ESSAI SUR LA LANGUB DE LA FONTAINE
c La graisse d'oye, ou de canard, ou de poulaUU^ est propre pour lenir et addoucir Taspéritè du cuir (i). » Quelquefois, il Tëtend i des animaux qui ne font point ordinairement partie de la basse-cour : « Les canards, es cicoignes, les hérons, les paons, les coqs d'Inde et autres poulaiUes mangent et vivent de crapaux, vipères, aspics, couleuvres, scorpions, araignes, chenilles et autres bestes venimeuses (2).
Ce qu'il y a de certain d'après ces exemples, c'est que M. Lorm, en expliquant ainsi ce terme : a Poules réunies dans une basse-cour », a donné une définition des plus incomplètes.
La Fontaine a dit en parlant de l'araignée :
Le (MuiTre bestùm tous les jouri déménage (3).
et ailleurs :
La tœnr de Philomèle, attenthre à sa proie.
Malgré le btstioHf happoit mouches dans l'air (4).
A l'occasion de ce dernier passage, M. Walckenaer t la remarque suivante : c Ce mot n'appartient pas, comme on l'a dit, i notre vieux langage ; il est dérive de l'italien : mais au lieu d'être, comae dans cette langue, im augmentatif, notre poète en fait un diminutif. // bestàone signifie, en italien, une bête grosse ou grande. Dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie firan^se, on trouve cependant le mot testions^ mais au plunel seulement ; il est dit que ce mot signifie particulièrement des bètes sauvages, et qu'il ne s'emploie guère qu'en parlant des tapisseries qui représentent ces sortes de bètes, tapisseries de testions. »
Cette remarque n'est pas exacte. Ce n'est point La
(i) XDC, m, p. 55o.
[a) XXI, nr, p. 566*
Lhr. m, nb. vm, a6.
Ut. X, fiib. vu, i5.
1 j6 BSSAI tUR LA LANCDB DS LA FOHTAINB
Fontaine qui a fut de be%tioh un dimioutif ; il arait ce sens au xvi* siècle, et l'on n'appelait it^ateria de be^ tions que celles ob figurùent ces animaux de médîocn grosseur qui caractérisaient la plupart des omemeott di la Renaissance.
Philibert de l'Orme s'exprime ainsi dans son ArMtecture : « Les ouvriers ne font pas seulement une clef sus{>endué.au droict de la croisée d'ogiues, mais auni plusieurs, quand ils veulent rendre ^us riches leuit voûtes, comme aux clefs où s'assemblent les.Uerceront et liemes, et lieux où ils ont mis quelquesfois des nmpants qui vont d'une branche à autre, et tombent sor lei clefs suspendues, les unes estans circiriaires, les autres en façon de soufflet auec des ^mjQerges, mouchettes, claires-voyes, feuillages, crestës de choux, et plusieurs bâtions et animaux (i). »
Il revient plus lom sur ce genre d'ornements, en termes fort propres i expliquer ce qu'il entosd par bastion : K Vous noterez qu'il ne faut pas seulement apprendre à portraire les fueilles et fueiilages pour les nizes, mus aussi il les faut accompagner quelquesfois de fruicts, de àetHs animaux, oyseaux et choses semblables (2). .
Enfin, dans le passage suivant des Serées de Bouchet, le mot qui nous occupe est employé précisément comme il l'a été depuis par La Fontaue : ■ Torquemad, Espagnol, a escrit, comme l'ayant veu, les femmes de Naples estre en si grand dan^r en leurs accouchements, que si un petit animal qui sort avant que fenfant vienne au monde touche la terre incontinent qu'il en sera sorty, la femme meurt à l'instant. Et pource, dit Torquemad, quand une femme veut accoucher en ce
(1) Liv. IV, cb. X, foL 110 veno; édit. d* Ronn, DivU Fo^ nno, 1648, in-fel.
(>) Uv. VU, ch. X, fol siï, rwM.
ESSAI SUR LA LANGUI DB LA FONTAINB aJ7
à on tend les draps par toute la chambre de peur
1^^^» ce bestion ne tombe (i). »
M. Lorin ne s'est pas plus expliqué sur ce mot que iurpoulaiiie; il remarque seulement que bestion sigillé peute bête, et qu'on dit maintenant bestiole. On croirait, d'après cela, que ce dernier mot est tout nouveau ; il n'en est rien : il se trouve aussi dans les œuvres de La Fontaine (2).
On lit le vers suivant dans une fable dontrauthenticité est contestée par d'excellents critiques :
Quelques rdaes, dit-oa, répandirent dei larmes ()}.
Ce passage a donné lieu aux observations les plus contradictoires.
a II y a certains traits, dit M. Solvet, celui-ci entre autres, où l'on ne saurait méconnaître le cachet de son auteur. ^
Charles Nodier est d'un avis tout opposé : « Le vers n'est point mauvais ; mais la fable n'est pas de La Fontaine, qui n'a employé ce mot dans aucune autre occasion, et il n'en faut pas d'autre preuve (4) . »
On voit que les considérations purement littéraires M serviront guère i éclaircir la question.
Du reste, les commentateurs attribuent pour la plupart à La Fontaine, non seulement la fable, mais le mot.
C'est, suivant M. Géruzez, un barbarisme comique ; suivant MM. Walckenaer et Dézobry, un terme imaginé par notre poète. Tel paratt être aussi l'avis de M. Lorin : « Le français rat, dit-il, n'a point de féminin ; toutefois le mot rate me paraît ici très heureux. Ce
(1) Liv. U, 3)* iJrie, p. SiSj édit. de Rouen, Loudet, i63S, ia-9-.
) Ut. IV, c. I, i5.
) Lit. Xn, bb. xxt, 3o.
) Exam«H erit. dta Diet., lu mot Jtatu.
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