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hantant et conférant avec les plus gens de bien et les plus renommés qui y fussent. Si y trouva quelques loix qui lui semblèrent bonnes, et en fit extrait en délibération de les porter en son pays, pour s’en servir à l'avenir; aussi en trouva-t-1l d'autres dont il ne fit compte. Or y avoit-1il un personnage entre les autres qui étoit estimé bien sage et bien entendu en matière de gouvernement, et s’appeloit Thales, envers lequel Lycurgue fit tant par prières et par amitié qu'il avoit prise avec lui, qu'il lui persuada de s’en aller à Sparte. Cettui Thalès avoit bruit d’être poète lyrique, et prenoit Je titre de cet art là; mais en effet 1l faisoit tout ce que pouvoient faire les meilleurs et plus suffisans gouverneurs et réformateurs du monde : car tous ses propos étoient belles chansons, ésquelles il preschoit et admonestoit le peuple de vivre sous l’obéissance des loix en union et concorde les uns avec les autres, étant ses paroles accompagnées de chants, de gestes et d’accens pleins de douceur et de gravité , qui secrettement adoucissoient les cœurs felons des écoutans, et les introduisoient \ aimer les choses honnêtes en les détournant des séditions , inimitiés et divisions’, qui pour lors réguoient entre eux; tellement qu'on peut dire que ce fut lui qui prépara la voie à Lycurgue, par oùil conduisit et rangea depuis les Lacédémo-
niens à la raison ».
Lycurgue introduisit encore parmi eux la musique dans plusieurs exercices , entre autres dans ceux de la guerre (1). « Quand toute leur armée » étoit rangée en bataille à la vue de l'ennemi, le roi adonc sacrifioit aux dieux une chèvre, et quant et quantcommandoitaux combatians qu'ils nuissent tous sur leurs têtes des chapeaux de fleurs , et aux Joueurs de flûtes qu'ils sonnassent l'aubade, qu'ils appellent la chanson de Castor , au son et à la cadence de laquelle lui- même commençoit à marcher le prenuer ; de sorte que c’étoit chose plaisante et non moins effroyable de les voir ainsi marcher tous ensemble en si bonne ordonnance, au son des flûtes, sans jamais troubler leur ordre ni confondre leurs rangs , et sans se perdre ni
étonner aucunement , ains aller posément et Joyeu-
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» sement au son des instrumens , se hasarder aux
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» périls de Ja mort ».
Ainsi , à la différence des peuples modernes , là musique servoit à réprimer leur courage plutôt qu'à l'exciter , et il ne leur falloit pour cela n1 bonnets de peau d'ours, ni eau-de-vie , ni tambours.
Si la musique et la poésie eurent tant de pouvoir à Sparte pour ramener à la vertu des hommes corrompus , ét ensuite pour les gouverner, quelle influence n’auroient- elles pas sur nos enfans dans POP OALE ES CURINONNRT EAU VAN tip Li Lip ae
(1) Plutarque, Vie de Lycurgue.
‘âge de l'innocence ! Qui pourroit jamais oubher les saintes loix de la morale, si elles étoient nuses en musique et en vers aussi agréables.que ceux du Devin du Village ? De pareilles msututions ferotent naître parmi nous des poètes aussi sublimes que le sage Thalès , ou que Tyrtée, qui composa l'hymne de Castor. ;
Ces moyens établis pour nos enfans, la premiere chose qu’on leur apprendroit seroit la religion, On leur parleroit d’abord de Dieu pour le leur fare aimer et craindre, mais craindre sans. leur en faire peur. La peur de Dieu engendre la superstition , et donne des frayeurs horribles des prêtres et de la mort. Le prenuer commandement de la religion est d'aimer Dieu. « Aïmez et faites ce que vous vou- » drez» , disoit un saint. Notre religion nous ordonne de l'aimer par - dessus toutes choses. Elle veut que nous nous adressions à lui comme à notre père. Si elle nous ordonne de le craindre , ce n'est que relativement à l'amour que nous Jui devons, parce que nous devons craindre d’offenser ce que nous devons aimer. Au reste je ne pense pas, à beaucoup près , qu’un enfant ne puisse avoir l'idée de Dieu avant l’âge de quatorze ans , comme un écrivain , que j'aime d’ailleurs, l’a mis en avant. Ne donne-t-on pas aux plus petits enfans des sentimens de peur et de haine pour des objets métaphysiques qui m’existent pas? Comment ne leur er.
