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DB LA LANGUE Dfe COItNÈlLLE
Notre poète emploie garantie et non garennej nous ne . devons pas en être surpris, 1'^ et ïa se confondaient alors très souvent, et le grammairien aue nous venons de citer nous :apprend.jqu'en 1668 arrhes, catarrhes, se prononçaient err^es^ caterres, et que la cour disait encore sarge au lieti de ser g9kOt\^.o\i\Q dans les œuvres dé notre auteur crotesquè au lie7de grotesque; car^ y avait d'aussi'fréquèntes permutations entre le c et le ^qu'entrei>-et l'a. Ménage veut qu'on écrive segond, segret, V^* segrjtairc et ganif; Ghiflet prétend qu'çrf prononçait vflcabond, et, encore maintenant, .nous disons amgrène, tout en écrivant ^a/»^rte comme le veut Tétymolo^ie.
Nous voyOyHS dans le Compendium grammaticœ galïjeœ . de Duez, publié en' 1647(1 )'que meur se prononçait comme peur, tanciis qu'on agissait à l'égard de /^an«, , heuri, heurter et s^wr, *comme si ces mots étaient écrits simplement par un, u; dâtvi Corneille, meur rime avec . humeur; quant à seur\ il faut distinguer : dans les pre- -mières pièces il rime avec sœur ei possesseur ; jnai? darvs fies, suivantes sure rime slwcc mesure ei murmure. Dans 1% gramnriaire que nous venons de citer, on trouve la liste suivante des mots où oi se prononce è : courtois^ cour^ toisie, endroit iestroit, adroit,' froid, croire. Dix-sept ans pJus tar4 Railler, dans son Triomphe de la langue française^ en donne une autre composée à peu près de môme, mais contenant eA plus^ : croître, endroit^ étroit^ connaître, parottre. Dans Corneille, nous ne trouvons cette prononciation, indiquée par les rimes que pour maladroit, croître et paroître; quant à je connoi il rime plusieurs fois avec des mots en oi. Ces différentes pronofeations ont laissé, du reste, des traces durables dans la langue-, et U est certain, parvexemple,^que/ro/i^ ûi/rçiis, froideur ei froidure, croyance éi créance, harnois et harnais, qui diffèrent maintenant par la significa-
(!) Pjige ^.
DI LA LANGUE DE CORNEILLE
lian, ne sont pas des forces diverses, mais seulement des façons variées de prononcer unmème mqH,
Quant aux imparfaits des vert)es,^>ornéille les a fait souvent rimer avec desVmors en o/, quoique de son terpps déjà on les' prononçât asséi;^génèralement comme aujourd'hui. N^us lisons dans m Dis(^urs nouueaujsur
la mode, publié en 1613 : /"^ . * -
Il faut, quiconque veut estre mignon de. coMrt, Gouverner son langage à la mode qui court ^
Qui ne prononce p^$i7 ii5e<, c/îow*e, vendre, ^ ^^
Parest, coniantcjnens", tût-jl un Alexandre, ^ S'il hante quelquefois avec un courtisan, Sans doute qu'on dira que c'est un [fà'rsaa, , • El qui veut se servir du.françois ordinaire, ' Quand il voudra parler sera contraint se taire.
Le témoignage suivant de Chiflet,.en i6ô8, explique et complète le passage que nous venons de rapporter : (( Les estrangers ont tort de dire que céUe prononciation est une nouveauté, car il y a- plus de quarante ans que je l'ay veuê dans le commun usage. 11 est' vray qu'on, luy a long-temps résisté, comme â une mollesse affectée de langage efféminé ;*mais enfin elle a gagné le dessus (i). » Le mémié auteur reconnaît du resxe', dans un autre endroit de son livre, que les deux prononciations avaient cours de son temps : « Il est plus doux et plus commun entre les biendisans de prononcer je parlais; toutefois ce n'e'st pas une faute de dire je par lois, puis qu'à Paris, dans le barreau et" dans les chaires de Préaicatéars, il y a beaucoup de langues éloquentes qui ne refuyent pas cette prononciation (2). » -
Il ne nous reste à parler que des infinitifs de la pre-
.'mière conjugaison, tels que charmer, dissimuler^ donner,
que Corneille fait rimer avec air, clair, amer et autres
mots du môme genre. C'est là ce que Ménage, qui
(1) Pag<* aiy.
(a) Page 191.
DE
LA LANGUE DE CORNEILLE
: * relève des exemples analogues dans les poésies de Malherbe, appelle des rimes normandes ; elles n'étaient nullement motivées par la prononciation du temps ; car si dans certains mots tels qu allier, entier, familier, régulier, séculier, e, comme nous l'apprend Chiflet(i), avait un son ouvert, il faut remarquer qu'on ne prononçait IV final devant une consonne ou à la ftn d'une phrase, ni dans les infinitifs en er, ni môme cLns ceux en ir(2)] bien plus, on ne faisait pas sentir cette lettra à la fin d'un certam nombre de mots en ir et en oir, tels que plaisir, loisir, miroir, mouchoir, etc. (3).
Pour l'orthographe, Corneille a suivi, dans l'édition de 1682, un'*^ystè me particulier qui consmue un compromis très sage et très prudent entre les méihodes en usage à cette époque, et dont il fait connaître les principes essentiels dans sa préface. Il intto^yit dans les habitudes typographiques trois modincaiions importantes : d'abord il établit entre la petite s et la grande une différence qu'il expose en ces termes : « Je n'ay pu souffrir que ces trois mots : reste, fempestc, i^ous estes^ fussent éCtits l'un comme l'autre, ayant des prononciationssi différentes. J"ay réservé la petite .^ pour celle où la syllabe est aspirée, la grande pour celle, où elle est simplement allongée, et l'ay supprfmée entièrement au troisième mot, où elle ne fait f^ôint de son, la marquant seulement par un accent sur fk lettre qui précède. «^ La suppression de l's dans les mots où elle ne se prononce^ pas a' rendu inutile cette réforme ingéoieuse ; mais l'emploi de 1'^ dans les mots excè^ succès, procès, qui, comme nous l'apprend Co^-neille, avaient été jusqu'à lui écrits avec 1'^ aigu^ comnre les terminaisons ,-L2kines, quoy que le son en soit fort différent », est encore
(i) Page aoi.
(a) ChiJIet, pages 224, 22 3.
(3) Due\, page a a.
rs.
DE LA LANGUE DE CORNEILLE
aujourd'hui en usage, et l'emploi de IV aigu dans les
corps même des mots, comme dans- sévérité, est une.
excellente innovation qu'on lui doit ;. auparavant, on ne
^ s'en servait que pour les finales ou dans le cas de la
. ^ suppression aune s. y
M. Taschereau a indiqué, dans sa préface des œuvres de notre poète, quelques autres habitudes prthographiques fort constantes que Corneille n'a pas — ^ érigées en règles, mais dont il ne' s'est jamais départi. Il
supprime dans une foule de cas les doubles consonnes ; il écrit toujours- ma/s/r^ et maîtresse; enfin, à la seconde personne de l'impératif et à la première du présent de l'indicatif, il écrit voy, pren, devant une consonne, et • , i^'ip/s, /^re;i5,jdevant une voyell^. Cette dernière observa-
tion est fort importante, elle prouve conibien on s'est mépris qirand on a regardé la suppression de Vs en pareil cas comme une licence destinée à faciliter la ^rimcv c'était un usage générsrf^bservé non seulement "^ 'par Corneille, mais par la plu^rt de nos classiques.
En présence d'un système^hographique aussi suivi,
aus«i particulier, nnjs avons cru devoir écrire partout les exemples et les passages allégués comme ils l'ont été par Tauteur même, bien que dans notre opinion les bases.de cette méthode appartiennent plutôt à Thomas qu'à Pierre, qui, du reste, l'a en tout cas franchement adopter et défendue avec ardeur.^
Ce qui nous semble plus particulier à notre poète, ^ j^ c'est le^in- qu'il a pris de perfectionner la versification, soit eif^bservant d'une manière plus constante les rèçleJ-'qui, jusqu'à lui, n'avaient éi4 que facultatives, soit en revenant, pour le nombre des^syllabes de certains mots, aux habitudes suivies par nos anciens
auteurs. • -i ^
Ménage, qui cite volontiers avec^ une orgueilleuse
. confiance son idylle de VOiseleur à côté du Cid et de
Cinna, remarque, par exemple, dans ses Obsen-ations
Wêb
DE LA langui! pE- CORNEILLE
i^ur Malherbe, que Corneiile a osé le premier faire m^ar/nt^r de trors syllabes, ^
Jamais un m^wr/ner en fit-il son retu^je > ^ ^
Jamais un meurtrier s'oifrit-il à son juge?
' . (Le Cid.) "
et il ajoute : « Je suis un des premie,rs qui ay imité en cela M. Corneille, aïant remarqué que les Dames et les Cavaliers s'arrestoient, comme à un mauvais pas", à ces mots de meurtrier, sanglier, bouclier,, peuplier, lorsqu ils "étoient de deux syllabes, et qu'ils avoient peme a les prononcièr. M. de Segrais, qui a l'oreille fort délicate, • et qui n^est pas moins bon Juge de la Poésie que bon Poète, se joignitlaussi-tost à noslre partL ^
Le désir naïf d'une assimilation impossible se montre bien clairement ici, et Ménage tenait si ïort à cette remarque que, tout en reconnaissant, dans la deuxième édition de ses Obs^vaiions sur la langue française, que Corneille n'a fait en cela que revenir à un usage ancien dont on trouve des exemples dans Jodelle et dans Régnier, il laisse subsister néanmoins son texte primitif sans aucune modification.
Parmi les citations de Corneille, accumulées par Ménage dans le livre dont nous venons de parler, il en est deux cjui méritent une attention toute particulière. A l'occasion de la locution où que, Ménage rapporte ce vers de notre poète, dans sa Thébaïde, page 68 :
Où qu'il jette la vue, il voit briller des, armes.
et plus loin, f armi les auteurs qui ont employé sphinx: au masculin, il mentionne. « M. Corneille dans sa Thébaîde, livre 11, pi 65 ».
Dont autrefois le Sphinx, ce monstrueux oiseau, Avoit pour son repaire envahi le coupeau.
DE LA LANGUE DE CORNEILLE
Ces trois vers sont tout ce xjui ndUs reste d'un ouvraçe aujourd'hui perdu, d^une traduction en vers français de la Thébaïde de Stace, dont fait mention le privilège de Tiie et Bérénice accordé i Corneille le 31 décembre 1670.
Il est étrange de se voir ainsi contraint de recueillir chez un grammairien de minces fragments d'un ouvrage imprimé de Corneille, tout comme s'il s'agissait d'un poème appartenant à la plus haute antiquité. Ce livre, qu'on doit encore conserver l'espoir de retrouver quelque jour,. n'ajoutera rien, à coup sûr, à la gloire de notre auteur; mais il contribuera peut-être à accroître encore Topinion que nous devons nous faire de la flexibilité trop peu appréciée de ce merveilleux génie.
C'est le mêrpe genre d'utilité qu'a eu le charmant petit poème, tout récemment découvert et publié, du Presbytère et Hénoùville. Avant qu'il eût paru, on ne connaissait guère d'autre passage de Corneille témoignant d'un vif sentiment de la nature champêtre que ces quatre vers de la première édition de Clitdnare (II,
VI, i3) : . '
Ne craignes point, »u reste, un pauvre rillageois Qui seul, et désarmé, cherche dedans ce bois Un- bœuf, piqué du taon, qui brisant nos dosages ^ Hier, sur le chaud du jour, s'enfuit des pasturages.
