‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 63 sur 76 · L. Rag. Malherbe aimait à employer ce d^ernier mot · texte numérisé non relu

L. Rag. Malherbe aimait à employer ce d^ernier mot

O qne nos fortiwes prospères i

Il fait bien comme épiihète; maïs il ne plaît pas dansée vers de M^ll^^rhe : .

Que Mars nous soit prospère,

L* B. et L. H. , d'après ra|ij>é d\Qliy|Stf Pro^pirg na st di^ pre^qiw? p^^3 jBu prpsp j n^f s w venj i ç^ pr««19P toujours bc^if»

({;;;3^ L'Académie , uii peu maiaa stfirire qnp ces Messieurs, dit seulement qu'il n'est plu^ guéne-d'usage que dans le st jle soutenu : Le ciel vous soit prospère! il a eu les ^en^pros^ pir^e { les desdns lui ont éié prospires ; roiUes choses lui ont été prospères. Voilà les exemptes qu'elle donne , et «n voici un de Dciille , traduclion des Oeotsgiqttes 9 Livre II:

Le iabourpur en pw eoul^ é^à/ours prospères.

Voltaire fait aussi dire à la Discorde , ^(^«ria^^^ , C!h. IV:

. 9"pdij|;.i^?Oùsoiit çestçmps, f^^ ^o^i ee* jqurs prp^pfs ^ Où j*ai TU Les Français massacrés par ieur^ frères ?

41 L'Eteravl est son nom , le monde est son onvta^ ; Il Aoteiid les soupiiss d^ Thu^ble qu'on çutr#$f ^ Juge jLous les mortels a^ec d'^gaUs lois»

Et du haut de son trône interroce les ^oif •

pL. H. C-esi.de ces qualroffôFs^ç Voltaire k éadi quelque

DE LA LANCITE FIIANÇAISE. ^

part, ^u'on a honte d'en faire quand pi^ #/^ li$ 4p p^ reilsm

JQ^ Cepe^pt VçUaw PPVV?^' W pa> ayçir )ionte de çeuz-çr, qui le rapportent un p^u aux trois derniers de Qâçiue :

l^ois^ fi ypuff p^'opprip»et , .fi ros prs94riirs 44d«ipi4|i| Les pleurs de IMnnopent que tous faites couler, Mon vengfur e^t a^ ciel ^ ap'prenes à trembler. • . .

4a CVst lipi; p'^t PC jnmUtcie infidèle et )>#r])fre^ Qui ) d'un aèlc trompeur k tos jeux revêtu , CoBtre notre innçccncc «rm^ votre vertu.

6. F* Cette mimpliore. tir^d^s vAtemeQs, est tii^-ordî* DAÎre att3t dierivaips ^orés : tant^ c'est l'EgUse ^e le pri^pbète Xsaip eepaéseate coemne reeéiue des vilement 4» salui^ comtoà parée de laroie d» la justice* David « daqs sf$8 ps^)^i{)^^ no^Ls montre Pie^ rç^itu 4p gloirp e$ de force f «pyirpni^ d^ lurpi^r^ cofnmp 4'hu vêtement.

^l^y^ .Çpttf i^iét^pl^orea p^ venir originairement d^s iivrps

s^^irës i xn^JA ell^e^l ijbçpvU lon|;-t^fnp;» ^^ Uo^^ge v(«uel y f t

y est itQ^fiie 4'»n j^ge a^% Wqi^ent. Ou est reiffy^ d'jlQ

emploi , d'.uw «^J? I 4*11* Pffl^^çir, çt de ii»iUp afi^çs

choses. £tf/ vertus et les qualités aimables dont il 44(H^

révisa , le rendent e^corp pliH regrettable , dit TAca*

demie. ^.-9* ^QH^^^^u, dans son Ode^ ftp ^ofsff /lont la

violence •*

Par elle 4 en toutes ses dlsgrlo^.

Un cœur d'audace revêtir

|4^ a^oais gui iwviept sç» lM«(t.

Boileau » Satire Xlie

Et par toi de «plendear faussement ret^Au^ Chaq%»ffifia smprwH» !• >M9t é^9%9ief\j^$»* Ei voleurs /Mii^/e# in JMfi ifieQm&i^99^*' p

6to ÉTUDES

Piscours au Roi :

En Tain d'an lâche orgueil mon esprit re^tu Se couvre da manteau d'une austère Tettu.

