‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 64 sur 76 · ATHALIE · texte numérisé non relu

ATHALIE

A.r^Éitit è^ là (riè^ ({aéBbiteshi tëgAtdaiit cotùtiaeU pttii b^l oavra^ de Racinef, et ^e Voltaii^ appela loûg-fetapf lé dhé/'d'auyre de la sciàé. Ce qui en fait surtout lé taéritei , suivant M* de Laharpe, c'est nn pfestigc unique Aé coloris , cVst là ihagic d'un style divin qui s'élève fuscjii'à renthounasme d*uA pontife avec âutaât de succès quM descend à la naïveté d*an enfant, tl ne ctoit pas pouvoir donner une meilleure idée de ce style y que dé dire que Racine s'y est raontré au-dessus de lui-même; que tout y est sublime depuis le premier vers jusqu'au dernier^ On sait l'admiration que fil ëclaterVol(aire,lorsque Le Kain dëelamait devant lui, à Éerney, cette superbe scène entre Joad et Abner paf (aqucllé commence la pièce : a Quel style! s'écria-t-il avec » transport et oubliant l'acteur pour le poète , quelle poésie ! » et tonte la pièce est écrite de même. Ah l Monsieur , quel » homme que Racine ! » Mais une observation qui n*est pas inutile^ et que nous devons encore à M* de LKibtfrpe 5 c'est que la supériorité de ce style est due principalement am6 livres saints , dont le poète a , pour ainsi dire, exprimé 1# suc.et fonda la substance dans ses vers*

Cependant il n'y a rien d'absolument parfait dans les ouvrages des hommes , et la grande merveille du génie dra-' niatique^ Aihalie elle-même a quelques petites tacher dan^ ce style dont rien n'approche* Vers l'an ï/So, l' Académie française crut devoir s'occuper de )es découvrir , ct^ par->là t faire au ehef-d'œuvre de la scène < Thonneur qu'elle avait fait autrefois au premier chef-d'œuvre de Corneille» Ce' fut la raison pour laquelle l'abbé d'Olivet n'entreprit point , sur cette pièce » le travail qu'il s'était rovposé sur

6iS ÉTUDES

toutes les antres du même aoteorvenaes après /^ Thèhaîdê. a J'aurais craint , dit-it , de manquer de respect en même » temps, et à ma compagnie si j'avais osé la pnërenir^ et » au public si je l'avais occupé des doutes d'un aimple » pifrticulier, lorsqu'il se promettes décisions d'un tribunal » dont l'autorité lui est connue. » Mais les seniitnent de l'Académie sur cette pièce, étaient , à ce qu'il parait, restés ensevelis dans ses cartons jusqu'au moment où ib parurent dans le Commentaire de Laharpe ; et , diaprés ce qu'assorent les éditeurs de ce Commentaire j c'est à eux «jue nous devons d*en jouir. On va les retrouver ici avec toutes les autres remarques qui m'ont paru dignes de les accompa* gner: j'ai osé y joindre aussi mes propres observations, toutes les fois que je l'ai cru nécessaire pour plus de développement j ou pour plus d'exactitude.

I Dn temple , orné partout de festons magnifiqnesy Le peuple saint en foule inondait les portiques.

L«B. Le mot inondait a été critiqué* Il fait cependant image , et rend très-bien ces vers des Géorgifues de Virgile :

Si non ingeniemjbribus domus alla superbis Manè salutantum iotis vomit œdibus undam,

, L» H. On a eu tort, sans doute, de critiquer le mot inon^ dait ; mais les raisons du Commentateur ne sont pas celles qui doivent justifier cette expression» Si elle n'a rien de répréhensible , si elle est même louable , c*est que la métaphore est juste et naturelle. Dans tontes les langues connues le mouvement d'une grande multitude a été assimilé à celai des flots de la mer, parce qu'il en offre une image dans un certain éloignement. Or , dans les langues , c'est Timaginalion .frappée par la ressemblance des objets qui a inventé la première ces acceptions détournées , soit au moral ^ soit au physique , que l'on a depuis appelées tropes et méta^ plioresm Voilà le principe* Il est ici dans une exacte application 9 puisque la plupart des mots employés usuellement

pour exprimer ce qui a rapport à une inuUilude^ sont évi^ demm'ent emprantés du mouvement des eaux : les flots d'ii/t peuple 9 Vaffltience de* spectateurs y la foula ^ni commence à s* écouler ^ etc. Le peuple inondant les portiques est donc dans la même analogie j mais il n'est pas vrai qu*il rende iris-bien les vers de Virgile, cilës ci*dessus fortmaU à-propos : ils n'ont rien de commun avec celui de Racine, si ce n'est que le mot vomit est dans le latin une métaphore du même genre que V inondais Aïkxi^le français. Vir^ gile avait une outorilë de plus tirée du langage ordinaire. On appelait en latin voMiioria^ vomitoires^ les issues par lesquelles la foule sortait du cirque^ et qui semblaient la vomin

{^^ Le dernier Commentateur ne pouvait expliquer <l*une manière pl«s satisfaisante une de^ ces figures de langage dont la raison est un vrai mystère pour le commun des esprits. Cet article est un de ceux qu'où ne pouvait guère attendre que de lui, et qui font le plus d'honneur à sa \yô^ nëtration et à son jugement. Toutefois il me semble apercevoir , quoiqu'il en dise , un rapport assez marque entre cette onde iinmense d'adulateurs, du vers de Virgile , et ixlie foule dépeuple saint , du vers de Racine , inondant les portiques du temple. J'aperçois ^ dis-je , dans cet inon'" doit du vers français , quelque chose de Vende du vers latin.

Je n'en suis que plus ëtonnë qu'on ait ose critiquer la métaphore française , comme si elle n'était pas au5sî naturelle, aussi )uste que la latine 1 et comme si elle n'avait pas pour fondement le môme principe , cette analogie du mouçement tumultueux d'une grande multitude avec celui des flots de la mer ! Que devaient donc penser ces censeurs si difficiles des vers de Boileau , Sat. IX :

De-là vient que t^aris voit chrg lui de tout temps. Les auteurs k grands ûoa déborder tous les ans ?

lies auteurs qui, tcto les ans^ scr/ant des bords , tels

6ac ETUDES

j)ii*uii graod Remsa , vienueni à grmnd^ fiou ae npa«4if à Pfiml C'e#l a^ur^ttieui bien plus hardi qm ti^iiim fouU (de peuple 4^it^c qui inQnde ,«t je n'ai fu nalie parc qii'oa Y^l ifauvë rëpréb^ntible*

On ae 9epa pas fAchë de voir la aiiëtaphore àomt il «*agîc, et qui e$t si çooiiDVpe dans noife laogoe, coalinuée «i SQif^exH^e dans U>ule uae phrase, de manière à présenter, /linon ujie allégprie proprement dite , du moins une sorte Ù^^^'ttf^i^^ t^UétgQwme 9 de la vérité comme de la jusr l^e^se ]^ pl|is f r^ppaole^ Je vais l'offrir dans les deos deiw niers à^ Ç^ qufiire ^ers du beau récit d'Isminie dans Mé^ ^p9 , Acte V, Stwe VI :

On veut fair , on revient , et la foule pressée

p*ufi (kmu da Temple s l'snlrs est tiagt fois repoo^^s

De çfss fiofs coafQn4u4 le fiux impétueux

Moule f et dérobe Egiste et U Reine k mes yeax*

Mais retenons ^ux vers de Raciae. Une beauté dfun ««Ue ^îiire qu'on eût pu y faire Remarquer , c'est cette iavernoa ^irrainient poétique qui leur donne tant de majesté , d'barlEnopie , et en fait une image si pittoresque. Commet , ajNréi 9PUS avoir montré le templcf avec aes pompeux ornemens , ils étalent à vos jeux cette multitude d'adorateurs ae pressant à grands flots son^ les portiques 1 RétablisseE la cpos» Iruction analytique , et faites du second vers le premier , vous détruises tout le charme , et vous n'avez plus , au lieu d'ua tfiblqau , qu'une phrase longue et trainanle , dont \^ seconde partie vous arrête malgré vous sur l'objet le moins innpoir t^nt I les festons magnifiques qui ornent le Temple*

a Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal , Ou même , s^empressant aux autels de Baal y Se fait initier à ^t;^ honteux mystères ^ Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères*

L. II. Le nominatif de la phrase est le reste , trois vers au-dessus* Il faudrait donc en rigueur, ^n'o»/ ineoçué ses pères 3 car « quoique en mot , le reste , soit de M juttore col-

DE LA LANGUE FKANÇAISE. t%t

Imùàlf cepenfiani on ne dirali pat bien la reste dst Juifi

4^mi ilaspkémé. Le aubsuntif an singulier et le veibe au

pluriel » trop voisins l*utt 4« l'antre j choqueraient Toreille*

Au^ le ppÀte n'a-t-il hasarde le pluriel qu*à la faveur de

l'intervalle qui est eati'e le nominatif ei le verbe , et alors

le lecteur n'est point blessé, parce que 4a pensée supplée

l*ellipse de œ mot , le resté , qui signifie le reste tUs Juifs*

On /iemanéera pourquoi Racine , qui pouvait si aisément

^nettre çu^ont ifi904fué ses pires , a préféré leurs pires ^

qui , à la rigueur est moiof exact , surtout lorsque dans U

même vers , blasphitne , qi|i se rapporte toujours au mèm|i

nominatif, le reste , est au singulier , comme les trois v#r*

bes qui précèdeg^? C*fs( jk cai^ 4^ v^r^ pféc^fjit«

Se fait initier k ses bonteax mystères.