La pièce, nouvellement publiée, confirme ce que ceci faisait seulèhient pressentir, et nous montre Corneille épris de ses paysages normands et sunout des riants aspects de la Basse Seifte, mais unissant d'ailleurs à cette admiration toute' spéculative et toute poétique une estime de campagnard connaisseur pour les poissons de l'étang, les lapins de la garenne et les faisans de la basse-Gour. ' 3 -
M. Lefèvre, en ''publiant ce poème, a négligé les détails qui auraient complété, sur un nouveau point,
DE LA LANGUE DE CORNEILLE
rhisloire de la vie de Corneille et des personnes avec lesquelles il s'est trouvé en rapport. Ces recherches, qui conduiraient assei loin, seraient ici fort déplacées ; mais nous n'avons pu nous soustraire au- désir de donner du moins quelques renseignements tout à fait indispensables à l'intelligence de ce curieux morceau (i). Le Timandre dont parle Corneille n'est outre c^u'un certain abbé Le Gendre, curé de léglise Saint-Michel d'Hénouville, fort grand amateur d'horticulture, et revêtu du titre officiel de contrôleur des jardins fruitiers de Sa Majesté; en 1657, il se fit adjuger vingt-sept arpents de bois sur la lisière de la forêt de Roumare pour y faire l'essai de la culture de la vigne, et l'on
'trouve encore aujourd'hui, au milieu du fourré ,'qi>elc|ues ceps qui font connaître l'emplacement de ses anciennes possessions. Quant à sa demeure, elle a bien
' perdu de son éclat,, sans pouvoir perdre de son agrément, et le jardin, cultivé jadis avec tant de spllicitude, n'est plus qu'une de ces vastes cours champêtres, toutes plantées de pommiers, dont les branches viennent pendre jusque sur l'herbe. Ce qui n'a point changé, ou bien peu, c est l'admirable^ vue dont il jouit :
La. Seine, en divers lieux, bat le pied dei rochers ; L'œil, en se pronienant, découvre huit clochers Dont les nom«, par harard, terminant tous en vj//e, • Semblent servir de rime h celuy d'hénouvtUe.
M. Lefèvre, qui a recueilli avec tant ^de soin jusqu'aux moindres fragments drXôrneille, a pourtant oublié deux opuscules, peu importants il est vrai, mais . curieux pour l'histoire de la représentation des pièces de notre poète : les Desseins d'Andromède et de la Toison,dor. Ils qnt échappé, du reste, aux plus exacts historiens et au^plus consciencieux éditeurs, et tout
(1) Nous les devons à l'aimable obligeance de notre confrère, M. Ch. de Beaurepaire, archiviste de la beinc-lnférieure.
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176 DE LA LANGUE DE CORNEILLE
récemment encore à M. Edouard Frère, dans son excellent Manuel de bibliographie normand.
Le second de ces ouvrages de Corneille devrait cependant être connu -depuis fort longtemps^ car il figure parmi les opéras, sous le n« 5969 A, dans le Catalogue des livres imprimés de la Bibliothèoue du Roy, publié en 1750 ; quant au premier, il est entré dans le même établissement à une époque postérieure, mais à coup sûr encore fort ancienne, et porte le n' 5564 B. Ces desseins sont des livrets faits par Tauteur pour l'intelligence de son ouvrafe ; on les vendait sans doute au théâtre, et môme, lorsque la représentation avait lieu à la cour ou chez quelque riche particulier, oales donnait aux personnages de distinction. La première entrée du divertissement quit suit le Bourgeois gentilhomme nous fait assister à une distribution de ce genre ; un des personnages s'écrie :
De tout ceci, franc et net
Je suis mal satisfait, Et cela sans doute est laid,
Que notre fille, Si bien faite et si gentiUe, De tant d'amoureux l'objet, N'ait pas k son souhait Un livre de ballet . Pour lire le sujet.
, Quand le livret était amsi destiné à expliquer un ballet,' il formait à. lui seul toute la publication; mais, lorsqu'il s'appliquait à un opéra, il paraissait d'brdi-naire avant l'ouvrage; voici, du reste, les détails que Corneille nous donjie à ce sujet à la fin du dessein d* A ndroniède : « J'ay dressé ce discours seulement- en attendant l'impression de la pièce entière, pour seruir à soulager la pluspart de meit spectateurs, qui, pour mieux satisfaire la veué par les grâces de la perspective, se placent dans les loges les plus esloignées où
DE LA LANGUE DE CORNEILLE
beaucoup de vers échappans à leurs oreilles, ne leur laissent pas bien comprendre la suite de mon dessein. J y ay méslé les paroles qui se chantent en musique, et qull est impossible d'entendre quand plusieurs voix ensemble les prononcent. »
En rapprochant les morceaux dont parle ici Corneille du texte des pièd«^ entières, on rencontre quelques variantes, parfois ml^e des passages fetranchés plus tard ; on eo trouvé un, assez important, dans le Prologue de la Toison dor.
Nous ne pousserons pas plus loin cette étude sur la langue de Corneille, car, pour la développer et l'étendre, il faudrait ou empiéter sur le Lexique, dont elle ne ' doit être que la prçface et l'analyse, ou aborder l*appréciation, non pas seulement (^e la langue, mais du style de Corneille, sur lequel on a depuis longtemps tout dit, et si bien. D'ailleurs, à voir soutenir, à l'occasion du même. écrivain, des opinions si diverses, parfois même si contradictoires, on se sent pris d'un tel scepticisme littéraire et d'un si grand décoyraeement, qu'on se borne volontiers aux humbles recherches grammaticales et que, même sur ce terrain, on s'écarte le moins qu'on peut de l'observation des faits.
En commençant notre Lexique, nous voulions entreprendre de tout expliquer, résoudre toutes les objections, relever toutes les méprises des commentateurs; mais nous nous sommes peu à peu convaincu- que cela n'était point nécessaire et que notre tâche était plus facile ; que d'ordinaire la réunion des divers exemples, •groupés sous un même mot et confirmés au besoin par dés passages empruntés aux prédécesseurs et aux contemporains de Corneille, répondait assez aiix attaques injustes, et tenait parfois lien de toute autre explication. Nous conservions encore cependant quelques scrupules au sujet de cette méthode ; la Préface du Dictionnaire historique de la langue française les a fait disparaître.
IS
Di LA LANÔUE DB CORNEILLE
Grâce à ce procédé, le plus simple et le plus scienti-" fique en même temps, les tournures reprochées à nos/ auteurs classiques, et considérées à tort comme des exceptions et des licences, témoignent, parleur nombre même, d'un usage fréquemment répété, dont il est facile • de déduire des règles très différentes des nôtres, mais souvent plus logiques, et toujours appliquée! d une façon aussi sûre eC aussi consj^nte. ^ "' .\
Après quelques études de ce genre faites sur nos principaux écrivains, on possédera les matériaux nécessaires pour entreprendre une véritable grammaire française historique, feqiontant aux oriçines méipes de la langue, indiquant les diverses habitudes suivies pi^ ^ ceux qui lont successivement parlée, signalant l'époquèv où elles se formulent en préceptes, le court inst,ant ou les grammairiens et les auteurs paraissent d'accord, et les circonstances qui rompent cette passagère harmonie : œuvre immense par les travaux qu'elle demande- ,r«it, mais aussi par ses conséquences ; où les principes 'de la grammaire générale, présentés au début, répandraient sur tojut le livre une heureuse clarté, sans être nulle oart opposés comme un obstacle aux vives al U7 res et' aux libertés de notre idjbme; où les opinions les plus diverses, les plusxçontradictoires, les archaïsmes, du peuple et les scrupules des délicats, trouveraient leur éclaircissement et leur conciliation, à l'aide d études chronologiques donnant tort à tous en général, et raison à chacun à un certainmoment et aune 4ate déterminée ; dans laquelle aussi, comme conclusion et comme résuhat définitif, on chérirait à.éiabhr les règles du langage moderne, strictes et rigoureuses pour les matières administratives et judît5ifiires, plus flexibles pour la conversation et la corresjiondance, plus larges encore pour l'écrivain et le poète, qu'elles doivent Kuider sans jamais l'assujettir.
La Langue de Racine
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La Langue de Racine
L'étude de la. langue de Racine devrait, ce semble, avoir pour préliminaires l'histoire des mots dont il s'est servi, les exemples de l'usage qu'en avaient fait avant lui les portes tragiques- .ses prédécesseurs. Ma^^s pour cette histoire, pour' ces exemples, nous croyons pouvoir fjônvoyer nos lecteur^s à notre Lexique de Corneille : d'une part, i la préface de ce Lexique, où ils ^trouveront les faiis généra .x; et de l'autre, aux articles inémes, où ils trouveront les "obsèrvaiions de détail. Nous ne devons pas songer à reproduire ici ce travail , mais nous demandons tout d'abord qu'on veuille bien s'y reporter, afin que l'examen de la langue de ribtre auteur en soit mieux éclairé, et qu'on n'y soit pas choq»é d'une fâcheuse lacune. Ceci dit, nous entrons
en matière. fci ■ •
L'erreur !a plus ordinaire, contre lacftttle il importe de se prémunir d'abord, quand on veut Sudier la langue d'un écrivain, c'est de croire que tout ce qui, dans ses œuvres, s'éloigne de l'usage actuel, doit lui être attribué en propre, caractérisa sa manière, sa langue à lui, portera marque de son tour d'esprit, de son génie. Une étude, au moins ^générale, de la langue du temps auquel l'auteur appa*riient, est indispensable pour éviter, cet éoueil, auquel sont venus se heurter bon
LA LANGUE DE RACINE
nombre de critiques et dé commentateurs, principalement vers la fin du siècle dernier.
Parmi les mots oui, dans les œuvres de Racine, ont plutôt reçu Tempremie de Tépoque que celle du poète, nous citerons, à titre d'exemples, et sans nous piquer d'être complet : -
Courage, dans le se^s de « cœur » ; Détestable, signifiant « digne d'être détesté », et non pas seulement " très'inauvais » ; Ennui, pour « violent chagrin » ; Espérance, pOur « attente », même en mauvaise part; Ga/a/?/„ dans le sens d' « élégant, qui a bonne grâce ») en fait de littérature et d'art, môme antiques, et. par exemple, en parlant des poèmes d'Homère; Gêner {mettre à la gêne, à la géhenne) « faire souffrir extrêmement »; Génie, signifiant « le naturel », sans exprimer l'idée de supério'nté créatrice, etc. ; Honnête^ honriêlemcnt, au sens de « convenable, convenablement, facilement » : « habit honnête, je n'en vivrois que trop honnêtement r ; honnête homme,- d&ns son sens d'autrefois assez peu précis, et beaucoup plus étendu que celui qu'a conservé de nos jours cette expression ; //n^<^c//^, au sens latin de « faible >» ; Incommodé, pour « gêné, indigent » ; Lettre, pour « écriture, main », façon d'écrire à laquelle on reconnaît qu'un écrit vient dételle ou telle personne ; Libertinage, dans le sens que nous donnons à « libre pensée » ; Manière, pour « espèce » : /< cette manière de lettre ». l^échant a ]inQ force qu'il a aujourd'hui perdue, et s'emploie dans le plus haut style, en pariant d'un criminel, d'un grand " coupable ; d'un autre côté, dans uh langage plus familier, il a souvent la signification 'de mauvais : « méchants auteurs, méchantes n\^ximes, ràéchan te morale »; Misère a Tacçeption générale de' « malheur » ; Nourrir, not^rrilure, celles d' -«« élever, éducation » ; Oppressé, qui n'a plus aujourd'hui qu'un sens, purement physique, se prend au figuré comme maintenant opprimé; Parties marque les
LA LANGUI PI RACINE iQ}
différentes qualités essentielles d'une personne, d'une profession : « toutes \es parties d'un véritable académicien. » Pénétration s'employait rarement seul comme aujourd'hui; il exigeait d'ordinaire un complément : a pénétration d'es^vw » ; Pitoyable était usité dans son sens étymologique, pour « attendrissant, excitant la pitié » ; Plaisamment voulait dire « d'une façon qui plaît, d'une manière agréable » ; Po//, désignait la chevelure ou la -barbe : « le poil hérissé, faire ie poil. » Préoccupé signifiait, suivant son étymologie : « occupé d'avance » ; et un « cœur préoccupé » était, par conséquent, un coeur où la place était prise ; Prochain, qu\ ne se dit plus guère que du temps, s'employait alors très fréquemment en- parlant de l'espace : » chambre prochaine, huiel prochain » ; Singulier, singulièrement ^iwaieni le sens, que nous donnons aujourd'hui â « parliculier, paniculièremeni, principal, principalement » ; Soin voulait souvent dire « inquiétude, chagrin » ; Succès, succéder indiquaient surtout révénement, l'issue bonne ou mauvaise d'une affaire, d'une entreprise; Tourmenier, comme gêner, avait une énergie qu'il a un peu perdue maintenant. " , '
11 faut metUe à part, outre les mots et les. tours du commun usage, ceux qui, dès lors, étaient des archaïsmes : ils n'a{5partiennent pas non plus à l'auteur, à moins- qu'il nait été les chercher plus ou moins loin dans le passé, et qu'il n'y ait là un renouvellement près-» que équivalent à une création. Mais tel n'est point le cas pour Racine. Il n'a jamais affectionné les expressions et les locutions vieillies. Celles qu'on rencontre en très petit nombre dans ses œuvres sont les derniers vestiges d'un usage qui s'éteignait ; mais on n'y saurait voir aucun désir prémédité d'innover en renouvelant.'
