‹ Etudes de langue francaise [microforme]Chapitre 17 sur 46 · PRÉCIEUX ET PRÉCIEUSES · texte numérisé non relu

PRÉCIEUX ET PRÉCIEUSES

tous ce^x qui s'occupent d'histoire littéraire, sur la yéritablé porté(^ dur Dictionnaire des prélieuses. Isolé, il a induit en erreur beaucoup de bons critiques; oa a' presque toujours considère Sbmaize comme une sorte de sicréiaire officief des ruelles et des bureaux d'esprit. Ce qu'il'dit dans ce Dictionnaire, aun\oiDrtho^raphe, des changements introduits par les précieuses dans la façon d'écrii-e les mots, a-été cité bien couvent comme une page complètement authentique de l'histoire de notre langue ; an n'a pas mênie vu aue rauleiircst loin de suivre le système qu'on l'accuse de préconiser. Son récit de la docte conférence de Roxalie, de Siléhie, de Didamie et de Clarisihène, c'est-à-dire de M"* Le Roy» dé M"« de^^int-Maurice, de M"« de la Durandière et de Leclere, toujours pris au sérieux, a été trouvé fort ridicule, et personne ne s'est rencontré pour défendre le pauvre Somaize et faire ressortir la pornte un peu •émoussée de ses moqueries, considérées jusqu'ici comme des éloges. Je ne sais, du reste, si cette réhabi-liiation taxdive sera pour lui un véritable avantage ; car prouver qu'il n'est pas un sot, c'est enlever à ses ouvrages presque toute leur importance.

Au lieu d'un témoin smcère, sur la probité duquel nous pensions pouvoir compter, nous-n'entendons plus qu'un contemporain railleur dont la fausse bonhomie a trompé plusieurs générations de savants. Heureusement il nous reste encore deux hommes qu'on n*accus«ra jamai's de malice : l'abbé de Pure, auteur de la Prétieus'e, ce roman si ardemment recherché des bibliophiles, et l'hisioriôgraphe René Barry, dont les D'ialogues et la Rhétorique contiennent les exemples les plus exacts et les règles les plus certaines oour l'étude du langage des ruelles. ' ,.

Cahiers de Remarqves

svr

rOrthdgraphe Françoise

- Cahiers de Remarqves svr rOrthographe françoise ^'^

En 16^3, Pellisson, après avoir rendu compte, "dans. sa Relation contenant f Histoire de C Académie fr^nçotse (fl)., des divers travaux entrepris depuis la fin de ' 1637 pour la composition du Dictionnaire, termine i en disant : . »

Il n'a esté

. et cette lon-> e doit avoir à

e conduit )u$ques icy qu'environ la lejJre I Hueur, avec l'incertitude de la fortune que lAclIcmu 1 avenir, peut faire douter s'il s'achèvera jamais.

VA^ ^A^-^^ du chancelier Séguier, protecteur de I Académie, la compagnie pria le roi, qui y contentit, , de vouJoir bien accepter ce titre.

Jusque-là" encore incertaine de sa fortune,^itd'01ivet(*) et n'ayant pomt d assez puissant motif pour s'opiniâtre^ à une entreprise aussi trisic que I est celle d'un Dictionnaire, elle navoit qu imparfaitement ébauche le si.n. Ainsi la révision de ce grand ouvrage, mais revision bien plus longue et bien plus pénible* qu'une première t^ajon, ne commença qu en 167a, et il lut achevé d imprimer en

Lorsque l'Académie entreprit de classer et de mettre en œuvre les matériaux, de'dates et de provenances , diverses,- qu'elle avait entre les mains, elle sfe trouva aux prises avec Jes difficultés les plus sérieuses.

(i) Cahiers de Remarques svr POrthographe française, pour »stre eiamine* par chacun de Messieurs de l'Académie, tvec des observations de Bossuet, Pellisson, etc. (Introduction), (f) ^V'*'^-!* P«<>ï» «653,D. a5o. - '

(t) Histoire de f Académie françoise depuis i65i îusqi^'à 1700* Amstêrdam^F. Bernard^ i73o, p. »6 et 37. 1 *H^' «/"^

292 REMARQVES ^VR l'orthographe FRANÇOISE-

A cette' époque, qu'on s'é^t plu à représenter comme offrant le type de là régularité absolue, la prononciation était variable, le genre des mots douteux, 1? syntaxe fort capricieuse* C'est au plus fort de cette anarchie grammaticale qu'on voit briller Corneille, -Molieçe, Bossuet, Pascal, M "^« de Sévigné, La Fontaine; c'est, assez ciire qu'elle n'a exercé aucune influence fâcheuse sur notre littérature.' ...

Dans un temps oij il n'existait encore aucun Dictionnaire français (a), où les grammaires, dépourvuesde méthode et d'unité, n'étaient que des résumés sans valeur, rédigés à la hâte, pour les étrangers, par quelques professeurs subalternes, on ne croyait pas encore pouvoir remplacer, à l'aide d'un petit nombre de formules retenues par cœur, l'étude approfondie de notre langue. On se donnait la peine de l'apprendre en la parlant, en l'écrivant, et on s'appliquait^ plus à en bien connaître les nuances et les finesses qu'à en restreindre le domaine et à en resserrer' les limites. Loin de bannir les gallicismes, on les recueillait avec soin, sans se demander s;il serait facile -d'en faire l'analyse; et lorsque par bonheur un mot possédait plusieurs formes, au lieu de les réduire à une seule, on les conservait toutes, afin d'avoir à l'occasion, le moyen d'éviter un hiatus ou une mauvaise consonnance. (/^). Ce temps n'était pas celui des règles tranchantes, impérieuses, absolues, m'ais des remarques, des observations, des doutes sur, la langue (c). -,

{a) Le Dictiôijnaire de Nicot. de 1606, est français-latin ; celui de Coigravc^ de j6n, est Irançais-an^lais ; le premier Dicuonnairc purtmcnt français est celui de Uichelet, en i63o.

