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plaisantes et triviales que nous aimerions mieux appeler du nom de patois de JParis^ nous avons un tout autre reproche à lui faire ^ car son livre ne contient que la moindre partie de ce langage si variable, si diflScile à recueillir.
M. Francisque Michel explique fort bien cette locution : apoir de la salade^ pour : être fouetté. Il fait observer que le mot salade n'est ici qu'une corruption de salle^ et que fouetter un écolier en public s'appelait autrefois : donner la salle. Rien n*est plus juste ; mais y au lieu de citer à ce sujet Leroux et Oudin, il eût mieux valu remonter jusquà Mathurin Cordier, qui, dans un ouvrage (i) où il enseigne aux écoliers à traduire en latin élégant les termes de leurs entretiens ordinaires, nous a conservé les détails les plus curieux et les plus complets sur leurs habitudes et leur lan^;age.
Le spirituel auteur du Vocabulaire du Berry a signalé dans sa Préface les nombreux synonymes que le mauvais état des routes et la nature des terrains ont inspirés aux habitants de cette province, pour désigner toutes les espèces de boue. Les écoliers du xvi* siècle avaient presque autant d'expressions différentes signifiant recevoir le fouet. Tu en as bien arraché; il n'en a pas seulement arraché, mais il en a bien moulé; il sera basculé; tu seras infâme de ceci ^ ; tels sont les principaux termes destinés parmi eux à rendre cette idée.
M. Francisque Michel, après avoir remarqué, à l'article guinal^ que quinaud se dit d'un singe, et par suite, d'une créature laide ou contrefaite, rapporte des exemples où ce mot signifie confus, interdit, et selon lui, <c dans ce sens -là, quihaut qu plutôt quinaud était synonyme de camus j aspect que présentent les singes, et qui se disait des gens surpris, confondus, attrapés. »
La conjecture semblait assez naturelle, mais nous
(i) De corrupti sermonis emendatione.
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trouvons chez Mathurin Cordier la véritable origine de cette locution. Quine y signifie dispute et quinautt celui qui a eu le dessous dans la dispute : « Il a esté pictus i la grand' quine^ vicias est in summa disputationCj vel^ in supremo certamine. Il a esté quinauU le dernier, victusest in extrema quœstione. »
Dans ce langage, grillant se disait pour glissant : « Il fait icy grillant^ un lieu où il fait griUant^ comme là où il y a eu du sang respandu, ou comme sur la glace. »
Plusieurs de ces locutions n'appartenaient pas en
Î propre aux écoliers ; nous apprenons que celle-<:i : « Il ait du rententras » pour : il fait le sourd, il feint de ne point entendre, était fort en usage parmi le peuple de Paris. A ces expressions vulgaires se mêlaient des termes brusquement tirés du latin, soit pour faire étalage d'érudition, soit même, comme le remarque Mathunn Cordier, par suite d'une incroyable ignorance de la langue française. Toute son indignation vient du reste i propos du mot classe^ qu'on ne croirait pas si nouveau ; il ne veut pas qu'on dise : « Il est de nostre classe^ ^ mais : M II est de nostre reigle. »
Au vocabulaire des écoliers anciens et modernes, qui, dans le livre de M. Francisque Michel, n'est guère représenté que par lesmots copin eV/aignani^ il aurait fallu joindre celui des étudiants. On promet bien un travail sur ce sujet difficile, mais il ne m'inspire pas de très grandes espérances; voici, du reste, sur (juoi elles reposent. Il a paru l'année dernière, sous ce titre beaucoup plus piquant que l'ouvrage : Cinquantes fariboles grammaticales et pittoresques à l'usage au petit monde et peut-^re du grande par un contrebandier. Au dépôt y rue Saint-JacaueSy 189, une toute petite brochure de quatre pages in-8® et du prix de dix centimes ; le premier mot qu on y trouve est bufique^ synonyme de mirobolant, suivant l'auteur, et, après cette explication, on lit en
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note : a Extrait du Dictionnaire de poche du quartier latin (sous presse). »
Dans Tarticle chicard^ M. Francisque Michel, qui accorde d'ailleurs à ce mot de forts longs développements, aurait dCl mentionner un amusant vaudeville du théâtre du Palais-Royal : Deux Papas très bien^ ou la Grammaire de Chicard, dans lequel Leménil répétait avec une stupéfaction comique chacun des mots étranges prodigués par Grassot. Pour fauteur du livre qui nous occupe, cet ouvrage est un texte classique de la plus haute importance, et il est impardonnable de l'avoir négligé.
