‹ Etudes de langue francaise [microforme]Chapitre 19 sur 46 · REMARQVES SVR L ORTHOGRAPHE FRANÇOISE · texte numérisé non relu

REMARQVES SVR L ORTHOGRAPHE FRANÇOISE

Ceci se trouve sur le feuillet destina aux notes et placé en regard du texte; mais à te marge Pêllissori" a écrit :

Je mcttrois la con/pagnie*«st d'avis qu'il faut suiure, etc.

Enfin voie* la note A B

QMU

et

Les termes de'dè'clarer et de maintenir me semblant trop iuridiqucs. La Compaignie désire suiure, etc.^ et s'y attache, etc., ou s'en

ucut seruir, etc. »

^ On n'a fait droit qu'en partie à celte sage cWtique, comme on peut s'en convaincre en j-etant Jes yeux sur la rédaction am^dée. ^ . • ,

Voici maintenant Iç second afticie :

!.'ancienne îfrtboj^raphe jie pèche presqu'cn-lettrcs superiiûes ; il ne faut pas les appcller ainsy quar^Û elles se/ucnt à rrsiirquer l'oriv gine, mais .quand elles, y sont -Inutiles et mcsme vitieùscs; par exemple quand dans un hiot qui vient du latin, de l'Halicn ou de jquelqu'autre langue, on a change quelque lettre en une autre, si on \ remet cette lettre la auec celle mc^e pour laquelle on Ta chan- '^ée^^on y en met une de trop, -et 'c'est vouloir, pour ainsy dire^ aucir tout ensemble lu pièce et la raonnoye.

Dans une remarque qu'il applique aux deux premiers, articles, niais 'qui a principalement pour objet celui qif on vient de lire, Bossuet s'exprime ainsi r

Ces deux premiers articles ne donnent pas uaç idée assez etendllc du dessein de la compaignie. Parmi les lettres qui ne se prononcent pas et qu'elle* a dessein de retenir il y en a qui nr seruent guère a faire connoistre l'origine; de plus, il (aut marquer de quelle origine on ueut parler, car l'ancienne or(ho}<raphe retient des lettres (jui marquent l'origine à l'égard des larïgues etraril^eres latin^ italienne, alemande; et d'autres qu^ font connoistre lancienne prononciation de la France mesme. Il faut deme'sler tout cela. Autrement des le premier pas on confç^ndra toutei fes iiées.

Un peu plils loin, mais sur la\même page, Bossuet

Jait observer que, jn'algré la' déclaration formelle par

laquelle il commence^ l'auteur du^ projet de traité

298 REMARQVES SUH l'oRTHOGRAPHE FRANÇOISE

n'adopte pas rigoureusement Torthographe ancienne :

On ueu't suiure dit on lancicnnc orthographe (Irt. I) et cependant on la condamne ici et ailleurs unkmhnite de fois Ueut on etrirc recebuoir; deub: mac/, etc? On lesAreiette. Ce n est donc pas lancienne orthographe quon ueut suiiire, mais on ueut suiure lusagc constant et retenir les restes de l'oVigine et les Ucstiges de l'antiquité aui#nt que l'usage Je^permctira/ ^ i(

Une remarque spéciale des Résolutions de tAcadému qui, maigre les critiques auxquelles elle a donné lieu,,; . été conservée presque textuellement dans les Cahjp: imprimés, blâme de la sorte une^ de ces tentative^ de réformes orthographiques sans cesse renouvelées depuis le XVI* siècle :

C'est une vilaine et ridicule orthographe d'escriré par un fl ce» syllabes qu'on a toujours escrties en et /-n/.par exemple d orthographier anirei>ranJre, commancemant, an/ant, sansemanty etc. . (a).

Régnier dès Marais regrette qu'on s'en soit occupé.

Cette remarque est inutile fdit-il), j'aimerois autant faire de» remarques contre la tjjçon d écrire que Ramus voulut introduire.

