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LA VERTU CONSISTE À PRÉFÉRER LE BIEN PUBLIC AU NÔTRE

Et cette autre :

POUR ÊTRE VERTUEUX IL FAUT RÉSISTER A SES PENCHANS, À SES INCLINATIONS, A SES GOUTS, ET COMBATTRE SANS CESSE CONTRE SOI-MÈME.

Mais il y a des inscriptions auxquelles on ne fait guère d'attention, et dont le sens importe bien davantage aux enfans; ce sont leurs propres noms. Leurs noms sont des inscripuons qu'ils portent partout avec eux. On ne sauroit croire combien ils influent sur leur caractere naturel. Notre nom est le premier et le dernier bien qui soit à notre disposition ; 1l détermine dés l’enfance nos inclinations : il nous occupe pendant la vie et jusqu’aprés la mort. Il me reste un nom, dit-on. Ce sont les noms qu: illustrent ou déshonorent la terre. Les rochers de la Grèce et de l'Italie ne sont m plus anciens mi plus beaux que ceux des autres parties du monde ;

mais nous les estimons davantage parce qu'ils portent de plus beaux noms. Une médaille n’est qu'un morceau de cuivre, souvent rouillé, mais qui est décoré d’un nom illustre. Je voudrois donc qu'on donnût de beaux noms aux enfans. Un enfant se patrone sur son nom. S'il porte à quelque vice, ou s'il prête à quelque ridicule, comme font beaucoup des nôtres , son ame s’y incline. Bayle remarque qu'un certain inquisiteur appelé TORRÉ-CRÉMADA , ou de la Tour-brülée, avoit fait brüler je ne sais combien d’hérétiques dans sa vie. Un cordelier appelé FEu- ARDENT, en fit tout autant. C’est un autre abus de donner à des enfans, destinés à des occupations pacifiques , des noms turbulens et ambitieux , comme ceux d'Alexandre et de César. Il est encore plus dangereux de leur en donner de ridicules. J'ai vu à cette occasion de malheureux enfans, si vexés par leurs compagnons , et même par leurs propres parens, à l'occasion de leurs noms de baptême, qui emportoient quelque idée de simplicité et de bonhomie, qu'ils en prenoient msensiblement un caractère opposé de malignité et de férocité. Les exemples en sont fréquens. Deux de nos plus fameux écrivains satiriques en théologie et en poésie, s’appeloient, l’un sLAISE Pascal et l’autre cozin Boileau. Colin n’a point de malice, disoit son père. Ce mot lui en a donné. La scélératesse auda

cieuse de Jacques CLÉMENT naquit peut-être en lui

DEL PAMON A TIONRIE;: AA:

de quelque ridicule à l’occasion de son nom. L’administration doit donc veiller sur les noms donnés aux enfans, puisqu ils ont de si terribles influences sur les caractères des citoyens. Je voudrois aussi qu'à leur nom de baptême on joignit un surnom de quelque famille célèbre par ses vertus, comme faisoient les Romains : ces espèces d’adoptions attacheroïent les peuts aux grands, et les grands aux petits. Il y avoit à Rome je ne sais combien de Scipions dans les familles plébéiennes. On feroit revivre de même parmi notre peuple les noms de nos familles illustres, comme celles des Fénélon, des Catinat, des Montausier , &c.

On ne se serviroit point dans cette école de cloches bruyantes pour annoncer les différens exercices, mais du son des flûtes, des hautbois et des musettes. Tout ce qu’on y apprendroit seroit mis en vers et en musique. On ne sauroit croire quelle est l'influence de ces deux arts réunis. J’en citerai quelques exemples pris dans la législauon du peuple qui a peut-être été le mieux policé, je veux dire celui de Sparte. Voici ce qu’en dit Plutarque dans la vie de Lycurgue. « Lycurgue étant donc parti de » son pays (pour fuir les calomnies qui étoient les » récompenses de sa vertu ), 1l dressa premièrement » son voyage en Candie , là où 1l observa et consi- » déra diligemment la forme de vivre et de gouver- » ner la chose publique que l’on y gardoit, en

LS

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