ESSAI SUR LA LANGUB DB LA PONTAINB
Tous les oenreaux sont-ils troublés?
Dit Mercure. Du moius les enfimtt et les pères. • •
Autre erreur et nouveauz débats ;
Il les trouTe appointés contraires.
Ou les pères sont durs, ou les eofiints ingrats (i).
L'abbé Desfontaines s*écrie à ce sujet : a Voilà du beau français propre à la poésie I (2) ]» La Motte aurait pu répondre que, contre sa coutume, il imitait ici Téternel modèle de tous les fabulistes ; La Fontaine a dit :
Commençons par les éléments :
Vous seres étonnés de Toir qu'à tous moments Ils seront appointés contraires ()).
Les expressions proverbiales empruntées au langage judiciaire abondent dans les œuvres de La Fontame :
Ce point tout seul devrait me donner gain de cause (4).
Le loup remporte, et puis le mange.
Sans autre /orme de procès (5).
Cette sœur fut beaucoup plus mal lotie (6),
Molière a employé cette dernière locution. Lorsqull est question de faire épouser Tartufe i Marianne, Dorine s'écrie :
LÊLYoiSkhienloHe(7).
Si ce terme, qui fait partie de notre langue populaire, avait besoin de commentaire, on n'en pourrait trouver un meilleur que la fable intitulée : le Testament expliqué par Esope. Elle roule uniquement sur la façon dont on partage une succession, et dont on forme les lots qui doivent revenir à chaque héritière.
(i) Liv. IV, fieib. xvi, 6a.
Îa) Dictionn, néolog.
3) Liv. XII. fob. VIII, 4.
(4) Songe de Vaux^ U, tome IL p. 38q.
(5) Liv. I, fab. X, à8.
^Q Liv. IL c. XVI, iSg.
(7) Acte u, se. II, 12).
nSAl SUR LA LANGUE DB LA FONTAINB IJI
Ces termes, que nous venons de rencontrer de loin en loin, au figuré, dans les œuvres de notre poète, y sont employés au propre dans une foule de passages beaucoup trop nombreux et trop étendus pour que nous puissions songer i les rapporter ici ; nous nous bornerons au suivant :
VoiUi Vexplait qui trotte incontinent.
Aux fins de voir le troc et changement Déclaré nui, et cassé nettement.
Gille assigné de son mieux se défend.
Un promoteur intervient pour le siège Episoopal, et vendique le cas.
Grand bruit partout ainsi aue d'ordinaire :
Le parlement évoque à soi Vafbire (i).
Il est difficile de trouver de la procédure plus amusante. La narration est vive, le style excellent, et toutefois un procureur de Tépoque ne relèverait ici aucun défaut de forme. Introduites subitement au milieu d^une discussion entre les frelons et les mouches à miel, ou dans quelque autre sujet semblable, ces expressions techniques ramènent tout à coup le lecteur au train joumaher des affaires humaines.
On pourrait s^étonner aue La Fontaine, qui administrait sa fortune avec tant ae négligence, ait eu une conluûssance si complète du droit. C'est qu^à Tépoque où il vivait, on n^avait pas imaginé de se livrer exclusivement à une tpécialuéf et, quoique chacun eût une profession différente, on se comprenait encore ; les langues techniques n^étaient devenues ni assez abondantes ni assez barbares pour se séparer forcément du vocabulaire général ; les poètes ne songeaient pas à se créer un langage particulier, mais à exprimer leurs pensées les plus sublimes dans le langage de tous ; et quoique le purisme fit déjà de grands progrés, on osait appeler les
(i) Lhr. IV, c m, 140.
25a IffAl SUR LA LANGUI DB LA FONTAINB
choses par leur nom. Ç*est afin de le mieux faire sentir que nous avons uuit insisté sur ces termes d'économie rurale, de vénerie, d'art militaire et de droit, qui animent si naturellement le récit. Leur emploi demande un goût et une habileté extrêmes ; mais ils ont une vivacité, une énergie qui disparatt dés qu'on cherche à les remplacer par des équivalents.
Les mots que les commentateurs regardent comme créés par La Fontaine, auraient mérite une attention toute particulière. M. Génin a fait voir que moutonnier a été attribué à tort au fabuliste (i); Il^eh est de môme pour beaucoup d'autres termes.
Dans sa description du chftteau de 'Richelieu, notre auteur écrit à sa femme : ce Je passerai sous silence les raretés de ces deux chapelles, et m'arrêterai' seulement à un saint Jérôme tout de pièces rapportées,' la plupart grandes comme des tètes d'épingles, quelques-unes
comme des cirons J'admirai non seulement Tartifice,
mais la patience de l'ouvrier. De quelque façon que Ton considère son entreprise, elle ne peut ôtre que singulière,
Et dam l'art de niveler^ L'auteur de ce saint Jérôme Devoit sans doute exceller Sur tous les gens du royaume.
a Ce n'est pas que je sache son pays, pour en parler franchement, ni même son nom ; mais il est bon de dire que c'est un François, afin de faire paraître cette merveille d'autant plus grande. Je voudrois, pour cpmM*
(i) ProUèma phiiohgiquêi f lilostratioiiA 4 jaji i9S|.