‹ Études de langue françaiseChapitre 11 sur 42 · USAI SUR LA LANGUB DB LA PONTAINB · texte numérisé non relu

USAI SUR LA LANGUB DB LA PONTAINB

doit £tre ibrt surpris de rétrange rtpport que présentent deox mots donnés comme si différents.

Tendis qu*il s*étonne, les grammairiens de pi qae rien n*arréte, acceptent toot comme paroles d^Evan^ gile; bien loin cfe cnercfaer à démêler rerreur^ Hs faogmentent de leors inventions, et se servent du témoignage de F Académie pour dresser Tacte d*accusatiott de nos meiUeiirs écrivains. Napoléon Landais, par exemple, ^oate au sens pn^re indiqué par TAcadémie an mot Appas, une nooi^sUe acception qu*un lexicographe plus hardi donnera sans doute <)uelque jour pour la signification primitive. « Ce mot, dit-il, si^ifie partïculiâement : la beauté des formes, et familièrement, plus q>écialement encore le sein ». Cette définition placée au commencement de rarticle, le conduit à critiquer ces vers de la V* cantate de J.-B. Rousseau :

ToQs les amaoïs siicat

Il pose d*un ton magistral le dilemme suivant : « Ou Fauteur a entendu, par appas, beauté : or ^ appas n'admet aucun sens relatif aux hommes; ou il a entendu moyens de séduction, et, dans ce cas, c*est appâts qui eût été le mot propre. »

Nous n^avons que trop longuement établi qu^appas s'est écrit pour appâts surtout au figuré, et qu'avant 1694 il n'était pas même permis de 1 écrire autrement. Quand à employer i^^^ en parlant de la beauté, delà grftce, de la bonne tournure d'un homme, rien ne paraissait aussi Intime, lorsque ce mot n'avait pas encore subi, dans les Dictionnaires, toutes les altérations de sens que nous avons signalées.

Ce n'est pas, toutefois, sans une certaine appréhension que nous rapportons le passage suivant, bien persuadé que nous sommes de le voir reprocher i La Fontaine par nos grammairiens, comme une preuve de plus

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<l6 son peu de connaissance de la ian^e

• • • si Totré majesté

Est curieuse de beauté»

Qu^elle fiuse venir mou frère :

Aux plus charmants il n'en doit guère.

Là-dessus son interiocuteur répond :

Voyons si nos beautés en seront amoureuses, & ses 0ppas le mettront en crédit (i).

^ La fauconnerie a fourni un grand nombre d^expresnons à la langue ordinaire. Le père Bouhours et, de nos jours, M. Ampère en ont fait, d*après Henri Estienne, une énumération que certains passages de La Fontaine pourraient compléter utilement.

Notre poète dit en parlant d^un milan :

Son maître le rappelle, et crie« et se tourmente. Lui présente le leurre^ et le poing, mais en tain (a).

Leurre est ici employé au propre, et s'applique au morceau de cuir façonné en forme d'oiseau dont on se servait pour rappeler l'animal. On conçoit que nos pères aient donne i ce mot le sens de tromper ie^ qu'il a conservé jusqu'à nous :

L'ciemple est un dangereux Uurrt (3).

On trouve aussi dans La Fontaine se laisser tmtr-^ f«r (4), pour se laisser tromper.

Enfin, le passage suivant présente une acception très asturelle du mot Leurrer^ qui n*a été recueillie par aucun lexicographe :

[f) Lhr. L c L If •

^) Ut. XIL nb. xn, S4.

Uv. Il, lab. svi, p. a5.

Uv.IU»e.lII,p. 3o«

lé

242 ISSAI SUR LA LANGUE DB lA «MITAINB

wi }eiiiic boauneiiiprès ifMr en Fnuioe Etodi^ s'en revint à Florence^ Aasd tunré qu'aueim de ptr delà(s)*

Leurré veut dire, ici, bien dressé, bien instruit, rosé, par allusion eu faucon dont l'éducation est fiute lorsqu'il est accouturié au leurre.

Il faut se garder de croire que le mot entrèrent, qui n*est appuyé dans le Dictionnaire néologique de Mercier que oar un exemple tiré du VI H* livre des Con/es-' sions àe J.-J. Rousseau, ait été créé par cet écrivain.

Non ssulesient La Fontaine Ta employé (2), mais on le trouve dans ies Trafiques de d'Aubigné ()). C'est, suivant toute cpparence, une expression métaphorique empruntée à laVâuconnerie ; en effet, nous lisons dans un passegs ôi Ménagier de Paris^ où il est question du jeune oisevi qu'on dresse : « Il vous convient continuer à le tenir souvent sur le poine et entre gent tant et si Iongi:sr.ent que vous pourrez^), » et on peu plus loin : ^. Zz ces! endroit d espreveterie, le convient plus que devsnt tenir sur le poing et le porter aux plais et entre i^ gens em égUs"» et & autres assemblées (5). »

Nous avens vu que les termes de chasse sont souvent en!p!cyés av £guré cans le langage de la galanterie ; les ei.'.jDresrio'îs enr.pniîitées à l'art rrJlitaire n'y sont pas tpohz fricu^.tes. Ilctre poète nous en prévient luîr-*r:3 dzrÀ ces jolis vers :

Tcac II, p. 290.

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