‹ Etudes de langue francaise [microforme]Chapitre 10 sur 46 · PEU · texte numérisé non relu

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DB LA LANGUE DB CORNBILLB , 167

Les prépositions et le§ adverbes n'étaient pas encore complètement sépaçésdans l'usaçe, et sur, dessus, sous^ dessous^ daniy dedans, étaient pris très souvent les uns pour les autres; déplus, les prépositions s'employaient chacune dans une (ouïe d'acceptions différentes ; elles n'avaient pas encore été ramenées à la rigueur absolue d'un sens unique, et leur incr^able flexibilité créait une foule de tours nouveaux et facilitait singulièrement la tfche si difficile du poète; il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir dans notre Lexique les articles à et de.

Mais c'est dans la syntaxe surtout que régnait alors la

... L'heureux malheur qui vous a menacez Avec tont de justesse a ses temps compassé^.

Le ciel, qui nous choisit luy-mesme des partis, A tes feux et les miens prudemment assortis.

{La Vè/ve, I, i,,70.)

Qui, sans doutr, Clarice a son ame bL'Ssée.

(,Ibid., IV, V, 10.)

\ Cette heureuse nouvelle a mon ame ravie.

(Ibid., IV, VI, 39 )

Mon péré est tnort, Elvire, et là première épée*^ Doni s'cti irmé'Rodrig\ie a sa trame coupée.

{Le Cid, III, III, 5.)

Aucun étonnement n'a leur gloire fleurie.

(Horace, III, v, 37.)

Quelle horreur, d'embrasser un homme dont l'épéc De toute ma famille a la trame coupée, l

(Ibid., V, m, 21.)

Le seul amour de Rome a sa main animée.

y {Horace, V, m, 61.)

Mais TOUS oe scavez pas, Seigneur, que son épée D« l'horrible Méduse a la teste coupée.

{Âridromide^ IV, iv, '20.)

DE LA LANGUE IDE CORNEILLE

' plus heureuse liberté ; Taccord se faisait bien plus avec ridée qu'avec les mots, et les constructions les plus vives, les tournures les plus elliptiques passai,ent pour les meilleures, pourvu .qu'elles fussent toujours parfaite*^ ment intelligibles.

Les questions relatives à la prononciation et à Torthogrrfphe doivent être, abordées ici avec quelaues détails ; ilne suffit pas, en effet, de les- examiner à 1 occasion de chaque mot en particulier, et elles s'éclairent singulièrement par le rapprochement des faits de même nature. Corneille écrit avenaire pour adversaire; avenir pour advenir ; ah jet pour abject; on. doit voir là une transcription Hdèle de la prononciation du temps, l'usage était

" très variable dans les cas.de ce genre, et il était impossible de conclure d'un mot à l'autre:; ainsi nous apprenons du Père Ghiflet(i) qu'on disait aju^er et adjudication. ' . \ . ■

... Déjà la noire Aleeton r

Du fond des Enfers déchaisnéc,

A, par les ordres de Pluton>

De mille coeurs pour toy la fureur mutinée.

{Jbid., IV, y, 5.)

^ Qui vous a contre' moy sa fourbe découverte.

[Hicomèdey IV, ii, 86.)

Dans le passage qui suit et qui, sous le rapport de l^^N^i^ruction. est tout à fait analogue aux précédents. Corneille a IJissé le, participe invariable :

Pour eux seuls ma justice a tant de tceurs gagné.

(Perthartie, II, v, 88.)

Il a pris une liberté du môme genre dans ces vers de Cinna (I. «n, 33) : . .

IJi, par un long récit de toutes /« misères Que, durant npstre enfaiice ont enduré nos pères.

El il a été approuvé par Voltaire, qui dit à cette occasion : «< S'il n'est pas permise un poète de se servir dans ce cas du participe absolu, il faut renoncer à faire des vers. »

(i) Essax^'une parfaite grammaire, i668, page 242.

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