Le poète Le Brun a plaisamment critique ces deux derniers vers : ce Boileau , dit-il , n'a pas pris garde qu'il y> donnait un double habit à l'esprit; il se trouve ainsi à-la- » fob revêtu d'orgueil et couvert du manteau de la vertu. »

Et qu'est-ce qu'il y a là de si ridicule ? Ne mettons-nous pas tous les jours un habit surfin autre habit ?

43 Et fais , comme îl me pUlt> le c«lme et U tempête.

L. B. et L. H- Aman 1 prêt à être immole aux Juifs , Àman^ témoin de l'empire qu'Esther a pris sur Assuëros , doit-il lui offrir son crédit , et se .vanter de disposer à son grë des volontés du Roi ?

|{;3^ Il se peut que non ; mais voilà toujotirs rendu en an très-beau vers le proverbe populaire, yâw la pluie et le beau temps» Ce vers allégorique s'applique d'autant mieux à un homme qui peut tout à la cour , que rien n'est plus commun que de comparer la cour à une mer orageuse et pleine d'écueils* Zarès elle-même^ dans cette pièce ^ dit à Aman :

Lm mer la pins terrible et la plus orageuse

Est plus silire pour moi que cette cour trompeuse.

Tout le monde sait ces vers de La Fontaine dans son Elégie sur la disgrâce de Fonquet :

Lorsque sur eette mer on vogue k pleines voiles p Qu'on croit «voir pour soi les vents et les étoiles , Il est bien mal-aisé de régler ses désirs :^ Le plus sage s'endort sur U foi des séphirs.

44 On trmtne , on va donner en speotaele fnnesta De son corps déchiré le misérabU reste.

L* B. et L. H* M. Tabbé d'Olivet remarque ici avec raison qu'on dit très-bien donner en spectacle^ mais qœ le substantif é^nt joint au verbe par la préposition ^/s , il m peut

DE LA LA;N6UE FRANÇAISE. &iv

être accompagne d*un adjectif; qu'ainsi on ne peut pas dire , donner en spectacle funeste ^ parce que ces locutions j. donner en speeiaele , regarder en pUié » n'admettent point d'ëpithète» et ne forment pour ainsi dire qu'un seul verbe composé*

(|;^$^ L'abbë Desfontaines , Louis Racine et Geoffroy, ne parlent pas ici autrement que Loneau et Laharpe. Tous donnent droit k l'abbë d'Olivel , sans même l'accuser de trop de rigueur. Cependant Desfontaines n*oserait regarder comme un barbarisme en vers , donner en speaaclefw nesie. Geoîboj trouve que la remarque de d'Olivet est juste, la violation do la règle n'iStant ici favorable ni à la précision , ni k l'harmonie, ni à l'tflëgance : il ne faut, dit* il, violer les règles de la Grammaire que pour procurer quelque avantage à la poésie.

45 J'ai TU IMmpie ador^ tur la terre.

Pareil aa cèdre , il oacliaii dans les cieax Son front audacieux:

n semblait à son gré gouverner le tonnerre p

Foulait aux pieds ses ennemis ▼ainons ; Je n'ai fait que passeri il n'était déjà plus.

L,B* M. Desprëaux disait que la sublimité divine des psaumes était l'ëcueil de tous les traducteurs ; que leur simplicité majestueuse ne pouvait être rendue que bien difficilement par la plume des plus grands maîtres; qu'elle avait souvent désespéré M. Racine ; qu'il' était veau pourtant k bout do traduire admirablement cet endroit du psalmiste : Vidi impiuTn superexaUatum y eselevasumsicuioedros Idbanim Es transivi , es ecce non eras.

L. H* Ces vers sont admirables, comme dit Boileau; ce— pendant ils sont loin de la précision de l'original, ce J'ai vu >} l'impie élevé au-dessus des hommes,- haut comme les )> cèdres du Liban. J'ai passé ^ et il n'était plus. » Les vers de Racine sont beaux conune paraphrase poétique , plutèt que comme traduction.

61H É'IUeÉS

fO^ lUéffld lé ÛU, éénï Éîêtnê âonv U AMI fVtlmf ^ •etiTéti^ dans àé éôvArMMàire > MHS fo^fifit iftt êxvmpter qui iM^ Me patfflHpai xnAigtfé cTètrè âi)# à <5Â(é 4« i5É<luMà ; 6'««f iftt {)as<agè (fé ee âublîMfé et ilérflîi'abte taflti<jfd0 d'Ioîe, qu*il a traduit en forme de dithyrambe, et oû^ éê\â féndofl ^toates les ei^jèee» de ftcfsùpop^ f rtfvëllè ki ^IftS nsjrgAîflqm^ pnfsepopée qui^cRi irît jaimns rue daoi adetu erateuv ei èmsê mtkfma poète prdf «119 ?