S'il eût mû tout de suite ;

p, \kBfhàwi ^ i|9o> gji'ont Uffoqui $fe p^es ,

ces deux fins de vers, ses mystires , ses pères ,dpnt l'un se rapporte li Baal , 9l l'autre au reste des Juifs , auraient fait à l'oreille une petite confusion instantanée* H a mieux aimé alors risquer une légère hardiesse grammaticale , qui offre à la pensée une clarté plus ^ive , et qni n'est pas une irrégularité essentielle , puisque le reste , comme je l'ai dit, est entendu par tout le qsondie comme fM y avait le Tes$^ des Juifs. Ces petites finesses de l'art qui tendent k la perfection , sont sans npmbre dans Racine , mais il ne convient de les expliquer que quand elles offrent quelque apparence d'irrégularité on quelque licence poétique.

(Jvl^ M. Geoffroy , qui ne dit qu'un mot là-dessus , prétend que le reste » qui est un nom collectif , s'accorde trèsbien avec le pluriel. Le reste n'est pas de soi un nom collectif, puisqu'il peut se dire de ce qui demeure d'un individu , comme de ce qui demeure d'une collection , d'un assemblage : le reste du corps , le reste de la Tnaison , le reste du jour \ les restes d'un homme, d'un palais ,

6u3 ETUDES

d'un monumenl , etc. Mais des qu'il fait ici penser à iom les autres Juifs , aux Juifs restans » il équivaut à un collectif , et l'accord purement synthétique ^ ou si l'on veut, elliptique, entre leurs et ce mot , semble asses justifié par les raisons que donne M. de Laharpe. Peut-être Tarn- il mieux dire, /et c'est aussi, je pense , la vérité, que leurs pères ne se rapporte pas seulement au reste des Juifs , mais k tous les Juifs en général , à toute la nation , à tout le peuple dont on parle. Alors le singulier leurs pères ne paraîtra plus si étrange , ni si choquant après tous ces verbes au sin« gnlier. Je ne crois pas qu'on puisse aussi bien excuser ces deux autres vers de la même pièce :

Toot ce qni reste encor de fidèles Hébreux , Lui \iendront aujourd'hui renouveler leurs vcsnx.

Ce substantif au singulier et ce verbe au pluriel , trop voisins l'un de l'autre, ne choquent pas moins la raison que l'oreille , et ne laissent pas le temps à l'idée de pluralité d'effacer dans l'esprit cette idée de singularité qui vient d'j naître^ Boileau et Voltaire ont été Mus deux plus exacts quand ils ont dit , Tun dans son An poétique , en parlant des Sonnets :

Le reste aussi peu li| que eeuz de Pelletier

N*a fait, de ehesCcrci, qu'un saut çhet l'épicier:

l'autre dans la Kenriade , Chant V :

Mais le reste enflammé d'une ardeur plus fidèle. Pour la cause des Rois redouble encor son tèle.

Je ne crois pas que l'exemple ci-après, de J.-B. Rousseau, justifie celui de Racine :

Les Dieux. dans leur séjour reçurent ces grands hommes; Le reste , confondu dans la foule où nous sommes , Jouissaient des travaux' de leurs sages aïeux.

Ode au Prince Eooiits.

S Je tremble qa'Athtiie , )i ne tous rien caclier, Vou«.mdme de l'autel vou» fiioat arracher, N'achè»e enSn sur yous ses Tengeaoces funestes , Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

L. B. Pour que celle conslruction fût exacte, il faudrait ïetremble,ànevoiuriencacher,çu'Athalie, etc mail ea poésie peul-on être si exact sans devenir lâ.heet froid?

L. H. C'est là «ne mauvaise raison , parce qu'elle est ënonc^ eu principe général, et qu'ainsi l'on pourrait en abuser beaucoup. R.icine.qui est le plus souver.UA^^-exac/ n est ni lâche ni froid. La vérité est que ces «„ts , à ni vous rien cacher , étant une espèce de parenthèse, pouvaient se placer à-pen-prè. où il convenait au poè.e , quoique™ effet la coiutrucaon indiquée par le Commentateur soit la plus exacte.

ÏO M. Geoffroy ajoute à cette observation x xt A né » 'VOUS rien c«oA«r est une de ces formules simple,, telles » qua ne vom point mentir, à ne vc^rien celer, que » Racine se permettait quelquetois sans déroger à la noblesse « de son style. ,, Racine, par ces formules, n'a pas toujours dérogé a la noblesse de son style ; mais esi-il bien

difficile de trouver des passages où, non-seulement elles „o sont que de pur remplissage et que pour le besoin- de la nntie , mais où elles font prendre au style un air de. hé-ligence et de familiarité qui ne peut convenir qu'à la- conversation la plus commune. Au reste, l'emploi de ces formules n appartient pas à Racine seul , et. s'il est vicieux Racine ne do.l pas seul en supporter le blâme, tout comme' dans le cas contraire, il ne doit pas en avoir seul tou. l'tion' neur.On n'a qu'à lire les poètes contem'porains, et ,«r(iculicmentMoiere,on y trouvera nombre d'exompUs analo..«es a celui de notre auteur 5 on en trouvera daus B.iîeau même ,qui dit , Sat. X : «l'iieau

Je me fais un plaisir , à ne vous rien celer De pouvoir, moi vivant, dans peu les désoler.

Pour ^oo» perdre, il nVt point de rmoru (p'U n'invoile ; Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante.

L. B. e\ L. H. , d'après L. Rac. C'est ainsi qu'il faut lire ees deux vers , et non conirtie on les trouve dans les éditions faites depuis 1736 , dans lesquelles on a rëubU les deux vers iuivans , tels qu'ils parurent en 1691 :

Poor vous perdre, il n'est point de ressorts qn'U ne joue; Quelquefois il vous plaint, seuvcnt même il vous loue.

RacinQ les supprima, parce qu'on ne dit point en français , jotier des ressort , mais faire jouer des ressorts.

L'Académie. On ne peut dire , jouer des ressorts , car ce sont les ressorts qui jouent : on ne les jooe point. Mais la correction qu on a faite de ces deux vers est faible, et il wus vante, qu'on a substitué à il vous loue, i^onr la rime, n'est ni noble ni aussi expressif que il vous loue.

4 II affecte pour vous une fausse douceur.

L'AcAD. Quelques-uns ont condanmë fausse douceur joint avec affecter*

(Crj^ Tons auraient dû, cerne semble, le condamner; d'abord, parce que toute douceur affectéç est nécessairement fausse a certains égards ; ensuite , parce que ce n'est pas sans doute, une douceur fausse qu'on peut vouloîr «/- /flc/«r , mais une douceur vraie et réelle : la perfidie joue U ^ sincérité , comme Thypocrisie la vertu. Il affecte pour vous une grande douceur s une extrême douceur , un air plein de douceur ^ne présenterait du moins aucun mauvais pléonasme, ancimepérissologie»

5 II lui feint qu'en un lieu que vous seul eonnaissca , Vous caches des trésors pat David amassés.

L'acad. La plupart ont prétendu qne feindre à fuel^u'uB n'est pas français.

L. H. Cette phrase est unpur latinisme doublement hardi. D'abord I dans U langage ordinaire, on ne dirait point 1/

DE LA LANGUE FRANÇAISE. GaS

fein^ qu*cn un tel endroit il y a un trësor ; on dirait ilsup'-^ pose» Feindre ne s'entend que d'une action simulée. De plus 9 on ne dirait pas feindre à ^ueUfu^un : ce sont les Latins qui disent , finxic illi , illi mentitus ^J^, avec un verbe qui suit* Cette location est donc une de celles que Racine empruntait des Anciens , pour introduire dans notre langue , et surtout dans notre poésie , des constructions pré^ cises et rapides , et les substituer à nos circonlocutions lan«- ' gnissantes. En effet , il faudrait dire ches nous : il supposa devant elle ^ue , etc. ; il la trompe en disant que , etc. ; il lui fait accroire, etc. \ et le dernier ne serait pas du style aoutenn. Il lui feint dit tout; et comme l'analogie de la Grammaire générale n'est ici blessée en rien, ce latinisme est un heureux emprunt dont nos bons écrivains peuvent profiter.

' {C^ ^* Geoffroy a sans doute trouvé cette observation lïonne^ puisqu'il Ta empruntée > et il a pensé qu'elle loi ferait honneur , puisqu'il ne dit rien de son emprunt. S'il eût voulu être ici contre Racine et contre Laharpe^il aurait eu pour lui Voltaire , qui condamne expressément feint à, dans ce vers do Cinna, Acte V :

Euphorbe yons a feint que je m^ëtais noyé.

Mais s'il eût su que Voltaire condamnait , n'aurait - il pasj lui ^ approuvé encore plus fort ?

6 Croyez-moi 3 plus j'y pense , et moins je puis douter Que sur tous son courroux ne soil prés d'éclater.

L'AcAD. On a observé que dans la régularité , il ne faut point de conjoncUon. On doit dire, plus J y pense, moins je puis douter.

^l!^ Voir ce qui a été dit dans les Plaideurs, sur ces vers : ' .

Plus je vous envisage.

Et moins je reconnais , Monsieur , votre visage.

Je me contenterai d'observer ici que cette faute , devenue

depuis si commune, ue se trouve pas une sevle fois dans

Boileau.