Bossuet,'pIus grammairien en celte circonstance que Régnier lui-même, esTvdavis qu'on s'arrête un instant sur ce point : \ • . "

Il y a pourtant ici quelques règles a donner pour, l'instruction, l a règle la plus générale c est -de retenir en partout ou il y a en ou in en, latin, comme dans iw. vitra et leurs composez; cependant dans les participes qui ont ens en latin on ne laisse pas de dire en ^ U'dnçoi^ hfant, peigna'it, ovant, feignant, ejc. et de mesme pour \c%ItiTO\^^i\U^legen4o,paue^^.io, en lisant en pâtissa^Uy ;aroissant, ctc • les mesmes participes deuenant adicciMs reprenneot le, comme intelligent, intelligent, pattens, p.vient<, negligens, négligent et ainsi des autres ; on pourroit donc donnor pour règle que tous les participes et gérondifs ont ant, que. tous les adverbes et noms en mant s'escnueni ment parce que les noms semblent uenir de quel-

"iS

(a) Fol.^S;, recto.

i-ia

REMARQVES SVR l'or'tHOGRAPHE FRANÇOISE ^99

Ques latins terminez en mentifln et les adverbes semblent uenir' : fortement de /orli meule Cela es;; commun mais instructif et ne doit non/plus estre omis que beaucoup d'autres choses qu'on a remarquées. • *^

Au reste, je ne uoudrois pas faire de remarques contre lorthographe impertinente de Ramus, mais on peut (aire uoir par cet excez léquité de la règle que la Compaignic propose comme je le dis a la fin.

Ji

A la fin du manuscrit, Bossuet retient effectivement sur ce sujet, et suaout sur les Obserijations générales' :

I-e principal e«t de se fonder en bons principes des l'article i et 2 et de bien faire connoistre l'inVntion de Ih compaignie. Qu'elle ne peut souffrir une Jausse règle qu'on a uoulu introduire, décrire comme on prononce, papce qu'en uoulant instruire ic* étrangers et leur faciliter la ^ononciation de nosrre langue, orAu \S\\ meconnoistre aux François meimes. Si on ecruoit tans, chan^ cham, emais ou émés, cmnaissais, anterremàn, fai>aut, qui reconnoistroit ces mots' On ne lit point lettre n ktire, mais la figure entière du mot fait son impression tout cnscmh e sur l'œil et sur lesprit de sorte que quand cette H.uure est consitiêrîiblt mmt changée tout à coup;ics mots ont perdu Icsjtrdits qui ics rendent rcconnoissables à la uelle et les yeux ne sont point contents il y aaussi une autre ortogr.iphc qui s atiache scrupulcusemeni-a toutes leslettres tirées des langues dont l.i nostre a pris ses mots, et qui ueut écrire nuxcr, ecnp'ure, etc. Ce4lc la blesse les yeux d'une autre sorte en leur remettant en ucUe des Ic'tVcs dont ils sont desaccousfumez et que rortjlie n'a am.ns connus (si(0. Co>t la ce qui s'appelle r>inc,ienne orfhogr.iphc uicii-usc !..i compif^nie paroisira conduite f\ir un lu^cmciii hicn re^ie quand >ipres auoir marque ces deux exiremitez m manitev.cment uiiieuscs elle -dira qu'elle ueut tenir U'i îustt miivj (^Li Cl c 4ie propose : ^

i" 13c iuiure l'usage constant de ceux qui sçauent écrire ; '■ 2" Qu'elle ueui tàscher de rendr^î.^autani qu'il se pourra, l'u^iec uniforme ; •

3' De la rcn Ire durable ; Quetfc H dcNScin pour cela de rcre^ir les l^ttfes qui marquent l'origine de nos mit» sur lojt celiv-. ^ijse ubyent d.irvs les mots latins, si ce n'est que iuia^e t)r\^iaiit sy <)p.->ose; que comme la langue latine ne change plus, cela servira à fixer nostre orihographe ; que ces lettres ne sont pas s-operflUes parce qu'outre qu'elles marquent l'origine, ce qui sert mesme à mieux ifpprendre la langye latine, elles ont diùers autres usasses comme de marquer les longues et lés breues, Ics'lettres- fermées et ouuertes. la différence de certains niots que la prononciation ne distinfÇue^^wK. etc. Que la compaignie pi;etend retenir non seulement les lettres qui marquent l'origine, mais encore les autres que l'usage a cortseruéc» par ce

