‹ Etudes de lépidoptérologie comparée (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · PLANCHE CCLXXVII · texte numérisé non relu

PLANCHE CCLXXVII

N°^ 2256. Papilio Machaon-Concavifasciatus, El-Kantara; août 1912. 2257. Papilio Machaon-Convexifasciatus, El-Outaya; juillet 1910.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 21

Papiiio Feisthamelii, Duponchel.

Je suis arrivé à penser que le PapiLio Feisthamelii, suivant ic sens qui est présentement attribué par la plupart des Naturalistes, à la valeur du mot Espèce, pourrait bien être, non pas une variété ou race géographique de Papiiio Podalirins, mais bien plutôt une Espèce distincte de Podalirius, Linné.

C'est aussi à cette conclusion que paraît être parvenu le Docteur Roger Verity, de Plorence, Auteur du bel ouvrage publié de 1905 à 191 î, sous le titre de Rhopalocera palœarctica. En effet, à la page 293 (supplément) Verity s'exprime ainsi : « Sans entrer dans des détails inutiles ici, je crois pouvoir affirmer à présent que, selon moi, Feisthavielïi et Podalirius sont deux Espèces tout aussi distinctes que le sont Rapce, Manni et Ergane. Le fait que Podalirius vole sur toute l'étendue de l'Espagne jusqu'à Tanger, mêlé à Fei^lhamelii et que ces deux papillons se maintiennent bien distincts, prouverait à lui seul, à mon avis, la distinction spécifique ». De plus, Verity donne le nom de F eisthamelides à un supposé hybride de Podalirius et de Feisikamelii trouvé en Andalousie, dans les montagnes de Grenade, faisant partie de la collection de Walter Rothschild, à Tring, dont l'image est reproduite photograpiiiquement, mais non coloriée, sous le n° 2 de la PI. LVII, dans Rhopalocera palœarctica.

Je n'ai jamais vu, pour ma part, Podalirius et Feisthamelii volant ensemble, pas plus dans les Pyrénées-Orientales qu'en Espagne ou à Tanger. Je ne prétends cependant pas que le fait soit inexact; mais j'estime qu'il demande confirmation, malgré l'assertion de M. Meade-Waldo ainsi conçue {Trans. eut. Soc. London, 1905, p. 371) k Both P. podalirius and var. feisthamelii occur at Tangier in March ». M. Blachier cite (Ann. Soc. ent. France, 1908, p. 2'->i) Pap. Podalirius L. Y. Lotîeri, Austaut, Tanger; mais si M. Blachier nomme la variété Lotteri qui se rapporte à Feisthamelii, il ne mentionne pas la forme type Podalirius qu'il connaît parfaitement, tandis que nos Collègues

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anglais sont généialement moins bien familiarisés avec les Espèces de papillons iiabitaht l'Europe continentale et étrangers à leurs Iles.

J'ai pris F eisthamelii en Andalousie, je n'ai jamais aperçu, ni capturé, dans l'Espagne méridionale, aucun Papilio Podalirius.

En tout cas, laissant à des observations ultérieures le soin de nous ûxer définitivement sur la question de savoir si Podaliriits et Feisikameln cohabitent réellement en Espagne et à Tanger; je puis citer encore l'opinion du Général Jean Levaillant paraissant également favorable à la séparation spécifique de Podaliriiii et de F eisthamelii.

Cette opinion a été émise, il y a longtemps ; elle se trouve imprimée aux pages 407-409 dans les Annales de la Société entomologïque de France, 1849. Je reproduis dans son intégralité et comme suit, la Notice présentée sur le Papilio F eisthamelii par ledit général Jean Levaillant ("'') et lue à la séance de la Société entomologique de France, le 8 novembre 1848 :

(*) Le Général Levaillant a longtemps guerroyé en Afrique et, tout en bataillant avec les Arabes, il recueillait des Papillons. J'ai cité dans le Volume III des Etudes de Lé-pidofi. cumfarée, le Cigaritis Massinissa, Lucas, découvert dans les vallées du Ujebel-Amour par celui qui fut plus tard le Général de division Jean Levaillant. Cet officier général quitta l'Algérie en 1854, pour faire partie de l'armée d'Orient; le Général Levaillant commanda d'abord la 5^ Division; il avait pour Générau.'c de brigade MM. de la Motte- Rouge et Couston; son chef d'Etat-major était le Lieutenant-Colonel Valazé ; les troupes composant la 5« Division étaient : le 9'' Bataillon de Chasseurs à pied, les 21^ et 42*^ régiments d'Infanterie de ligne (Brigade de la Motte- Rouge), les 46^ de Ligne et 5^ Léger, — un peu plus tard 80^ de Ligne — (Brigade Couston). Le Général de la Motte-Rouge, devenu lui-même divisionnaire, en récompense de ses magnifiques services de guerre, a laissé sous le titre de Souveriirs et Campagnes, des Mémoires fort intéressants. J'e.xtrais de la II« série des Souvenirs et Campagnes, pages 177 et suivantes, son appréciation sur le compte de son chef qui a laissé une réputation militaire très glorieuse. .Le Général de la; Motte-Rouge s'exprim.e ainsi :

» 26 août 1854. Dans cette même journée, le Général Levaillant, commandant la 5» Division, et son état-major, le Général Couston commandant la 2^ Brigade arrivaient à Gallipoli, avec le 5^ Léger. Le Général Levaillant établit son quartier général à 'Varna, dans la maison que j'avais occupée moi-même au moment de mon arrivée. J'allai lui faire ma visite, le 27 août, avec les officiers supérieurs de ma Brigade. Je le trouvai affable et bienveillant et je lui donnai tous les renseignements désirables sur notre nouvel établissem.ent sur la route

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« Quelques entomologistes pensent que le P Feisthamelii n'est qu'une variété du Podalirhis. Pour décider cette question, il est nécessaire d'étudier ces deux papillons dans leurs divers états, et c'est dans ce but que j'ai réuni les observations suivantes qui pourront être comparées avec celles que l'on a faites en France sur le Podalirius.

Le P. Feisthamelïi est commun dans les environs d'Alger depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de juillet. Pendant ces quatre mois, on trouve simultanément la chenille et l'insecte parfait.

La chenille vit sur le pommier, le pêcher, et plus habituellement sur le prunellier. Elle ressemble, pour la forme et la couleur, à celle du Podalïruts ; mais elle est plus grosse et est souvent parsemée de taches brunes que je n'ai pas aperçues sur la chenille du Podalirius. Quand on la touche, elle montre deux espèces de cornes transparentes qui exhalent une odeur particulière extrêmement pénétrante. Elle est abondante aux en\'irons de

de Franka, sur notre état sanitaire et moral qui ne laissait rien à désirer depuis que le choléra nous avait définitivement quittés.

» Le Général Levaillant a commencé sa carrière comme soldat et est même arrivé assez tard à l'épaulette d'officier, après huit ans de service, je crois. Fils du célèbre naturaliste connu par ses explorations dans le centre de l'Afrique, d'un caractère ardent, d'une nature nerveuse, d'une santé robuste, d'une grande bravoure, intrépide chasseur, il commença à se faire remarquer comme Capitaine adjudant-major au régiment de Zouaves, dans les campagnes d'Afrique de 1835 à 1846. Lieutenant-Colonel du 17^ Léger, pendant que ce corps avait pour chef le duc d'Aumale, il lui succéda dans le commandement de ce régiment, fut bientôt nommé Génér.il de brigade, puis Général de division en 1853 ».

Le Général Levaillant ne tarda pas à quitter Varna, il arriva en Crimée, le 17 Octobre 1854, avec sa 5" Division qui devint, en Février 1855, 2» Division du ler Corps, sous le commandement en chef du Général Pélissier, plus tard Maréchal de France et duc de Malakoff. Le Général Levaillant avait les plus beaux états de service. Sa famille était originaire de Metz; son père François Levaillant était né à Paramaribo; il était parti pour l'Afrique en 1780; il mourut en 1824, laissant de nombreuses relations de voyage et plusieurs travaux d'histoire naturelle, notamment sur les oiseaux d'Afrique, d'Amérique, des Indes, les perroquets et les oiseaux de paradis. Ses récits, d'abord suspectés, ont été appréciés ensuite avec, plus de justice. Le Général Levaillant extrêmement brave, aventureux, soldat très énergique et naturaliste très observateur, était le digne fils du célèbre voyageur. Bien que des> notices lépidoptérologiques aient été envoyées à la Société entomologique de France par le Général Levaillant et insérées dans ses Annales, je ne crois pas que le Général Levaillant ait jamais été membre de la dite Société.

Mustapha supérieur, près d'Alger, sur les petits prunelliers isolés qui croissent à l'abri du vent de mer.

Lorsque la femelle veut pondre, elle voltige longtemps autour de l'arbrisseau qu'elle a choisi, se pose quelquefois au bord d'une feuille et recourbe son abdomen atin d'en mettre l'extrémité en contact avec le dessous d'une feuille. Mais il paraît qu'elle ne pond pas un œuf chaque fois qu'elle fait ce mouvement, ou bien que l'œuf expulsé ne se colle pas toujours à la feuille; car après avoir vu une femelle se livrer huit ou dix fois à ce manège sur des feuilles que j'avais parfaitement marquées, je n'y ai trouvé qu'un seul œuf. Les œufs que le papillon dépose, par mégarde, sur la partie supérieure des feuilles et qui sont exposés à l'ardeur du soleil, sont stériles.

L'œuf est blanc, brillant et beaucoup plus gros que celui du Machaon. Au bout de quatre jours, il devient noirâtre. Quatre jours plus tard, il en sort une chenille allongée, noire, un peu velue, munie d'une grosse tête, et marquée sur le dos de deux taches blanches qui deviennent vertes quand la chenille a commencé à manger. Après la première mue, elle prend la couleur verte et la forme qu'elle doit conserver jusqu'à sa transformation. Elle se meut avec beaucoup de circonspection, et assure sa marche à l'aide de hls dont elle tapisse les branches et les feuilles. Avant la seconde mue, elle reste ordinairement ûxée sur la nervure médiane des feuilles dont les bords relevés en gouttière forment une concavité qui la met à l'abri du vent.

Les chrysalides provenant de chenilles recueillies pendant les mois de mai et de juin donnent toujours le papillon après quatorze jours d'incubation. Parmi celles prises plus tard, les unes éclosent après quatorze jours, et les autres, en plus petit nombre, hivernent. Dans le premier cas, les chenilles et les chrysalides restent d'un beau vert; dans le deuxième, la chenille, avant de se transformer, prend une teinte jaunâtre et produit une chrysalide couleur nankin foncé. Cette particularité permet de reconnaître à l'avance, avec certitude, les chrysalides qui doivent se transformer immédiatement et celles qui doivent hiverner. Toutes

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les chenilles que j'ai trouvées dans le mois d'août ne m'ont donné le papillon qu'au printemps suivant;. Les chrysalides vertes sont d'une teinte uniiorme, sans aucune tache; seulement le contour des ailes est marqué d'une ligne jaune, et l'extrémité des pointes de la tête et du corselet est brun rougeâtre. Les autres chrysalides sont tantôt couleur nankin foncé, tantôt de la même couleur très claire. Elles sont toujours parsemées de taches brunes ou grises.

Les deux papillons offrent entre eux de nombreuses et importantes dissemblances. .S'ils ne forment qu'une seule et m.ême espèce, il est bien difficile d'expliquer comment le climat algérien, qui aurait aussi profondément modifié le Podalirïus^ a pu laisser intacts le Machaon et les nombreuses espèces européennes qu'on rencontre dans le Nord de l'Afrique. »

Pour être complet, je dois rapporter ici une autre opinion, celle de M. Boyer de Fonscolombe {Bulletin Soc. ent. France, 1849, p. XLVIIl), contestant, partiellement du moins, la valeur des raisons alléguées par le Général Jean Levaillant. M. H. I^ucas qui devait, annonçait-il, soumettre à la Société entomologique de France, un travail sur le même sujet, prit la parole pour appuyer l'avis de M. Boyer de Fonscolombe, qui se trouvait formulé comme suit ;

(( J'ai lu dans le 4" numéro. Tome VI des Annales, une note sur le Papilio F eïsihanielïi. Je soumets à la Société et à l'Auteur lui-même, l'observation suivante : M. le général Levaillant pense que cette espèce est réellement distincte du Papilio Podalirius, mais il me semblerait que les raisons qu'il en donne, raisons fondées principalement sur les premiers états de ce lépidoptère, infirmeraient plutôt son opinion. La chenille du Podalirijis vit, comme celle du F eisthamelii, sur le pêcher, le poirier franc ou sauvage {Pyrus amy gdalij ormis) et le prunellier. Je l'ai souvent élevée en Provence; j'ai vu très ordinairement les taches brunes que M. Levaillant croit particulières à celle du F eisthamelii.

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Elle fait aussi paraître des cornes charnues qui exhalent une odeur forte. La chenille aussi bien que la chrysalide est tantôt verte, tantôt jaune grisâtre ou nankin. Au reste cette variété de couleur se remarque aussi, suivant les diverses circonstances, dans la chrysalide du P. Machaon.

Ces observations peuvent cependant ne pas empêcher de séparer ces deux espèces, si les différences dans leur état parfait l'exigent »

Quoi qu'il en soit, le Papïlio F eisthamelïï se trouve répandu en Algérie et en Tunisie, à l'exclusion du Podalïrius, me semble-t-il, ainsi que je le fais observer plus haut; car je n'ai jamais vu un seul exemplaire pouvant être rapporté à Podalïrius et provenant authentiquement d'Algérie ou de Tunisie.

M. Harold Powell n'a pas vu Pudalinus en Algérie; il n'y a observé que Feisthamelii.

Le Papilio Feisthamelii habite la zone du littoral et toute la région du versant méditerranéen; je ne crois pas qu'on l'ait trouvé dans les contrées désertiques. Suivant les localités, c'està-dire en raison des conditions diverses d'altitude et de climat, l'éclosion du Papilio Feisthamelii est, en Afrique, plus ou moins précoce. Il y a deux races saisonnières : celle du printemps avec l'abdomen plus velu et moins blanc, les queues moins allongées et la dentelure des ailes inférieures moins profondément découpée; celle d'été, appelée Lotten, Austaut, avec l'abdomen sans villosité, presque entièrement blanc, le fond des ailes très blanc et moins opaque, la dentelure très accentuée et la taille des Ç) souvent plus développée.

Dans Rhopalocera palœarctica, Verity a figuré sous les n°^ 7 et 8 de la PI. I, la forme vernale du Papilio Feisthamelii, d'après un (S de Lambèse, presque semblable à ceux du Roussillon, et d'après un autre cf d'Alger, ayant la dentelure des ailes inférieures plus prononcée. Sous le n° 11 de la même PI. T, se trouve

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représentée la forme estivale Q de la variété saisonnière Loi /cri, d'après un exemplaire de ma collection, capturé à Sebdou.

Je possède un d* obtenu d'éclosion à Alger, au printemps, présentant la même variété dite : undecimlineatiis, que Podaliriits.

Je dois rappeler que le D'' Roger Verity a publié dans Linnean Society' s Journal-Zoology, Vol. XXXII, May 191 3, un article fort intéressant intitulé : Revision of the Linnean types of ■palœarctic Rhopalocera.

Malheureusement aucune illustration n'accompagne cette Revision. Cependant Verity fait connaître que Linné a reçu de nombreux insectes de Erik Brander qui était Consul de Suède à Alger, de 1753 à 1765, et que, par conséquent, les types de quelques Espèces vulgaires d'Europe sont africains. Dans ces conditions, le Papilio Podaliriiis, Linné, serait Feisthamelii- Lotteri. En conséquence, le D'" Verity propose une série de modifications « altérations » dans la Nomenclature présentement admise et, pour l'Espèce qui nous occupe, il établit le tableau suivant :

(( Synopsis of proposed altérations

Substitute : In place of :

Pa-pilio sinon sinon, Poda Papilio podalirius, a.\ic\.., sanclaew:,

Zell.

" vernus, nom. nov " " fodalirius.

fodalirius fodalirius -poda- " feisthûmeli,Dvip.,lotteri,lot-

lirius, L. teri, Aust.

" maura, Verity, po- " " maiira lotteri ,

dalirius, L. Aust.

" podalirius feistha- " " feisthameli feis-

îneli, Dup. thameli.

" miegi, Thierry-M., " " mirgi feisthameli.» " feisthameli, Y)\!i\).

La Notice de M. le D*" Roger Verity suscite un réel intérêt; je ne demande pas mieux que de désigner désormais le Feisthameli-Lotteri (estival) d'Algérie, sous le nom de Podalirius Poda-

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Ihiiis-P odaliriiis, Linné, et le même F eisthamelï (vernal) algérien, soas le nom de Podalirius-Maura, Verity, Podalirïus, Linné.

Cependant on m'excusera d'attendre une mise au point plus complète de la question, avant de bouleverser, par le présent ouvrage, la Nomenclature déjà si chancelante de l'origine linnéenne.

Ma collection contient des exemplaires algériens du Papilio Feisthamelii, provenant des localités suivantes :

Sebdou; juillet et août 1907 (^Lolter'i); Slissene; Pr. Oran, 29 juillet 1907 {Lotteri); Alger, pris par le lieutenant Mathieu, au printemps. Lambèse; Khenchela, juillet 1908 (^Lotterï); Montagne de Tessalah ; Sidi-bel-Abbès; Bône; Tlemcen; Daya.

Il est nécessaire de faire observer que certains exemplaires algériens de Feisthamelii ont le fond des ailes jaune et non blanc. Je crois devoir faire figurer une Q capturée à Lambèse en juillet 191 2, par M. Harold Powell; elle est remarquable par sa couleur jaune et son abdomen noir et velu, quoique le papillon soit né en été.

Je fais représenter une Q prise à Lambèse au même mois de la même année, dont le fond blanc des ailes contraste avec le fond jaune de l'autre exemplaire qui est cependant bien un Papilio Feisîhamelii, comme en fait foi la tache anale bleue surmontée du sourcil arqué noir et orange.

Ainsi qu'on le sait, le Papilio Podal^riu^ diffère nettement de Feisthamelii, notamment par la forme de la tache anale de l'aile inférieure.

M. Harold Powell m'a remis des notes que je reproduis textuellement comme suit :

« La limite méridionale de Feisthamelii en Oranie semble être le bord nord des grandes plaines élevées; je ne l'ai jamais vu autour des rares points habités que l'on rencontre en traversant les plateaux.

Il n'existe pas à ma connaissance dans le Djebel-Amour; je ne l'ai trouvé ni à Géryville ni à Aflou. Dans les jardins de ces deux centres de colonisation, certains arbres fruitiers sont cultivés, pruniers et amandiers notamment, et il est fort probable que si l'Espèce s'était trouvée dans la région, elle se serait installée dans ces jardins de création relativement récente. Plus au sud, dans les vallées du versant Saharien, l'abricotier et le pêcher sont cultivés par les Indigènes; mais Feistharnelu n'y existe pas.

Les plus hautes montagnes du Djebel-Amour sont en général assez bien boisées du côté exposé au nord ; c'est le cas pour le Djebel-Sidi-Okba et le Djebel-Gourou, dans la région d' Aflou; pour le Ksel, près de Géryville; je n'ai pas remarqué le prunellier sauvage sur ces montagnes, ni d'autre Rosacée qui pourrait nourrir la chenille, à part peut-être l'aubépine qui pousse peu abondamment dans les ravins les plus frais.

Dans la Province de Constantine, Feïstkainelii traverse les Hauts-Plateaux. On le trouve sur les montagnes de l'Aurès et même, paraît-il, jusqu'à El-Kantara où il est évident que l'espèce suit les cultures et vit uniquement sur les arbres fruitiers ; car il n'y a dans cette région aucune plante indigène qui pourrait nourrir sa chenille. A Sebdou, Lambèse et Khenchela, Fehthamelii fréquente surtout les jardins; mais je l'ai plusieurs fois vu et pris très frais dans les ravins et sur certains sommets, loin de tout jardin, au sud et au sud-ouest de Lambèse. Je n'ai jamais trouvé sa chenille que sur les arbres fruitiers des jardins et sur des pruniers dans le ravin au-dessus de Lambèse ; les pruniers en question sont probablement échappés des cultures voisines. Les papillons de la deuxième génération {Lotteri) étaient très abondants dans les jardins et les rues de Lambèse (surtout dans le jardin de la Maison Centrale) en juillet 191 2; j'étais arrivé trop tard pour l'éclosion du printemps; cependant j'ai vu voler un certain nombre d'individus, mais passés, en mai. Le papillon était bien moins abondant à Lambèse en 1913.

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Voici une liste des localités dans lesquelles j'ai rencontré l'espèce en Algérie :

Sebdou (Oran), 930 mètres d'altitude, où le papillon est à sa limite sud et n'est pas commun. 24 mai 1907, près des grottes d'Adbelkader, dans un jardin arabe contenant des amandiers (Feisthameliï). 30 mai 1907, i Q sur le chemin du Teniet-el- Ahmar {Feisthameliï). 3 juillet 1907, cT et Q (Lotterï). 18 juillet 1907, chenilles sur amandier, i*"" août 1907 ^Lotterï). 23 août 1907, I Ç) très fraîche, peut-être un exemplaire de la troisième génération {Lotterï).

Daya (Oran), 1.400 mètres d'altitude; 2y juillet 1907, i Q très fraîche {Lotterï) et 4 chenilles.

Slissene (Oran), 29 juillet 1907 {Lotterï) et 2 chenilles.

Khenchela (Constantine), 1.200 mètres. Dans les jardins, en juillet {Lotterï). 4 juillet 1908, 3 chenilles, bien avancées, sur des petits pommiers du jardin de l'Hôpital militaire; 2 étaient déjà chrysalidées le 10 juillet; une chrysalide brune, l'autre verte. 12 juillet 1908, 2 exemplaires pas frais {Lotterï).

Maison-Carrée, fin juillet 1910. Rare et à peu près toujours en mauvais état (Lotterï). Le prunellier sauvage pousse dans une localité sur le talus de la voie ferrée P.-L.-M. ; mais la chenille doit se nourrir ici, surtout des arbres fruitiers, dans les jardins environnants.

Lamhese (Constantine, 1.180 mètres). Mai 1912 et 1913; exemplaires passés de la génération printanière. Juillet 191 2 et 191 3, deuxième génération {Lotteri), très abondante en 191 2. Les deux premiers exemplaires de la deuxième génération ont été vus en 191 3, le 4 juillet. Le i'"' septembre 191 2, j'ai trouvé dans une rue du village une belle Q de Lotteri très fraîche, éclose sans doute le jour précédent ; elle était un peu abimée, probablement par une averse de grêle tombée vers 5 heures du matin. Cette Q appartenait-elle à une troisième génération ? Je n'ai pas vu d'autres exemplaires à cette époque; une troisième éclosion est en tout cas exceptionnelle dans les régions élevées; toutes les chenilles provenant des pontes de la deuxième gêné-

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ration, que j'ai élevées, ont donné des chrysalides brunes, destinées à hiverner.

Une chenille adulte trouvée sur un petit amandier près de la Maison Forestière de Mizab (Sebdou), le 6 octobre 1907, provenait peut-être d'un œuf pondu par une Q de la troisième éclosion ; mais Mizab est élevé (1.400 mètres environ) et les nuits y sont fraîches, miême en été; il est donc possible que cette chenille était le produit de parents retardataires de la deuxième génération.

Plantes noj^rricières. — J'ai noté les espèces suivantes : Atnygdalus communis, L.; A. Persica, L. ; Prunus Insititia, L. ; Pints Malus, L. ; Pirus communis, L. ; toutes cultivées dans les jardins. Je n'ai jamais trouvé la chenille sur l'abricotier; mais il est très probable qu'elle s'en nourrit aussi. Les espèces préférées à Lambèse sont l'amandier et le prunier.

Le Pirus Longipes, Coss., espèce spontanée des forêts de l'Aurès, doit également pouvoir nourrir la chenille.

Dans ses premiers états et dans ses mœurs, F eisthamelïi ressemble beaucoup à Podalirïus. Je n'ai pas eu l'occasion d'examiner comparativement, les unes à côté des autres, les chenilles et les chrysalides des deux espèces ; ce serait cependant le seul moyen de percevoir les différences qui pourraient exister. M. Henry Brown, qui a eu des chrysalides de Feisthanieliï et de Podalirïus en même temps, sous les yeux, m'a affirmé que les différences entre les deux lui ont paru appréciables.

Les œufs sont déposés, un à la fois, presque toujours en dessous des feuilles ; on trouve souvent plus d'un œuf sur une même feuille; mais, dans ce cas, ils se trouvent généralement en différentes phases de développement, ce qui prouve qu'ils n'ont pas été pondus le même jour.

A Lambèse, en 191 2, une très grande proportion d'œufs de la première génération n'a pas donné de chenilles; les pertes ont été surtout élevées dans le cas d'œufs pondus tardivement; dans bien des casj les chenilles se développaient, mais se desséchaient sans éclore; le plus souvent les œufs étaient parasités

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par un Hyménoptère solitaire qui éclosait vers la fin de juin, en perçant la coque sur le côté.

A la fin de mai, j'ai trouvé une cinquantaine d'œufs sur un seul petit prunier isolé dans le ravin de Lambèse, mais pas un seul n'a donné sa chenille. Si tous ces œufs étaient éclos, il est certain que le prunier n'aurait pas suffi à nourrir jusqu'au bout toutes les chenilles; le cas était tout à fait exceptionnel. Une autre fois, le 26 juin, j'ai trouvé, sur trois jeujies amandiers, dans un ravin très chaud, au-dessous de la Maison Forestière de Titouguelt, une douzaine de chenilles plus ou moins avancées, et les traces de beaucoup d'autres chenille? qui avaient déjà quitté les arbres pour se chrysalider. Il y en avait aussi en nombre relativement grand sur les quelques petits pêchers dans le jardin potager de M. Karr, à Baïou. Sans les parasites qui s'attaquent aux œufs, Feisthamelii pourrait devenir un véritable fléau dans cette partie d'Algérie, et il en serait de même, sans doute, dans le Tell et sur le littoral.

Je n'ai jamais obtenu de parasite de la chenille. Celle-ci a les mœurs et l'apparence de la chenille de P. Podalirius; elle tisse, sur le dessus de la feuille qui lui sert de point de repos, un fin tapis de soie blanche qui devient plus épais à mesure que la chenille grandit; le pétiole et la branche qu'elle suit en allant manger sont également tapissés de soie ; elle se déplace lentement avec le même mouvement oscillant que l'on remarque chez Podalirius, en filant toujours de la soie sans laquelle elle ne pourrait se tenir qu'avec beaucoup de difficulté sur l'arbre. Si la chenille doit produire une chrysalide destinée à passer l'hiver, elle quitte l'arbre pour se métamorphoser, mais, dans le cas contraire, elle se suspend souvent sous une branche ou sous une feuille. Il a été observé que les chenilles qui vont donner une chrysalide brune, tournent au jaune brun, vers la fin du dernier stade; mais il y a un moyen de reconnaître ces chenilles bien plus tôt; j'ai remarqué, en effet, que toutes les chenilles de Podalirius et de Feisthamelii chez lesquelles des taches brunes se développent sur le dorsum, quelques jours après la quatrième mue, produisent des chrysalides brunes destinées à hiverner.

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Ceci se passe chez une bonne proportion de chenilles produites par la première génération, principalement dans le cas des retardataires, et chez toutes les chenilles que j'ai élevées de la deuxième génération. Une troisième éclosion est rare sur les Hauts-Plateaux, ainsi que je l'ai déjà dit, mais elle doit se produire quelquefois d'une façon restreinte, à en juger par les papillons pris un août et commencement septembre, et par les chenilles trouvées en octobre. L'éclosion des chrysalides vertes a lieu 8 ou lo jours après la métamorphose.

En montagne, F eisthamelïï aime à se poser sur les fleurs de chardon; et, en outre, les mâles se plaisent à voler autour des sommets. Dans les jardins et les villages, ils planent souvent dans certaines allées et rues, revenant se poser sur une même branche d'arbre. Ils se battent volontiers avec d'autres mâles s'aventurant dans leurs zones particulières ».