Elles se trouvent presque toutes soit dans les poésies de jeunesse, soit dans les livres annotés, soit enfin dans
LA LANGUE DE RACINE
la Correspondance j où elles sont employées en badinan/t(i).
Quelques mots anciens ont été introduits par Racine dans les Plaideurs (2) pour concourir à l'effet comique, mais sont tout accidentels dans ses œuvres, et ne peuvent, à aucun égard, être considérés -comme faisant réellement partie de son vocabulaire.
Nous avons signalé, ""dans un assez gran:! détail, le soin curieux avec lequel Corneille met à profit les termes spéciaux que lui fournissent les diverses professions (3). Racine n'a point^ suivi cet exemple. Il n'a demandé aux vocabulaires techniques qu'un fort petit nombre de mots, en dehors de ceux qu'un fréquent usage avait déjà fait passer dans le langage commun.
Des expressions comme U en vint quelque Vent, en. Défaut, faire Ombrage, Parer les coups, tirent bien, à la rigueur, leur origine de la vénerie, de l'équitaiion de l'escrime, mais elles avaient depuis longtemps cessé .d'appartenir à ces dictionnaires particuliers, pour prendre un sens beaucoup plus général.
^ Quand nous disons que Racine s'est généralement abstenu des termes techniques, on peut réclamer une exception pour les tesmes de droit, dont la comédiey des Plaideurs est remplie. Le sujet le demandai^t, au reste. Racine, c'est lui qui nous l'apprend, ne devait point la c<^naissance de ces ternies à une élude appro-
(i) Vpyez, ^Ihç exemple, au Lexique : Accoutumance, aVoir Accoutymé de^ Ak>icç, Amnestie i^oxxc^ amnistie, Atoursl Attache^ pour aùachemerit, i^lâWcji^n^ Breveté pour brièveté. Chantre en. parlant d'un poètjfou d'un oiseau, Chenu, Coutunfiier, au Desçu, bevers.'Dîscord;' Discorder, Féru, Ficher au sens de^>«rr, Fil de perles pour collier de perles. Mie en parlant de la bonne d'un enfant. Nocher, Oncc^ues, Parentagc,'j Parochial, Pers, Retardement, se Revancher, Sourdre.
(2) '\q\% y^VÊ^ céans, icetui, icelle, les rlaiJs, etc. ; telle est encore la viei]|i»'prononciaiion de la diphthongiie oi : voyez ci-après,
- Propdnciation.
(3) Lexique de Corneille, préface, page 11 et suivantes.
LA LANGUE DE RACINE ■ 185
fondiedu Lexique judiciaire, mais à des'circonstances toutes fortuites. «* C'est, dit-il dans Tavis Au Lecteur (tome II, p. 142), une langue qui m'est plus étrangère qu'à personne, et je n'en ai employé, que quelques mots barbares que je pujs avoir appris dans le cours d'un procès que ni mes juges ni moi n'avons jamais bien entendu ». On trouvera ces mots de Palais (ceux qui méritent en effet l'épithète de barbares sont assez rares) aux articles : Amené sans scandale, Appoinfèment^ Appointer, Assigner, ComparoUre, Compulsoirc, Contredit, Décréter * Défendeur, arrêt de Défense, Ott/nan-^ deur. Dépens, Dit, Informer, Instance, Instruire une a faire, Interlocutoire, Production, Provision, Récuser,
Requête.
Outre les termes de droit proprement dits, Racine a fort à propos introduit dans ses Plaideurs des laçons 4e parler en usage dans la pratique, telles que : un mien pré, uft mien papier ; voyez Mien.
Il y a quelques mots de jurisprudence employés , sérieusement dans les factums pour le maréchal de Luxembourg, dont la rédaction est attribuée à Racine ; et quelques termes de droit canonique, tels, par exemple, q\y Intrusion, Relief d'appel comme d abus, ^dans Y Histoire abrégée de Port- Royal.
Dans cette même histoire, s'il y a quelques expressions du langage mystique, comme celle-ci': « la Mère des Anges et la Mère Angélique n'étoient poirit a^sez intérieures au gré de ces -pères », elles sont rares, et Racine les employait moins pour, son compte qu'il ne les rapportait historiquement.
Mais le véritable langage particulier^ nous, n'osons *#dirè technique chez Racine, c'est celui de U galanterie. Quelque élégance qu'il ait su lui donner, ce n'est pas là que son art d'écrivain doit être admiré ni même approuvé. Il est à regretter qu'il ait fait d'assez fré- "' quents emprunts à cette langue romanesque, dont il est
LA LANGUE DE RACINE
\ bien loin, disons- le pour son excuse, d'être le créateur ;
^ car; lorsque nous venbns de dire que c'était chez lui une langue particulière, à part, nous n'avons point entendu qu'elle n'appartînt qu'à lui.
i Tantôt l'amant est représenté avec toute la rigueur
^ des termes militaires, se- préparant à ïattaque, à Vassaut, etenfil( « menant en conquérant sa nouvelle conquête n^ et l'amante le proclame « son vainqueur n ; tantôt, au contraire, le poète nous le montre s*avouant vaincu, lui rendant les armes, enchaîné^ subissant un jou^ycaplif, perdant ^a. franchi si^^ passant sous les lois d'une belle, dont les yeux sont ses aimables t/tans ; ^cevant une atteinte,^ unç blessure, ayant l'ârfle blessée poiir une cruelle, une ingrate, une inhumaine, de laquelle il attend toutefois « quelque sheureuse foiblesse » pour laqueUe^il hrùlc, à qui, par des métaphores assez 'étranges, et qui ne. s'expliquent que par l'oubli des signiàications» primitives, il demandé de couronner sa Jlamme, ses feux. C'est encore par suite d'un tel abus des mots qu'un amour coupable Revient une jlamme noi7è\: c'est ainsi également qu'après avoir dit qu'une femme est V objet d'unis vive passion, on en est venu à dire; que c'est un « bel objet » et à désigner Thésée comme un « volage adorateur de mille objets éwers ». Nous venons , de voir le mot (^'adorateur ; en effet, la femme, après avoir été représentée comme Une place de guerre dont il s'agit de s'emparer, se tra"nsforme aussi, dans ce langage, en une sorte d'idole : il y est question àçdii^ines princfessès, de divine appas ; les yeux d'une belle deviennent jes dieux de celui qui, ne se Contentant plus d'aimer, d'adorer même, Is'écrie : « Que^disje aimer r j'/iyo/d/r^J unie. »
Cette langue arii&cielle, que Racine, par son bon goût, eût été digne de réformer, un de ses personnages se reproche de n'en 'pas po^^der assez bien toutes les ressources et de parler une langue élrangin {Phèdre,
^ LA LANGUE DE RACINE 1B7
vers 5^8). Nous sommes porté, quant à nous, àtrouver qu'il ne parle àt^i que trop bien ce langage de convention, et nous^ comprenons le s^oliment d'Hermione, lorsqu'elle répOpd à Oresie qui a comparé ^es cruautés à celles des Scythes : .
. Quittei Seigneur, quittez et funesie langage, -A- dés «oins plus pressants la Grèce vous engage. / ' Que parlez-vQurdu Scyth'c et de mes cTruautes ? Songez k tous ces rois que vous représentez.
. » (^Andr., vers 5o5-5o8).
Lorsqu'on a de la sorte mis à part les divers élém^e.nls quhn'appartiennent point en prppœ à la langue db l'auteur ^u on étudie', Jexamen des tournures qu^il , affectionne ou qui lui sont prôpïes, des alliances de mots qu il a créées, des habjiudes de son style, est pA|is
facile, à essayer, , • ,« -
.Cette élimination n'est toutefois point s'umsante pour nous permettre de péncirer,/ia T>rcraier coup, au cœur • mèrne du-lângage habituel e;fl personnel du grand écri-. vain. On trouvera dans \<i Lexique bien des' mots, -curieux à beaucoup d'égards, mais qu'on ne croirait pas sortis de la plume da Racine. Ceu^-là, pour la p^ari, n'appartiennent poilit aux ouvrages qu-'il a* avoués et qu'il a publiés lui-méW.^s'sont tirés de la correspondance de. sa jeunesse, otT bien de: ces notées curieuses et succinctes,, resserrées, le, plus ordinairement, dans les étroites Hmites dti's marges de ses livres, et dont le principal mérite est de nous présenter -parfois le premier jet d'une expression qui, plus tard, prendra, dans un chef-d'œuvre t/agique, sa forme définiiivç;.
Bien des étrangetés de langue appartiennent aussi aux PoésieiàQ la première époque, et notamment à la Promenade de Pori-Royàl des CLmps, écrite, tout entière dans un style trop surchargé, trop peu simple, mais qui n'est d'ailleurs dépourvu ni de sève, ni de vigueur.
iWilliaillllllHBI
lX langue de racine
Lez épithètes y manquent dç précision el y s6nt ^ employées d'une façon quelque peu banale. C'est là,
reste, parmi les défauts de Ces ouvrages de la^ jeu- ^ nesse, le seul que peut-être on serait tenté de relever çà et là plus tard, mais bien* rarement.^
Des vers insérés dans une lettre, de i662jious représentent la, lune « tenant cercle avec lés étoiles » ; les étoiles "ellesvmômes sont des diamants. Dans \2l Prome-y nade de Pori-Royai, Teau devant tour à tour du crktàt; de l'argent liquidé ; Tonde refrise la surface dé ses flots ; un étans: est un « m/ircj/r humide » où les tilleuls et les chênes se mirent ^ les poissons sont des « na^^urs marquetés »), les cercles qu'ils décrivent en nagent, des couronnes;, les arbres des « géants^- de cent bras armés », qui semblentj^rêter leur forte échine au soleil; ils formem des allées étoi/des, c'est-^-dire en forme ' d'étoiles. Les fleurs des arbres à fruits ^oni-une'iieige. empourprée; la laine des troupeaux est une neige Juisanie ; le blé, un &r moui>ant^ une richesse flottante. Tan^ dis que les arbres sont irarfisformés en géants, les cerfs,
^ ... cék atbres vivants^ \
De leurs bandes hautaines "
Font ceni autres grands bois motivants.
(ly, aq, Po*"!. iiV., 48-50.)
. . Puisqu'il est certain que Racine est l'auteur de ces poésies de jeullfesse, or ne saurait trop admirer l'énergie avec laquelle il a su se dégager, presque complètement, de cette recherche, de ces-comparaisons forcées, de ces procédés descriptifs, qui transforment tout, en or, en pierrerie's, etc., sans donner aucune idée delà chose décrite. Plus tard, ces défauts ont entièrement disparu ; au moins est-il bien rare qu'on rç^contre encore quelque expression douteuse, quelque métaphor.e incohérente, comme :
■llllMIItlIiiWI
LA LANGUE DE RACINE
Il itêxnt cet amour, sourct de tarit de haine. ^ ^ /^ (fîri/aMnicuj. vers 1487.)
.... Sur le dos de la plaine liquide ...
« S'élève à gros bouillons une-montagne humide.
(P/ièirtf, vcjs 'i5i3 et i3i4) |||
' Si -maintenant, 'après avoir écarté les expressions communes \ tous au xvir siècle, les rares archaïsmes, les affectations de la jeunesse, nous parcourons, [ensemble.du vocabulaire de Racine, en laissant de côte, pour un instam, ^s tragédies, nous serons surpr^ de la frahcî^ propriété de son langage.
\^ Dans sa correspondance, d^ans ses notes, dans ses ouvraeès historiques même, il s'est servi de^plus d un terme que les grammalrier^s ou les DicUÔnnatres qualifient de bas, et il emploie, sans le moindre scrupule, l'expression toute familière; dans les Piaidcwy, en ^particulier,' mainte trivialité populaire du .comique. * Voyezau Lexique les articles suivants : faire en A lier ; Aitraùer; Bête, pour simple, naif, sot; Chanter pour dire/parler; Chicaner; Crapule; Crever M graisse ; se laisser Débaucher pour...; coup de pied dqnsle Der^ nèrc ; ne pouvoir Dl^érer^^^ figuré; se faire Echigner; quelle gLic ! en p^riÉd'un 4ivocat ; Hupé, au figuré , Jeunesse pour jeune fli; faire à quelqu un d^dtranges Noces; Papa; Pisser; Pot de chambre; Raisonnable c'est-à-dire « d'une certaine étendue » ' Souillonné ; Soûlé de pleurer; Té, pour appeler un chien ; r/r^?^, pour « emmeYiez (les chiens) » ; Tempêter, au figuré , • etc. Aux mots de ce genre on peut joindre les tours, qui offrent de nombreux gallicismes, du style familier. Voyez au Uxique : cause en C Air ; Aller, J y va de; Avec tout cela; trois Bons quarts d'heure; P'^^'7'^/ ^ dire; s'en Donner; ne Pouvoir Durer dans le fond ; Fom de moi; Force, \vj^%iqts ; De gaieté de cœur ; fairt
LA' LANGUE DE RACINE
sonner Haut ; le prendre de Hauteur ; ne pouvoir aller Loin ; dormir un miserere ; mettre à Pis faire; au fait et au Prendre; Prendre au mot; etc.