C6iïiûkittt éi-id tôibté des* âtêtit ,

jlstré fibnll^t , ft9 d^ rAitA>#e?

Piitoâstll Rtfi , ftin^é MMkteiMt ^

La terro «ajonrd'lmi <e dévote; P«à» um cflenr tn diâAÎi : c A Diên ménM pareil , • J*éublirai mon trâne aa-dessu du Soleil , > Et prèl de TAqnilon sur U montagne sainte^

» J'irai m'asseoir sans crainte s s A mes pieds trembleront les homains éperdos. »

Tu le disais , et tu n'es plus.

46 Jamais tant de Beauté fat-ede couronnée f

Uab* d*Oliv. Ne vort-on pas que idni de teanâé , c'est absolument comme il l'orn dMit ^ UPiê si gfonéiè ifeauté'i Otf quelle phrase plus régulière que celle-ci : Jamais une si grande beauié/ui-elle côtironnéei

Personne n^igoore qu'an adverbe est incapable de régir. Ce n'est-donc pas l'a4Terbe iam qui l'ëgit ici le vtrbe/tiiet le participe couronnée. MaU l'adverbe de quaùtiCë a cela de remarquable , qu'étant uni k un suostantif parr la particule de , il n'est à l'égard de ce substantif que comme un simple adjectif , puisque l'un et ('autre ne présentent ensemble qu'une idée totale et indivisible. Aus^i est-ce une réma^qu^ sans exception^ que , dans toule9 les phrases où I^adverbe de quantité fait ptfttie do nominatif, ta syntaxe est (ondée sur le nombre et le genre du ^ubstanti^. Tanc de ptiiloSophei se sont égarés \ voilà lé pluriel et le masculin. "Ifans de IçaiM fut^etle couroàné^ / yoitk le singutier et \é féminin.

DE LA LANGUE FRANÇAISE. CiS

Jm h* Goufànfiie > et iion pas eonronné , parce que iarii ds beauté équivaut ici à une si grande beauié, éi que t'est la béauiê ^ni est eouronn'ée» Vollaircr a dit de flaèine ;

iBt qde t«ût àé Vèrta ût ioh pis dân^«rèa^è.

{1^3^ Sans doute que dans Mni de beauùé fut» elle cou'* Tonnée , tani de beauté équivaut pour le sens à uhe si grande beauâé* Mais est-ce là la véritable raisoa de l'accord du pronom et du participe avec ^^a»/^? Ne dirait-on pas aussi: tié peu dé traces tfui nous sont restées des aàtions éclatantes dès Grecs et des Borna ins , ont été recueillies par Plutarque , et par d'autres èxceltens historiens ; il laissa la moitié de ses gens morts ou estropiés \ Le peu d* affection que vous lui avez témoignée ^ lui à rendu le courage^ Or, les adverbes de quantité qui, d<ins ces pbrases , se trouvent mis subv^tantivenient devant traces , gens , affection y pour les régir au moyen de de ^ peuventils cependant se rendre, comme tant 9 par un adjectif? Disons donc avec M. de Wailly, qui m'a fourni ces exemples , que la raison de l'accord avec les seconds mots , plutôt qu'avec les premiers , c'est qae les premiers ne signifient rien de complet sans les seconds , tandb que ceux-ci ne laisseraient pas, quoique seuls , de former un sens* •

47 Relevés , réievci les superbes poétiques

I>tt iéznpie oÀ notre Dieu se platt d'être adoré i Que de l'or lé plus par son antei soit paré ^ >

Et que du sein drs moûts le marbre soit tiré I Ibiban , dépoaiUe-4oi de tés cèdres antiqites. Prêtres sacrés , prépares tos cantiques. ». •

Sien I descends , et revieiis h'abiter f(snnl hodl» Terre , frémis d'allégresse et de orsiate^ Bt votts 9 sons sa majesté sainte ^ Çisnx , abaissexHTOos.

Ltf B. et L. H4. Ce dernier chœur 6st encore plu< befttf qoe léf précéJens. Que d'images \ s'écrie Louis Baeine f U marbre est tiré du> ftiii deà ntonugdesy le Liba» se:dépottilW

6i4 ETUDES

de ses cèdres, Diea descend , les deus s'abaissent, la terra frémit d'allëgresse , etc.