Thais Rumina, Linné.

Décrite par Linné en ces termes : « P. N. (Papilio Ts! ymphalis) alis dentatis variegatis supra primoribus punctis sex, posticis quatuor rubiis.

Osbeck iter. 51 Pap. tetrapus, alis ex coccineo luteo argenteo nigroque variegatis, primoribus rotundioribns. Habitat in Europa australi. Aiœ postica: subtus maculis 8 albis » (Insecta Lepidoptera, p. 783 ; Caroli a Linné, Systema Naliircc, Tom. L Pars H. Editio décima tertia (*), ad Editionem duodecimam reformatam

(*) L'exemplaire de ma bibliothèque a appartenu au Docteur Boisduval ; il porte la note suivante qui offre quelqu'intérêt : « Quoique cette édition, porte le chiffre 13, ce n'est point celle généralement connue comme édition 13, laquelle n'est point estimée et n'est autre que l'édition Gmelin. Celle-ci n'est qu'une réimpression exacte de l'édition XII. Cet exemplaire a appartenu au Botaniste Ventenat dont il porte la signature. »

Il a reçu aussi la signature : Libin.

Le sort des livres est de passer ainsi de mains en mains. Ils survivent à ceux qui les ont tant de fois consultés, pour être de nouveau lus et étudiés par les successeurs qui eux-mêmes se remplacent. Les livres durent souvent plus longtemps que les hommes; ils font partie du patrimoine intellectuel commun à l'Humanité tout entière. J'en connais qui sont de bien bons amis pour moi.

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Holmiensem; Vindobonas, Typis loannis Thomas nob. de Trattnern, Cass. reg. aulae typogr. et bibliopol^, MDCCLXVII).

Dans la Révision of the Linnean types of palccarctïc Rhopalocera, par Roger Verity {Lmnean Socieiy's Joiirnal, XXXII, May 191 3), Thaïs Rumina est cité avec la brève indication suivante : « (1758). No Linnean spécimen ».

M. Charles Blachier, dans les Ann. Soc. en t. France, 1908, p. 211, Lépid. du Maroc, crée, pour le Thaïs Ruinïna marocain, les deux variétés ornatïor et ornatissïma; la forme de Rumina considérée comme type de l'Espèce étant celle d'Espagne, quoique Linné exprime l'idée plus générale : Habitat in Europa australi.

Dans le Bidletin de la Société lé pido ptérologique de Genève, Vol. II, fasc. 4, aoiit 191 3, M. Charles Blachier décrit (p. 251, 252) et figure (PI. 20, fig. 3) l'ab. Ornatissiina.

J'ai pris moi-même à Tanger, en mai 1894, une très grande Q de la forme Ornatïor.

M. Holl a découvert à Alger TAb. qu'il a appelée Mackeri et qui est caractéiisée par le remplacement des taches rouges normales en taches jaunes à peu près de la couleur du fond des ailes. La même Aberration Mackeri a été trouvée à Digne où vole la Variété Medesicaste. L'Ab. Mackeri affecte les deux sexes; je l'ai fait représenter sous le n" 554 de la PI. LX du Volume V, part. I, des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Roger Verity a publié dans Rhopalocera palœarctica, PI. VII, sous le n° 20, la forme africaine normale de Thaïs Rumina, et sous le n" 24, un exemplaire andalous de l'Ab. Canteneri, Stgr., chez lequel la couleur du fond des ailes est jaune d'ocre au lieu d'être jaune primevère. Cette même Ab. Canteneri affecte aussi bien les exemplaires algériens que ceux d'Espagne méridionale. Je possède l'Ab. Canteneri d'Alger (Kouba) et de Sebdou. On ne l'a iamais observé chez Medesicaste.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35

Le papillon éclôt en Algérie et au Maroc de février à mai. Ma collection contient des exemplaires provenant de Tanger, Sebdou, Tlemcen, Alger, Aïn-Seur, Djurjura, Cap-Aokas, Aïn-Draham. La Thaïs Rumina n'est pas désertique ; elle iiabite le versant méditerranéen et ne paraît pas s'avancer dans l'intérieur de la Barbarie, très loin du littoral. Ayant reçu des chrysalides vivantes d 'Aïn-Draham, j'ai vu éclore en même tem.ps d'assez intéressantes variétés portant sur le développement et l'intensité des taches noires et rouges; j'ai ainsi obtenu une série de quatorze exemplaires présentant une curieuse déformation de la dentelure des ailes inférieures. De plus, en dehors de cette dentelure, c'est-à-dire entre les croissants jaunes et le bord marginal, dans le liséré noir, on distingue, chez certains individus, plusieurs taches et linéaments rouges.

M. Povv^ell, au cours de son exploration de l'Algérie, a rencontré la Thaïs Rumina à Tlemcen, le 8 mai 1907, près des cascades; le 13 mai de la même année, M. Powell captura un exemplaire très frais sur un îlot entre deux chutes d'eau, près de la source de la Tafna, non loin de Sebdou. K Merchich, près Sebdou, le 20 mai 1907, un exemplaire de petite taille fut pris en même temps que deux jeunes chenilles sur V Aristolochia pallida. (Le nom spécifique de l'Aristoloche reste cependant douteux.) LJn peu plus tard, au même lieu, des chenilles plus avancées dans leur grosseur furent récoltées sur des pieds à^ Aristolochia qui végétaient entre les palmiers nains. Enfin, le 30 mai 1907, un papillon fut recueilli sur le chemin des Azaïls. M. Powell n'a pas observé la Thais Rumina à Khenchela (1908), à Géryville (1910), à Aflou (191 1), à Lambèse (1912 et 1913)-

Aporia Cratasgi, Linné.

J'ai décrit à la page 120 du Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée, avec le nom de Mauritanica, la race algérienne de V Aporia Cratœgi. Le cf est d'un blanc éclatant

36 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

avec les nervures noires, fines, et aboutissant fréquemment, sans aucun empâtement, au bord terminal. En dessous, la surface des ailes inférieures est le plus généralement très faiblement saupoudrée de gris. Je fais figurer un cT et une Q pris en mai 1907, à Sebdou, par Harold Powell, sous les n"^ 2264 et 2265 de la PI. CCLXXIX. Ma collection contient une bonne série d'exemplaires récoltés tant à Sebdou qu'à Lambèse où ils ont été capturés en juin 1884 et à la fin de mai 191 3.

Linné décrit Cratœgi en ces termes : Cralcegi y 2 P. H. {Papïlio Heliconius) alis integerrimis rotundatis albis : venis nigris. ?Iabitat in Pruno, Crata?go, Sorbo, Pyro. Heliconium esse indicant alae, apice denudatse. »

L.a chenille, en Algérie, vit sur des variétés de l'aubépine qui croissent spontanément dans les lieux un peu frais, spécialement au fond des vallées. \.^Apona Cratœgi habite, mais pas très abondante, à Lambèse, à Khenchela et à Sebdou. M. Powell n'a pas observé XWforia Cratœgi dans le Djebel-Amour.

Pieris Brassicae, Linné.

J. Merkl a trouvé la Pieris Bras.ùcœ en avril, à Philippeville et à Lambèse; H. Powell l'a capturée en mai à Sebdou; il l'a trouvée, en mai, à Misserghm oii la chenille vit sur une crucifère sauvage; H. Powell a capturé une Q, en octobre 191 2, sur une petite colline de la région désertique, entre Tazleft et M'chounech, au sud de l'Aurès. L'Espèce ne paraît pas très commune en Algérie. Il ne me semble pas que les exemplaires algériens que contient ma collection diffèrent de ceux d'Europe.

Voici comment Linné a décrit Brassicœ : (( 75 P. D. (Papilio Danaus) alis integerrimis rotundatis albis : primoribus maculis duabus apicibusque nigris, major. Alas posticas margine antico, subtus ilavas ».

De plus on lit en note : « Papiliones Brassicae Rapae, napi, etc.,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 37

notantur in alis primoribus macula nigra : mares tantum subtus; feniinaî vero utnnque ».

Feu Aurelio Vazquez, de Madrid, donr la collection est présentement jointe à la mienne, avait capturé à Madrid une Q Brassicœ curieuse par la coloration grise de son apex, les autres taches restant noires; c'est sans doute une Q de la génération vernale.

Feu Delahaye avait trouvé à Angers la même variété dont il m'avait envoyé un cf et une Q. J'ai fait figurer l'exemplaire récolté à Madrid, sous le n° 2207 de la PI. CCLXIV, dans le Vol. IX, Part. II.

Verity, dans Revision of the Linnean types, dit en parlant de Pieris Brassicœ : « The only Linnean spécimen bears his label. It is a Q 01 the first brood, with paie grey apical crescent and underside of hind wings suffused with a thick black dustine ».

Pieris Rapae, Lmné.

Commune en Algérie, surtout sur le versant méditerranéen; mais habite aussi le nord de la région désertique.

Je possède une série d'exemplaires pris ù Alger, en février, juillet et août; Biskra en mai; Lambèse en avril; Djurjura en juillet; Sebdou ; Magenta en juin; Hussein-Dey en octobre; Cap Aokas en avril.

Roger Verity, dans Rhopalocera palœarctica, a figuré sous les n"" 43 et 44 de la PL XXXIII, un cf d'Algérie et une Q de Tanger, appartenant à la génération d'été, en les désignant comme forme Mauritanica, Verity. Sur la PI. XXXIV du même ouvrage, Verity représente avec la dénomination de Rapœ-metraleucotera, Stef., un çS d'Ona (Algérie), ex coll. de Joannis, et une Q de Nefta (Tunisie), ex coll. Daniel Lucas.

Harold Powell a capturé la Pieris Rapœ à Misserghin (mai 1907), à Sebdou (mai, juin, juillet, août, septembre 1907), à

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Géryvillc et à Aflou. Les chenilles ravageaient les choux cultivés dans les jardins, à Khenchela, en juin et juillet 190S.

Pieris Napi, Linné.

Je possède d'Algérie un seul exemplaire Q que Merkl a pris dans le Djurjura, en juillet 1884. 11 ressemble un peu à l'échantillon du Tarf, en Tunisie, que Roger Verity a figuré sous le n" 17 de la PI. XXXIl, dans Rhopalocera -palœarctica.

Pieris Glaiiconome, Klug.

Ma collection contient un seul exemplaire de cette Espèce, pris à Constantine par M. Roland Trimen, en avril 1881. J'ai communiqué cet échantillon de Glaucoîiome à Roger Verity qui en a figuré le dessous des ailes sous le n" 32 de la PI. XXX, dans Rhopalocera -palœarctica. Je mentionne Glancononie algérienne à la page 125, dans le Volume 111 des Eijides de Lèpïdoptho- Icgie comparée.

Pieris Daplidice, Linné.

Décrit par Linné comme suit : (( Daplidice 81 P. D. {Papilio- Danaus) alis integris rotundatis a Ibis margine fuscis subtus luteo griseis albo maculatis. Habitat in Europa australi et Africa. Statura P. Cardamines alas primores concolores albas. Maculas duae f uscae in disco utrinque f eminœ, at mari una supra ; apices fusci maculis albis nonnullis sparsis; subtus, concolores, sed loco nigredinis virescentes. Posticas supra mari albas immaculatae; Feminae limbo fuscescente et albo maculato subtus alb« virescente maculatas.

La Pieris Daplidice est très répandue en Algérie on elle vole aussi bien dans la zone méditerranéenne que dans la région désertique.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 39

Il y a deux formes saisonnières principales reliées par de nombreux passages. La forme vernale a été appelée Bellidice, Ochs ; en dessus, les taches noires ont un aspect grisâtre à cause d'un épais semis d'écailles blanches; en dessous, les macules des ailes inférieures sont d'un vert foncé. L,a forme estivale a été désignée par moi-même avec le nom d'Albidice et j'en ai donné la figure sous le n° 12 de la PI. V, dans la XIV livraison des Etudes d.' Entomologie. De plus, la couleur blanche du fond des ailes peut devenir d'un jaune canari. Merkl a pris à Biskra, en mai 1884, un cf de cette variété que j'ai appelée Sidphurea et que j'ai fait figurer sous le n" 8 de la PI. I, dans la XX** livraison des Etudes d' Entomologie.

J'ai aussi appelé Flavescens la Ç) dont le fond des ailes est lavé de jaune soufre {Etudes d'Entomol., XIP liv., p. 22).

J'ai exposé dans les Etudes de Lépidoptérologie comparée, Vol. III, p. 122-125, l'erreur que Staudinger et Rebel ont commise dans leur Catalog 1901, en faisant tomber Albidice, Obthr., comme synonyme de Raphani, Esper. Sans se donner la peine de vérifier la synonymie telle que l'ont présentée Staudinger et Rebel, Verity accepta dans Rhopalocera palœarctica, comme étant l'expression de l'infaillible science, la faute commise par les savants allemands. Je dois dire que Roger Verity a reconnu, à la page 329 de son bel ouvrage, le bien-fondé de mon observation. Je ne reviendrai pas sur ce sujet, que j'ai amplement traité dans le Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée; mais je mettrai de nouveau les Lépidoptéristes trop confiants en garde contre les assertions du Catalog 1901, par Staudinger et Rebel. Le nombre des erreurs est considérable dans ce Catalog, et il est prudent d'en vérifier très soigneusement tous les articles, si on tient à faire des déterminations correctes.

Verity a représenté sur la PI. XXX, dans Rhopalocera palœarctica, la Daplidice flavescens Q de Biskra (fig. 14); la Daplidice-Bellidice, Ochs., de Biskra (fig. 2.3); la Daplidice- Albidice, Obthr., de Lambèse (fig. 29).

40 LÉPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

Anthocharis Belia, Linné.

La description du Systema Natures, édition XII, 1767, est conçue en ces termes : (( Belia, 84 P. D. {Papilio Danaus) alis rotundatis albis; subtus flavis grisescente subfasciatis. Habitat in Barbaria. Brander. Simillinrus P. Cardamines feminae, sed minor. Corpore subtus flavo : Alœ prnTiores concolores albae lunula f usca ; apiceque lutescentes. Posticae supra albae immaculatae; subtus flavissimas lituris aliquot transversis griseis. ))

Brander est le nom du « Swedish Consul at Algiers from 1753 to 1765 » qui procura des objets d'histoire naturelle barbaresques à son compatriote Linné.

Dans Revision of the Linnean types of palœarclic Rhopalocera (p. 178), le D" Verity dit à propos d'Euchloë Belia (1767) : « Under this name there exist two spécimens, one of them bearing Linnaeus's label ; they are both females of the species which is generally known as Eiipheno, Linn. ».

D'après l'article qui suit dans Revision, etc., par Verity, et qui est consacré à VEuchloë eupheno (1767J, le nom que doit porter V Aurore d'Algérie, n'est ni Douei, comme l'avait proposé Pierret, ni Eupheno, ainsi que Staudinger l'a fait généralement admettre, mais Belia, Linné {Systema Naturce, p. 761, n° 84), dont j'ai rapporté la description plus haut.

C'est du reste la solution à laquelle se rallie W. F. Kirby, dans A Synonymie Catalogue of Diurnal Lepidoptera, ouvrage publié à Londres en 1871.

Il me semble que l'opinion de Kirby est la bonne; mais il faut changer l'attribution du nom de Belia, l'enlever à Y Anthocharis tout blanc et sans tache apicale aurore, en dessus, figuré par Cramer, avec le nom de Belia, sous les fig. A et B de la PI CCCXCVII, et désigner l'Espèce que nous avons coutume d'appeler Belia, sous le nom de Crameri, donné par Butler en 1869.

Dans V Atlas zit Morits Wagner' s Reisen in der Regenschaft

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4I

Algier, in den Jahren 1836, 1S37 i-^^cl 1S38, publié à Leipzig en 1841, les deux sexes de la Poiilia Doiici se trouvent bien représentés en dessus et en dessous, sur la Tab. IX, avec Hipparchïa Meone et Euprcpia Dido.

\J' Anthochans Belia, Lniné (q Belia, n" 84, qui fut la première décrite; cf Eîipheno, n' 88), est répandue dans toute la région barbaresque du versant méditerranéen. Je l'ai prise, en 1868, à Alger et à Lambèse; elle vole au printemps; en 1894, je l'ai aussi capturée à Tanger, où la forme paraît être semblable à celle d'Algérie et de Tunisie. Cependant à Mogador (Maroc), la morphe est très différente; elle est beaucoup plus grande, et la Ç), plus colorée, se rapproche davantage du cf ; cette morphe marocaine a été appelée Androgyne par Leech. Verity, dans Rhopalocera palœantica, a figuré les deux sexes sous les n"** 43, 44 et 45 de la PL XXXVIII.

On lira peut-être avec intérêt la description d' Eupheno {Belia cf) telle qu'elle a paru dans le Systema Tslatiirœ, en 1767 : « Eupheno, 88, P. D. Alis integerrimis rotundatis flavis : primoribus apice (medio fulvo) nigris, posticis subtus lituris fuscis. Habitat in Barbaria. — Simillimus P. Cardamines, paulo minor. Alas flavissimas : Primores supra apice fulvo, cincto nigredine, subtus apice fulvo non cincto nigredine, sed flavo communi, cum macula nigra ad basm fulvi. Secundariae utnnque flavae; subtus lituris tribus, fuscescentibus, obsoletis, curvis, margine exteriore crassioribus. ))

La Q semble plus variable que le d"; cependant les deux sexes présentent des exemplaires de taille très inégale. La couleur du fond des ailes de la Q est blanc ou soufré et l'apex des ailes supérieures est très diversement nuancé de rouge-orange ou de brun; chez le cf, la tache apicale rouge est tantôt fortement entourée de noir, tantôt la teinte noire est presque entièrement absente. Je fais représenter plusieurs cf et plusieurs Q, afin de donner une idée exacte de la variabilité ordinaire de l'Espèce, sous les n*^* 2277 à 2282 de la PI. CCLXXX et sous les n"^ 2283 à 2285 de la PI. CCLXXXI.

42 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Harold Powell a capturé VAnlhocharis Beha, Linné {Eiipheno, sec. Stgr.), dans les vallées de l'Aurès où elle est commune. Le même explorateur l'a trouvée à Misserghni, le 3 mai 1907; mais il commençait à être défraîchi à cette époque, dans cette localité; à Tlemcen, un peu plus tard, en mai 1907; il s'y trouvait plus frais qu'à Misserghin. Le 20 mai 1907, le papillon volait à Sebdou; mais l'espèce finissait. A Géry ville, l'espèce fut prise sur le Djebel-Oustani, le 17 mai 1910.

Anthocharis Charlonia, Donzel {Levaillantïï, Lucas).

Le célèbre entomologiste lyonnais Hugues Donzel, qui fut un chasseur si ardent et qui explora avec tant de zèle, notamment les départements des Basses-Alpes et des Pyrénées-Orientales, décrivit et ûgura avec le nom de Charlonia, dans les Annales de la Société entomologique de France, 1842, la rapide Piéride algérienne, aux ailes d'un jaune primevère si éclatant, que le capitaine Charlon avait découverte à Emsilah, en Algérie; c'est le même capitaine qui avait trouvé le magnifique Bombyx Philopalus, aux environs de Constantine.

Les deux Espèces Anthocharis Charlonia et Bombyx Philopalus faisaient partie de la collection Dardouin, à Marseille; elles sont figurées sous les n"^ i et 2 de la PI. 8, dans le Tome XI des Annales Soc. ent. France.

Cinq ans plus tard, H. Lucas, employé au Laboratoire d'Entomologie du Muséum d'Histoire naturelle, à Paris, décrivit dans le Bulletin de la Soc. ent. France, p. XLIX et L, avec le nom de Levaïllantii, une Anthocharis prise dans le Djebel- Amour par le colonel Levaillant, cet officier entomologiste dont j'ai déjà fait ample mention à propos du Papilio F eisthamelii. Lucas n'ignorait pas que Donzel avait déjà fait connaître V Anthocharis Charlonia, et il s'est évertué à indiquer des différences spécifiques, d'ailleurs illusoires, entre sa Levaillantii et la Charlonia.

Il a figuré deux fois V Anth. Levaillantii -. 1° sous les n°^ i et i a de la PI. 2 (Lépidoptères), dans l'Atlas de V Exploration scienti-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 43

fique de V Algérie (Paris, Inip. Nationale, MDCCCLIX) ; et 2" sous les v^'' \ a çX. \ b de la Pi. 2, dans les Annales Soc. enl. France, 1850. La notice que Lucas consacre à V Anlhocharis Levaillantii, aux pages 90-96 des Annales, est intéressante à lire; mais Lucas voulant séparer spécifiquement Charlonia de Levaillantii, plaide une mauvaise cause. 11 n'y a qu'une Espèce. La priorité du nom appartient à Charlonia, Donzel. J'ai connu personnellement H. Lucas, jadis employé au Muséum de Paris. C'était un homme fort aimable, très bienveillant et d'un commerce plutôt agréable; mais il ne m'a jamais paru bien doué au point de vue du jugement et du coup d'œil, comme Entomologiste. 1^' Anlhocharis Charlonia est un gracieux habitant des parties désertiques de l'Algérie; mais comme c'est un puissant voilier, malgré sa petite taille, il semble parfois quitter son lieu d'origine et on trouve des exemplaires erratiques très loin du désert. Voici le relevé des localités d'où proviennent 200 échantillons de V Anthocharis Charlonia que renferme ma collection :

Région de Géry ville, mai 191 0;

El-Outaya (Prov. Constantmej, mars, avril 1910;

Biskra, janvier, février, mars, avril 1910; mai 1884; mai 1885;

Sfax;

Mecheria, mars 1886;

Sebdou, mai 1880;

Bou-Saada, avril, mai 1875;

Lambèse, avril 1884; mai, juin 1912; février, mars 1913;

Alger, 1885 (i seul cf) ;

El-Kantara, avril 1882; octobre 191 2;

Aïn-Sefra, avril 1886;

Colomb Béchar, avril, mai 1912.

\J Anthocharis Charlonia varie beaucoup pour la taille; pour l'épaisseur de la tache apicale noire, et pour la forme et la dimension de la tache cellulaire noire, aux ailes supérieures en dessus. Cependant la tache cellulaire présente plus ordinairement l'aspect d'un accent circonflexe que d'un rectangle un peu

44 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

allongé. La taciic apicale iiûire est aussi plus ou moins traversée dans son milieu par une série de taches jaune soufre. Le bord des ailes supérieures, en dessous, est liséré d'un rose vineux qu'on perçoit même en dessus, chez certains individus, et qui est d'un agréable effet.

Bien que V Anthocharis Charlonia soit fort bien connue, je crois devoir faire représenter dans cet ouvrage quelques exemplaires, aûn de donner une idée assez exacte de la variabilité ordinaire de l'Espèce.

Voici les notes dont M. Powell m'a fait part au sujet de C-harlonia; elles résument les observations faites par cet habile chasseur :

(( Cette Espèce est bien moins abondante dans les parties élevées de l'Algérie que sur les collines des confins du Sahara. A Sebdou, où elle était rare, j'ai vu et pris, en mai 1907, quelques exemplaires passés, sur un terrain aride, au bord d'un affluent de la Tafna; ce n'est qu'au mois de septembre que j'ai revu Charlonia dans la région, un individu fraîchement éclos ayant été capturé le 24 de ce mois aux abords du village.

A Géryville, station plus élevée que Sebdou, mais au sud des Hauts-Plateaux et plus près du désert, le papillon était bien moins rare. Je l'y ai pris : le 13 mai 1910, sur les steppes, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest du village, volant avec Anthocharis Cranieri et A. Belemïa; le i'"' juin, au Djebel-el- Beiod, montagne aride derrière le village; le il juin, au sommet du Djebel-Bouderga.

Une nouvelle éclosion a eu lieu dans la dernière quinzaine de juin; j'ai capturé un exemplaire frais, le 15, et ensuite plusieurs sujets bien frais, sur les monticules et petites crêtes s 'élevant sur la plaine au sud-est de Géryville. Ici encore, Charlonia volait en compagnie de Belemia et de Cranieri, suivant les crêtes pierreuses qui couronnaient les plissements parallèles du terrain et tournant autour des points les plus élevés; on n'avait qu'à se poster sur un des points culminants pour prendre les Anthocharis au fur et à mesure qu'ils arrivaient; Charlonia,

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 45

bien moins abondante que les deux autres Espèces, était aussi plus timide, et ne retournait pas au même sommet, si on avait le malheur de la manquer.

Plusieurs Crucifères à fleurs jaunes ou lilas poussent sur ces plaines et collines, entre les touffes d'Alfa, d'Hélianthème, d'Acanlhyllis, etc.

Je n'ai pas rencontré Charlonia dans l' arrière-saison à Géry ville.

A Aflou, en 191 1, l'Espèce était rare; je l'ai prise en mai et juin.

Dans la région de L-ambèse, Charlonia est répandue mais peu abondante sur les collines arides qui se trouvent dans la direction du nord-est et de l'est : Djebel-Aiia, Marcouna, Timgad, etc.; on la rencontre surtout au printemps; je l'ai prise aussi en octobre. En octobre 191 2 nous avons remarqué et souvent pris l'espèce dans la région aride et chaotique entre Tazleft et M'chounech, de même que sur le chemin entre ce dernier point et Biskra; à El-Kantara et à Aïn-Touta.

A Lambèse, j'ai vu pondre un œuf, par une Q de Charlonia, sur les fleurs jaunes d'une petite Crucifère poussant au bord d'un sentier, à la limite des champs d'orge et de la broussaille. Cette plante correspond à la description de la Succowia Balearica, Medick ».

Anthocharis Pechi, Stgr. (nec Obthr.).

Je considère V Anthocharis Pechi, Stgr., comme une Espèce à part et nullem.ent comme une variété de Tagis, ainsi que le suppose cependant Roger Verity {Rhopal. falœarct., p. 184).

\J Anthocharis Pechi a été figurée en couleurs, par Verity, en dessus, sous le n° 59 de la PI. XXXVI, et en dessous, sous le n° 19 de la PI. XLIX, dans Rhop. palœarct., d'après un échantillon d'El-Kantara, communiqué par Miss Fountaine.

Le même auteur Verity a figuré de nouveau l'A. Pechi, en noir, sous les n°^ 18 et 19 de la PI. L, d'après les soi-disant types de

46 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

la collection Staudinger. Il me semble que les photographies des 11°^ 18 et 19 reproduites par Verity sur la PI. L ne sont pas obtenues d'après la nature, mais plutôt d'après un dessin d'ailleurs très médiocre. Le n° 20 de la PI. L, représentant le dessus des ailes du même papillon qui est figuré sous le n° 20 de la PI. XLIX, en couleurs et en dessous, est bien un exemplaire référable à Pechi, Stgr. Le papillon en question, figuré par Verity, faisait partie de la collection Guenée ; je le possède encore aujourd'hui.

J'ai publié, pour ma part, dans les Etiid. Lépid. comp., une figure en couleurs de VAnihocharis Pechi, sous le n° il 18 de la PI. CXXVI, d'après un cf d'El-Kantara dont je suis redevable à l'obligeance de M"^ de la B. Nicholl.

Je possède actuellement environ 150 exemplaires de VAitthocharis Pechi; la plupart de ces papillons pris à Guelt-es-Stel, les 20 et 21 mars 1913 et en mars 1914, m'ont été, les uns, courtoisement offerts par M. Nissen, Consul général du Danemark à Alger, et les autres envoyés par un chasseur établi dans la localité même. Les autres ont été pris par des chasseurs arabes à El-Outaya, en mars 191 3, et par M. Harold Powell, dans le Djebel-Aurès (Djebel-Ichali'), vers 1.800 mètres d'altitude, et à El-Kantara, en 1913.

