‹ Etudes de langue francaise [microforme]Chapitre 21 sur 46 · PHILOLOGIE COMPARÂB SUR L* ARGOT · texte numérisé non relu

PHILOLOGIE COMPARÂB SUR L* ARGOT

rapidité bien précieuse lorsqu'il s*agit de donner à la dérobée un avis import^int. ,

Parmi eux, rédenbtion, dans le seoj de grâce, devient rédam; bénéfrce^ bénef; acharnement, achats ; escroc, es; rendez-vous, rendèue; voiture, i^o//^. 'Souvent ils ajoutent à ces débris de gpts 'des terminaisons de fantaisie qui en changent complètement la nature ; pour briseur, bourreau, ils disent brimàr} pour guichetier, ^içhemar ; pour perruquier^ perruquemar ; pour boutique, houtanchej pour préfectuçe, préfectancke ; pour Versailles» V^rj/^o. C'est sans doute par suite d'une modification d^xë.gefvre'qu"ils,emplpient orphelin jpour orfèvre. °C§ dernier mot fut probablement réduit' d'abord -«^ une seule syllabe, et quelque voleur en bell^ humeur l'aura* complété par une .^ofte de calembourg. Quand lestermiçs qu'il s'agit d'altérer sont trop court'^ pour pouvoir être abrégés, \H reçoivent seulement unei terminaison- qui en change la physionomie^; là devient la^o;\k-hA%\labago\ ici, ici ^o ou Jcicaille,- etc. .

Ces procédés, et tous les/âutres du même genre, constituent la partie matérielle et technique; de l'argot, mais il a aussi son côté spirituel, parfois même son côté poétique. Dan^ 'ce langage, 'les peiptres sont appelés , créateurs; les chiens de garde, alarmistes; la terre, prôr duisanfe. Les substantifi^irés^^omme celui-fci d'un participe présent sont extrêmenwnt nombreux : iukartt signifie \our; tournante, c\e( ;, soutenante, ctLnne; insinuant, apothicaire ; relevante, moutard^, etc.

Pour bien expliqtffer ces expressions figurées, jl suffit de saisir la première idée qui se présente et de s'y tenir, eo se gardant de trop raffiner. M, Francisque Michel^ qui a souvent fait preuve, dans ce livrç et pilleurs, d'une véritable science de philôloçue, en donnant l'histoire complète de certains mots difficile^, cherche parfois à ceux-ci des origines tirées de trop loin. Il c,i|è ces jolis vers d'une élégie de Marot :

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PHJLCÛ-QGIB COMPARÉE SUR lVrGOT

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En est-il une, en ces'te terre basse, Qui en tourmerit deamtesse me passe?

^ Et il en conclut que si en argot la terre s'appelle la basse, « cette expression ^st dérivée de la locution proverbiale ici-baî ». Cela est vrai relativement au langage du poète, mais non pour celui des voleur^ Ils ne s'amu- < sent point à penser aux rapports qui unissent la terre et les astres, ils ne songent guère non plus à opposereé bas monde à celui où le juste jouii"a d'une é|efnité bienheureuse, et, si par hasard cette ijée'leur vient, ils* la repoussent comme fprt désagr.^able. Ils rapportent tout à eux-mêmes, et s'ils trouvent la terns basse, c'est. quand ils sont forcés de prendre ung position pénible^ '^Je ne croirai jamais non plus que, dans cette phrase : « Vous ayez effarouché' mon portefeuille, » effaroucher soit une altération du vieux moî frouchier^ frogier, frouger^ si^niCi&ni fructifier^ profiter, gagner, et que cette locution soit tout simplement l'équivalent de: vous avez gagné mon portefeuille. En s'en tenaift au sens le plus, naturel, on croit voir le voleur faisant disparaître le portefeuille, le faisant fuir avec autant de .promptitude' qu'un animal effrayé, çt l'expression a ainsi une toute autre énergie..

Dans tous les pays,, l'argot ^e compose principalement de ces locutions figurées qui nous font connaître, bien mieux que tous les gros livre^pUbliés sur ce sujet, le carac^ère^les prémg^^^les viœs des malfaiteurs. En. argot Italien, o^ifourbesque;yîacer , plaisir, signifie des ducats ;[en argot espagnol, ou germania^ les réaux s'appellent amigos, des amis, et le moi àlegria^ allégresse, désigne le cabaret. Dans le premier de ces langages l'œil se dît' lanterna, dans le second, il a le même nom et de ,plus;,celui de /a/ia/,vtermes qui rappellent aussitôt ce vers de ï Etourdi ; V

Oui, ;e derais au dos avoir mon luminaire.