Plus on crut pénétrer , moins on fut éelairei. . .

5at. XXI.

Plus on veut l'affiiblir , plus il croit et s'éUnce.

Épit. vu.

Et plus en criminel , ils pensent m^ériger , Plus , croissant en vertu, je songe k me venger.

Idem*

Marcliex , coures l lui : qui le cherche le trouve. Et plus de votre cœur il parait s'écarter , Plus par vos actions songea k L'arrêter.

Eptt. xn.

Voltaire , qui s'est assez souvent conformé à la règle , la violée quelquefois, et on peut le trouver en contradiction avec lui-même à cet égard: par exemple, il dit dans Brw- W , Acte lï. Scène IV :

plus il se fie k vous , plus je dois espérer Qu'habile k le conduire, et non k l'égarer , Vous ne voudrei jamais abusant de son kge. Tirer de ses erreurs un indigne ayantage.

Et Acte V, Scène VI :

Non plus j'y pense encore , et moins\t m'imagina Que mon fils des Romaius ait tramé la ruine.

7 Celui qui met un frein k la fureur des flots , Sait aussi des mécbans arrêter les complou. Soumis avec respect k sa volonté sainte , Je crains Dieu , cher Abncr , et n'ai point d'autre crainte.

L. B. Ces quatre vers passent pour être sublimes i ils U sont en effet , puisqu'on y trouve tout ce qu'il peut y avoir de sublime, la grandeur de la pensée, la noblesse du senlimenl, la rhagnificence des paroles, et l'harmonie de V expression. (Œuvres de Boileau, 10-4^, tome II, page i89. ) Cependant rien de plus simple que ces quatre

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 6%j

version n'y voit point de grands mots, point d'expressions ampoulées.

L. H. La remarque de Boileau est juste : celle du Commentateur ne Test en rien. Les grands mots ne sont point un défaut, cjuand ils spnt appliques aux grandes choses; ils font alors ce qu'on appelle le style sublime. Mettre un frein à la fureur des flots est une grande image trèsbien placée, parce qu'il s'agit de celui qui seul peut meltr-e un frein à la mer. Cependant il n'y a point d'exprès^sions ampoulées. Ces mots du Commentateur sont un contre-sens : car il semblerait que les expressions ampou-* lèes fussent le langage ordinaire du sublime , et c'est tout le contraire. L'enflure est l'oppose de la grandenr , tout comme la platitude : cette dernière en est l'absence , et l'autre en est le faux-semblant ; ce qui revient au même.

({ï^^ Louis Racine ne remarque comme sublime que le dernier des quatre vers , Je crains Dieu, cherAbner, etc.; et il faut convenir que, s'il n'est pas seul véritablement sublime, il l'est du moins beaucoup plus que les trois autres, tant par son extrême simplicité que par sa profonde énergie, ce Qu'on y mette des expressions moins simples, dit » Louis Racine ,/> ^raiW le Tout^ Puissant 9 ou même ^ » je ne crains çue Dieu seul , le sublime disparaîtra, et » il disparaîtrait bien davantage , si le Grand-Prêtre disait y> en plusieurs vers :

c Soumis ao Koi des eieox , des mers et de la terre ,

» Je ne erains que le bras qui lance le tonnerre ,

> Lui seul peut me remplir de terreur et d'e££roi, etc. »

8 Cependant je rends grâce au sèle officieux .

Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir .les yeux.

L'AcAD. Plusieurs ont trouvé que l'épithète ^officieu» affaiblissait le terme de zèle.

%Z^ En quoi donc officieux affaiblit-il zèle ? Est •- ce qu'il ne peut pas y avoir du zèle dans Xoffvciositè , ou de Vofficiosité dans le zèle 7 Le sèle peut èttepour ou contrets

6q8 Études

et officieux ne fait que dire qu'il e%t pour* Te eonWeiis que ce qui suit le donne à entendre , à conclure ; mais , cependant, ne pourrait-il pas rester encore quelque doute? car, enfin, pourquoi ofif^r^^-f^o/zx les yeux sur ious mes périls ? Est-ce pour le plaisir de ni*y voir exposé , ou dans la vue de m'en retirer , s'il est possible ? Au reste , accor* dons que l'ëpilhète eut pu , h la rigueur , se supprinner , accordons même qu'elle puisse paraître moins dire que zèle^ elle rend le vers si plein , si harmonieux^ qu'on serait fâché, je crois , de ne pas l'y voir : le plaisir qu'elle fait à l'oreille, l'excuse suffisamment aux yeux de l'esprit, que, d'ailleurs, elle ne choque point.

9 La foi qui n'agit poiat , est-ce une foi sincère?

L*1I. ( Cours de Littérature. } Est-ce une foi sincère^. En prose on dirait : est-elle une foi sincère ? Le pronom démonstratif donne à la phrase une tournure bien plus vive. C'est le sentiment de la poésie qui inspire ces modifications du langage , que la Grammaire nomme des licences > et que le goût appelle des découvertes.

^l!^ M. Geoffroy a retourné ainsi cette observation pour la donner sans doute comme nouvelle : ce Est-ce une foi )> pour es t^ elle unefolt Cette légère inexactitude donne au 7> vers plus do vivacité. » Ne valait-il pas autant la rapporter dans les termes mêmes de Laharpe^ et la compléter en y ajoutant, qu'en prose même il n'y aurait point d'inexactitude à dire , est-ce une foi sincère , que la foi qui n'agit pointa Il y aurait eu au moins cela de nouveau.

Voici exactement le même tour dans ces vers du rôle de M essala , Brueus , Acte II , Scène I*'* :

Eh biéni Pambition, l'amonr et ses fureurs, Sont-«e des passions indignes des grands cœurs?

10 Huit ans déjk passes, une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits.

L'AciD. Cette expression, Isuit ans déjà passés ^yont 4ire depuis huilans, il y a déjà huit ans ^ ou huit ans

son^ déjà passés depuis f »«.•• n'est pas exacte. Cepen* dant le sens est clair , le tour est vif , et peut-élre préférable à la construction régulière* D'ailleurs Malherbe qui Tavait déjà employée dans la Prosopopée d'Ostende^ trois ans déjà passés y a paru faire autorité.

L. Rag» On ne dit point ordinairement , trois jours pas-^ ses ^j* aidait cela* Mais pourquoi ne le dit - on pas ? et pourquoi dans une langue qui vient de la langue latine , n'aurions-^nous pas, comme les Latins, un ablatif absolu ? Pie disons«nous pas , j^fis cela. Vannée passé et Cela dit , on alla*,, lui mort » on verra , etc. 7

L. H. ( Cours de littérature» ) Nuit ans déjà passés s manière poétique de dire par Tabla tif absolu , ily a huii ians* Racine a enrichi la langue des poètes d'une foule de constructions de cette espèce*

1 1 Le jour qui de leurs Rots vit éteindre la raoe , ^ Eteignit tout le feu de leur aotique audace.

L. Rac. On peut observer cet arrangement de mots : Z^ jour çui vit éteindre..., , éteignit tout le feu , etc. Dit-on que le jour éteint un feu ? Sans doute, puisqu'il était si aiai à l'auteur de mettre :

Le jonr que de leurs Kois on Tit périr la raoe , S'éteignit tout le feu y etc.

La construction serait très-régulière ; mais on sent aisément que le tour qu'il a pris est bien plus poétique.

G. F. Le four qui vit éteindre éteignit : il eût été plus exact de dire vit éteindre aussi* Mais le tour que Racine a psis est bien plus vif et plus poétique.

([(3^ On voit que M. Geoffroy a mieux aimé réduire et abréger de moitié l'observation de Louis Racine , que de faire sentir ce qu'elle a de défectueux» Si l'on peut dire que le jour éteint un feu, est-ce bien , je le demande , parce que Racine l'a dit^ pouvant dire autrement? Racine, tout grand écrivain qu'il était, ne s'est-il pas mépris aussi quelquefois ^ N'a-t«il pas aussi ^^ petites imperfections, mtme dans ses meilleurs ouvrages ?

Ç3o ÉTUDES

• js Et SA mii^rieoTde k U fin s'est lassée.

L. H. Ce mot , miséricorde , devenu presque familier par le grand usage dont il est dans les matières de religion , n'est favorable ni pour les vers ni pour l'oreille. H passe id à la faveur du sujet ; mais il n'y fait pas le même effet que tant d'autres de l'Écriture , dont le poète s'est heureusement empare. Si l'on osait refaire un vers de Racine,' peut-être prëfërerail-on celui-ci :

£t sa loDgue clémence k la fin s'est lassëe.

(2J;^3S^ M. Geoffroy, qui ne cite jamais M; de Laharpe lorsqu'il lui emprunte quelque chose de bon , ne manque pas du moins de le citer quand il croit avoir à le contredire* Il dit donc( et Laharpe, au reste, ne le conteste pas), que miséri-' corde est ici le mot propre , le mot consacre par l'Écriture. Ensuite passant au vers propose par Laharpe , il ajoute (et peut-être avec raison , j'en conviens ) : ce II n'y a point de » doute que le vers de Racine ne soit très-prcférable , et ne » convienne mieux au sujet. x>

i7 Les morts se ranimant K la voix d'Elisée.