\J' Anthocharis Pechi, Stgr., a le fond des ailes blanc, en dessus. A l'apex, les supérieures présentent une tache presque triangulaire d'un gris noirâtre, plus ou moins traversée par une série d'éclaircies blanchâtres. Tout près du bord costal des mêmes ailes, un trait gris noirâtre, d'accentuation très variable, non contigu au bord costal dont il est généralement séparé par un mince espace blanc, se relie au trait cellulaire de même nuance, qui est plus ou moins épais, selon les individus. Les poils du collier et de la tête paraissent légèrement jaunâtres en dessus. Le revers des ailes est vert, sauf le fond des ailes supérieures qui reste blanc; on distingue aussi une éclaircie blanchâtre, de développement assez variable, sur le milieu des ailes inférieures, en dessous.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 47

M. Harold Powell a trouvé V Anthocharis Pechi, dans son exploration de la région de Lambèse, au commencement de juin 191 3; il a noté les observations suivantes :

(( Au Djebel-Ichali, seule localité en Algérie où j'ai rencontré Pechi, ce papillon se trouve surtout au sommet; un seul exemplaire a été capturé, le 4 juin 191 3, sur le sentier forestier de Titouguelt à Boursalah, à l'endroit où ce sentier contourne l'Ichali; trois autres individus ont été pris, le 6 juin, au sommet même de la montagne, et un cinquième, le 7 juin, au même endroit.

Le dernier sujet pris était le plus frais, mais tous avaient volé depuis longtemps; nous n'avons vu que des mâles.

C'est à l'extrémité ouest du sommet que nous avons trouvé Pechi; son vol n'est pas si rapide que celui de Charlonia; nous n'avons pas eu de difficulté à le prendre.

Dans les deux localités, d'ailleurs peu éloignées l'une de l'autre, pousse une plante que je n'ai pas remarquée autre part dans la région et qui pourrait bien être la plante nourricière, ou une des plantes nourricières, de l'Espèce; c'est Vîberis Ciliata, L., dont les nombreuses fleurs lilas ou violacées font un bel effet dans les espaces libres du maquis de chênes verts. Nous avons examiné beaucoup de ces Iberis sans trouver, cependant, ni œufs, ni chenilles.

Une autre localité pour Pechi dans les environs de Batna est le sommet du Djebel-Tuggurt (Pic des Cèdres) ; un entomologiste de passage à Lambèse y a pris un exemplaire au commencement de mai 191 2. Le Pic des Cèdres a près de 2.100 mètres d'altitude ».

Anthocharis Tagis=algirica, Obthr.

XJ Anth. Tagis est assez rare partout où on la rencontre; elle a été observée jusqu'ici en Portugal, Andalousie, Castille, Provence, Corse, Sardaigne et Algérie. Elle présente une série de

48 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

morphes géographiques assez stables et aisément distinctes. Suivant la valeur attribuée présentement au mot Espèce, la forme des îles méditerranéennes pourrait bien être considérée comiïie spécifiquement différente des formes continentales.

La race algérienne de 7^ a gis que j'ai appelée Tagis-algirica, a été décrite à la page 145, dans le Volume III des Etudes de Lépidoptérologic com-parée et figurée sous le n° il 17 de la PI. CXXVI, dans le Volume VI du même ouvrage.

Le premier — et jusqu'ici seul — exemplaire venu en ma possession, fut pris par le lieutenant Lahayc, à la fin de mars 1886, aux environs de Mécheria.

En dessus VAnthocharis Tagis-algïrica ressemble beaucoup à la forme Bel lésina, de Digne. Cependant, autant que je puis en juger d'après le seul exemplaire authentique, la tache cellulaire noire est un peu plus épaisse, nette et ovale sur le dessus des ailes. En dessous, les parties verdâtres ne présentent pas la teinte verte d'une nuance aussi claire que chez Bellezina\ la couleur verte du fond des ailes inférieures et de l'apex des supérieures est, chez Tagis-algirica, d'un vert olive tout à fait analogue à la teinte qu'on remarque chez Tagis-gallica et Tagis-lusitanica. Les taches blanches éparses sur le dessous des ailes inférieures, au milieu du fond vert, sont nettes, mates, et dépourvues de l'éclat porcelané qui distingue Crameri, Butler (Belia, Cramer). La forme des ailes est comme celle de Bellezina, plus arrondie, moins allongée et moins anguleuse que chez Crameri.

Le caractère de matité des taches blanches est, à mon avis, très important.

Ma collection contient une longue série à'' Anthocharis algériens parmi lesquels j'ai très attentivement cherché s'il ne se trouverait pas quelque Tagis. En effet, à El-Outaya, Lambèse, dans le Djebel-Aurès, on rencontre, au printemps, des exemplaires à ailes plutôt arrondies que pointues, nullement anguleuses ; c'est ainsi que j'ai mis à part 10 exemplaires des deux sexes qui me semblaient bien voisins de Tagis-algirica; mais, sur le dessous des ailes inférieures, les taches blanches sont recouvertes d'un éclat

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 49

de porcelaine, luisant et légèrement argenté. J'ai laissé ces 10 spécimens en observation et n'ai pas osé les rattacher à Tagïsalgirïca dont l'exemplaire unique et authentique ^ ainsi que je le dis plus haut, présente des taches blanches tout à fait mates, comme chez Bellezïna, et nullement porcelanées, comme chez Crarnerï. Je renouvelle l'expression de ce détail à cause de l'importance que je lui attribue.

J'ai cependant longtemps hésité en présence de ces lo échantillons dont l'aspect général est plutôt celui de Tagïs-alginca. Tandis que Crarnerï paraît être une Piéride robuste et agile, faite pour voler rapidement, il semble que Tagïs-algïrïca est plus délicate et moins douée pour fendre énergiquement les airs. A part cette seule considération des taches blanches nacrées plutôt que mates, j'aurais classé comme Tagis-algirica la petite série d'Aiithocharis que je laisse avec doute jointe aux Crameri. J'ai pour principe d'exposer très sincèrement mes hésitations, en fait d'identification entomologique. S'il y a des spécimens qui ne prêtent à aucune confusion, il y en a d'autres qui peuvent passer pour former une transition presque parfaite entre deux formes généralement envisagées comme spécifiquement distinctes et dont l'ensemble des exemplaires peut être aisément séparé. Il serait tout simple de passer sous silence ces difficultés ; mais je considérerais toute réticence comme contraire à la probité scientifique; ceux qui écrivent sur un sujet entomologique ont le devoir de très exactement renseigner au sujet des questions litigieuses qui se rencontrent au cours des études lépidoptérologiques, même s'il n'est pas en leur pouvoir de fournir le rayon de lumière.

Du reste, comme l'a dit Linné, il y a un siècle et demi : Pauca hœc vidiinus openini Dei, multa abscondita, sunt minora his majora.

C'est pour lever des doutes comme celui dont je viens de faire part que l'examen des genitalia peut rendre de précieux services. J'aviserai à y recourir, lorsque cela sera possible.

50 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Anthocharis Mauretanica, Rober {Peclii, Obthr.).

11 s'agit du papillon que je crois resté toujours unique et que J. Merkl captura à Lambèse, en avril 1884. J'en ai donné la ûgure sous le n° 11 de la PI. V, dans la XII' livraison des Etudes d' Entomologie. Verity a reproduit le dessous des ailes de l'exemplaire-type que je lui avais confié, en couleurs, sous le n° 4 de la PL XXXVII; il a figuré en noir le dessus des ailes, sous le n° 9 de la PI. L, dans Rhofalocera palœarclica, avec le nom de Melanochloros, Rober, et comme variété de Crameri, Butler {Belia, Cramer). Mais on peut en voir une autre figure copiée sur celle que j'avais publiée {loc. cit.) à la ligne d de la PI. 22, dans l'ouvrage : Die Gross-Schmetterlinge der Erde, von Dr. Adalbert Seitz, Stuttgart, 190Ô. Je lis, sur la PI. 22 en question, le nom mauretanica, donné à cette figure qui est rapportée comme variété à 1 agis.

Voici comment Verity s'exprime à la page 176, dans Rhopal. palœarctica : u Sous le nom de Melanochloros, Rober (Seitz, Gross-Schmett., I, p. 52, 1907) décrit une petite forme de Batna (Algérie) (ûg. 30), dont le dessin apical est réduit, le lavis basai très étendu, le revers des postérieures très obscur avec de très petits points blancs. L'exemplaire figuré par Oberthùr, comme Pechi {Etudes d'Ent., XII, p. 22, PI. V, f. 1 1, 1888), et que Rober (/. c, p. 53), sans l'avoir vu, attribue à Tagis, sous le nom de mauretanica, appartient sans aucun doute à cette forme de Belia (PI. XXXVII, fig. 4, et Pi. L, &g. 9) )).

Rien ne prouve cependant que Melanochloros, Rober, et Mauretanica, Rober, désignent une seule et même Espèce. D'ailleurs Nomejt Melanochloros est nuaum, puisque nulle figure n'a été publiée de la forme ainsi désignée.

C'est alors avec le nom Mauretanica appliqué à la copie du papillon que j'ai fait initialement figurer et à qui le nom Pechi ne peut être maintenu, pour double emploi, que je distingue V Anthocharis algérienne, qui, suivant moi, n'est pas plus une

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 51

forme de Cramerï {Belia) que de Ta gis. Il me paraît certain que VAnthocharis Mauretanica est une Espèce à part, sans doute rare et localisée. Des recherches ultérieures fourniront, je l'espère, une documentation suffisante pour faire cesser tous les doutes aussi bien en ce qui concerne Mauretanica que Tagis-algirica.

Il est curieux de constater une fois de plus avec quelle insouciance de la Vérité, Staudinger et Rebel ont traité la synonymie dans leur Catalog 1901. A l'art. 64 (p. 13), ces Auteurs inscrivent Pechi, Obthr., comme synonymie de Pechi, Stgr. Comment pareille bourde est-elle possible ? Ni Staudinger, ni Rebel n'ont donc jeté les yeux sur la figure d'ailleurs très exacte que j'ai publiée! Puisque Staudinger possédait le type de Pechi, la comparaison entre son papillon et celui qui se trouve figuré dans mon ouvrage était facile et démonstrative; la preuve aurait apparu évidente que les deux Pechi n'étaient nullement synonymes l'une de l'autre; il ne coûtait que la peine de regarder.

Anthocharis Crameri, Butler.

Dans le bel ouvrage : Papillons exotiqties des trois parties du Monde publié à Amsteldam, chez S. J. Baalde, et à Utrecht, chez Barthélémy Wild, Pierre Cramer, Directeur de la Société Zelandoise des Sciences, à Vlissingue, et membre de la Société Concordia et Libertate, à Amsteldam, a publié sous les lettres A (dessus) et B (dessous) de la PI. CCCXCVII, la figure d'un papillon blanc qui est décrit comme suit aux pages 225 et 226 du Volume IV, portant la date 1782.

« Belia. Cette Danaïde blanche ressemble à la femelle du Pap. Cardamines qui a été représenté par Rôsel, Ins. Tom. I. Pap. Diurn. Cl. 2, pag. 45, Tab. 8, fig. S. 9. Mais quand on les compare exactement, on trouve que les extrémités des ailes supérieures, sur les deux surfaces, diffèrent beaucoup dans le dessin des taches noires, blanches et verdâtres, et de plus encore la tache noire du milieu de ces ailes varie très visiblement. Les ailes infé-

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rieures de la Fig. B ont aussi un dessein entièrement différent, dans les taches vertes, et leur fond blanc est comme d'un nacre de perle luisant. L'original d'après lequel nous avons fait cette ligure est une femelle, et je ne saurais dire si les mâles ont aussi une tache couleur d'orange sur les ailes supérieures, comme celle du susmentionné Pap. Cardannnes. En vertu de la description de M. Linnaeus, il faudrait conclure qu'il a devant soi un mâle et que les couleurs de son objet varient de celles de la femelle que nous représentons ici. Elle a été prise à Smyrne, mais on la trouve pareillement sur la Côte de Barbarie, et dans la partie méridionale de la France, en Provence et au Languedoc. Mr. C. van Lennep, Echevin et Conseiller de cette Ville, me l'a prêtée, pour la faire dessiner. — Linn., Sysl. Nattir., pag. 761, n" 84, Pap. Dan. Cand. — Ernst et Engramelle, Pap. d'Europe, Cahier V, PI. 52, Fig. 108. C. D. »

J'ai scrupuleusement reproduit dans cette copie tous les détails de la partie française du texte, telle qu'elle se trouve imprimée dans l'ouvrage de l'auteur hollandais.

Cramer a donc considéré le papillon blanc dont il publiait la figure avec le nom de Belia, comme la femelle du papillon Belia, décrite par Linné, sous le n" 84, à la page 761 de Systema Nalurce, dans les termes que j'ai déjà reproduits plus haut (page 40), à propos de V Anthocharïs Belia, Linné. Ce papillon {Belia, Linné), n'est lui-même autre chose que la femelle d'un autre papillon également décrit, par Linné, sous le n° 88, à la page 762 du Systema Naturœ, avec le nom d' Eupheno ; les deux papillons : Belia et Eupheno, selon Linné, en réalité Q et cf d'une seule et même Espèce, habitent en Barbarie, et la femelle Belia fut transmise à Linné par Brander, ainsi que nous l'apprend la notice linnéenne qui lui est consacrée.

Arthur G. Butler avait, dès 1869, remarqué l'erreur d'appréciation imputable à Cramer; dès lors, rétablissant pour VAnihocharis Douei, Pierret, le nom linnéen de Belia, il avait imposé à Belia, Cramer, — afin de faire cesser le double emploi d'un même

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 53

nom spécifique dans un même Genre, — la dénomination Crameri, Butler.

Crameri, Butler, désigne alors la forme vernale de VAnthocharis que Huebner et Boisduval avaient appelée Belia, d'après Cramer. Mais nous ne sommes point encore sortis de l'imbroglio de la Nomenclature et nous n'avons pas fini de tirer au clair tous les malentendus. En effet, on remarque chez Belia occidentale trois formes :

1° Celle du printemps dans les plaines et les basses montagnes, c'est Crameri, Butler {Belia, Cramer);

2° Celle de l'été dans les plaines, vulgairement (mais à tort) désignée par le nom de Ausonia;

3° Celle des montagnes, qui ne paraît qu'à la fin du printemps et en été, connue (également à tort) sous le nom de Simplonia.

Huebner, sous le n" 416, a figuré la forme estivale des plaines, mais avec le même nom de Belia qu'il a également appliqué à la forme vernale, laquelle est représentée sous les n°^ 417 et 418; tandis que le même Huebner a inventé le nom d' Aîisonia pour la forme des montagnes, dont le cf est très bien figuré, recto et verso, sous les n°^ 582 et 583.

Or, nous appelons aujourd'hui couramment : Ausonia, Huebner, la forme estivale que Huebner désigne comme Belia, c'est-à-dire du même nom que la forme vernale, et nous appelons Simplonia la forme montagnarde à laquelle Huebner attribue le nom à^ Ausonia.

Verity, dans Rhopalocera pahvarctica, paraît s'être assez bien rendu compte de tout le désordre qui subsiste encore aujourd'hui dans la Nomenclature, ainsi que des erreurs qui se sont accumulées et que tout le monde accepte pourtant comme étant l'expression de la vérité; mais qui donc prend la peine de remonter aux sources ?

Ce que Staudinger et Rebel ont publié dans le Caialog 1901 est malheureusement fautif, suivant l'usage. Pourtant W. F. Kirby, dans A Synonymie Catalogue of Diurnal Lepidoptera,

54 LÉPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

London, 1871, avait eu le mérite de reconnaître la vérité, et il eût été sage, de la part des Auteurs allemands, de se reporter aux données synonymiques de l'Auteur anglais et de s'y conformer.

Si donc on veut aujourd'hui déterminer correctement les Anthocharïs que Staudinger et Rebel appellent dans leur Catalog 1901, à tort : Belia, Ausonia et Simplonia, il faut, comme l'a proposé W. F. Kirby, remplacer :

1° L.e nom de Belia par le nom de Cramerï, et appliquer ce nom de Crmneri à la forme vernale des plaines et des collines de l'Algérie er du sud-ouest de l'Europe;

2° Remplacer le nom de Simplonia par le nom de Ausonia, Huebner, 582, 583, et appliquer ce nom Ausonia à la forme des Alpes et des Pyrénées;

3° Substituer au nom A' Aîisonia, Huebner, le nom de Esferi, Kirby, et appliquer le nom Esperi à la forme estivale des plaines et des basses montagnes de l'Afrique septentrionale et de l'Europe sud-occidentale.

Qu'on me permette de prier le Lecteur de se reporter à la page 506 du Catalogue, par Kirby. Je crois que la synonymie y est aussi correctement présentée qu'elle paraît mal établie dans le Catalog par Staudinger et Rebel, 190T.

Verity n'a sans doute pas osé, dans Rhopalocera palœarctica, s'affranchir de l'mfluence, plutôt fâcheuse, que le Catalog allemand a exercée sur son esprit. Il n'en a cependant pas ignoré les erreurs ; il a prétendu, pour excuse, que le papillon décrit par Linné, sous le nom de Belia, est problématique, probablement parce que, dans le Catalog igoi par Staudinger et Rebel, il a lu : (( Sed Belia, L. species est dubia ». En réalité la description linnéenne de Belia ne peut pas compter parmi les plus douteuses. D'ailleurs il ne faut pas oublier que tout ce qui n'a pas été bien figuré, est : species dubia; dès lors, l'identification de Belia, d'après la description linnéenne, ne serait ni plus ni moins incertaine que toutes les autres dont la figure n'existe p>as et dont les types authentiques sont perdus.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 55

Seulement, dans la circonstance présente, nous savons qu'il n'en est point ainsi. Verity lui-même nous a récemment appris que « under this name (Belia) there exist two spécimens, one of them bearing Linnasus's label; they are both females of the species which is generally known as Eupheno, Linn. » Dès lors, le doute n'existe pas, puisque les types existent encore. Verity, avant d'avoir publié Revision of the Linncean types, etc., s'est trouvé, dans Rho-palocera falœarctica, timoré en face d'une résolution qui lui a semblé trop radicale et susceptible de contestations. Alors il a fortifié et propagé les malentendus, faute d'avoir pris la décision que doit toujours inspirer le souci de la vérité, lorsqu'on parvient à s'en rendre maître. Il est cependant juste de savoir gré à Verity, non seulement pour son utile travail : Revision of the Linnean types, mais encore pour la bonne et abondante figuration qu'il a publiée sur la PI. XXXVI; mais c'est dommage que toutes les déterminations concernant Belia, Ausonia, Siniplonia y soient restées fautives.

D'après Verity, il y a deux grandes races géographiques {Rhop. pal., p. 174) de l'Espèce qui nous occupe présentement :

1° La forme Romana, de l'Italie centrale, de la Grèce, de la Russie méridionale et de l'Asie Mineure;

2° La forme Alhambra, de l'Espagne méridionale, de l'Afrique du Nord et de la France.

Un peu plus loin {Rhop. pal., p. 175), Verity dit qu'il lui semble utile de séparer le deuxième groupe {Alhambra), sous le nom de var. occidentalis. Il me semble que le nom occidentalis est simplement synonyme d' Alhambra et désigne la même race géographique ?

Dès lors, je crois qu'il faut ranger dans la varitété Alhambra, la race algérienne de VAnthocharis Crameri.

Le nom : Crameri, Butler, remplacera, pour les exemplaires de In variété saisonnière vernale, le nom Belia, Cramer ; le nom Esperi, Kirby prendra la place du nom Ausonia, falsè Huebner, Godart, Boisduval, etc., pour la variété saisonnière estivale.

56 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

On trouve V Anthocharis Crameri, Butler (vernalis) et Esperi, Kirby (asstivalis) dans un grand nombre de localités d'Algérie et de Tunisie, depuis le littoral jusqu'à la latitude de Biskra, vers le sud. Je relève dans ma collection, les indications suivantes de lieu et date de capture :

Forme vernalis : Cramen;

Lambèse, avril 1868; avril 1884; avril 191 3;

Djebel-Aurès, Baïou, avril 1913;

El-Outaya, avril 1913;

Sebdou, mars 1880; mai 1907;

Mecheria, mars 1886;

Cap-Aokas, avril 1909;

Ain-Sefra, avril 1886;

Géry ville, mai 1886;

Biskra, janvier et février igio.

Forme aestivalis : Esperï,

Bou-Saada, mai 1875;

Djebel-Aurès (Djebel Ichali, 1.800 m. ait.), juin 1913;

Djebel-Aurès (Baïou), juin 1913;

Sebdou, mai 1907;

Khenchela, juin 1908;

Lambèse, avril 1884; mai, juin 1907;

Ei-Kantara, mai 1908;

Biskra, mai 1885 ,

Géry ville, mai 1886; juin 1910;

Bône, avril 1881 ;

Aïn-Draham, 1909;

Hammam-Rhira, mai 1909.

On remarquera que les deux formes dites : saisonnières : vernalis Crameri et aestivalis Esperi, peuvent au même lieu, se rencontrer en même temps ; ainsi à Géryville en mai 1886, Sebdou en mai, etc., mais cette coïncidence ne s'observe pas dans la

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 57

partie extrême des saisons ; on ne l'a constatée que dans la partie moyenne, lorsque l'une finit et que l'autre commence.

La variété gitddra, Verity, caractérisée par la grosseur de sa tache noire cellulaire aux ailes supérieures, en dessus, ne paraît pas présenter cette tache aussi accentuée en Algérie qu'en Andalousie; cependant je possède quelques très beaux exemplaires référables à la morphe Quadra, pris çà et là, notamment à Sebdou, en compagnie d'autres ayant la tache noire cellulaire beaucoup moins épaisse.

\J Anthocharis Crameri a un vol très vif, et sa capture nécessite parfois des courses rapides et prolongées. Au temps de ma jeunesse, saisir au vol les Anthocharis et les Zegris, était un sport auquel j'aimais à me livrer. Plus d'un exemplaire, dans ma collection, me rappelle qu'il fut le prix de mon effort. Cette année 1913, j'eus encore à Hyères, en compagnie de M. Harold Powell, de deux de mes petits-fils et du jeune Marc-Adrien Dollfus, condisciple et ami de mon petit-fils Henri, le plaisir de voir voler Crameri dans les sites agrestes qu'elle affectionne ; mais ce n'était plus moi qui pouvais capturer au vol V Anthocharis Crajfieri. Il fallait des jambes plus jeunes et plus vaillantes. J'avais du moins la satisfaction de voir dans la jeune génération qui s'élève, une ardeur qui n'avait pas dégénéré.

Il m'a semblé que la race provençale de Crameri ne présente pas de différence, comparativement à la race algérienne.

Les dessins verdâtres du dessous des ailes inférieures chez Crameri et Es-peri ne sont pas absolument symétriques, côté à côté; toutefois la différence est généralement minime.

M. Harold Powell a pris, au cours de ses explorations en Algérie, des notes dont je suis très heureux de faire profiter mes Lecteurs. Ces notes, écrites généralement le jour même de la chasse, ont un caractère d'exactitude qu'aucun souvenir ne saurait égaler. Voici donc la notice que m'a remise M. Powell, d'après les divers manuscrits auxquels il s'est lui-même reporté :

58 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

« Dans presque toutes les localités que j'ai visitées aux mois de mai et juin en Algérie, j'ai trouvé Craineri ou sa forme saisonnière Esperi. Je l'ai notée dans la Province d'Oran, à Sebdou, au commencement de mai 1907; les exemplaires étaient souvent très petits, ainsi que je l'ai plusieurs fois remarqué pour la forme vernalis, non seulement à vSebdou, mais aussi dans le Djebel- Amour et le Djebel-Aurès.

A partir du 15 mai, on rencontrait la forme aestivalis Esperi, mais, ainsi que cela a été signalé ci-dessus, j'ai observé qu'avec elle, volaient encore des individus de la forme printanière, et même des sujets intermédiaires; j'ai noté quelques spécimens tenant à la fois de Crame.ri et de Esperi, à Merchich, près Sebdou, le 20 mai. Esperi n'a pas volé longtemps en juin 1907, à Sebdou; le dernier exemplaire en état frais a été noté le 4 juin.

A Saïda, le 7 mai 1910, Crameri volait en assez grand nombre, avec Belemia, dans la vallée et sur les collines à l'ouest; les sujets tenaient plutôt de Ja morphe Esperi, mais les taches blanches de l'aile inférieure en dessous, quoique grandes, étaient partiellement argentées. Un peu plus tard, le 9 juin, je traversais la vaste plaine d'Alfa, sans aucune culture, qui s'étend entre les montagnes du Tell et l'Atlas Saharien; j'allais de Bouktoub à Géryville. C'est une région sans arbres, à végétation basse, peu dense, mais comprenant bon nombre de plantes d'espèces différentes ; l'Alfa prédomine sur les petites collines et monticules qui interrom-pent de loin en loin la plaine; dans les bas fonds et le long des oueds desséchés, les Armoises (.4. Campeshis et A. Herba-Alha) et le Lygeuin SparUtm occupent le premier rang. Plusieurs Crucifères, entre autres une Bisentelle, croissent sur cette plaine sèche.

Du camion automobile, qui faisait à cette époque le transport des voyageurs et marchandises entre Bouktoub et Géryville, je voyais voler, parfois, au-dessus de l'Alfa, une petite Anthocharis blanche dont je ne pouvais reconnaître l'espèce au vol ; à une vingtaine de kilomètres de Géryville, non loin du caravansérail de Zouireg, plusieurs de ces petits papillons blancs volaient

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 59

ensemble; ils me semblaient trop uniformément petits pour être Cramcri. Je décidai donc de revenir au plus tôt pour être fixé.

Le 13 mai, je suis retourné vers Zouireg; mais avant d'y arriver, V Anthocharis était déjà retrouvée; c'était bien Crameri, d'une petite forme vernale; avec elle volaient A. Belemia et A. Charlonia, toutes trois en état défraîchi. Trois espèces de Crucifères ont été observées, croissant entre les touffes d'Alfa; une Biscutelle n'a rien donné; mais sur une autre Crucifère, à fleurs jaunes et à silicules minces et allongées, j'ai pris deux chenilles de Crameri; elles me paraissaient semblables à celles que je connais d'Hyères.

Le 16 mai, deux Crameri ont été prises au Djebel-el-Beiod, dont une bien fraîche, avec une bonne proportion de jaune sur les inférieures en dessous.

Le T/ mai 1910, j'ai inscrit sur mon carnet la note suivante qui a rapport à une excursion faite, ce jour-là, au Djebel-Oustani, au sud-est de Géryville :

(f En traversant la plaine, le matni, nous n'avons presque rien vu ni pris; cependant, sur une des petites collines où pousse une Alfa très vigoureuse et certaines plantes basses, notamment VOnobrycJîis Argentea et des Crucifères à fleurs jaunes, nous avons pris Mclanargia Incs et M. Syllins-pciagia, ainsi qu'une Anthocharis Bclia {Crameri^, et un exemplaire d'une très petite Espèce à.' Anthocharis qui n'est pas Bclia, je pense; les taches blanches de l'aile inférieure en dessous sont, par places, réunies de façon à former des lignes, ce qui donne l'impression d'une forme tenant le milieu, pour ce caractère, entre Bclia et Belemia. Le sujet était en très mauvais état. •»

Plus tard, j'ai conclu qu'il s'agissait d'une Crameri aberrante.

Le printemps 1910 a été très frais, même froid, sur les Hauts- Plateaux; l'éclosion de beaucoup d'Espèces a été retardée de ce fait; Crameri n'a pas échappé à l'influence des basses températures de mai, et ce n'est que vers le 25 du mois que la forme Esperi a commencé à paraître, mais, au début, elle n'était pas

6o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

bien tranchée, les sujets faisant transition d'une forme à l'autre, et ce n'est qu'après le réchauffement des premiers jours de juin que Esperi est devenue plus caractérisée.

Cramerï vernale a été notée les jours suivants à Géryville, à partir du 20 mai 1910 : 20, 21 et 30 mai, et jusqu'au 12 juin; Esperi, le 26 mai, sur le versant sud du Djebel-el-Beiod, localité chaude et assez aride, en avance sur la plaine de plusieurs jours, et les 5, 1 1, 12, 19 et 21 juin, sur les monticules et dans la plaine. L'Espèce se trouvait au sommet du Djebel-Ksel, le 25 juin, volant autour du signal, à 2.008 mètres d'altitude.

