I88A1 SUR LA LANGUE DB LA PONTAINB
de nivekrie^ qu^un autre entreprit de compter les pièces qui la composent.
« Mais ne passerois-je pas moi-même pour un nivê-^ lier de tant m arrêter à ce saint Jérôme ?... (i) »
M. Walckenaer prétend que niveUrie est un mot forgé par La Fontaine. Il n'en est rien ; on trouve dans les Recherches italiennes d'Oudin nivellerie, nivetterie et même nipeUement^ dans le sens que notre auteur donne au premier de ces substantifs ; on y trouve niveler, nive^ ter et nivelewr avec des significations analogues, mais on Y chercherait vainement nivelier. Aujourd nui, niveler a bien changé d'acception au figuré. Les révolutionnaires ^i voulaient niveler les -fortunes ^ ne se doutaient guère 'ue ce mot pût signifier ^'amuser à des vétilles; du reste,
ont si bien sU faire prévaloir le nouveau sens quils lui ont donné, que Tancien est tombé dans un oubli complet; M. Lorin aurait dû ne pas laisser échapper Foccasion de le rappeler à ses lecteurs.
Nous lisons dans la fable intitulée le Fermier, le Chien et le Renard .*
Le ruitre, en {mîx ches soi.
Vous fiiit argent de tout, convertit en monnoie Ses chapons, sa poulailU; il en a même au croc (a).
Tous ceux qui se sont occupés de ce substantif l'ont cru nouveau. Féraud, le seul lexicographe qui Tait recueilli, du moins à ma connaissance, le marque d'un astérisque et dit : C'est un mot de Rousseau le poète. M. Walckenaer déclare qu'il ne connaît pas d'autorité plus ancienne que La Fontaine, relativement à l'emploi de ce terme, et enfin, une note de la petite édition des Fables, publiée par M. Dézobry, Tmdique formellement comme ayant été forgé par notre auteur. Quant à M. Lorin, il ne se prononce point*
(i) Tome n, p. 656.
(a) Uv. XI9 ab. m, ii.