‹ Études de la natureChapitre 11 sur 48 · DPI ENT AUTO RER · texte numérisé non relu

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si doux , dans l’épine blanche : la grive, la fauvette, le verdier et tous les oiseaux qui chantent, ont leur poste favori. Il est très-remarquable que par-tout 1ls ont l'instinet de se rapprocher de l'habitation de l'homme. S'il y a une cabane dans une forêt , tous les oiseaux chantans du voisinage viennent s'établir aux environs. On n’en trouve même qu'auprés des lieux habités. J’ai fait plus de six cents lieues dans les forêts de la Russie, et je ny ai jamais vu de petits oiseaux qu'aux environs des villages. En faisant la visite des places dans la Finlande Russe, avec les généraux du corps du génie où je servois, nous faisions quelquefois vingt lieues dans un jour , sans rencontrer sur la route n1 villages ni oiseaux. Mais quand nous apercevions voluger des moineaux dans les arbres , nous jugions que nous étions prés de quelque lieu habité. Cet indice ne nous à jamais trompés. Je le rapporte d'autant plus volontiers , qu'il peut quelquefois servir à des gens égarés dans les bois, Garcillasso de la Véga raconte que son pére ayant été détaché du Pérou avec une compagnie d'Espagnols pour faire des découvertes au — delà des Cordilières, pensa mourir de faim au milieu de leurs vallées et de leurs fondrières inhabitées. Il n’en seroit jamais sorti, sil n'eût aperçu en l'air une volée de perroquets , qui lui fit soupeonner qu'il y avoit des habitations quelque part aux environs. Il se dirigea sur le rumb de vent qu’avoient suivi les

perroquets , et parvint , après des fatigues incroya= bles à une peuplade d’Indiens qui culuvoient des champs de maïs. Nous observerons que Îa nature n'a donné aucun chant agréable aux oiseaux de marine et de rivière , parce qu'il eût été étouffé par les bruits des eaux , ‘et que l'oreille humaine n’eût pu en jouir à la distance où ils vivent de la terre, S'y à des cygnes qui chantent comme on l’a prétendu , leur chant ne doit avoir que peu de modulation , et ressembler aux cris des canards et des

oies. Celui des cygnes sauvages qui sont venus der-

meérement s'établir à Chanully , n’a que quatre ou cinq notes, Les oiseaux aquatiques ont des cris perçans, propres à se faire entendre dans Les régions des vents et des tempêtes qu'ils habitent, et qui ont des convenances parfaites avec leurs sites bruyans

et leurs solitudes mélancoliques. Les mélodies des.

oiseaux de chant ont de pareilles relations avec les sites qu'ils occupent, et même avec les distances où ils vivent de nos habitations. L’'alouette qui fait son md dans nos blés , et qui aime à s’y élever à perte de vue , se fait entendre en l'air, lors même qu'on ne l’aperçoit plus. L’hirondelle qui frise en volant les parois de nos maisons , et qui se repose sur nos cheminées , a un petit gazowillement doux, qui n’est point étourdissant, comme seroit celui des oiseaux de bocages ; mais le rossignol solitaire se fait ouir à plus d’une demi-lieue. Il se méfie du voisinage de

l'homme ; et cependant 1l se place toujours à la vue de son habitation et à la portée de son ouie. Il choisit pour cet effet les lieux les plus retentissans , afin que leurs échos donnent plus d'action à sa voix. Quand il s'est établi dans son orchestre , il chante alors un drame inconnu, qui a son exorde, son exposition , ses récits, ses événemens, entremélés tantôt des sons de la joie la plus éclatante, tantôt de ressouvenirs amers et lamentables qu'il exprime par de longs soupirs. Il se fait entendre au commencement de Îa saison où la nature se renouvelle , et semble présenter à l'homme un tableau de la carrière mquiète qu'il doit parcourir.

