‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 67 sur 76 · livre 11 ^ Ode HL · texte numérisé non relu

livre 11 ^ Ode HL

67a ÉTUDES

74 Koîi voilà vos tengturs contre TOt ennemis.

L' AcAî). Quelques-uns ont bl Amë ce vers , regardant eoTUrê comme le régime de vengeurs ; les autres ont prétendu <ju'il ne l'était pas.

SC^ Si ^® ^^i connaissait déjà ses 'oengeurs , et qu'il parût d'après les circonstances que Joad veut les lui montrer attaquant ou exterminant ses ennemis, alors contre serait i^giroe de voilà , ou de quelque chose de sous-entendu après ven'^eurs* Mais point du tout : Joad fait connaître au jeune Boi ceux qui doivent être ou vont être ses ennemis , et c'est comme s'il lui disait , voilà ceux qui vous vengeront de vos ennemis» Par conséquent , il semble bien que contre est le ré<^ime de vengeurs y comme il le serait di avocat et de témoins y dans ces phrases : ydlà mon avocat contre vous ', voilà me^ témoins corure mon accusateur. Mais, quoique contre ne puisse pas aller aussi bien a^rès vengeurs qu'apràs avocat et après témoins^ parce qu'on ne dit pas venger contre > comme plaider contre , produire contre , cependant je ne me trouve point choqué du vers de Racine, parce que la vivacité et la concision du tour me font supposer je ne sais quelle ellipse , et que l'expression me parait revenir à : Roi , voilà les vengeurs éfue vous avez contre vos eiinemis \ voilà vos vengeurs ^ les voilà tout prêts eontre vos ennemis»-

r^5 Dernier né des enfans dn triste Okosias.

G. F. Triste pour malheureux : expression singulièn dont il n'y a point d'astre exemple dans notre langue ; que l'Ecriture n'a point fournie à Racine, et qui ne me parafe pas suffisamment autorisée par l'usage qu'il en a fait.— Mais dans ce vers de la seconde scèi^ du àinquième acte :

C'était des tristes Juifs l'espérance dernière , l'expression tristes me parait belle , parce qu'elle ne peut pas avoir deux sens , et qu'elle peint bien ce douloureux abattement d'un peuple qui gémit sous une dure tyrannie.

{l[^ Louis nacine , prenant aussi iristê dans Id sens de mal/ienreux 9 dit qu'il ne voit pas la raison particulière de celle ëp'thè:e; qu'Okosias ne rëgna qu'un an , et fut lue par ordre de Jëhu. Mais Cette raison particulière de lepilhcte^ n*est-ce pas cette mort prëmaturëe et tragique d'Okosias ? On dira que ce Roi ayant imité l'impiété dé Jorani , son père, et celle d'Athalie, sa mère, Joad, ministre du vrai culte 9 ne devait pas , en le nrimmaiit, lui appliquer une épiihète qui ne semble inspirée que par la d' uU*ur et un tendre intérêt? MaisOkosiaSy avec toute son impiété, en était- i{ moiivi le Bai légitime et le lég ime héritier du ftceptre de David ? En érait-il moins le père de ce Joas qu'il s'agit de rétablir sur le trc^ne? Et sa mort, quelque juste et méritée qu'on ki suppose « en avait-elle été moins déplo-rable en elle-mèçae^ et mojlu funeste au peuple saint ?

Joad pouvait donc rappeler avec up certa?n sentiment de douleur la ûa terrible et cruelle d'Okosias. Mais pguvait-il dire Cnsfs pout* rAalhffurenx ? Triste pour malheureux n*est-il pas une expression singulière , dont il n'y a point d'autre exefnpU dans notre langue? Voilà ce que prétend M. Geoffroy. M* Geoffroy» encore cette fois 9 me paraît avoir parlé avec bien peu de réflexion. Rien de plus com— m un , je crois , dans notre langue , que triste pour malheu-* retix : n'esl-il pas pour malheureux dans ces vers de Boi— leuu^ Satire X:

Le vice audacieux, des hom mes. avoué y

A la triste innocence en tons lieux fait la guerre. . ..«

C'est ainsi que souvent par une forcenée^

Unr triste famille k rhôpilal traînée ,

Voit ses biens en décret âur tons les murs écrits ,

De sa déroule illustre effrayer tout Paris?. . .

'N*cst-it pas pour malheureux dans ce vers de Zaïre ^ rôle de Nérestan, Acte V, Scène dernière :

Kejoins un malheureux k sa triste famille. * ' ' [

Et dans c.euvci de la Henriadêi GbKiit IV t

Dins ces mqtt tout sangUnc , des |>eapie0 malbenrctts » Unis contre lear prince , et divisés entre eux , Jouets infortunés des fureurs intestines ,. De leur triste patrie avançant les ruines*

y$ Et n'ayant de son toI qne moi seul pour eompliee^ Dans le tenple cachai Penfani et la nourrice.