300 REMARQVES SVR l'oRTHOGRAPHE FRfkNÇOISË ?

qu'oustre qu'elle ne veut point blesser Itfs yeui qui y sont accoustumez, ellt^ désire autant qu'il se peut, que l'usage dcuienne stable, y ioint quelles ont leur utilité qu'il faudra njarquer, etc^ '^

Quoique écrit à la hâte et avec une certaine négli- .gence, ce morceau est excôlient : dajns sa brièveté substantielle il renferme le plan d'un fort bon traité, et nous ne possédons rien de plus juste et de plus éloigné de tout genre d'exagération sur les principes de Tortho- . graphe. . ^ ' *

La compagnie s'aperçut bien vite qu'il était impossible ,d'arriver à une unité orthographique absolue, et avant les deux Observations générales que nous avons reproduites plus haut, elle en plaça une autre, qui se trouve par conséquent la première de tout le recueil et est écritf en entier de la main de Doujat. Cette Observation, que Tonjrouve dans notre édition, où elle n*a subi que des changements insignifiants, porte que « l'orthographe n'est pas tellement fijg^ et déterminée qu'il n'yayt plusieurs mots qui se peuvenTescrire de deux diferentes manières. »" ^^ .

Elle n'éfaît pas inutile pour justifier les académiciens -Chargés de la rédaction de ce petit traité, car on a dû, déjà remarquer combien la transcription scrupuleusement fidèle q'ie nous faisons de leurs notes présente d'incertitudes et de divergences.

Nous n'avons nullement l'intention d'insister sur l'examen de ce manuscrit dontiious publions une rédac- - tion beaucoup plus nette et mieux arrêtée, imprimée par ordr^^ë l'Académie ; mais nous allons parcourir les re(n^ques de Bossuet, dont nous ne voudrions rien pemre. 11 cherche à étendre le plan, qu'on a dessein de suivre et propose à la compagnie un sujet bien délicat : l'étude de la quantité de notre langue : ^

Il faudroit expliquer a fon^ la quanfHé françoisc en quçlque endroit du dittionn;tirc. aussi bien que l'orthographe. La principale remarque h taire sur cela c'est que la poésie françoisc n'a aucua

REMARQVES* SVR, l'oRTHOÛRAPHE FRANÇOISE }0i

eg^rd à la quantité que pour !a rime el nullement pour le nombre et pour la mesure ; ce qui fait soupçonner que notre langue ne manque pas tant les longues a "beaûcout) près que la grecque et la latine (a). ' . i -i . o n ^

Il cherche d'ailleurs ]*à donner au travail projeté un caractère familier et pratique. A propos du mot chaudecote, qui figure dans une liste d'exemples, et qu'un acar démicien définit « le premier mouvement de la colère » :

J'osterois (dit-il) tous ces uieux mots qui ne seruent de rien dans ce traite, que lorsqu'on les employé h taire connoisire l'origine et" l'ancienne prononciation des mots que nous rétenons là .

Il insisté sans cesse pour que les difficultés soient abordées ^vec franchise et sincérité. En regarni d'un passage ainsi conçu : ^, ' ,

Sur cela il faut ohseruer en passant que les lettres nui se changent en dautrc's et que neantmoins lancienne orthographe Conseruoit, sont principalement celles cy (c).

Il écrit : • , -^

Pourquoy obscruet^en passant ; on doit s'y arrester et on le fait.

Un peu plus loin, plu*i€urs opinions contradictoires sont rapportées, et laissent le lecteur dans Tin-certitude ; Bossuet met en marge : « Dire le sentiment cie l'Académie. ))(d) *

Il échappe au rédacteur des Résolulions de dire en parlant du ^Pli ; « Celte tettre doubte.' » Bossuet se garde bien de laisser passer une pareille hérésie grammaticale : .

Ph n'est point de ces lettres que les grammairiens àpp,èllent doubles ; lettre double es.t celle qui, sous un mesme charactère, enferme deux consolfentes comme X et Z selon lancienne prononciation que les Italiens ont retenUe : ph est tout au contraire et ces deux charactercs n'ont que îc son tout iimple de l'F.

(a) Fol. 26, recto.

(b) Fol. 20, recto.

