‹ Études de langue françaiseChapitre 12 sur 42 · BSSAI SUR LA LANGUB DB LA FONTAINE 24J · texte numérisé non relu

BSSAI SUR LA LANGUB DB LA FONTAINE 24J

Je ne connois rhéteur ni maître es arts Tel que l'Amour ; il excelle en bien dire :

Ses arguments, ce sont de doux regards.

De tendres pleurs, un gracieux sourire.

La guerre aussi s'exerce en son empire :

Tantôt il met aux champs ses étenaards ; Tantôt, couvrant sa marche et ses finesses, Il prend dM cœurs entourée de remparts (i).

Ces termes sont fort bien placés dans le récit des Amours de Mars et de Vénus^ qui forme le neuvième firagment du Songe de Vaux :

Vous derex avoir lu qu'autrefois le dieu Mars,

Blessé par Cupidon d'une flèche dorée.

Après avoir dompté les plus fermes remparts,

Mit le camp devant Cythérée.

Le sièg[ê ne rat pas de fort longue durée.

A peine Mars se présenta,

Que la belle parlementa.

En peu de temps, Mars emporta la dame.

U la gagna peut-être en lui contant sa flamme : Peut-être conta-t-il ses sièges^ ses combats. Parla de contrescarpe, et cent autres merveilles

Que les femmes n'entendent pas, Et dont pourtant les mots sont doux à leurs oreilles.

La Fontaine donne ici au dieu Mars les habitudes des officiers du xvu* siècle. Semblables aux marins de nos comédies de second ordre, ils avaient sans cesse à la bouche les termes de leur profession. Le commandeur

Sue Calliéres introduit dans son livre intitulé : Des mots la mode^ insiste sur ce travers. « Il y en a plusieurs qui, voulant exprimer leur attachement pour une dame ou quelques autres desseins particuliers, ne parlent que ai attaquer la place dans les formes ^ défaire les approches^ de ruiner les défenses^ de prendre par capitulation ou tf emporier d assaut. »

(1) Uv. Yy c. m, I.

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Notre poète, qui sait profiter de toot pour donner du mouvement à son s^le, se sert très volontiers de ces locutions. Il lui arrive de comparer une jeune fille à une place de guerre (i), de nommer Pâmant V assiégeant (2)^ de nous te représenter changeant de batterie (}) ; il parle de Vartitlerie de Cupidon (4), de Caliste Vinej^urnable, dont la chasteté/^ (5), et de Tenfant qui fait des bri^ ekes dans les cœurs (6;. Dans im de ses contes, il nous pemt deux soupirants ravis d*êlre introduits dans la maisoa de leur beDe et

Enfin a «crit i M-* d*Hervait :

Je poTTob bien qtiq u c

n considère les grandes rèmicos comme de véritables champs de bauilles pour les dames. « Je dirai en passant que Toffense la pins irrémissible parmi ce sexe, c*est quand Tune d'elles en dé/ai une antre en pleine assemblée \^Q^ ». D'après cela, on dcHt trouver tout naturel qu'à dise d'une femme qu'elle va em conquête (10), et qu'il emploîe, dans un sens analogue, oMf ué^oiilr j[ii), que TAcadémie n'indique pas avec cette signification.

Dans le passage suivant, les disputes des amants

(1) Lit. m, c il aS3.

iil tir. IV. t XN\ 5d.

l3) tir. m, c I\% 197.

(4> Liv, n. t \\ 170.

O) Lvr.QLcIWSoS.

f$> I>mIwi% actt I, 9C m. 11.

M UT.nCc.aLe7*

(5> t^U IMM IL p r^T.

{i> ft^dbf. ;ît. L MM L ^ 359.

tio) Liv« I>\ iibk m» iSw

Cil) ArcM, lîv. I, wac L ^ S».

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sont compartes^ tout i la fois à des combats et i des

judiciaires : *

Ce ne wontmt proeèSt que querelles d'un jour,

Que tripes d'un moment, ou quelque paix fourrée (i).

Il arrive assez souvent à notre poète de mêler les termes du Palais à ceux de la galanterie.

Dans une relation de la fête de Vaux adressée i M. de Maucroix, il dit en parlant de la pièce des Fâcheux : « Tout cela fait place à la comédie, dont le sujet est un homme arrêté par toutes sortes de gens sur le point d'aller i une assignation amoureuse (2). » Ici encore La Fontaine a suivi Tusage général de son temps, et Furetiére rapporte, dans son Dictionnaire^ plusieurs exemples analogues à celui que nous venons de citer. Il serait plus dimcile dé trouver à cette épo^ que le mot semonce employé dans le sens que lui donne notre auteur dans les vers suivants :

De tous côtes se trouTsnt assaillie, EUe se rend aux semonces d'Amour (3).

Ce mot revient plusieurs fois dans les œuvres de notre poète. Lorsqu il nous raconte les efforts du roi d*Ithaque pour rendre à ses compagnons leur forme première, u nous dit :

Ulysse fit à tous une même semonce (4).

On voit déji par ces passages que le meilleur équivalent de semonce est avertissement

Toutes les significations particulières peuvent être rapportées i ce sens. Que le mot exprime l'invitation i

i) L'Ewmqiu, acte, I, m. i, Sa.

s) ** août ife6i. Tom. II, p. 6«i.

3) Ut. U, c V, sa8.

[4) Ut. XII, M>. 1. 35.

