dans lovt .l'univers, veut encore qu^on r«irae t Heureux le peuple ! heureux^ U.Jioi.iiii-niéQe l

O repos t à tranquillité t ' O d'un parfait bonhear-awiioact étcriMil^t . .

Qoand la tnprêoie autorité Dans aeê conseiU a tonjoars auprès d^ell* La Justice et la Vérité. . . .

D'un sou£Qe l'aquilon écarte les nuages ,

Et chasse au loin la foudre et les orages. TJd Roi sage , ennemi du langage menteur^ Ecarte d*un regard le perfide imposteor.

J'admire un Roi victorieux Que sa valeur conduit triomphant en tons lieuu Mais un Roi sage, etfjui hait l'injustice. Qui , sous la Iqi du riche impérieux , If e souffre point cpé* le pauvre gémisse,

Est le plus beau présent des cieux.

La veuve en sa défense espéra ; De l'orphelin il est le pire p .

Et les larmes du juste implorant son appui ^ Sont précieuses devant lui*

On peut rapprocher de ce chœur TOde deRousseaa sur h n}érUable grandeur de4 Mois* Si on ne la trouve point inférieure^ on ne la mettra pas du moins. aup<lessiis. Je me borne à en citer les strophes suivantes ^;dont la dernière offre à la fin une expression et un vers qui paraissent ëvidcinment empruntes de Racine :

Ses dons versés avec justice | Du pâle calomniatenr , ^i du serfile adulateur, JXe nourriront point l'avarice.

Pour eux son front sera gUcé ; Le xèle désintéressé, .

Seul digne de sa confidence p Fera renaître pour jamais Les délices et l'abondance Inséparables de la paix.

Aior& sa juste renommée , ' Répandue au-delà des mers , Jusqu'aux deux bouts de l'Univers Avec éclat sera semée.

Ses ennemis humiliés JSettroot leur iwgaeil à ses piods ^

Et des plas éloignés rivages ,

Les Rois , frappés de sa grandenri

Viendront par de riches hommages •

Brigaer sa paissante faveur.

Ils diront : c VoiU le modèle » Qae doivent suivre tous les Rois, a C'est de la sainteté des lois 9 Le protecteur le plus fidèle, a L^âmbitienx immodéré ) a Et des eaux du sièole enivré ^ •9 n'ose paraître en sa présence* a Mais l'humble ressent son appui ^ » Et les larmes de l'innooenee a Sont préoienses devant lui. m

39 Tons vos désirs, Esther, ^ns seront accordés»

L.B» On remplie des désirs, on les fait naitrû% mais peut-on dire accorder des désirs ?

L> H« Non pas sans doute en prose ; mais dans ce vers , ious vos désirs » Eslher, etc. , ious vos désirs n'est-il pas clairement l'équivalent de iouc ce ^ue vous désirez ? Et quand «on dit c'ess mon désir, n'est-ce pas l6 même éqai« valent pour c'est ce 4pie je désire f

G* F. Désir pour demande , est une hardiesse permise aux poètes. On dit en prose : Satisfaire y com^bler les dé" sirs , acoofder les demandes. Bacine emploie le désir pour la chose désirécm

({13^ Vous venez de dire qu'il Teroplote pour demande , et vous voulez maintenant que ce soit pour la chose dé'^ jxV^f/ EntendoDs-nons donc. £h bienl oui^ c'est pour la chose désirée qu'il Temploie, et c'est une synecdoque de l'abstrait pour le concret , comme dans accorder une de-* mande pour nne chose demandée» Mais cette synecdoque est-elle autorisée pour le désir comme pour la demande 7 Et si elle est autorisée dans certains cas , comme , par exemple , quand M* de Labarpe dit : c'est mon désir , pour c'est ce'^ue je désire , est-elle autorisée dans le cas pré.

ÇoB ÉTUDES

scni? rest*elle avec le ytevhe accorder, qui n* ya proprement qu'avec demande i Voilà ce qu'il Caudrait peut- erre 'discuter; niais où cette discussion ne conduirait-elle pas? Il vaut autant passer le vers tel qu'il est.

40 Ces Joifs jpDt vott« vonlff déliTrtf U patnre. Que vous croyes , fiçigueur» li; rebut de$ buxnains. D'une riehe contrée «llU^if foujrerfiof ,

Pendant qu'ils n'adprficnt que hs Dî«u de icors pères. Ont dû bénir ip eoitff de le«fS destins prospères. . . .

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