‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 66 sur 76 · L. B« Racine a déjK mis plus haut · texte numérisé non relu

L. B« Racine a déjK mis plus haut

Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante.

Nous n^croyoDS pas qu'on puisse dire , unjeunù enfant* Oa est jeune après avoir ëlë enfanl ; mais quand on dit en^ fanùy rëpithète de jeune esl au moins inutile.

L. H. Cette expression , un jetihe enfant , est reçue dans l'usage, et me parait convenir à cet âge où Ton n*est plus précisément un enfant,, et où Ton u*est pas encore un jeune homme* Cet âge est celui' de Joas', à qui le poète donne neuf à dix ans» C'est proprement l'adolescence ; mais^ comme le mot n'est guère que du langage familier^ on dit plus communément tin jeune enfant^ quand il a passé sept ans. C*estce qui a autorisé Radiie à s'exprimer de même ^ adolescent n'étant pas du style tragique*

48 Comment tous nommei-Toas ? -* l^ai nom Eliacin.

L. H, Phrase latine : Nomen habere Petrum, On l'appelle en français^ phrase normande 9 parce qu'elle fut d'abord usitée dans la Normandie > où l'usage du latin était plus commun qu'ailleurs* Elle a passé ici comme ayant quelque chose de naïf ; mais elle n'est pas introduite dans le langage de ceux qui parlent bien. Je me nomme , je m*ap'* pelle , mon nom est , voilà les phrases françaises. Mon nom, est Nèresian.

G. F. Toar naïf et enfantin. Moh nom est Éliacin se* rait plus élégant et n'aurait pas tant de grâce.

49 Vous sortes? —Vous aveft entendu sa fortaae.

L'AcAD. Entendu sa fortune ; pour le récit de sajor* lune , a paru à quelques - uns une expression hasardée : d'autres l'ont jugée bonne en poésie.

G. F. Il est impossible, de dire avec plus de précision , et en même-t^mps plus poétiquement : F'ous avez entendu lo récit de tout ce tgui est arrivé*

' 40^ ^° verra plus loin :

Ont conté son enfance au glaive dérobée , ce qui fait dire à Laharpe que, s'il était possible de s'arrêter

à tous les détails | t\ ferait remar^uwr ioute l'^Uganee de celle langue poéiiifue* ce Quoi de pins poëtiquey ajoate-t-il , que ce tour elliptique^ oni conté son enfance ^ pour l'hù^ toire de son enfancel »

5o Hé quoi ! tous n'aros point de passe-temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que tous.

L* B. Passe^temps De pent s'employer dans la poésie noble.

L* H. Je pense avec Louis Racine , ^^passe-temps ^ qni Be serait pas bien ailleurs « n'est point ici%épréhensible , parce qu'Athalie semble s'accommoder .4|u langage de l'enfance 9 en voulant gagner un enfant. Il était bien facile de mettre :

Eh quoi 1 vous n'ates point d*kninsemetts pins doux ?

Bacine a préféré passe-^lefnps , et il avait ses raisons.

^;^^ M. Geoffroy emprunte la même remarque à Loaii Bacine , et > loin de lui en faire honneur^ il ne le nomme même pas.

5i Venes dans mon palais ^ vous y verres ma gloire.

L. B« Atbalie vient de dire à Joas qu'elle le plaignait de li*avoir point d'autres amtisemens que de présenter le sel au grand^prêtre .'elle lui dit actuellement de venir dans son palais , ^u*il y verra sa gloire^ Il n'e&t certainement pas plus amusant ponr un enfant de voir la gloire d'une reine ^ que de servir un grand-prêtre. Voir la gloire est donc ici une expression impropre.

L. H. Vous y verrez ma gloire n'a rien d'impropre en aucun sens. Ce pourrait être une phrase mal placée; mais elle est ici excellente : elle peint l'orgueil ; et qu'y a-l-il d'ailleurs de plus naturel que de croire un enfant susceptible d'être ébloui par la pompe d'une cour ? On Test si son* ▼ent sans être un enfant I Ma gloire ne veut pas dire autre chose : c'est l'expression en usage , surtout dans TEcrilure. Quand Jésus- Christ dans l'Evangile compare la magoificence

DE LA LANGUE FRANÇAISE. 65f

des lys h celle de Salomon ^ no dit-il pa^ : Salomon dana 10 gloire n'ëuit pas vétn comme eux t

5a Ce Diea , depuis long^iemps votre nniqne refuge^ Que deviendra l'effet de ses prédictions?