La note suivante sur les mœurs du papillon est inscrite sur mon carnet à la date du 19 juin 1910 :

(( Sur les collines basses surmontées de petites crêtes rocheuses, qui aboutissent à l'oued Chadli (ravin à sec), à l'est-sud-est de Géryville, volaient, ce matin, beaucoup de papillons, surtout les AntJwcharis et les Melanargia...; il y avait souvent cinq ou six Belia et Belemia se battant ensemble au sommet; elles faisaient cercle autour de moi; si on les manquait du premier coup de filet, elles ne s'en allaient pas, à moins d'avoir été touchées...

En somme, ce n'est que l'attraction du sommet qui rend les Belia et les Belemia plus hardies; si on manque une de ces Espèces dans la plaine, c'est fini.

En piquant les Belia, je rejetais souvent des individus en mauvais état ; les mâles qui voltigeaient autour de moi (les femelles ne volent pas sur les sommets) se posaient très souvent pour examiner leur frère m.ort, croyant avoir affaire à une Q posée, probablement. Belia est plus abondante que Belemia sur ces collines. »

Les Belia {Crameri) dont il est question dans la note ci-dessus étaient de la forme aestivale; cependant leur taille n'était pas bien grande et les taches blanches du dessous manquaient rarement de traces de nacre. Le 25 mai 1910, Charles David a rapporté une chenille de A. Crameri du Djebel-el-Beiod; il l'avait trouvée sur une Crucifère dont elle mangeait les fleurs jaunes.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 6l

La chenille se développe rapidement, mais elle n'est pas très lacile à élever.

A AHou, en 191 1, les conditions paraissaient plus favorables pour Cramen et BeLenua qu'à Géryviile, l'année précédente; mais les deux Espèces se sont montrées bien rares à Aiiou. Le premier exemplaire de Crânien a été vu le 30 mai seulement; il écait tout à fait défraîchi, et je ne l'ai pas gardé. En juin nous n'avons pris que très peu de sujets.

Dans la Province de Constantme, à Lambèse et à Batna, la forme vernale est souvent bien petite. Lnanen vole ici dans les champs d'orge avec Belemia et les mâles se rencontrent souvent sur les sommets.

Je n'ai jamais observé que Belïa {L'raineri) volât de nouveau à r arrière-saison, tandis que L karlonïa reparaît à l'automne. »

Anthocharis Falioui, G. AUard.

Il n'est peut-être pas un plui charmant papillon que V Anthockarïs FalLoui. Gaston Allard a dit avec raison que c'est une brillante et gracieuse Espèce, lorsqu'il la fit connaître aux pages 312, 318 et 319 des Annales de la Société cnluniologïque de France, année 1867. Deux excellentes figures numérotées i a ei I b représentent sur la PI. 6, dans les mêmes Annales, la Q en dessus, et le cf en dessous. Les modèles furent peints par Pou jade et la gravure exécutée par Debray.

Depuis 18Ô7, V Anthucharïs Falioui a été fréquemment retrouvée, notamment aux environs de Bou-Saada, de Biskra et d'El-Outaya; elle vole en janvier, février, mars et avril, mai et même juin; elle apparaît de nouveau en automne. Ma collection contient environ 250 exemplaires, ce qui permet d'apprécier la variabilité de l'Espèce. Les rayures vertes sur le dessous des ailes inférieures, ne sont pas symétriques ; l'effet général est cependant le même; mais un examen un peu attentif démontre aisément l'asymétrie ordinaire des bandelettes d'un vert olive, séparées

62 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

les unes des autres par des espaces d'un blanc porcelané. Le dessus des ailes inférieures, chez la Q, est le plus souvent lavé d'une teinte chamois pâle; le cf varie pour la taille; pour l'intensité et le développement des parties noires apicales, sur les ailes supérieures en dessus; pour les ailes inférieures, tantôt d'un blanc pur et immaculé en dessus, tantôt légèrement noircies le long du bord marginal. Aux pages 638-645 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, j'ai donné des détails biologiques sur V Anihochari^ Falloui. Je prie le Lecteur de s'y reporter. La chenille vit sur Moricuiidia arvensis ; la chrysalide peut rester très longtemps vivante sans donner son papillon.

Je possède depuis trois ans, une certaine quantité de chrysalides de VAnlhocharis Falloui, parfaitement vivantes au moment où j'écris ces lignes (novembre 1913). Plusieurs fois, à des saisons diverses, quelques papillons sont sortis et c'est un plaisir de voir la jolie Anîhocharis Falloui, dans toute sa fraîcheur, apparaissant avec tant de grâce, fixée, au moyen de ses pattes fines, sur une tige sèche dans la boîte oii la chrysalide reposait (*).

C'est à Gaston Ailard qu'on est redevable de la découverte de Y Anihochans Falloui, il la captura dans les environs de Biskra, au cours des voyages qu'il effectua au sud des provinces d'Alger et de Constantine, pendant les hivers et printemps de 1864 et 1866. Les Entomologistes français ne devront jamais oublier que Gaston Allai d a remis en honneur parmi nous, l'étude des Lépidoptères algériens, restée un peu délaissée après l'exploration scientifique de Lucas. Grâce à l'initiative de Gaston Ailard, à ses recherches entreprises en Algérie, au momeilt opportun, et aux observations qu'elles suscitèrent dans les Annales de la Soc. enf. de France d'abord, puis dans les Etudes d' Entomologie, le soin de dresser l'inventaire de la faune lépidoptérologique algérienne resta, pour la part principale et essentielle, à des Entomologistes

(*) Une Ç) est éclose le 24 décembre 1913, dans mon laboratoire entomologique, après être restée trois années en chrysalide; d'autres exemplaires sont éclos à la fin de l'hiver 1914; des chrysalides sont encore vivantes.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 63

français. Les travaux des Français, dans la matière, leur ont donc conservé la prépondérance, comme c'était un droit et un devoir pour eux. Gaston Allard fut bien inspiré et je m'honore en donnant à son mérite une publicité dont son extrême modestie s'est toujours détournée.

Anthocharis Belemia, Esper.

Comme sa congénère Cramen, Butler {BeLia, Cramer, nec Linné), V Anthocharis Belemia se présente avec deux formes, celle du premier printemps, appelée Belemia, et celle qui paraît un peu plus tard dans la saison, connue sous le nom de Glauce. Mais les deux formes : Belemia et Glaiice, se rencontrent assez fréquemment au même moment de l'année, en avril et mai, de sorte qu'il n'y a pas entre les deux morphes une séparation saisonnière bien nette.

Ma collection contient des Belemia algériennes provenant des localités suivantes :

Sebdou, janvier 1879; "^^i IQO/;

Méchéria, mars 1886;

Sfax;

Lambèse, avril 1868; 1884;

Aïn-Sefra, avril 1886;

Biskra, mai 1885; janvier, février, mars 1910; janvier,

février 191 4; Hussein-Dey, décembre 1907; Cap Aokas, avril 1909; Aflou, mai 191 1 ; El-Outaya, mars 191 4; Guelt-es-Stel, mars 19 14.

Quant aux Glauce, je relève les renseignements de localité et d'époque de capture, comme suit :

Biskra, mai 1885 ; Sebdou, mai 1907;

64 LÉPIÛOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Khenchela, juin 1909;

Alger;

Afiou, juin 191 1 ;

Bou-Saada, mai 1875;

Lambèse, juin 1884;

Géry ville, mai 1886;

Maison-Carrée, mai 1908;

Hussein-Dey, mai 1907;

Cap Aokas, avril 1909;

Hamnian-Rhira, mai 1909;

Aïn-Draham, 1909;

Oran, avril 191 2 (Transition à Beleniia).

Dans un ouvrage publié sous le titre de Alcune nuove forme dï Lepidolleri, dans le journal Naturalisla siciliano, anno XVIII, 1905, le Comte Emilio Turati a distingué par le nom de Dese.rtonim, une forme de Belemia, capturée à Biskra. Les caractères de cette forme sont ainsi indic^ués : viinor, diluiior, subtiis signât itris viridibus angustis. Sur la Tav. II, VEiichloè Beleniia ab. Désert urum, Turati, est photographiquement reproduite sous les n°^ I, 2, 3 comi^arativement aux n°'' 4, 5 et 6 représentant le type, d'après des échantillons rencontrés (c nella parte settentrionale d'Algeria )).

Après examen de la longue série d'exemplaires algériens de Belemia^ rangés dans ma collection, je trouve difficile de fixer une séparation entre la petite forme {Désert or uni) et la plus grande. Cette dernière me paraît d'ailleurs infiniment plus rare, tandis c][ue Desertorum est plus abondante et se rencontre aussi bien au Cap Aokas et à Lambèse que dans la zone désertique.

Ce qui me semble le plus intéressant à constater, ce sont les exemplaires paraissant d'ailleurs très peu communs et formant la transition entre les morphes Belemia et Glaiice. Victor Cotte, dans son voyage entomologique en Algérie, pendant les mois d'avril et mai 191 2, a capturé à Oran un individu tout à fait intermédiaire entre Belemia et Glauce. C'est une Glane e avec les

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 65

stries plus nettes et d'un vert plus foncé, sans trace de lavis jaunâtre sur le dessous des ailes inférieures oîi les espaces blancs sont encore un peu nacrés.

Roger Verity, dans Rhopalocera palœarciïca, a très rapidement décrit VEuchloë Belemia et la génération estivale Glauce; il cite avec le nom de dïstincta une grande forme qui serait peut-être celle que le Comte Turati a figurée comme typique {loc. frœctt. Tav. II; fig. 4, 5, 6) et qui se trouverait constamment à Philippeville. De plus, Verity mentionne une ab. evanescens, Rôber, d'El- Kantara, privée de dessins noirs sur le dessus des ailes. Sur la PI. XXXVI, dans Rhopal. palœarct., Belemia est figurée sous les n"' 7, 8, 9, 10 {Desertonun); 11 {Distincta); 12, 13, 14 {Glauce); 15 {Glauce-palœstinensis).

J'ai disserté assez longuement sur V Anthocharis Belemia aux pages 153, 154 et 155 dans le Vol. III des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

M. Harold Powell a pris sur V Anthocharis Belemia les notes suivantes :

(( Belemia, proche voisine, dans ses mœurs, de Crameri, se trouve en Algérie dans les mêmes localités que cette dernière Espèce; elle me paraît plus abondante que Crameri dans la région Méditerranéenne, mais un peu moins commune que celle-ci sur les hauteurs du Centre. L'époque de son éclosion varie suivant l'altitude; elle vole aux mois de janvier, de février et de mars, à Biskra et à El-Kantara; en mars, avril et mai sur les Hauts- Plateaux, où sa forme saisonnière Glauce éclôt en mai et en juin; dans les parties les plus élevées de sa distribution, ce n'est souvent que vers la fin du mois de mai que paraît Glauce. L'Espèce affectionne les champs de céréales, le bord des chemins, les collines plus ou moins arides; les mâles aiment à voler autour des sommets, se tenant sur le côté protégé du vent, si celui-ci est fort.

Son vol étant rapide et soutenu, Belemia n'est pas très facile à capturer; elle se pose, parfois, sur les fleurs de Crucifères.

66 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Ayant rencontré Belemia en même temps que Crameri et presque partout avec cette dernière, je trouve inutile de citer moi-même les localités. Je n'ai jamais observé une éclosion de cette Espèce dans l' arrière-saison; cependant, si après une période de temps froid, en automne, il revenait une série de jours plus chauds, je considérerais comme possible qu'une troisième génération de Belemia se produisît par anticipation sur le véritable printemps.

En effet, M. Nissen, Consul général du Danemark à Alger, entomologiste très distingué, a signalé une morphe qui lui paraît tenir à la fois de Belemia et de Crameri et qui est éclose en novembre 191 2, à Guelt-es-Stel, près Boghari, au sud de la province d'Alger; mais il a été pris jusqu'ici trop peu d'exemplaires pour qu'une définition bien précise de cette Anthocharis puisse être donnée. »

Calicharis Nouna, Lucas.

Il est fort probable que Nouna se rattache spécifiquement à l'une des nombreuses formes (ou Espèces) de Calicharis {Teracolus) qui habitent en Afrique et en Arabie, et dont Miss Eniily- Mary Bowdler Sharpe a commencé d'écrire une monographie illustrée. La publication de cet estimable ouvrage est malheureusement arrêtée depuis 1902. Lucas a donné dans VExploration scientifiqîie de V Algérie (^Lépidoptères, PI. I), les premières figures de V Anthocharis Nouna, sous les n°^ 2, 2 a, 2 b. J'ai fait moi-même représenter Calicharis Nouna, en couleurs, sous les n°' 555 et 556 de la PI. LX, dans le V Volume (Part. I) des Etudes de Lépid. comparée. De plus, j'ai donné dans le fascicule IV bis des mêmes Etudes, quelques photographies de la chenille de Calicharis Nouna sur une feuille de la Capparis Droserifolia (*) qui la nourrit, ainsi que des localités où vit cette

(*> Il semble plus exact de désigner la Caffaris avec le nom spécifique de t-pinosa. Voir Flore anal, et synoft. de V Algérie et de la Tunisie, par Battandier et Trabut, Alger, 1902.

LÊPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 67

plante dans la région désertique algérienne. De plus, dans le Volume IV des Etudes de Lépid. comparée, aux pages 638-645, j'ai reproduit les renseignements biologiques que je tenais du chasseur Faroult, aussi bien relativement à V Anihocharis Falloui qu'à Calicharïs Nouna. Je ne crois pas devoir les répéter ici.

T.a Calicharis Nouna voie quelquefois abondamment à Magroua près El-Outaya, non seulement au printemps, mais en juillet et août, et conformément à la Pieris Daplidice qui donne une forme d'été très claire appelée Albidice, la Nouna présente une morphe estivale très différente de la forme printanière que j'ai d'ailleurs représentée. De son côté, mon ami Charles Blachier nous en a fourni une nouvelle et excellente figuration, sur la planche 20 du Vol. II du Bidletin de la Soc. lépid. de Genève. Les figures n°' 4 et 5, données par M. Blachier, représentent la forme Nouna qui vole au printemps, en avril, dans la région de Biskra, et les fig. 6 et 7 reproduisent celle qui vole en été (juin et juillet), dans le Maroc, entre Marakesh et la chaîne de l'Atlas. M. Charles Blachier appelle Biskicnsis la forme de Biskra (fig. 4 et 5), et réfère à la Nouna, Lucas, type, d'Oranie, la forme du Maroc. Comme le fait remarquer avec raison M. Charles Blachier, les figures qu'il publie de Nouna marocaine sont d'accord avec les fig. 8 et 9 de la PL XIX consacrées par M. E. G. B. Meade-Waldo à la représentation de la même Espèce, dans les Transactions Ent. Soc. London, 1905. Seulement M. E. G. B. Meade-Waldo rapporte à Daira, Klug, la var. Nouna, du Maroc.

Voici d'ailleurs la copie du texte imprimé à la page 372 du mémoire intitulé : On a collection of Butterfàes niade in Marocco, in 1900-01-02, by E. G. B. Meade-Waldo (Trans. ent. Soc. London, 1905) : (( 9. — Teracolus Daira, Klug, var. Nouna, Lucas (PI. XIX; fig. 8 cf, 9 Q)- I only saw this species at Agurgur, where it was abundant in a damp wood at an élévation of about 3.500 ft. I saw one torn spécimen near Tsigidir-el-Bor about 30 miles south. Agurgur, June 24th 1901 ; Tsigidir-el-Bor, June 25th 1901 ».

68 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Dans l'explication des figures de la PI. 20 du Bulletin de la Société lépidoptérolog. de Genève, M. Blachier indique pour la fig. 6, comme localité, Imi-Tala, et pour la fig. 7, Agurgur, Maroc, région de l'Atlas, fin juin; coll. Vaucher. C'est donc avec des éléments provenant de la même région que MM. Meade-Waldo, d'une part, et Blachier, d'autre part, se sont trouvés documentés.

En ce qui me concerne, je ne possède aucun exemplaire qui ait été capturé au Maroc; mais j'ai reçu un nombre considérable d'échantillons de la variété Biskrensis et j'en ai en ce moment même plus de 500 sous les yeux. Ma collection contient aussi 7 cotypes sans doute capturés par le colonel Levaillant, aux environs d'Oran, on elle fut découverte pendant les mois de juillet et d'avril (Explor. scient. Algérie, Vol. III, p. 351).

Je puis, dans ces conditions, me rendre compte de la variation saisonnière de la C alicharis-lsJ ouna-Biskr ensis . La forme qui éclôt en juillet et août a le dessus des ailes d'un blanc très vif; le corps et l'abdomen sont blancs, sans pilosité; la tache aurore ne paraît pas de couleur plus vive qu'au printemps ; mais la bordure noire, en dents de scie, sur le bord terminal à partir de l'apex, est généralement moins prolongée; la frange est blanche, quelquefois rosée. Le dessous des supérieures est blanc et le dessous des inférieures est d'un jaune très clair; la tache apicale aurore est, en dessous, rétrécie, et moins apparente que dans la génération du printemps ; on aperçoit parfois un point noir, très vif, mais extrêmement petit, sur chaque aile. Enfin la taille est plus petite en été. Dans la forme du printemps, le dessous des ailes inférieures est d'un jaune nuancé de rose-saumon; on aperçoit chez certains individus quelques atomes noirs sur le dessous des ailes supérieures. En dessus, les ailes inférieures ont le bord marginal marqué de taches triangulaires noires, et quelquefois — mais plus souvent chez les Q que chez les O* — une ligne noirâtre horizontale, partant de la base des ailes, s'étend assez entière, le long du bord costal des inférieures, et plus interrompue, le long du bord interne des supérieures. Certaines Q montrent aussi sur les inférieures, en dessus, une ligne noire qui

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 69

est brun rouge en dessous, formant un angle presque droit, descendant du bord costal et aboutissant vers le bord anal. Cette ligne est parfois interrompue dans son parcours.

La chenille a pour parasite un petit diptère, aux ailes blanches tachetées de gris, qui sort d'un puparium formé en dehors du corps de la chenille.

C'est du moins l'opinion que s'est faite M. Harold Powell qui a constaté dans une boîte d'élevage où il nourrissait des chenilles de Calicharis Noima, la présence du petit diptère qu'il a supposé sortir du corps des chenilles de Nouna, sans toutefois en avoir acquis l'absolue certitude.

Je fais figurer les diverses formes saisonnières de la Calicharis N ouna-Biskrensis, Blachier, sous les n°^ 2286 à 2296 de la PI. CCLXXXI.

Je complète l'histoire biologique de Nouna, en reproduisant ICI les notes que M. Powell a rédigées comme suit :

(( C'est en août 191 2 que j'ai rencontré pour la première fois la Calicharis Nouna; nous sommes arrivés à El-Kantara le 24 août, venant de Lambèse, où ni le papillon ni sa plante nourricière n'existent.

Le lendemain j'ai pris des papillons et vu des chenilles dans tous les stades, ainsi que quelques chrysalides, sur les plantes accessibles de Capfaris Spïnosa, Lin. Cette plante, à laquelle les indigènes donnent au moins trois noms différents, suivant les localités, mais dont le plus répandu est « Koubar )>, pousse sur les falaises escarpées et sur certains grands blocs de pierre calcaire détachés ; ses touffes, accrochées aux parois à pic ou surplombants, forment des taches d'un vert foncé intense sur le calcaire rougeâtre; elle croît dans des situations semblables à Maafa, à Menaa, à Tazleft, à Tighanimine et dans bien d'autres localités arides et rocheuses de l'Aurès méridional; là où se trouve le câprier, on peut être certain de rencontrer Nouna.

La jeune chenille ronge le parenchyme de la feuille qui est glabre et épaisse, sans toutefois la perforer complètement; plus

70 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

âgée, elle découpe la feuille, en s'attaquant aux bords; elle n'est pas très facile à voir, sa couleur se confondant bien avec celle des feuilles, et sa fine pubescence estompant la netteté de son contour; elle montre peu d'activité, se meut lentement et ne s'écarte que rarement des quelques feuilles qui suffisent à la nourrir. Son évolution est rapide, surtout en été; les chenilles prises les 25-28 août se sont toutes chrysalidées avant le 6 septembre; quelques-unes, cependant, n'étaient pas encore arrivées à l'avant-dernier stade quand on les a trouvées; elles se suspendent, pour se chrysalider, à la façon des Anthocharis, c'està-dire en se fixant par les pattes anales à un petit amas de soie, se maintenant en outre par un fil passant autour du corps et dont les extrémités sont adhérentes au point d'appui, qui est le plus souvent le dessous d'une grosse feuille située près de la base d'une branche. La chrysalide est tantôt vert pâle, tantôt couleur paille plus ou moins pâle, ou bien grisâtre; celles que j'ai trouvées sur les plantes, en août 191 2 et 1913, à El-Kantara et à El-Outaya, étaient vertes ou paille très pâle, mais les chenilles élevées dans des boites, en août et au commencement de septembre, produisirent certaines chrysalides d'une couleur paille grisâtre. Les chenilles trouvées à Tazleit, le 14 octobre 191 2, ont été élevées en boîte; elles se sont transformées entre le 16 et le 31 octobre, en donnant des chrysalides gris jaunâtre, marquées de points et stries gris brun.

Toutes les chrysalides tant vertes que de couleur paille, trouvées dans la nature, ou obtenues en captivité, aux mois d'août et de septembre 1912-1913, ont donné leurs papillons au bout de 8-15 jours; celles formées vers la fin d'octobre hivernent probablement; en tout cas, c'est ce qui a lieu dans les régions les plus élevées habitées par l'espèce; les quelques chrysalides que je possédais à la fin d'octobre 191 2 sont mortes, les chenilles ayant souffert de manque de nourriture vers la fin de leur existence. Je n'ai jamais trouvé la chrysalide sur le rocher dans le voisinage de la plante.

Il y a certainement plus de deux générations par an de Nouna

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE /I

dans le sud de l'Aurès ; mais comme elles chevauchent, il n'est pas facile d'être ûxé sur leur nombre; à partir de mai, on peut rencontrer l'Espèce à El-Kantara; elle y est commune en juin, et on continue à la voir voler là jusqu'en septembre, du moins à ma connaissance.

Voici d'ailleurs la liste des localités où j'ai trouvé Nouna, avec les dates précises :

El-Kantara, papillon du 25 au 28 août 1912; le 22 août 1913;

j'ai obtenu en septembre 191 2 l'insecte parfait provenant de

chenilles trouvées à la fin d'août.

Gorges de Tighanimine, papillon le 10 septembre 191 2. Tazleft, papillon et chenille, le 14 octobre 1912. J'ai capturé ce

jour-là une dizaine d'exemplaires, dont six assez frais, ainsi

que quatre chenilles. Tazleft, au sud du Djebel-Azreg, est une

localité un peu plus élevée qu'El-Kantara. Tahanent, papillon le 10 septembre 191 3. Tahanent est le point

le plus septentrional pour Noitna dans la vallée de l'Oued-

Fedhala; le papillon volait dans un ravin sec et pierreux, au

pied d'une barre rocheuse.

El-Outaya, papillon et chenille, le 24 août 191 3, sur une colline

escarpée et rocheuse au nord de la Montagne de Sel. Maafa, les 11 et 12 septembre 1913. Le papillon volait dans les

superbes gorges naturellement creusées dans le calcaire; il

était assez commun et beaucoup d'individus étaient frais; sur

les câpriers, on a trouvé, ces mêmes jours, des chenilles de

toutes les tailles.

Menaa, le 13 septembre 1913; la meilleure localité était à côté

de l'entrée de la gorge dite : des 99 sources. Col des Ouled-Sidi-Hamadi, le 15 septembre 191 3; je transcris

l'observation faite à la date même, la localité m'ayant paru

remarquable pour Nouna.

« Nous sommes partis le matin de Chir, en suivant la nouvelle route jusqu'à la hauteur de Nouader, village indigène bâti sur un contrefort de la montagne, de l'autre côté de l'Oued-Abdi.

72 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE

De la maison cantonnière, un sentier grimpe sur la montagne à l'ouest de la vallée; mauvais, rempli de pierres et rochers, ce sentier est très fréquenté par les Arabes de Nouader et de Bouzina, qui peuvent communiquer rapidement par le col; jadis, quand la mine de mercure de Taghit était exploitée, c'est par ce chemin que le métal était transporté à dos de mulet jusqu'à la gare d'Aïn-Touta. Entre le fond de la vallée de l'Oued-Abdi et le col que nous voulions attenidre pour aller ensuite à Bouzina et à Aïn-Berdh, il y a plus d'une barre rocheuse longeant le flanc de la montagne; sur la face des rochers, nous avons remarqué de beaux câpriers, et à leurs bases volaient des C. Nouna; l'exposition est sud-est, par conséquence les rochers sont bien chauffés pendant la journée, mais on est déjà à environ 1.300 mètres d'altitude. Plus haut encore, une falaise sert de rempart à la crête, et le col lui-même est atteint par une large échancrure dans la barre calcaire.

J'étais bien surpris de trouver Nouna ici et de constater la présence des câpriers sur la falaise à la hauteur même du Teniet-Ouled-Sidi-Hamadi, c'est-a-dire à 1.568 mètres; le papillon y est à son extrême limite d'altitude, grâce à l'exposition favorable; sur le versant nord-oue?t du col il n'y a plus ni câpriers, ni Nouna ».

Je n'ai jamais piis l'Espèce dans la Province d'Oran. Je crois me souvenir que Miss Fountame du avoir capturé un seul exemplaire sur le sommet d'une colline, à l'est de Sebdou, le 27 juin 1903 ».

Colias Hyale, Trad. (nec Linné).

Je dis que le nom Hyale, pour désigner la Colias à laquelle tous les Entomologistes contemporains attribuent ce nom de Hyale, ressort de la tradition et non de l'Auteur du Systema Naturœ. En effet, voici quelle est la description, en tout cas fort incomplète dans ses termes, de Hyale, par Linné : ce P. D. {Pafilio

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 73

Danans) alis integerrimis rotundatis flavis; posticis macula fulva, subtus puncto sesquialtero argenteo. Faun. Suer. 1040. Habitat in Europa, Africa, America septentrionali. »

Il est évident que Linné ne faisant d'une part nulle mention de la bordure noire des ailes chez H y aie, commet d'autre part une confusion en attribuant, en outre de l'Europe et de l'Afrique, l'Amérique septentrionale pour patrie à Hyale; car jamais Hyale n'a été rencontrée dans le Nouveau-Monde. Mais il y a plus ; Linné donne une série de citations synonymiques. J'en retiens une que je copie textuellement comme suit : (c Rocs. ins. 3. t. 46. f. 4, 5 ». J'ouvre donc le volume III de l'ouvrage de Roesel von Rosenhof et, sous les n°^ 4 et 5 de la Tab. XLVI du volume III, avec le titre de Classis II PafïLionum Diurnontm, que vois-je ? la figuration excellente, en dessus et en dessous, de Colias- Edusa Q.

Tout le monde peut très aisément faire la même constatation. Linné a confondu probablement plusieurs Espèces de Colias en une seule et il a désigné par un même et unique nom des Espèces différentes. Ce n'est pas la première fois que pareille erreur est commise par Linné. Cependant, de tous ces malentendus, de ces observations trop légèrement rapportées, quel trouble à la base de la Nomenclature !

