‹ Études de la natureChapitre 5 sur 48 · III, D · texte numérisé non relu

III, D

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toutes espèces de bois qui flottent dans ces mers, qu'ils dévorent en peu de temps Îles escadres , et que pour Jes en préserver on.est obligé , depuis quelques années , de doubler leurs carènes de cuire. Mais ce bel arbre a trouvé des ennemis plus redoutables que les vers, dans les habitans européens de ces îles, qui en ont presque totalement détruit l’espèce.

La mamere dont la Providence a pourvu à la soif de l’homme, dans les lieux arides, n’est pas moins digne d’admiration. Elle à nus dans les sables brülans de l'Afrique une plante dont la feuille contournée en burette, est toujours remplie d’un grand verre d’eau fraîche ; le goulot de cette burette est fermé par l'extrémité même de la feuille, en sorte que l’eau ne peut pas s’en évaporer. Elle a planté sur quelques terres arides du même pays, un grand arbre ; appelé par les nègres Boa, dont le.wone monstrueusement gros est naturellement creusé. comme une : citerne. Dans la saison des pluies , 1l se remplit d’eau qu'il conserve fraîche dans les plus grandes chaleurs, au moyen du feuillage touffu qui en couronne le sommet. Enfin elle. a placé sur: les rochers arides des îles Antilles, des fontaines végétales. On y trouve communément une ligne, appelée liane à eau , si remplie de sève, que, s;'on en coupé une simple branche , 1l en coule sur-le-champ autant d’eau qu'un homme en pourroit boire d'un trait : elle est

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tres-hmpide et très-pure. Dans les lagunes de la baie de Campèche , les voyageurs trouvent un autre secours : ces lagunes, au niveau de la mer, sont presque enuérement inondées dans la saison pluvieuse , et elles sont si arides dans la saison sèche, qu'il est arrivé à plusieurs chasseurs qui s’étoient égarés dans les forêts dont elles sont couvertes, d'y mourir de soif. Le. célèbre voyageur Dampier rapporte qu'il a échappé plusieurs fois à ce malheur par le secours d'une végétauon fort extraordinaire, qu'on lui avoit fait remarquer sur le tronc d’une espèce de pin qui y est fort commun : elle ressemble à un paquet de feuilles placées l’une sur l’autre par étages ;-et à cause de sa forme, et de l'arbre où elle croît, 1l l'appelle pomme de pin. Cette pomme est pleme d'eau;,en sorte qu’en la percant à sa base avec un couteau, 1l en coule aussi-tôt' une bonne pinte d’une eau trés-claire et très-saine. Le Pére du Tertre raconte qu'il a irouvé plusieurs fois un pareil rafraîchissement dans les feuilles tournées en cornet, d’une espèce de balisier , qui croît sur les plages sablonneuses de la Guadeloupe. J'ai oui dire à plusieurs de nos chasseurs, que rien n’étoit plus propre à désaliérer que les feuilles du gui qui croît dans nos arbres.

Telles sont en partie les précautions dont la Providence a compensé'en faveur de l’homme les meconvéniens de chaque climat, en opposant aux qualités

des élémens des qualités contraires dans les VÉgÉ=< taux. Je ne les suivrai pas plus loin , car je les crois inépuisables. Je suis persuadé que chaque latitude etchaque saison ont les leurs qui leur sont affectées,

etque chaque parallèle les varie dans chaque degré de longitude.

Harmonies végétales des plantes avec l’homme.