L'AcAD. Il fallait dire ^ ^uel sera l'effet.

G. F. La construction est renversée 5 et ce désordre est un effet de l'art ; mais les grands poètes sont seuls capables d'éviter Tabus toujours voisin de pareilles licenres.

^f^^ "Ge renversement A^ construction est d'autant plus excusable^ et même d'autant plus naturel ^ qu'il est^ en quelque sorte ^ nécessité par ce qui précède :

Tout vous a réussi : qiie JXv^'^ voie et' nous juge*

Mais quoi I est-ce bien-Ih un renversement de constmc'» tion ? Bapportes à ce dernier vers les deux ci-ûessus., et vous verres qu'il y a entre eux une liaison , sinon gramma-* ticale, du moins logique , suffisante; vous verrez qu'à rhéi» mistich^ , que Dieu voie et nous juge ^ se rattache trèsbien 9 au moyen d'une ellipse qui se supplée d'oUc*mème , ce Dieu , depuis long^temps , votre unique refuge , et que l'ordre de Texpression , enfin , ne fait que correspondre à l'ordre de la pensée^

53 II brave le faste orgueilleux

El oe se laisse point séduire A tous ses attraits périlieux.

L'AcAn» On a trouvé que tou^ est cheville» et q\ie péril" leux n'est pas assez propre. Périlleux pe se dit que du dan*ger physique, et non pas du danger moral. En général ^Içs trois derniers vers de celle strophe on^ paru faibles et pé-*

glig^S-

dÇTU^ Il y a enire périlleux et 4tingereux la même diffé->

rence qu'entre péril et danger. Or, c< le ^6ri7,d après Rou-

» baud , est une épreuve telle que la chose peut périr, se

» perdre , s'évanouir, se dissiper ; et le danger est ce qui

» expose à un malheur, à uue perte^ & un dommage* Lo

» danger menace de près ou de loin : le péril est présent, )} pressant, imminent et terrible. Le péril éloigné n'est Ti qu'on danger \ un danger grave , à mesure qu'il s'ap- )) proche, devient /7^riA »

Dangereux convenait moins pour la rime qae périlleux', mais il convenait seal pour le sens^ comme dans ces versdt la Henriade :

Un dangereux éelat qui puse et qui sVnfoit. . • De ce grand nom de Roi le dangereux hooneur. • • Ans traits do Vatican si craints, ai dangereux, • • Et l'appui dangereux de sa fausse amitié. . . Ce dangereux enfant, si tendre et si cruel. . •

54 C'est k nous de chanter, nous k qui ta révèles Tes clartés immortelles.

L'Acin. Plusieurs ont cru qu'on ne pouvait pas dire ea français révéler des clartés ^m^xs la plupart ont pensé que cette expression est noble et poétique dans une pièce tirée de l'Ecriture»

d^;^ C'est ici le même cas qne ci-dessus , n^. 3^ :

11 venait révéler aox enfans des Hébreu , De ses préceptes saints la lumière immortelle.

Révéler^ c'est découvrir, fiiire connaître ce qui était caché, et il semblerait que des x^lartés ne peuvent être ni cachées ni découvertes ; mais les clartés sont là pour les mystères^ four les préceptes , en eux-mêmes d'tme clarté si vive, et c'est ce qni couvre la disconvenance des termes» Voici deux vers de la Henriade , Chant VII, où clartés est pris dans le même sens , et qui feront sentir que Talliance de ce mot avec celui de révéler peut n'avoir rien d'absurde :

Ce Dieu les punit-il d'avoir fermé les yeux Aux clartés que lui-même il plaça si loin d'eux ?

55 Près de leurs passions rien ne me fut sacré«

L'AcÀD. Près pour en' comparaison de , n'a pas para osiez exact à quelqaes-*ans.

i(;3S^ Près dé est-il bien là pour en comparaison de ? Laharpe et les autres Commentateurs l'ont entendu dans ce sens , comme l'Acadëmie. Mais je doute ^ malgré tout mou respect pour d'aussi grandes autorités , que ce soit-là en effet ce qu'a entendu le poète. Il me semble qu'il a voulu dire tout uniment : auprès de leurs passions , sous l'empire ou l* influence de leurs passions , que jeflaêtais , aux^ quelles j'étais vendu ^ rien ne me fut sacré : leurs pas^ •sions me firent oublier^ méconnaître « sacrifier tout ce ^u'il y avait de sacrée Enfin , près de leurs passions me parait être à-peu-près dans le même sens qu'auprès de vos douleurs , dans ce vers de Rodogune , Acte IV :

Je sens que je suis mère auprès de tos doideurs.