(c) Fol^ 3, recto. .

(d) Fol. 4, recto.

J02 RfiMAftQVBS $VR L ORTHOGRAPHE FKANÇOISB

A propos d'X que dirtton sur Saintes et S«inton|ce ? Préndraton parti entre 1 S éi 1 X ou lai&scraion la chos<^dans ri^r>diflrereace?(d).

En général ,'Bossuet n'est pas d'avis de multiplier les formes orthographiques. II i écrit, il est vrai, la Remarque .suivante : r, >

(^ue diroot-nous'd'arréat du parlement ?

\ieni-il du grec, où il n ]^ a qu'un r, et qui reuient si bien k.placihtm ?^\ ce chien » dit un bel arrest. Ecrira t on Tuo et l'autre de mesme ? (k).

Mais, comme on vient de le voir, il soumet un doute à lAcadémie plutôt qu'ilne formulée une proposition, et il se fonde uniquement sur l'opinion, alors généralement adoptée, qui faisait venir d'«p«»T*^ le mot arrêt employé dans un sens juridique.

Doujat, au contraire, malgré le mauvais succès d^ ses tentatives, s'efforce à chaque occasion de créer des différences nouvelles. Voici, par exemple, le singulier dialogue qui s'engage au sujet du mot dauphin :

Je voudrois dauphin (Pellisson). — Ne pourroit on nas apporter icy quelque distinction entre dauphin, ppisson, et dau/n^ homme ? (Dou)at) — Non (|<cgn»crj (c>. > • . .'

Ailleurs,' à propos de ^'emploi du c, Dou^jat -réclame ' ^ encore une disiinclion contre laquelle s'élèvent Régnier ' et BoJssuçt.

On pourroit retenir ]e ç pour faire <iiffcrence entre un lict et rV Ut Douiat), — Il fdu#je c partout où il se prononce ; hors de là, poini (he^nier). — J en surs d'dccord personne n'écrit plus autrement qut'ja/nr. .<«;«/< Jro//,, /'ir.vjfe/, rre/ / etc. l*our ifi>f/, il . me semble ou'on Iç sonne un peu comme à respect. Ainsi ie le Téiiendrois ^Bossuet) (cL).

En marge d'un passage où Ton examine quelles sont

\a) Fol 4, verso.

(b) Fol. 7, verso. "

(c) Fol. 4, recto;,

(d) Fol 4»,. recto".

RBMARQVES 8VR L*6RTH0GRAPHE FRANÇOISE }0}

les consonnes qu'il faut doubler, Bossuet écfdt (a) :

Que dira t on sur exafrerer, exagtration ? Je n'y mets qu'un g W;\tCT\%aggre$seur, aggrauer. Agrandir, si je ne me trompe, s établit ; abattre^ quoyque nous fassions, l'emportera contre tf**a/tre. Je ne vois pas;cî<i deuant n : annuler, annexer\ annexe, annor ter, annotation, terme de pratique ; anéantir par uue seule n. Annobhr ou anoblir. Ou bien est-ce ennoblir comme quelqueS-uns 1 écrivent mai à mon «uis. et contre l'analogie.

Au-dessous, Pellisson ajoute :

Bon pour toute la remarque.

Mais bientôt l'assertion que renferme la dernière partie de la note de Bossuet, allait rencontrer en Doujal un ^ contradicteur très déterminé.

On trouve un peu plus loin, dans le texte de-Mézeray(c), la règle suivante :

. Généralement parlant, quand il y a un a ou un e deuant Vn, elle est simple... exceptez.., ennujr^^nnobyir (qui signifie illustrer).

Voici les notes que la dernière partie de cette remarque a provoquées :

Ennoblir J'en doute (Tallcmant).

Je doute d>«no*/ir (Segrais).

On escrit annoblir. Il a este dcci<^e dans la compagnie qu'anoblir' est rendre noble, et ennoblir rendre illustre (Dou)atj.

h doute un peu d ennoblir, mais ie me rends à i autorité de la compaignie si elle la décide (Bossuet).

^J'appelle ad majus coi^cilium sur la distîaciion prétendue d'anoblir et etnwblir. Je croy le dernier mauvais (Pellisson).