L*AcAD« Plusieurs ont dit que , pour qualifier TactioD généreuse de Josab^lh , le mot vol devait être modifié par uj» épîthète.

2^^ n est certain que vot et complice , pris isolément , ne peuvent îamais avoir qu'un sens odieux. Mais ici tout a qui précède a tellement préparé A les reoevoîr dans un sens favorable « que toute épithèie était peut-être inutile :

Mais Dien, dn eonp mortel sut détonmer l^atteinte. Conserva dans son eosnr la chalevr presque éteinte , Permit que des bourreaux trompant l'mil vigilant , Josabeili dans son sein remportai toni sanglant ^ Et n*ajant de son vol , etc.

j^ Mais ma force est an Dien dont l'intérêt me guide.

L*AcAD. Quelques-uns ont prétendu qu'on ne disait pas ma force eu au Dieu, pour en Dieu ; les autres Font pr^ féré.

L. 6. y d'^après L. Rac. Il faudrait , à ce que nous croyons, ma force esl dans le Dieu; car Joad n'entend pas ici qœ la force esl à Dieu, mab que Dieu f ail loute sa force.

L. H. Pourquoi Joad n'entendrait- il pas que ssl farce est à Dieu s est celle de Dieu ? Rien ne s'j oppose ^ et la critique de Louis Racine me semble trop sévère.

fl^J^ M. Geoffroy observe que Laharpe a été induit en erreur par Luneau , liOuis Racine ayant dit seulement : ce Lb » poète pouvait mettre « ma force est dans le Dieu .* il s I» cru. pouvoir dire , ma force esl au Dieu* » Quant à lui , il pense que non-seulemeat Racine a eu raison de croire qu'il pouvait employer, ce dernier tour« mais qu'il a bien fait

de le proférer comme pl^as vit, plus poëtiquè^ el plus dans le gënie de rÉcritare. .

Je ne sais si ce dernier toiir est, en effet , dans le gënitf de rÉcritare. Mais s'il fait entendre j comme le reconnaît de bien bonne foi M, de Labarpe » que la force de Joad esi à Dieu , est celle de Dieu , n'est-ce pas U un sens asses niais ^ assez sot ? Car enfin ce sens ne revient-il pas à celui-ci : Ma force vient de Dieu ^je liens ma force de Dieu , ou ma force appartient à Dieu, est toute de Dieu*l Or, quoi là de si nouveau, de si extraordinaire? S'ensuit-il évidemment que Joad doive en être plus fort, ou qu'il doive être plus fort que tout autre « puisqu'il n'y a personne , assurément, qui ne pût en dire autant que lui j et le dire avec autant de raison et de vérité que lui ?

Ce que le poète a voulu f«iire dire à Joad , c'est , non pas , qne sa force est à Dieu, la force de Dieu, mais que la Jorce de Dieu est à lui , que la force de. Dieu est la sienne , et enfin qu'<7 attend sa force de Dieu , ou que pieu fait sa force* Il fallait donc qu'il dit^ ma force est dans le Dieu , et non pas ma force est au Dieu ; ou plu* tôt , il devait chercher un autre tour, et faire un autre vers , car celui-ci est assez faible • surtout dans le dernier hémis* fiche.

Voir dans Ipjiigénie l'article sur ces vers :

Aussi tout mon espoir

N'est pins qa'au eoap mortel que je vais recevoir.

78 De rétablir JoaS au tr6ne de ses pères. >

L'AcAo, Quelques-uns ont dit <;^u'il fallait dire. rétaSlif sur, ou faire remonter au trâne,

Ç^ Rétablir sur serait sans doute plnsiezact , et peat« être inèine serait-il seul exact eu prose. Mais en condamnant ici rétablir au , ne faudrait-il pas condaniner aussi dans la Henriade :

Un poqtife est assia aa trône des Césars*. Plaçait déjà Mayenne an trône de $tê Rois ?

Car OH est /assis suris trêrie-y et ofi est placé sur le trône. Cependant qui osera pronencer cette condamnation? D'un autre ciVtë, wlnfiPttonsqué^&iV^ remonter au irons valût mieux t\ue'/\àta/4ira»à trâne , il ne faudrait pas en conclure que faire remonter sut fut une faute, J€l né sais même pas si faire remonter snm^ se dit pas plus rtrdjnaircraent que Jaire remonter au ? Voltaire n'a-t-il pas même dit conduire iur le trdne , Henriade ; Chant VI :

Dieu sur tou trône un jour te oondutra.lui-cnéine. 79 Que ^^eu sera, toujours le premier de vos isoÎDs. L'AcAo. Cette ex])ression est trop faniilière.