Voltaire pense qu'il eût mieux valu dire , vos douleurs me font sentir que je suis mère , et il a raison : ce 'serait plus naturel et plus simple» Mais le tour de Racine ne préseaie pas le même vice , ce me semble ^ et il rend avec concision et clarté l'idée que je suppose avoir été la sienne* Si c'est dans le sens d'en comparaison de qu'il a mis près de , alors il s'est singulièrement mépris ; car auprès de peut bien avoir quelquefois ce sens-là, mais il ne parait pas que près de l'ait jamais ea« ( Voir dans la Thébaïde , l'artide sur le vers :

{^auprès da diadème il n'est rien qui toos tonohe ;

et dans Esther, l'article sur celui ^

Pour TOUS régler sar eux , que sont-iU près de voiu ?)

56 D'ailleurs pour cet enfant leur attache est TÎsible.

L. B. Attache pour attachement ne s'emploie guère dans le style noble.

L» H. Gela est vrai ; mais où en est la raison ? Dans l'usage seulement. Attache est souvent plus commode en vers i^ attachement, et dit la même chose aussi bien. Pour* quoi s'en priver ? L'exemple d'un aussi grand écrivain que Racine n est-il pas une autorité quand aucun principe- ne la

66o ÉTUDES

coBtredil? Et ee vers a-l-il jamais^ hlesêé l'oreille des hommes instruits ?

({3^ M. Geoffroy ayant copie cette remarque presque siot II mot , sans y rien ajouter du. sien , il est înatîle de le citer. Mais il ne Test pas sans doute d'obterver qa^aUache et aiiacheme/it ne sont pas aussi parfaitement synonymes que semble le faire entendre M» de Laharpe. « Auacke , dit » Rouhaud, est ce ^ni nliachs ^ un lien; aUaohemeni, » ce par çtêoi on est aiiaché , une Uaîson« l^auaehef » vient de quelque cause que ce soit ; V»liacheimeni vient j> du cœur. On lient à l'olvTet pour lequel on a de VtUUieke; » on aime celui pour qui l'on a de Vatiaofèefnentm.m. On a }> de V attache pour la maison qu'on habite ; on a de Vai- -ii tachement pour les personnes avec qui l'on vit. Une » simple habitude avec une personne fait une attache ; une » liaison , fondée sur le rapport des scntimens et des carao- » tères, fait un attachement,... U attache lie et fait les )> coteries; V attachement unit et fait les sociëtës.».. Les » personnes droites et sensibles n'ont guère à* attache sans 30 attachement. V attaché sans Vattachemenù n*est qu'un » esclavage. » Il r($sa1te de toutes ces différences qu*a//achement valait mieul ici qu'aZ/^cAè ; et peut-être amour ou tendresse vatait-^il encore miedx que tout cela. N'y aurait-il rien à dire sur cette construction:

B'kffllears poifr cet enfant leur tttaclie est visible?

Un esprit tant soit peu pottë à fa 'contrifdtction , ne pourraitil pas demander avec quelque fondement : si c'esi ieurat^ iaohe yui est visible pour cet enfant ^ ou si c^esi leurat* sache pour cet enfant ^ui est visible ? *

57 Enfin an Dieu nouyeaa qu'elle avait introduit-. Par les mains d^Athalie un temple fut consuuit.

L'Agad. S'il y avait) Athtilie a coneiruit, 4*inver90B pourrait être admise ; niarîs Athalie , étant régi par une préposition , ne parait pas d'abord le sujel de la propositîoa. Vm temple est id ie sujet prinoipai delà proposition.

