‹ Études de la natureChapitre 42 sur 48 · LA · texte numérisé non relu

LA

ses ordonnances qu'il appelle rêtres, qu'il ne veut

pas qu'il y en ait aucune écrite; car, quant à ce

qui est de principale force et efficace pour rendre

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une cité heureuse et vertueuse , 1l estimoit que

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cela devoit être empreint, par la nourriture , és » cœurs et ès mœurs des hommes, pour y demeu- » rer à jamais immuable. C’est la bonne volonté,

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qui est un lien plus fort que toute autre contrainte

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que l’on sauroit donner aux hommes , qui fait que » chacun d'eux se sert de loi à soi-même (1) ».

Les têtes de nos jeunes gens ne seroient donc pas fatiguées , dans les écoles de la Patrie , d’une vame et babillarde science. Tantôt ils défendroient entre eux la cause d’un citoyen ; tantôt ils porterotent leur jugement sur un événement public. Ils su1vroient le procédé d’un art dans tout son cours. Leur éloquence seroit une vraie éloquence , et leur savoir un vrai savoir. Ils ne s’occuperoient m1 de sciences abstraites, n1 de recherches vaines, qui sont communément des fruits de l’orgueil. Dans les études que je propose, tout nous rameéne à la s0ciété , à la concorde, à la religion et à la nature.

Je n’ai pas besoin de dire que ces diverses éceles seroient décorées convenablement à leur usage , et que toujes serviroient dans leurs dehors de prome-

noirs et d’asyles au peuple , sur-tout pendant les

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(1) Plutarque, Vie de Lycurgue.

jours longs et tristes de l'hiver. Il y verroit chaque jour des spectacles plus propres à lui mspirer de la vertu ou de l'amour envers sa Patrie , je ne dis pas que ceux des boulevards ou que les danses du Vauxhall , mais même que les tragédies de Corneille.

Il n’y auroit parmi ces jeunes gens ni récompense , ni punition, ni émulation, et partant point d'envie. La seule punition qu’on y exerceroit seroit de bannir de l'assemblée celui qui la troubleroit , seulement pour un temps proporuonné à la faute du coupable ; encore seroit-ce plutôt un acte de police qu’une punition , car on n’attacheroit à cet exil aucune espèce de honte. Mais si vous voulez vous former une idée d’une pareille assemblée , concevez , au lieu de nos jeunes gens de collége , piles , méditauifs, jaloux , tremblans sur les succès de leurs infortunées compositions , des jeunes gens gais, contens , atürés par le plaisir dans de vastes salles circulaires , où s'élèvent cà et là les statues des hommes illustres de l’antiquité et de la Patrie ; voyez-les tous attenufs à la lecon du maitre, s’aidant les uns les autres à la concevoir , à la retenir , et à répondre à ses questions unprévues. Celui-ci suggère tacitement une réponse à son VOISIN, cet autre excuse la négligence de son camarade absent. Représentez - vous le progres rapide des

études éclaircies par des maîtres imtelligens, et re-

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cueillies par des élèves qui s’entr'aident mutuellement à les retenir. Figurez-vous la science se répandant parmi eux comme une flamme dans un bûcher, dont toutes les pièces sont bien ordonnées , se com-

muniquant de l’une à l’autre , et les embrasant

D toutes à la fois. Voyez naître parmi eux, au heu

d’une vaine émulation, l'union , la bienveillance ,

l'amiué, pour une réponse suggérée à propos, pour

une excuse donnée en faveur d’un absent par des camarades voisins, et pour d’autres services rendus. Le souvenir de ces liaisons du premier âge les rapprocheroit encore dans le monde malgré les préjugés de leurs conditions. C’est dans cet âge tendre que la reconnoissance et le ressentiment se gravent pour toute la vie aussi profondément que les élémens des sciences et de la region. Il n'en est pas ainsi de nos colléges , où chaque écolier cherche à supplanter son voisin. Je me souviens qu'un jour de composition je me trouva fort embarrassé pour avoir oublié un auteur laun dont il falloit traduire une page ; un de mes voisins m’offrit obligeamment de me dicter la version qu'il en avoit faite. J’acceptai son service en le remerciant beaucoup. Je copiai donc sa version, à quelques changemens de mots prés, pour ne pas faire voir au régent qu'elle étoit la même que celle de mon voisin ; mais celle qu'il m’avoit donnée n’étoit qu’une fausse copie de