Je sais bien que dans Révision, of the Linnean types of palœarctic Rhofalocera, le docteur Roger Verity dit avoir trouvé dans la collection linnéenne 2 o' et i Q de Culias Hyale « which ail hâve the look of Linnean spécimens and seem to be of the summer brood ». Cette remarque a une valeur incontestable et je tiens l'assertion du docteur Verity comme parfaitement exacte; mais j'estime que le nom de Hyale, avec l'attribution que nous en faisons encore actuellement, est plutôt un nom de tradition qu'un nom linnéen. J'ai cru devoir remonter aux sources parce que ce genre de recherches est très rarement pratiqué. Chaque auteur semble se borner à copier la synonymie présentée par un auteur précédent; il l'accepte avec confiance comme étant exactement établie, sans se rendre compte que, depuis bien longtemps, on a

74 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

perdu l'habitude de contrôler les renseignements synonymiques imprimés dans les ouvrages lépidoptérologiques. J'ai connu des Entomologistes dits : de premier ordre par l'importance des collections qu'ils ont formées; ils n'ont jamais essayé de déterminer au moyen des livres, aucun papillon de leur collection faisant partie de la faune européenne; ils réservaient pour la détermination des exotiques, leurs investigations bibliographiques. Le Gênera & Index mcthodïciis publié en 1840 par le docteur Boisduval, leur a amplement suffi jusqu'au moment où la première édition du Catalog par Staudinger, en 1861, a préparé l'abandon du Gênera. Ces excellents collectionneurs ont reporté sur les éditions successives du Catalog, la même aveugle confiance dont ils ne se sont jamais départis envers le Gênera, tant que ce livre est resté seul leur guide pour le rangement méthodique des papillons.

En 1844 parut le Catalogue, par Duponchel; mais la faveur resta attachée au Gênera, par Boisduval, et le Catalogue, par Duponchel, n'eut aucun succès. Combien de fois me suis-je rencontré avec d'anciens amateurs, chez le docteur Boisduval ! Ils apportaient une boîte contenant les lépidoptères le plus souvent capturés par eux-mêmes au cours de leurs excursions entomologiques; il s'agissait d'en connaître les noms. Le docteur Boisduval ouvrait libéralement ses tiroirs et donnait au besoin son avis. Alors la besogne était accomplie et les déterminations ainsi obtenues devenaient intangibles dans l'esprit de l'heureux propriétaire de telle ou telle rareté. Achille Guenée, vivant à la campagne, muni d'une bibliotiièque assez importante, aimant à étudier et à écrire, faisait exception à la mentalité générale des Entomologistes d'autrefois. Mais dans les souvenirs que je ressuscite, il me revient que les contemporains de Guenée le considéraient comme une sorte d'archiviste ayant du temps à perdre. Mes vieux amis étaient surtout d'infatigables chasseurs et des collectionneurs passionnés.

Au contraire, Guenée fut plutôt un Entomologiste de cabinet; il aimait à écrire, et je possède des volumes de manuscrits tracés

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 75

en caractères presque microscopiques et qui ont servi de base pour le Species Général, ou bien qui étaient destinés à lui préparer un supplément. Malheureusement Guenée, au point de vue des documents lépidoptériques, était insuffisamment pourvu. Il eût fallu engager des dépenses qui répugnaient à son caractère particulièrement économe; aussi l'insuffisance dans la quantité des papillons que Guenée eut à sa disposition fut la cause que ce remarquable savant travailla trop souvent dans le vide. Chacun ici-bas a ses qualités et ses défauts.

Cependant revenons à l'Espèce que nous avons coutume d'appeler Colias Hyale. Elle paraît très rare en Algérie. J'en possède seulement deux exemplaires pris à Beni-Ounif par M. le lieutenant Bacqué. Feu le D"" Seriziat a prétendu qu'il avait trouvé la Colias Hyale à Collo. Gaston Allard en avait capturé un ou deux exemplaires à El-Haçaïba. Il n'en est pas moins vrai que la Colias Hyale est en Algérie extrêmement rare.

Colias Croceus, Fourcroy {Edusa, Fabr. et c^eteri auctores).

Un des papillons les plus communs en Barbarie. Ma collection contient des exemplaires pris à Tanger, en juin 1880; à Biskra, en mai 1884 et 1885, en janvier et février 1910; à Lambèse, en juin 1884 et en mai 1912; à Sebdou, en juin et août 1907; à Bône, en juin 1884; à Yakouren, en juillet et août 1907; à El- Kantara, en mai 1908; à Khenchela, en mai et juin 1908; mais j'ai reçu des exemplaires de la Colias Croceus {Edusa) de beaucoup d'autres localités. On peut dire que l'Espèce est répandue dans toute la Barbarie.

Le cf varie beaucoup pour la taille et l'intensité de la coloration orangée du fond des ailes. Certains exemplaires sont d'un jaune assez pâle, tandis que d'autres — et c'est le plus grand nombre — sont d'un jaune orangé très vif; je possède un cT pris à Khenchela, en juin 1908, qui est d'un jaune extraordinairement pâle. La bordure noire est, selon les individus, plus ou moins

76 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

large; elle est traversée par des traits nervuraux très fins, jaunâtres, et sablée d'une poussière jaune; mais cette poussière semble fugace et disparaît dès que le papillon a un peu voltigé. Chez certains individus, la bordure noire des ailes est d'un brun pâle et par conséquent légèrement albinisante. Il y a deux races de Q : celle à fond des ailes jaune comme le cf, et qui est la plus abondante, et celle à fond des ailes blanc; celle-ci est connue sous le nom de Hélice, Huebner. Le passage entre Edusa Q type à fond des ailes jaune, et Hélice Q, à fond des ailes blanc, se rencontre assez rarement; je l'ai désigné par le nom de Helicina. Dans la plupart des cas, les taches jaunes qu'on remarque chez la Q, au milieu de la bordure noire des ailes, sont plus pâles que la teinte du fond, c'est-à-dire d'un jaune primevère, lorsque le fond des ailes est d'un jaune orangé vif. La tache orbiculaire médiane des ailes inférieures en dessus est, chez la variété Hélice, tantôt d'un rouge orangé, tantôt d'un blanc légèrement rosé. D'ailleurs, toutes les transitions se remarquent entre la couleur rouge orange et la teinte blanc carné de cette tache orbiculaire. Je possède des Q Hélice algériennes dont le fond des ailes est d'un blanc verdâtre; c'est une forme un peu spéciale, mais à laquelle il me semblerait abusif de donner un nom.

I^es Ç) varient comme les cf pour la taille et pour la largeur de la bordure noire des ailes, en dessus. Il y a aussi des Q qui, sans pouvoir être classées parmi les Helicina, sont d'un jaune beaucoup plus pâle que les exemplaires jaunes normaux. Ainsi que je l'ai dit plus haut, ce même mode de variation se remarque chez les cf-

La Colias Croceus {Edusa) est une Espèce migratrice. J'ai donné de longs détails sur son histoire aux pages 167-176 du Volume m des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Roger Verity, dans Rhop. palœarctica, a désigné (p. 268) sous le nom de Deserticola, (( une race qui vole dans les régions arides et qui se distingue par l'exiguité de sa taille et ses teintes pâles, surtout chez le cf qui est presque jaune ». Je possède plusieurs cT de Biskra, référables à Deserticola. Mais ces Croceus-Deseriicola

s'observent voltigeant avec des exemplaires plus grands et plus vivement colorés. A mon sens, ils ne constituent pas une race; ce sont des échantillons plus petits et plus pâles éclosant en même temps que d'autres plus grands et d'une teinte orangée plus vive; ils sont individuellement l'expression d'une variation qu'on peut rencontrer ailleurs que dans le Sahara algérien.

Edusa, dans la Mythologie, était la déesse protectrice des enfants ; on lui faisait des offrandes lorsqu'on les sevrait et lorsqu'on commençait à leur faire prendre une nourriture solide.

M. Harold Powell a observé que les Q de Colias Croceus {Edusà) pondaient en Algérie sur des plantes très variées, mais appartenant toutes à la famille des Légumineuses. Je cite, d'après les renseignements qu'il veut bien me donner, les indications suivantes : (-- Colutea arborescens, Lin. ; Medicago saliva, Lin.; Lotus species ? Astragalus species ? Ac.anthyllis tragacanihoides, Pomel ; A. numidica, Pomel ; AnthylUs tetraphylla, Lin.

Gonepteryx Rhamni, Linné.

Il y a en Barbarie deux morphes : i" celle que Rober a appelée meridionalis, et dont Roger Verity, dans Rhop. palœarctica, figure sous le n° 40 de la PI. XLVII, un (j pris dans le Djurjura, en juillet 1884, et que je lui avais communiqué. A la page 283 de son bel ouvrage, Verity fait ressortir comme suit les caractères de meridionalis : h Envergure : 65-70 mm. Ainsi, de beaucoup supérieure à celle du vrai Rhanini; coupe des ailes exactement semblable à celle de G. farinosa, c'est-à-dire qu'elles sont moins élancées que chez le type, et les postérieures présentent généralement une série de dentelures très marquées ; le revers est du reste aussi variable par la teinte que celui du type; la Q, sur les deux surfaces, se rapproche de celle de farinosa ». 2'' la morphe plus petite, tout à fait analogue, pour la taille, à celle de l'Europe centrale. Je possède une paire de cette petite

78 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Rhamni, prise à Alger par feu le lieutenant Mathieu, et dont l'expansion des ailes est à peine égale à celle des exemplaires ordinaires provenant de Croydon ou de New-Forest, en Angleterre. Par contre, j'ai reçu des exemplaires très grands pris à Tunis. Quant à ceux capturés à Yakouren, en juin et juillet 1909, ils sont de taille très inégale, les uns très grands, les autres moyens. Donc, si l'on veut disserter avec exactitude sur un sujet, si peu important soit-il, une documentation assez considérable s'impose; autrement on courrait risque de prendre une exception pour la règle et on généraliserait à tort un caractère qui, dans le cas de Rhamni, reste à peu près individuel.

Je transcris comme suit les observations dont M. Harold Powell me fait part :

« Rhamni est une Espèce de la côte et des chaînes boisées du versant méditerranéen ; je crois qu'on peut dire avec vérité qu'elle n'existe ni sur les Hauts-Plateaux, ni dans les montagnes limitant ces plaines au sud; je ne l'y ai jamais rencontrée, pas plus, d'ailleurs, qu'à Sebdou ou a Tiaret.

Dans la vallée du Pont-Romain, près de Philippeville, le 10 mai 191 3, j'ai pris un seul cf de la grande forme Meridionalis ; il était en bien mauvais état. La végétation sur ces collines de la côte est plus dense que celle qui recouvre les hauteurs centrales et en diffère très sensiblement; à l'endroit où Rhamni a été pris, poussait un véritable maquis; j'ai remarc[ué de très beaux sujets de Rhamnus alaternus, dans la broussaille; il est probable que cet arbuste nourrit la chenille de Rhamni, en même temps que celle de G. Cleopatra, espèce commune à Philippeville )>.

Gonepteryx Cleopatra, Linné.

Répandue en Barbarie, dans le bassin méditerranéen; mais n'a pas été observée dans la région désertique.

Cleopatra est exceptionnellement fertile en hermaphrodites. Ma collection contient actuellement quinze échantillons atteints

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 79

d'hermaphroditisme, dont cinq proviennent de Barbarie; trois furent capturés à Khenchela, en juin 1908 et juin 191 1 ; un autre à Yakouren, en juin 1909, et un à l'unis, le 2 juin 1908. Aucun de ces hermaphrodites que je possède ne présente une séparation régulière des caractères distinctifs du cf et de la Q, c'est-à-dire une paire d'ailes avec la livrée entière de l'un des sexes, et l'autre paire avec la livrée entière inverse; mais on voit sur un fond blanc verdâtre, couleur de la Q, les parties jaune et orangée du cf inégalement et asymétriquement réparties. L'effet de cette dispersion inégale des couleurs vives du cf est du reste très agréable.

A Sebdou, en juin 1900, M. H. Powell a pris quelques cf appartenant presque à la var. taiinca, Stgr., caractérisée par la teinte pâle et l'étendue réduite de la tache orangée des supérieures. Dans le Djebel Aurès et en Tunisie, la teinte de la tache orangée, chez les Cleo pat r a cf, paraît un peu plus vive qu'à Sebdou; mais elle est très généralement loin d'atteindre l'éclat de la Cleo-patra du Languedoc. En conséquence, je crois qu'on peut dire de la Cleopatra algérienne qu'elle constitue, dans l'ensemble des individus qui la composent, une race très voisine de Taitrica et qui pourrait lui être rattachée.

Les notes prises par M. Harold Powell permettent de compléter la notice concernant Goiiepleryx Cleopatra par les renseignements suivants :

« Cleopatra s'est montrée en abondance à Sebdou (Oran) à partir des premiers jours de juin 1907; elle volait sur les collines boisées de chênes verts et dans les vallées moins arides ; mais sa meilleure localité était un champ inculte, à moitié recouvert de grands chardons ; ce champ se trouvait près de l'oued, au sud-ouest du village; on pouvait prendre chaque matin, sur les fleurs du chardon, des quantités de Cleopatra, toutes fraîches, non seulement dans le champ, mais aussi au bord de l'oued. En mai, nous n'avons pris que des sujets ayant hiverné, tous défraîchis. L'Espèce a continué à se montrer abondante en juillet, mais je ne l'ai pas signalée dans mes notes au mois d'août.

80 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Nous l'avons prise assez abondamment à Khenchela, au mois de juin 190S, surtout dans la forêt, vers Fontaine-Chaude; ici encore, Cleopatra se plaît à butiner sur les fleurs des grands chardons, qui abondent dans les enclaves ou clairières de la forêt.

Dans le Djebel-Amour, l'Espèce est bien moins abondante qu'elle ne l'est à Sebdou et dans l'Aurès; je l'ai prise plusieurs fois, cependant, sur le Djebel-Ksel, près Géry ville, vers la fin du mois de juin et en juillet 1910, ainsi qu'en juillet 191 1 à Aflou, 011 elle volait sur le Djebel-Sidi Okba, principalement du côté exposé au nord-ouest.

Le Rhammis alaternits, Lin., sa plante nourricière, est rare dans le massif du Djebel-Amour; sur le Ksel, en 1910, j'ai bien trouvé quelques maigres buissons presque dépourvus de feuilles, mais sur le Sidi-Okba, les recherches que j'ai faites n'ont pas été couronnées de succès ; néanmoins, la plante existe dans les bois de cette montagne; j'en ai eu la preuve en rencontrant un jour un Arabe qui en rapportait une branche; il me dit qu'il allait s'en servir comme médicament et nomma la plante « Safeira », ainsi que cela se trouve déjà relaté à propos des Lycœna Bœlica et lolas, à la page 92 du Volume V, Part. Il, des Etudes de Lépid opter ologie comparée.

La chenille de Cleopatra vit très probablement aussi sur le Rhaninus rnyrtifolia, Willk., qui se rencontre sur les rochers des montagnes élevées; je crois avoir reconnu ce Nerprun sur le Djebel-Bouderga, près de Géryville.

Cleopatra n'est pas rare, en juin et en juillet, dans la partie boisée de la région de Lambèse; nous l'avons prise dans la forêt vers Boursalah ; dans la vallée de Bel-Achir, où le brigadier des Eaux et Forêts, M. Karr, l'a trouvée en assez grande abondance; à Baïou; à Sgag; sur le Djebel-Gueddelane, où j'ai remarqué une Q volant autour des petits Aunes poussant dans les fentes des rochers de la crête; j'ai observé cette Q pendant un bon quart d'heure; elle voltigeait près des Aunes et se posait de temps en temps sur les feuilles des branches basses, comme si

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

elle allait pondre; je l'ai vu visiter une demi-douzaine de ces arbustes, mais elle n'a pas pondu ; la couleur des feuilles de l'Aune la trompait sans doute; elle croyait avoir affaire à un Rhamnns, et ce n'est qu'après s'être posée chaque fois sur la plante qu'elle s'apercevait de son erreur; je n'ai pas vu de Rhamnus dans le voisinage; l'altitude à ce point de la crête est d'environ 2.000 mètres; c'était le 7 juillet 1913.

J'ai trouvé la chenille à deux occasions dans le ravin au-dessus de Lambèse, une première fois le 15 mai et ensuite le 10 juin 1912; elles se trouvaient sur des petits pieds de R. alaternus poussant à côté des rochers, et elles mangeaient, exposées à un fort soleil matinal, les feuilles tendres des branches basses. On ne trouve que 3 ou 4 chenilles sur un même Rhamnus, et elles ne sont pas faciles à voir. L,a croissance est rapide; celles prises le 15 mai, dans les troisième et quatrième stades, se sont respectivement chrysalidées les 29 mai, 3 et 6 juin. L'éclosion a lieu au bout de 20 jours environ, plus tôt, probablement, dans les endroits bien chauds. Je n'ai pas connaissance d'une deuxième éclosion, même partielle, dans les régions élevées de l'Algérie. »

Charaxes Jasius, Lmné.

(< Habitat in Africa, pra^sertmi Barbaria », dit Linné. On lit dans le Volume III des Etudes de Lépidoplérologie comparée (p. 179) que (( le Charaxes Jasius se trouve en Algérie, mais que je n'ai encore jamais vu d'exemplaire authentique de cette provenance )).

La situation a changé en ce sens que j'ai reçu une seule Q prise à Aïn-Draham, en Kroumirie, par Faroult. Mais je n'ai pas vu d'autre exemplaire de cette magnifique Espèce authentiquement pris en Barbarie.

La Q d 'Aïn-Draham est de grande taille. Linné avait emprunté le nom Jasius à l'histoire ancienne. Jasius fut le nom d'un roi d'Arcadie et aussi d'un roi du Latium.

82 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

En Algérie, on n'a pas trouvé d' Apatura, ni de Limenitis, ni de Neplis. Jusqu'ici on y a constaté l'existence des Vanessa Atalanta, Car dut, Polychloros, C. Album et Egea; mais les vulgaires papillons d'Europe, Vanessa In, Antiopa, Urticœ, les Araschnia Levana semblent manquer dans le nord de l'Afrique. Il en est de même de beaucoup de nos Argynnis européennes. Seules, jusqu'ici, les Argynnis Pandora, Paphia, Aîiresiana et Lathonia ont été observées en Barbarie.

Je dois cependant faire connaître l'observation suivante dont je suis redevable à M. Harold Powell. Cette observation concerne la Vanessa Urticœ, et voici en quels termes M. Powell a rédigé la note que je transcris : (( Près de Philippeville, le lo mai 1913, j'ai vu un papillon que je regrette beaucoup de n'avoir pu capturer. Il volait avec quelques Vanessa Cardui, dans un maigre champ d'artichauts. Il m'a semblé que c'était un exemplaire très frais de VaJiessa Vrticœ. En effet, par sa taille et son vol, il ressemblait bien à Urticœ; même, il m'a paru que sa couleur était analogue à celle de la morphe corse Ichnusa. Nous avons pu le voir pendant trois minutes environ, Chierotti (*) et moi, et il a passé entre nous deux, sans que nous ayons pu le saisir. Je dois cependant ajouter que je n'ai pas vu le papillon en question posé; il a constamment voltigé devant nous. Je crois pouvoir affirmer que ce n'était pas Erylhronielas ».

Vanessa Atalanta, Linné.

Paraît rare en Algérie; je possède quelques exemplaires 6.' Atalanta provenant d'Alger, de Philippeville et de Lambèse. M. Powell l'a observée à Géryville.

(*) Stefano Chierotti avait été amené par M. Powell, d'Hyères en Algérie, d'abord en 1912, puis en 1913, pour aider à l'exploration entomologique dont M. Powell s'était chargé. Chierotti n'avait pas tardé à rendre, comme chasseur, de très bons services.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 83

Le nom d'Alalante prend son origine dans la Fable. Il y avait plusieurs Atalantes ; d'abord Atalanie, fiiile de Jasius, roi d'Arcadie, et de Climène; c'est cette Atalante-là qui porta le premier coup au sanglier de Calydon; par cette action hardie, elle mérita l'amour de Méléagre qui lui remit les dépouilles du sanglier. Elle eut un fils nommé Parthénope. Une autre Atalanie — celle sans doute à laquelle pensait Linné, lorsqu'il donna ce nom au superbe papillon qui anime si agréablement nos jardins à la fin de l'été. — était fille de Schénée, roi de .Scyros; cette Atalante fut passionnée pour la chasse; elle ne quittait plus les campagnes et les bois; elle devint si légère à la course qu'il était impossible aux hommes les plus ggiles de l'atteindre. Atalante était d'ailleurs fort belle et avait, à cause de cela, beaucoup d'amoureux; elle leur déclara, d'accord avec son père, qu'elle ne donnerait sa main qu'à celui qui arriverait au but avant elle. Ce fut Hippomène qui obtint cet avantage, grâce à 3 pommes d'or cueillies dans le jardin des Hespérides et que lui avait données Vénus. Il laissa tomber ses pommes. Atalante les ramassa, se laissa ainsi devancer et devint le fruit de la victoire d'Hippomène. Plus tard les deux époux, pour avoir offensé Vénus, furent changés en lions.

Vanessa Cardui, Linné.

Quelquefois très commune en Barbarie, aussi bien dans la région désertique que sur le revers méditerranéen. Je possède une série d'exemplaires algériens et tunisiens provenant de Lambèse (juin 1884), de Biskra (mai 1885), de Bou-Saada (mai 1875), de Sebdou, d'Omach (mai 1885), d'Aïn-Draham ; en outre, j'en ai reçu de plusieurs autres localités algériennes; mais, comme il ne semblait pas qu'il y eût de variations notables parmi toutes ces Vanessa Cardui, faute de temps, je n'ai pas pris soin de leur faire étaler les ailes.

Je possède une seule variation algérienne de Cardui; c'est une Q de Biskra, assez pâle, avec les dessins effacés, surtout aux

84 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

ailes inférieures, en dessous. C'est une transition vers l'Ab. Elymi, Rambur, dont ma collection contient plusieurs spécimens bien caractérisés; cependant aucun de ces Elymi n'a été capturé en Algérie.

Je fais figurer dans le présent ouvrage le spécimen aberrant capturé à Biskra, en mai 1885.

M. Harold Powell me communique les observations qu'il a faites au sujet de la V ânes sa Cardui. Elles sont rapportées comme suit :

(( Le papillon était particulièrement abondant dans la province d'Oran en 1907; je l'ai rencontré d'abord au mois de mai, à Misserghin, près d'Oran; la chenille était commune sur les chardons dans cette localité; à Tlemcen, également, Cardin se trouvait en bon nombre, mais à Sebdou, où je suis arrivé le Q mai, c'était par milliers qu'on les voyait voler, dans la plaine, sur les collines, enfin partout ; leur nombre me parut augmenter journellement ; ils nous gênaient beaucoup dans la chasse aux autres papillons, qui se confondaient dans la foule des Cardui; il était surtout difficile de ne pas perdre de vue les Cigaritis; aussitôt qu'un de ces petits papillons, généralement posés sur le sol, se levait à notre approche, il était immédiatement entouré de Cardui; dans le cas des Lycènes, l'intervention des Cardui était moins gênante, car on les distinguait mieux que les Cigaritis au milieu des Vanesses. J'ai noté, le 1 1 juin, un grand nombre de chenilles sur les chardons; en certains endroits, elles avaient complètement dévoré toutes ces plantes et on en voyait de toutes les tailles errer à la recherche de leur nourriture; il y en avait encore énormément, le 15 juin.

Tous les Cardui du mois de mai étaient défraîchis, il y avait longtemps qu'ils volaient, et je crois qu'ils n'étaient pas nés dans les localités oii nous les trouvions; l'augmentation progressive du nombre de papillons usés par le vol semble indiquer une migration; mais d'où venaient-ils?

Les Q ont pondu et les chenilles qui ont réussi à trouver une

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 85

nourriture suffisante ont donné une éclosion fort abondante dans le courant du mois de juin; à partir du 15 juin, les Cardui, nés sur place et d'une fraîcheur irréprochable, volaient par milliers à Sebdou; leurs habitudes n'étaient pas celles de leurs parents du mois de mai ; au lieu de se poser par terre, de se disputer ensemble et avec d'autres espèces, et de se montrer indifférents envers les fleurs, les individus de cette nouvelle génération se préoccupaient surtout de leur alimentation ; ils montraient une préférence pour les fleurs de chardon, sur lesquelles on pouvait les voir chaque jour en grand nombre, côte à côte avec Gonepieryx Cleopaira, Argynnis Pandora et, bien plus rarement, Satyrus Prieuri. Mais les Cardui de cette génération n'ont pas tardé à disparaître, ou à peu près; voici un extrait de mon carnet de notes : ce 17 juillet 1907... Les quantités énormes de Vanessa Cardîii qui sont éclos ici au mois de juin ont disparu depuis longtemps; on ne voit maintenant que des exemplaires isolés; mon opmion est que ces papillons sont partis vers le nord ; leur grande abondance a cessé presque subitement, et il n'est pas possible d'admettre que tous ces papillons récemment éclos et pleins de vigueur soient morts; ils sont partis; peut-être iront-ils continuer leur existence en Europe; il me paraît qu'il n'y aurait rien d'impossible en cela ».

Pendant les voyages que j'ai faits depuis cette époque, j'ai partout retrouvé Cardin; cependant jamais en si grand nombre qu'à Sebdou en 1907. Dans le sud de l'Aurès, en octobre 191 2, l'Espèce était assez abondante et en mauvais état; le 14 octobre, dans une cuvette aride entourée de falaises terreuses, tout près de l'oasis de M'chounech, nous avons vu des quantités de chenilles de Cardui, d'une morphe assez foncée, vivant de leur mieux sur de toutes petites Mauves, ras de terre ; leur nourriture leur était disputée par un troupeau de chèvres, broutant sur le même terrain ; ces chenilles devaient donner lieu à une éclosion à la fin d'octobre et en novembre; je me suis demandé si les papillons nés en automne dans ces régions désertiques du sud n'allaient pas se répandre sur les Hauts-Plateaux, au printemps.

86 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

pour produire la génération de juin, qui continuerait le voyage vers les pays du nord? »

Vanessa Polychloros, Linné, et var. Erythromelas, Austaut.

En Algérie et en Tunisie, la plupart des exemplaires de Polychloros appartiennent à la var. Erythromelas dont j'ai fait ûgurer un exemplaire sous le n^ 12 de la PI. XI, dans le Vol. III des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Cette variété Erythromelas est remarquable par la couleur fauve très chaude et très vive de ses ailes, en dessus.

Ma collection contient des Erythromelas recueillis à Tlemcen, Sebdou, Khenchela, Lambèse, Djurjura, Aïn-Draham; j'y vois aussi des exemplaires moins caractérisés, assez semblables à ceux qu'on observe ordinairement en Sicile et en Corse et qu'on ne peut pas rapporter à Erythromelas. Ils font la transition entre cette variété et la forme normale de la France centrale et de l'Angleterre.

M. Harold Powell, qui a élevé la chenille de Polychloros- Erythromelas en Algérie, me communique les observations dont il a eu soin de prendre note sur place. Voici le texte même, tel que M. Powell l'a écrit :

(( Les chenilles, pareilles à celles de Polychloros, sont souvent très abondantes, en mai et dans la première quinzaine de juin, sur les ormeaux et les micocouliers plantés en bordure des routes; elles peuvent même complètement défolier certains jeunes arbres, ainsi que j'ai pu le constater à Sebdou en mai 1907, à Lambèse et à Batna en mai et juin 1912 et 1913; dans ces deux dernières localités, les routes sont bordées d'un mélange de micocouliers, ormeaux, ailanthes, acacias et quelques peupliers; il était difficile de trouver un micocoulier ou un ormeau exempt de chenilles à.' Erythromelas; chaque arbre portait un ou deux paquets de ces larves voraces, et les dégâts faits étaient très apparents; au moment oh. les chenilles descendaient des arbres pour aller se suspendre sous les corniches, contre les murs, etc.,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 87

les routes en étaient presque couvertes (c'est le matin qu'elles se mettent en marche à la recherche d'un endroit pour se chrysalider). Erythromelas vit aussi sur le cerisier et le poirier; dans les ravins et le long des ruisseaux, la chenille se rencontre très souvent sur le Salix pedicellata, Desf., et le Salix cinerea, Lin.; on ne la trouve que rarement sur les autres Espèces de saule; je ne l'ai vue qu'une seule fois sur un peuplier; c'était à Lambèse. En juin 1908, plusieurs chrysalides ont été découvertes sur les branches et le tronc d'un ormeau, à Fontaine-Chaude, près de Khenchela.