DE LA LANQUE FHANÇAISE. 661

f!3^ Tout CfU paraît asseï^ mal explique. Il y a ici denx propositions , une psopositioa prtacipale , ^nfifh un t^mpl^ fut consUuU par les mains d'jiihalie au Dieu nouveau» %t une proposition incidente » non pas simplement ex(ilica— tîve et surabondante , mais dëterrainative , qu'elle avt^ià iniroduis^ absolument nécessaire pour compléter au Dieu nouveau 9 régime indirect objectif de la proposition principale. Aihalie se trouve dans la proposition principale , et non-senlement il no parait pas d'abord le sujet de cetto proposition 9 non-seulement il ne l'est et ne peut Tétre en aucnne manière ^ naais il n'est, avec la préposition qui le précède y que le complément d'un complément, que Le complément de ^ar les mains f complément du participe cons-* truit y attribut de la proposition , dont 7/1» temple est le sujet 9 non f sus principal , mais unique. Ce qui rend la censtraction défectueuse et vraiment répréhensible p ce n'est pas cette inversion de la proposition incidente mi5e avant la proposition principale , mais c'est ce pronom elle mis pour sujet de la proposition incidente , comme si le nom auquel il so rapporte était en effet le sujet de la proposition principale* Que l'on fasse disparaître l'inversion , la faute n*en restera pas' moins la même. Elle serait moins grave , et pourrait jmème s'excuser, si Athalie au lieu de n'être que le complépaent du complément de l'attribut , était le complément de l'attribut même , en que sorte qu'il y eût: ^

En6n au Diea noaveaa qa'elle avait introduit. Par l'indigne Aihalit an temple fut oonstmit.

La raison de la faute , c'est saiil doute qu'il y a de rinconsé«« quence et de la biearrerie à élever un pronom au-dessus da nom qu'il représente » et à le faire figurer comme sujet ^ tandis que le nom lui-même n'est employé qu'en complé-» ment , qu^en régime, et que d'une manière indirecte»

^8 Des enfans de Lévi la tronpe consternée

En poussa vers le oiel des hurlemens affreux.

L. B. et L, H. Ce mot hurlemens i comme L'observe trèsbien Louis Racine 9 est une expression qai se tf^uve très**

66i ÉTUDES

souvent dans rÉcritare sainte. Les prtyphetes» pour i\re gémissez » crîez , se servent presque toujoors du mot tr/0laie. Les historiens profanes expriment par le même mot le deuiMes Orientaux. Quinte*Gurce a dit : Lugubris cla^ mor barharo ululatu*

Sg Vivez, soleniiis«z yos fêtes sans ombrage.

L'AcAD. Racine veut dire, solennisez vos files en as^ enrance^ et sans ombrage ne le dit pas.

(f;^ Ombrages au figure , veut dire défiance, soupçon , et solennisez vos fêtes sans ombrage , sig[nifie ^ solen^ nisez vos fêtes sans a^oiron sans prendre des soupçons , de la défiance,

60 D'an Tain songe peut-être elle fait trop de eompte^

]L' AcAD. On a trouve que faire compte serait familier au* jourd'hni.

L. B. , L. H. et 6. F. On Ht faire cas de quelque diose » et en tenir compte, ,

' {P3^ Ces trois Messieurs se trompent. Le Dictionnaire de TAcadcmie porte textuellement : ce On dit figurëment faire >) compte 9 tenir compte de quelque petsonne s de quel" >) que chose , pour dire , l'estimer, l'avoir en quelque con- » sidëration ; » et il ajoute ces exemples : ce // n'en tient p pas grand compte \ il en fait peu de compte.»

61 J'admirais si Iffathan , dépouillant Pirtifice , Avait pu de son cœur surmonter l'injustice.

L'AcAO. On a trouve que ce dernier vers ne se lie pas ezac* tement avec le précédent; après dépouillant l' artifice , on attend toute autre chose que surmonter l'injustice.

G. F. J'admirais si Matluin.^. avait- pu : construction vicieuse que la poésie n'excuse pas»

([^[^ Il semblerait plutôt que ce serait en surmontant l'injustice de son cœur, que Mathan aurait pu dépouiller l'artifice j car il n'est artificieux, sans doute ^ que parce

qa'il f st infuse» Mais en quoi cette oonstraction , j*admU rais si Maihan.... avait pu , est-elle si vicieuse? Elle n'est pas ordinaire» je l'avoue; maïs <pieUe force d'expression» quelle sanglante ironie n'y est-elle pas attachée ! C'est peutêtre une sorte de latinisme , et je m'ëtonne que M. Geoffroy ne l'ait pas 5 à ce titre , je ne dis pas excusée , mais admirée » lui qui se récrie toujours d'admiration 2i la moindre apparence d'un latinisme. Si cette construction était si vicieuse, corn-ment l'Académie n'en aurait-elle rien dit , en censurant les deux vers pour le sens logique ? Marmontel , qui est loin de la condamner, la donne pour un gallicisme*

6a Et voos-méme ignores de qaels paréos issu , De quelles mains Joas en ses bras l'a reçu?