mspireroit-on pas de confiance et d'amour pour l’Etre qui remplit toute la nature de sa bienfaisance ? Les enfans n’ont pas l'idée de Dieu à la manière de la théologie ou de la philosophie ; mais ils sont trèscapables d'en avoir le sentiment , qui , comme nous avons vu, est la raison de la nature. Ce sentiment même a élé exalté parmi eux du temps des Croi-
sades , jusqu'à en porter un grand nombre à se croiser pour la conquête de la Terre-Samte. Plût à Dieu que jeusse conservé le sentiment de l'existence de Dieu et de ses principaux attributs , aussi pur que je Pavois dans le premier âge ! C’est le cœur, plus encore que l'esprit, que la religion demande. Et quel est, je vous prie, l'être le plus rempli de la Divinité et le plus agréable à ses yeux, de l'enfant qui, plein de son sentiment , lève ses mains imnocentes vers le ciel en balbuüant sa prière , ou du scolastique qui en explique la nature ?
IlLest fort aisé de donner aux enfans des idées de Dieu et de la vertu. Des marguerites sur l'herbe, des fruits suspendus aux arbres de leur enclos seroient leurs prenuéres lecons de théologie et leurs premiers exercices d’abstinence et d’obéissance aux loix. On les fixeroit sur l’objet principal de la religion par le récit pur et simple de la vie de Jésus-Christ dans l'Evangile. Ils apprendroïent dans leur Credo tout ce qu'ils peuvent savoir de la nature de Dieu, et dans le Puter tout ce qu'ils doivent lui demander,
Il est digne de remarque que de tous les livres saints 1 nyena point que les enfans apprennent avec autant de facilité que l'Evangile. Il faudroit les exercer particulièrement à en exécuter les actes sans vaine gloire et sans respect humain. On les dresseroit donc à se prévenir mutuellement en amitiés , en déférences et en toutes sortes de bons offices. Tous les enfans des citoyens seroient admis dans cétte école de la Patrie , sans en excepter aucun. On en exigeroit seulement la plus grande propreté , ne fussent-ils d’ailleurs revêtus que de lambeaux recousus. On y verroit l'enfant de l'homme de qualité conduit par son gouverneur , arriver en équipage et se placer près de l'enfant d’un paysan appuyé sur son bâtonnet, vêtu de toile au milieu même de l'hiver , et portant dans un sac ses hvrets et sa tranche de pain noir pour se sustanter toute la journée. Ils apprendroient alors l'un et l’autre à se connoître avant de se séparer pour toujours. L'enfant du riche s'instruiroit à faire part de son superflu à celui qui est souvent destiné à le nourrir toute sa vie de son propre nécessaire. Ces enfans de toutes conditions assisteroient , la tête couronnée de fleurs, ét distribués en chœurs , à nos processions publiques : leur âge, leur ordre , leur chant et leur innocence y présenteroient un spectacle plus auguste que les laquais des grands qui y portent les armoiries de leurs maîtres collées à des cierges , et
sans contredit plus touchant que les haies de soldats etde baïonnettes dont on yenvironne un Dieu de paix.
On apprendroit dans cette école, aux enfans à lire, à écrire et à chiffrer. Des hommes ingénieux ont imaginé à cet effet des bureaux et des méthodes simples , prompies et agréables; mais les maîtres d'écoles ont eu grand soin de les rendre inutiles , parce qu’elles détruisoient leur empire, etque l’éducation alloit trop vîte pour leur profit. Si vous voulez apprendre promptement à lire aux enfans , mettez une dragée sur chacune de vos lettres, ils sauront bientôt leur alphabet par cœur ; et si vous en multipliez ou diminuez le nombre , ils ne tarderont pas à savoir l’arithmétique. Au reste, ils auront bien profité dans cette école de la Patrie, s'ils en sortent sans savoir lire, écrire et chiffrer , mais pénétrés seulement de cette vérité , que lire , écrire et chiffrer , et toutes les sciences du monde ne sont rien, mais que d’être sincère, bon, officieux , aimant Dieu et les hommes, est la seule science digne du cœur humain.