Si maintenant nous examinions les relations végétales des plantes avec l’homme , nous les trouverions en nombre infim; elles sont les sources perpétuelles de nos arts, de nos fabriques , de notre commerce et de nos délices; mais à notre ordinaire, nous ne ferons que parcourir quelques-uns de leurs rapports naturels et directs, auxquels l'homme n’a rien mis du sien,

À commencer par leurs parfums , lhomme me paroït être le seul être sensible qui en soit affecté. À la vérité les animaux , et sur-tout les mouches et les papillons, ont des plantes qui leur sont propres, et qui les attirent ou les rebutent par leurs émanaüons , mais ces affections semblent liées avec leurs besoins. L'homme seul est sensible aux parfums et à l'éclat des fleurs , indépendamment de tout appétit animal. Le chien même, qui prend par la domesticité une si forte teinture des mœurs et des goûts de l’homme, paroît insensible à cette jouissance-

là, L'impression que font les fleurs sur nous semble

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lice avec quelque affection morale; car il yena qui nous égayent et d’autres qui nous attristent , sans que nous en puissions apporter d'autres raisons que celles que j'ai essayé d'établir en examinant quelques loix générales de la nature. Au lieu de les distinguer en jaunes, en rouges, en bleues, en violettes, on pourroit les diviser en gaies, en sérieuses , en mélancoliques : leur caractère est si expressif, que les amans dans l'Orient emploient leurs nuances pour exprimer les divers degrés de leur passion. La nature s’en sert souvent par rapport à nous dans la même intenuon. Quand elle veut nous éloigner d’un lieu marécageux et mal-sain, elle y met des plantes vénéneuses qui ont des couleurs meurtries et des odeurs rebutantes. Il y a une espèce d’arum qui croît dans les marais du détroit de Magellan , dont la fleur présente l’aspect d’un ulcère, et exhale une odeur si forte de chair pourrie, que la mouche à viande vient y déposer ses œufs. Mais le nombre des plantes féudes n’est pas fort étendu. Les campagnes sont tapissées de fleurs qui, pour la plupart, ont des couleurs et des odeurs fort agréables. Je voudrois que le temps me permit de dire quelque chose de la simple agrégation des fleurs; ce sujet est si vaste et si riche, que je ne balance pas d'assurer qu'il y a de quoi occuper le plus fameux botaniste de l'Europe toute sa vie, en lui découvrant chaque jour quelque chose de nou-

veau ;-et sans l’écarter de sa maison de plus d'une lieue. Tout l’art avec lequel les joalliers assemblent leurs pierreries, disparoît auprés de celuiavec lequel la nature assortt les fleurs. Je montrois à J. J. Rousseau des fleurs de différens trèfles que j'avois cueillies enme promenant avec lui; 1l y en avoit de disposées en couronnes, en demi-couronnes, en épis, en gcrbes, avec des couleurs varices à l'infini. Quand elles étoient sur leurs uges , elles avoient encore d’autres agrégations avec des plantes qui leur étoient souvent opposées en couleurs et en formes. Je lui demandai si les botanistes s’occupoient de ces harmomies : il me dit que non ; mais qu'il avoit conseillé à un jeune dessinateur de Lyon d'apprendre la botanique, pour y étudier les formes et les assemblages des fleurs , et que par ce moyen 1l étoit devenu un des plus fameux dessinateurs d’étoffes de l’Europe. Te lui citai à ce sujet un trait de Pline, qui lui fit beaucoup de plaisir : c’est à l’occasion d’un peintre de Sicyone, appelé Pauzias, qui apprit par cette étude à peindre au moins aussi bien les fleurs que celui de Lyon savoit les dessiner. À la vérité il eut encore un maître aussi habile que la nature, ou plutôt qui n’en diffère pas : ce fut l'Amour. Je vais rapporter ce trait dans la simplicité du langage du vieux traducteur de Pline, afin de ne lui rien ôter

de sa naïveté (x). « En sa jeunesse il fit la cour à

(1) Histoire naturelle de Pline, liv. 35, chap. 11.