' Dans ses lettres d'Uzès, on rencontre quelques expressions patoises ou locales ; plus .d'une écrite en plaisantant (i). Nous remarquerons, en passant, qu'il lui est arriv^ d'attribuer au midi ce qui ne lui appartenait pas ; ainsi^ de regarder comme propre à Uzès la locution assez généraley^îo?s~-€n France :. « pousser le temps par l'épaule p). »
Quant aux manières de parler proverbiales, elles abondent chez Racine, dans sa' correspondance, dans ses noiles, dans sa comédie des Plaideurs^ partout en un nioi, où le genre le permet. Voyez, par exemple, au Lexique : fétois un bon Apôtre; sa Bile se réchauffa; gros comme le Bras ; de Caen" à Rome; en un moi comme en Cent ;" Chanter pouille ; jeter le Chat aux jaiiibes ; // vendrai ma Chemise; tiré par les Cheveux; remuer Ciel et terre ; pas de Clerc ; se tenant Clos et covvert ; fausser Compagnie ; avoir le Diable au corps ; à Deux doigts de ; filer Doux; à bonnes Enseignes; faire C Entendu; Face de Carême; sC' faire de Fêle; je ne fus jamais à telle Fête; faire Feu qui dure; sur C avenir, bien Fou qui se ftra ; faire claquer son Fouet ; s'en aller en Fumée ; casser aux Gages ; courir le grand Galop ; Graisser le marteau ; Graisser la patte ; faire le pied de Grue ; parier bien plus Haut que, dans le sens de « se vanter de ^ quelque chose de mieux »; traiter de Haut en bas; Heureux comme un rpi ; à la Joie de mon coeur ; pleurer à cœur Joie ; Leurrer de ; courir deux Lièvres à la fois; fy brûlerai mei Livres ; il faut être Loup avec les loups ; voilà comme on fait les bonnes Maisons ; suis-je pas fils
(i) Voyez au Lexiqut . Adiousias^ Broquettes. Conse, Pichety PoliiCy Salmée ,joig<nez-y les mots Besoche^ Cahri^ Souchet, pris dans les annotations^ ou les exercices de traduction.
(a) Voyez l'trticlê Epaule.
LA LANGUE DE RACINE
de Maître^ sani argent t honneur n'est quune Maladie \ lever U Masque ; qui veut voyager loin ménage sa Monture ; avoir encore le Morceau dans la bouche; étr^traite de Turc à More; plus Mortes que vires; le M m pour rire- le Nez a saigné à...: donner du Ne; en terre; ferme/la porte au Ne; ; vous n'ave; tantôt plus que la teau sur les Os; manger son Pain blanc le premier; rendre La Pareille ; juge en Peinture ; faire le Pied de veau ; réduire au pied de la chicane; d ici jusqu a Pontoise; venir à bon Port; Portier de comédie; tourner autour du Pot; suer Sang et eau; point d argent point de Suisse; son Timbre est brouillé; mots longs dune Toise ' pécher en eau Trouble; rombre en Visière. Il est même des proverbes qui datent de lui, comme : paswns au déluge, venir d Amiens pour être, Suisse. .
-Nous nous croyons.donc fondé à dire que, considéré dans son ensemble, le vocabulaire de Racine est riche en expressions- familières, et que, quand le genre de ^uiet qu'il traite le permet, le poète n'a aucune répugnance à nommer, le plus simplement du monde, les choses par leur nom. Voyons maintenant comment il a compris les exigences du style tragique et de ce qu on appelle, dans notre littérature, le style noble, en quoi iL s'y est assujetti, en quoi il s'y est soustrait, et ce qu il y a innové.
Dans la préface du Uxique de Corneille, nous avons essayé d'indiquer très sommairement en quoi ce style noble consiste ; nous avons constaté qu il s est formé surtout par élimination, par exclusion, et que, par conséquent, pour se conformer à ses lois, il fallait se priver d'une portion des ressources qu'offrait le vocabulaire. Racine a su s'affranchir, en grande partie, de cette tyrannie, et faire accepter aux plus délicats de ses contemporains bon nombre des termes qu ils repoussaient.
LA LANGUE DE RACINE
Son opinion à ce sujet ne saurait être un instant douteuse. Il 1^ exprimée, et fort nettement, dans ses Remarques sur t Odyssée, au mois d'avril 1662, c'est-àdiFjB dès Tâge de vingt-deux ans.. Il dit (tome VI, p. i6j) qu'Homère compare la joie qu'eurent les compagnons d'Ulysse, en le voyant de retour dans son vaisseau, « à la joie que de jeunes veaux ont de revoir leurs mères; qui viennent de paître », et il ajoute : « Cette comparaison a«t fort délicatement exprimée, car ces mots de veaux et de vaches ne sont poirft choquants danslegrec^ comme ils le sont en notre langue, qui ae veut presque rien souffrir, et qui ne souffriroit pas qu'on fit des éclogues de vachers, comme Téocrite, ni qu'on parlât du porcher d'Ulysse comme d'un personnage héroïque ; mais ces délicatesses sont de véritables foiblesses. »
Aussi dans ces Remarques sur l'Qd/ssée, qu'il écritdu reste pour lui seul. Racine ne se fait-il aucun scrupule de se servir du mot de porc^ et mênie de cochon. Si une délicatesse, dont nous venons de lui voî? déplorer l'excès,, mais qui a d'ailleurs ses justes exigences, l'empêche d'aller aussi loin dans sa poésie, il ne croit pas du nioins devoir s'y refuser l'emploi des noms d'animaux que l'usage autorise dans le langage ordinaire et dans la conversation la plus polie. BouCj chien y cheval sont des mots qu'on trouve dans ses œuvres du style le plus élevé , il n'y aurait même pas lieu de leremarauer, si des commentateurs ne s'en étonnaient comme d'une, hardiesse et ne saisissaient avec empressement cette occasion de louer l'habileté singulière du poète. Suivant eux, le mot chiens n'a passé dans le songe d^Athaiie (vers 506) qu'à la faveur de j'épithète dévorants; mais tandis qu'ils s'extasient suf l'art de Racine, ils ne remarquent pas assez que ce mot se retrouve dans la même pièce (vers 1 1 7) sans aucune épithète. Quant au mot cheval, que nous lisons dans Athalie (vers 1 16), il revient trois fois dans le récit de Théramène (vers 1 502,
LA LANGUE Dl RACINE
1552, 1 54B), concurremment avec celui de coursiers, employé trois fois également (vers 1 50^ 1512, 152»), et s'appliquant fort bien aussi à un superbe et fougueux
attelage. \
Si Racine était d'avis qu'on, usât sans scrupule en français de ces mots nécessaires, il ne leur trouvait point pour cela, mème^dans les langues classiques, une noblesse et une beauté' que l'engouement de rantiqiitté portait parfois à leur attribuer. Dans ses Réflex^ons sur Longin, Boileau avait avancé que le mot dan^? était, en grec, un mot très noble. Racine l'arrête et lui répond (tome VU, p. 118) : « Vous pourriez voys contenter de dire que c'est un mot qui n'a rien de bas, comme celui de cerf, de cheval, de brebis, etc. Ce trh^ noble me paroît. un peu trop fort. » . ^
Nous venons de voir que notre- auteur n'usait qu'avec une discrète mesure du procédé d'élimination auquelVôrî a recours si volontiers: dans le style noble, et qui consiste à exclure certains mots, au risque, si l'on va^troD loin, d'appauvrir la langue poétique. Il est un aufu artifice, non moins fréquent, qu'-il sait pratiquer avec la même discrétion : c'est l'emploi de certains tropes, qui modifient l'étendue et la compréhensig;.! du sens, substituent, par exemple, l'expression générale à l'expression particulière, et réciproquement, désignent au moyen de la matière, de la partie,- de la cause, de 1 effet, etc. Ainsi Chamb désigne tour à tour \di campagne, le champ de bataille, la carrj^re réelle ou figurée qu'il s'agit de parcourir; Avenir est synonyme de postérité; txcier, àe poignard; fragile Bois, à' idole \ Bras, Main s'appliquent à la personne considérée comme ao-issantV çoinme combattant, ou même à sa valeur, à son courage-, Gage se dit de la descendance, des enfants, qui sont un ga^e de la tendresse de celui qui vous, les a ' donnés ; nLumihe désigne le jour et la vie même ; la
LA LANGUE DE RACINE
Mémoire se, prend pour le souvenir \ Ouvrage, ce terme qui paraît familier, se trouve Rehaussé par la généralité de l'expression et s'emploie fort bien en parlant des plus hautes entreprises d'un héros : Peuple se dit pour quantité, multitude : <• un peuple de rivales » ; Poudre, pour poussière; Rejeton, pour enfant; Tête est très noble dnns \q sens de personne (j,). ,.
Parmi les substitution* figurées, une des plus fréquentes dans le style noble consiste, à désigner une chose par le nom d'un objet qu'elle rappelle ou qui en est l'attribut et en djevient le symbole. Ce genre de trope est fréquent chez Racine. Qn trouve à chaque instant dans ses tragédies Couche ou Lit, pour mariage; Diadème, Sceptre, Trône, pour royauté; et, ce qui lui appartient plus particulièrement, Encensoir ou Tiare,
pour prêtrise.
Mais, s'il emploie, avec à-propos et justesse, ces diverses sortes de figures pour donner au langage plus de variété, d'éclat, d'élévation, il ne bannit pas pour cela le mot propre", comme l'ont fait trop souvent ses imitateurs. Use sert volontiers du mol/rein, mais mors paraît également dans ses vers ; faix n'exclut point fardeau; m captif j prisonnier; n\ fer et acier, glaive et couteau. Le soin de la noblesse et de l'élégance ajoute à son vocabulaire des termes choisis et Televés, mais ne rejette point, ^e le répète, ceux qu.i app|irtiennent au fonds ordinaire, exact et précis de la langue.
Racine à largement contribué à introduire ou à conserver dans la langue irançaise de nombreux latinismes, qui, en même temps qu'ils l'enrichissaient, contribuaient à lui donner cette couleur antique quisied à la tragédie. Louis Racine s'est conten'.S, darls sçs Remar-
(i) C'est ainsi que Icspoctes grecs et latins employaient xôpa «? caput. De vnkmn gage, dans le sens où nous le signalions tout a l'heure, est le ptgnus des latins.