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PHILOLOGIE COMPARÉE SUR l'aRGOT

Le fqurbesqué est un jargon plus spirituel et surtout bien moins grossier que tous les autres du même genre ; l'audace y disparaît so'u^ la ruse, Tobscénité ^'y voile sous rélégante finesse de l'expression. Le mot veloce, rapide, y ^ert àdési'gner. l'heure; l'amant, Oet amant italien toujours prêt à étourdir ses amis de ses plaintes et . de ses soupirs qu'il convertit au besoin en sonnets, y prend le nom significatif de branioso ; quant à l'ignorant, il y,reçoit la nqble épithète de ^/2///aomo.

L'argol anglais, moins délicat, se rapproche davantage, par so^n énergie pittoresque et cynique^ de celui de notre pays; la montre/la toquante, comme dit ici le' peuple^c^s'appelle Ûe l'autre côté du détroit latLler^. ♦babjjlarde. A Paris, un nègre qs\ un mal blanchi ; les malfaiteurs de Londres le désignent par les termes ironiques de snow-ball^ boule dç neige, ou dé lily-whitc, blanc de lys ; quant aux soldats, ils les nomment lobstcrs, homards, à ca'use de la couleur des uni/ormes du pays. Les voleurs- russes appellent une barré de fer ou un gros bâton vin de Champagne, tandis" qu'en vertu de' la môme métaphore appliquée au sens mverse, les plus hideux cabarets, des barrières de Paris ont souvent pour ' enseigne :*A CAs&cmmoir.

, Ces fréquentes analogies entre des jargons si divers parlés dans , des régionM^rt éloignées les unes des •autres, ont conduit "Si. ^Barrow, auteur d'un savant ^ouvrage intitulé The Zîncali\ à les considérer tous comme d'une origine commune, et c'est l'Italie qu'il - leur assigne pour berceau. "

M. Francisque Michel fait à ce sujet une^ distinction . fort juste en cç qui touche Targot français ; il remarque l'abserice complète de toute influence italienne dans les textes anciens,- particulièrement chez Villon, et signale au contraire- les fréquents emprunts faits par les voîturs de notre pays à leurs' voisins, aussitôt après les guerres d'Italie; à cette époque, ejil effet, ils (furent italianiser

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comine tout Iç monde, et bien plus encore, car ce n'est ' pas seulement par engouement, mais pour leur sécurité» qu'ils recherchent lès néologismes.

Les jargons employés dans lès autres langues de l'Europe, renferment aussi des traces d'italien, mais beaucoup moins nombreuses, et s'ils se ressemblent entre eux, c'est uniquement parce qu'ils tendent au même but, et que les moyens de l'atteindre sont fort

bornes. ...

Personne n'accusera les précieuses d'intelligences avec les voleurs, et cependant elles se rapprochent d'eux par plus d'une locution. Les^dents sont appelées mobilier par les malfaiteurs, et pa^r elles ameublement de la l^ùuçhe ; elles nomment les deux sœurs ce qu'ils désignent par le.mpt de jumelles; enfin, en argot, le trancheardent ce sont les mouchettes, et dans le style des ruelles, « inutile, ôlei le superflu de cet ardent, » signifie : laquais, mouchez la chandelle. /*

Voici un exemple bi.en plus décisif encore. Il y a eu à Toulouse, à une époque longtemps incertaine, mais que. les savantes recherches de M. Ôzanam semblent avoir définitivement fixée; à la fin du vi'^iècle, une épole com'posée de grammairiens qui s'appliquaient uniquement à rendre Ta langue latine incompréhensible. Plusieurs motifs les y engageaient ; ils voulaient, comme ils nousr l'apprennent eux-mêmes, augmenter l'élégance du discours, éprouver la sagacité de leurs discipl^i, à qui, certes, il en .fallait beaucoup pour les comprendre; enfin dérober la science au vulgaire.

. Us avaient pris les noms des plus illustres personnages ^ de l'antiquité, et les portaient avec aisance ; celui qui nous donne tous ces détails s'appelle. Virgile ; ses collègues sont Caton, Cicéron, Horace, Lucain,. Térence, etc. Chaque jour, ces savants hommes infiaginajent quelque nçuvielle complication de langage. A leurs yeux, leurs-vers étaient des soleils, soles; ils appelaient

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