Chaque ‘oiseau à une voix convenable au temps et au poste où 1l se montre, et relative aux besoins de l'homme. Le cri perçant du coq le réveille au point du jour pour les travaux. Le chant gai de Valouette dans la prairie invite les bergères aux danses ; la grive gourmande , qui ne paroit qu'en automne, appelle aux vendanges les rustiques vignerons. L'homme seul, de son côté, est attentif aux accens des oiseaux. Jamais le cerf, qui versa des larmes sur ses propres malheurs , ne soupira à CeUx de la plaintive Philomele. J amais le bœuf laboureur , mené à la boucherie après de pénibles services , ne tourna sa tête vers elle, en lui disant : «Oiseau » solitaire , voyez comme l’homme récompense 58 » serviteurs ! » La nature a répandu ces distractions

et ses consonnances de fortunes sur des êtres volaules, afin que notre ame susceptible de tous les maux, trouvant par-tout à les étendre , pût par-tout en afloiblir le poids. Elle à rendu capables de ces communications les corps même insensibles. Souvent elle nous présente, au milieu des scènes qui afigent notre vue, d’autres scènes qui réjouissent notre ouie , et nous rappellent d’'intéressans ressouvenirs. C’est ainsi que du sein des forêts, elle nous transporte sur le bord des eaux par les frémissemens des trembles et des peupliers. D’autres fois elle nous apporte, sur le bord des ruisseaux, les bruits de la mer et des manœuvres des navires, par les murmures des roseaux agités par les vents. Quand elle ne peut séduire notre raison par des images étrangères , elle l’assoupit par le charme du senument : elle fait sorur du sein des forêts, des prairies et des vallons , des bruts ineffables qui excitent en nous de douces rêveries , et nous plongent dans

de profonds sommeils.

Du Toucher.

Je ne ferai que quelques réflexions sur le toucher ; il est le plus obtus de nos sens, et cependant il est en quelque sorte le sceau de notre intelligence. Nous avons beau voir un corps de toutes les maniéres , nous ne croyons pas le connoître, si nous ne pouvons pas le toucher. Cet instinct vient peut-

être de notre foiblesse , qui cherche dans ces rapprochemens des points de protection. Quoi qu'il en soit, ce sens , tout obscur qu'il est ; peut nous com muniquer l'intelligence , comme on peut le voir par l'exemple cité par Chardin , des aveugles de Perse, qui traçoient avec leurs doigts des figures de géométrie , et jugeoient très-bien de la bonté d’une montre en en maniant les roues. La sage nature a mis les principaux organes de ce sens , qui est répandu sur toute la surface de notre peau, dans nos pieds et dans nos mains , qui sont les membres le plus à portée de juger des qualités des corps. Mais ; afin qu'ils ne fussent pas exposés à perdre leur sensibilité par des chocs fréquens, elle leur a donné beaucoup de souplesse en les divisant en plusieurs doigts , et ces doigts en plusieurs articulations ; de plus , elle les à garnis , du côté du contact, de demi-molettes élastiques, qui présentent à la fois de la résistance dans leurs parties calleuses et saillantes, et une sensibilité exquise dans leurs parties ren= trantes.

Cependant je m'étonne que la uature ait répandu le sens du toucher sur toute la surface du corps humain , qui se trouve par-là exposé à une mulutude desouffrances,sans qu'ilen résulte pour luibeaucoup d'avantages. L’homme est le seul des animaux qui soit obligé de se vêtir. Il y a, à la vérité, quelques

insectes qui se font des fourreaux , Comme les tei-

gnes ; mais 1ls naïssent dans des lieux où leurs habits sont, pour ainsi dire , iout faits. Ce besoin , qui est devenu une des plus inépuisables sources de notre vanité, est à mon gré un des plus grands témoignages de notre misère. L'homme est le seul étre qui ait honte de paroître nu. C’est un sentiment dont je ne vois pas de raison dans la nature ) D de similitude dans l’insüinct des autres animaux. D'ailleurs , mdépendamment de toute affection de pudeur, il est contraint, par la nécessité, de se vêür dans tous les climats. Quelques philosophes enveloppés de bons manteaux , et qui ne sortent point de nos villes, se sont figuré un homme naturel sur la terre , comme une statue de bronze au milieu d'une place publique. Mais sans parler de tous les inconvéniens qui aflligent au-dehors sa malheureuse existence , comme le froid , le chaud , le vent la pluie, je ne n'arréterai qu'à une incommodité qui nous paroît légère dans nos appartemens , mais qui est insupportable à un homme nu dans les plus douces températures ; ce sont les mouches. Je citerai à Ce sujet le témoignage d’un homme dont la peau devoit être à l'épreuve; c’est celui du flibusuer Raveneau de Lussan , qui traversa en 1688 l'isthme de Panama, en revenant de lamer du Sud. Voici ce qu'il dit en parlant des Indiens du Cap de Gracias-à-Dios : « Quand le sommeil les prend, » 1ls font un trou dans le sable où ils se couchent,

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