L. H. Se raiiimanù , et non pas se ranimans ; ce qui serait un barbarisme. Se ranimant e^i le participe du verbe actif ranimer, employé dans le sens réciproque : il est donc indéclinable. Celle différence essentielle du participe et de Tadjectif verbal est aujourd'hui si souvent oubliée, même par des écrivains qui devraient savoir le français , qu'il n'est pas inutile de la développer, puisque l'occasion s'en pré-* sente , en faveur de ceux qui veulent étudier leur langue.

Le participe présent est de sa nature indéclinable , c'est* à'dire, indifférent aux deux genres. On dit indifféremment un homme , une iemm^J'aisant telle chose , et jamaisyki- ^anie. Ce principe est universel , soit que le verbe soit actif ou neutre , qu'il ait un régime ou qu'il n'en ait pas , que le régime soit direct ou indirect.

>{ais nous avons beaucoup de verbes où le participe peut

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 65i

devenir adjectif verbal 5 et alors seulement il est susceptible des deux genres comme adjectif. Mais il faut observer comme un autre principe non moins imprescriptible , qu^alors le participe devenu adjectif verbal , ne peut jamais prendre de régime direct , et ne reçoit jamais que le régime indirect, c'est-à-dire , celui qui est précédé d'une particule. Ainsi , quoique du participe aimant nous ayons fait l'adjeclif verbal aimant , aimante , on ne dit pas cette femme a^ manie un tel homme ; mais on dit très-bien une main dé-» gouttante de sang: dégouttant , dégouttante^ est là un adjectif verbal qui comporte le régime indirect. La raison de cette différence , c'est que » quand le participe devient adjectif verbal 9 il n'exprime plus une action , mais une habitude morale , ou un état de choses. C'est le caractère de l'adjectif, et c'est pour cela qu'il n'y en a point qui puisse se joindre à un autre mot, sans une particule qui exprime une relation quelconque , comme â , de^ pour, sur, etc. Des exemples rendront cette règle sensible.

« L'âme agissant sar le coi*ps, il en faut conclure que, etc.» ^Agissant est ici participe^ n'exprimant qu'une action. J/àme agissante serait une faute grossière. ]\)urquoi ? C'est qu'0^i^^a/!i/, agissante, adjectif verbal, ne signifie ^ qu'une habitude : c'est un homme agissant, c'est une léte Xo\x\o\ivs agissante , pour dire c'est un homme qui a l'habitude d'aeir, une tête qui a l'habitude' de penser. Mais on dirait très^bien : l'air est une force agissante sur les corps les plus solides , agissante en tout sens , agissante par sa nature, etc.

De même on dirait : « Les eaux courant vers la mer, )> vont s'y perdre pour en ressortir en vapeurs attirées par le » soleil. »

Les eanx courantes serait une faute : courantes ne se dit que des eaux qui ont un cours , pour les distinguer des eaux

stagnantes.

On écrit ou on imprime aujourd'hui à tout moment , les chefs conduisans leurs troupes , les magistrats se renfer-

mans dans leuTs fonctions , etc. C'est on des sol^dfliiies les plas communs : c'est parler un français barbare.

Ou dit très-bien une voix gémissanis , une main dé/ail' tante : c'est que ce sont des atijectifs ^ et non pas des parti* cipcs. Fans et les villes enfironnanUs est très-exact. Les ville!» environnantes Paris n*est plus français : il faatdi.'e environnant*: le régime direct avertit que c'est ici un participe, el non pas un adjectif.

(( La femme appartenant à son mari, ne doit pas écre » séparée sans àes causes^ graves. »

La femme appartenante serait une fiiute ; mais on dirait bien : un cfaAteau avec les terres appartenantes \ un £iit et les circonstances dépendantes; les fenmies sont natmelleroent dépendantes de leurs maris , etc.

Un écrivain ( je ne sais plus lequel ) s'écriait , il y a bien des années, avec une vraie douleur de Grammairien : Hélasl on ne connaît plus les participes en France l Que diraitil de nos jours ?

ilC]^ Peut-être de nos jours n'aurai t*il qu'à se réjouir. Jamais la théorie des participes n'a été plus généralement connue qu'à présent, et jamais on n'a dA moins pécher contre les règles qui les concernent. Pourquoi *? C'est que jamais on n'a attaché plus d'importance qu'à présent à l'étude de la langue 9 et que cette étude, autrefois assez négligée, même dans les collèges , fait aujourd'hui une des parties les plus essentielles de Téducation même des femmes. Non , quoiqu'en dise M. de La^arpe, qui a vécu de nos jours , je ot crois pas qu'on se méprenne beaucoup auj6urd*hai sur le point de Grammaire en question. S'il est vrai, comme il le dit ailleurs, qu'un des Commentateurs de Bacine ait fait une faute aussi grbssicre que celle de cette phrase : « Aman et » Narcisse développans à leurs confidens ; » et que ce ne soit pas lu plutôt une faute de l'imprimeur, qui aura mis uni pour un / ; il }' eta a bien peu parmi les gens un peu lettrés qoi lissent cette faute , même dans ce qu'ils pourraient écrire de plus commun. Cela n'empêche pas que la note grammaticale

ci-dessus , assurëment très'-bonne en elle-même , ne puisse avoir son utilité. Geoffroy en a jugé ainsi sans doute , puisqu'il a cru devoir en offrir comme un résumé dans son Commentaire. Tout ce qu'il y a mis de nouveau , c'est un assez bon exemple d'un même mot employé d'abord comme participe, et puis comme ad jectif verbal , dans ces vers du même poète:

Et U crête fumant da sang du Mlootaure.

PakoRB , Acte !•', Scène !•'•.

Et la triste Italie cncor tonte fumante

jye» feux qu'à rallumés sa liberté mourante*

MiTHEioiTB^ Acte III, Scène P'".

Comment ni lui ni le maître d'après lequel il parle sans le nommer, n'ont-ils rien dit de quelques vers de Boileau où se trouve précisément la faute reprochée h un Commentateur de Racine ? Ce sont , entre autres , ceux-ci :

Et plus loin des laquais , l*un l'autre s'agaçans , Font aboyer les chiens et jurer les passans.

Sàt. VI.

Je peindrai les plaisirs en foule renaissans.

ÉpiT. !•'•

Cent mille faux xélés, le fer en main conrans. Allèrent attaquer leurs amis, leurs parens.

Sat. XII.

Et, pour lier des mots si mal s'entr^accordans^ Prendre dans ce jardin la lune avec les dents.

Epit. XI.

Hélas! Boileau ne connaissaUpas les participes , aurait donc pu s'écrier le Grammairien dont veut parler M. de Labarpel La Fontaine, hélas! ne les connaissait pas non plus , aurait-il pu s*écrier encore^ en lisant ces vers de la Fable du Rat et de l'Huître :

]N'é!atit pasde ces rats qui , les livres rongeans^ Se font savans jusqnes aux dents 3

et ceux-ci de Philémonet Baucis :

tJn appui flic roseaux soulageait leurs ^ienz anst Moitié secours des Dieux , moitié peur, se hàtanSy Sur un mont assez proche enfin ib arrivèrent.

Mais D'cû(-il pas redoublé ses cris de douleur, en lisant dans la Henriade même , Chaut III :

El dans l'ombre d'un eloilre en secret qémissans , Abandonnaieni TEmpire aux mains de leurs tyrans.

14 Le ciel même peut-il réparer les ruines

De cet arbre séché jusque dans ses racines?

L'Académie. Quelques-uns ont douté qu'on put dire^ même poétiquement , les mines d'un arbre*

^SZ^ Cependcint Voltaire Ta dit , comme Racine , ei même d'après Racine , à ce qu'il semble , Henriade , Chant VII :

Un faible rejeton sort entre les ruines . De cet arbre fécoud coupé dans ses racines.

Delille l'a dit aussi dans sa traduction de Y Enéide y liv. Il :

Enfin , dans un dernier et long gémissement ,

II ( l*arbre) épuise sa vie, il tombe , et les collines

Retentissent du poids de Be& vastes ruines.

Taudra-t-il en faveur de l'expression de plus grandes autorités et de plus beaux exemples ?

i5 Des ennemis de Dieu la coupable insolence , Abusant contre lui de ce profond silence , Accuse trop long-temps ses promesses d'erreur*

L'Académie. Quelques-uns ont cru ^^ erreur n'est pas le terme propre pour signifier des promesses trompeuses*

G. F. Erreur pour fausseté ne parait pas exact. Il ne peut y av'oir à^ erreur dans les promesses » Verreur ne peut être que dans celui qui promet au-delà de ses moyens. Cependant ce mot peut passer dans un vers à la faveur d'une

ellipse : accuser les promesses d'erreur , c'est les accuser de nous induire en erreur^ de nous tromper.