la stenne, etremplie de contre-sens si extravagans,

que le régent s'en étonna , et se douta d’abord -qu'elle n’étoit pas mon ouvrage, car j'étois assez bon écolier. Je n’ai pas perdu le souvenir de cette perfidie, quoique en vérité j'en ae oublié de plus cruelles depuis ce temps-là ; mais le premier âge de la vie humaine est l’âge des ressentimens et des reconnoissances ineffaçables. Je me rappelle des époques d’un temps encore plus éloigné. Lorsque j'allois en fourreau aux écoles , je perdoiïs quelquefois mes livres par étourderie. J'avois une bonne appelée Marie Talbot , qui m'en achetoit de son argent de peur que je ne fusse fouetté à l’école. Certes , le souvenir de ces petits services est resté si bien et si long-temps empreint dans mon Cœur , que je puis dire que, ma mère excepiée , je n’ai eu personne dans le monde pour qui J'ai conservé une si forte et si durable affection. Cette bonne et pauvre {le est entrée souvent dans mes inutiles projets de fortune. Je comptois lui rendre avec usure dans sa vieillesse , où elle étoit pour ainsi dire sans secours, les tendres soins qu'elle avoit pris de mon enfance ; mais à peine ai-je pu lui donner quelques marques bien foibles et bien légéres de bonne volonté. Je rapporte ces ressouvenirs , dont chacun de mes lecieurs peut avoir par-devers lu et dans sa propre enfance des traits plus intéressans , pour prouver combien le prenner âge seroit naturellement la sar-

son de la vertu et de la reconnoissance s’il n’étoit

pas souvent dépravé chez nous par le vice de nos institutions.

Mais avant d'établir ces écoles de la Patrie , on formeroit des hommes pour y présider. On ne Îles choisiroit pas parmi ceux qui sont les plus recoms mandés. Plus ils auroient de recommandauons , plus ils seroient intrigans , et par conséquent moins ils auroient de vertu. Onne demanderoït pas sur leur compte : est-ce un bel-esprit , un homme brillant, un philosophe ? mais, aime-t-1l les enfans ? est-ce un homme qui fréquente plus les malheureux que les grands ? est-ce un homme sensible ? a-t-1lde la vertu? Ce seroit avec des hommes de ce caractère-làa qu'on formeroit des maîtres de l'éducation publique;encore je voudrois qu’on changeât cette qualification de maitres et de docteurs comme dure etorgueilleuse. Je voudrois que leurs titres sigmifiassentles amis de l’enfance, les pères de la Pauie, et qu'onles exprunât par de beaux noms grecs, afin d'ajouter au respect de leurs fonctions le mystère de leurs titres. Leur état, destiné à former des citoyens à la nation , seroit au moins aussi noble et aussi distingué que cel des écuyers qui dressent des chevaux chez les princes. Un magistrat utré présideroit tous les jours à chaque école. Il seroit bien juste que les magistrats fissent dresser sous leurs veux , à la justice et aux loix , les enfans qu'ils doivent un jour juger et régir comme hommes. Les enfans sont aussi de petits citoyens.

462 ÉTUDES Un grand seigneur des plus qualifiés auroit l'imspection générale de ces écoles de la Patrie, sans contredit plus importante que celle des haras du royaume ; et afin que des gens de lettres, bassement flatteurs, ne fussent pas tentés d'insérer dans les papiers publics les jours où il DAIGNERO1T y faire sa visite , ce devoir sublime seroit sans revenu, et ne lui vaudroit que l'honneur d'y présider.