LA LANGUE DE RACINE
ques ( I ), de signaler d'une façon générale cette tendance * du style de son père ; notre Lexique en offre de nomb^^eux exemple^, qu'il serait trop lon^ d cnumérer. Contentons-nous de rappeler : Admirer pour s étonner ; Aj/ccter pour ambitionner; Affliger pour accabler ; Applaudissèment, au singulier, pour approbation ; Celer pour cacher \ Commettre pour confier; Conseil pour résolution ; Destiné OM fatal pour Jixé', déterminé par le destin ; Domestiques pour, appartenant à la maison; Ejjusion, au propre; Monstre pour action monstrueuse; Nccu, Neveux pour descendant, postérité; Super l^c pour fier, orgueilleux, etc. -
Parfois le latinisme est dans la cun-truciioii des verbes, des participes : Divi^ de pour sépare de \ Invoque sur ; Inspirer -dans; Monter pris aciivenieni, etc.; voyez encore ci-après ï Introduction grammaticale] à l'article Verbes, Participes. Parfois la tournure entière,, ou peu.l'en faut," a passe du latin en français, avecla pensée qu'il s'agissait de rendre, comme :
Un roi victorieux vous a fait ce loisir (IV, 86, Poés. div., 33). buis-jc, .sans le savoir, \a /ahle de l'armée ? (Iphigénie, vers 734).
façon de parler que nous rencontrons non pas seulement chez Horace et Ovide, mais*aussi chez Corneille et chez Molière, et que, comme au reste plus d'une autre tirée dû latin, Racine n'a pas été le premier à introduire en français. Nous, ne parlons pas des latinismes tout techniques et scolastiques, qui consistent simplement" dans i'emplpi, en prose, d'un terme latin à peine francisé, tel, par exemple, que le mot disquisition. . A côté de ces emprunts faits à la langue latine qui, chez notre poète, contribuent, dans certains sujets, à
(i) Remarques sur les trd-gédies Je Racine^ tome F, f" 12 r» édition de 1752. '
^LA LANGUE DE RACINE
donner au style un caractère de vérité historique, il faut dire qu'on trouve çà et là, môles à l'antique, quelques détails de langage qui troublent Tharmonie. On peut s'étonner qu'il-n'ait pas remarqué et évité ces disparates. Dans sa lecture de la Traduction de Quinte-Curce par "Vaugelas, il se montre choqué de ce qui, dans un sujet ancien, rappelle nos croyances, nos façon^s de parler modernes. À l'occasion dos mots : « Bon Dieu! » il fait la note suivante, fort juste assurément (tome VI, p. }\j) : <( lixclamation assez étrange en traduisant Q. Curce. » 'Mais cela ne Tëmpéche pas, dans ses Remarques sur t Odyssée, de se 'servir lui-même d'expressions qui ne semblent pas mieux à leur place. En effet,
^il y parle de jeunes gens qui « vont au bal » (tome VI, ' p. 1 1 2), de la boutique de Vulcain (p. i ^4), de \&/régate
■ {p. \o:) et des ^ens d'Ulysse (p. i4<;). C'est en plaisantant que, dans une lettre de lObi (tome VI, p. ^91), il parle de là miche dont Enée ferèa la triple gueule de Cerbère ; ;mais c'est sérieusement qu'il est question de « pèlerins » dans les Remarques sur Pindare (torne VI, p. 14), et qu'il nous dit dans^^ traduction de la Vie de D/o^^/it' (tome V, p. 511) que ce philosophe laissait aller ses enfants sans pourpoint. Dans un passage traduit du liire de Job (tome VI, p. 184) il parle de valet. Ailleurs, il résume en ces termes un morceau d'Horace : «( Contre régaliié dv.s péchés » (tome VI, p: 3 28) ; ce
" mot ne se prêtait pas à la signification profane, comme le faisait alors celui de reliques, qu/lui aussi, n'est plus
. guère qu'un terme spécial, à peu près tout chrétien, l'îiais que Racine a pu prendre encore au sens général de restes dans Baja^et (vers 87 ?) et dans Phèdre {wers'
Ce sont là des fautes de costume ou, comme on dit aujourd'hui,' de couleur locale, non moins dignes de ' remarque, ce me semblé, que l'anachronisme de langage relevé et blâmé dans Vaugelas. Leur excuse est
LA LANGUE DE RACINE
de se trouver dans des notes ou des exercices écrits au courant -de la plume, non destinés à la publicité, et sur lesquels la critique n'a nul droit.
Mais quelques-uns de ces défauts d'exactitude historique se rencontrent'jdans les cliefs-d'œuvre mômes. Louis Racine a relevé avec raison, dans* Ba]a:^ct y* (vers 1598), « les mâne^ de sa mère », comme une. expression peu musulmane; appancnicni J^:ioyQz ce mot au Lexique) ne convient guère non plus dans la bouche des anciens ou des Orientaux ; et ce n'est pas sans quelque surprise qu'au vers î'27 é^Esfhcr, on- trouve « ce salon pompeux ». Enfin, on peut se demander si, dans ce passage de la Thébaide :
;)vt's
Quittez, au nom des Dieux, ces tr.Tpiqucr jh-;)
le mot /rj^/<7;;tT est bien à sa place. Nous ne parlons pas des inierpeilaiions : Madame, S'ei^^ncur, fori impropres aussi quand on y pense, mai^ si bien consacrccs par i'usage qu'on ne s'en choque pas, et qu'en, tout cas on ne peut les imputer particulièrement ni à Racine ni A Corneille, Quant au mot Parvis, qui est trois fois dans Atf)a(ie(wers 397, no-fet 1749;, ce s;2rait être bien délicat et môme peu exact que de vouloir, comme i^n l'a ' fait, croyons-nous, J'exclure du langage biblique, sous prétexte qu'il serait de crcatian. trop moderne. Il y a pris dés le xvi* siècle (i) et y garde très noblement sa place, et Racine pouvait s'autoriser de l'exemple de Le Maisire de Saci, qui plus d'une fois en a fait le fnéme usii'ge que lui dans la traduction de la Bil^lali).
A14 reste, il est juste de remarquer que les faut^es de ce genre, môme- bien, réelles et frappantes; passaient
(i) M l.ittré. dihïs son Dictionnaire, cite un exemple de CjJvin (2) Voyez, par exemple, au chapitre VII; verset 13 et au chapitre VIII, verset G4 du livre III des Rois^ dont la version a paru cinq ans avant Athalie.
LA LANGUE DF RACINE
alors inaperçues, et nous ne pourrions en faire à Racine un reproche particulier, si sa judicieuse remarque, au sujet d'un passage de Vaugelas, ne nous montrait que son goût devançait en ces matières celui de son temps. ■ Nous arrivons à. un des point,s Jes'plus importants et les plus diflicilesde c tte étude : à la détermination' de la part vraiment personnelle de Racine dj^ns la formation dj son vocabu^aire poétique,
Déjcà, pour Corneille, dans la préface de son Lexique, noL'3 avons eu l'occasion de constater qu'un grand nombre d'expressions, considérées par ses cômmentateuns comme créées par lui, n^ devaient pas lui être attribuées, et qu'un examen quelque peu attentif des écrivains antérieurs, et surtout des anciens poètes, fait voir qu'elles remontent beaucoup plus haut. L'étude que- nous avons faite de la langue de Racine et des observations auxquelles elle a donné lieu nous conduit à, un résultai analogue, mais plus surprenant encore. En effet, si Ton blâme les commentateurs et les critiques de Corneille de ne pas' avoir fouillé les origines de notre théâtre, que dipc de ceux de Racine qui, avant d'écrire des observations sur ses tragédies, n'ont pas même relu Corneille ?" Abord .pour arrivée .{Iphi^ifhic, vers 341)^ que Louis Racine regarde comme hasardé par son péré, se trouve très souvent dans Corneille. Affable {A thlnlic, vers 15:5), qu'Aimé Martin estt(inté d'attribuer à Racine, date au moins du xiv« siècle; « Le Bruit de ma faveur » (Brilannicus^ vers 1605) otï Laharpe a voulu voir une expression nouvelle, peignan)^ le mouvement, l'agitation, yic tumulte qui' ont ' lieu autour des gens en faveur, ^ippartient à la langue la plus courante du xvii'?- ^iècle, eî: le bruit veut simplement dire ici la nouvelle, Oharmes, emplo)fé en parlant dé Bajazei i vers 1.38) semble au même Laharpe un trait' de mœurs î (^ Ailleurs qu'au Sérail, dit-il, le poète n'eût pas parlé des. charmes d'un homme. » 11 oubli'e
LA LANGUE DE RACINE
que ce mot avait été déjà employé par Racine même, d'une manière tout à f^it semblable, dan-s sa tragédie d'Alexandre (vers B73). « Oliatouilloicnt de .mon cœur l'orguci/leusc foth/csse », expression heureusement placée dans Iphigénie (vers 82), et' attribuée en général à Raôine, n'est pas non plusde son invention, et remonte au moins jusqu'à Ronsard. DJlruirc, en parlant des personnes, m Mithridate ddtruii »■ (N-crs 92n,''*Sùire création, nous dit-on encore, de Racine, se lit dans Corneille, et on le trouve même a xmQ époque fort antérieure^. Ce bel hémistiche du récit cfc Théramène : « La terre s'en émeut )> (vers 1^2^. est textuellement dans la Première semaine de du Barta^ ; nou'^, ne prétendions certes point que Racine ïv ait conJO. -irais cela encore nou'^ avertit qu'il ne laut pas imp >j hâter de" faire honneur au vocalviiliire dir wii' ^Ivcle iTexpressions et de tours qui ^e rencontrent déj;'i dans le stvle', souvent hasardé. m:\]< pariois au^si ^iiVLCulièrement heureux, des poètes de rcpoque piécédenlt-. Naissan/, dans le -^ens dù'ieune, « Ncion rhi:'^:;jiif » i Br:fanniçus, vers 29), qu'on peut eiKore être tenté d'attribuer à Racine, se trouve dans les Conversations i^a/anfes de René Bary. Enfin Rebrousser i A/Z/j/zî-, vers 11^40), qui, suivant Aimé-Martin, n'existait point sous Henri 'IV, et que, dit-il, on cherche en A'ain dans le Dictionnaire ae Nicot, y est cependant sous la forme de rebourser-rç^x remonte»" au moins au xiir siècle, comme l'établissent les exemples rapportés par M. Littré.
On voit qu'on ne trouve pas dans les œlivres de Racine d'acceptions de mots, inconnues et frappantes, 'forgées par lui pour prendre place dans le vocabulaire tragique, très difificile à enrichir de cette manière. Dans la comédie des Plaideurs^ et ailleurs çà et là, dans le style famiher, il semble avoir créé quelques mots et slîltout quelques acceptions plaisantes. 11 pourrait bien être l'auteur de cet adverbe interminable : Conipendieu-
LA LANGUE DE RACINE
^emcnt,' dont V Intimé se sert ^vers 794; pour annoncer, 'c plus longuement possîbie, qu'ilva parler brièvement, et qu'il a trompé quelques personnes par son étendue môme : on s'est figuré assez souvent qu'au lieu de. sitrnifier en abrégé, ce mot voulait^^dire lentement, en. détail. Dans la même pièce £/îaiz'i/ (vers 576), qui est ancien dans la langue, mais qui ne s'y employait guère qu'en parlant des futailles, est plaisamment appliqué aux personnes. Pour Emhourser des coup^ (vers i 58), expression fort originale, et dont, on lui^a parfois fait honneur, il n'a que le mérite de l'avoir bien placée ; mais il l'a prise à Rabelais. Dans une de ses lettres^ il nous prévient, en badinant,^ qu'il forme le mot ensaboté, à l'imitation d'encapuchonné, q-tii a passé, dii-il. H nous explique en ces termes le latin moratores aut palantes : >< c'est ce que nous appelons /ra/«ears », ce qui prouve
•qu'on employait de son tenips cette expression, à laquelle on a substitué traînards, et qu'il ne l'a point î"orgée. Mais les indications de ce genre n'abondent pas-, et nous avouons humblement que nous ne.savons à quoi nous en tenir sur emphasiste, interpositeur,^judicieï,- quolibeticr^ rhétoriquement et saturité, qu'on trouve dans sa correspondance ou dans les notes qu'il rédigeait pour son usage. 11 emploie dans uTje lettre de 1698 écol pour '
" convijJe ; a-t-H été le premier à s'en servir dans ce sens r 'Il es/ plus que probable que Jansénien^ que M. Litiré marque d'une croix et qu'il appuie seulement de l'auloriié de Voltaire, 'à laqueWe il aurait pti ajouter celle d'une poésie de la première jeunesse de Racine (i), n'a pas été créé par lui. 11 a dû, bien pu tout au moins, l'entendre à Port-Royal, ou le lire dans quelque ouvrage de
■controverse. 1
. 11 n'y a nul compte à tenir ici des fabrications techniques, tout occasionnelles, />o/^//^ et tabléiié. Ils ne font
(i^ Voyez au tome IV', p. 2o3, vers 24.
LA LANGUE4DE RACINE
pas plus partie dé la langue de Racine dtie leurs équivalents grecs, ainsi traduits par lui, ne (ont partie de la langue de Platon. ' ~ . .
Mais; ce sont là d'in^signifiams accessoires, qui nous ^nt fort écarté de l'étude du langage tragique "de Ikacine. Nous y revenons.
