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Les politiques, en classant les gouvernements par ces ressemblances extérieures de formes, ont fait comme les botanistes , qui comprennent dans la môme catégorie les plantes qui ont des fleurs ou des feuilles semblables, sans avoir égard à leurs vertus. Ceux-ci ont mis dans la même classe le chêne et la pimprenelle ; ceux-là, la république romaine et celle de Saint-Marin. Ce n'est pas ainsi qu'on doit observer la nature : elle n'est partout que convenance et harmonie. Ce ne sont pas ses formes, c'est son esprit qu'il faut étudier.
Si dans l'histoire d'un peuple vous ne faites pas attention à sa constitution morale et intérieure , dont presque aucun historien ne s'occupe, il vous sera impossible de concevoir combien de républiques bien ordonnées en apparence se sont ruinées tout à coup; comment d'autres, au contraire , ou tout parait dans l'agitation, deviennent formidables; d'où vient la durée et le pouvoir des Etats despotiques , si décriés par nos écrivains modernes ; et d'où vient enfin qu'après ces beaux règnes de Marc-Aurèle et d'Antonio , qu'ils ont si vantés , l'empire romain acheva de s'écrouler. C'est, je l'ose dire, parce que ces bons princes ne songèrent qu'a conserver la forme extérieure du gouvernement. Tout était tranquille autour d'eux; il y avait une forme de sénat ; le blé ne manquait point à Rome: les garnisons dans les provinces étaient bien payées. Point de sédition, point de troubles; tout allait bien en apparence; mais pendant cette léthargie les riches augmentaient leurs propriétés, le peuple perdait les siennes; les emplois s'accumulaient dans les mêmes familles. Pour avoir de quoi vivre, il fallait s'attacher aux grands : Rome ne renfermait plus qu'un peuple de valets. L'amour de la patrie s'éteignait. Les malheureux ne savaient de quoi se plaindre. On ne leur faisait point de tort; tout était dans l'ordre; mais, par cet ordre, ils ne pouvaient plus parvenir à rien. On n'égorgeait pas les citoyens comme sous Marius et Sylla , mais on les étouffait.
Dans toute société humaine il y a deux puissances , l'une temporelle , et l'autre spirituelle. Vous les retrouverez dans tous les gouvernements du monde , en Europe , en Asie , en Afrique et en Amérique. Le genre humain est gouverné comme le corps humain. Ainsi l'a voulu l'Auteur de la nature, pour la conservation et le bonheur des hommes. Lorsque les peuples sont opprimés par la puissancespirituelle, ils se réfugient auprès de la temporelle; quand celle-ci les opprime à son tour, ils ont recours à l'autre. Quand toutes deux s'accordent pour les rendre misérable*
* Nombres , chap. il.
alors naissent en foule les hérésies, les schismes, les guerres civiles, et une multitude de puissances secondaires qui balancent les abus des deux premières Jusqu'à ce qu'il en résulte enlin une apathie générale, et que l'État se détruise. Nous approfondirons ce grand sujet tout a l'heure , en parlaut de la France. Mous verrons que, quoiqu'il n'y ait de droit qu'une puissance, il y en a en effet cinq qui la gouvernent.
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Ce jugement des nègres modernes leur fait beaucoup d'honneur. 11» sentent le prix inestimable des lumières ; mais s'ils avaient vu en Europe le sort de la plupart des gens de lettres , et celui des gens qui y ont de l'or, ils auraient renversé leur tradition.
Des opinions semblables se retrouvent chez les autres noirs de l'Afrique , et entre autres chez les noirs des îles du cap Vert , comme on peut le voir dans l'excellente relation que George Roberts nous en a donnée. Cet infortuné navigateur se réfugia dans celle de Saint-Jean, où il reçut de la part de ses habitants les preuves les plus touchantes de générosité et d'hospitalité, après avoir éprouvé un traitement atroce de la part des pirates anglais, ses compatriotes, qui lui pillèrent son vaisseau.
Cependant, il faut l'avouer, si quelques peuplades de l'Afrique nous surpassent en qualités morales, en général les nègres sont très-inférieurs aux autres nations par celles de l'esprit. Ils n'ont pas encore eu l'industrie de dompter l'éléphant comme les.Asiatiques. Ils n'ont perfectionné aucune espèce de culture. Ils doivent celle de la plupart de leurs végétaux alimentaires aux Portugais et aux Arabes. Ils n'exercent aucun des arts libéraux , qui faisaient cependant des progrès chez les habitants du nouveau monde, bien plus modernes qu'eux. Ils sont dans une partie du continent d'où ils pouvaient aisément pénétrer jusqu'en Amérique, puisque les vents d'est les y portent, vent arrière; et ils n'avaient pas même découvert les iles qui sont dans leur voisinage , telles que les iles Canaries et celles du cap Vert. Les puissances noires de l'Afrique n'ont jamais eu l'esprit de conduire un brigantin. Loin de s'étendre au dehors , elles ont laissé les peuples étrangers s'emparer de toutes leurs côtes; car, dans les anciens temps, les Égyptiens et les Phéniciens se sont établis sur leurs côtes orientales et septentrionales, qui sont aujourd'hui au pouvoir des Turcs et des Arabes; et depuis quelques siècles les Portugais, les Anglais , les Danois, les Hollandais et les Français se sont saisis de ce qui en restait à l'orient, au midi et à l'occident, uniquement pour avoir des esclaves. Il faut, après tout, qu'une Providence particulière préserve le patrimoine de ces enfants de Chanaan de l'avidité de leurs frères, les enfants de Sem et Japhet ; car il est étonnant que nous autres surtout, fils de Japhei, qui, comme des cadets , cherchons fortune par tout le monde, et qui , suivant la bénédiction de Noé , notre père, nous logeons jusque dans les tentes de Sem , notre aine, par nos comptoirs en Asie , nous n'ayons pas établi des colonies dans une partie de la terre aussi belle que la Nigritie, si voisine de nous , où la canne à sucre, le café, et la plupart des productions de l'Amériquo et de l'Asie, peuvent croître , et enfin ou les esclaves sont tout portés. Les politiques attribueront les différents caractères des nègres et des
Européens à telles causes qu'il leur plaira. Poux moi , je le dis du fond de mon cœur, je ne connais point de livre où il y ;iii des monument*
plus certains de l'histoire îles nations et fie celle de la nature que la Genèse.