plût à Dieu que je pusse faire concourir l’éducation des femmes avec celle des hommes , comme à Sparte ! mais nos mœurs s’y opposent. Je ne crois pas cependant qu'il y eût aucun inconvénient à ras cembler dans le premier âge les enfans des deux sexes. Leur société se prête des graces mutuelles : d'ailleurs les premiers élémens de la vie civile, de la religion et de la vertu sont les mêmes pour les uns et pour les autres. Cette prennére époque exceptée ; les filles n’apprendroient rien de ce que doivent savoir les hommes , non pas pour l'ignorer toujours , mais afin de s’en instruire avec plus de plaisir , et de trouver un jour leurs maîtres dans leurs amans. Il y à cette différence morale de l’homme à la femme, que l’homme se doit à la Patrie, et la femme au bonheur d’un seul homme. Une fille ne parviendra jamais à ce but que par le goût des occupauons de son sexe. On à beau la charger de toutes sortes de sciences ; et en faire une philosophe ou

une théologienne , un mari n'aime point à Wrouver

DR ARS INUUTOUR Tr, 405 un rival n1 un docteur dans sa femme. Les livres et les maîtres, chez nous, flétrissent de bonne heure dans une jeune fille l'ignorance virginale , cette fleur de l’ame si charmante à cueillir pour un amant. Ils enlévent aux époux les plus doux charmes de leur union , et ces communications d’une science amoureuse et d'une ignorance naïve, si propres à remphr les longs jours du mariage. Ils détruisent ces contrastes de caractère que la nature a établis entre les deux sexes pour y faire naître la plus aimable des harmonies.

Ces contrastes naturels sont si nécessaires à Pamour, qu'il n'y à pas une seule femme célébre par l'attachement qu'elle à inspiré à ses amans ou à son époux , qui ait dû son empire à d’autres attraits qu'aux amusemens ou aux occupations de son sexe, depuis le siècle de Pénélope jusqu'au nôtre. Il y en a de tous les états et de tous les caractères , Mais 1l n'y en a point de savantes. Celles Qui ont été sa= vantes, ont été presque toutes malheureuses en amours , depuis Sapho jusqu’à Christine , reine de Suede, et même plus près de nous. Ce seroit donc auprés de sa mére , de son père, de ses frères et de ses sœurs, qu'une fille s’instruiroit de ses devoirs futurs de mére et d’épouse. C’est dans la maison paternelle qu’elle apprendroit une multitude d’arts

domestiques , ignorés aujourd’hui de nos filles bien élevées,

J'ai vanté plus d’une fois dans ces écrits , le bonbeur de la Hollande; mais comme Je ai vu ce pays qu'en passant, jen connois peu les mœurs domestiques. Je sais seulement que les femmes y sont sans cesse occupées du som de leurs ménages, et que la plus grande concorde règne dans les mariages. Mais j'ai vu à Berlin une image des charmes que ces MŒUTS , si méprisées parmi nous, peuvent répandre dans une maison. Un ami que la Providence m’avoit ménagé dans cette ville, où je ne connoissois personne, m'introduisit dans une société de demoiselles; car , en Prusse, ce n'est pas chez les femmes où se tiennent les assemblées ,mais chez leurs filles. Cet usage s’observe dans toutes les familles qui n'ont point. été corrompues par les mœurs de nos officiers français qui y furent prisonmers dans la dernière guerre. El y est donc d'usage que les demoiselles de la même société s'invitent tour à tour à des assemblées qu'on appelle cafés. Pour l'ordinaire, c’est le jeudi. Elles se rendent avec leurs mères chez celle qui les a invitées. Celle-et leur sert du café à la crême , avec toutes sortes de pâusseries, et de confitures faites de sa main. Elle leur présente, au milieu de l'hiver, des fruits de toutes espèces conservés dans le sucre, avec leurs couleurs, leur verdure et leurs parfums, en apparence aussi frais que s'ils étoient sur les arbres. Elle