Un procédé naturel à notre auteur, et qui est moins un artifice qu'un instinct de son génie, c'est d'introduire dans le tissu même du style le plus relevé, des exprès-, sions familières qui en font partie si intime, et s'ennoblissenL.,si__bien par le contexte, qu'il faut quelque attention pour les distinguer. Le* plus habituellement, elles naissent de la situation. Ce spnt souvent les scènes. * d'ironie, si fréquentes dans les tragédies de Racine, qui les amènent et ics font passer. Nous renvoyons en particulier, dans le Lexique, aux expressions suivantes, "dont les unes sont décidément familières, les autres de ton moyen, mais plus près, ce nous semble,, du style familier que du style noble : faire IWniour ; faire C Apprentissaçe Je ; Apprivoise; courir Après; Assassiner^ pour fait ^^uer, chagriner; Caresser, au. figuré paurfat- Jer^, chercher à. ^a^ncr ; payer Cher ; vendre Chèrement; caché en un Opin ; Couleur, pouv. préicxtc, apparence^ et ■ Colorer dans un sens analogue; Congédier; Content, . satisfait, ne demandant rien de plus; Conter; Coup; Cn; Crier ; Découler, en parlant d'un sarlg illustre dont on tire son origine ; Rvouter, au figuré, pour écouter avec complaisance, favorablement; Eh'endre, pour comprendre ; . Femme, au sens d'épouse ; Flanc pour le côté, ou pour ie sein maternel : Flotter, être dans V incertitude ; de quel Fronts... en Fureur; en Furie; une Furie; le cœur Gros de soupirs ; Hurlements ; Interdit ; Jouet ; Manie ; dire deux Mots ; donner dés Noms ; donner sa Parole ; dé ce Pxis, etc. Nous pourrions ajouter des expressions proverbiales, comnrle ce vers de Britannicus (713) :
Çe$ murs mèmti, Seigneur, peuvent avoir^des yeux .
mmmmimmmmmmm
LA LANGUE DE RACINE
Dans, une langue aussi faite, aussi fixée déjà que retailla nôirc au temps de Racine, quant aux mots pris un à* un, l'invention en fait de lan<^age ne peut plus guère consister que dans l|j^allianG^s de mots et dans fes tours. On a peut-être eWgéré l'importance de cette sortC'de création dans notre auteur, et là encore on lui a attribue plus d une fois ce qui appartenait à ses devanciers. Mais il demeure certain que nul n'a- été plus habile que lui en cette manière d'inventer, qui convenait si bien à la délicate souplesse de son talent.
(( On s'aperçut, dit Louis Racine, qui le premier a insisté, à propos d^Andromaque, sur ce mérite du style de son père, que le poète, en inventant, non des mots, mais des alliances de mots et des tours de phrase, faisoit pour ainsi dire une langue nouvelle ; et ces tours, qui ne nous étonnent plus aujourd'hui, parce qu'ils sont devenus familiers à la langue,, furent critiques et applaudis : critiqués par ceux qui étoicnt servilement attachés à la grammaire, et applaudis par ceux qui sentirent que c'étoit donner à la langue de la grâce et de la noblesse, que de l'alfranchir quelquefois de la servitude gramma-"
ticale (11.»
11 serait impossible d'énumérer ces tours, ces alliances de mots, et même assez ditlicile de fixer les catégories' diverses vt les chefs principaux auxquels on les pourrait ramener.
Un de leurs grands charmçs est, du reste, cette
variété même.
Tantôt un substantif est vivement déterminé, par un
autre Substantif •; ,
Tous nus p>is vers vous sont auuint de p.frjures.
.Andromdque^ vers 4H(..)
Tantôt un nom abstrait est suivi d'un autre nom concret, précédé de la préposition de- : h Fureur du --Lin'C,
il, Remarques sur les tragédies de Racine, tome 1, p. i 3o.
LA LANGUE DE 'RACINE
y f Horreur d'un cachot', et^ la locution ainsi formée
exprinie d'une façon plus animée et plus poétique l'idée
.. qu'on rendrait au moyen des adjectifs : le glaive furieux,
un horrible cachot. Dans Alexandre, la Terreur de. ses
armes signifie « la terreur qu'inspirent ses armes ».
Les objets matériels, les conceptions abstraites sont doués par le poète de la vie et des sentiments qui n'appartiennent qu'aux êtres vivants. Il parle de soupirs qui craignent de se voir Repoussas, de portes qui noircissent quà une personne.
Le plus fréquemment, l'artifice consiste dans le choix habile d'une épithète jointe à un terme qui .ne la comporte point d'ordinaire, et qui prend de la circonstance une énerj^ie particulière, ou forme une antithoc avec le sjubstantii auquel elle se rapporte. /.\insi : tw) fidence Auguste; i'Oricnl-DJserts pourdire seii!ement-*qiie Bérénice ne s'y trouve point ; naufrage Elcvc \ charme Empoisonneur; frêles Avantages : jeune Eclat \ veux Eperdus; Incurable amour; ^^loire Inexorable; ofense longtemps Nouvelle ; honneurs Obscurs ; déserts Peuplés ■ de sénateurs ; Timide vainqueur'.
Il arrive qu'un adjeciif qui se dit proprement des choses favorables et heureuse^, prend de la nouv,eauté si on l'applique à un ordre d idées différent : Fidèle en foutes ses- menaces.
Parfois, c'est un verbe hardiment transporté d'un, sens tout physique au sens moral : Boire la joie ;jïe Respirer qu une retraite prompte. \Jn autre, gardant son sens physique, forme une figure poétique par l'ingénieuse impropriété de son sujet; dans Athalie (vers 8), ce he sont point, des flots, c'est le peuple qui Inonde les- parti-ques. Nous n'avons pas besoin de dire que la métaphore, au fond toute semblable, mais devenue si commune, de Flots dépeuple, se renco'ntre en plusieurs endroits de Racine, sans y paraître plus remarquable qu'aillejurs, et qu'on trouve dans sa toute simple prose C Inondation des
LA LANGUE DE RACINE
François (tome V, p. 249; c-omparez p. 257), et un
Déluge d Ailcmandî\ibid., p. 2O3).
' • Ici, Je verbe ,a deux compléments. Tun physique et
l'ai'tref^abstrait, comme dans ceiœ expression : Coii'on-
^ ncr ma tête et ma Jldmmc. Ltà, il y a'plusi»eurs sujeîs,, et
, l'emploi tout naturel du premier sauve la hardiesse des
V suivants (1) : '
.... Tout i/or/, et l'armée, et le<; vent.-;, et Neptune.
, (fphigénie, vers 9.)
ailleurs, il Trappe par sa vive antithès.e avec ce qui le précède* : ,1 \ , ■■ . ^
^ Dans une longue enfance ils l'aqroient fuit vieillir.
(Briliinnicus, vers 190.)°
Parmi lés alliances de mots qu'on a crues mal à propos nouvelles chez Racine, nous nous -bornerons à citer
, comme exemples de fausses attributions : cœur Gros 'de soupirs (Phèdre, vers B4O; Commettre s^s jours à quelquun {Ba/a;et, vers 1712). Ses commentateurs l'ont loue de les avoir .imagmécs : il suflit d'ouvrir, aux arti-
I clés Gros et Coffuneftre , notre Lexique de Cornei/ie, pour voir que l'éloge n'est pas fondé. .
Les grammairiens ont, aussi souvent. que les critiques, allégué légèrement et à^contre-seris l'autorité de Racinç. Ils l'ont fréquemment invoquée à l'appui de règles grammaticales qlii, dé son temps, n'existaient pas. encore où étaient du moins lort irrégulièrement observées. Pour prouver que u tout adverbe.... est invariable.... avant un adjeciif féminm qui commencé par une voyelle », Girault Duvivier cite, dans sa Grammaire
:,i" L'fphiffénie est de 1674. La Fontaine, qui publia cri 16G8 les sir premiers livres de ses I^'ables^ a dit dans ia 3' du livre lll Le loup Jevenu herser -.
Son chien dormait aussi, comme aussi sa houlette.
LA LANGUE DE RACINE 20
i-ffikjrr.im'iiMres (il, ces deux exemples de Racin-e :
C'est Vénus tout entière à sa proie attachée {Phiir?^ vers 3o6). Et mon âme à la cour s'attacha tout entière (ithalie, vers 032).
et afin de témoigner du soin, qu'il a mis à vérifier l'orthographe de ces citations, il nous avertit, qu'elles sont tirées de Tédiiion de P. Didot. Mais P. Didot a corrigé Racine, qui avait écrit toute (voyez tomeJII, p. 12^ et 657), et dont ainsi le témoignage tourne contre celufquj l'invoque. - .
Ce n'est là, du reste, qu'un exemple entre mille He ces textes cités à faux (2) ; qui voudrait les releyerum à un dans nos grammaires, renverserait facilemcRt la base fragile sur laquelle reposent bon nombre cicb règles subtiles, aujourd'hui i^^énéralement -suivie^, qui y sont
enseignées.
Nous n'avoHb vuul^ qu'indiquer lei le^ e(*n-equenceb qu'on peut tirer de notre travail. Pav le simple rapprochement des passages de Racine exaétcment cités sous certains mots du Ixxiqucou, selon l'ordre des pariiesdu. discours, dans ÏJntroductio'i ^i^raninuliai/c, jes blâmes, les admirations, les étonnements de plusieurs générations de critiques et de grammairiens se trouvent.cn partie réduits à néant. Nous attirons sur ée ppintrcïttention dû lecteur, sa^s prévenir, en chaque circonstance, les réllexions qif^il'fera aisément de lui-même. , Les observations très sommarfes -q-ue, nous venons de -présenter .ne font, d'une part, que marquer quelques sources d erreurs, et de l'autre, qu'ouvrir Certains points de vue,, inviter à des trav^aux plus- développés, plus ap fondis. . '
(1) Seconde édition, 1S44, tome I, p ^2(>.
(2) Conlcrez dam, le Le ^.iqti^ic mol Avcul.
ippro-
Mi
Hi
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Essai
sur la
Langue de La Fontaine
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Essai sur la Langue de La Fontaine
' ■ l.e manicmcntct cmplotic des beaux
esprits donne prix h la langue, non pas l'innovant tant, comme la rcnif^iissant de plus vigoreux et divers services, l'estiraht et ployant.
(Montaigne, A'.y5a/.v, iiv. III. ch. 5.)
Quel sujet que rcxamcn de la langue de La Fontaine'.... c'est l'étude de la tangue française elle-même dans tout ce c^u'elle a de plus noble et de plus fanriilier, de plus railleur et de plus tendre, de plus simple et de plus élégant. Il nç saurait**^ avoir pour le public un meilleur centre d'observation. Les auteurs plus modernes lui apprendraient peu de chose, les textes plus anciens le" rebuteraient ; mais La Fontaine, qui nous a charmés tout enfants, ne peut nous paraître, un étranger : nous croyonsi ie comprendre, parce que nous le savons par cœur, et nous sommes très disposés à écouter ;de bonne grâce celui qui promet" de nous parler de ce charmant écrivain, et de nous aider à le mieux connaître.
JPar malheur, l'auteur du livre que nous avons sous les yeux a négligé volontairement la partie la plus curieuse de son sujet. Voici comme il s'exprime dans son avertissement : « Ce n'est pas un langage, un style
posillfs eX' artîstemcnt mesurés qu'il faut employer lorsqu'on veut écrire desiabjes, des contes, des épi- ,^rammcs, des poésies fugitives. -^ Puis il annonce qu'il ne s'occupera que des singularités et des exceptions.
Nous croyons volontiers ..\uQn sa qualité de fabuliste, M. Lorin a longuement rénêclii sur le style de l'apologue; mais c'est bien à tort qu'il semble se reprocher coïîimc un paradoxe, ce qui n'est au fond qu'un lieu commun. ,Les développements qu'il dédaigne pou\'aiënt seuls donner quelque nouveauté à ses assertions.
Lorsqu'on examine le" style d'un grand écrivain, il y a deux excès à.éviter. L'un consiste à négliger sa langue habituelle pour s'attacher exclusivement à quelques . raretés grammaticales d'une importance secondaire ; l'autre à faire l'hisioircapprofondie de chaque mol. Uy aurait, ce semble, un milieu à tenir.- Il faudrait réserver les remarques étymologiques et grammaticales pour les endroits où elles sont indispensables, et accorder une large place à l'examen des divers procédés qui contribuent à donner au style de nos auteurs classiques une originalité si grande.
Voyons avec quel talent La Harpe se dédommage d'avoir échoué dans l'éloge ofTiciel de La Fontaine ; écoutons Marmontel lorsqu'iloppose la recherche prétentieuse de La Mothe au style si'simple de notre fabuliste et qu'il parle de ce dernier avec esprit, avec finesse, et, mieiijc que tout cela, avec amour. Passionnés pour les beautés, attentifs aux fautes, ils réalisent presque complètement l'idée cju'on doit se faire de ce sage ami que Boileau souhaitait au poète.
Cette extrême sensibilité, justement reprochée à leur temps, et qui, applicjuée aux idées morales, n'était exemprte ni d'affectation ni même d'hypocrisie, devient pour le critique, pour le grammairien, une qualité pré- - cieuse. Il ne reste indifférent à rien, il se laisse entraîner sans scrupule, sans arrière-pensée par tout ce qui lui"
ESSAI SUR F-A LANGUE DE l^A FONTAINE 211
;' paraît beau ou touchant ; mais la moindre çrreuç., la • moindre incorrection le choque ; parfois môme, il laui l'avouer, sa délicatesse ressemble uç peu à celle du Sybarite, et il est offensé d'une hardiesse louable ou dune ^beauté un peu rude, comme d'un véritable, défaut.