» une bouquetière de sa ville, qui avoit nom Gly- » cera , laquelle étoit fort gentille , et avoit dix mille » inventions à digérer les fleurs des bouquets et des » chapeaux ; de sorte que Pauzias, contrefaisant le » naturel dés chapeaux et bouquets de sa maitresse, » vint à se réndre parfait en cêt art : finalement il » la peignit assise, et faisant un chapeau de fleurs ; » et tient-on cé tableau pour uné des principales » pièces que jamais ilait faites : 1l l’appela Stephano » Plocos , pour cé que Clycera n'avoit autré moyen » dé se soulager en $a pauvreté, qu'à veñdre des » chapéaux et bouquets. Et certes, on dit que » L. Lucüllus donna à Denys, athénien, deux talens » de là simple copie de ce tableau ». Gette anecdote a plu singulièrement à Plmé, car il l'a répétée dans un autre éndroit (x): «Ceux du Péloponèse, ditA1], » furent les prémiers qui compassèrent les couleurs » et senteurs des fleurs qu’on mettoit aux chapeaux. » Toutefois céla vint de l’invéntion de Pauzias, » peintre , et d’uñé boûquetiére nommée Glycera, à » qui ce peintre faisoit fort la cour , jusqu’à contre- » faire au vif les chapeaux et bouquets qu’elle faisoit. » Mais cette bouquetière éhangéoit en tant de sortes » l'ordonnance de ses chapéaux , pour mieux faire » rêver son peintre, que c’étoit srand plaisir de voir » combattre l'ouvrage naturel de Glÿcera, contre le

» savoir du peintre Pauzias ».

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(a) Zhidem, iv. 21, chap. 2.

L'antique nature en sait encore plus que la jeune Glycère. Comme nous ne pouvons la suivre dans sa variété infinie, nous ferons au moins une observation sursarégularité; c’est qu'iln’ya aucune fleur odorante qui ne croisse aux pieds de l’homme , ou au moins à la portée de sa main. Toutes celles de cette espèce sont placées sur des herbes ou sur des arbrisseaux, comme Phéliotrope , l'œillet, la giroflée , la violette, la rose, le lilas. 11 n’en croît point de semblables sur les arbres élevés de nos forêts ; et si quelques fleurs brillantes viennent sur quelques grands arbres des pays étrangers, comme le tulipier et le marronier d'Inde , elles ne sentent point bon. À la vérité quelques grands arbres des Indes, comme les arbres’ à épices, sont entiérement parfumés ; mais leurs fleurs sont peu apparentes , et ne participent pas de l'odeur de leurs feuilles. Les fleurs du cannelier sentent les excrémens humains ; c’est ce que j'ai éprouvé moi-même, si toutefois les arbres qu’on n'a montrés à l'ile de France , dans une habitation appartenante à M. Magon, étoient de véritables canneliers. La belle et odorante fleur du magnolia croit dans la parte inférieure de l'arbre. D'ailleurs à le laurier qui la porte est, ainsi que les arbres à épices, un arbre peu élevé.

Je peux me tromper dans quelques-unes de mes observations ; mais quand elles sont muluplhées sur le même objet, et attestées par des hommes dignes,

de foi et sans esprit de système, j'en peux tirer des conséquences générales, qui ne doivent pas être indifférentes au bonheur du genre humain, en lui montrant des intentions constantes de bienveillance dans l’Auteur de la nature. Les variétés de leurs convenances se prêtent des lumieres mutuelles ; les moyens sont différens, mais la fin est toujours la même. La même bonté qui a placé le fruit qui devoit nourrir l’homme à la portée de sa main, y a dù mettre aussi son bouquet. Nous remarquerons ici que nos arbres fruitiers sont faciles à escalader , et diffèrent en cela de la plupart de ceux des forêts. De plus, tous ceux qui donnent des fruits mous dans leur maturité, et qui auroient été exposés à se briser par leur chute , comme les figuiers , les müriers, les pruniers, les pêchers , les abricouers, les présentent à peu de distance de terre : ceux au contraire qu produisent des fruits durs, et qui n’ont rien à risquer dans leur chute, les portent fort élevés, comme les noyers, les chätaigniers et les cocoters.