(b) Voyez les Remarques de Vaugelas sur avec et auecque, vesr

quxt et vescut^ etc. 1 v o* •

(c) Remarques sut la langue française (par VaugeUs). Pans, Courbe, 1647, in ^o. Qbs.ervatwns de M. A/^na^*.. Pans, Ba/bier, 167?, in-12. Doutes \sur la l^gue française. .. (par Bouhour»). Paris, Mabre-Cramoisy, 1674, in*ia, etc. " ,

• REWARQVES SVR l'oRTHOGRAPHE FRANÇOISE 291

Cette façon d« l'étudier valait certo^^ien la nôtre; mais tandis que les curieux cherchaient, que les gens d'esprit raffinaient, que les savants discutaient, le public était bien embarrassée et ne savait qui suivre, non seulement dans les questions épineuses, mais dans celles qui, aujourd'hui, nous paraissent élémentaires, et, faut-il le

"^ dire ? même pour l'orthographe.

Ge que nous entendons maintenant par ce terme,

. c'est-à-dire la convention en vertu de laquelle tous les gens instruits' é(?rivent les mèmes^ mots de la même manière; était alors chose inconnue et impraticable, et ■

. le plus grand»puriste du monde, écrivant sur la langue, ne pouvait pas êtr^ûr de rester d'accord avec lui-même d'un boirt de son volume à l'autre (a).

Cette incertitude de l'orthographe fut le premier et le plus grand obstacle que rencontra rAcadémie et celui qu'elle s'çfforça d'écarter tout d'abord. Sur la proposition de Mézeray, elle résolut de convenir jdes règles qu'elle adopterait, et le, célèbre historien fut chargé de rédiger un petit traité sur ce sujet. ••

Le manuscrit de son travail, accompagné des réflexions de plusieurs membres des plus illustres de la

■ com|pagnie, a été conservé au Département des imprimés de la Bibliothèque Impériale jusqu'en i8bo(^); transféré alors au Département des manuscrits, il y est ^ inscrit actuellement sous le n* 9187 du fonds français. On ne peut nulle part se faire une idée aussi juste dé ce qu'étaient les conférences philologiques des acadé-

' miciçns du xvii« siècle.

Les/actums' de Furetière, qui renferment d'ailleurs

- (a) \ oy e t Viyh qxii suit la Préface de la première édition d: s ' Remarques de Vaugelas.

ib) A cette époque M. Richard, conservateur-adjoint de la Bibliothèque impériale, tut assez bon pour me le signaler, et je publiai, le il mai 1860, une petite notice sur cç. volume dans« T^mi deAa Religion. " . . ' ■

REMARQVES SVR l'oRTHOGRAPHE FRANÇOMB

de si piquants portraits, sont des satires fort grossières en plus d'un endroit, et auxquelles on ne doit accorder aucLinev confiance. Les Renarques et déçisiom de tAca- demie ^franpûise, recueillies par l'abbé Taiiemant, et même \q Journal de t A cidémie, de l'abbé de tlhoisy, "*

. bien Qu'intéressants par leur contenu, ne peuvent être copsia,ér^s qtkti comme dç simples procès- vérbaiix. L'i«dlvidualité de chacun des membres de la compagnie y disparaît, leur nom même n'y est pas indiqué. Ici rien de semblable. Ge n'est ^pas. je l'avoue, la, reproduction d'une discussion orale, avec sa vivacité et son imprévu, mais c'est une discussion écrite dans toMte la sincérité de sa première rédaction. „

Le volume a passé de n\ain en nrain, et les académiciens chargés de ce (ravail y ont tour à tour inscrit leurs observations» Souvent une note répond directement à la précédente et la confirme ou la critique ; chacun apporte dans ces occupations son caractère, sa tournure d'esprit, et quand Bossiiet, Pellisson, Régnier n'auraient pas signe leurs remarques, on n'aurak pas graitd mal à ai^tingucr ce qui af5pariient au penseur profond, à

.l'écrivain spirituel .ou au grammairien érudll. Il est vrai que celle lâche ne serait pas aussi facile à remplir à

: ré,^ard de quelques autres qui sont loin d'avoir des qualités aussi roe;;es et aussi nettement tranchées.

Le leuillei qui précède le titre contient les^^iqms des académiciens appelés à donner leuj avis,sur le projet de Mèzeray et l'indication de l'ordre qu'ils ont sui.i dans leut travail. En voici là transcription complète.:

M. Perrault. Vcu. , .

M. Labbé Tallkmant lé jeune Veu.

M. BoYER Veu * . ' ^

M. Labdé TallilMant laisne Veu.

M. Skgkais Veu aucc soin. On a marqué en un 5 (barré) en distinction de quelquautre dont le nonf pourroit commencer par un S •' " »

M. DpujAT. Veu et mes remarques. notées ainsi D. Je croy qu'il fa udrji songer à rendre q% traité un peu plus méthodique, et pour

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