Il faudrait savoir' rentrer dans cette voie, toufea tâchant d'éviter Texagéi'ation. Les critiques de nos jours n'"ont point, comme l^a Harpe et Marmontcl; l'avantage d'une tradition presque immédiate, dont à coup sûr ils sauraient mieux profiler ; mais i'étu Je les a encore plus rapprochés du xvu" siccle ique le temps ne les en a éloignés. Aujourd'hui, k langue de cette époque est assez bien connue pour qu'un philologue excrccpuissc expliquer les irrégularités .apparontcs. éclaircir les constructions obscures, fixer approximalivemeiit l'âge des .mots ; toutefois", s'il veut que son travail oifre un intérêt réel, il doit, en outre, distinguer avec soin les divers éléments dont le style de ison auteur se compose, examiner avec quel an il les a combinés, et chercher à pénétrer le secret de son talent.
Nul poète ne prétait, autant que La Fontaine, à ce genre d'étude; il accepte plus complètement quc-tout autr*e le vocabulaire de son temps ; il ne blâme pas, comme Boileaii ou Molière, les afîectations à la mode, et sait au besoin s'en servir et se les faire pardonner. En adoptant le (angage de la cour, il ne fuit ni les provincialismes ni même les patois; souvent, il emprunte des" expressions à sek prédécesseurs pour i^ndrç plus fidèlement toutes les nuances de sa penséc>sp^rfois enfin ' nous surprenons avec éionnemçnt dans ses vers une alliance de motstcjiû semble appartenir à l'un de nos contemporains. Nous ne pouvons songer à recueillir ici . tous les passages\que ses œuvres nous fourniraient à l'appui de nos assertions ; nous nous contenterons de soumettre au lecteur un certain nombre d'exemples.
Dans le cours de cette revue, nous rencontrerons fort rarement M."Lorin t,ur notre route, car ce sont précisément ses omissions que nous nous proposons d'indiquer ; mais en terminant, nous reviendrons à son livre pour l'examiner en lui-même. - ^
Nous n'entreorendrons pâs de justifier La Fontaine comme maître des eaux et forêts,, ni d'établir contre Furetière qu'il ait su bien nettement ce que c'est que bois de orumc et que bois de marincnleau{i) ; ma\s l'étude riiôme la plus superficielle de ses œuv^res prouve qu'il connaît à fond le vocabulaire de l'économie rurale, et ujie des nouveautés de son style, si abondant en nouveautés, est d'avoir transporté dans la littérature la portion la pJus naïve et la plus pittoresque de.ce langage. 11 dit fréquemment-faire WwOt pour faire la moisson :
Je„vous paierai, lui dit-cUc, Av.int Vaoût, toi d'animal, Iniérct et principal (a).
Kciiiucz votre champ dès qu'on aura fait ['août (Z) . [:aoùi arrivé, Ui^touzelle est sciàe (4).
Apres avoir rapporté los deux premiers exemples que nous vêtions de citer, M. Lorin" termine en disant : « Je rc^'retie avec Voltaire que nous n'ayons pas, comme le faisaient les anciens éci-ivains français, conservé à ce mois son ancien nom Sau^-usle. »
(I i:ytfr. VII. 7.
(j) Liv. I, tab. 1, 12.
\-\) I.iv. V, fab. IX, 10.
(^) Liv. IV, lab. V, So.
m , rc
..-Ml
C'est \\, il faut l'avouer, un rapprochement bien lallieureux; rien ne peut mieux faire ressortir ce que la }forme réclamée par Voltaire avait d'inconsidéré que les passages de La Fontaine où le mot d'août entre dans des ^Ilicismes si élégants. Qui s'aviserait de dire -
Remuez voire champ dès qu'on aura lait rau^usle.
Voltaire, aurait certes reculé devant une semblable conséquence ; du reste, quoi qu'il fut assez peu versé dans la littérature du Moyen-âge, il n'a jamais prétendu que nos anciens écrivams se soient servis du mot ano^uslc pour désigner le moi,s ' d*ui)///, et i! savai; fortbien qu'il proposait une innovation où piiitût un retour à la t'fa^ition latine.
- • Qu.mtaux mots .^r/Vr et Tou;cl!i\ qui <c tronvcin d/ms un des vers que nous venons de citer, j'i . appanieaneni aussi tous deux au langage de ra-riciiItaVe. Dans le récit de Rabelais, que La- Fontaine imite ici, c'est scier [\) qui est employé ; on disait aussi plus anciennement Sivcr, etri^l^rnière forme, qui se trouve dans Bqaumanoiru) e^BRs.Ie..Mtv?j^-/tT de Pjrisi^), est la seule en usage parmi les cultivateurs du département de la Seine. '^^^^
La 7V«^(?//cf est une sorte de froment dont l'épi est sans barbe ; ce mot paraît tiré du vieuK verbe fou-cr, tondre, qui $e trouve encore dans Marot.
Le nom de ce grain assez peu connu est d'un excellent effet dans le conte ojj il est placé, car il rend pkis vraisemblable la nvéprise du diableteau qui /
• N'avoit encore tonné que sUr.lcs choux (4), « Kt ne scavoii ne lire ne Ascripfc,(5}. »
(i) Pantagruel, \iv::V\ch.}iï\l.
(2) XII. II. et XXXII, a3. .
(3) Distinct. Il, art. Il, t. II, n .1^
U) Liv. ly, c. V, 45. : '
(5) Pantagruel, au lieu cité.
214 ' ESSAI SUR LA LANGUE Dlî LA FONTAINE
. Et l'on conçoit Ibrt bien quil réponde :
... Comment Jis-ui :
Mémoire n'ai d'aucun De cette sorte ( 1)"
. . . Jonjelle?
^r:\\n qui s'^ippcl
Les instruments aratoires sont spécifiés sans circonlocution et par leurnom particulier : "
Bon viM.tgcois. h qui pour toute ferre, Pour tout domaine, et .pour tout revenu. Dieu ne donna auc ses deux bras tout nu^, Kt son iouchety dont pour tout ustenSille Pierre taisoit subsister sa famiiic (a).
Suivant rAcadémie, le louchet est une « sorte de . hoyau », et le hoyau une « sorte de hôuc à deux fourchons, propre à 'fouir la terre ». Dans Furetière, la définition est semblable, mais la description toute diilérente ; l'anicle est ainsi rédige : « Espèce de hoyau propre pour fouir U terre, qui est plat et tiré en droite ligne avec son manche, qui ressemble; à une pelle ».
"^ Au lieu de dire que le icuchel est une sorte de hoyau, il fallait dire que c'est une sorte de bôche.
Olivier di?^S^res, parlant d'un travail qui doit être fait à la pelle ferréeT^jOute qu'on lanoprme « en France bcssc et en Languedoc Iuchc( {/]T^ Lqs auteurs du vocabulaire provençal publié à' Marseille en 1785 traduisent Louchet par le mm lichety et remarquent qu'en fran^ çais cet instrument est communément appelé hêchc. Ménage observe qu'on nomme /ouchcf.en quelques endroit? de Normandie, ce qu'on appelle à Paris une
héchc. ■--■■': ~ ' ■
"Eiifm- on. trouve, dans Monsirelet, k /c};/c//^tet autres . insirumens pour reffairé et ahonnier les chemins (4). »
'(2) Liv. ly, c 'X, 2 3. i ,
(3) Théâtre i'agricuU., y éd. ; Paris, i6o5, xa-4^, p. jo.
(4) Édiudç 1572, vol. I, fol. 18.
Un instrument à deux fourchons serait très peu propre à cet usage, et il est évident qu'il s'agit ici d'unebOche ou d'une pel!e de fer comme en ont encore aujourd'hui les cantonniers et les soldats du génie.
Pour tout conclWcr, JE ncyclopi^ilic et la plupart des lexicographes postérieurs ont défini le louchct : ^ofitràc hoyau ou de béchc ; mais leur description, comme celle de Fureiière, se rapporte toujours à ce dernier instrument..
Quelle que soit d'ailleurs l'opinion des Dictiom^iires, "\a Fontaine entendait désigneriez la bûche, ciril indique l'outil dpnt il parle comme le seul que pos-.é,d:U son héros, qui était ce, que nous appelons à Pnri'^ un v/jn??cher, et àtjui, par conséquent, la bOche éi:Mi inJispcnsâblc. Le hoyau n'aurait pu servir J'in^^triiinj::: .pr^-icipal qu'à un vigneron.
Dans une des fablc> de La Fcjnîain'j. um pii'ilo'^ophe ^cA'the \-i^ite un "^ago a;.;r:cu!teu'." et le tmi.ivo qui;
i;i -cPpc .'i 1.1 ;r!:i,n.
j \)c sci nrt-ircs ;'; îrcit r-tr;jr)c'.i')it iirnitiic,
j h'\inc.'!<ut, cnto/i i"ir; àloa ceci, ccl;;(!)-
Ce^mois sôiU toujours employés avec le plus rigoureux à-propos. Ebranchcr 'jst un terme très général qui signifie seulement ôtei* des branches, soit, comme ici, afin de soulaÇer l'arbre;, soit tout à fait au hasard, comme dans cet autre exemple : ^ ^
Un jour dcrns son'jarJin il vit notre ccolicr^ (/ai,'^rimp:int sans é!;;iril sur un arivre fruiti'j;-, Gfiioit jusqu'aux .boutons, douce et Irc'e c" p t MVce. Avjnf courtursdfs biens quft-nronict 1',; bon, lance : Mt me il ebrnuchoii l'arbre ('T.
Emonder, au contraire, a un sens beaucoup plus restreint. '
(x> Liv. XI i, lab. xk, S.
(a) Liv. IX, fab. v, xa.
u C'est, suivant Olivier Je Serres, oster Iq mort et rompu •). C'est pour cela que La Fontaine, rappelant les justes plaintes de l'arbre contre l'homme, s écrie :
Q vie ne Vémo-iJoit-nn, sans prendre !j cognJe^(ij
Le phi^{)V^phe sc)'the ne fait point ces utiles distinctions. De rietour chez lui,
Il tronque son verger conire toute raison, S.ins Gltservcr iemps ni iaisun.
Lunes ni vicillci m nouvelles.
Cette expression : tronquer son verger, fort conforme à rétyrhologie,, n'est cependant pas autorisée par l'Académie, qui n'admet tronquer au propre qu'en parlant des
statues.
Non-seulement La Fontaine emploie le mot enter dans son- sens jprimitif, comme dans. ce passage : ,,
Le iroibieme tomba d'un arbre- ' '*"''
(^ue lui-nuMiie il voulut enter {i).
mais dans une de ses lettres à sa femme, il décrit ainsi l'abord de Bellac :
Ce.sont morceaux de rochers Entés les uns sur les autres, ht qui lont dire aux cochers " ' ■ De terribles paten(*)tres (3).
Et dans Pi^ycht' \\ dit encore, avec plus de hardiesse : M Ce visage d'Ethiopienne cn/J sur un corps de Grecque, sembloit. quelque chose de fort étrange (4). »
Notre auteur a fort à propos conservé le mot rjW/tV, si pittoresque et si poétique : ^
(i) l-iv. X. fab^
{2) Liv. XI, tab. VIII, 3i.
(3) 19 septembre i()63. Tome II, p. r")Ô7,edit. de .M. WaLkenaer, Pans, l.etcvre, i83S, 2 vol. jn-8«. •
(4) l,iv. il, tome II, p. -171.
ESSAI SUR LA LANGUE DE LA FONTAINE Un pauvre bûcheron tout couvert do ramèe '\).
Ce terme et le mot rameau sont les seuls, appartenant à cette famille, qui soient encQre en usage pour désigner des branches, du feuillage.
Ramure se disait autrefois de toute la tôte d'un v arbre. « Esmunder, eslaguer, étester, sont les œuvres convenables à la ramcure des arbres avancés, qu'on emploie pour abaisser l'orgueil, des jeunes et luxurieux arbres, et hausser le cœur aux vieux et langoureux (2). » " /"
Du temps de La Fontaine, il ne s'emplovait déjà plus qu'en parlant du bois du cerf : ^ ^
pas un (.l'a\ cnfiirc
N 'aperçut ni cor ni rninure, Ni cerl enfin (3)f. •
Nous' voyons, dans du Cange; qu'on app-lait. ct^r/" rj'fia^e celui dont la ramure-était poussée. ' " '
Ce mot ramjc^e, qui no signifie plus aujourd'hui branchage que lorsqu'il s'agit du dessin d'une étoffe ou d'un papier, était jadis d'un usage très fréquent: il se disait du droit fiscal au moyen duquel on était autorisé à CQUper du bois dans une forêt seigneuriale; il s'employait aussi en parlant de ce que nous appelons encore les branches diverses d'une famille, témoin cet aphorisme de Loisel : « Où ramao^e défaut, lignage succède (4). » Le lien commun qui réunit ces-diverses acceptions^ est facile à découvrir, mais- on ne devine point tout d'abord pourquoi on a appliqué ce tet-me au chant des oiseaux. Il faut remarquer que nous appelons encore ramiers les pigeons qui nichent sur les arbres, et que jadis on dési-
(1) Liv. I, fab. XVI, i.