(f;;^ On pourrait croire au premier abord qu'il y a là ellipse , le premier de vos soins , pour le premier objet de 'VOS soins. Mais il faut .y voir une figure encore plus hardie , une métonymie de Tef fet pour la cause ; de la cause, dis-je , objective ou qccasionnelle. Le poète fait là Dieu le soin, le premier soin 4e Joas , comme il fait ailleurs Astyanai , la joie ^ Inonheur de sa mère, et Titus ^ l'amour^ les délices d\\ geiirc Luipain. Il emploie «roi/i dans un sens qui se rapproche de celui ^affection, de sollicitude ,\d^a^ mo'uryii le prend dans le même sens à-peu-près que Virgila et qu'Horace quand ils disent ^ l'un 5 puer ire parât, mea maxima cura', l'autre ^juvenuméfue prodis publica euro*

9o Çit^e le pj)avre ot. v.ous » vova prendrez Diea pour juge j Vous souvcnaoty mon fils, que , caché sous ce lin , Comme eux vous f&ies pauvre , et comme eux orphelio.

* L'AcAD, Quoique le mot pauvre soit pris dans un sens collectif dans le premier de* tes Vers, le pluriel eux du troisième senUiàeraît demandeo à la rigueur qu'il jreùf entre les pauvres es vousm Cette faute' ap|>a rente se justifie par la aj^llepse, qui. se rappbrleii Tiflée^ plus qu'au mot qui l'ex*prime.

G. F# Comme eux 9 c'est-à-dire , comme le pauvre , nom collectif...

(^^ Qae le paufte soit pris dahs un sens collectif , comme le dit l'Académie « G*est«à-dire , que ce soit , par ce qa'on appelle synecdoque du nombre ^ le singulier pour le pluriel , à la bonne«heare« Mais que le pauvre soit nu noih colfecHff quelle sottise l Si le pauvre , adjectif pris substantivement » est au singulier un /soifs collectifs alors que de noms collectifs dont on ne se serait point douté!...* Comme eux ne peut en effet se justifier que parla synthèse^ plus ordinairement , mais moins exactement ap{)elée syl-^ 7^/7j0 ; c'est-à-dire, ne peut se justifier que par celte figure de construction qui fait accorder les mots bien plutôt avec la pensée qu'avec le mot même qui semblerait devoir leur commander et pour le genre et pour le nombre. Mais cette sorte d'accord cependant n'est bien légitime que quand le mot dominant est véritablement collectif , ou un de ces termes abstraits qui représentent des collections^ comme la vieillesse prise pour les vieillards , V enfance pour les enfans , la jeunesse pour les jeunes gerts ^ etc. Encore convient-il que le mot dominant ne se trouve pas dans lar même phrase , oti tout au moins dans la même proposition. Voici des exemples conformes à cetlp règle :

La flear de hi jeunesse en toat temps l'accompagne ; • Aveo eux sagis relàohe il fond dans la campagne....

HBaîAiins» Chant IV.

Tout le penple an-devant eourt en foule aveo joie; Ils bénissent le ohef que Madrid leur envoie: .> .

Chant YIIL

Un esoadrdn coiffé d*abord eourt k son aide*;

L'une chauffe un bouillon , Tautre apprête un remède.. . •/

^iLiAu, Sat. IL.

Si Et que ehaeun enfin d'un même esprit poussé , Garde en mourant le poste où je l'surai placé.

L'AcAD. Poz/jja n'est pas noble ni digne delà situation. {Qf^ Et puis i garder un poste 9 n'est-ce pas y demeurer.

•*y tenir ? Or, poussé va-rt-il tr軫biea avec mt verbe de repos ? Ne semblerait-il pas eiiger un verbe de moiive— meot ? Ce participe se fait mieux excuser, je crois, dans cet Ters de la Henriade , Cliant X :

Tooi les ebefsy \ ces mots, d*aii beau tèle poastés^ Yoid^ient cootre d'Aumale essayer leur coarage.

8t Veues da diadème à leurs yenx vqus eou?rir,

L'AcAD, Ijc diadème cein^ei ne couvre points plusieurs cependant ont çicusë 40 couvrir d'un diadème, surtout en poésie*

{^ Le diadème 9 marque de la royauté, s'appelle aussi bandeau royal, et c'est , en effet , une sorte de bandeau dont on entoure le front et la t6te« Voilà pourquoi il ceint plalot qu'il ne couvre ^ et pourquoi aussi on s'en ceint plutôt qu'on ne s'en couvre.

Le poète n'a pas manqué de dire ceindre, en parlant de la iiare et de la mitre , bonnet du grand* pr6tre , qui était une espèce de diadèn^e formé d'une bande de loile de seiaa «unes;

C'est peu que le front ceint d'une mitre étrangère. Ce lévite k ^«1 prête «on ministère.

Aote.I^. Seène I^.

Je ceignis la tiofe , et marobai son égal.

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