L'éclosion du papillon a lieu en juin; il ne vole pas beaucoup en été, mais se répand un peu partout sur les montagnes et dans les vallées, se réfugiant dans les arbres ; je l'ai aperçu quelquefois en automne.

Ainsi que cela se passe pour la morphe d'Europe, Erythromelas est très sujet au parasitisme; la majorité des chrysalides trouvées sur les murs, etc., fournit des quantités de petits Hyménoptères, vers la fin juin et en juillet; d'ailleurs, en suivant un mur, sur lequel se trouvent bon nombre de chenilles suspendues et de chrysalides fraîchement formées, on peut quelquefois voir un ou deux de ces parasites sur chacune d'elles, occupés à les piquer; cette opération de ponte par l'hyménoptère se fait avant le durcissement de la chrysalide. La chenille est souvent parasitée par un Diptère, dont la larve sort de la chrysalide, un peu avant l'époque d'éclosion du papillon, et tombe par terre; un ûl pend de la chrysalide, ainsi abandonnée, qui ne tarde pas à se dessécher.

Erythromelas est très rare dans le Djebel- Amour; nous avons vu quelques exemplaires, en juillet 1910, sur le Ksel, à une vingtaine de kilomètres à l'est de Géryville. Le Salix pedicellata pousse dans certains ravins frais du côté nord de ces montagnes, et c'est sans doute sur cet arbuste que la chenille vit, dans la région. Aucune trace de la chenille de Erythromelas n'a été trouvée sur les ormeaux et micocouliers plantés à Géryville et à Aflou ».

88 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Vanessa C Album, Linné.

Je possède quatre exemplaires algériens pris à Bône (juin 1884), au Djurjura (juillet 1884), à Alger et à Lambèse. Ces quatre échantillons (3 cf et i Q) ne diffèrent pas du type ordinaire européen. En dessous, ils sont, tous les quatre, d'une teinte brune assez claire.

Faroult m'envoya jadis cinq exemplaires qu'il dit avoir capturés a Aïn-Draham, en Kroumirie. Ces Va7tessa C Album ne diffèrent pas des individus d'Algérie et d'Europe.

M. Harold Powell m'a transmis la note suivante :

(( Une chenille de C. Album a été trouvée par moi, en juin 1908, sur un ormeau, près de la ferme de Fontaine-Chaude, à 6 kilomètres à l'ouest de Khenchela; une chrysalide a été prise, en même temps, sur une branche de l'arbre. Malheureusement la chenille et la chrysalide ont péri.

L'Espèce est rare dans le Djebel-Aurès, où elle ne se trouve que dans la partie bien boisée du nord; en 191 2 et en 191 3, nous avons aperçu le papillon deux ou trois fois seulement, aux environs de Lambèse; M. Karr a pris un exemplaire dans la vallée de Bei-Achir, à la fin de juin 191 3 )>.

Vanessa Egea, Cramer.

L'Espèce a été prise à Alger. Je possède une Q, semblable à la forme des Alpes-Maritimes, envoyée de Ain-Draham par Faroult.

Argynnis Pandora, Esper.

Très répandue en Algérie et en Kroumirie; elle vole en juin; la forme est superbe en Barbarie; elle a été distinguée par le nom de Seitzï, Fruhstorfer.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 89

Dans l'ouvrage populaire publié sous le titre de Die Gross- Schmetterlïnge der Erde, par le Prof. D"" Adalbert Seitz, la morphe Seitzï est figurée sur la PI. 71, d'après des exemplaires que Seitz lui-même a recueillis dans le Djebel-Aurès. « Ils sont plus grands que les européens, en dessous d'un vert plus clair, en dessus plus obscurs et d'un jaune verdâtre; le dessin noir est plus fortement marqué; il semble plus riche et quelquefois tend à la confluence ».

Je possède un nombre considérable d'exemplaires de V Argynnis Pandora-Seitzi venant des environs de Lambèse, Sebdou, Magenta, Yakouren, des montagnes du Djurjura et de Aïn- Draham, où ils volent en juin. Il y a des exemplaires très grands et vraiment superbes; d'autres de taille un peu moindre. Je n'ai jamais vu d'aberration notable prise en Barbarie, parmi les centaines d'individus qui ont passé sous mes yeux.

Argynnis Paphia, Linné.

J'ai décrit dans le Bulletin de La Société entoniologique de France, 1908, aux pages 26 et 27, la forme algérienne Dives, dont les deux sexes se trouvent figurés sous les 11°'' 10 et ii de la PI. XI, dans le Vol. III des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Ces Argynnis Paphia-Dives, et non Diva, ainsi qu'il est imprimé, par erreur, dans l'édition allemande de l'ouvrage de Seitz cité plus haut, proviennent de Yakouren.

Voici en quels termes je décris la variété Dives : « Le cf est caractérisé, en dessus, par la teinte plus chaude et plus orangée de ses ailes; en dessous, les ailes inférieures sont très variables. Tantôt le fond est doré, sans les bandes d'argent dont la couleur paraît éteinte, mais dont le dessin reste très apparent; tantôt, au contraire, les bandes d'argent sont très brillantes avec un léger reflet rose. Il existe des exemplaires de transition entre les deux formes. La forme à bandes d'argent est beaucoup plus rare que l'autre.

QO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE

La Ç) est, en dessus, d'une teinte fauve un peu obscure, mais très chaude. En dessous, le fond de ses ailes inférieures est or pâle, avec les dessins ordinaires vert doré.

La variété Dives ne peut être confondue avec la variété hnmaailata (de Corse, de Provence, de Castille), dont les ailes, en dessus, ne sont pas aussi vivement colorées en fauve orangé, et dont les ailes inférieures, en dessous, ont le fond beaucoup plus uni. Chez Dives, tous les dessins du dessous des ailes inférieures sont bien écrits sur un fond or pâle que je n'ai encore vu chez les Pa-phia d'aucune autre localité ».

En outre de la Kabylie, V Argynnis Paphia-Dives habite le Djebel-Aurès oi^i elle vole abondamment en juin.

La variété Dives est une magnifique forme de Paphia. Avec la superbe variété Argyrorrhytes, Alphéraky, du Caucase septentrional, l'algérienne Dives est bien certainement la plus riche expression jusqu'ici connue de Paphia.

M. Harold Powell a relevé sur ses notes les indications suivantes relatives à V Argynnis Paphia-Dives :

(( C'est dans les vallées et ravins les mieux boisés et dans certaines clairières gazonnées et parsemées de chardons fleuris que vole Paphia-Dives ; le papillon aime bien à se reposer, à l'ombre, sur les branches et les feuilles du chêne vert; il se plaît aussi à butiner sur les chardons et les fleurs de ronce; son vol est beaucoup plus imposant, moins pressé et affairé, que celui de A. Aitresiana, qui se trouve souvent dans les mêmes lieux. Nous avons pris Dives à Eontaine-Chaude, près Khenchela, au commencement de juillet 1908, sur les ronces fleuries qui bordaient la forêt; ensuite, en 1912 et 1913, dans plusieurs localités forestières aux environs de Lambèse. L'Espèce n'est nulle part plus commune que dans la vallée de Bel-Achir, à une dizaine de kilomètres de Lambèse; cette vallée, qui descend des hauteurs gazonnées du Ras-er-Rih, en suivant une direction nord-nord-est, se développe sur environ huit kilomètres de longueur; sauf dans la partie la plus élevée, elle est très boisée ; la forêt de Bel-Achir

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n'a jamais été exploitée; elle est actuellement une des plus belles de l'Aurès, mais cela ne tardera pas à changer; les beaux chênes verts, aux troncs énormes, vont disparaître; déjà, en 1912, les coupes étaient commencées; en 19 13, l'œuvre dévastatrice continuait; pas un arbre n'est épargné dans ces coupes, tout est rasé; il est vrai que les chênes verts repoussent; mais il faudra des siècles pour qu'ils redeviennent ce qu'ils étaient.

Paphia Dïves est particulièrement abondante dans quelques petites clairières humides ei très veites, en dessous d'une barre de roches calcaires, sur la pente de la montagne fermant la vallée à l'est; c'est vers la fin du mois de juin que le papillon commence à voler; il devient commun dans la première quinzaine de juillet et on peut le prendre sans trop de difficulté sur les fleurs de chardons et sur les ronces, dans les clairières susdites. Nous l'avons pris également dans le ravm de Lambèse, au-dessus de la maison forestière de Boursalah ; dans les montagnes de Bellezma, près du Col de Telmet, le 15 juillet 191 2, au courant d'une excursion faite avec M. Nelva, pharmacien et entomologiste de Batna; dans la haute vallée de l'Oued-Doufana; à Sgag, oii il n'était pas rare, du 9 au 13 juillet 1913, près de la cascade de la vallée de Tafrent; cette vallée, très verte, est en pleine forêt de cèdres, à environ 1.600 mètres d'altitude; deux vues photographiques des environs de la cascade sont reproduites sur les planches qui accompagnent le présent ouvrage.

Au nord du col de Doufana, la localité préférée par Dïves est un petit ravin, très en pente, que traverse le sentier muletier, quelques centaines de mètres avant d'arriver sur le terrain à' Auresïana; ce ravin, bien vert, contient beaucoup de Graminées, quelques Fraxïnus dimorpha, Cosson, des Cratœgus à feuilles velues {C. laciniata, Ucria?) et des chênes-verts; la violette pousse abondamment sous les buissons, et, dans une sorte de petite clairière en contrebas du chemin, on voit fleurir des chardons, des Euphorbes et des Scabieuses. D'un côté de la clairière, sur la pente gazonnée, est un chêne qui paraissait, dans les premiers jours de juillet 191 3, exercer une attraction toute spéciale

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sur Dives. Sur ses branches, nous avons pris deux paires accouplées, ainsi que de nombreux cfcT qui venaient s'y poser, à l'ombre; tous ceux qui montaient ou descendaient le ravin interrompaient leur vol pour faire le tour de cet arbre, même s'ils ne s'y arrêtaient pas; presque toutes ces Dives étaient très fraîches à ce moment-là; elles éclosaient, évidemment, dans cette partie du ravin, et ne s'en éloignaient que plus tard pour descendre beaucoup plus bas, où on les trouvait alors sur les fleurs de la ronce; les scabieuses et chardons ne les attiraient que peu, du moins en ce moment-là. Dans la même clairière volaient quelques Auresiana, mais la bonne localité pour cette Espèce est plus haut sur la montagne.

Ayant remarqué beaucoup de violettes dans le sous-bois autour de la cascade de Tafrent, à Sgag, le lo juillet 1913, j'ai longtemps cherché sur elles et parmi les débris végétaux qui les entouraient, dans l'espoir de trouver quelque chenille retardataire d'Argynne; les feuilles étaient souvent découpées, mais nous n'avons pas trouvé d'autre trace laissée par les chenilles; cependant, dans quelques anfractuosités du rocher qui traverse le ravin à cet endroit, j'ai découvert, près de terre, cinq chrysalides de Dives, dont trois mortes et desséchées; continuant nos recherches, Chierotti et moi, nous avons pris d'autres chrysalides, suspendues sous les troncs abattus de vieux cèdres; quelques-unes étaient vivantes, d'autres desséchées et plusieurs déjà vides. La chrysalide ne me paraît pas différer de celle de Paphia d'Europe; elle est figurée phoiographiquement sur une des planches.

Les six chrysalides vivantes, rapportées de Sgag, ont donné six Q Ç), dont une avortée, entre le 16 et le 25 juillet 1913, les éclosions se produisant toujours à une heure matinale.

Je n'ai jamais rencontré Paphia var. Dives dans la province d'Oran; je suis certain qu'elle n'existe pas dans le Djebel- Amour, où je n'ai jamais vu, non plus, Argynnis Pandora, Espèce beaucoup plus répandue, cependant, que Dives, en Algérie ».

'L' Argynnis dives n'ayant jusqu'à présent été figurée que sous

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 93

l'une de ses formes, — celle qui est d'ailleurs la plus répandue et dont le fond des ailes inférieures, en dessous, est doré, — sans traces d'argent (^Etudes Lépid. comfarée. Vol. III, PI. XI, Cf fig. lO, Q fig. Il), il paraît utile de figurer aussi la Paphiadives-argyrea, Obthr.

Argynnis Auresiana, Fruhstorfer.

Je ne crois pas que V Argynnis Aîiresiana soit une variété à' Adippe, comme Seitz l'indique à la page 238 de son ouvrage : Die Gross-Schmetterlirzge der Erde. A mon sens, Auresiana est une Espèce spéciale. D'après ce que mon excellent et respectable ami D' Prof. Reverdin me mande à la date du 27 octobre 191 3, V Argynnis Auresiana est pourvue d'un appareil génital mâle différent de celui des Argynnis voisines et de Adippe en particulier. Au contraire, en ce qui regarde Dives, les genitalia sont semblables à ceux de Paphia, d'après les constatations effectuées par le savant Anatomiste genevois.

'L' Argynnis Auresiana est abondante en juin dans le Djebel- Aurès. Elle semble varier très peu. J'ai fait figurer le cf et la Q sous les n°' 1836 et 1837 de la PI. CXC, dans le Volume VII des Etudes de Lépidoptérolo gie comparée.

M. Harold Powell s'est attaché tout particulièrement à l'observation des mœurs de V Argynnis Auresiana. On lira avec intérêt les notes prises par M. Powell, au cours de son exploration du Djebel-Aurès, en 191 2 et 191 3 :

« En 191 2, année précoce dans l'Est-Algérien, quelques cfcf ài^ Argynnis Auresiana ont été pris, au commencement du mois de juin, dans le haut de la vallée de l'Oued-Doufana, près Lambèse; le 14 juin de la même année, d'autres cfcf ont été capturés sur le versant nord de la chaîne de Lambèse ; le papillon est devenu très abondant dans cette même localité (une éclaircie de la forêt près du Col de Doufana) à partir du 20 juin. En 191 3, la saison était bien moins avancée; quoique nous ayons

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cherché Auresiana dès les premiers jours de juin, dans ses habitats connus, aucun sujet n'a été vu avant le 21 juin; l'Espèce abondait, cependant, à la un du mois. La durée de son existence, à l'état d'imago, est assez courte; déjà, le 4 juillet 191 3, peu de sujets frais se rencontraient au Col de Doufana. Pour donner une idée de ses mœurs et du genre de localité habitée par Auresiana, il me semble que je ne puis mieux faire que de copier textuellement certaines de mes notes, prises sur place. Voici donc, en premier lieu, des passages extraits de mon carnet et datés du 18 juin IQ12; il est également question de A. Pandora dans ces notes ; mais je crois bien faire de transcrire aussi ce qui concerne Pandora, afin de ne pas modifier le texte des observations réalisées dans la forêt :

<.<■ Départ le matin du 18 juin 191 2, à 7 heures, pour le Col de Doufana, au sud-ouest de Lambèse; très beau temps, atmosphère limpide et petite brise du nord; le soleil chauffait fortement; mais l'air est resté frais toute la journée.

Au début de la montée, dans les petits chênes de l'autre côté du ravin, j'ai pris la première Efinephele Ida de la saison; quelques Thecla Escidï-Mauretanica étaient déjà posées sur les fleurs du Teiicrium foliuvi, qu'elles aiment tant... Après la première forte grimpée, on traverse des petits plateaux calcaires, assez secs, en partie semés d'orge et de blé, et entourés de chênes verts et de pins d'Alep; les grands chardons à fleurs rouges poussent dans ces champs maigres au milieu des céréales, et il n'est pas rare de voir VArgynnis Pandora butinant sur ces fleurs, au soleil, les ailes ouvertes aux trois quarts ; Pandora est un papillon méfiant; on peut cependant l'approcher quand il est posé sur un chardon, mais il faut se garder de faire le moindre mouvement brusque, car il partirait. Alors il n'est pas très facile de le suivre de l'œil, à cause de son vol plané et rapide; se maintenant à peu près au niveau des yeux, il présente à l'observateur le minimum de surface. Le coup de filet le manqué assez souvent lorsqu'il est posé, car il a l'habitude de faire un plongeon en voyant venir le coup.

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Le sentier rentre dans la forêt, et plus on monte, plus celle-ci devient belle; à environ 1.500 mètres d'altitude, on trouve, mélangés aux chênes verts, des érables (Acer nions pessulammi) et des aubépines à feuilles tomenteuses ; le sous-bois est un gazon court, bien vert, et, dans les nombreuses clairières, poussent les euphorbes (Euphorbia hiteola, Coss.), les chardons à fleurs rouges et à fleurs jaunes et les scabieuses. A se trouver entouré de toute cette verdure on se croirait, presque, sur une montagne de France, mais la vue sur les vastes plaines au nord, tachetées de blanc par les étangs salés et traversées par des chaînons arides, est bien algérienne.

Le but principal de la chasse de ce jour était VArgynnis Aiiresiana. Chierotti avait rencontré cette Espèce, le 14 juin, sur une pente près du col, et en avait pris plus d'une douzaine de cf ; aujourd'hui nous avons aperçu la première Auresiana dans une clairière à gauche du sentier, près de sa jonction avec le chemin forestier qui côtoie les montagnes jusqu'à Baïou ; 200 mètres plus loin, on arrive au quartier général à-Witresiana; c'est une sorte de clairière en forte pente, peu boisée, mais recouverte d'une végétation dense; il s'est produit ici, dans le passé, un plissement de terrain occasionné, peut-être, par des excavations pratiquées par les Romains; en haut de la clairière, existe une tranchée remplie de belles touffes d'Euphorbe; entre cette tranchée et le chemin, il y a une pente très raide recouverte presque entièrement de végétation basse ; on y remarque surtout les buissons de YErinacea pungens, Boissier, curieux genêt aux fleurs lilacées avec calices enflés ; le Cytisus balansœ, Boiss., buisson hérissé, d'apparence semblable au précédent, m.ais à fleurs jaunes non enflées, des euphorbes et des Graminées.

Sous les genêts et les petits chênes verts poussent les violettes en abondance. De nombreux cf d' Auresiana volaient sur ce terrain; ils étaient à la recherche des Q, car ils voltigeaient bas sur les buissons d'Erinacea, descendant souvent entre les touffes pour explorer le (( sous-bois »; quelquefois ils se posaient sur le sol, les ailes aux trois quarts ouvertes, se réchauffant au soleil;

96 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

ils ne s'arrêtaient que rarement sur les fleurs de chardon ; ils n'étaient pas du tout farouches et, en conséquence, faciles à approcher, mais moins faciles à prendre à cause de leur habitude de se tenir si près des buissons piquants ; nous les avons presque tous pris au vol; ils sont habiles à éviter le coup de filet, en plongeant; moins habiles, cependant, que Pandora.

Nous sommes restés à cet endroit jusqu'à midi, et y sommes revenus deux heures plus tard, après avoir établi le campement sur le versant sud du col. Total pour la journée, 40 cf ; pas de Q ; la majorité des individus était fraîche ». Le lendemain, nous avons pris quelques Q, et celles-ci étaient devenues assez communes, le 24 juin. La Q montre beaucoup moins d'activité que le cf ; elle se pose volontiers par terre et sur les fleurs de scabieuse et de chardon. Voici ce que je trouve dans mes notes pour le 4 juillet 1913 :

(c Au-dessus de la localité de A. Paphia-Dives^ dans le petit ravin près du Col de Doufana, Aiiresiana est très abondante; nous avons pris des quantités ici, le 30 juin. Ce jour-là, peu de cf étaient frais, aujourd'hui encore moins; néanmoins, j'ai pris quelques individus semblant éclos dans la matinée même. Les cf volent en bon nombre autour des buissons de « Djdida » {Erinacea pungens et Cytïsus Balansœ) et descendent presque à terre en explorant l'herbe dans l'espoir de trouver une Q vierge; la Q ne paraît guère voler avant l'accouplement qui a lieu peu de temps après l'éclosion; j'ai trouvé aujourd'hui cf et Q accouplés sur une branche de chêne vert. Après la fécondation, la Q va se poser sur les fleurs, dans les branches des arbres ou par terre; elle ne possède plus d'attraction pour les cf, qui ne s'attardent pas auprès d'elle; je ne peux dire si un deuxième accouplement peut se produire plus tard; cela ne me semble pas probable. Je ne crois pas que la ponte commence immédiatement ; les quelques Q que j'ai vues occupées à chercher des endroits pour pondre n'étaient pas de première fraîcheur; elles volaient bas sous les buissons où poussaient des violettes et ne pondaient pas sans avoir cherché soigneusement un point favorable pour

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déposer l'œuf; je n'ai d'ailleurs trouvé qu'un seul œuf pondu en liberté; la Q l'avait placé sur une brindille sèche, dans l'herbe, sous un buisson ; il y avait des touffes de violette à peu de distance de là.

En dehors des localités d'éclosion et de ponte, le cf a un vol rapide; il s'arrête sur les scabieuses et les chardons, mais il n'est alors pas très facile à prendre; tandis que quand il est à la recherche de la Q, on le capture sans trop de difficulté ».

Les mœurs d\A/iresiana m'ont paru ressembler à celles d'Ag/aia et encore davantage à celles de Elisa, de Corse. L'Espèce est abondante dans les clairières de la forêt de Bel-Achir et à Sgag; elle est plus rare dans le haut du ravin de Lambèse, où le docteur Adalbert Seitz l'a découverte en 1903. Nous l'avons rencontrée près du Col de Telmet, dans les Monts de Bellezma, le 15 juillet 191 2.

J'ai vainement cherché la chenille d'Au/esia7ia dans l'excellente localité du Col de Doufana, le 9 juin 191 3; Chierotti, l'Arabe Amar Sari et moi-même, nous avons fouillé pendant trois heures sous les buissons de chêne vert, d'Erinacea et de genévrier, dans le débris végétal et autour des violettes; pour bien examiner les amas de feuilles et de bois mort entourant la plupart des plantes, il fallait souvent se mettre à plat ventre et ramper sous les buissons épineux; beaucoup de feuilles étaient découpées comme par des chenilles, d'autres paraissaient avoir été broutées; au milieu de cette broussaille se trouvent de grosses pierres calcaires qui pouvaient abriter des chrysalides dans leurs anfractuosités et sous leurs corniches ; nous n'en avons pas trouvé trace; il était certainement un peu tard pour les chenilles, mais on aurait dû voir des chrysalides. A Sgag, un mois plus tard, A.7(resiana volait en bon nombre avec Paphia-Dives, autour de la cascade, mais, quoique nous ayons pris plusieurs chrysalides de Dives, aucune d'Auresiana, même vide, n'a été aperçue.

Désirant obtenir des œufs, j'ai emprisonné, à différentes reprises, quelques Q^ sous des cloches en mousseline couvrant des touffes de violettes plantées en pot ; sous les feuilles, je

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plaçais des feuilles sèches, des débris de plantes et des brindilles de bois; c'est sur des débris de ce genre que les œufs furent pondus, sous les brindilles et quelquefois en contact avec le sol. Deux Q ayant été placées sur des plantes sans entourage de débris, n'ont pondu que très peu d'œufs; quelques œufs avaient été placés sur le dessous de feuilles fraîches; une des Q étant morte et se trouvant sous les feuilles, l'autre a pondu plusieurs œufs sur ses ailes, en dessous, contre le sol.

Les Q capturées le i8 juillet 19 13 ont pondu, le 19 et le 20, en tout, une cinquaritaine d'œufs, principalement sur les débris secs; plus de 20 œufs se trouvaient ensemble, sur un glomérule sec de Marrubium recouvert par les feuilles de violette; il semblait que la Q avait pondu plusieurs œufs en une seule séance; la chose s'est probablement passée ainsi. Certaines Q maintenues en captivité à la fin de juin 191 2 ont pondu quelques œufs sous les feuilles vertes, et un bon nombre sous des pierres et mottes de terre à la surface du sol; il a fallu, dans certains cas, que les Q aient réussi à introduire l'extrémité de leur abdomen dans des crevasses assez exiguës ; je ne leur avais pas fourni des débris secs en 1912. La ponte a lieu dans la matinée surtout; je voyais souvent les Q descendre dans les touffes de violette, et recourber l'abdomen en cherchant un point pour déposer l'œuf; mais il n'était pas possible, sans les déranger, de se rendre compte exactement de leurs opérations; je crois que, bien souvent, plus d'un œuf est pondu avant que la Q ne s'envole pour chercher un autre point; elle marche sous les plantes et parmi les brindilles sèches, choisissant avec soin un endroit favorable.

Il est nécessaire de bien nourrir les Q gardées en captivité; nous leur fournissions des fleurs fraîches, chardons et scabieuses principalement, et aussi du sirop de sucre dilué, qu'elles venaient boire sur la mousseline ; on abritait une partie de la cloche de façon à leur permettre de se préserver du soleil; plusieurs fois dans la journée, on aspergeait la cloche avec un peu d'eau; sans ces précautions, les Q succombaient dès le premier jour.

Je n'ai malheureusement pas obtenu l'éclosion de la chenille;

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 99

les œufs pondus en 1912 ont été dévorés pendant l'été par des fourmis qui s'étaient introduites dans le pot; les œufs pondus en 1913 ont passé l'été et l'hiver; mais il n'y a pas eu d'éclosion, et en mars 191 4, j'ai trouvé les petites chenilles desséchées dans les œufs :

Voici une description de l'œuf :

Forme, celle d'un cône tronqué à large base; hauteur, 0.00095 environ; largeur maximum, 0.0008 environ. La forme est un peu variable; quelquefois, à cause d'une pression plus forte au moment de la ponte, la base se montre très large et plate; si l'œuf est pondu plus légèrement, ce qui arrive souvent, la base est un peu moins large et son bord est arrondi, moins net.

On remarque 14 fortes côtes verticales, très en relief, à arêtes minces mais non acérées; 9 de ces côtes atteignent le sommet, se recourbent ensuite et s'évanouissent dans la cuvette micropylaire ; les autres, diminuant de hauteur, s'arrêtent en dessous du sommet; les côtes transversales sont peu élevées, mais distinctes; avec les côtes verticales elles forment sur la surface de l'œuf un réseau de cellules quadrangulaires, allongées; la surface est très finement pointillée, ce qui lui donne une apparence mate, perlée.

La dépression micropylaire est assez profonde; elle occupe tout le sommet de l'œuf ; les cellules qui recouvrent sa surface sont petites, mal définies.

Au moment de la ponte, l'œuf est jaune pâle; cette couleur s'obscurcit graduellement et, au bout de deux jours, elle est carnée; la couleur chair continue à se foncer et, le cinquième jour, elle est un peu grisâtre; des zones obscures et plus claires existent alors, mais elles ne sont pas très nettes ; vers la base il y a une large zone ou bande foncée, puis, à l'équateur, un cercle mince, pâle ; ensuite, on distingue une bande foncée qui atteint presque le sommet de l'œuf; les zones foncées s'accentuent peu à peu; examinés le 29 juillet, les œufs pondus les premiers (au commencement du mois) avaient acquis une couleur de plomb, un peu moins foncée à l'équateur; le chorion est incolore, quoique irisé;

100 LÉPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

c'est le contenu de l'œuf qui donne la couleur grise, par transparence.

A cette époque, je crois que la chenille était développée; l'aspect de l'œuf n'a pas changé d'une façon appréciable ensuite; aucune chenille n'est éclose cependant, et, par conséquent, je ne puis dire si la chenille commence sa vie extérieure en automne, ou bien si elle hiverne dans l'œuf ».

Il me paraît intéressant de faire figurer une variété d'Argynnis Auresiana O*, due au grossissement des taches noires médianes des ailes supérieures, en dessus ; elle fut prise par M. Powell, en juin 191 2, au Col de Doufana.

Argynnis Lathonia, I^inné.