Par malheur, Pellisson ne donna pas suite à cet appel,' ou bien jl ne fut pas accueilli favorable^ment. car la dernière édition des Remarques maintient cette distinction, à coup sûr tort arbitraire et très peu fondée. ^ Notre langue n'en a que trop de ce genre, qui toutes

a) Fol 6, verso. jf/k

(*) Un peu plus loid (folio 8, verso), à propos d'une liste où € exagérer • paraît, il met en marge : c un seul r. » (c) Fol. II, recto. *

JO4 REMARQVES SVR l'0RTH0GRAP"HE FRANÇOISE

datent de la même époque. Comme alors, ainsi q^ue l'Acaçlémie l'a remarqué dans la première Observation du manuscrit qui nous occupe, plusieurs niots se pou-r valent écrire de deux difîérenies manières, les grammairiens de p ofcssiôn s'cÏÏôrcéreAt de n'en4aissef perdre aucune, ei cmirent avoir fait une merveilleuse besogne en distinguant par les formes orthograrphiques les acceptions diverses d'un même mot. C'est de la sorte

3 \^' appât et, àppjs devinrent deux termes , entièrement iiïérents, ayant chacun, dans nos Dictionnaite^, son article fort distin(j^,- tandis qn^morce,^ qui présente exactement les mêmes accidents de signification, mais qui n'a jamais eu qu'une forme orthographique, est demeuré un seul et unique mot. C'est encore en vertu d'une décision analogue que nous sommes aujourd'hui contraints par le Dictionnaire de l'Académie à dire, en parlant de toute l'ordonnance d'un tableau : « Le dessin de ce tableau est sagement conçu, nr^is il est mal exécuté »; et en parlant du projet^ du plan d*un ouvrage : « Le dessein d'un poème, d'une tragédie, d'un tableau. ».

Les Cahiers que nous publions aujourd'hui, nous offrent une distinction chimérique de ce' gepre, qui, par bonheur, n'a pas prévalu, et nous semble d'autant plus bizarre que nos yeux ne s y sont pas accoutumés. Quelques raffinés- voulaient qu'on écrivit phantaisie^Jm&^inSitiqn, et fantaisie, caprice (a), et à. coup sûrççtte double forme orthographique n'aurait Hen de plus, étrange que celles que l'usage a consacrées. ','".

Nous trouvons aus^i dans ces cahiers une délibération assez animée au sujet d'une innovation proposée et pratiquée par Corneille. Dans ['Avertissement placé en tête de l'édition de son Thédirede i66j, quirenîermede fort curieuses remarques sur les réformes à introduire

(a) Voyez [i 7.

ftBMARQVBS SVR l'oRTHOGRAFHE FRANÇOISB JO5

dans Torthographe française (a), on trouve le passage qui suit : -

^ Nous prononçons \'s de qaatre diuerses manières. Tantost nous l'aspirons, corame en ces mots : ptsltf chmsU ; tantost elle allonge UtsyUabe comme en ceuz-cy, pMtê^ ttsu ; tantost elle ne £sit aucun son, comme à eskioûir^ êibranlt^ il estoitf et ttntost elle se prononce comme vo f, comme à preiiàtr^ prtsunw. Nous, n'avons que deux differens caractères / et <, pour ces quatre difTerentcs prononciations: il fiiut>4pnC| establir quelques makimes générales pour fisire les distinctionVcptiei'es. Cette lettre se rencontre au commencement des tt)ots^ou au milieu, ou à U^fin. Au commencernent elle ai^ire toujours : sojr^ ii^n, sauutfj suborner; à la fin, elle d'à presque point de son, et ne fait qu'allonger unt soit peu la syllabe ; quand le mot qui suit se commence par vne consone, et .quand il commence par une voyelle, elle se détache de ccluy ^ qu'elle finit pour se joindre avec elle, et se prononce toujours con^me vn s, soit qu'elle soit préccdiée par vne consône ou par vne A' . ' Tovelle.. . , '"'

