PÉRI RITES IE IRIS METRE NE DE
(1) Plutarque, Vie de Romulus.
d'un moment plus odieuse que l’imimitié de toute une vie ; parce que , dans le premier cas , des sentimens très-opposés viennent à se réunir , et dans le second, des sentimens très-unis viennent à se heurter. De-là vient encore qu'un seul défaut, au mulieu des bonnes qualités d’un homme de bien, nous paroït souvent plus déplaisant que tous les vices d’un libertin où il apparoît une vertu , parce que, par l'effet des contrastes, ces deux qualités sortent davantage , et dominent sur les autres dans les deux caractères. C’est aussi par la foiblesse de notre esprit, qui, s’attachant toujours à un point unique dans toutes ses considérations, s'arrête À la qualité la plus saillante pour déterminer son Jugement. On ne sauroit dire dans combien d’erreurs nous tombons , faute d'étudier ces principes élémentaires de la nature. On pourroit sans doute les étendre bien plus loin ; mais il me suflit d’en dire assez pour démontrer leur existence , et pour donner à d’autres le desir d’en faire l'application.
Ces harmonies acquièrent plus d'énergie par les contrasies voisins qui les détachent , par les consonnances qui les répètent , et par les autres loix élémentaires dont nous avons parlé ; mais quand 1 s'y joint quelqu'un des sentimens moraux dont nous donnons 1c1 une foible esquisse, alors il en résulte un effet ravissant. Ainsi , par exemple , une harmonie devient en quelque sorte céleste, quand elle
renferme un mystère qui suppose toujours quelque chose de merveilleux et de divin. J'en éprouvai un jour un effet très-agréable, en parcourant un recueil d’estampes anciennes, qui représentoient l'histoire d'Adonis. Vénus avoit enlevé Adonis enfant à Diane , et l’élevoit avec l'Amour. Diane voulut le ravoir , parce qu'il étoit fils d'une de ses aymphes. Un jour donc que Vénus, descendue de son char auelé de colombes, se promenoit avec ces deux enfans dans une vallée de Cythère, Diane, à la tête de ses nymphes armées , se mit en embuscade dans une forét où Vénus devoit passer. Vénus apercevant son ennemie qui venoit à elle, et ne pouvant ni s'enfuir, nisopposer à Ce qu'elle lui enlevât Adonis, s'avisa, sur-le-champ, de lui faire venir des ailes, et le présentant avec l'Amour à Diane, elle lui dit de prendre celui des deux enfans qu’elle croyoit lui appartenir. Tous deux étant également beaux , tous deux de même äge, tous deux ailés, la chaste déesse des bois n'osa choisir ni lun m l'autre , et ne prit pont Adonis , de peur de prendre l'Amour.
Il y a plusieurs beautés sentimeniales dans cette fable. Je la racontai un jour à J. 4. Rousseau , à qui elle fit le plus grand plaisir. «Rien ne me plaît » tant , ditil, qu’une image agréable qui renferme » un sentiment moral ». Nous étions alors dans la
plaine de Neuilly, près d'un parc où l’on voyoit un
groupe de l'Amour et de l'Amitié » Sous la forme d’un jeune homme et d’une jeune fille de quinze à seize ans , quis’embrassoient sur la bouche. À cette vue il me dit: «On a fait une image obscène » d'après une idée charmante. Rien n'eût été plus » agréable que de représenter l’un et l’autre dans » leur état naturel ; l'Amitié comme une grande » fille qui caresse l'Amour enfant ». Comme nous éuons sur ce sujet intéressant , Je lui citai la fin de
cette fable touchante de Philoméle et Progné.
Le désert est-il fait pour des talens si beaux ?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles. Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Thérée autrefois Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins Appas. —
Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas : En voyant les hommes, hélas!
Il m'en souvient bien davantage.
« Quelle série d'idées , s’écriat-l ! que cela est » touchant »! Sa voix s’étouffa, et les larmes lui vinrent aux yeux. Je sentis qu’il étoit encore ému par des convenances secrètes entre les talens et les destinées de cet oiseau, et sa propre situation.
On peut donc voir dans les deux sujets alégoriques de Diane et d’Adonis, et de l'Amour et de
l'Amitié, qu'il y a réellement en nous deux puissances distinctes dont les harmonies exaltent l'ame, quand l'image physique nous jette dans un sentiment moral, comme dans le premier exemple, et la rabaissent au contraire quand un sentiment moral nous ramène à une sensation physique, comme dans l'exemple de l'Amour et de lAmitié.
Les sous-entendus ajoutent encore aux expressions morales , parce qu'ils sont conformes à la nature expansive de l'ame. Ils lui font parcourir un vaste champ d'idées. Ce sont ces sous-entendus qui donnent tant d'effet à la fable du Rossignol. Joignez-y encore une mulutude d’oppositions que je n'ai pas le loisir d'analyser.
Plus l’image physique est éloignée de nous, plus le sentiment moral a d’étendue; et plus la prennere est circonscrite , plus le sentiment a d'énergie. Voilà sans doute ce qui rend nos affections si profondes lorsque nous regrettons la mort de nos amis. Notre douleur alors se porte d’un monde à l'autre, et d’un objet pleim de charmes à un tombeau. Voilà pourquoi ce passage de J érémie renferme une mélancohie sublime :
Cap. 31, v.15. Vox in Rama audita est, ploratus et ululatus multus : Rachel plorans filios suos et noluit
consolari , quia non sunt.
Toutes les consolations qu'on peut donner sur la
terre viennent se briser contre ce mot de la douleur maternelle, non sunt.