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une cérémonie, la citation i une audience, la répri* mande faite par un supérieuri Tidée générale reste toujours la même.

Anciennement semondre avait tous les sens qui correspondent à ceux de semonce. En 1694, 1* Académie donnait Texemple suivant, d^une acception fort claire et fort éner«que qui, par malheur, a complètement disparu : « On dit : Semondre (jjuelqu^un de sa parole^ de sa promesse^ pour dire : le faire souvenir de sa parole, de sa promesse. »

Semondre possédait, dans Tancien langa^, un grand nombre de formes diverses, qui ont été soigneusement recueillies par du Gange et par Raynouard ; au xvif siècle, deux seulement subsistaient encore : semondre et semoncer. Je ne trouve celle-ci que dans les Rechercher italiennes d^Oudin, publiées en 164). Elle est précédée de Tastérisque qui désigne les mots hors d'usage, et n'est nullement distinguée, quant au s«is, du verbe semondre. L'article est ainsi conçu :

/^ Semoncer y et Semondre^ inuitare^ conuitare.

Dans les Dictionnaires français publiés vers la fin do XVII* siècle, on chercherait vainement semoncer; il reparaît plus tard, mais avec le sens particulier de r^rimanaer; et à partir de ce moment, chacune des deux formes conserve une signification différente.

Quant à l'étymologie, elle ooit naturellement rappeler le sens le plus compréhensif, et non pas une acception accidentelle. Suivant nous, semondire vient de submonere; l'exemple que voici, tiré du roman de Gérard de Roussillon(i), et rapporté dans le Lexique de Raynouard, devrait suffire pour établir cette origine :

A Ronilho TU K «b sea privida

Que non ic uaUmcMm, ni lonh mandaïk.

(1) Fol. to«

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« Charles ▼& à Roiusillon «Tec gent priTée qu'il n*eat requise ni mandée de loin. »

Mais coaime depuis quelaue temps cette ëtymoîogie est oubliée ou révoquée en doute, il n*est peut-être pas inutile d^examiner sur quels motifs se fondent les philologues qui la combattent.

M. Génin s'exprime ainsi à ce sujet dans son Lexique dé la langue ae Molière :

« M. Auçer dérive semondre de submonere^ à tort, selon moi. Il a pris cette étymologie dans Nicot, où il aurait fallu la laisser cachée.

a La racine de semondre me paraît sermo ; semondre serait alors une forme primitive de sermonner. Vr s'éteignait dans la prononciation, pour éviter deux consonnes consécutives : sermonner, semoner^ semonre^ en£n semondre^ avec un d euphonique comme dansponrlrc tiré deponere, dans moudre^ de molere (mou^tfyé). Si Ton veut que semondre vienne de monere^ il faudra expliquer d'où vient la syllabe initiale se. On ne peut admettre qu'elle représente le latin sub ; il n'y en aurait pas d'autre exemple.

a On trouve dans Nicot semonneur, vocalor^ moniior ; n'est-ce pas le même mot que sermonneur i Celui qui fidt des sermons et celui qui donne des semonces^ n'estce jpas tout un? »

(Jes objections ne sont pas aussi fortes qu'elles le paraissent à première vue; il est facile d'y répondre.

D'i^ord, l'étymologie dont il s'agit, n'a jamais été cachée; elle a pour elle, non seulement Nicot, mais eu Gange, Ménage', Furetière et Raynouard; ensuite,

âuand il ne serait pas impossible de considérer semonre commei une forme primitive de sermonner^ le sens même ne s'y prêterait pas. Jamais sermonner n'a pu vouloir dire avertir^ inviter ^ et c'est, comme nous l'avons vu, la signification primitive, et même aujourd'hui la seule, du

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verbe semondre; sermonner n'aurait (juelaue analogitt au*avec semoncer^ aui| de nos jours, signine seulement faire une réprimande.

Li prétendue identité de iemonneiir et de sermoimmur ne repose de même que sur une équivoque ; il n'y a mA rapport entre un faiseur de sermons et un sergent ov im distributeur de billets d enterrement^ d inpitatiàns^ et cet sens sont pourtant les seuls que semoaneur pariifeaa avoir eus ; rien n'indique qu'il ait jamais sigoinè' ^nW qui fait des r^rimandes.

Ëfnfin, nous n'essayerons pas d'expliquer le chàiige» ment de sub en se; mais il suffit de rapprocher xiicâilfrv et secouer^ succurrere et secourir^ subjomare, sejomare et séjourner^ pour se convaincre que c'est li un fiût asseï ordinaire.

M. Géruzez propose une autre étymologie, il ëro semondre de seorsum monere. Par ce moyen, on a lee mêmes lettres initiales ; il ne s'agit plus que de supprn mer orsum. M. Lorin a également choisi ce parti, mais 3' ne nous a pas eipHaué comment la suppression s'opère ; il s'est contenté de copier presque textuellement la note de M. Géruzez, sans en indiquer l'origine. -

Non seulement La Fontaine emploie, comme nous venons de le voir, les termes de droit dans le langage de la galanterie, mais il s'en sert parfois d'une mahièrê fort heureuse dans les sujets les plus graves.

Vêngf rassemblera les débris de nos corps ; U les ira citer au fond de leur asUe (i).

M% prière panrint aux temples étoiles.

Parut deTint sa iace, et fut entérinée (a).

On chercherait vainement ces acceptions figuréee dans les Dictionnaires i du reste, il serait injuste de

fii

i]Oi«vi,«.

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