Il n'y a pas moins de convenance dans les formes et les grosseurs des fruits. [l y en a beaucoup qui sont taillés pour la bouche de l’homme , comme les cerises et les prunes ; d’autres pour sa main, comme les poires et les pommes ; d’autres beaucoup plus gros, comme les melons, sont divisés par côtes, et semblent destinés à être mangés en famille : il y en

a même aux Indes, comme le jacq , et chez nous la citrouille, qu’on pourroit partager avec ses VOIsins. La nature paroît avoir suivi les mêmes proportions dans les diverses grosseurs des fruits destinés à nourrir l’homme , que dans là grandeur des feuilles qui devoient lui donner de l'ombre dans les pays chauds; car elle y en a taillé pour abriter une seule personne, une famille entière, et tous les habitans du même hameau.

Je m'arrêterai peu aux autres rapports que Îles plantes ont avec l'habitation de l’homme par leur grandeur et leur attitude , quoiqu'il y ait à ce sujet des choses très-curieuses à dire. Il en est peu qui ne puisse embellir son champ , son toit ou son niur. J'observerai seulement que le voisinage de l’homme est utile à plusieurs plantes. Un missionnaire anoñyme rapporte que les Indiens sont persuadés que les cocotiers au pied desquels il y a des maisons, deviennent beaucoup plus beaux que ceux où il n'y en a pas , comme si ces arbres utiles se réjouissoient du voisinage des hommes.

Un autre missionnaire , Carme déchaussé , appelé le Père Philippe, dit positivement que lorsque le cocotier est planté auprès des maisons ou des cabanes , il devient plus fécond par la fumée, par les cendres et par l'habitation de l’homme, et qu'il apporte doublement du fruit. Que c’est par cette raison que les heux plantés de palmes aux Indes,

DE LA NATURE. 59 sont remplis de maisons et de logettes, que les maîtres de ces lieux donnent au commencement quelques écus à ceux qui veulent les habiter , et qu'ils sont obligés de leur accorder leur part des fruits lorsqu'on les cueille : à quoi il ajoute que quoique leurs fruits, qui sont trés-gros et trés-durs, tombent souvent des arbres dans leur maturité, ou par les rais qui les rongent ; Ou par la violence des venis, on n’a jamais oui dire que personne de ceux qui habitent dessous en ait été blessé. C’est ce qui ne me paroît pas moins extraordinaire qu à Jui (1).

Je pourrois étendre les influences de l’homme à plusieurs de nos arbres fruitiers , sur-tout au pommier et à la vigne. Je n'ai pont vu de plus beaux pommiers dans le pays de Caux , que ceux qui croissent autour des maisons des paysans. Il est vrar que les soins du maître peuvent y contribuer. Je me suis arrêté quelquefois dans les rues de Paris à considérer avec plaisir de petites vignes, dont les racines sont dans le sable et sous le pavé, tapisser de leurs grappes toute la facade d’un corps-de-garde. Une d’entre elles, 11 ya, je crois, dix-sept ou dix-huit ans, donna deux fois du fruit dans la même année, ainsi que l’ont rapporté les papiers pubhes.

pere chti tenté

(1) Voyez le Voyage d'Orient, du R. P. Philippe, Carme

déchaussé , Liv. 7 , chap. 5, sect. 4.

Go ÉTUDES Harmonies animales des Plantes avec l’homme.

