‹ Etudes de langue francaise [microforme]Chapitre 16 sur 46 · PRÉCIEUX ET PRÉCIEUSES · texte numérisé non relu

PRÉCIEUX ET PRÉCIEUSES

intéresse l'histoire de notre langue; plusieurs (massages des biographies dont l'ouvrage se compose, s'y rapportent aussi. On y assiste aux courageux et stériles efîorts de M'^^ dokGournay, la fille d'alliance de Montaigne, er\ faveur de tant d'anciens mots définitivement proscrits ; on y voit M"**^ de Ranibouillet, trèë fréquemment consultée dans les doutes sur le langage, préférer, après quelque hésitation, serge, qui était alors la prononciation populaire, à surge, que toute la cour adoptait ; enfin on' ^y admire le stoïcisme grammatical de Vau^elas qui, pauvre et obéré, refuse de faire sa fortune à 1 aide d!un, néologisme. Un Lyonnais, nommé Chuynes, offrait de l'intéresser d^ns une iokrie, imitée de celles qui exis- ' taient en Italie ; il ne v<5ulut y consentir qu'à la condition que ce jeu prendrait le nom fort conTiu de hl^nque, ce qui suffisait pour faire échouer l'entreprise. Cette jolie anecdote est devenue populaire par l'emploi qu'en a fait Frédéric^Sorflié dans un roman intitulé la Nièce de Valtgelas, où le caractère du savant grammairien est d'ailleurs complètement altéré.

Quelques étourderies viennent gâter Certains passages de ï^fmable livre de M. Livet. Il dit, par exemple : « La dernière oeuvre dramatiqjae de Scudéry est Âr'mi- ^ nias, qu'il avait évidemment composé pour rivaliser avec le Cinna, de Corneille... Nous avons trop longuement parlé déjà du théâtre de Scudéry pour pouvoir insister sur cette pièce ; nous nous bornerons à remarquer que le fameux vers*" : )

( A vaincre sans p^ril on triomphe sans gloirç^

est tiré d'Ar/n^n/as, où l on trouve : - .

j Et vaincre sat]^ péril serait vaincre sans gloire. •

Que peut signifier ce passage?' Cmna est de 164Ô, Arminius, (^[le^ suivant M. Livet, Scudéry avait l'inten-

PRÊCtEUX ET PRECIEUSES

tjoji de juioppose^j est de 1652 ; or, ^personne n'ignore

que le fameux ucrs se trouvé, dès 1630, dans le Cid. , -

Une trop grande précipitation peut seule entraîner un ~

' homme instruit et plein de goût en de semblables

. méprisesj. Les défauts des livres de M. Livet viennent

tous de là ; qu'il se modère un peu et ne se pique pas

d'enchérir sur 'les plus actifs. Boileau reprochait à

Scudéry, dont nous parlions tout à l'heure, d'enfanter un

volume chaque mois; en juin, M. Livet enà"~pubj^

deux, et bien gros^ Déjà il en pjomet un autre : la

Mode dans ie .lan^ge ; (\u'\\ mette seulement une

/semaine à le bien relire, éi il en fera^un fort bon

"' .ouvrage, car le sujet convient à sa nature d'esprit et

cqmporte'ce degrâd'éruditiqn pjquante et légère dont il

a tant de fois fait preuve. , * -

Le Didionnaire des Précieuses, par le sieur de Somaize, nouvelle édition augmentée de divers opusi^ules duv^ môme àj^ur relatifs aux Précieuses, et d'une clef historique 'et anecdotique, par Ch.-L. Livet. Paris, Jannet, 18^6, 2 vol. (i).. - ^

Cette, publication jen ferme les ouvrages" s'uivants de Somaize : \

Le grand Dictionnaire des prdfieuses, ou la clef de la langue des ruelles. — Le grand Dictionnaire des prétieuses, hislorj^ue^ poétique, géographique, cosmo graphique,

(i) Article de biblio^aphiç paru dans la, Biblio|hèque de l'Ecolt . *"dcs Chartes, i8* année, tome III, 4» série, p. 85, 1837.

MM

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, PR^I^BUX ET PRÉCIBÙSE8

cronob^pque etarmoirique. r^- Les Véritables Préiieuses^ comédie. — Les préliminaires placés en tête-^des Pré^ tieases ridicules mises en\ vers. — Enfin Le Procej des Prétleuses, en d'crs burlesques.