À la seconde époque de l’éducation, que je supposé vers l’âge de dix ou douze ans , où leur mtelligence s'inquiète et s'empresse d’imiter tout ce qu’elle voit faire, je leur apprendrois comment on pourvoit aux besoins de la société. Je ne leur ferois pas connoître les 530 arts et métiers qu'on exerce dans Paris, mais seulement ceux qui servent aux
448 ÉTUDES premières nécessités de la vie, tels que l’agriculture , les diverses préparations du pain, les arts appelés par notre orgueil, mécaniques , tels que ceux de filer le linet le chanvre , d’en faire de la toile, et de ‘bâtir des maisons. J’y joimdrois les élémens des sciences naturelles qui ont fait imaginer ces métiers, es élemens de géométrie et les expériences de - physique , qui n’ont rien inventé à cet égard, mais qui expliquent leurs procédés avec beaucoup d’ap- pareil. J’y ajouterois des connoissances des arts libéraux , tels que celles du dessin, de l'architecture, des fortifications, non pas pour en faire des peintres , des architectes et des Imgénieurs , mais pour leur apprendre comme on se loge et comment on défend la Patrie. Je leur ferois observer, pour les préserver de la vanité que les sciences inspirent , que l’homme , au milieu de tant d'arts et de méuers , n’a rien imaginé , qu'il a tout imité ou d’après l’industrie des animaux, ou d’après les opérations de la nature ; que son industrie est un témoignage de la misère à laquelle il est condamné , qui l’'oblige de combattre sans cesse conire les élémens , conire la faim et la soif, contre ses semblables , et ; ce qu'il ya de plus dificile,, contre lui-même. Je leur ferois sentir ces relations des vérités de la religion avec celles de la nature ; et je les disposerois ainsi à aimer Ja classe d'hommes utiles qui pourvoient sans cess@ à leurs besoins.
Je tächerois toujours, dans le cours de cette éducauon, de faire aller de pair les exercices du corps et ceux de l’ame : ainsi, pendant qu'ils acquerroient des connoissances des arts utiles , je leur apprendrois le latin. Je ne le leur enseignerOis pas métaphysiquement et grammaticalement, comme dans nos colléges, où ils l’oublient dès qu'ils en sont sorus , mais par l'usage : c’est ainsi que lapprennent la plupart des paysans polonais qui le parlent toute leur vie, quoiqu'ils n’aient point été au collége. Es le parlent d'une manière trés-mtellisible, comme je l'ai éprouvé en voyageant dans leur pays ; ils ont conservé, je crois, cette langue de quelques bannis du temps des Romains, et peut-être d’Ovide relégué chez les Sarmates leurs ancétres , pour la mémoire duquel ils'ont encore la plus grande vénération. Ce n'est pas, disent nos savans , du latin de Cicéron. Mais qu'importe ? Ce n’est pas parce que ces paysans ne savent pas assez bien le latin, qu'ils ne parlent pas le langage de Cicéron ; c’est parce qu'étant serfs, ils n’entendent pas celui de là liberté. Nos paysans français n’en comprendroient pas les meilleures traductions , fussent-elles de l’université. Mais un sauvage du Canada les entendroit fort bien ; et mieux que beaucoup de professeurs d’éloquence. Cest le ton de l'ame de celui qui écoute, qui donne l'intelligence du langage de celui qui parle. On avoit proposé, je crois sous Louis x1v, de bâtir
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une ville où l'on n’auroit parlé que laun, ce qui eût abrégé infiniment l'étude de cette langue; mais sans doute l’université n’y auroit pas trouvé son compte. Quoi qu'il en soit, je suis bien sûr qu'ilne faudroit pas plus de deux ans pour apprendre le latin par l’usage ; aux enfans de l’école de la Patrie , sur-tout si, dans les lectures où ils assisteroient , on leur donnoit des extraits de la vie des grands hommes français et romains , bien écrits en latin , et ensuite bien expliqués.
À la troisième époque de l'éducation , à-peu-prés dans l’âge où les passions prennent l'essor, je leur en montrerois le doux et pur langage dans les Eglogues et les Géorgiques de Virgile, la philosophie dans quelques odes d'Horace , et des tableaux de jeur corruption dans Tacite et dans Suétone. J’acheverois la peinture des hideux excès où elles plongent l'homme, dans quelque historien du bas- Empire. Je leur ferois remarquer comme les talens, le goût, les lumières et l’éloquence tombérent à la fois chez les anciens avec les mœurs et la vertu. Je me garderois bien de les fatiguer sur ces lectures ; je ne leur en montrerois que les morceaux les plus piquans, afin de leur faire naître le desir d’en connoître le reste. Mon but ne seroit pas de leur faire faire un cours de Virgile , d'Horace ou de Tacite , mais un véritable cours d'humanités , en réumissant
dans leurs études ce que les hommes de génie ont.