'^ • ' Dans le miliea:^ du mot, elle est, ou entre deux voyelles, ou aprét vne consone, ou auant vne consone. Flntre deux voyelles elle pasie tousiours pour f. et 'après 'vne^ consone elle aspire lousjours. et cette différence se remarque entre les verbes composez qui viennent de la mesme r.iciqe. On prononce présumer, résister, mais on ne prononce pascoH^i/mer ny ptrjister. Ces règles n'ont aucune eiception, et ) ay abandonné once rencontres le choix des caractères àk l'imprimeur, pour se scruir du grand ou du petit, selon u'ils se sont le mieux accommodez auec les lettres qui les joignent. Uis je n'en ay pas fait de mesme ouan^ \'s est auant vne consone dans le milieu du mot. et je n ay pu souffrir que ces trois mois : restf^ tempeste^ vous tstts, fussent escrits l'vn comme l'autre, ayant des prononciations si difiÇrrentes. J'ayreserué la petite s pour celle où. la syllabe est aspirée, La grande pour celle où elle est simplement allongée, et l'ay supprimée entièrement au troisième mot ou elle ne fait point de son, la marquant seulement par un accent sur la lettre qui la précède. J'ar donc htit ortographer ainsi les mots suiuants et leurs semblabW : pe^re, /unei/e, chaste, résiste, espoir y tempe fie, ha/te, te/le ; vous éteSj 1/ étoir, éblouir, écouter, épargner^ arrêter. Ce dernier verbe ne laisse pas d'auoir qùelaues temps dans sa conjugaison où il faut luy rendre l'i, parce qu'elle allonge;^ syllabe ; comme k l'imperatit arrey/e, qui rime bien avec tejie: mais à l'infinitif et quelques autres ou elle ne fait pas' cet effet, il. est bon de la supprinaeret escfire f arrêtais, fay arrêté, j'arréteràjr^ nous arrêtons, etc.

{él\ Voyez tonie I, p. 4-1 a de mon édition des Œuvres de Corntilie^ dans Les Grands Ecrivains de la France,

to6 RBMARQVIS SVR L*ORTHOCRAPHE PItANÇOISB

Ces innovations de Corneille ont donné lieu^^ns le travail de Méxeray, à la remarque suivante (â) :

«°M' de G>rn«ille ■ proposa que pour faire connoittre quand Vs est muette dans le« mots ou qu'elle siffle, il seroit bon de mettre une 1 iroode aux endroits où elle siffle, comme à cfufste^ triste, rttttj et une / longue aux endroits où elle est muette, soit qu^elle fisse longue la royelle qui la prêche, comme tempefte. Jifte» ttftt, etc. ; soit qu'elle ne la fiuac pas, comme en e/rif, tfptnf, dtfdirty tfpmr*r(k). »

« L'usage en seroit bon, ajoute Segrais, mais IMnnoTation en est dangereuse. » » * -"■ /

« Je n'y troure point d'inconvénient, sur tout dané l'impression, réplique Dbujat, et ce n'est plus une nouveauté, puisque M. de Corneille l'a pratiqué depuis plus de dix ou douxe ans. r

« Où est rmconueiiient ? du Bossuet ; te le sufli rois ainsi dans le dictionnaire et i en fe>ais une remarque expresse oo vi'âlleguerois l'exemple de M' CdriKiile. Les Hollandais ont bien introduit m et y pour N vovelle et u consone, et de mesme i sans queUe ou avec queUe (c) Personne ne s'en est formalisé ; peu à peu les y«ux s' accoustume (sic) et la main les sait. » -,

Dans j*édition définitive, rinnovatipn de Corneille est signalée sans que la compagnie en dise son avis; inais elle ne paratt pas l'approuver, car elle ne Tadopte •ni dans l'impression des Cahiers ni dans celle du Dictionnaire en iJy<)A. « '

L^s passades du manuscrit des Ohervations que nous avons reproduits sont les mic^Ux liés et les plus clairs, mais on rencontre en certains endroits un véritable chaos de remarques insuffisantes et contradictoires. Bossuet,

(a) Fol. 4j, verso.

(^) Ici Méseray se 'rompe. Lorsque Vs ne se prononce pas et qu'elle n'allonge point la syllabe, Corneille, comfne on vient de le voir, est d'avis de la supprimer et de mettg^ur le un accent aigu.