({Ql^ Verreur est une fausse opinion , et cette fausse opinion peut se trouver, à la rigueur, dans des promesses , comme dans des propositions 5 dans des principes , dans des maximes. Accuser des prom,esses d'erreur peut donc , à la rigueur, se dire : mais qu'est-ce que cela signifie ? Que tes -promesses coniiennens une erreur y qn^eiles sont/ondées tur Verreur y ou ocelles ont une erreur pour principe ; et, comme cette erreur ne peut être que du fait de l'auteur même des promesses , cela veut dire , en d'autres termes , non pas que les promesses soni trompeuses , mais qu'il s'est trompé dans ses promesses^ qu'il a promis ce qu'il ne voulait pas ou ne devait pas promettre. Or, ce n'est pas là pourtant ce que le poète a eu en vue d'exprimer, mais bien que les pro-^ messes sont trompeuses , ou n'ont pas leur effets ne se remplissent pas» Il n'a donc pas rendu exactement son idée ; il a même employé un terme absolument impropre, un terme si impropre, qu'il en résulte une sorte de contre-sens*

16 Avant que -son destin s'explique par ma ? oix , Je vais l'offrir aa Dieu par qui rè|;Qent les Rois.

L'AcÀD. Ce vers a donné lieu à une longue discussion. Les uns ont prétendu que le mot de destin pouvait réveiller l'idée du destin du Paganisme ; que ces expressions sVxpli^ue , et par ma voix , personnifiant le destin , fortifient ou favorisent celte idée, etc. Les autres ont répondu quo l'adjectif possessif son fixe tellement le sens du mot destin , qu'il devient synonyme de tout ce qui est arrivé et dé ce qui doit arriver à Joas ; que l'expression ^explique ne signifie que soit expliqué ; que cette expression se trouve journellement dans la bouche même du peuple , comme ou dit : Cela se vend y se dit^ se fait ^ se connaît ^ s'entend^ etc. et à l'infini. Cette expression, dans son origine « a pu êirè oratoire et personnificative » mais elle n'est plus qu'up idio-

tisme admis dans tous les styles, sans supposer la moiiidn idée de personnification* Far ma voix n*est qu'une exprès- ' sion. noble et poëlique (|ul ne fait nullennent de Joas un simple organe tel que la Pythie des païens.

J^jj^ M. Geoffroy est parfaitement de Tavis de cet demîen. Il ne conçoit pas comment Ton a pu voir, ici dans le mot desUn une nuance de Paganisme. Il observe qu'il en est de ce mot comme de celui, d'^f/ror^ et d'une infiuité d'autres qu'un poète chrétien peut dérober sans conséquence à la Bfythologie des Païens.

Mais il y a plus : un poète chrétien n'a pas besoin de dé^ rober ce mot à la Mythologie 5 puisque « dans le sens où il est ici , dans le sens de sort particulier d'une personne « il est reçu depuis long-temps ^ non-seulenie|it dans le langage de la poésie , mais même dans celui do la haute prose. Il est évident que tout ce que le vers signifie 9 c'est , avant que son destin soit expliijuè par ma 9oix , ou avant que ma voix explique son destin*

17 Et se croit quelque enfant rejeté par sa mère, A qui j'ai par pitié daigné servir de père.

L'A CAD. On a remarqué qu^en disant quelque enfant^ Racine a mieux peint un enfant obscur^ que s'il eût mis un enfant*

On a remarqué aussi qu'il eût fallu mettre et à qui ^ pour oler toute équivoque grammaticale , puisque sans la conjonc* tion et le second vers se rapporte grammaticalement à la mère; mais le sens est si clair, que Racine a pu omettre cette conjonction.

({^[^ Pourquoi quelque peint-il mieux qu'un l'obscurité de Tcnfant ? C est que quelque , sans doute , désigne plus vaguement I plus indéteirminément qu'/z/s; cestque quelque s'emploie assez souvent dans les désignations du mépris et da dédain : Donnez cela à quelque pauvre diable ; ailes faire tous ces co'ntes à quelque sot , un homme de sens n *en sera pas dupe.

l8 Hélas 1 de qnel péril je Tavais su tirer 1

Dans quel péril encore est-li prés de rentrer?

L'AcAD. Quelques«uns ont cru qu'on ne pouvait pas dire enlrvr d'un périls ni rentrer dans tin péril, quoiqu'on «lit fort bien^ rentrer dans un embarras, et sortir d*un périL

^^^ N'y anraiuil pas dans cette remarque une faute d'impression , entrer d'un péril j pour entrer dans un péril ? Si TAcadëmie a mis en effet , entrer d'un péril , alors il y a probablement d*o mis à la suite , dans un attire , et il faut lire : « Quelques-uns ont cru qu'on ne pouvait pas dire , entrer d'un péril dans un autre, ni rentrer dans un périLn La remarque ainsi prësenlëe peut avoir quelque chose de juste. D'abord , on ne dit pas , entrer dans un péril, ni rentrer d* un péril dans un autre , parce que l'action d'e/i- <rtfr suppose une liberté de réflexion qu'on n'a guère h l'égard d'un péril : on tombe dans un péril, on s'y expose ^ on la brave ', mais on n'y entre pas plus qu'on neutre dans Vabime y dans la poudre, etc. Ensuite, s'il s'agit d'un péril ioni nouveau , d'un péril tout différent de celui au-quel on avait échappé , sans doute qu'on ne peut pas dire rentrer dans ce péril, puisqu'on ne peut rentrer qae là oi3i l'on était déjh. Mais s'il s'agissait d'un même péril , d'un péril d'où l'on fût sorti , pourquoi ne dirait-on pas , y ren^ irer, comme on dit , rentrer dans la fange, dans lapous-^ siêre, dans le néantl Peut-être que, si Racine n'eût pas formetlement distingué un péril (Je l'autre, en disant, dans çuel péril encore , le mot rentrer ne serait pas absolument impropre ; peut-être lui passerait-on d'avoir dit ;

Hélas ! de quel péril je l'avais su tirer! Dans ce ^éril encore est-il près de reuUerl

Molière fait dire à Mascarille , Acte IV, Scène IX de V Étourdi :

Fat-il jamais destin plus brouillé que le nAtre ? Sortant d*un t mbarras , nous entrons dans un autre ;

et à Albert , Acte III , Scène IV du Dépit Amoureux .•

O Dieux ! quelle méprise , et qu'est-ce qu'il m'apprend ? Je rentre ici d*an trouble en un trouble plus grand.

10 Qui donc oppo«cx-vou8 contre ses satellites?

L'AcAD. On ne dit pas opposer çuel^u' un contre guelau'un : on dit opposer ^uel^u*un à quelqu'un.

(C^ Opposer dérive du latin opponere {ponere oè, mettre devant ou contre. Or, opposer veut son régime indirect au datif, et le datif en français est marqué par la préposition i. C'est donc opposera, en effet , et non pas o/^poser contre qu'il faut dire. Opposer contre est d'autant plus mauvais , que contre , comme nous venons de le voir, se trouve déjà implicitement dans le verbe même.

ao Je sais que près de vous en secret rassemblé ,

Par vos soins prévoyans leur nombre est redoublé.

UAcAD. Quelques-uns ont cru que rassembler ne se dit pas d'un nombre généralement pris , mais des parties d'un

nombre.

jfQ^ Dès que rassembler peut se dire d'un corps civil ou politique 9 comme , par exemple , un parlement , un sénat, une communauté, dont les membres sont souvent épars, pourquoi ne le dirait-on pas d'un nombret

SI Un serment solennel par avance les lie A ce fils de David qu'on leur doit révéler.

L'AcAD. On dit révéler une chose , et non pas une personne. Cependant l'expression a été jugée noble , poétique et convenable, surtout dans une pièce tirée dé rËcriture.

({CZî^ Révéler se dit aussi des personnes, dit l'Académie dans la dernière édition de son Dictionnaire : Révéler ses complices. Révéler^c'e^i , au propre , retirer de dessous le voile ; c'est découvrir^ déclarer, faire coiin ^itre ce <^ui était inconnu et secret*

DE LA LAJNGUE FRANÇAISE. 63g

fia Mais quelque noble ardeur dout iU puissent briilery Peuvent-ils de leur Koi venger seuls la querelle ?

L'AcAD. Plusieurs ont prétendu que la ronstruclioD rëgu*« Hère serait j mais de ^uel^ue noble ardeur qu'ils puis-^ sent brûler»

Ç^ M. Geoffroy convient que la règle est telle ; mais il ea regarde la violation comice une licence permise aux grands poètes. Pour moi, je pense qu'il vaudrait mieux que les grands poètes ne se permissent pas cette licence. Qiielijue noble ardeur est là nécessairement un nominatif ^ un sujet, et l'on peut deraapder où est le verbe. Buileau a fait quelquefois cette même fautes par exemple, dans sa Sa«« tire XI :

Mais , quelque fol espoir dont leur orgueil les berce. Bientôt on les connaît, tt la yéritë perce.

Et dans sa première Epltre au Roi :

Quelque orgueil en secret dont s'aveugle un auteur. Il est ficheuz , grand &oi , de se voir sans lecteur.

J.-B. Rousseau a bien mis ^e avant quelque dans ce passage de son Ode à la Fortune :

Mais de quelque superbe titra Dont les béros soient revêtus.

Prenons la Raison pour arbitre.

Et cherchons en eux leurs Ter tus;

mais il aurait dû mettre ensuite que , au lieu de dont :

Mais de quelque superbe titre Que les héros soient revêtus*

t5 Te me figure encor sa nourrice éperdue ,

Qui devant les bourreaux sVtait jelée envain....

L. H. Tout ce morceau est admirable^ On l'a cite par-* tout comme un modèle de peinture touchante : tous les traits en sont finis. Je ne remarquerai que cet hëraisliche , s* était jetée envain, où levers semble tomber à chaquet

6'io ÉTUPES

mot* Ilest impossible de mieux rendre refforl Impuîssanl

de la faiblesse.