G.T* Issu forme quelque embarras dans la construction : il semble se rapporter à Je quelles mains , aussi bien qu'à Je fuels parens.

(^1^3$^ Issu ne semble pas se rapporter à de tfuelles mains , aussi bien qu'à de fuels parens , puisque , d'abord , il précède de quelles mains , et que , loin de s'y lier immédiatement , il présente un sens suspensif ; puisqu'ensuite de quelles mains ne souffre aucun repos après soi , et entraîne avec rapidité. ce qui suit. Mais il y a toujours une sorte d'em-barras dans la construction , et cet embarras ne peut se justifier qne par l'émotion et le trouble du personnage qui parle*

65 Parlez , je tous' écoule, et suis prêt de tous croire.

Au Dieu que tous serrez , princesse , rendez gloire,

L. B. Ce vers ne tient point du tont à ce qui précède : aussi Josabeth , qui a grand intérêt de ne point instruire Mathan sur le sort de Joas , ne répond-elle qu'à ce dernier vers.

L« H. Le commentateur n'a point entendu ce vers : il ne savait pas que dans l'Ecriture, rendre gloire à Dieu , se dit souvent pour attester son nom , et il lui a paru tout simple d'imaginer que Racine avait fait un vers dénué de •ens et de raison*

j;^^ Rendre gloire à Dieu se dit qnelqnefois , soîrant VAcadëniie , Haos le même sens que rendre hommage à la vérité y et c'est évidemment dans ce sens qu*on le dit ici* Ainsi Luneau a véritablement pris le change là-dessDS. Mais peut-éire aossi que M. de Laharpe ne s*est pas exprimé trè»exactement, en disant que rendre gloire à Dieu se dit souvent pour attester sonrnom. Attester le nom de Dieu signiùe 9 prendre Dien à téntoin, cm jurer, faire serment fae Dieu sait que ce ^u*on dit est véritable 9 et ce n*esC pas du tout ce que Mathan exigée de Josabeth y mais seulement qu'elle dise la vérité, qu'elle la dise pure^ simple et entière , qu'elle la dise de manière à honorer Dieu j qui est la vérité même.

64 Médiant, c^est bien Si vous d*oser ainsi nommer X7n Diett ^«e votre bovehe enseigne à hlMpfaémer?

L. Rac. Elle ( Josabeth ) ne dit pas, méchant , c'est bien à toi. Ce mot méchant n'est pas ici dans le style familier. Il se retrouve plus d'une fois dans celte pièce, comme étant do Style de l'Écriture , qui nomme méchant les ennemis de Dieu. Josabeth dira bientôt :

Tandis q«e les méehans déUbèrent entre eux.

Et dans le premier Cantkpie:

Les méehiM m*oM vanté leufs mensoDges frivolef.

Josabeth n'appelle point ainsi Mathan par colère , ni par emportement.

(g^ M. de Laharpe observe de même que l'Ecriture ap-i pelle d'ordinaire méehans tous ceux qui sont rebelles a la loi de Dieu, quelle que soit la mesure de leurs crimes, mais que ce mot ne conviendrait pas aussi bien dans on sujet profane*

65 Les chiens k qui son bras ft livré Jésabel , Attendant que s^r toi sâ forenr se déploie , Déjà sont k ta porte ^ et demandent leur proie.

. L. H. Kauteur avait dëjk sa ennoblir ce mot de chiens dans ce beaa vers du premier acte :

Dans son sanj^ inhnmain les chiens désaltérés.

C'est ainsi qu'il a su nous accoutumer dans cette pièce h tontes les expressions et h toutes les images de TÉcriture tes plus, ëloignées de nos mœurs , et qui devaient abonder dans un sujet semblable pour lui donner sa couleur propre.

{^3^ Le mot chien no se trouve pas moins ennobli dan5

ces vers^ si souvent cités ^ du songe d'Alhalie :

Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D*08 et de chair meurtris, et traînés daÉS la fange , Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorons se disputaient entre eus.