DE LA NATURE. 45i pense de plus propre à perfectionner la nature humaine. Je leur ferois apprendre également, par l'usage, la langue grecque, qui est sur le point d'être bientôt entièrement inconnue chez nous. Je leur ferois connoître Homère » Principium sapienticæ et fons , dit Horace avec tant de raison ; Hérodote ; le père de l'histoire : quelques maximes du livre sublime de Marc-Aurèle. Je leur ferois sentir comme dans tous les temps, les talens, les vertus , les grands hommes et les républiques fleurirent avec la confiance dans la Providence divine. Mais pour donner plus de poids à ces éternelles vérités, j y entremélerois les études ravissantes de la nature , dont ils n'auroient vu que de foibles esquisses dans les plus grands écrivains.
Je leur ferois remarquer la disposition de ce globe suspendu d’une manière incompréhensible sur le néant, parcouru et navigué par une infinité de nauons ; je leur ferois observer dans chaque climat les principales plantes qui sontutiles à la vie humaine, les animaux qui se rapportent à ces plantes et à leur territoire, sans s'étendre au-delà; ensuite les hommes, seuls de tous les êtres sensibles dispersés par-tout pour s’aider mutuellement et pour recueillir à Ja fois toutes les productions de la nature. Je leur ferois voir que les intérêts des princes ne sont pas autres que ceux du genre humain, et que ceux de chaque peuple ne différent point de ceux de leurs
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princes. Je leur parlerois des diverses loix qui gouvernent les nations; je leur apprendrois celles de leur propre pays, qui sont ignorées de la plupart des citoyens. Je leur donnerois une idée des principales religions qui divisent la terre; et je leur ferois connoître combien la chrétienne est préférable à toutes nos loix politiques et convenable au bonheur du genre humain. Je leur ferois senur que c’est elle qui empêche les divers états de la société de se briser les uns contre les autres, et qui leur donne des forces égales sous des poids inégaux. De ces considérations sublimes, s’allumeroit dans ces jeunes cœurs , l'amour de la Patrie , qui s’enflammeroit par le spectacle de ses malheurs même.
J’entremélerois cesspéculations touchantes d’'exercices uüles, agréables, et convenables à la fougue de leur âge. Je leur ferois apprendre à nager , non pas tant pour leur apprendre à se ürer eux-mêmesdu péril, s'ils venoient à faire quelque naufrage , que pour porter du secours à ceux qui peuvent se trouver dans le méme cas. Quelque uulité particu= lière qu'ils pussent ürer de leurs études, je ne leur proposerois jamais d'autre but que le bien d’autrur. Ils y feroient de grands progres , quand ils n'en recueilleroient d'autre fruit que la concorde et l'amour de la Patrie. Dans la belle saison, quand la moisson est faite, vers le commencement de sep-
iembre, je les mènerois à la campagne, divisés sous
plusieurs drapeaux. Je leur donnerois une image de la guerre. Je les ferois coucher sur l'herbe, à l'ombre des forêts : là, ils prépareroient eux-mêmes leurs ahmens ; ils apprendroient à défendre et à attaquer un poste , à passer une rivière à la nage. Ils s'exerceroient à faire usage des armes à feu, et à exécuter en même temps des manœuvres prises de la tactique des Grecs, qui sont nos maîtres presque en tout genre. Je ferois tomber, par ces exercices militaires, le goût de l'escrime qui ne rend les soldats redoutables qu'aux citoyens , inutile et nuisible à la guerre, réprouvé par tous les grands capitanes, et dérogeant au courage, disoit Philopémen. « En » mon enfance , dit Michel Montaigne, la noblesse » fuyoit la réputation de bien escrimer COMME Inju- » rieuse, et se déroboit pour Fapprendre , comme » métier de subtilité, dérogeant à la vraie et naïve » vertu (1)». Cet art, né dans la même société, de la haine des classes inférieures contre les supérieures qui les oppriment, nous est venu de l'Italie où il a perdu l’art militaire. C’est lui qui nourrit parmi nous l'esprit des duels. Cet esprit n’est pas venu des peuples du Nord, comme lont dit tant d'écrivains. Les duels sont très-rares en Prusse et en Russie; 1ls sont tout-à-fait inconnus aux sauvages du Nord :
leur origme vient de l’Itahe, comme on cn peut
ane ans
(1) Essais de Michel Montaigne, liv. 2, chap. 27.