CI^ <c Ce morceau fameux , observe Louis Racine , es*

» non-sculenienl admirable par la poàie et la vérité de la

» peinture, mais par l'art avec* lequel il est amené , afin que le spectateur instruit des premiers malheurs de Joas , et de la raison qui le fait élever dans le temple sous un nom

» supposé , s'attendrisse et s'intéresse pour lui avant de

» ravoir vu. »

Mais , qu'il me soit permis de le demander, ce récit de Josabeth , tout beau quM est sans doute , était-il bien nécessaire à l'égard de Joad î Joad , époux de Josabelh depuis longues années, ne devait-il 'pas l'avoir entendu assex sou-* vent de la même bouche ? Mettons qu'il ne 4oii pas tout-àfait déplacé dans la circonsUnce , le fallait-il si long et si détaillé?

a4 Et faible le tenait renversé sur son sein.

L'AcAD* Il sembU d'abord qne /Bible sa rapporte à U nourrice , et les vers suivansle feraient rapporter à Teafanti ainsi , le sens n'est pas ûeU *

{3^ Les vers suivans sont ceux-ci : .

Je U pris tout suisUnt; et bûchent son vkige. Mes pleurs dp semijnfiiS loi «cndinnt l'uage.

Or> en quoi ces vers feraient-ils rapporter à l'enfant le mot faible^ qui Jusque-là wt fapporiait nécessairement à la nourrice ? L'enfant était totU sanglant , et il avait perdu Vusage du senHmèr^; mai» la nourrice éperdue qui le ienaUrençersé sur son sein, la nourrice qui s'était jeiée enyain au-devant des bourreaux ^ la nourrice, déjà si faible dans cette lutte terrible , ne devait-elle pas l'être plus encore après tous ces vaina efforts où elle venait d'épuiser •es forces ? Le moi faibie se rapporte do*c toujours à elle par le sens , comme il s'y rapporte par la construction , et il s'y rapporte sans équivoque. Il parait bien d'après la mic

pfëoédenle , que Laharpe ne Tentendait pas autrement. Mais, il y a plus : ce mol faible conviendrait-il ici pour àésignet rdlat d'un eofaDl laissé pour mon, d'un enfant presque sans ittovremeot et sans vie ? Ne dirait-il pas trop peu, puis* qu'en effet il pourrait s'appliquer à reafantniéiue qui aurait le plus de vigueur et de force 7

a5 Et soit frayeur eDcore , oa pour me caresser^ De ses bras innocens je me sentis presser.

L'AcAD. Ces deux vers sont beaux et toucbans , quoique le premier no soit pas exactement construit avec le second^

,(J^3?v II w'ej^ pa^ exactement construit avec le se» cond^ puisque tout ce qu'il énonce,' soit ce mouvement de frayeur, soit cette envie de caresser, se rapporte grammaticalement à la personne qui dit y je me sentis presser quoiqu'il ne doive s'entendre que de l'enfant. Il faudrait pour l'exactitude , que l'enfant iùt le sujet principal de toute la proposition, et que le aecond vers fût tourné , par exemple , ainsi :

De %^ bras iunoecns il cherche k ne presser.

Observons que le tour même du premier vers ue serait pas tràs-rëgulier en prose. Il faudrait après le second soit , reprë* aentë pur ou , un nom substantif ^ comme après le premier ; ei 4oit frayeur encore, soit envie de me caresser; ou que le premier iiût suivi» comme le second^de ;?oivet d'un infinitif | et soit pour implorer mon secours , soit pour me caresser* Cette sorte 4le symétrie grammaticale me payait également prescrite et par la raison et par le goût. Du moins on ne passerait pas facilement en prose » ce me semble , une au»i grande disparate que celle du vers de Racine.

d6 Noiirri dans ta maison , en Tamour de ta loi.

L'A CAD. Il faudrait dans V amour, et non pas en^ Racine a voulu sans doute éviter deux dans si *près Tun de lautre. ,

gr^a ÉTUDES

ffiC3^ Dan9 exprime un sens prëcis et détermine , tandis ' qu'«/s en exprime un vague et indéterminé : dans marque , en outre , entre le contenant et le contenu un rapport plu» intime quV«. Il en résulte que , s'il fallait dans pour Vamour, en pouvait convenir pour la maison ^ et sans douie que l'hiatus seul a empêché le poète de dire : Nourri en ta maison dans l'amour de ta loi. Il a dit ailleurs dans la même pièce, rôle d'Abner , nourri à :

Moi, nourti dans la guerre aux horreurs du carnage.

Est-ce plus exact que nourri en ? Personne da moins ne l'a censuré , et Voltaire en fournit cet exemple dans la jHtf«riade , Chant VII : •

Us ne l'ont jamais vu ; jamais leur troupe impie M'approcha de son àme à la vertu nourrie.

Ce qui p!^obablement a donné lieu de dire nourri à, comme nourri dansj c'est que nourri alors se prend pour élevé y instruit , et qu'on ne dit pas moins instruit à tpC instruit dans.

%y Joas les touchera par sa noble pudeur,

Ol semble de son sang reluire la splendeur*

L'AcAD* Sa noble pudeur esl une expression faible , et le second vers est lâche , et fait uniquement pour la rime.

(LQ^ Sang esl là pour race , et Ton dit la splendeur d'une race y et même la splendeur d* un nom. La splendeur d'un sang esi donc suffisamment justifiée par Tanalogie des idées. Ce second vers pourrait avoir un tour plus vif; mais je ne vois pas qu'il soit tout-a-fait inutile. Est-ce que les beaux sentimens , la no ile pudeur, ne peuvent p«is déceler uno haute origine? Est-ce qa'une .haute origine ne peut pas contribuer à intéresser^ à toucher ^ dans un jeune infortuné ?

ftd Deux infidèles Rois tour-k*tour Tont bravé. . L'AcAD. Tour-à-tour ne se dit que des choses qui re-

tiennent plusieurs fois l'une après Tautre s on ne peut pas U dire de deux Rois dont l'un succède à l'autre.

' {Qi^ Non , lorsque l'un ne succède à l'autre (ju'une seule fois; mais s'ils se succédaient souvent, comme devaient le faire y par exemple , Etdocle et Polyniçe , en régnant un an chacun 7«.«.2\iiir^â-/oi/r signifie à-peu-près la même chose fl\3L alternative fne ni f et suppose une succession fréquente et mutuelle, ou de deux, et quelquefois même de plusieurs objets pour une même sorte d'action . ou de deux actions ou qualités opposées dans un même objet :

n se lève 9 il prëlude t étendus en avant ,

Ses deux bras tour-k-tonr battent l'air et le vent. . . •

( KniiDB , Livre V, trad. de Pelillc. }

Et tantôt tonr-k-tour , et tantôt k-Ia-fois, Les deux cestes lignés l*accablent de leur poids.

( Idem, ) Celles-ci tour''à'tour vont observer les cieux : Plusieurs font sentinelle et veillent k la porte ; Plusieurs vont recevoir les fardeaux qu'on apporte.. ••

L'un tonr-k-tour- enferme et déchaîne les vents. . . •

Gf oao. , Livre IV.

Oppressanrs , opprimés , fiers i huinbles , tour-k-tour. Tantôt l'horreur du peuple^ et tantôt leur amour.'

HtiTH. , Chant. VI.

Boileau a bien plus mal fait encore que Racine , en disant chacun iour^à^iourf^dans son Lutrin, Chant III:

La Nuit voit le barbier, qui d'une main légère y ' Tient on verre de vin qui rit dans la fougère , Et chacun , tour-k-tour, s'inondant de ce jus , Célébrer,* en buvant , Gilotin et Baochus.

fl9 L'a tiré par leurs mains de l'oubli du tombeau. Et de David éteint rallumé le ilambeau.

' L'AcAD. L'exactitude demande qu'on dise a rallumé^' Va du vers précédent ne se construit pas avec et de David éteint rallumé ^ etc.

.{;3J^ II fandraft» en effet, pour qu'il s^cenatraislCj qve l'objet de raction de rallnmer fût le même que celui de Tac-' tioB do tirer de Toubli , ou que tiré de l'oubli fût aulvi de aon régime dircet, au lieu d*ep être précédé , et que ce régime y par conséquent , ne f&t pas un simple pronom per^ •onnel* Ainsi^ par exemple , l'on pourrait dire tras^torrectetuent , avec deux objets d'action différons :

Il a tiré Jois de roubli da tombeau ^ Et de David ëieiat rallamé le Qambeao ,

ou avec un seul objet d'action exprimé par nn pronom pe^" sonnel :

Il l'a tiik par eux de l'oubli du tombeau , Et remis sur le troue o^ l'on vit son bereean.

Mais que ne passerait-on pas en faveur de ce beau Ters : Et de David éteint rallumé le flambeau ? c< Le flambeam » de David ^ disent Luneau et Labarpo » d*après Louis » Racine * expression très-belle , et souvent employée dans » l'Ecriture sainte : l'épithète éteint qui accompagnerait » mal tout autre nom » semble faite pour celui de David , » la lumière d'Israël • d'où doit sortir la lumière des autres D nations. »

3o . . . . Bt la lumière est un don de ses mains»

L'AcAD. L'elpression .un den de ses mains, en parlant de la lumiire , a paru à quelques-uns une expression impropre.

([i^^ Les mains ne peuvent donner immédiatement que •e qu'elles peuvent palper, tenir, et la lumière » fluide si léger, si subtil, ne peut être ni palpée ni tenue par les mains* Mais la lumière vient surtout du soleil > ouvrage des mains de Dieu comme tons les autres corps physiques , «t ^ne même Dieu , h parler poétiquement, tient toujours ^ans ses mains , comme l'univers entier : ainsi on peut la regarder dans un sens cpmme un don des mains de Dieu*

3i Dins Qo naage épais le Seignear enfermé.

