‹ Études de langue françaiseChapitre 8 sur 42 · BSSAI SUR LA LANGUE DB LA PONTAINB · texte numérisé non relu

BSSAI SUR LA LANGUE DB LA PONTAINB

ni de noblesse ni d*énergie. Les critiques les plus scrupuleux ne pourraient blAmer La Fontune d'avoir, dans son Discours à TAcadémie, représenté Louis XIV réduisant Thérésie aux derniers abois.

Cette image sied bien aussi dans le style familier ; nous comprenons donc parfaitement que notre poète ait dit:

n sembloit à me Toir que je fusse aux abois (i).

Mais nous ne saurions admettre

• • • réduire on esprit aaz abois (s).

Cette tournure, que nous ne trouvons du reste que dans une pièce i laquelle Champmesié a travaillé, nous semble appartenir à cette phraséologie des précieuses dont La Fontaine ne dédaignait pas toujours de se servir.

Est-il question de chiens en défaut, notre poète dit :

Voilà maint basset claJbaudant (3).

C'est précisément le terme propre en parlant des chiens qui aboient sans être sur les voies de la bête. Il ne manque pas non plus d'appeler clefs de meute (4) les chiens les mieux dressés, destinés à conduire les autres. Il se sert du mot coupler^ qui signifie attacher deux chiens avec un lien appelé couple^ pour les conduire i la chasse :

• • • je vois qu'ils se soucient

D'avoir chevaux à leur char attelés,

De même taille, et mêmes chiens couplés (5).

En parlant d*une chienne de chasse, il emploie ordi*

i) Épii. xxn, 10.

|a) Je voasmnds sans vert, se. xin, 4.

3) Liv. XII, fab. mn, 44.

(4} Ut. XII, fiib. xxni, ii.

(5) Uv. II, c vm, 8.

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ntirement le mot lice^ oui est le terme propre (i). S*il introduit des courriers dans Tune de ses fables, ce sont des levrien (2), c'est-à-dire les plus légers des chiens, ceux qui chassent de vitesse. Si un cerfest mis en fuite,

Un limUr le bit partir (3).

Mais s'il est question d'un renard,

La fumée y pourrut, ainsi que les bassHs (4).

Les bassets sont fort propres i ce genre de chasse, parce que seuls ils peuvent entrer dans les terriers, ce qui les a fait nommer autrement chiens de terre. Ces chiens sont originaires de Flandre ou d'Artois ; toutefois, ils diffèrent de ceux qu'on appelle proprement chiens d Artois ou chiens de Boulogne ; ceux-ci sont, comme les turquels(K), des chiens d'appartement; ils forment une variété du dogain^ de même que les carlins^ ainsi nommés dans le dernier siècle parce que leur tète ressemble à la figure d'Arlequin, dont l'acteur Carlin jouait le rôle avec le plus grand succès. Comme ces chiens ont le nez très écrasé, on disait proverbialement de quelqu'un qui est fort interdit de se voir trompé dans son attente : // est camus en chien d Artois (o), camus comme un chien de Boulogne (j). Ces expressions qui n'ont été recueillies dans aucun Dictionnaire, ne se trouvent du reste que dans les ouvrages que La Fontaine n'a pas composés seul, et doivent peut-être être attribuées à Champmeslé.

Au premier abord, on est surpris de voir souvent^

!<) Adon.j 379.

2) Liv. IC, nb. xv, 20.

(3) Liv. Vf. fab. a, la.

(a) Liv. IX, fieib. xiv, 3o.

(5) lAttns à Madame dt La Fontainiy 5 stptemhre t66S^ t. IL p. 644.

(6) Je vous prends sans vert^ se. ziv, S.

(7) Ragotin^ acte IV, se. ni, 6.

ISlAÎ SUR LA LANGUE DB LA FONTAINE 2}^

dans les fables, les bergers accompagnés de dogues ( i) ou de mâtins ; mais ces chiens, qui seraient fort inhabiles à conduire les troupeaux, sont excellents pour les défendre contre le loup. La Fontaine, après nous avoir raconté c)u*un berger s'est décidé à changer contre deux mâtmeaux un valeureux dogue, termine en disant :

Le troupeau s'en sentit, et tu te sentiras Du choir de semblable canaille (t).

Et dans la fable intitulée : le chien qui porte à son cou le dtner de son niattre^ il s'exprime ainsi :

Et chacun de tirer le mâtin, la canaille (Z).

« Canaille^ dit M. Lorin à l'occasion de ce dernier passage, désigne ici le commun des chiens, ceux de plus petite espèce, que Ton peut considérer en quelque sorte comme la populace des chiens, sur lesquels le mâtin a, par sa taïUe et sa force, une supériorité marquée. Le mot canaille est ici d'autant plus heureusement employé, qu'il a, comme on le sait, pour racine le latin canis^ chien. »

On croirait, d'après cette explication, que La Fontaine attribue au mot canaille un sens de lantaisie fort éloigné de sa signification primitive, tandis qu'il l'emploie dans son sens propre, suivant l'usage habituel du siècle précédent. D'Aubigné a dit dans ses Tragi^

Les rois aux chiens flatteurs donnent le premier lieu. Et de cette canaille endormis au milieu, Chassent les chiens de garde, et nourrissent le vice.

Il est souvent question, dans La Fontaine, de la chasse au piège ou au filet et de la pèche, qui lui four-

(i) LiT. VIII, fiib. xnn, 3o.

la)/Mi..5x.

(3) Ut, VlU, fiib. TU, %7.

^ Uv. U, p. 57.

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