<b) PAGE 80.
Je citerai encore un exemple des charmes ineffables que la religion répand sur l'innocence : il est lire d'une relation assez peu estimée de Pile <le Saint-Erini ( ch. \u , , par le père François Richard , Jésuite missionnaire; maison il y a des choses qui me plaisent par leur naïveté.
« Apres diner, dit le père Richard , je me retirai à Saint Georges , « qui est l'église principale de file de Stampalia. Ce fut la qu'un papa « m'apporta un livre d'fc\angile, pour savoir si je le lisais en leur langue « aussi hien que j'y parlais; un autre me vint demander si notre saint «père le pape était marie Mais ce qui me parut plus plaisant fut la « demande d'une vieille femme, qui, après m'avoir fort longtemps « regarde, me pria de lui dire si véritablement je croyais en Dieu et « en la sainte Trinité. Oui , lui dis-je; et, pour l'assurer davantage , je « lis le signe fie la croix. Oh ! que cela va bien , dit-elle , que tu sois « chrétien ! Nous en doutions. Sur cela, je lirai de mon sein la croix « que je portais. Cette femme, toute ravie d'aise, s'écria : Que cher- « chons-nous davantage pour savoir s'il est bon catholique, puisqu'il « adore la croix ? Après celle-ci , vint une autre à qui je demandai si « elle voulait se confesser. Eh! quoi, dit-elle, n'y a-t-il point de pé- « ché de se confesser à vous autres? Non, flisjc; car, quoique je sois « Franc, je confesse en grec Je m'en vais le demander à notre évèque, « reprit-elle. Un peu après elle retourna toute joyeuse d'en avoir ob- « tenu la permission. Après sa confession je lui donnai un Agnus Dei , « qu'elle ne manqua pas de montrer à tous , comme une chose qu'ils « n'avaient Jamais vue. Incontinent je fus accablé d'une multitude de « femmes et d'enfants qui me pressaient de leur en donner. Je fis ré- « porise que ces Agnus ne se donnaient qu'à ceux qui s'étaient confescc ses : ils s'offrirent, pour en avoir, de se confesser, et le voulaient « faire deux à deux : à savoir, une fille avec sa conlidente, un jeune « garçon avec son intime, qu'on appelait àÔ£),ço7teî9ov (adelphopei- « thon ) , frère de confiance, apportant pour raison qu'ils n'avaient « qu'un coeur, et partant rien ne devait être secret entre eux. J'eus de la « peine de lessépaier; toutefois ils furent obligés d'obéir. »
On a souvent calomnié la religion , en lui altribuant nos malheurs politiques. Voici ce qu'en dit Montaigne, qui a vécu au milieu de ses "uerres civiles : « Confessons la vérité : qui tireroit de l'armée mesme «t légitime et moyenne ceux qui y marchent par le seul zèle d'une af- <. fection religieuse , et encore ceux qui regardent seulement la protec- « tion des lois de leur pays , ou service du priuce , il n'en sauroit bas- < tir une compagnie de gens d'armes complète *. »
(6) page aa.
Comme la plupart des hommes ne sont choqués des abus que dans le détail , parce que tout ce qui est grand leur impose du respect, je ne
• Essais , liv. Il . chap. xii . p.ige i», éd. rl'Am. Oiival . tsen.
citerai ici que quelques effets de la vénalité dans la bourgeoisie. Tous les états subalternes , subordonnés aux autres de droit , en sont devenus les supérieurs de fait , par cela seulement qu'ils sont plus riches. Ainsi ce sont aujourd'hui les apothicaires qui emploient les médecins; les procureurs, les avocats; les marchands, les artistes; les maîtres ma çons , les architectes; les libraires, les gens de lettres , même ceux de l'Académie; les loueuses de chaises dans les églises, les prédicateurs, etc.. Je n'en dirai pas davantage. : on sent où cela mène. De cette vénalité seule doit s'ensuivre la décadence de tous les talents. Elle est, en effet, bien sensible, quand on compare ceux de ce siècle à ceux du siècle de Louis XIV.