(r) Dans VAvtrtiistmtnt cité plus haut^C >rneille^ s'appuie sur leur exemple : « Les Hollandais, dit-il, m'ont fraye le cbemin... Ils ont séparé les i et les u consones d'âuec IVv> et les « voyelles, en se servant, tousiours de Vj et IV pour les premières, et laissant l'i et Vu pour les autres qui jusqu'à ces derniers Icmps auoieni esté confon dus. > — On voit, du reste, qu'en i663 Corneille ne pratiquait pa;

encore cette distinction.

pas

RBMARQVBS SVR L*ORTHOGIUPHI PRANÇOISI )^7

nous Tavons vu, Ta constaté dès la première pige; ~ les conclusions de Régnier, à la fin du volume, sont sembl]||^les, mais un peu plus sévères encore :

iW reu CM remarques avec toing; et j'y trouve de très boonet enoses ; mais tout cela a besoing d'une révision très exacte, et d'un meilleur ordre ; tantost cest un particulier qui propose des doutes comme ils luv viennent a lesprit, ta.ntost cett une compagnie qui parle avec authorité. Luniformité nj est point gardée p6ur renonciation et on n'y a pas assez examine les reigles les plus générales et les plus succinctes, enfin tout ceta a bMoing d un ^rand Examen. Pour moy, mon advis seroit .que lorsque tous les parti'* culiers de la compagnie kyrront fiiit leurs observations, on redon- ^nast charge k M. de Meze6iy^de refondre la chose avec M. Doujat: et avec un autre qu'on dépùteroit avec eux. Les difficultés qui

' ne-se pourroiecH |^as résoudre entre eux troij, scrbien't portées à la compagnie, mais je croy qu'il y en à peu dont ils ne convinssent facilement. Ej }e ne doutr point quaprcs cela on n'eust un traité

^ d'orthographe très exact et très digne de l'Académie. »

Bossuet approuva ce jugement en ces termes :

-m Je suis de mèsme auis et ic voudrois nommer M, Kegnier luy mesme avec ces deux messieurs (a). » ^ '

{a\ Mentionnons encore, mais teuleroenv afin de ne rien oublier, diverses remarques |>eu importantes de Bossuet.

Dans un passage où il s'agit d'établir si la lettre \^ le change en U devant une autre consonne, Bossuet met ^n marge : * Alter^ autre, que l'ancienne orthographe écriuoit akitre. » (Fql.4,rectô).

On lit dans le projet de traité :

t Quand il y a dans le latin une lettre qui, constamment, est Caractéristique, elle demeure dans le franco», si ce n*est qu'elle se change en une autre, par exemple il faut escrire ;^ttiVi. » (fol. 5 recto).

Bossuet propose de modifier cette rédaction : Elle demeuré si ce n'est ûu'ette se change, m II faut changer cette expression qui « un air de répétition uicieuse relie ne se perd en francois que lorsquelle se chaiTge en une autre. >

Il ajoute : i|

« Je dirois un puys et des puys. ~ Et moy non, dit pellisson, un puy n'est qu'une montagfre. »

En regard dû titre suivant x • Détail pour voir et connoistje Quaifd les consones sont simples ou doubles après les voyelles,^» Bossuet écrit : t Asseurement ce titre doit estre changé. » (Fol. 8, verso). Lp peu plus loin (fol 8, verso), il note ainsi sa manière d'écrire certains mots : • Esialer ou étaler^ instaUer^ €al^s. »

le-

^OÔ REMARQVBS SVR L*ORTH0GRAPHE FRANÇOISE

Il est probable que ce parti ne fut pas immédiatement suivi et qu'on chargea d'abord Mézeray de revoir seul son manuscrit .et de le faire' imprimer à un nombre d'exemplaires suffisant pour qu'il pût ôtfe communiqué à chacun des membres de l'Académie (a).

Ce qui semble l'indiquer, c'est que le rédacteur de la première édition des Cahiers parle souvent encore en son nom personnel, qu'il pose des questions directes, et qu'i/ termine son vçlume en disant que « chacun mâr<îuera, s'il luy plaist, ce qu'il voudrait changer, corriger, retrancher et adjouster à tout ce Traitté, tant pour le gros et pour l'brdre, que pour Iç détail, et pour les exe;nples. ^ -

Régnier dit qu'il ne vdudroit qu'une m à flamme. Bossue ajoute : < Ny moy non plus.^« {Fol. lo, rccio).