Espèce très répandue dans presque toute l'Algérie; ma collection contient une série d'exemplaires provenant de Lambèse et de Sebdou; mais j'ai reçu des Argymtis Lathonia de plusieurs autres localités algériennes. Je ne vois aucune différence entre les exemplaires d'Europe et ceux de Barbarie. Les cf, à Lambèse, sont plutôt de petite taille. Je n'ai jamais vu d'aberration même peu importante de Lathonia qui ait été jusqu'ici recueillie en Algérie.

Melitœa Desfontainii, Godart.

Sous le n° 12 de la PI. XI de la VP livraison des Etudes d'Entomologie, j'ai donné une excellente figure de la Melitœa Desfontainii gravée et coloriée par d'Apreval. Aux pages 51 à 54, dans l'ouvrage précité, j'ai traité de l'histoire de Melitœa Desfontainii, Godart {Encyclopédie méthodique, tome IX, pp. 278 et 279). Le premier exemplaire avait été rapporté par le chevalier Desfontaines, membre de l'Académie des Sciences et professeur au Muséum d'Histoire naturelle. Je prie le Lecteur de se reporter aux Etudes d' Etitojnologie pour tous les détails

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE lOI

synonymiques et de différenciation spécifique que j'ai déjà énoncés.

A mon avis, la Melitcea Desfontainii est une Espèce à part et qu'on ne doit pas envisager comme variété àJ Aurinia (A r ternis).

Elle paraît assez rare et est très localisée; elle vole en mai. Les 28 exemplaires que je possède, assez semblables entre eux, sauf pour la taille qui donne des différences relativement assez sensibles, viennent de Sebdou, Daya, El Haçaiba.

Je n'ai jamais vu d'exemplaires de la Melitcea Desfontainii pris en Tunisie, ni dans l' Est-Algérien. Par la teinte générale plus rouge du dessus et du dessous de ses ailes, la Melitcea algérienne Desfontainii se distingue de la Melitcea espagnole Bcetica qui en est une simple variété géographique.

Melitaea Cinxia.

M. Harold Powell a pris 2 c? à Sebdou, en mai 1907; ils sont de petite taille; les taches noires sont très accusées; en dessous, les ailes supérieures présentent une série de taches noires assez grosses, extracellulaires, descendant, suivant une direction courbe, du bord costal au bord interne. En dessus, les lignes noires maculaires sont également bien accentuées. Le fond des ailes, en dessus, est fauve. A Sebdou également, M. Neuschild a trouvé, au nombre de deux exemplaires, le Polyommatus Chryseis, Bergstraesser.

N'est-ce pas remarquable que dans cette même localité de Sebdou, on puisse rencontrer — très rarement, il est vrai, — deux Espèces de Rhopalocères de l'Europe centrale qu'on n'a point encore observées dans les autres parties de la Barbarie?

Melitaea /Ttherie, Huebner.

Très jolie Espèce à propos de laquelle j'ai assez longuement disserté aux pages 235-237 du Vol. III des Etudes de Lépid.

102 LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

comparée, /hthene semble avoir un habitat assez étendu en Barbarie; ma collection contient des échantillons provenant d'Aïn- Draham, Lambèse, Baïnen, Sebdou. On remarque deux formes de Ç), celle dont le dessus des ailes est fauve clair et l'autre dont le fond des ailes supérieures est blanchâtre, avec un épaisissement général des dessins noirs. L,a Melitœa /E.therïe vole en mai, dans les prairies, à une altitude d'environ 1.200 à 1.500 mètres, en dehors de la région du littoral algérien.

Melitaea Punica, Obthr.

Je serais volontiers porté à considérer comme une Espèce spéciale la Melitœa Punica dont le cf est figuré sous le n° 3 de la PI. I de la i""*^ livraison des Etudes d' Ento7noiogie. Jusqu'ici j'ai rattaché Punica, comme variété, à Phœbe; cependant je trouve dans la taille plus petite, dans la forme des ailes plus ramassée et moins allongée, dans l'isolement de certaines taches noires aux ailes supérieures, et dans la comparaison du dessous des ailes, dont les parties blanches sont très vives et comme porcelanées, des caractères qui me paraissent nécessiter l'observation des Genitalia, pour résoudre la question de séparation spécifique. Si les Genitalia de Punica diffèrent du même organe envisagé chez Phœbe, il faudra admettre l'unité spécifique de Punica. J'espère que l'étude comparative d'un organe qui a déjà révélé bien des secrets, quant à la séparation des Espèces de Lépidoptères, sera prochainement réalisée. Sans être rare, Punica n'est pas très abondante. Les exemplaires que je possède viennent de Aïn-Agrab, Lambèse, Sebdou, Khenchela, Géryville et Aflou. Punica éclôt en mai et juin, à Lambèse et à Khenchela. La Q d'Aïn-Agrab a été capturée à la fin d'avril. Victor Cotte, de Digne, a capturé un cf à Sétif, en mai 191 3. Je fais ûgurer une belle Aberration prise à Lambèse en mai 191 3.

Les notes prises par M. Harold Powell, au cours de ses voyages en Algérie, sont toujours empreintes d'une sincérité qui les rend pleines d'intérêt. Le plus souvent, c'est le jour même où les

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 103

observations ont été faites qu'elles sont rapportées sur le carnet de l'explorateur.

Je suis heureux de les reproduire dans le présent ouvrage pour chaque Espèce de Lépidoptère qu'elles concernent. Voici donc ce que M. Powell a constaté relativement à Melitœa Punïca : « J'ai remarqué que Punïca vole dans certains ravins très secs et dans les lits d'oued desséchés, à Sebdou, à Géryville et à Aflou; elle y est toujours assez rare, se montrant par deux ou trois exemplaires à la fois. A Lambëse, elle se trouve souvent dans les ravins plus verts, tels que ceux de Baïou, de Sgag et de Titouguelt; ce n'est pas une Espèce de prairie, comme Mtherïe, et on ne la voit pas souvent en dehors des ravins; cependant, la g vole quelquefois sur les collines ou champs avoisinants. Le papillon se rencontre en avril, mai et juin, et, plus rarement, en juillet et en aoiit; il semble donc qu'il y a deux générations. En 1907, à Sebdou, je n'ai pas constaté une deuxième éclosion; le papillon y était d'ailleurs déjà bien rare en mai. En 191 1, à Aflou, nous n'avons pas trouvé l'Espèce avant le 30 juin; quelques exemplaires ont été pris en août, le dernier, capturé le 14 août, étant encore en assez bon état.

L'observation suivante est datée du 21 mai 1910, à Géryville :

« En remontant un petit ravin à sec, j'ai vu, de loin en loin, des mâles de Melitcea Punica posés sur le sol, se chauffant au soleil, les ailes ouvertes; sur une petite élévation aride, près du ravin, une Q a été vue se promenant sur une plante de la famille des Composées, dont les feuilles sont étalées sur le sol ; la Q cherchait un endroit pour pondre, mais le choix lui paraissait bien difficile; elle a examiné successivement cinq ou six plantes de la même Espèce et est revenue plus d'une fois à la première; en fin de compte, elle s'est envolée au loin sans avoir pondu, mais je suis persuadé que cette plante est bien celle qui nourrit la chenille ».

M. le professeur Battandier, d'Alger, a bien voulu déterminer la plante en question; c'est le Rhaponticuni acaule, D. C; elle existe dans toutes les localités où j'ai rencontré Punica. »

104 LÉPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

Melitaea Didyma, Ochs.

Dans le Volume III des Etudes de Lépidopiérologie comparée, aux pages 239 à 246, j'ai fait connaître ce que je savais non seulement au sujet de la Melitœa Didyma de l'Europe occidentale, mais aussi de la Barbarie. La M. Didyma habite la zone désertique où elle donne la variété Desertïcola, Obthr. {Etudes d'Ento7n., Liv. I, PI. III, fig. i); elle habite aussi la région du bassin méditerranéen (Aïn-Draham, Yakouren, Djurjura, Constantine, Khenchela, Sebdou, Daya, Magenta), où elle présente une morphe plus analogue à nos formes européennes et que j'ai appelée : Mauretanica {Etudes Lépid. compar., Vol. III, p. 243).

En dessus, le fond des ailes de Desertïcola est d'un fauve orangé uniforme, sauf le bord costal des supérieures qui est souvent pâli et d'un blanc jaunâtre, surtout chez certaines Q. En dessous, les dessins des ailes inférieures sont différents de la morphe normale; les traits noirs sont plus accentués et les taches fauves sont au contraire réduites. Au lieu de deux bandes fauves non interrompues, surtout dans la bande submarginale des ailes inférieures en dessous, ce sont des petites macules, séparées et indépendantes les unes des autres. Je dois dire qu'il y a des exemplaires de la morphe Mauretanica qui présentent plus ou moins une partie des caractères de Desertïcola; ainsi en est-il à Gafsa; il y a donc une transition assez bien établie entre les deux formes; mais si l'on considère l'ensemble des exemplaires et non quelques exceptions, on reconnaît l'existence de deux races dont il me semble utile de donner la figuration au moyen d'exemplaires de Desertïcola pris à Biskra, en mai 1885, et à Méchéria, à la hn de mars 1886. Quant aux Melitœa Didyma- Mauretanica représentées dans cet ouvrage, elles proviennent du Djurjura (juillet 1884) et de Yakouren (juin, juillet 1907).

Ayant décrit à la page 243 du Volume III des Etudes de Lépid. comparée, une Melitœa Abyssinica, je fais représenter

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE IO5

cette race éthiopienne de Didyma à côté de Deserticola et Maiirelanica.

Une Planche entière, portant le n" CCLXXXII, a été consacrée dans le présent ouvrage à la figuration des Melïtœa africaines. Les Melïtœa Abyssinïca portent les n°^ 2303 et 2304. Pour la Melitœa Didyma, les n"^ 2297 et 2298 représentent deserticola; les n°' 2299, 2300, 2301 et 2302 représentent maiiretanica.

M. Harold Poweli m'a fait connaître qu'une deuxième génération de la morphe Mauretanica était très abondante dans la verte vallée de Tafrent, forêt de cèdres de Sgag, pendant la première quinzaine de juillet 1913; plusieurs chrysalides y ont été trouvées suspendues aux tiges de plantes basses et sur les branches des buissons.

Melitaea Dejone, Huebner.

Je prie mes Lecteurs de vouloir bien se reporter à la notice concernant la Melitœa Dejone qui est imprimée sur les pages 253 et 254 du Vol. III des Etudes de Lépidoptérologie comparée. La Dejone algérienne constitue une morphe plus analogue à celle d'Andalousie qu'à celles de Provence, des Pyrénées-Orientales et surtout du Valais (Berisalï). Je fais figurer la Dejone algérienne, d'après des exemplaires pris à Sebdou, en mai 1907. J'ai désigné cette race oranaise par le nom de Nitida (Joe. cit., p. 254).

J'ai distingué dans le même ouvrage et à la même page 254, la race de Gèdre (Hautes-Pyrénées^ par le nom de Rondoui.

Je fais représenter comparativement dans le présent Volume la Melitœa Dejone-nitida, de Sebdou, sous les n""" 2305 et 2306 de la PI. CCLXXXII, et la Melitœa Dejone-Rondoui, de Gèdre, sous les n°^ 2307 et 2308 de la même Planche.

M. Harold Poweli est, avec M. Gaston Allard, le seul chasseur qui ait trouvé Dejone en Algérie, du moins d'après ce qui est parvenu à ma connaissance. Le premier exemplaire algérien de Dejone dont je suis redevable à la générosité de mon ami Allard,

I06 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

fut rencontré par lui, à Tlemcen, près de la cascade, le 2g avril 1870. Ne connaissant qu'un seul cT, j'ai dit — mais à tort — dans la première livraison des Etudes d^ Entomologie (p. 24), que la Dejone de Tlemcen ne diffère pas de la Dejone des Pyrénées- Orientales. Je m'excuse d'avoir commis cette faute d'appréciation.

Je reproduis ci-dessous les notes prises par M. Powell relativement à la Melïtœa Dejone dont il a capturé près de Sebdou une série d'au moins 150 exemplaires; j'en ai rangé dans ma collection une quantité de 79 individus superbes, ce qui permet de se faire une opinion très exacte sur la Melitœa Dejone-nïtida. Certes, elle mérite bien d'être qualifiée : nitida.

(( Je n'ai jamais rencontré Dejone ailleurs en Algérie qu'à Sebdou; et là, elle était fort localisée en 1907.

Voici ce que portent mes notes à ce sujet :

« 24 mai 1907; belle et chaude journée; Ramo et moi, nous sommes partis de bonne heure pour suivre la Tafna, depuis le pont jusqu'au pied des cascades; de là nous nous sommes dirigés à droite et, après une petite ascension, nous sommes descendus dans la profonde et étroite vallée qui commence à la falaise de tuf. C'est sur les parois de cette falaise que l'on aperçoit l'ouverture de plusieurs grottes dites : d'Abdelkader, parce que le grand chef arabe s'y est abrité. La vallée descend, en s'élargissant, jusqu'à la grande prairie (Merdja de Sebdou).

Le bout du vallon fermé par la falaise d'Abdelkader est très fertile, ainsi que les pentes rapides en dessous d'une autre grande falaise calcaire, qui domine ledit vallon au nord et au nord-est ; ces pentes sont cultivées par les indigènes, qui y ont planté des amandiers, jujubiers, figuiers et noyers, maintenant liés ensemble par les vignes grimpantes. Ces arbies ne sont l'objet d'aucune taille, ni d'aucun soin. Deux Espèces de Lïnaria y sont abondantes, surtout sur les terrasses abandonnées, un peu à l'est des grottes, où les arbres fruitiers sont plus clairsemés et les plantes sauvasses nombreuses.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 10/

La Melilœa Dejone (première génération) était fort abondante sur ces terrasses le 24 mai 1907; les papillons étaient très frais; tout d'abord, en les voyant voler, je n'ai pas reconnu l'Espèce, tant leur couleur était vive; les Q étaient plus rares que les cf ; les deux sexes butinaient sur les Scabieuses. Quoique abondante, Dejone m'a paru être très localisée; il m'a semblé qu'elle ne se trouve que sur cette pente en « escalier )) exposée au midi, dans un endroit excessivement chaud. A part deux M. Didyma, je n'ai pas vu d'autre Melitœa ici.

Le 17 juillet, je suis retourné aux grottes d'Abdelkader, dans l'espoir de trouver une deuxième éclosion de Dejone; le papillon ne volait pas encore, mais toutes les Linaires à fleurs blanches portaient des traces de la chenille; quant à celles-ci, j'en ai pris une dizaine seulement; elles étaient dans l'avant-dernier stade; il semblerait que presque toutes les chenilles aient quitté les plantes étant encore jeunes, car les excréments qui se trouvaient au pied des Linaires n'étaient pas de la grosseur de ceux que produit la chenille, lorsqu'elle est complètement développée; les oiseaux qui abondent dans le vallon les avaient-ils dévorées? Aucune chrvsalide n'a été trouvée ».

Satyrus Ellena, Obthr.

Je suis porté à croire que le Satyrus Ellena dont le O* est figuré sous le n° 57 de la PI. 7, dans la XIX" livraison des Etudes d' Eniomologiey est une Espèce distincte d' Alcyone.

Lorsque je connaissais seulement le petit nombre d'exemplaires que le D'" Vallantin m'avait envoyés de Bône, je considérais Ellena — mais à tort, me semble-t-il, — comme une race d'A/cyone (loc. cit., p. 19). Depuis que j'ai vu les longues séries d'exemplaires récoltées à Yakouren, à la Glacière de Blidah, à Aïn-Draham et dans les montagnes qui avoisinent Lambèse, je me suis convaincu que le Satyrus Ellena est une Espèce à part, — au sens que la plupart des Naturalistes attribuent actuellement au mot Espèce. — Telle est du reste l'opinion que j'ai déjà

I08 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

exposée aux pages 259 et 260 du Volume III des Etudes de Lépïdoptérologie comparée.

Ellena est toujours, en dessus, d'un brun beaucoup plus noirâtre et foncé que les formes les plus obscures à.^ Alcyone, notamment celle de Cauterets, Barèges et Gavarnie que j'ai appelée Pyrenœa. Sur le dessous des ailes, la ligne qui sépare de la bande blanchâtre médiane transverse, la partie basilaire obscure, présente, dans son parcours, quelques notables divergences. Je prie le Lecteur de vouloir bien se reporter à la figuration comparative de la PI. 7, dans la Liv. XIX des Etudes d'Entomologie.

En effet, après le cf Ellena, se trouvent représentées dans les Etudes d'Entomologie, les Alcyone-V andalusica, d'Andalousie; Alcyone, des Pyrénées-Orientales, et Alcyone-Pyrenœa, de Cauterets.

A Yakouren, Ellena vole en juillet et août; à la Glacière de Blidah, à la on de juillet; dans le Djebel-Aurès, depuis la fin de juin jusqu'en août. Je fais figurer un cf et une Q pris aux environs de Lambèse, le cT en juin et la Q en juillet 191 2, sous les n"^ 2313 et 2314 de la PL CCLXXXIV.

M. Harold Powell a étudié avec le plus grand soin les premiers états du Satyrus Ellena. Je suis convaincu que ses observations concernant cette Espèce seront lues avec le plus vif intérêt :

(( I.e Satyrus Ellena n'est pas du tout rare dans les forêts de l'Aurès; il ne descend guère au-dessous de 1.400 mètres sur ces montagnes. Le papillon commence à éclore vers la fin du mois de juin, si la saison est normale; mais on ne rencontre que des cf isolés et peu nombreux pendant ce mois ; il devient commun en juillet et vole encore au mois d'août. En 191 2, quelques (3 ont été pris à partir du 24 juin, tandis Cju'en 191 3 le premier cf n'a été aperçu que le 30 juin.

Ellena se tient dans les forêts de chênes verts et dans celles de cèdres; il fréquente surtout les parties de la forêt où les arbres sont grands; tel est le cas à Bel-Achir, à Sgag et dans les forêts de Lambèse et de Boursalah. Le papillon est presque

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I09

exclusivement arboricole; je ne me souviens pas d'avoir vu plus de deux individus se poser par terre, et il s'agissait, à chacune de ces occasions, d'un sujet récemment éclos que j'avais effrayé; d'une façon normale, Ellena se tient sur le tronc des gros chênes verts, la tête en haut, les ailes fermées, les antérieures abaissées entre les postérieures ; dans cette position le papillon se confond avec l'écorce de l'arbre et n'est pas très facile à distinguer, à moins que l'on ne soit placé de façon à voir sa silhouette. Sur la planche photographique n" 25 des Etudes de Lépidoptérologie comparée, Vol. VIT, le papillon se voit posté sur un tronc de chêne vert. On le fait voler facilement, mais il ne va pas loin, et ne tarde pas à s'arrêter de nouveau sur un tronc, presque toujours à l'ombre et souvent à une assez grande hauteur, au-dessous de la jonction d'une branche. La Q vit longtemps; on en rencontre encore en septembre, en mauvais état, bien entendu; je ne l'ai jamais vue au moment où elle pondait en liberté, mais j'ai obtenu facilement des œufs en enfermant des Q sous des cloches en mousseline recouvrant des Graminées plantées en pot. Les pots étaient placés au soleil, mais il fallait abriter une partie de la cloche de façon à permettre aux Q de se m.ettre à l'ombre quand elles en éprouvaient le besoin ; je les nourrissais avec du sucre humecté, dont je mettais un morceau sur le sommet de la cloche; j'arrosais le sucre au moyen d'un peu d'eau, deux ou trois fois pendant la journée. Traitées de cette façon, les Q peuvent vivre longtemps et elles pondent à peu près tous leurs œufs. Le sucre avait cependant l'inconvénient d'attirer de petites fourmis, très nombreuses partout à Lambèse, même dans les maisons. Ces insectes montaient sur la mousseline qu'ils perforaient souvent, ou ils pénétraient dans le pot en passant par le trou du fond et traversaient ensuite toute l'épaisseur de terre; arrivées aux œufs, les fourmis les dévoraient avec autant d'avidité qu'elles mangeaient le sucre; j'ai perdu beaucoup d'œufs de cette façon. Le seul moyen d'empêcher les fourmis de passer était de mettre le pot dans une assiette contenant de l'eau et d'en maintenir le niveau. Deux Q captives ont pondu beaucoup d'œufs

no LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

entre le 20 et le 27 juillet 1913; ceux-ci ont été déposés le jour, principalement sur la mousseline, en haut de la cloche; un petit nombre se trouvait sur les feuilles et les tiges des Graminées; les œufs sont solidement fixés en place. Les éclosions de chenilles ont commencé le 9 août.

L'œuf ne me paraît pas différer sensiblement de ceux de H crmione et àJ Alcyone; il est petit par rapport à la taille du papillon ; sa couleur, d'abord d'un blanc presque pur, quelquefois légèrement crème, prend une très légère teinte saumonée au bout de huit jours; deux jours avant l'éclosion de la chenille, une couleur gris pâle apparaît, due aux modifications survenues dans la couleur du contenu de l'œuf; le chorion n'étant pas absolument opaque, ces modifications sont appréciables; l'œuf est ovale, aplati à la base; le sommet forme un dôme bas, sur lequel viennent se perdre les côtes verticales, au nombre de 19 environ; en arrivant à « l'épaule » de l'œuf, les côtes deviennent granuleuses et diminuent en s'approchant de la région micropylaire, pour disparaître en l'atteignant; il y a, par conséquent, autour du micropyle, une surface assez unie; les granulations sont bien moins développées sur le sommet de l'œuf d'Ellena que sur celui de 5. Briseis.

Les éclosions des chenilles de S. Ellena ont commencé le 9 août 1913; la chenille, à sa naissance, est de la couleur paille pâle commune chez les jeunes Satyrides: dans le premier stade, la tête ne montre pas de rayures brunes, mais les lignes du corps sont fort bien marquées.

Dans le deuxième et le troisième stades, la ligne médiodorsale est nettement plus foncée sur le premier bourrelet de chaque segment abdominal, ce qui produit l'effet d'une série de taches brun foncé réunies entre elles par une ligne plus claire; toutes les lignes ordinaires sont bien marquées, et les rayures de la tête paraissent. La longueur de la chenille à la fin du troisième stade est de 0.012, la largeur de sa tête de 0.0013.

Au quatrième stade, la ligne brun noir médiodorsale n'est pas sensiblement plus foncée sur le premier bourrelet des segments

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE III

abdominaux que sur les autres ; les lignes du corps et les rayures de la tête sont toujours très bien indiquées.

Cinquième (dernier) stade; description faite d'une chenille quelques jours après la quatrième mue :

Largeur de la tête, 0.0035; ses lobes sont finement pointillés de petites dépressions et portent de nombreux poils très courts, constituant une pubescence d'un brun doré pâle bien visible à la loupe; le front est glabre et sa surface plus unie que celle des lobes; les mandibules paraissent fortes; la couleur de la tête est paille un peu grisâtre; les rayures sont bien marquées, assez larges, d'un brun gris; elles sont au nombre de trois sur chaque lobe, comme de coutume chez les chenilles de Satyriis; le sillon central (très peu profond) est d'une couleur un peu plus claire que le fond, ainsi que les bords du triangle frontal.

Le corps porte de très nombreuses et fines granulations (petites verrues) blanchâtres; de chacun de ces points part un crin très court, à peine visible à l'œil nu; la couleur fondamentale du dorsum est un gris jaunâtre très clair, mais elle n'apparaît pas beaucoup, étant presque recouverte par de très fines lignes brisées d'un brun carné pâle, assemblées de façon à produire des rayures secondaires entre les lignes foncées; à l'œil nu, la couleur fondamentale semble un peu rosée à cause de ce semis fin ; la véritable couleur fondamentale est visible, cependant, comme une étroite bordure de la ligne suprastigmatale, en dessus et en dessous, et moins nette en bordure de la ligne sousmédiane, ainsi que sur la limite dorsale; à partir du cinquième segment abdominal, les lignes secondaires brun carné pâle s'effacent peu à peu et laissent à découvert la vraie teinte fondamentale ; sur les segments thoraciques, au contraire, le semis dont elles sont composées tourne au brun grisâtre et il en résulte un assombrissement de la partie antérieure de la chenille; la ligne médiodorsale est très nette, noir intense sur les segments abdominaux, un peu plus claire sur les segments thoraciques où elle s'amincit; à l'autre extrémité, elle se termine assez brusquement en pointe, à la fin du neuvième segment de l'abdomen; la sousmédiane est brun clair; elle pâlit

112 LEPIDOPTERULOGIE COMPAREE

et s'amincit progressivement à partir du cinquième segment abdominal; mais elle arrive, bien affaiblie cependant, jusque sur la fourche anale; la suprastigmatale, plus large, est également brun clair ou bien grisâtre, et elle est parsemée d'atomes brun noir, visibles à la loupe; sa lisière supérieure est finement brun noir et cette lisière est plus épaisse et plus foncée sur les 5", 6", 7" et 8® segments abdominaux, spécialement sur le 6^ et le 7''; la suprastigmatale est prolongée sur la partie latérale de la fourche anale; la ligne stigmatale est de ton un peu plus chaud que la couleur fondamentale, par suite d'un semis de fines lignes et atomes brun carné pâle ; le bourrelet longitudinal en bordure du dorsum (Jiange) est plus clair, plus pâle. Les stigmates sont petits, ovale arrondi, brun très clair, avec centres noirs ; la surface ventrale est d'un blanc grisâtre très légèrement rosé, montrant par transparence une teinte gris verdâtre; les pattes sont concolores; la ligne, ou ombre foncée, qui se trouve chez la plupart des chenilles de Satyrus, en dessous du bourrelet limitant le dorsum, est presque nulle chez Ellena. La fourche anale est blanchâtre, moms longue que chez les chenilles du groupe de Fidïa et Faiina. Arrivées presque à leur complet développement, les 7 chenilles de Satyrus Ellena que j'ai pu élever n'avaient pas subi des modifications bien importantes depuis le commencement du dernier stade; les lignes foncées s'étaient un peu affaiblies; la médiodorsale, d'un brun noir seulement un peu moins vif qu'au début, est restée parfaitement unie sur les segments abdominaux, sans montrer la moindre tendance à pâlir sur la moitié arrière de chaque segment. Par ce caractère, elle diffère de la chenille de 5. Hermïone dans le même stade, chez laquelle la ligne médiodorsale est plus foncée sur chaque premier bourrelet et présente, en conséquence, une série de taches ; elle est, au contraire, tout à fait semblable à la chenille de S. Alcyone, à tel point que je crois que si l'on mélangeait ensemble des chenilles de ces deux Espèces, on ne pourrait les séparer ensuite; mais il n'y aurait pas possibilité de confondre celles âCEllena avec celles d' H ermione, du moins dans les deux derniers stades.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE II3

En Ellena, nous avons donc une Espèce dont les mœurs à l'état parfait sont semblables à celles de Herniïone et différentes de celles d^' Alcyone du midi de la France, qui habite souvent des localités peu boisées et se pose sur les rochers et les pierres; mais dans ses premiers états, Ellena est certainement très voisine à.\^lcyone.

Comme toutes les chenilles de Satyrides, à ma connaissance, celles à.' Ellena ont des habitudes diurnes quand elles sont jeunes ; dans les deux premiers stades, les chenilles à.' Ellena montent sur les feuilles de Graminées, le jour, pour manger, et descendent dans les touffes, le soir; le troisième stade marque une période de transition entre les habitudes diurnes et nocturnes ; les chenilles sont alors plutôt nocturnes; mais je les ai vues quelquefois manger pendant l'après-midi; j'ai observé, notamment, un jour du mois de février, après une période pluvieuse, à 3 heures de l'après-midi, que toutes les chenilles étaient en train de manger; d'habitude, elles montaient au coucher du soleil; dans les deux derniers stades, elles sont franchement nocturnes; le jour, elles se tiennent cachées dans la touffe, vers la base des feuilles, et ne montent pour manger qu'après le coucher du soleil.