Mais il ne suffisoit pas à la nature d’avoir donné à l'homme des berceaux et des tapis chargés de fruits , si elle ne lui eût fourni , dans l’ordre Végétal même , des moyens de défense contre les déprédations des bêtes sauvages. Il auroit eu beau veiller pendant le jour à la garde de ses biens , ils auroïent été au pillage pendant la nuit. Elle lui à donné des arbrisseaux épineux pour les enclore. Plus on avance vers le midi , plus on trouve de variétés dans leurs espèces. Mais au contraire, On ne voit point, ou du moins on voit bien peu de ces arbrisseaux épineux dans le nord, où ils paroïssoient inutiles ; car il n'y a point de vergers. Il semble qu'il y en ait aux Indes pour toutes sortes de sites. Quoique je n’aie été, pour ainsi dire , que sut la lisière de ce pays, j yen al VU un grand nombre dont l'étude Offriroit bien des remarques curieuses à un naturaliste. J’en ai remarqué un, éntre autres, dans un jardin de l’île de France, qui m'a paru propre à faire des enclos impénétrables aux plus petits quadrupédes. Il vient de la forme d’un pieu, gros comme le bras, tout droit, sans branches, et portant pour unique verdure un petit bouquet de feuilles à son sommet. Son écorce est hérissée d'épines très-fortes et trèsaigués. Il s'élève à sept où huit pieds de hauteur et croit aussi gros en haut qu’en bas. Plusieurs de ces

DE LA NATURL. Gi

arbrisseaux plantés de suite les uns auprès des autres, formeroient une vraie palissade qui n’auroit pas le moindre intervalle. Les raquettes et les cicrges, si communs sous la zône torride , ont des épines si percantes, qu’en marchant dessus elles traversent ‘les semelles des souliers. Il n’y a ni tigres, ni hons, ni éléphans qui osent en approcher. Il ÿ a une autre sorte d’épine dans l’île de Ceylan, dont on se sert pour se défendre des hommes même, qui franchissent toutes sortes de barrières. Robert Knok, que j'ai déjà cité , dit que les avenues du royaume de Candy, dans l’île de Ceylan, ne sont fermées qu'avec des fagots de ces épines , dont les habitans bouchent les passages de leurs montagnes.

L'homme trouve dans les végétaux, non-seulement des protections contre les bêtes féroces, mais ‘contre les repuiles etles insectes. Le Pére du Tertre raconte qu'il trouva un jour dans l’île de la Guadeloupe , au pied d’un arbre, une plante rampante, dont les tiges étoient figurées comme des serpens. Mais 1l fut bien autrement surpris quand il aperçut sept ou huit couleuvres qui étoient mortes autour d'elle. H lindiqua à un chirurgien qui fit, par son moyen , des cures merveilleuses en lemployant contre les morsures de ces dangereux repules. Elle est fort répandue dans les autres îles Anulles, où elle est connue sous le nom de bois de couleuvre. On la retrouve encore aux Indes orientales. Jean

Hugues de Linschoten lui attribue la méme figure et les mêmes propriétés. Nous avons dans nos climats des végétaux qui ont des convenances et des oppositions fort étranges avec les reptiles. Pline dit que les serpens aiment beaucoup le genévrier et le fenouil ; mais qu'on n’en trouve point sous la fougère, le tréfle , le fréne et la rue, et que la bétoine les fat mourir. D'autres plantes, comme nous l'avons dit, détruisent les mouches, telles que les dionées. Thévenot assure qu'aux Indes les palefreniers garantissent leurs chevaux des mouches , en les frottant tous les matins avec des fleurs de citroulles. L'herbe aux puces, qui a des graines noires et luisantes semblables à des puces, chasse ces insectes d’une maison , selon Dioscoride. La vipérine, qui à ses semences fates comme des têtes de vipères , fait mourir ces repüles. IL est probable que c’est à des configurations semblables que les premiers hommes auront reconnu les relations et les oppositions des plantes avec les animaux. Je pense que chaque genre d’insecte a son végétal destructeur que nous ne connoissons pas. En général, toutes les vermines fuient les parfums.