recoit de ses compagnes mille complimens, qu'elle

leur rend avecusure. Mais bientôt elle déploie d’auires talens. Tantôt elle déroule à leurs yeux sur une grande pièce de tapisserie , à laquelle elle travaille Jour et nuit, des foréts de saules toujours verts qu'elle à plantés elle-même, et des ruisseaux de moire qu’elle a fait couler avec son aiguille. Tantôt elle marie sa voix aux sons d’un clavecin, et semble réunir dans son appartement tous les oiseaux des bocages. Elle invite ses compagnes à chanter à leur tour. C'est alors que les éloges redoublent. Leurs meres, comblées de joie , s’applaudissent en secret : comme Niobé, des louanges données à leurs filles : Pertentant gaudia pectus. Quelques officiers en uniformes et en boites, échappés furtivement de leurs exercices, viennent jouir parmi elles d’un instant de calme délicieux ; et pendant que chacune d’elles espère trouver dans l’un d’eux son protecteur et son ami, chacun d’eux soupire aprés Ja compagne qui doit adoucir un jour , par le charme des talens domestiques , la rigueur des travaux militaires. Je n'ai point vu de pays où la jeunesse des deux sexes ait plus de mœurs , et où les mariages soient plus heureux.

Il n’est pas besoin d'aller chercher chez des étrangers des preuves du pouvoir de l'amour sur l'honnêteté des mœurs. J’attribue l'innocence de celles de nos paysans et la fidélité de leurs mariages, à Ce qu'ils peuvent se livrer de trés-bonne heure

III, G g

cet honnête sentiment. C’est l’amour qui les rend contens de leur pénible sort ; il suspend même les inaux de l'esclavage. J'ai vu souvent à Pile de France des noirs, épuisés des fatigues du jour , se mettre en route à l’entrée de la nuit pour aller voir, à trois ou quatre lieues de là, leurs maîtresses. ils leur donnent rendez-vous au milieu des bois, au pied de quelque rocher, où ils allument du feu; ils dansent avec elles une partie de la nuit, au son de leur tamtam , et reviennent à leur travail avant le point du jour, contens , pleins de force, et aussi frais que ceux qui ont bien dormi : tant les afleeions morales qui se combinent avec ce sentiment , ont de puissance sur l'organisauca physique ! Ja nuit de l'amant charme la journée de l’esclave.

EH y a dans l'Ecriture un exemple très-rémarquable à ce sujet; c’est dans la Genèse : «Jacob, y » est-il dit, servit donc sept ans pour Rachel, et ce » temps ne lui paroïssoit que peu de jours : tant » l'affection qu'il avoit pour elle étoit grande (1) »! Je sais bien que nos politiques , qui ne connoissent que l'or et les titres ,ne conçoivent rien à tout cela; mais je suis bien aise de leur dire qu'aucun homme n’a mieux connu les loix de la naturé que les auteurs des livres saints, et que ce n’est que sur les loix de la nature qu'on peut établir celles des sociétés heu-

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(1) Genèse, chap: 29, v. 29:

DE LÀ NATURE. 46% Je voudrois donc que nos Jeunes ,gens pussent cüluver le sentiment de l'amour au miheu de leurs Hiflee ainsi que Jacob. N'importe à qüel à âge, dès qu'on est capable de sentit , on est capable d'aimer. L'amour honñéte suspeñd eg peines , bannit Ven ni , détourüe de la prosututiont, des erreurs et des inquiétudes du célibat : il remplit la vie de mille pérspectives délicieuses , en montrant dans l'avenir la plus fortunée des unions : il redouble, dans le cœûr de deux Jeunes amas, le goût de l'étude et celui des travaux domestiques. Quel plaisir pour un jeune homme, ravi de la science de ses maîtres ; d'en répéter les lécons à la beauté qu'il aime ! Quelle joie pour une fille ; Jeune et timide , de se voir distinguée au milieu de ses compagnes , et d’entendre relever paë son amañt le prix et les graces de sa propre industrie ! Un Jeune homme , destiné À réprimer üuñ jour sur un tribunal litrastiée des homnies , est enchanté, au milieu du dédale des loix, de voir sa maîtresse broder pour lui les fleurs qui doivent décorer l'asyle de leur union, et lui donner une unage des beautés de la nature, dont dé tristes honricurs doivent le priver toute sa vie. Un autre ; qui doit porter le feu de la guerre au bout du monde, s’attache à l’ame Jenëble de son aie , et se flatte que les maux qu'il fera au genre Heat seront réparés par le bien qu'elle fera aux malheufeux. Les amitiés TN CES dans chaque also ;

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