L. H. , dans son Cours de Littérature. Cest ici smtoat que notre poésie peut être opposée à celle des Grecs et des Latins : elle en a la rapidité , les mouvemens , l'eflet , la magie. Le poète est ici véritablement inspiré : il voit les objets , me les fait voir, me transporte avec lui partout où il veut, et, de la hauteur de son génie, il domine le ciel et la terre*

({i;^ L'abbé d'Olivet blâme dans le second vers se plaîl d'être , pour se plaii à étre\ mab son observation « suivant Luneau» Desfontaines, LaLarpe, et tous les autres , n*est applicable qu'à la prose* Ils pensent que le choix de ces prépositions de ou à est souvent indifférent en poésie , et ib ont raison. Cependant il y a bien des cas où , même en poésie , ce serait sans doute une faute , au moins aujourd'hui , de mettre Tuné pour l'autre. Par exemple , dirait-on , comme notre poète , Phèdre , Acte V> Scène V :

Qu'il vienne me parler, je sais prêt de rentendre, . • « Athalie , Acte IV, Scène II :

Je me hcia prêt , s*il veat , de lui donner nu vie ? comme Boileau, Epitre XII •

Cette utile frayeur, propre k noui péuëtrer, Yiem souvent de la Gr&ce en nous prête d'entrer?

comme Voltaire , Sémiramis, Acte II , Scène I*'* :

Ils se craignent l'un l'autre , et tout prêts d'éolaterj Quelque intérêt secret semble les arrêter.

JBrutusp Acte III» Scène VI ;

Prête alors d'abuser du pouvoir souverain , Sonvenei-fous de Rome , et songes k Tarquin?

Tous les Grammairiens, et entre antres, M^ Gattel , qui n'est pas le moins recommandable , condamnent prêt de dans tous ees cas-là : ils veulent prêt à ^ lorsque le sens est préparé ^ 0^ conune dans les exemples de Racine s eippéede^

DB LA LANGUE FRANÇAISE. 6i5

lorsque le sens est on peut être sur le poini Je , comme

dans l'exemple de Boileao et dans cens de Voltaire.

M» Le Brun le lyrique condamne préiendre d'honorer,

dans ces vers de J.-B. Rousseau, Ode , Le Seigneur ett

eonnUf etc. :

C*est par une liamble foi ^ o*eit par an amonr tendre , Que l'homme peut prétendre D'honorer ses aatels ;

et H. de Wailly dit qn'il faudrait, en f rose , préiendre à honorer. Mais si , avec prétendre devant un verbe , il faut une proposition , à ne semble-t-il pas préférable ^de, surtout lorsque prétendre est , comme ici , dans le sens de se flatter^ d'espérer^

48 Qae son nom soit béni! que son nom soit chanté 1 Que l'on célèbre ses oavrages An*delk des temps et des âges , Au-delà de l'éternité t

L. Rag. Quand le poète a dit, au-delà de l'éternité^ il a voulu rendre in teternum et ultra de la Vulgate, et que Va table a traduit suivant l'hébreu , in sœculum et ultra : dans le temps et au-delà , c'est-à-dire, dans l'éternité.

L. H. On ne passerait pas une pareille idée si elle n!était pas de l'Ecriture , et inspirée par l'enthousiasme prophétique. Ragnabit Dominus in teternum et ultra*

(Jï^ Disons que le poète n'a pas voulu prendre Y éternité , aelon la rigueur du mot, pour une durée sans fin , mais pour une durée inconcevable , pour un nombre indéfini de siècles* Et qu'il l'ait prise , si l'on veut , selon la rigujBur du mot , pourquoi au-delà de l'ésernité serait-il , dans ces vers-là , une hyperbole plus condamnable que vivre sans fin, et plus y s'il se peut, dans ceux où La Fontaine dit d'Esope et d'Homère , sans être , assurément , inspiré par Venthou-* sisume prophétique :

li'un et l'autre a fait un livre Que je tiens digne de vivre Samjin tt plus , s'il se peut?

<i6 ÉTUDE»

J*-B« Ri»us9éaii 9fém semMe «roir tovIu dire plma que Véiemiiéi date tes rén qvd temnaenl fdi^ Odej Moi» àm§^ hucM lé Seigneur i

tSâii éê nàà rèpiê mïMîé Les bornct ne eerooi preseritet Ht par U fin det lempê ^ ni pir t*étenihéir

Mais moins hardi dans son Cantique éd dèiiéns de grâeeê rendues à Dieu , il se boriie à dire :

De son règne étemel les glorieux insUos t>nrcront aa-delÀ des sièelcs et des temps»

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 6t/

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