Une note relative à un mauvais classement d'exemples est ainsi conçue :

« Tous ces mots regardent une aatre règle et ne sont point de celle cy. . (Ibidem.) .'*'*.

Ailleurs vient une- approbation sousVéserve :

• Je croy la remarque bonne sauf à rechercher' les exceptions. » (Fol. la, verso). *^ '

Au-dessus de hànney Bossuet a icrit indubitable, sans toutefois effacer le premier de ces deux mots.

On se demande si l'on doit mettre colombe ou coulombe; la plupart des académiciens sont d'avis d'écrire ce mot sans m. — « Sans doute, » écrit Bossuet. » (Fol. a6, recto).

Dans un^ endroit où il est question de savoir si l'on doit prononcer psautier ou sautier^ psaumes ou saumes, Bossuet place I observation suivante : •• Psautier constamment. Si on entendoft un prédicateur citer le seaume 117 ou 117 (sic\ on le trouueroit bien affecté. A la uerité, on prononce les sept seaumes. mais on dit ics pseaumes de Dauid. 1 ^Fol. 38. recto).

■ M* ye\xx ,ne. sont noint encore accoutumez à econonie. économie. Les secrétaires (l'Etat, etc., ecriucnt ceconomat. » («ol. 44,

(a) Nous n'avons pas la date précise de ces révisions^imprimees du travail primitif; mais les exemplaires qui nous ont servi pour la présente édition, proviennentf.de$ papiers de Huet et portent des notes de sa main ; entré.à l'Académie le i3aûût 1674^1 ne tarda guère sans doute à recevoir la première édition du travaiVqui nous occupe, Y

RIMARQVBS 8VR L'ORTHOCRAPHE FRANÇOISI ^OÇ

Ce fut alors probablement que la Corftmission revit son travail, Je soumit â la compagnie et rédigea la deuxième édition de ce Traité, que nous avons suivie dans le texte que nous publions. ,

Cet opuscule contient un çrand nombre de faits in<é-' ressants. Nous en avons signalé quelques-uns; mais tracer, même sommairement, l'histoire de la formation de nos règles orthographiques, est une tâche qui outrepasse trop les lijTîites de l'introduction d'un si petit livret, pour que nous osions l'aborder maintenant. Peut-" être 1 entreprendrons-nous quelque jour; en attendant, comme le hasard nous a fait connaître les diverses rédactions de ce Traité, nous avons jugé utile de ne pas le laisser plus longtemps dans l'oubli. . '

Etudes

de

Philologie comparée

sur

l'argot

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Etudes de Philologie comparée

sur r argot ^'^

Charles Noditr a indiqué, il y a plus de vingt^ns, dans ses Notions de linguistique^ les nombreux travaux relatifs à notre langue qui restaient encore i faire, et cet excellent programme est tracé avec tant d'exactitude et de prévoyance, que, si l'on songeait jamais à réunir en un seul corps.4e$ ouvrages coihposés sur ce sujet par la^ génération présente, il en serait, à coup sûr, l'introduc- , tion la plus naturelle.

Le spirituel philologue insiste à plusieurs reprises dans ce livre sur l'importance de l'étude scientifique de l'argot, effleurant chaque fois la question en quelques lignes, de ce ton tour à tour léger, profond et paradoxal, si ridicule dans les écrits de ses imitateurs, mais si attrayant dans les sie)is^ parce qu'il répond exactement à la tournure de son esprit.

Tout en reconnaissant aux /imalfaiteurs -beaucoup d'imagination et une intelligence des plus inventives, ^il proclame en ces termes leur impuissance à se créer un idiome entièreitient original : « Anicune société particulière ne peut se former, dans le langage de la société commune, un langage qui échappe à sa forme et qui se p|sse de ses éléments. »

(i) Article sur les Etudes de philologie comparée sur l'argot et sur les idiwnes analogues parlés en Europe et en Asie, par Francisque Michel, défeloppetnent d'un Mémoire couronné par l'Institut de France, î toI. in-8«. Paris. Didot, i856.

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