Mais pourquoi co mot , qui partout ailleurs aurait tant de peine à passer» paraît-il avec dignité dans tous ces esemplea? C'est que l'Ecriture le consacre dans Thistoire de Jësabel , et que , dés les premiers vers de cette pièce ^^ nous sommes ao^ coutumes au langage de l'Ecriture; c'est qu'il est relevé par l'idée religieuse d'une vengeance céleste dont notre esprit a été frappé dès notre enfance ; c'est que 9 par conséquent y l'imagination a préparé l'oreille à ce mot , et prévenu U disparate » comme l'observe Laharpe dans le chapitre de son Cours de Littérature où il compare la langue française aux langues anciennes*

66 Jéhu n'a point un vœur farouche , inexorable ; Do David a ses jenx le nom est favorable.

L'AcAD. Un nom façotable aux yeux n'est pas français,

{!^ Et puis , faiforable veut-il dire ici , ^ui est propice^ avantageux^ ou <fui est en faveur, gracieux y agréable ? C'est bien ce dernier sens que le poète a en en vue • Mais,

d'après la construction, ne serait-ce pas plutôt le premier ? Nom favorable n'a pas tout-à-fait ce même sens dans ce Ters 'de Bajaz^i , où nous l'avons aussi censure :

i Le peuple prévena à* un nom si favorable* 67 Tu frappes et gaéris , ta perds et ressaseites.

UAcAiy. Perdre et ressusciter ne sont point opposés comme ùu perds et tu sauves* Tu fais mourir et iuressus" cites* Cependant on a trouve l'expression belle dans le langage (le l'Ecriture.

(1^^ M* Geoffroy observe de même que l'opposition enti« tu perds et tu ressuscites n'est pas assez marquée ; que le contraste est plus frappant dans l'Ëcriture , où il est dit ^ tu frapftts et tu guéris , tu conduis aux enfers et tu en ror^ mènes ; ( tuflagella^ et salvas y deducis ad infères et reducis )• Mais tu perds n'est-il pas dans le vers de Racine , pour tu fais mourirl Ce sens-là ne peut-il pas être quelquefois celui du "Verbe perdre ? et n'est-il pas ici nécessairement déterminé par tu ressuscites ? Ainsi la faute 5 s'il y en a une , est bien légère et bien excusable. Disons plus : avec /// perds y on peut entendre une Tnort morale y comme wie mort pJiysique; et avec tu fais mourir , on n'entendrait plus , peut-être ^ qu'une mort physique. .

Ne pourrait-on pas regarder comme une sorte de paraphrase du vers de Racine , ceux de VOreste de Voltaire > où Pyladk dit en parlant du Destin « Acte IV^ Scène n :

Il conduit les mortels , il dirige leurs pas

Par des chemios secreis qu'ils ne connaissent pas :

II pFonge dans i^abime y et bientôt en retire ;

Il accable de fers , il élève à Tempire ;

n fait trouver la vie au milieu des tombeaux ?

68 Ils ne s'assurent point en leurs propres mérites*

L. B« Le mot mérites au pluriel n*est consacré qu'à la dévotion t et serait mal placé dans tm autre sens.

L»H. Oui, dans la poésie noble , non pas dans les vers

du style familier. Mariées est sourent dans Molière 9 dans Voltaire , et ailleurs.

G. F. Dans une pièce juive ou chrëtienne | c*est le mot propre.

d^^ C'est le mot propre > si > par mériie > on entend oeuvres ou actions méritoires, et en général ce qui rend digne de récompense ; mais si « par mérite , on entend le principe intérieur et moral de ces actions ou de ces œuvres , et, par conséquent, la piété , la justice, la vertu , alors ce n'est pas plus le mot propre dans une pièce juive ou chré^ i tienne y <pc partout ailleurs. Or, ne serait-il pas ici dans ce dernier sens , plutôt que dans le premier ? Cependant le premier n'a rien d'aksurde ni qui répugne. Yoici des exemples de ce mot employé par Voltaire , au pluriel , dans des sujets profanes : ,

Chaque belle plaidait la cause de son eœar. De son amant aimé racontait les mérites.

Xtfx trois manières.

Mon fi!s y dit-il , la CoUt sait vos mérites : On prise fort les bons mots que vous dites , Vos petits vers , et vos galans écrits.

La Bastille^ 69 En tes senkiens jurés an plos saint de leurs Rois*

L'Acad; On ne dit point jurer des sermens ; mais on a cru encore que le langage de l'Écriture pouvait admettre cette expression.

L. B. Jurer des sermens , un serment juré ! Cest un pléonasme.

L. H. Je ne saurais appeler pléonasme ce qui donne de la forôe à l'idée et à l'expression. Cherchez une autre tournure pour ce vers , et vous verres si tes sermens jurés n'est pas d'une invention poétique. D'ailleurs , ces sortes de redoublemensdemotf ne sont étrangers à. aucune langue : ou Isa trouve en grec, en latin | en français, etc.