Le jet unique de Saint-Cloud me plaît plus que toutes ses cascades. Cependant quoique l’image physique n'aille pas se perdre dans l'infini, elle peut y porter la douleur quand elle réfléchit le même sentiment. Je trouve dans Plutarque un grand effet de cette consonnance progressive : « Brutus, dit-il, » désespérant que ses affairesse pussent bien porter, » délibéra de sorur de l'Italie, et s’en alla à pied par » le pays de Lucanie, en la ville d’Elée, qui est » assise sur le bord de la mer, là où Porcie étant » sur le pont de se déparur d'avec lui pour s’en » aller à Rome, tâchoit le plus qu’elle pouvoit à » dissimuler la douleur qu’elle en portoit en son » cœur. Mais un tableau la découvrit à la fin, quoi- » qu'elle se fût au demeurant jusques-là toujours » constamment et vertueusement portée. Le sujet » de la peinture étoit pris des narrations grecques ; » comment Andromaque accompagnoit son mari » Hector, ainsi qu'il sortoit de la ville de Troye pour » aller à la guerre , et comment Hector lui rebailloit » son petit enfant; mais elle avoit les yeux et le » regard toujours fichés sur lui. La conformité de » ceite peinture avec sa passion la fit fondre en » larmes , en retournant plusieurs fois le jour à » revoir cette peinture, elle se prenoit toujours à » pleurer ; ce que voyant Aclius, l’un des amis de
D'EAU HWAUN A DURE: 223
» Brutus , récita les vers qu'Andromaque dit à ce » propos en Homère :
» Hector, tu tiens lieu de père et de mère » En mon endroit, de mari et de frère.
» Adonc Brutus , en se souriant : Voire, mais, dit-il, » je ne puis de ma part dire à Porcie ce que Hector » répondit à Andromaque au même lieu du poëte :
» Il ne te faut d'autre chose mêler
» Que d’enseigner tes femmes à filer.
» Car il est bien vrai que la naturelle foiblesse de » son corps ne lui permet pas de pouvoir faire les » mêmes actes de prouesse que nous pourrions faire, » mais de courage elle se porta aussi vertueusement » en la défense du pays comme l’un de nous ». Cette peinture étoit sans doute sous le péristyle de quelque temple bâti sur le bord de la mer. Brutus étoit au moment de s’embarquer sans faste et sans suite, Sa femme, fille de Caton , l’avoit accompagné , peut-être à pied. Prés de le quitter , elle jette, pour se consoler, ses regards sur cette peinture consacrée aux dieux. Elle y voit les adieux d'Hector et d'Andromaque , qui devoient être éternels. Elle se trouble , et pour se rassurer, elle raméne ses yeux sur son époux. La comparaison s’achéve , son courage l’abandonne, ses larmes débordent, l'amour
conjugal l'emporte sur l'amour de la patrie. Deux
vertus en opposition. Joignez-y les caractérés d'une nature sauvage , qui s’allient si bien avec la douleur humame ; une profonde solitude , les colonnes et la coupole de ce temple antique, rongées de l'air marin , et marbrées de mousses quiles rendent semblables à du bronze vert; un soleil couchant qui en dore le faîte ; une mer qui brise au loin , le long des côtes de la Lucanie ; les tours d’'Elée qu'on apercoit dans la gorge d’un vallon entre deux montagnes escarpées , et cette douleur de Porcie qui nous élance au siècle d’Andromaque ! Quel tableau à faire à l’occasion d’un tableau ! Artistes, s1 vous pouvez le rendre, Porcie à son tour fera verser des larmes.
Je pourrois multiplier à l'infim les preuves des deux puissances qui nous gouvernent. J'en ai dit assez sur une passion dont l’insunct est si aveugle, pour faire voir que nous ÿ sommes régis et attirés par d’autres loix que celles de la digesuon. Nos affections prouvent que notre ame est immortelle , puisqu'elles s'étendent dans toutes les circonstances où elles sentent les attributs de la Divinité, tel que celui de l'infini, et qu’elles ne s’arrêtent avec délices sur la terre, que sur les attraits de la veriu et
de l'innocence.
DE QUELQUES AUTRES SENTIMENS DELA DIVINITÉ, ET ENTRE AUTRES, DE CELUI DE LA VERTU.
Il y a encore un grand nombre de loix sentimeniales, dont je n’ai pu m'occuper ici : telles sont celles d’où dérivent les pressentimens , les augures, les songes, les retours d’événemens heureux et malheureux aux mêmes époques, &c. Leurs effets sont attestés chez les peuples policés et sauvages, par les écrivains profanes et sacrés , et par tout homme attentif aux loix de la nature. Ces communications de l'ame, avec un ordre de choses invisibles , sont rejetées de nos sayans modernes , parce qu’elles ne sont pas du ressort de leurs systèmes et de leurs almanachs ; mais que de choses existent quine sont pas dans les convenances de notre raison, et qui n’en onL pas été même apercues |
Il y a des loix particulières qui prouvent l’action immédiate de la Providence sur le genre humain , et qui sont opposées aux Îoix générales de la physique. Par exemple , les principes de là raison, des passions et du sentiment, ainsi que les organes de la parole et de l’ouïe , sont les mêmes chez tous les hommes; cependant les langues des nations différent par toute la terre. Pourquoi l'art de la parole est-1l si différent parmu des êtres qui ont les mêmes besoins , et pourquoi varie-t-1l sans cesse des pêres aux enfans, en sorte que nous autres Français n'en