‹ Études de la natureChapitre 38 sur 48 · ÉCOLE DE LA PATRIF · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE LA PATRIF

Je n'ai pas besoin de dire que les enfans passant trois années dans chaque époque de leur éducation, il faudroit un de ses édifices pour l'instruction de la génération annuelle , ce qui fixeroit au nombre de neuf celui des monumens destinés à l'éducation générale de la Capitale.

Autour de chacun de ces amphithéâtres seroït un

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grand parc couvert de plantes et d'arbres du paÿs ; jetés au hasard comme dans la campagne et dans les bois. On y verroit des primevères et des violettes au pied des chènes, des poiriers et des pommiers confondus avec des ormes et des hêtres. Les ber- ceaux de l'innocence me serolent pas moins intéres- -sans que les tombeaux de la vertu.

Si j'ai desiré qu'on élevätdes monumens à la gloire de ceux qui ont enricht notre climat de plantes exotiques, ce n'est pas que je préfère celles-là à celles dé la Patrie ; mais c'est pour rendre à la mémoire de ces citoyensune partie de la reconnoissance que nous devons x la nature. D'ailleurs, les plantes les plus communes de nos campagnes , indépendamment de leur utilité, sont eelles qui nous rappellent des sensations les plus agréables : elles ne nous jeitent pas au-dehors:ecomme les plantes étrangéres, mais elles nous ramèénent au dedans et à nousmêmes. La sphère emplumée d’un pissenlit, me fait ressouvenir des lieux où, assis sur l'herbe avec des enfans de mon âge, nous tentons d'enlever d’un seul soufile toutes ces aigrettes sans qu'il en restàt une seule. La forwne a soufllé de même sur nous, et a dispersé nos cercles légers dans tous les pays du monde. Je me rappelle, en voyant certains ÉPis de graminées , l'âge heureux où nous conjuguions sur leurs süpules alternatives , les différens temps et les différens modes du verbe AIMER. Nous trem-

DE LA NATURE. 437 blions d'entendre nos Compagnons finir à la dermére par : «Je ne vous aime plus ». Ce ne sont pas les plus belles fleurs que nous affectionnons davantage ; le sentiment moral détermine à la longue tous nos goûts physiques. Les plantes qui me semblent les plus malheureuses sont aujourd’hui celles qui minspirent le plus d'intérêt. Souvent je fixe mon atiention sur un brin d'herbe au haut d’un vieux mur , Où sur une scabieuse battue des vents au milieu d'une plaine. Plus d’une fois , en voyant dans les pays étrangers un pommier sans fleurs et sans fruits , je me suis écrié : « Oh! pourquoi la fortune » Vous a-t-elle refusé, comme à moi, un peu de » terre dans votre terre natale » ?

Les plantes de la Patrie nous en rappellent partout l’idée d'une maniere. plus touchante que ses monumens. Je n'épargnerois donc rien pour les réunir autour des. enfans de la Nation. Je ferois de leur école un lieu charmant comme leur âge , afin que quand les injustices de leurs patrons, de leurs amis , de leurs parens , de la fortune , AurOient brisé dans leurs cœurs tous es liens de la Patrie à le lieu où leur enfance auroit été heureuse fit encore leur capitole.

Je le décorerois de quelques tableaux. Les enfans à ainsi que le peuple, préfèrent la pemture à la sculpture, parce que cette dernière a pour eux trop de: beautés de convention. Ils n’aiment point les figures.

toutes blanches, mais avec des joues rouges et des yeux bleus, comme leurs images de plätre. Ils sont plus frappés des couleurs que des formes. Je voudrois qu'on y vit les portraits de nos rois enfans. Cyrus , élevé avec des enfans de son âge, en fit des héros; les nôtres seroient élevés au moins avec les images de nos rois. Ils prendroient à leur vue les premiers sentimens de l'attachement qu'ils doivent aux pères de la Patrie. On y verroit des tableaux de religion ; non pas ceux qui sont eÏrayans, et qui sont destinés à rappeler l’homme au repenur ; mails ceux qui sont propres à rassurer l'innocence. Tel seroit celui de la Vierge tenant J ésus enfant dans ses bras. Tel seroit Jésus lui-même au milieu des enfans, portant dans leurs attitudes et leurs traits la naïveté et la confiance de leur âge , et tels que Le Sueur les eût peints. On liroit au-dessous ces paroles de Jésus- Christ même :

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