M. Francisque Michel a eu l'intention d'indiquer les termes de coulisses ; ainsi il a recueilli manger du sucre^ pour : recevoir des applaudissements; mais, sur ce point encore, il s'en est presque tenu au projet.
Pour nous borner à un seul exemple, aucune des expressions contenues dans le passage suivant, extrait d'un feuilleton intitulé une Soirée a^ Artistes et signé Léon Troussel, n'a trouvé place dans le travail dont nous rendons compte. Il s'agit d'un comédien qui joue ce qu'on nomme au théâtre les utilités. « Au besoin il remplit des rôles quand les artistes sont malades, et alors on tattrape. Savez-vous ce que c'est que se faire attraper L.. C est se faire égayer. Savez-vous ce que c'est que se faire égayer K.. C'est se faire éreinier. Savez-vous ce que c'est que se faire éreinier K.. C'est se faire siffler ; et savez-vous quand on se fait siffler ? On se fait siffler quand on est bleu, or être bleu^ c'est être foc, être toc c'est faire four^ faire four c'est être mauvais. »
Parmi tous ces langages familiers et goguenards qui existent en dehors du vocabulaire officiel, le plus vif, le plus pittoresque est sans contredit celui du soldat. 11 aurait mérité une attention toute particulière, à cause de la gaîté, de l'entrain, des courageuses saillies qu'on ^
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rencontre ; il offre tout l'imprévu, toutes les audacieuses hardiesses de l'argot, sans jamais rien présenter de repoussant. Son histoire serait curieuse à faire. Il ne date point, comme on pourrait le croire, des guerres glorieuses de la République et de l'Empire. Sully l'employait déjà en parlant à Henri IV. Un jour qu'il venait le prévenir en toute hâte des préparatifs de l'ennemi, il le trouva secouant un magnifique prunier de damas blanc : <t Pardieu, sire, lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collation de bien autres prunes que celles-ci, et un peu plus dures à digérer. » Un grognard du Cirque-Olympique parleraitil autrement ?
La portion vraiment neuve et originale du livre de M. Francisque Michel, consiste dans ses études comparées sur l'argot des diverses langues étrangères ; son travail prend ici, pour tous les lecteurs, une apparence plus scientifique. Quelque mérite qu'on ait, quelque érudition qu'on déploie, il est bien difficile, en étalant les mots hideux du vocabulaire des forçats, de ne jamais soulever le cœur, et, en rapportant nos lazzis populaires si usés, de ne pas exciter parfois un sourire de dédain ; mais quand il ne s'agit plus de notre propre langue, tout change d'aspect : les expressions repoussantes deviennent terribles, les locutions vulgaires, spirituelles, et l'on est porté à croire, bien injustement d'ailleurs, qu'il faut plus de savoir pour recueillir et expliquer ces termes étrangers que pour commenter ceux qu'on entend répéter chaque jour par les charretiers ou les manœuvres.
Plusieurs de ces chapitres ne sont guère, il est vrai, que l'esquisse de ce qu'ils pourront devenir plus tard,
Îuand les études de ce genre se seront multipliées. )éjiy dans le deuxième cahier du quinzième volume de tes Archives pour la connaissance scientifique de la Russie,
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publiées en Allemand, le savant M. Erman a donné un vocabulidre étendu de ce curieux langage des colporteurs russes, sur lequel M. Francisque Michel ne nous a dit que quelques mots ; les compléments de ce genre viendront en foule. Néanmoins ce sont surtout ces Quelques pages, déjà si remplies d^aperçus curieux pour 1 histoire comparative des mœurs et des langues, <^m conserveront au livre une place distinguée oans Thistoire de la science, même lorsqu'un recueil plus complet sera venu le remplacer.
Tout présage d'ailleurs que cette époque est encore éloignéç et, malgré ses nombreuses lacunes, Touvrage de M. Francisque Michel restera longtemps le vocabulaire du bas langage le plus étendu et le plus complet que nous possédions.
Ch. Marty-Lavbaux.
(Extrait <U It Rnmê CimtwiformM du i5 mai 1857.)
Lettre à M. Michel Bréal
sur la
Sémantique