La Préface du nouvel éditeur, bienr qqe venant après tant dç^viissertÉ^tiphs sur les Précieuses^ est encore " intéressante et neuve, p^rce qu'il a eu le bon esfbrit dç préférer lès faits curieux aux considérations générales; on y trouve tout le cérétnoniaL des alcôves et des ruelles patiemment restitua" à Tarde des textes contemporains. ^ , ■ -

M. Livet sépar^. la préciosité en. deux époques : pendant la première, qui s'étend' de làoû à 1055 envima, M^« de Rambouillet régna sans partage ; mais la rftort de Voilure, celle du marquls,Je mariage* de Julie d'î^ngennes, éloi'gnèreni successivement de Thôiel la société bpillahte <^«'ije fréquentait, et bientôt il, ne s'ouvrit plus qu'à des amis intimes. Les réunions littéraires né furèfïl pas pour cela moins à la* mode ;• la réputation que la '"marqmsè s'était faite, avait soulevé une foule d'ambitions $ubaliernes ; des cercles s'étaient formés de toute part ; 41 semblait qu'il n'y avait qu'à recevoir un ou 'deux poètes crottés et quelqu^es chères bien bégueules, pour avoir sur-le-ehamp bruit de femmes d'esprit : le temps des Cathos èi des Madelon arrivait. --^

La décadence qui se manifesta bientôt, ne tint pas seulement aux personnes, mais aux principes mêmes que les habitués des ruelles avaient adoptés; il leurétait impossible de s'arrêter désormais ds^ns is. voie funeste qu ils s'étaient .tracée. « Une chose dite par eux obscurément, ©R' attirait une autre plus obscure encore». 'C'est La Bruyère qui le remarque^ et cette seule phrase si, vive nous révèle la loi à-laguelle ne peuvent se soustraire ceux qui;se sontSrre fois écartés du simple et du vrai. D'ahlleurs, cette ,école bizarre, recherchant encore plus l'étrange que le nouveau, se rapprochait sur divers

PRftCIftUX ET PRftClEUSES

.polhts des vieux partis litt^aires et renfermait dans son sein plus d'un admimeur arriéré de la Pléiade^ Nous trouvons, dans VéritaNif^ prétieuseSy diverses^reuvesde ce fait plusieurs fois indiqiié par M. ^ainte>-Beuve. Les vers suivants, par exemple, fus par Picotin, le poète de li^ssemblée, semblent appartenir â Du Bartas : ^

^^^h! jf ji«nj que l'amour, ce frétillant nabot.

DrUle dedans mon cœur, comnnjp les pois en pot ; . Il virvolte, il se tourne, ii y tait la patrouille. , Sautille comme en l'eau feroit une grenouille.

La Cief\ rédigée par M- 'Livet, ,est loin d'être une simple nomenclature/ et pourrai^t passer à juste litre pour le premier crayon d^un Dictionnaire historique et anecdotique du xvii* siècle. ; , . .

Quel plaisir. causerait un livre de. ce genre, où, sans se déranger, sans courir ^'un ^ouvrage à un autre, on trouverait sous chaque nom lés témoignages contemporains rapportés dans toute leur étendue !... Il y a bien des articles qu'on pourrait abandonnef^u copiste en lui remettant le travail de M. Livet,, car le cadre est iracé d'avance eties passages à consulter. sont indiqués avec soin. On doit feulement regretter que les- sources les plus connues, m^is aussi les plus importantes, semblent avoir été négligée:s à deSsein. S'agit-il, par exemple, de cette Madame Cornuel, dont les mots spirituels ont tous un tour ^i vif, si récent, qaon les croirait prononcés d'hier, i'au'teun nous indique en gcànd détail les enxdroits où il est question d'elle dans. TaUemant, dans Vignëul-Marville, dan^ la Meynardière, mais il ne dit rien des nombreux pâs^ges des lettres de M™« de Sévigné, qui l'ont surtout fait connaître* à la plupart desï lecteurs.

Quand bien même M.' Live^t n'eût pas joint à sa publication ses excellente^ recherches, le simple rapprochement des ouvrages de '^Soniaize aurait suffi pour éclairer

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