III. ce
avec eux. Ils ne s’occuperoiïent point du som de Jeur laver les pieds ; mais ils seroient tenus de leur rendre un service plus utile, en leur donnant des bas et des chaussures.
Là, le riche apprendroit à pratiquer réellement la vertu , et le peuple à Ja connoître. La nation s'y struiroit de ses devoirs , et S'y formeroit une idée de la véritable grandeur. Elle verroit les offrances présentées à la mémoire des hommes vertueux et offertes à la Divinité, tourner enfin au profit des misérables.
Ces repas nous rappellerotent les agapes des prenners chrétiens et les saturnales de la mort où chaque jour nous entraîne, et qui, nous rendant bientôt tous égaux, ne mettront entre nous d'autre différence que celle du bien que nous aurons fait pendant la vie.
Autrefois pour honorer la mémoire des hommes vertueux , les fidèles se rassembloient dans les lieux consacrés par leurs actions ou par leurs tombeaux , sur le bord d’une fontaine ou à l'ombre d’une forêt. Là, ils apportoient des vivres, et invitoient Ceux qui n'en avoient pas à venir les partager avec eux. Les mémes coutumes ont été communes à toutes les religions. Elles subsistent encore dans celles de YAsie. Vous les retrouvez chez les anciens Grecs. Lorsque Xénophon eut fit cette fameuse retraite
où il sauva dix mille de ses compatriotes el FAVa-
DE LA NATÜRE. 403
geant le territoire de la Perse , 11 destina une partie du buun qu'il y avoit gasné , à fonder dans la Grèce une chapelle à l'honneur de Diane. Il y attacha un revenu, des chasses et des repas pour ceux qui, chaque année, s y rendroient à certain Jour.
D'UCÉLEIRCT
Si nos pauvres parucipent quelquefois à quelque misérable distribution ecclésiastique, les secours qu'ils en reçoivent, loin de les tirer de la nusère ne font que les y entretenir. Que de fonds de terre cependant ont été légués en leur faveur à l’église » Pourquoi n’en distribue-t-on pas les revenus en sommes assez fortes pour tirer au moins chaque année de l’indigence un certain nombre de familles? Les gens du clergé disent qu'ils sont les administrateurs des biens des pauvres; mais les pauvres ne sont ni des fous ni des imbéciles , poür avoir besoin d’admimistrateurs : d’ailleurs » On ne pourroit prouver par aucun passage de l’Ancien ou du Nouveau Teslament, que cette charge appartient aux prêtres : si ceux-ci sont les administrateurs des pauvres , ils ont donc actuellement dans le royaume sept millions d'hommes dans leur administration temporelle. Je ne pousserai pas plus loin cette réflexion. Il faut rendre à chacun ce qui lui est dù : les prêtres sont de droit divin les avocats des pauvres; mais c’est le roi seul qui est leur administrateur naturel.
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Comme l'indigence est la principale cause des vices du peuple, l'opulence peut comme ellé produire à son tour des désordres dans le clergé. Je ne m’appuieral pas icides répréhensions de S. J érôme, de S. Bernard, de $. Augusün , et des autres Peres de l'église , au clergé de leur temps et de leur pays, dans lesquelles ils leur prophétisoient la destrucuon totale de la religion, comme une suite nécessaire de leurs mœurs et de leurs richesses. La prophétie de plusieurs d’entre eux n’a pas tardé à se vérifier en Afrique, en Asie, en Judée, et dans l'empire de la Grèce, où, non-seulement la religion a disparu, mais même les gouvernemens de ces nations. L'avidité de la plupart des ecclésiastiques rend bientôt les fonctions de l’église suspectes : c’est un argument qui frappe tous les hommes. «Je crois, disoit Pas- » cal, à des témoims qui se font égorger». Il y auroit cependant quelques objections à faire à ce raisonnement ; mais in ÿena point contre celui-ci: «Je me méfie des témoins qu s’enrichissent ». À la vérité , la religion a des preuves naturelles et surnaturelles, bien supérieures à celles que peuvent lui fournir les hommes. Elle ne dépend ni de notre ordre , m1 de notre désordre ; mais la Patrie en dépend.