La nature nous a encore donné dans les plantes les premiers patrons des filets pour la chasse et pour la pêche. Il croît dans quelques landes de la Chine une espèce de rotin si entrelacé et si fort, qu'il s’y prend des cerfs tout en vie. J'ai vu moi-même sur

DE LA NATURE. 63 lies sables du bord de la mer à l’île de France, une : sorte de liane appelée fausse patate, qui couvre des arpens entiers, comme un grand filet de pêcheur, Elle est si propre aux mêmes usages, que les nègres s'en servent pour pêcher du poisson. {ls en font, avec les uges et les feuilles , de longs cordons qu'ils jettent à la mer ; et après en avoir formé une chaîne qui renferme sur l’eau une grande enceinte, ils la ürent par les deux extrémités au rivage. Ils ne manquent guêre d'y amener quelque poisson (x) ; car les poissons s’effraient non-seulement d’un filet qui les enveloppe, mais de tout COrps Inconnu qui fait de l'ombre à la surface de l’eau. C’est avec une industrie aussi simple, et à-peu-près semblable , que les habitans des Maldives font des pêches prodigieuses , en n’employant, pour amener les poissons dans leurs réservoirs , qu’une corde qui flotie sur l’eau avec des bâtons.

Harmonies humaines ou alimentaires des plantes.

Il n'y à pas une seule plante sur la terre qui n'ait quelques rapports avec les besoins de l'homme , et qui ne serve quelque part à son vêtement, à son toit, à ses plaisirs, à ses remèdes, ou au moins à son foyer. Celles qui sont chez nous les plus inu-

OM rer 'pobruenénn 09.1 ÉbHeflatite END RD (1) Voyez François Pyrard, Voyage aux Maldives.

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tles, sont quelquefois très-estimées ailleurs. Les Egypüens ont fait souvent des vœux pour l’heureuse récolte des orties, dont la graine leur donne de l'huile, et la uge leur fournit des fils dont ils font de bonne toile; mais ces rapports généraux étant innombrables , je m'en tiendrai à quelques observauons particulières sur les plantes qui servent au premuer des besoins de l’homme , je veux dire à sa nourriture.

Nous remarquerons d’abord que le blé, qui sert à las ubsistance générale du genre humain, n’est pas produit par des végétaux d’une grande taille, mais par de simples graminées. Le principal soutien de la vie humaine est porté par des herbes , et exposé à la merci des moindres vents. Il y à apparence que si nous avions été chargés de la sûreté de nos récoltes, nous n'eussions pas manqué de les placer sur de grands arbres; mais en cela , Comme dans tout le reste , 1l faut admirer la prévoyance divine et nous méfier de la nôtre. Si nos moissons étoient portées par les forêts, lorsque celles-ci sont détruites par la guerre, ou incendiées par notre imprudence, ou renversées par les vents, ou ravagées par les inondations , il faudroit des siècles pour les voir renaître dans un pays. De plus, les fruits des arbres sont bien plus sujets à couler que les semences des graminées. Les graminées, comme nous l'avons observé, portent leurs fleurs en épi, sur

montées souvent de petites barbes, qui ne défendent pas leurs semences des Oiseaux, comme Île disoit Cicéron, mais qui sont comme autant de petits toits qui les mettent à l'abri des eaux du ciel. Les gouttes de pluie ne peuvent pas les noyer ;, Comme les fleurs radiées en disques, en roses et en ombelles, dont les formes toutefois sont propres à certains lieux et à certaines saisons ; mais celles des graminées conviennent à toute exposition.

Lorsqu'elles sont portées par des panaches flottans et tombans, comme celles de la plupart des graminées des pays chauds, elles sont abritées de la chaleur du soleil; et lorsqu'elles sont rassemblées en épis, comme celles de la plupart des graminées des pays froids, ellesléfléchissent ses rayons au moins par un côté. De plus, par la souplesse de leurs tiges forufiées de nœuds de distance en distance , et par leurs feuilles fiiformes et capillacées, elles échappent à la violence des vents. Leur foiblesse leur est plus utile, que la force ne l’est aux grands arbres. Semblables aux petites fortunes, elles sont ressemées et mulupliées par les mêmes tempêtes qui dévastent les grandes forêts. Elles résistent encore aux sécheresses par la longueur de leurs racines qui vont chercher bien loin l'humidité sous la terre, et, quoiqu'elles n’aient que des feuilles étroites, elles en portent en si grand nombre, qu’elles couvrent de leurs plants multipliés la surface de

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