(j;3S^ L'Encyclopëdie rnëibbdique , arlicle Pléonasme , en fournit pour Thëbreu des exemples qui , en français, reviennent litléralement 9if tu mangeras en mangeant , ta mourras en mourant, et pour le sens, à iu en mangeras li'» brément, tant et aussi souveni ^ue tu voudras \ iu mour* ras certainement i infailli blemenS ^ indubitabletnentm Virgile dit, Livi*e VIH de VÉnéidet des guerres -eom" battues, ( bella pugnata)\ Piaute, dans une de ses oomëdies : il a songe le même, songe, {somnium simile somniavit). Mais en français ne dison^nous pas, il a dormi un bon somme ; il joue gros jeu ; il joue un jeu à j^ perdre ? £t il est aisé de voir que ce ne sont pas là des pléonasmes y puisqu'il n'y a aucun root qu'on pût votraacher sans altërer le sens , ou même sans le dëlruire* L'ex* pression de Racine si conforme au langage de TEcriture, est bien plus que simplement belle , que simplement poétique ; elle est admirable. Et quel terme, je le demande, eùt-il pu substituer en cet endroit h jurés ? Esi'<e faits , par hasard , ou est-ce prêtés ? Avec Tun ou avec l'<iutre , que devenait ce beau vers ?

70 Quel est ee glaive enfin qni marche deyant eux ?

L, B« et L« H. irn'y a que la poésie qui puisse hasarder une pareille image , un glaive ^ni marche. Cest ainsi qu*on relève les moindres détails : cet art apparliient singulièrement à Racine»

{^3$^ Louis Racine observe que, comme le glaive ëtaù porië en cérémonie , l'expression qui marche est juste. Il eût pu ajouter que la hardiesse en est par cela même îostifiée^ qu'elle est même au-dessous^ peut-être, de celle du vers à'Esiher :

Le fer ne conn titra ni le seie ni rise.

Au reste , plus ou moins hardis 5 ou , si on le veut , aussi hardis l'un que Tautre, ces deux vers sont plus heureux et

d'un meilleur goAt que celai de Voltaire , Mèropt , Acte !•', Scène VI :

Ce fer aux pieds da trftne en vaûi m'a ta oondoire. • • •

Ub fer qu*OB porte en avant marché en quelque sorte avec son porteur ; eC un f er qni semble partager la fureur qu*il sert 5 est censë , comme cette fureur même 9 ne rîea respecter et ne rien connaitre* Mais peut^on supposer <\\3LXixi fer sache conduire , quoiqoe sans doute il patsse*avoir |K>ur effet de conduire? Voltaire luî-mème condamne dans Corneille sa^ voir applique aux dioses inanimées » et il n observe même pas que , du temps de Corneille ^ ce verbe s'employait assex généralement h-peu*près de la même manière qae ponvoir, sans donner lieu à une personnification. C'est ainsi que nous disons encore au conditionnel, ces précauUoas ne satt^' raient me garantir , ces raisons ne sauraient me con^ vaincre , pour ces raisons ou ces précautions ne peuvent Trie convaincre ou me garantir*

71 Armea-voiB d'an ooungè et d'une foi ncavelle.

L'AcAD. Plusieurs ont dit que Tépilhète nouvelle ne pent se rapporter grarom^^ticaleroent en geore à coiira^d , comme h, foi; les autres ont répondu que l'usage autorise lama-niére dont Racioe s'est exprimé , et surtout en poésie*

(£^3^ A ravis de ces derniers , on peut joindre celui de M. de Waillyi qui dit que quand l'adjectif et le pronom sont immédiatement après deux substantifs de choses, ils s'accordent avec le dernier, et qui rapporte ces exemples : On ne trouve dans la plupart des courtisans i^u'une poli-^ tesse et une cordialité affectée ; cet acteur joue avec un goût et une grâce charmante ; il a les pieds et la tête nue.