juger par les fameux livres d’escrime et par les iermes de cet art, qui sont italiens, comme uerce, quarie : 1l s’est naturalisé chez nous par la foiblesse et la corruption de beaucoup de femmes qui sont bien aises de trouver un spadassin dans un amant. C’est sans doute à ces causes morales qu'il faut attribuer cette étrange contradiction de notre gouvernement, qui défend le duel , et qui permet en même temps l’exereice publie d’un art qui n’apprend rien autre chose qu'à se battre en duel (x). Les élèves de la Patrie auroïent une autre idée du courage ; et dans le cours de leurs études, ils feroient un cours de la vie humaine , où ils apprendroient comment ils doivent un jour se comporter envers les citoyens et envers l'ennemi.
oréable-
ment et uülement dans un si grand nombre d’oe-
Le temps de la Jeunesse se passeroit a
(x) Les maîtres en fait-d’armes disent que leur art développe le corps, et apprend à marcher. Autant en disent du leur les maîtres à danser. La preuve qu’ils se trompent, c’est qu’on les connoît d’abord les uns et les autres à l’affectation de leur démarche. Un citoyen ne doit avoir n1 l’attitude ni les mouvemens d’un gladiateur ou d’un sybarite. Mais si l’art de l'escrime est nécessaire , on devroit permettre le duel publiquement, afin de tirer les honnêtes gens de la cruelle alternative de se déshonorer également en manquant aux loix de l'état et de la religion, on en les observant. En
vérité, les méchans sont parmi nous bien à leur aise.
DE A INA TUR LE. 455 eupatons. Les esprits et les corpsse développerotent à-la-fois. Les talens naturels, souvent inconnus dans la plupart des hommes, se manifesteroient à la vue des différens objets qui leur seroient présentés. Plus d’un Achille sentiroit, à la vue d’une épée, som sang s’enflammer ; plus d’un Vaucanson , à l'aspect d'une machine, méditeroit d'organiser le bronze ou le bois. Toutes ces connoissances, dira-t-on, demandent un temps considérable ; mais si on songe à celui qui est perdu dans les colléges, par les répéutions ennuyeuses des lecons, par des décompositions et explications grammaticales de la langue laume , qui ne donnent pas seulement aux écoliers la facilité de la parler, et par les concours dangereux d’une vane ambition, on ne sauroit disconvenir que nous n'en fassions ici un meilleur usage. Les écoliers y barbouillent chaque jour autant de papier que des pro-
cureurs (t}). d'autant plus inutilement, que ,2races > | ) 5
ame ee
(1) Je suis persuadé que si ce plan d'éducation, tout informe qu’il est, étoit adopté, un des plus grands obstacles à la refonte universelle de notre savoir et de nos mœurs, ne seroit ni les régens, ni les institutions collégiales, ni les priviléges de l'Université, ni les bonnets de docteur. Ce seroient les marchands de papier, qui verroient tomber par-là une de leurs plus grandes branches de commerce. Il y auroit pour les priviléges des maîtres, d’heureuses et de glorietises eompensations; mais une objection d'argent, dans ce siècle
vénal, me semble sans réponse.
456 É'PUmIunS
à l'impression des livres dont ils copient les versions ou les thèmes, ils n’ont pas besoin de tout cet ennuyeux travail. Mais à quoi les régens eux-mêmes emploieroient-1ls le temps, si les écoliers ne perdoient le leur ?
Dans les écoles de la Patrie , tout se passeroit à la manière académique des philosophes grecs. Les élèves y étudieroient tantôt assis, tantôt debout, tantôt à la campagne , tantôt dans l’amphithéätre ou dans le pare qui l'environneroit. Il n’y seroït besoin ni de plumes, ni de papier, ni d'encre; chacun
apporteroit seulement avec lui le livre classique qui seroit le sujet de la leçon. J’ai éprouvé bien des fois que l’on oublie ce qu'on écrit. Ce que je mets sur le papier je l’ôte de ma mémoire, et bientôt de mon souvenir ; Je m'en suis aperçu à des ouvrages entiers que j'avois mis au net, et qui me paroissoient aussi étrangers que s'ils eussent été faits d’une autre main que de la mienne. Il n’en est pas de même des impressions que nous laisse la conversation d'autrui, sur-tout quand elle est accompagnée d’un grand appareil. Le ton de voix, le geste, le respect dû à l'orateur , les réflexions de nos voisins, concourent à nous graver les paroles d’un discours, bien mieux que l'écriture. Je citerai encore, à cette OCCASION , l'autorité de Plutarque , ou plutôt celle de Lycurgue.
«Mais il faut bien noter que jamais Lycurgue ne » voulut pas qu'il y eût une de ses loix mise par
D D {T4 ENVAUTIUNRNE. 457
» écrit; ains est expressément porté par l’une de