HARMONIES HUMAINES DES PLANTES
Des harmonies élémentaires des plantes par rapport à l’homme.
Si nous considérons l’ordre végétal par les simples rapports de force et de grandeur, nous le trouverons divisé assez généralement en trois grandes classes , en herbes, en arbrisseaux et en arbres. Nous remarquerons premicrement , que les herbes sont d'une substance pliante et molle. Si elles eussent été ligneuses et dures, comme les jeunes branches des arbres auxquelles il paroît qu’elles devroient natureHement ressembler, puisqu'elles croissent sur le même sol, la plus grande parte de la terre eût été inaccessible au marcher de l’homme, jusqu’à ce que le fer ou le feu y eut frayé des chemins. Ce n’est
donc pas par hasard que tant de graminées, de mousses et d'herbes sont d’une substance molle et souple , ni faute de nourriture ou de moyens de se développer ; car il y a de ces herbes qui s’élévent fort haut, tels que le bananier des Indes, et plusieurs férulacées de nos climats , qui s’élévent à la hauteur d’un petit arbre.
D'un autre côté , il y a des arbrisseaux ligneux qui ne viennent pas plus grands que des herbes ; mais ils croissent pour l'ordinaire aux lieux àpres et escarpés , et ils donnent aux hommes la facilité d'y grimper, en poussant jusque dans les fentes des rochers. Mais comme il y a des rochers qui n’ont point de fentes, et qui sont à pic comme des murailles , il y a des plantes rampantes qui prennent racine à leurs bases, et qui, s’attachant à leurs flancs, s'élèvent avec eux à des hauteurs qui surpassent celles des plus grands arbres : tels sont les lierres, les vignes-vierges , et un grand nombre de banes qui tapissent les rochers des pays méridionaux. S1 ces sortes de végétations couvroient la terre , il seroit impossible d'y marcher. Il est trèsremarquable que lorsqu'on a découvert des îles inhabitées, on en a trouvé qui étoient remplies de forêts, comme l'île Madère ; d’autres où il n’y avoit que des herbes et des jones, comme les îles Malouines, à l'entrée du détroit de Magellan; d’autres simplement révêtues de mousses, comme plusieurs îlots
qui sont suür les côtes du Spitzherg; d’autres en grand nombre où ces diflérens végétaux étoient mêlés : mais je ne sache pas qu'on en ait trouvé une seule où il n’y eût que des buissons et des lianes. La nature n’a placé ces classes que dans les lieux diffciles à escalader , afin d'en faciliter l'accés aux hommes. On peut dire qu'il n’y a point d’escarpement qui ne puisse être franchi par leur secours. Il ne s’en fallut rien que, par leur moyen, les anciens Gaulois ne s’emparassent du Capitole.
Quaut aux arbres, quoiqu'ils soient remplis d’une force végétauve qui les élève à de grandes hauteurs, la plupart ne poussent leurs premières branches qu’à une certaine distance de la terre. En sorte que, quoiqu'ils forment, à une certaine élévauon , des entrelacemens impénétrables au soleil , qu’ils étendent fort loin d'eux , als laissant cependant autour de leurs pieds des avenues suflisantes pour les aborder, et pour parcourir aisément les forêts.
Voilà donc les disposiuons générales des végétaux sur la terre, par rapport au besoin que l’homme avoit de la parcourir ; les herbes servent de matelas à ses pieds ; les buissons ,d’échelles à ses mains; et les arbres, de parasols à sa tête. La nature, apres avoir établi entre eux ces proportions , les a distribués dans tous les sites, en leur donnant, abstracüon faite de leurs rapports particuliers avec les élémens et avec les animaux, les qualités les plus
propres à subvenir aux besoins de l’homme , et à compenser en sa faveur les inconvéniens du climat. Quoique cette manière d'étudier ses ouvrages sOi méprisée aujourd’hui de la plupart des naturalistes, c'est à celle-là cependant où nous nous arréterons. Nous venons de considérer les plantes par la taille, à la maniere des jardiniers ; nous allons encore les examiner comme les bücherons , les chasseurs , les charpentiers , les pêcheurs , les bergers, les matelois, et même les bouquetières. Pen nous importe d'être savans , pourvu que nous ne cessions pas d’être hommes.
C’est dans les pays du nord et sur le sommet des montagnes froides que croissent les pins , les sapins, les cèdres, et la plupart des arbres résineux, qui abritent l’homme des neiges par l'épaisseur de leurs feuillages, et qui lui fournissent, pendant l'hiver, des flambeaux et l'entretien de ses foyers. Il est trèsremarquable que les feuilles de ces arbres , loujours verts, sont filiformes , et trés-capables par cette configuration, qui a encore l'avantage de réverbérer la chaleur , comme les poils des animaux, de résister à la violence des vents, qui règnent ordinairement sur les lieux élevés. Les naturalistes de Suède ont observé que les pins les plus gras se trouvent aux lieux les plus secs et les plus sablonneux de la Norwège. Les mélèzes, qui se plaisent également dans les montagnes froides , ont des troncs fort résineux.