Le monde regarde aujourd'hui avec envie et, disons-le , avec haine , la plupart des prêtres. Mais ‘ls sont les enfans de leur siècle comme les autres
hommes. Les vices qu’on leur reproche apparuennent en partie à leur nation, au temps où ils vivent , à la constitution politique de l'État, et à leur éducation. Les nôtres sont des Français comme nous ; ce sont nos parens, sacrifiés souvent à notre propre fortune par l'ambition de nos péres. Si nous éuons chargés de leurs devoirs, nous nous en acquitterions souvent plus mal. Je n’en connois point de si pénibles et de si dignes de respect que ceux d’un bon ecclésiastique. Je ne parle pas de ceux d’un évêque qui veille sur son diocèse, qui forme de sages séminaires, qui entreuent l’ordre et la paix dans les communautés, qui résiste aux méchans et supporte les foibles , qui est toujours prêt à secourir les malheureux , et qui, dans ce siècle d’erreur , réfute les objections des ennemis de la foi par ses propres vertus. [l'est récompensé par l'estime publique. On peut acheter par de pénibles travaux la gloire d’être un Fénélon ou un François de Paule. Je ne dis rien de ceux d’un curé, qui attirent quelquefois, par leur importance, l’atiention des rois, ni de ceux d'un missionnaire qui va au martyre. Souvent les combats de celui-ci ne durent qu'un Jour , et sa gloire est immortelle. Mais je parle de ceux d’un simple et obscur habitué de paroisse , auquel per sonne ne fait attention. Il est obligé d’abord de sacrifier les plaisirs et la liberté de sa jeunesse à d'ennuyeuses et pénibles études. Il faut qu'il SUP
porte , tous les jours de sa vie, la contüinence comme une lourde cuirasse, dans mille occasions propres à la faire perdre. Le monde n’honore que des vertus de théâtre et des victoires d’un moment. Mais combatire chaque jour un ennemi logé au-dedans de soi , et qui s'approche en ami; repousser sans cesse, sans témoin , sans gloire , sans éloge, la plus forte des passions et le plus doux des penchans, voilà ce qui est difiicile. Des combats d’une autre espèce attendent au-dehors. Il est obligé d'exposer journellement sa vie dans des maladies épidémiques. Il faut qu'il confesse, la tête sur le même oreiller , des malades qui ont la petite vérole, la fièvre putride, le pourpre. Ce courage obscur me paroît fort supérieur au courage nubtatre. Le soldat combat à la vue des armées, au bruit du canon et des tambours; 1l se présente à la mort en héros. Mais le prêtre s’y dévoue en victime. Quelle fortune celui-ci se promet-il de ses travaux ? une subsistance souvent précaire! D’aillears , quand il acquerroit des biens, ilne peut les faire passer à ses descendans. Il voit toutes ses espérances temporelles mourir avec lui. EE dédommagement recoit-1l des hommes? Avoir à consoler souvent des gens qui n'ont plus de fo1; être le refuge des pauvres, et n'avoir rien à leur donner ; étre persécuté quelquefois pour ses vertus mêmes; voir tourner ses combats en mépris , ses
démarches en ruses , ses vertus en vices, sa region
en ridicule : tels sont les devoirs et la récompense que le monde donne à la plupart de ces hommes, dont il envie le sort.
Voilà ce que j'ai osé proposer pour le bonñeur du peuple et des principaux ordres de l'État, et ce qu'il m'a été permis de mettre au jour. Assez de philosophes et de politiques ont déclamé contre les vices de la société , sans s’embarrasser d’en rechercher les causes, ei encore moins les remédes. Les plus habiles n’ont vu nos maux qu'en détal, et n'y ont employé que des pallaufs. Les uns ont proscrit le luxe, d’autres les célibataires , et ont voulu forcer à se charger d’une famille, des gens qui n'ont pas de quoi subvenir à leurs propres besoms. D'autres ont voulu qu’on emprisonnät les mendians; d’anires ont défendu aux filles de joie de paroître dans les rues. Ils agissent comme ces médecins qui, pour guérir les boutons d’un corps malade, s’efforceroient de les répercuter au-dedans. Politiques, vous apphquez le remède à la tête, parce que la douleur est au front; mais le mal est dans les nerfs : c’est au cœur qu'il faut pourvoir ; c’est le peuple qu'il faut guérir.
Si quelque grand ministre , jaloux de faire notre bonheur au-dedans , et d'étendre notre puissance au-dehors, ose entreprendre de les rétablir, 11 faut qu'il suive dans ses procédés ceux de la nature. Elle n’agit que lentement et par réactions. Je le répète,
la cause du pouvoir prodigieux de l'or, qui a ôté à la fois la morale et la subsistance au peuple, est dans la vénahité des charges. Celle de la mendicité, qui s'étend aujourd'hui à sept millions de sujets , est dans les grands propriétaires des terres et des emplois. Celle de la prosutuuon des filles du monde vient, d’une part, de leur mdigence, et de l’autre, du célibat de deux millions d'hommes. La surabondance inutule de bourgeois oisifs et médisans dans nos petites villes, naît de la taille, qu avilit les habitans de la campagne; les préjugés des nobles viennent des ressentimens des roturiers ; et tous ces maux et une infinité d'autres, physiques et intellectuels , du malheur du peuple. C’est l’indigence du peuple qui produit des foules de comédiens, de filles du monde, de brigands, d’incendiaires , de gens de letires licencieux, de calomniateurs , de flaiteurs , de superstitieux , de mendians, de filles entretenues, de charlatans dans tous les états, et cette mulutude infinie d'hommes corrompus, qui, ne pouvant parvenir à rien par des vertus, cherchent à se procurer du pan et de la considération par leurs vices. Vous aurez beau y opposer des plans financiers, des projets de dixme réelle , des ordonnances de police , des arrêts du parlement, tous vos travaux seront muüles. L’indigence du peuple est un grand fleuve qui s'accroît chaque année , qui surmonte
toutes les digues , et qui finira par les renverser. :
Il se joint encore à cette cause physique de nos maux une cause morale, qui est notre éducation. Je hasarderai quelques réflexions à ce sujet, quoiqu'il soit au-dessus de mes forces ; mais s’il est le plus important de nos abus, il me paroît d’un autre côté le plus aisé à réformer; et cette réforme me semble si nécessaire, que sans elle toutes les autres sont nulles.
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