JI4 PHILOLOGIE COMPARÉ! SUR L* ARGOT
A mesure qu'on vérifie mieux celte loi, qui paraît 4'abord trop absolue, on^'étonne de la trouver en toute circorfstance de la plus rigoureuse exactitude. L'argot .ne possède pas une tournure de phrase, pas une construction qui lui soit propre ; il est soumis dans chaque contrée aux lois de la syntaxe générale ; quant à son vocabulaire, qui semble s'éloigner beaucoup du nôtre, il reposeiout entier sur un très petit nombre de conven- . lions, et il serait impossible d'en imaginer d'autres. \ Faire des mots n'est pas aussi facile qu'on le suppose ;
çn peut tronquer ceux de la langue ordinaire, y ajouter des terminaisons bizarres, .lel employer dans des sens figurés, en emprunter des langues étrangères, mais on ne crée rien, on n^in vente rien.
Dans toutes les langues, on abrège les termes dont hfi se sert souvent. En Angleterre et dans beaucoup d'aûTTes pays, les mots ainsi altérés, admis d'abord dans la conversation, ar"rivent bientôt à être écrits ; chez nous, au contraire-, ils ne. sont en usage^que parmi les dernières classes du peuple, et il faut des circonstances exceptionnelles pour qu'ils soiôA généralement connus. ■lAux époques de troubles civils, certaines expressions de ce genre, après avoir été employées par quelques factieux, retentissent au milieu des clameuç^ de k foule et passent de là dans Içs brochures et dans les livres. Les pàmphlétair-es delà Frorfde disent Ma^a pour Mazarin, et les mécontents employaient sans doute ce nom bien avant le commencement des hostilités ;an5/o n'a eu^u'en 1848 les honneurs 4e la tribune, mais, s'il faut ' en croire l'auteur de l'ouvraçe^^ntitulé les Conspirateurs^ il était ert usagtf dans4es sociétés secrètes dès les premières années du rè^ne de Louis-Philippe.
Les orientalistes, c est ainsi qu'on nomme les puristes en fait d'argot, ont eu un double motif pour, adopter et généraliser ce genre de mutilation : il défigure les mots et permet en môme tertf^ de les prononcer avec un»