L'AcAD. Quel^es-uos oq4 cru ^ei\fermé ne peut m ûire ffonr enveloppé •

(jf^ Voici la définition à*envalopper dans le Dictionnaire de l'Académie : Envelopper^ c*e8t metire antour de quelque chose une étoffe, un linge ^ etc. , qui enferme f environne de tou9 côtés. Or» ne parait-il pai, d'après cett» di^flnilion, ^vl enfermé peut se dire poar enveloppé ^ lorsqu'à ridée principale enfermé se joint Vidée accessoire de tous cotée ? Cette idée accessoire est ici suffisamment ex* primée I je crois, par les mots dans un nuage épais* Cependant je suis loin de prétendre ^ enfermée ^ m^meaTeo cette idée accessoire» soit tellement synonyme à' enveloppé , que Tun convienne aussi bien que l'autre dan» toutes les circoastances-

Sa n veinait révéler aux en fans, des Hébreux , De sts préceptes saints la lumière immortelle.

L'AcAD* Révéler la lumière 2i paru irrégulier à quelques uns ; mais d autres ont trouvé l'expression belle , et ont ajouté que la lumière des préoepi&s exprime noblemrat et poétiqQement des préceptes qui répandent une grande lumière.

({^ On se rangera facilement à l'avis de œs derniersé

33 . ^ . . . Que de raisons y quelle douceur extrême D'engager k ce Dieu son amour et sa foi!

L'AcAo. Quelques-uns ont dit qu'on ne pouvait pas em-

Î loyer e»tréme après quelle ; mais d'antres l'ont excusé^ et 'ont jnsliilé par des exemples.

{!^ Le Dictionnaire de l'Académie porte à l'arliele Ea>^ êréme : «Quoique ce mot tienne lieu de superlatif , pour )» signifier, irês-^aud, Srés-^ande, il devient quelque-* y> £ois potttif. Ainsi on dit, les maux les plus extrêmes»» Or, $i extrême peut devenir positif » pourquoi ne l'erapleit^

rait-on pas SiVecçuen Boileau, dans sa Satire X, fournit . un exemple semblable à celui de Racine :

Quelle joie en effet, quelle douceur extrême. De se voir caressé d'une épouse qu'on aime !

54 Est- il doné k vos coeurs, est-il si difficile '

Et si pénible de l'aimer ?

L-ÂcAD. La plupart ont trouvé cette suspension vicieuse « |)arce que cet Uëmisticbe ne prësenfe rien à Tesprit ; maii quelques-uns l*ont excusée en disant qu'on passe si rapidement à l'autre hémistiche , que le lecteur ou l'auditeur est proroptement satisfait, ce D ailleurs, ont- ils dit^ cette sus* » pension marque mieux la passion de celui qui parle , que y> ne ferait un discours plus suivi. »

Ç35^ E^ ' n'est*- ce rien que celle harmonie , que ce charme , qne ce je ne sais quoi de si doux et de si tendre de ces deux vers ? ,Qu'est*ce que tout cela devenait^ si l'auteur eût dit sans suspension et en réduisant le vers alexandrin à huit syllabes 2

Vous est-il doDO si difficile Et si pénible de l'aimer ?

55 D'engager k ce Dieu ^on amonr et sa foi !

L.' B. Quelques personnes trouvent les chœurs à^Esther plus beaux que ceux à^Aùhalie, Nous croyons que le premier chœur à^Athalie est au-dessus de tous pour le sublime, mais qu'on voit régner dans ceux d*£'j/A0r plus de tendresse et d'onction.

Dans ce chœur^ après la peinture la plus douce et la plus aimable des beautés de la nature , ( // donne auxflôurs^ etc.), Aacinc place une description pleine d&grandeur etd'énergie, {^Dis-nous pourquoi ces feux ^ etc.). Rousseau avait bien cette pompe et cette force d|ns ses vers; mais il n'avait point ces passages heurei^x d'une peinture douce à un tableaa terrible ^ d*un morceau' louchant à dos descriptions élevées; en£n ^ il manquait de cette variété qui fait le charme des y^t% de Racine. Il est sûr que, si cet illustre tragique eût

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 64f

travaUlë dans le même genre que Roosseau , il eût mis dans ses Odes plus de variété , de douceur, de grâces : il avait une flexibilité dç génie qui savait se plier à tous les tons , un goût épuré qui mettait tout à sa place. Racine , en un mot » eût réussi dans tous les genres s*l1 eût voulu les embrasser tous*

L. H. n y a dans ce* chœur 5 qui partout est beau , on couplet égal à tout pour le sublime : ô Mont de Sinai, etc. ; mais j'avoue que les chœurs d^Esihert ou il n'y a pas moins de sublime et plus de sentiment , me paraissent encore audessDS*

Il y avait long-temps que Voltaire avait dit de la flesibilité du génie de Racine ce que le Commentateur en a dit ; mais il faut savoir gré au Commentateur de l'avoir répété* Du reste , je no pense pas comme lui , que Rousseau ait au* tant et plus de force et de pompe dans» sa versification que Racine. Il faudrait pour cela qu'il eût fait voir cette force et cette pompe aussi souvent que Racine , et dans une aussi grande variété de sujets. Rousseau est poète et grand poète- 5 mais Racine est un poète unique.

36 Reine , sors , a-t-il dit , de ee lieu redoutable ^'où te bannit ton sexe et ton impiété. *.

L*AcAD. Quelques-uns ont dit que ces deux nominatifs paraissaient demander le verbe au pluriel : on a répondu qu'il serait irrégulier de mettre un sing'ulier si les nominatifs précédaient le verbe ^ mais qn'on pouvait l'employer en vers lorsqu'il en e^t suivi.

{fï3^ L'Académie aurait donc comdamné le vers d'JS^ther :

Quelle était en secrçt ma bonté et mes cbagrins t

et avec d'autant moins de ménagement qu'un des deux sujets ou nominatifs e5i au pluriel. Elle aurait condamné aussi ces vers de J.-B. Rousseau dans son Ode sur la justice divine :

f.e pouvoir et le droit de punir les offenses I>i 'appartient qu'à ce Dieu jaloux.

6i8 ÉTUDEiS

Maîj elle Mimit excoâ^ ceux de Voltaire > Tanerèdéj Acte V, l^ène III :

Que m'importe k présent ee peuple et ton outrage , Et sa faveur erédule , et sa pitié volage , £t i» publique voix que je n'eateadrai pas?

57 J'ignore tout le reste,

Et venais vous conter ce désordre funeste,

L'AoAD. Il fallait , eu je venait^ Le changement de temps demamle la rëpëtition de je ; mais on a cnt qu'en poésie la suppression deyV donne de la vivacité. Conter esl du sljle familier*

(|f^[^ Cet emploi de deux temps dtf fërens avec hb m6me sujet rappelle ces deux vers de BaJAMBt :

Aaaurat esl eontent si nous le voulons eroif e y Et semblait se promettre une hevveuse victoire.

Mais si conter esl impropre et du uyle familier p qvel terme fallait^il donc? Apprendre % -je pensej ou raeonier:

Pourquoi demanéea-'vous t^e ma bouche raconte Pes Princies de mon sasg les foreurs et la lionte ?

Haut. Cb. I.

38 Voiei votre Matban , je vous laisse avec lui.

L'AcAD. Votre n'est pas asses respectueitx dans la Bouche d*ao sujet parlant à la Reine \ il n'est pas d'ailleurs cbnt enable au caractère donné à Ahner,

L. B* Celte manière de parler ne convient point à la tra^ gédie \ elle n'est pas non plus tuset respectueuse simms Im bouche d'un sujet parlant à sa Reine.

li. H. Le Commentateur s'abuse étrangeluimt. I^ lecture seule de nos tragédies aurait dû lui apprendre qu'il n'y a point de locution plus usitée dans les sujets anciens » parce qu'il n'y en avait point qui fût plus commune dans l'antiquiië. Votre n'exprime en aucune manière le manque de respect: il signifie 9 qui est à vous ycomm^ tuus en latin. Ce même Abner croit-il manquer de respect à Joad , quand il Ini.dit au cinquième Acte :

Qui sait ce qu'il réssrvé à votre Elîaein ?

DE LA LANGUE FRANÇÂIiSE. €fy

Electre croit-elle manquer de respeet & sa mère (jaand elle lui dit .•

Totre' Êgjpte cent fois m*cn avait menaoce.

YOLTAUB.

Antoine œéprise-t«il Auguste ou Agrippa 9 lorsqu'on trai« tantavec lui dans le 2Vl umç irai, il \ni dît i

Ceol fois TOtro Agrippa , tos. ooofideas , Ifs mieas.

VoLTAltB.

Et un Comonentatenr de Racine ignore ce ^ui est si connu f Les £dit£o«s du Commeniaire de Laharpe» Abner n'est point snjet ^Athalie \ Aihalie n*est point sa Reine ; elle est pour lui, connne ipour Joad , une impie ëtrangerc* C'est ce qui a ëtë parfaitement ëubli par M. de Laharpe , pour rëfuter une objection de Voltaire , qui n'était fondée que sur cette fausse supposition.