73 Un Koî sage, ainsi Bien Pa prononcé lai-mémo ^ Sur la richesse et Por ne met point son appui.

L'AcAo. Plusieurs ont dit qu'on ne dit pas mettre son appui sur y mais en ou dans , quoiqu'on dise f^ appuyer iur\ qu'on peut le passer ^n vers, et non pas en prose»

{^p^ 1! appui est ce qui appuie ^ ce sur quoi Ton s'ap» puie. Ainsi par la raison même qu'on dit &^ appuyer sur ^ on ne peut pas dire^ à ce qu'il semble» meure son appui sur '9 car ce serait donner à entendre que Y appui et ce sar quoi on le met sont deux choses toutes différentes , ou , si Ton reut , qu'il y a un appui de V appui. Par exemple , dans le cas présent » un Moi sage ne mei point son appui sur la richesse et l'or semble signifier, k la lettre , que ce Boi n* appuie point son appui suri* or et la richesse , ou ne fait point servir l'or et la richesse d'appui à son ap^ pui\ et le poète veut dire qu* ri/s Roi sage ne fait point consister^son appui dans l'ùretdans la richesse ^ on ne fait point de la richesse et de l'or son appui. Ne sontce pas là les .raisons pour lesquelles plusieurs membres de l'Académie se sont déclarés contre mettre son appui sur? Sans doute qu'ils eussent trouvé exact ce vers de la Mèn^ riade , Chant X :

Le Boi I qui dans le ciel avait mis son appai , Sentit que le Très-Haut s'intéressait pour lui.

Mais qu'eussent-ils dit de ceux de J»-B* Rousseau :

Peuples j de qui Vappui sur sa bonté se fonde.. • • - Il a brisé la lance et l'épée homicide Sur qui Pim pieté fondait son forme appui ?

Ou on ne fonde pas un appui , ou on \e fonde sur. Alais si on le fonde sur^ y a-t-il bien loin de là à le mettre sur? Voilà comment des questions qui semblent n'être rien en apparence , deviennent souvent fort embarrassaote5* Racine a dit àansEstherg Acte II, Scène I*'' :

Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui?

et Voltaire a porté ce vers dans son opéra de Samson , en le coupant en deux ; et M. de Laharpe , qui a grand soin de faire remarquer cet emprunt , est loin , assuréirtcnt , de trouver à redire à l'expression dont il s'agit.

DE LA LANCÛE Ï'&ANÇAISE. 671

i^S Vous n'êtes point encore écJbdjApé de sa rage*

G. F. La prose exigerait â sa rage*

2^3^ Échapper he niel avec la prëpo.siiiOD de ^ ouaveo la prép tsition à » c'est suivant le ^ans qu'on a eji vue • ct^ peat- être aussi > suivaat ta nature de la chose à laquf*lle 9n échappe. Il se met avec la préposition de , (ju<'in>i ii sir'^iiifit» ùessar d^ètre oà l'on était ^ sortir df ^ e'i. : échapper d'ua danger^ d'un naufrage , d'un incendie \ échapper de prison y ^des mains de l'ennemi : et alors ^ suivant M. Gauel y il ne se conjugue qu'avec avoir, lu moins <ju'oii ne remploie avec le pronom personnel , comme dans il s'esfi échappé des galères* Ainsi Boileau a pu dire dans sa Sa<« tire V :

Leurs noms sont éobappis do naufrage des temps.

Mais il aurait dû mettre ont échappé , et non pas sont échappés.

Échapper signifie*t*il ^ au contraire ^ n^étrépas aperçu ^ saisi , ou se dérober^ se soustraire ; alors c'est le cas de la préposition â .- éehapper à la fureur^ à la poursuite des ennemis % le coupable a échappé à toutes les recherches qu 'on a pu faire. Or, ne semble-l-il pas que c'est ce df'rnier jiens qu'on a en vue dans le vers ^Athalie ? El d'ailleurs ^ ce $ens-*là ue semble-t-il pas seul compatible avec le mot rage ? On n'est pas dans une rage 9 comme dans une prison j comme dans un naufrage » ou comme dans un incendie. Ge<* pendant si l'on veut exprimer que cet objet non encore échappé \i la rage ^ y est déjà en butte > en proie, à convieudra-t«il aussi bien que de 7 J.->B. Rousseau, pour dire qu*^ç«l'est sorti du mois de juillet ^ qu^on a passe par les chale^fè de l'été , par les fureurs du lion , et qu'on en est enfin qjUkitle, emploie ce tour élégant et poétique 1

Les Hyades , vertumne , et Thiimide Orion , Sur la terre embiÀsëe ont versé leurs largesses^ St Bacehus, échappé des fureurs du lion, Songe a yous tenir %w promesses.

Page 1