(a) Olivier Je Serres^ page 722,
(3) l.iv. IV, fab. xxi, i3.
(4) Instituiez coutumière^, règle 342, ç.l. de MM. Dupin et Lahoulave.
2lP) F-^SAl SUR L\ !-ANGl'E DE LA FONTAINE
gnalt tous les oiseaux qui n'étaient pas pdvés sous le nom d\nscjii.v rama(;es. ' -
L'auteur inconnu du Môh^çicr de Pjr/.^^ commence ainsi un long morceau dans lequel, piochant aux tem- -mcs une soumission bien plus absolue que celle exigée depuis par Arnolphe, il raconte l'histoire de tous les Vhiens célèbres, pour leur apprendre ce qu'elles doivent à leurs maris : « Pour monstrer ce que j'ay dit que vous devez estretrès privée et très amoureuse de vostre mary, je mets un exemple rural, que mesmesles oiseaiilx ramages et les bcstes privées et sauvaiçes, voir les bestcs ravissables, ont le sens et industrie de ceste pratique, car les oiseaulx femelles suivent et se tiennent prouchairies.de leurs masles et non d'awtres, et les suivant et volent aprè^ cu-îx ei non après autres (ij. »
Ces rapprocfiements expliquent comment on a appelé le chant des oiseaux ram(xgc, à cause des rameaux sur lesquels ils chantent. Le sens du mot prouve la fustesse do cette étymologie, défendue par Ménaj^e, Furetière et- Charles 'Nodier. En etîet r.îWcT^"^ s'applique exclusivement au chant du bois, comme l'observe le Duchat (2), et' ne se dit, suivant !a remarque de l'Académie, que des petits oiseaux. • •'
Aussi, quoiqiie La Fontaine nous ait représenté, dans sa -seconde fah'e,
M, litre corhi-aii, mit un virbrepei-clu'.
il ne î^erait pas excusable d'employer ô l'égard d'un semblable anima] le mot' ramj.^c, s'il ne iaisau parler le renard, qui cherche àassimtlcr les cris de celui qu'il veut flatter aux chants harmonieux du rossignol.
Cette nuance a échappé à bien des écrivains que les V ^
(i) Dist. I, art. V, toaif I, p. <>i, (2) Oict. itym. de Ménage.
'^ ES^Al SUR LA LANGUE DE LA FÔNTAJXE 219
critiques du siède dernier considèrent comme plus X exacts que La Fontaine. On lit cfans UTie des satires- de Boile-au :• - ^ • : "
... il peine lescoq-î, commençant ieurVnnztT^e, ' - ,, 'Auront de cris ai;j;us trappe le vofsinage (n.
Et Regnârd, tenté par cette, rime, a Hit dans son
^ Joueitr (2)-: "^ ■ . *
Il est. pa.rbleu ! grandi jour. Déjà de leur t\Tn\i^e Les coqs oat éveillé tout notre voisinage.
Les gens de la campa;^no emploient souvent; en parlant d'eux ou de leur fumil!e, les noms des impcrt'eciions ou des maladies qui surviennent d'ordinaire à leurs animaux. Cette habitude n'a point échappé à La Fontaine.
Dans un de ses contes, une viliaguoise, t'raignant de mettre au monde un enfant qui n'ait qu'une oreille, s'écrie : ^ ■
(luoi! d'un jcnlanl j!ior..Tnt J'accoucherois.(3 .
-*' Ailleurs, un paysan, vantant sa ménagère, dit :^'
Tiennettc n'a vA sums ni walan\'irc(.\\
11 faut toutefois remarquer que certaines expressieus ' dont ori ne se sert aujourd'hui ^qu'en parlant des animaux,.étaient jadis d'un usage beaucoup plus étendu. A l'occasion de ce passage de notre auteur :
(I) Sat. VI. iS.
(a) Act I, I, I.
(3) 1 ivre II, c. f, 29.
(4) Livr« IV, c. III, 6i.
■.^pwa.
220 F,SSAI SUR LA ^AN(mJE DR " LA FONTAINE' %
' ^ 1.C beau c'orp^ 1 If beau t'u/r. ..'-.. .;^
M. Lorin fait la remarque suivante : « (Unr ne, se dit guère que de Ui peau des animaux. Quand on s'en sert dans le style familier, en parlant de la peau de l'homme, c'est presque toujours par dérision. >*
Dans ce p
assaiie de d'Aubifjnéi 2
I.c tia cuir transparent, qui tr.:hit sous la peau Mahitt.' veine en seri^jat, manu arthi-ic nouveau.
il serait bien ditlicile de' trouver quelque apparence de
dérision. ^7
Ce terme était d'uscài^^e habituel dans le langage médi- ■ ^al. Ambroise^Paré dil : « La graisse d'oye... est propre pour lértir et adoucir l'aspérité du cu!r{i).^ »"
{\ s'est môme conservé dans certaines locutions de ce genre, telles que : enirc cuir ùi chair, c(//V che.v^elu, etc. Ce n'est qu'assez tard que. toutes les nuances, introduites parla délicatessemoderne, ont décidément prévalu. D'Aubigné, que nous. venons de citer, employait ' Ns dans le sens général' de poitrine : -,
■ .Sur \on pis bl.>nchissanl 4a race se iicl)at (4).
' Le même poêle se servait aussi du mot poil pour désigner la chevelure : ' . ., .'
r.x ce tâcheiix apprcst pour qui \c piiil vou^ drcjssc. ■ (!\'-Nt ce qua p.is conte/, tiaine a soi la vieillesse ' 5 >..
Cette dernière expression s'est Conservée si longtemps en poésie, que Racine a dit dans Jphii^JntC(i\) <
0 i-iv. IV, c. Vin. 40.
< 1) Trafiques, i()i(», 10-4' iJ) \1\,- ni. p. 53o. .»• étl.
(4) Tra^rtanes, l|v, I, p. 4 (3) Ibid., liv. iV, p. 1S5.
(û) Act V, se. VI. ■24.
liv. III, p, 104.
•I von, Il il, in-taL
I"nlr,c ces deux partis Calclias s'est avance. L'œil farouche, l'air sooibrc, et le pojl hérhsé.
La Fontaine nous fournil un assez grand nor.,bre d'exemples d'un emploi analogue de ce rhbt :"
Taille, visage, traits, même ;?ô/7(i).
Le jour venu, le roi vit ses garcoti^
Sans ;70/7 au front (2).
. ' La vieille,' à. tous moments, de sa part emportoit
Un geu ciu jiv/7 noir qui rcsi'oir, • Atin qw son amanf en fût plus à sa ^iJ' C- , \.A )cune saccaî;coit les, poils blan,yS a, son tr)nr. Toutes ddux tirent tant que notic tctc grise hcmcura sans cheveux, et bc Jouta du four. Je vous rends, leur dit-il, nulle t^râccs, les belle >
Oui m'avez si bien tondu (3). • " -*
'Si nous avons Cite er. eiUier ce chiuniaiU [■^d-.^age, c'esl'afinde.recucillii' en pUi^Minl celte ucccptp »n, encore usiiéc, du nu)l fonJa appliqué en plaKant;nU à;rhoniirie, et s6ii()ùt pour faire observer avec quel alH infini le poète emploie \c\ ici Ci^ri se d^n> le sen^ propre et dans le sens ligure tout à la fois.
Dans une autre de ses fables, La Fontaine parle de Fhébus aiA crins Jorcs {^)... C'est encore un souvenir des écrivains du .\vi« siècle. Les poètes de la Pléiade, en particulier, fournissent* à chaque- instant des exemples de ceUe' locution'.-
Au reste, si La Fontaine se sert parfois, en parlant
c% oersannes, des termes qui- ne s'empfeient d'ordinaire\que lorsqu'il est question des animaux, il lui arrive, encone plus souvent d'appliquer aux animaux ceux qui sont réserves pour les personnes-. On trouve dans les R.'/Uwions sur nts.^i^c fyrdscni dc^ la lah^^iic française
(t)J.!V. IV. c. VII
(i. Lu. II. c IV,
(3) Lir. I, Idl). XVII, is
>4) LirrV, fab. vi, »>,
d'Audry.de Boisregard, publiées en 1689, un article intitulé : Parties des animaux, où l'auteur pose en principe qu'en parlant de tous ceux qui ont le pied de corne, on d'ii pied et non palfe.
Pendant fort longtemps, cette règle a été fidèlement reproduite de traité en traité ; mais, selon Collin d'Ambly, si Ion Init usage du mot pied, c'est pacfe que cette partie sert de soutien, et Ton doit empffëyer le mot padc é^n parlant des animaux qui s'en servent pour prendre, pour saisir. Cette dernière explication se rapproche davantage de la suivante, donnée par l'Académie : •< Palîe. Il se dit du pied des animaux quadrupèdes qui ont des do^'ls, des ongles ou des griîïes, et de celui de tous les oiseaux, à l'exception des. oiseaux de
pr©ie. >» / . .
,, Giraull-Duvivier remarque toutefois que BuHbn dit s'^uvent ■ le /v^\/ d'un écureuil, d'une grenouille, d'un crnpaud(r)'; il a fait sagem-^nt, dans i'intérét de la règle, de né pas poursuivre cet examen.
Notre poète dit aussi le pied de la grenouille, de la tortue r-
î/i Hfcnouiile i» cela trouve un Uci bon reniùJc : Lp rat lut à son pici par la patte attache (:).
La tortue v voulut courir :
-* I.ii voilà comme eux en ca.Dpas^nc,
Maudissant st*s yiels courts, avec juste rai;iU4i (?).
lia Fontaine et Bufton disent toujours les pieds du loup (4V II est, vAai que cet animal parle aipsi à* la cicroîirne : - ' > ® ,
,r Granvr.airj des £ifj.>iir,i.,[,' cJ., p. lu;^.
(i) Liv. IV, fab. xi,"22.
• (3) Liv. \II, lab. XV, (/.
(4) Lk. lU,U\h ni, 12 ; liv. IV, tab. xvi, Si. Eymcry, i8i5, Xill, p. 33. . ^
— BufTon ; Paris,
Ne tombez jamais sous ma patle(t].
mais c'est là une locution fumilicrc qui ne tiro ras à conséquence pour l'usage habituel.' y
Ailleurs, notre fabuliste nous peint le hibou qui
ne trouve tjuc \ci yieJs De SCS chers nourrissons... u).
puis le pigeon qui a quitté son compagnon pour voyager :
^ Traînant l'aiic et tirant ic /?»>./ (3).
11 ne faut point trop, s'étonner de voir ce mol applique même à des oiseaux : le naiuraiiste* c^t encurij ici d'accord avçc le poète. ButVon dit. eii pariant du taisan : « Chaque/^/t\/cstmuni d'un éperon court et p oiiitii m ) d, et de la pic du Sénégal : >< Le bec, les fwJ.^ et le^ ongles sont noirs, comme dans la pie oraiiu'.ire ~y;. »
Aucune de. CCS inlraciionb à l'usu-^e habituel n'a été
signalée par les commentateurs ; mais à propo:] de ce
vers de la^fable intitulée le MiLin et le Rossip'iiol :■■■' ■ * û
. Un rossij^nol tonvoa dans ses hutïus par mulhcur (o .
- Chamfort s'exprima ainsi : » C'est une métaphore, pour, dire en son pouvoir ; .autrement il faudrait, dans ses griffes ; » sur Quoi^jitet fait observer, que c'est ici un résultat de cette id^Pncaiion des animaux et de l'homme, si fréquente chez La Fontaine ; il ajoute qu'à prendre les choses à'ia rigueurL ce. serait le mot serres, ^ non le mot ^n^<?s, qu'il faiidraif sub*stituer A m.7//z.
Cet argument de Solvet n'a pas désarme Charles
(0 Ljv.ill, fiib. ix, 17.
(2) 1 jv. V, /ab. XVIII, 32,
(3) Liv.lX, fab. 11, 58.
(4) Tome XIX,' p. 237.
(3i Tome XIX. p. 5oo.
(6) Liv. IX, fab. xvitt, 4,
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