([;;3$^' M. Geoffroy suppose que Laharpe a dit que votre signifie uniquement qui est à vorts, et il s'attache , en con^ aëqucDce, h prouver contre Inique ce mot, ainsi placé 9 exprime toujours quelque seatiraeat particulier d'affection , de haine , ou de mépris ; qu'ici votre Matlian marque du mépris 9 non pas pour la Reine, mais pour cet indigne prêtre» et renferme même un secret reproche de la confiance qu'wf • thalie lui accorde ; que c'est un terme de haine dans la bonche d* A thalie lorsqu'elle dit à Josabeih , Acte II, Scène VII :

Je n'aurais pas du moins k cette aveugle rage. Rendu meurtre pour meurtre , outrage pour outrage , Et de votre David traité tous les neveux , Comme on traitait d'Achab les restes malèem^nz ?

Et sans doute un terme d'affection ou de biei|veillance dans le vers cité par J^harpe :

Qui sait ce qu'il réserve k uotre ÉUacîn. Certes, il a toute raison quant au fond : mais fallait-il prê«

65o ETUDES

ter àLaharpe un tort qu'il n'a pas .2 Laharpe, en disant que voire signiCie çui est à i>of/J ^ a-t-il prétendu que ce mot ne pouvait jamais signifier que cela seul , et que cette signification ndcessaire et principale excluait tonte autre signification accessoire et accidentelle? N*avait->il pas dëjà ivroarquë du mépris dans - l'expression sa chèrfi 2'royenne de ce vers à^Andromaifue :

Il n'a devant les yeax que sa chère Troyenne.

Et n'avait-il pas senti tout le dénigrement Aq ta Troyenne dans ces autres vers de la même pièce :•

Ton cœur impatient de revoir ta Troyenne^ Pfe souffre qu'à regret qu'un antre l'entretienne.

Au reste ', ce qui esta vous tout senl^ que ne dit-il pas si on veut le bien entendre ?

39 Même elle avait encor cet éclat emprunté y

Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage ^ Pour réparer des ans Tirréparable ouirage.

L* B. L'épitliètc îï* irréparable fait un très-bel effet dans le dernier vers:, c'est une imitation de Virreparabile ien^ pus de Virgile. '

L. H. Cet effet , véritablement très-beaa, n'est point une imitation de Virgile , et n'a rien de commun avec Virrepa» r a bile tempns : il tient à l'opposition frappante et pleine de sens des deux mots réparer et irréparable ^^ el à la précision du vers qni renferme dans une épilliète ce qiie d'autres auraient mis en moralité*

|(^]j^ J«-B. Rousseau à imité celte heureuse alliance de mots , dans la première Strophe de la première de ses Odes

sacrées :

Seigneur y dans ta gloire adorable.

Quel mortel est digne d'entrer ?

Qui pourra , Grand Dieu , pénétrçr Ce sanctuaire impénétrable ?.

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 65i

40 Mai» je n'ai plus troavë qu^un horrible mélange D'os et de chair meurtris et tra! aés dans la fange.

L'Agàd. Quelques-uns ont cru qu'on ne pouvait pas dire

des os meurtris,

({!;^ Louis Racine pense avec raison que Tëpithète meur" iris peut convenir aux os, considères ensemble avec la chaire qu'il faut la rapporter tout-à-»la-fois à la chair et aux os ; que le poète a voulu , par cette espèce de confusion de mots , peindre celle dont il parle.

41 Mais de s ce sou:renir mon àme possédée,

A deux fois , en dormant , revu la même idëe.

L'Acàd, La plupart ont cru qu'on ne peut pas dire revoir une idée, comme on dit revoir une image.

({^^ Loub Racine prétend que^ dans notre langue, idée signifie aussi vision. Oui , il peut quelquefois le signifier, comme Tobserve le Dictionnaire de Trévoux ; mais quelle sorte de vision ? Une vision chimérique^ une imagination fausse 4 une chose non effective : Cei homme n*esc riche , n *est heureux ^u 'en idét ; il veuâ donner ses idées pour des choses réelles. Or, l'on voit assez , et par la définition , et par les exemples , que ce n'est pas là ce que le poète a entendu faire revoir en songe* Idée , suivant l'Académie , peut se prendre aussi quelquefois pour les espèces , les images qui sont dans la mémoire, ou dans l'imagination, comme dans ces exemples : J*ai vu cet homme-là autrefois , j'en ai ^ueléjue idée ; // ne me souvient point de cela , fe n'en ai aucune idée* Mais il est clair que ce n*est pas là non plus de quoi il s'agit iei : il ne s'y agit point, disje , (le quelque trace , de quelque souvenir laissé dans l'âtne par un objet, mais de la re|jrésentation d'un objet dans rame comme s'il était sous les yeux. Or, la représentation d'uu objet dans l'Âme , considérée comme ici par rapport a l'objet , s'appelle image, et on réserve le nom ^idée pour la connaissance que l'âme en prend , c'est-k-dire , qu'on ne

rappelle idée qa*en la coD3idërant par rapport à rame et corame vue par i'àroe. Le mot idée parait plus heureusemont employé clans ces vers de Bajazet^ rôle de Roxane:

BaDS son cœur I Ah 1 crois-tu , quand il le voudrait bien , Que si je perds l'espoir de régner dans le tien, D^1ne si douce erreur si long-temps possédée. Je puisse désormais souffîr une autre idée 7

4a Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer Ce même eufaqt toujours tout prêt k me percer.

L' AcAD. Plusieurs ont prétendu qu*on ne pouvait pas dire: Mes yeux se sont vu retracer. Quelques-uns ont approuvé ' Texpression comme poétique^

IP^ Elle l'est en effet ^ puisque les yeux en poésie se prennent souvent pour la personne même» èc q«e c'est aur^ iont aux yeux ( aux yeux de Teq^uît ou aux yeux du corps) qu'une image te retrace* Je ne sais pas comment M, Geoffroy a de la peine à vojr Ih cette perfection ordinairm dit style d'AAaiie.

45 C^est lui-même. Il marchait li côté du grand-prêtre ; Biais -bientôt k ma vue on l'a fait disparaître.

L. B« Nous ne connaissons rien dans notre langue de plus bcauj de plus poétique ^ et de plus élégant que ce aongew L'idée vive et rapide qn'Athalie donne de sa puissance , la peinture affreuse qu'elle fait de l'ombre 4^ Jéxabel , le por-> trait plein de douceur de Joas « et la manière dont die décrit ensuite le trouble qui régnait dans le temple des Juifs lors« qu'elle y est entrée, forment autant de tableaux qui font passer dans Tâm^ du spectateur le trouble et la terreur d'Athalie.

L. H« ( Cours de Littérature )• Ce songe est un morceau achevé : jamais on n'a su narrer et peindre une foule d'objets différens avec des traits plus vrais, plus variés, plus énergiques, et ces traits expriment non-seulement les choses, mais le caractère du personnage.

44 Toot saves poar Joad mes égards , mes mesores.

L'AcAD. On dît bien les égards, mais non pas tâs me^^ inrts de i^ueLfu'un pour une personne.

f[![^ Mesure est là ix>ur ménagemeni ; mais mesure Ae peut avoir quelque synonymie avec ménagement , qae daps CCS sortes de phrases négatives : ne garder de mesuré açec personne y ne point garder de mesure aifec quel-^ fu'un, c'est-h^diro , n'avoir de ménagement pour per^ sonne , n'avoir aucun ménagement pour une personne , ou traiter tout le,monde , traiter ^uel^u' un sans menagement ; et en d'autres termes , sortir à l'égard de tout le monde ou de ^uel^u'un , de la retenue et dés bornes prescrites par le devoir, l'honnêteté ». ou la politesse. Et notes bien que la synonymie n'est pas entre les mots pris isolétnent, mais entre les phrases correspondantes, dont l'une . revient à l'autre pour le sens. Notez de plus que mesure , dans ces cas lii , ne s'emploie- point au pluriel , ni avec un article 3 ou , si l'on veut , un pronom possessif, mais au singulier, et à- peu-près de la même manière que retenue. Ce^ |)endftAt, il se peut, je l'avoue, qae la doctrine que je viens d'exposer ne soit pa3 extrêmement sûre : ce qui me ferait un peu douter, c'est que M. Gattel donne ta phrase , J*ai des mesures à garder, pour un exemple de l'emploi de mesures dans le sens de ménagemens ; c'est qu'il ne me iraratt p: â qu'pn ait jamais censvré ces vers du Mysanthrope^ Acte I«', ■Scène I*»^« :

Téte-bleo , ee me sont de mortelleB blessures , De voir qu'avec le vice on garde dc\teesares«

45 Qnelqae mopstre naissant dans le temple s'élève* Keine , n'aiiendez pas que lè nuage crève.

L'AcAD» Le poète commence son raisonnement par ure métaphore, et il le finit par uae. autre; ce qui est vioieux. H fallait pour la justesse, dire dans le premier vers, nn orage s'élève , ou dire dans le second, ne laissez pas croître es monstre.

L. H. Le premier vers est irès-beaa ; Timage est-elle soutenue dans le second ? Le nuage crève se peut-il lier assez au monstre naissant qui s 'élève ? Et celte expression U nuage crève est-elle assez noble pour lui sacrifier le rapport nécessaire entre les figures ? Je ne le crois pas. Cependant il y a dans colle phrase, n'attendez pas que Is nnaee crève , une vérité qui fait tout passer. Il est si difEcile de dire mieux que Racine , même quand il y a quelque chose à reprendre !

46 Princesse , assures-TOos ; je le prends sons ma garde.

L'AcAD. On ne dit point assurez^vous pour rassurez^

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