Les chenilles que j'ai élevées à Hyères étaient dans le troisième stade, aux mois de janvier et de février 1914; vers le 15 février, quelques-unes sont entrées dans le quatrième stade, et toutes étaient dans ce stade en mars. En examinant, le g avril, la touffe de Graminée sur laquelle elles vivaient, j'ai trouvé toutes les chenilles dans le cinquième stade, qu'elles venaient d'atteindre depuis peu. Actuellement, le 15 mai 1914, les chenilles sont bien avancées et ne tarderont pas à descendre en terre pour se chrysalider; au repos, elles ont 0.03 de longueur; mais *en marchant, elles s'allongent davantage. Leurs mouvements sont lents, comme ceux de toutes les chenilles de Sai-^rus; elles se raidissent et se durcissent lorsqu'on les prend entre les doigts (*).

(*) La première chenille a cessé «le manger le 22 mai et a disparu sous la terre contenue dans un pot, le jour suivant, après avoir erré pendant plusieurs heures. Une deuxième chenille a suivi son exemple le 27 mai.

114 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Depuis leur naissance, en août 191 3, jusqu'au 20 avril 191 4, les chenilles ont été élevées à l'air libre; à partir du 20 avril, elles ont été gardées en boîte et nourries de Graminées coupées. La chenille accepte, comme nourriture, bon nombre d'Espèces de la famille des Graminées, surtout celles à feuilles non poilues; elles n'aiment pas l'orge et le blé, mais mangent bien le Brachypodium ramosiim; la plante sur laquelle j'ai observé la chenille de Ellena en liberté est une Graminée à feuilles minces, peu coriaces, glabres, d'un vert tendre; c'est une Espèce des montagnes qui pousse sous les Quercus ilex et dans les ravins verts.

A la fin du mois de mai 1913, nous avons trouvé quelques chenilles, bien avancées, sous les arbres de la prairie de Timthemam; c'était en cherchant, la nuit, avec une lanterne, que nous les découvrions sur l'herbe; à cette époque je ne savais pas que les chenilles, que nous trouvions en très petit nombre, étaient des Ellena; je reconnaissais qu'elles n'étaient ni des Fidia, ni des Sylvicola; mais elles auraient pu être des Semele-Algirica, Espèce que j'ai élevée quelquefois et qui n'est pas très différente, quant à la chenille, de Ellena; je n'avais pas, à ce moment-là, des chenilles de Semele pour faire la comparaison. Les chenilles trouvées se sont chrysalidées dans les boîtes d'élevage; il est fort probable que si elles avaient été placées dans des pots contenant de la terre, elles auraient pénétré à 2 ou 3 centimètres dans le sol et se seraient fait des cellules souterraines, ainsi que font les chenilles de S. Alcyone et de S. Hermione.

La chrysalide est de couleur acajou jaunâtre clair; je n'ai rien remarqué dans sa forme qui la différencie de celles de S. Alcyone, de S. Hermione ou même de 5. Semele-Algirica; il est vrai que je n'avais pas sous les yeux, pour la comparaison avec Ellena, des chrysalides des deux premières espèces, mais je les connais assez bien.

L'état de chrysalide dure environ un mois; deux papillons, dont un mal formé, sont éclos vers le 10 juillet 1913; un autre le 15 juillet de la même année ».

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II5

Satyrus Briseis, Linné.

En Algérie le Satyrus Briseis est de grande taille et appartient à la forme major dont les deux sexes se trouvent figurés sous les n°' 692 et 693 de la PI. T.XXVI, dans le Volume V (Part. T) des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Les deux exemplaires de Satyrus Briseis-Major représentés sous les n°' 692 et 693 proviennent des environs de Sebdou où ils ont été pris en juillet. En Algérie et au Maroc, Briseis-Major se rencontre dans un grand nombre de localités calcaires. Il a été observé dans l'Atlas marocain à Tizi-Gourza, le ii juillet 1901, par une altitude de 9.000 pieds.

M. E. G. B. Meade-Waldo signale dans The Transactions of the entomological Society of London for the year 1905, le Satyrus Mniszechi dont il décrit et figure la var. Maroccana (PI. XIX; fig. 3, Cf ; 4, q), comme abondant les 6 et 7 juillet, par une altitude de 9.000 pieds, à Tsauritz-Entsagauz. Le même Explorateur signale également (page 375, loc. cit.) Satyrus Actaea, Esper, commun dans le Grand Atlas, entre 8.000 et 10.000 pieds, le 6 juillet 1901 à Tsauritz-Entsagauz et à Tizi- Gourza ; enfin M. Meade Waldo cite le Pararge M aéra, Linné, à Tizi-Gourza, à environ lO.OOO pieds, le il juillet 1901.

Aucune de ces trois Espèces de Satyridae n'a été jusqu'ici observée en Algérie, ni en Tunisie.

M. Harold Powell a pris sur le Satyrus Briseis, aussi bien à l'état d'œuf qu'à l'état d'imago, des notes très intéressantes et cjue je fais reproduire comme suit :

« Le Satyrus Briseis-Major est un papillon assez localisé dans chaque région habitée par lui en Algérie; il se trouve souvent en grande abondance sur les flancs et sommets de certaines collines et montagnes calcaires où il se tient dans des endroits pierreux, non boisés, et se pose sur les rochers et les pierres, que la couleur

Il6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

et les dessins de ses ailes, en dessous, imitent bien; ses vols sont généralement de courte durée; il se pose abruptement et ferme aussitôt les ailes ; les cf C^* aussi bien que les Q Q font quelquefois des vols prolongés, planant à une faible hauteur et battant des ailes par intervalles; mais j'ai remarqué que les Q Q qui volent loin, ne sont pas les sujets les plus frais. Le papillon butine parfois sur les fleurs, principalement sur les Chardons, les Eryngium et les Euphorbes; il vit longtemps; ainsi, sur les montagnes des environs de Sebdou, où l'éclosion a commencé à la fin de juin 1907, on ne rencontrait plus de sujets frais un mois et demi plus tard, mais l'Espèce volait encore en septembre et au commencement d'octobre; le 6 octobre 1907 j'ai, en effet, vu plusieurs Briseis en mauvais état à Mizab, près Sebdou, et j'en ai rencontré plusieurs fois en septembre, toujours abîmés, à Merchich, à Sidi- Djlali et dans certaines autres localités de la montagne.

Briseis me paraît être, en Algérie, une Espèce des régions élevées ; je ne l'y ai pas trouvé à une altitude moindre que i.ooo mètres, et les localités oîi il était abondant sont au-dessus de ce niveau; à Terny, entre Tlemcen et Sebdou, le papillon était en grand nombre, le long d'une pente recouverte de rochers calcaires, à environ 1.300 mètres d'altitude; j'ai vu le premier individu, un cf, le 25 juin 1907; le lendemain, j'y ai pris plusieurs O'cf ; le i'"' juillet, 68 dçS et 14 Q Q, presque tous bien frais, ont été capturés; d'autres localités pour Briseis dans les environs de Sebdou étaient : Merchich, sur la montagne audessus de la maison Forestière, 1.400 mètres environ; Mizab, 1.400 mètres; Col des Azaïls, 1.200-1.300 mètres; Sidi-DjlaH, 1. 200-1. 300 mètres, et Ain-Tadjertila, 1.200 mètres environ; je ne l'ai pas vu sur la grande plaine au sud, où volaient Satyrus Abdelkader et Satyrus Fidia-Albovenosa.

A Khenchela, en 1908, nous n'avons rencontré Briseis que par exemplaires isolés ; un cf a été pris par Ramo le 26 juin, sur la route de Fontaine Chaude, et en juillet, le même chasseur a pris quelques individus sur le Chabor, colline aride et rocheuse, à proximité du village; nous avons manqué de trouver sa bonne

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE II7

localité dans la région. Cependant il doit y avoir une place où Briseis vole en grande quantité.

L'Espèce paraît manquer complètement dans le Djebel-Amour et aux environs de Géryville; nous ne l'y avons pas rencontrée au courant de l'exploration de ces régions faite pendant les années 1910 et 191 1.

L-ans le nord du massif de l'Aurès, Briseis-Major est un papillon commun, mais qui ne se rencontre pas partout; il vole en abondance sur les plateaux élevés de Stoh et du Djebel-Asker, en juillet et en aoiàt ; ces plateaux couronnent les montagnes immédiatement au sud de Lambèse; leur altitude varie de 1.650 à 1.800 mètres; ils sont dépourvus d'arbres; mais ils présentent, par places, une végétation basse, composée largement de Graminées courtes; les plantes ne couvrent pas toute la surface des plateaux ; le gazon se trouve divisé par des espaces arides de terre crevassée ; il y a des pierres plates un peu partout et les excroissances rocheuses sont nombreuses; en hiver, la neige reste longtemps sur ces hauteurs, et, après sa fonte, l'eau doit séjourner dans les dépressions du terrain pendant quelque temps ; les bords des plateaux sont presque partout très rocheux, quelquefois précipiteux ; VEiifhorbia luteola est commune ; près de l'endroit où le haut ravin de Doufana commence à se dessiner sur la partie ouest du plateau de l'Asker, il y avait, en 191 2, un grand champ d'Euphorbes fleuries, sur la pente d'un monticule calcaire; à la fin du mois de juillet, nous avons vu Briseis, en grand nombre, dans cette localité, certains exemplaires se tenaient posés sur les fleurs ; les autres planaient au-dessus des plantes; le papillon était très répandu sur le plateau, et on le faisait très souvent s'envoler des rochers, ou bien s'élever audessus du sol sur lequel il était posé; les mâles et les femelles n'étaient déjà plus bien frais à cette époque. Le 13 juillet 191 3, les cf cf étaient frais, mais pas encore très communs sur le Stoh ; le même jour, j'ai vu beaucoup de Briseis butinant avec Pandora, sur les grands chardons à fleurs roses, autour de la maison forestière de Sgag ; la localité était mieux abritée que les hauteurs

Il8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

du btoh, et les papillons y étaient plus avancés. Les premiers sujets de l'été 191 3 ont été pris dans la chaude vallée d'Abelgou, le 6 juillet, sur une pente pierreuse. Je n'ai pas rencontré l'Espèce dans la partie méridionale de l'Aurès, mais il y a, dans le sud, des montagnes calcaires et élevées, où il est possible qu'il existe : le Djebel-Bouss, le Djebel-Azreg et l'Ahmar-Khaddou par exemple.

Il y a des problèmes concernant la vie et les mœurs de ce papillon, que je n'ai pu résoudre d'une façon concluante. Son existence, à l'état d'imago, étant longue, on se demande à quel moment a lieu l'accouplement et quelle est l'époque normale pour la ponte. Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu Briseis accouplé; ainsi que cela s'observe chez Prieuri, les çjçS ne paraissent pas s'occuper des Q Q, pendant les premières semaines, mais plus tard, en août surtout, on peut les voir quelquefois, poursuivant les Q Q et s' arrêtant derrière elles, lorsqu'elles se posent à terre. Ceci m'avait amené à supposer que l'accouplement avait lieu assez tard dans la saison, et le fait que les Q Ç) détériorées prises en septembre 1907 à Sebdou ont pondu beaucoup d'œufs, m'a paru une présomption favorable à cette opinion.

Est-il admissible que les Q Ç, si elles sont fécondées au commencement de l'été, gardent les œufs dans leur corps jusqu'au mois de septembre? S'accouplent-elles plus d'une fois pendant leur vie?

A Lambèse, à la hn du mois de juillet 191 3, des Q Q captives ont pondu des œufs fertiles; elles étaient déjà usées par le vol lorsque nous les avons prises, mais elles paraissaient n'avoir pas encore pondu. Ce fait prouve en tout cas que les Q Q peuvent être déjà fécondées en juillet. Laissées en liberté sur leurs collines desséchées, il est probable qu'elles auraient attendu plus longtemps avant de pondre ; mais en captivité nous les arrosions d'eau plusieurs fois par jour et je crois que c'est ce traitement, aidé par la présence de Graminées fraîches, qui les a décidées à commencer la ponte. Il me semble que la Q pond tardivement

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE I IQ

pour éviter aux jeunes chenilles une trop longue période de jeûne en attendant la pousse des nouvelles feuilles de Graminée, qui se produit après les premières averses. L'époque de la ponte principale pourrait donc varier, selon que la température devient humide plus tôt ou plus tard.

En effet, non seulement en ce qui concerne Briseis, mais pour certains autres Saiyridœ, le moment de la ponte semble être mfiuencé par l'approche d'une époque pluvieuse.

Une Q assez fraîche de Briseis-Major, capturée et emprisonnée sur une touffe de Graminée dans les premiers jours d'août 1913, n'a pas déposé un seul œuf pendant huit jours, quoique bien nourrie et exposée, chaque matin, au soleil; ensuite elle a commencé à pondre sur la mousseline de la cloche, et, dans l'espace de deux jours, elle a pondu un très grand nombre d'œufs (environ 150) dont quelques-uns seulement ont été déposés sur les tiges et feuilles de Graminée; malheureusement, les fourmis ont découvert les œufs, et, perforant la mousseline, elles ont pénétré dans la cloche et ont presque tout dévoré.

L'œuf est bien hxé sur la tige de Graminée ou autre objet sur lequel la Q le place; sa forme est grossièrement celle d'un tonneau placé debout ; la base étant un peu plus large que le sommet, et le plus grand diamètre horizontal se trouvant un peu plus près de la base que du sommet; celui-ci est presque plat, mais non pas nettement tronqué.

Les dimensions de Tœuf sont : hauteur : 00Û095; plus grande largeur 0.00075.

La couleur est blanc pur (*) ; quelques jours avant l'éclosion de la chenille, l'œuf devient grisâtre; la surface est porcelaine mate. On remarque de 13 à 16 côtes verticales bien définies, séparées entre elles par de larges vallées à fond presque plat; les côtes transversales sont très peu apparentes; en arrivant au bord du sommet, les côtes verticales se transforment en petites bosses ou boutons réunis entre eux par de très unes cloisons; ces boutons

(*) Les derniers œufs pondus sont jaunâtres, mais ils n'éclosent pas.

120 LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

diminuent progressivement de grosseur, vers l'espace micropylaire, qu'ils n'envahissent pas; l'espace micropylaire est à surface presque unie, la rosette centrale étant composée de bien petites cellules; les espaces intercostaux sont légèrement rugueux indépendamment des côtes transversales.

L'œuf de S. Briseis est très voisin de celui de S. Prieitri; voici les quelques différences que j'ai pu relever :

La surface est un peu plus mate chez Briseis; la forme est un peu plus étroite et l'œuf plus brusquement aplati au sommet, la partie aplatie étant plus large que dans Prieuri; les côtes paraissent légèrement plus espacées chez Briseis et la moyenne de leur nombre un peu moindre ; les boutons ou bosses du sommet de l'œuf semblent être moins serrés, quoique plus grands, chez Briseis; les côtes transversales sont un peu mieux définies chez Prieuri.

La durée de l'état d'œuf dépend beaucoup de la température; les œufs pondus à Lambèse, à la fin du mois de juillet, ont donné les chenilles lo à 12 jours plus tard; tandis que des œufs obtenus au commencement de septembre, à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales), ne sont éclos qu'au bout d'un mois.

Les chenilles de Briseis élevées en captivité acceptent plusieurs Graminées comme nourriture; sur les plateaux au-dessus de Lambèse, une Festuca est très répandue et nourrit probablement la chenille dans ces localités.

A la fin d'octobre 1908, je possédais une dizaine de chenilles provenant d'œuf s pondus à Vernet-les-Bains ; elles étaient écloses au commencement de ce mois et n'avaient pas encore passé la première mue; je les ai élevées sur des touffes d'une Festuca, dans mon jardin à Hyères ; leur progrès a été très lent pendant l'automne et l'hiver; elles étaient encore dans le deuxième stade au mois de mars, et n'ont mué pour la deuxième fois qu'à la fin de ce même mois; elles n'ont jamais complètement perdu leur activité pendant l'hiver, et elles profitaient toujours des séries de journées plus chaudes pour monter manger en commençant par la pointe des feuilles; c'est en mars

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 121

et quand les chenilles étaient encore dans le deuxième stade, que l'habitude nocturne a commencé à se manifester, mais elle ne s'est établie définitivement qu'au stade suivant; j'ai noté, le 21 mars 1909, qu'après une journée très belle et tiède, aucune chenille n'a été observée, le soir, occupée à manger, mais que presque toutes se tenaient au repos, à mi-hauteur des tiges et feuilles. A partir du troisième stade, les chenilles ont grandi plus rapidement, et celles qui ont survécu avaient atteint leur complet développement à la un du mois de mai. Je n'ai pas obtenu l'éclosion du papillon.

Je n'ai pris des notes détaillées sur la chenille que dans son deuxième stade ; je les transcris ici : largeur de la tête 0.00095 ; celle-ci est arrondie au sommet, sans proéminences; elle est un peu aplatie antérieurement, et sa plus grande largeur est à la hauteur des ocelles; la couleur de la tête est gris pâle et ses rayures brunes sont distinctes et larges.

Le corps est assez trapu, ramassé, en forme de limace ; les pointes de la fourche anale sont courtes, épaisses; la couleur fondamentale est paille grisâtre pâle; la ligne médiodorsale est assez large; elle est grise et faiblement marquée sur les segments thoraciques, brune et bien marquée sur les segments abdominaux ; cette ligne est très distinctement divisée en parties plus claires et parties plus foncées; sur chaque segment, la partie foncée est sur le premier bourrelet transversal et la partie claire est sur les bourrelets suivants (le premier bourrelet est le plus grand; il occupe un peu plus d'un tiers de chaque segment) ; cette division de la ligne médiodorsale est surtout marquée sur les segments abdominaux. Chez les individus qui possèdent une ligne médiodorsale plus sombre que d'habitude, le contraste des sections claires et des sections foncées n'est pas aussi prononcé que chez les exemplaires normaux; à partir du cinquième segment abdominal, la ligne médiodorsale s'amincit progressivement dans la direction de la fourche qu'elle n'atteint pas; en bordure de cette ligne, la couleur fondamentale paraît un peu plus claire que d'habitude; il y a deux lignes sous-médianes : la première étroite

122 LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

et faiblement indiquée, légèrement ondulée, plus forte sur les segments thoraciques, la seconde plus distincte, dédoublée et ondulée, moins fortement ondulée cependant que chez Prieuri; entre cette ligne et la marge supérieure de la ligne suprastigmatale, se trouve un étroit espace de la couleur claire fondamentale. La ligne suprastigmatale est large et légèrement ondulée, surtout sur son bord inférieur; elle est d'un gris brun foncé; ses bords sont d'un brun encore plus foncé; sur le bord supérieur, cette partie plus sombre prend la forme d'un large accent circonflexe sur chaque segment abdominal. La ligne stigmatale est assez large; elle est formée d'un semis d'atomes bruns qui se trouvent plus serrés sur les bords qu'au centre de la ligne; c'est une ligne beaucoup plus claire que la suprastigmatale; elle est très faible sur les segments thoraciques, où la ligne blanche en bordure dorsale (jlange Une) s'élargit. Les stigmates, vus à la loupe, apparaissent comme des petits points noirs; celui du segment prothoracique et celui du huitième de l'abdomen étant plus grands que les autres, comme d'habitude.

La ligne en bordure dorsale est blanche; immédiatement en dessous d'elle se trouve une large ligne brun foncé, la plus foncée de toutes les lignes du corps; comme pour les autres lignes, les bords en sont plus sombres que le centre; cette ligne s'arrête sur le huitième segment abdominal. Le reste de la surface ventrale est gris, ainsi que les pattes thoraciques et membraneuses; la base des pattes a une teinte verdâtre et cette même teinte se retrouve sur le centre ventral ; la fourche anale est grise et la ligne suprastigmatale est prolongée sur le bord extérieur de chaque pointe. La chenille est recouverte d'une très courte pubescence. Dans les trois stades qui suivent, la chenille ne change pas beaucoup d'apparence. Elle mange, alors, la nuit, et se tient cachée dans la touffe pendant le jour, la tête en bas ».

La forme Q Pirata, chez laquelle la fascie normale blanche des ailes, en dessus, se trouve remplacée par une fascie fauve, n'a pas encore été trouvée en Algérie; pas plus d'ailleurs que la

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I23

forme Q U hagonis qui est, pour Prieiiri, ce que Pirata est pour Bnseis. La Ç) U hagonis de Prieiiri n'a encore été observée qu'en Espagne.

Satyrus Prieuri, Pierret.

Vole tout l'été; est assez abondant dans plusieurs localités de la province d'Oran. La notice concernant le Satyrus Prieuri est imprimée aux pages 265 et 266 du Volume 111 des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

La forme Q U hagonis, Obthr., n'a pas été trouvée en Algérie jusqu'ici. D'ailleurs, en Espagne, où habite aussi le Satyrus Prieuri, la race que j'ai appelée Iberica (^Etudes de Lépidopt. comparée. Vol. III, p. 266), est bien distincte de la morphe algérienne du Satyrus Prieuri. Comme c'est en Algérie que le Satyrus Prieuri a été découvert, c'est la race algérienne, décrite la première, qu'on doit considérer comme typique. Le Satyrus Prieuri est assez abondant dans plusieurs localités de la province d'Oran ; le papillon vole en juin et en juillet. Je fais figurer, pour comparaison, un c? Prieuri-lberica pris à Albarracin par Fabresse, en juillet et août 1907, ainsi que deux cf et une Q Prieuri, race typique, pris l'un des cf, à Sebdou par Harold Powell, en été de la même année 1907, et l'autre cf, ainsi que la grande g à Beni- Ounif par le lieutenant Bacqué.

M. Harold Powell a noté sur la biologie du Satyrus Prieuri, un certain nombre d'observations que je transcris comme suit :

(( Ce papillon est répandu sur les Hauts-Plateaux de la province d'Oran; mais je ne l'ai vu nulle part abondant; il se pose sur le sol, sur les rochers et sur les pierres des petites crêtes et collines des grandes plaines et se trouve aussi sur les montagnes élevées, montrant une préférence pour les pentes rocailleuses et les crêtes.

On le voit souvent survoler l'Alfa. Pendant les plus fortes chaleurs de la journée, le papillon se met à l'ombre d'une pierre

124 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE

OU d'une touffe d'Alfa; je l'ai souvent vu se réfugier dans les crevasses des talus en bordure des lits d'oueds d'où il n'est pas très facile de le faire s'envoler. Sur les montagnes de Sebdou, de Géryville et d'Aflou, Frieurï vole sur les sentiers rocailleux et dans les espaces libres, mais je l'y ai toujours trouvé assez rare; dans ce genre de localité, il s'arrête à l'ombre des petits chênes-verts et d'autres buissons, mais il ne se pose jamais sur le feuillage ni sur les troncs d'arbre.

Nous avons vu Prïeuri pour la première fois à Sebdou, le 10 juin 1907. Ramo, qui était allé, ce matin-là, pour chasser vers la forêt des Azaïls, a rapporté 3 belles Q, bien fraîches, qu'il avait prises sur les fleurs de chardon, près de l'Oued, à 500 mètres de la Redoute.

Le lendemain, j'ai été voir la localité; c'était un champ inculte où poussaient des quantités de gros chardons à fleurs roses très recherchées par divers papillons; en dehors du champ, il y avait aussi des chardons; Vanessa Cardui et Gonepteryx Cleo-patra étaient de beaucoup plus nombreux que tous les autres papillons, sur ces fleurs; nous n'avons pris, en passant, qu'un c? et une Q de Prieiiri; ils étaient très frais. D'autres Prieuri ont été capturés ensuite dans la même localité, principalement sur les chardons entourant le champ; il y avait ici, toujours plus de Q Ç que de (j CT; à cette époque, nous ne rencontrions pas Prieuri ailleurs ; il n'y en avait pas dans les terrains secs et broussailleux des environs ; en tenant compte de la fraîcheur des exemplaires pris dans le champ en juin, je suis persuadé que les papillons étaient nés dans son voisinage. Une Q déchirée, mais fraîche, a été capturée, le 24 juin, et gardée pour la ponte; elle n'a pas pondu. Prieuri vit très longtemps à l'état d'imago; on peut le voir voler pendant tout l'été aux environs de Sebdou, de Daya, de Géryville et d'Aflou; l'éclosion a lieu en juin et pendant la première partie de juillet, mais je crois que, pour la plupart, les papillons éclosent en juin; on ne rencontre plus de sujets parfaitement frais après la première quinzaine de juillet.

La localité, près de Sebdou, où nous prenions, presque chaque

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I25

jour, des Prieuri, au mois de juin, a été complètement abandonnée par l'Espèce un peu plus tard; alors, nous ne trouvions plus le papillon sur les fleurs, qui, d'ailleurs étaient devenues rares, mais il se rencontrait dans la plaine d'Alfa au sud et sur les collines calcaires plus ou moins arides. Les Frieuri venaient souvent se poser sur les excréments des chevaux et des mulets, au milieu des chemins et sentiers.

La ponte s'effectue tard dans l'été; ce que j'ai noté à ce sujet pour S. Briseis s'applique également à Prieuri; cependant je n'ai jamais pu faire pondre les Q Q de Prieuri en juillet; ce n'est que vers la fin du mois d'août 1907 que quelques Q Q, gardées depuis une douzaine de jours en captivité, ont commencé à déposer leurs œufs. Pendant le mois de juillet et dans la première quinzaine d'aoïlt, j'avais plusieurs fois enfermé des Q Q sous des cloches de mousseline qui recouvraient des touffes d'Alfa et autres Graminées; j'avais soin de leur donner du miel dilué à boire et de les asperger d'eau plusieurs fois dans la journée; elles ont vécu, à chaque occasion, une quinzaine de jours, mais elles finissaient par succomber sans avoir pondu ; enfin, le 29 août, les dernières Q Q ont commencé à pondre et ont continué à déposer des œufs, les jours suivants. Le i" septembre, a éclaté un fort orage accompagné d'une abondante chute d'eau; cet orage a mis fin à la sécheresse et, à partii de ce moment, l'herbe et certaines plantes basses ont commencé à donner des pousses nouvelles ; il semblerait que les Q Q de Prieuri aient pressenti l'approche de la période plus humide et que cet instinct ait éveillé chez elles le besoin de pondre.

Les Q Ç) que l'on prend en juillet, en août et même en septembre, sont très vigoureuses, quoique souvent bien défraîchies, et leur abdomen est gros, bien rempli d'œufs.

Je crois que l'accouplement est répété plus d'une fois chez cette Espèce; la raison qui m'a amené à former cette opinion est la suivante : Toutes les Q Q capturées vers le 1 5 août, et gardées vivantes, ont pondu, au bout d'un certain temps, un petit nombre d'œufs, tous fertiles. J'ai obtenu des œufs, dans ces conditions,

126 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

à SebdoLi en 1907 et à Géryville en 19 10. Les Ç Q étaient donc déjà fécondées au moment de leur capture, vers le 15 août.

En septembre 1910, j'ai plusieurs fois vu, à Géryville, des accouplements de P rien ri; comme toutes les Q Q prises vers le 15 août étaient déjà fécondées, il est probable que les accouplements constatés au mois de septembre n'étaient pas les premiers pour les individus observés.

i:.n vue d'expliquer un deuxième rapprochement des sexes, il me semble admissible que ceci soit nécessaire pour la fertilisation de tous les œufs, à cause de l'intervalle considérable qui existe entre le premier accouplement et le commencement de la ponte; celle-ci continue pendant longtemps, le nombre d'œufs pondus par une Q, chaque jour, n'étant pas grand; vers la fin de septembre, on prend encore des Q Q ayant des œufs dans le corps. Au début de leur existence à l'état parfait, les cfcf ne paraissent pas s'occuper des Q Q ; je n'ai constaté aucun accouplement, en juin ni en juillet. Au mois de septembre, au contraire, les cf cf sont très assidus; j'ai remarqué les mêmes mœurs chez S. Semele- Algirica, sans avoir été témoin d'aucun accouplement chez cette Espèce. Je transcris ici certaines notes prises à Géryville, en septembre 191 0 :

« 16 septembre. En retournant à travers les ondulations arides de la plaine au sud-ouest, j'ai vu, aujourd'hui, trois couples de Salyriis Prieiiri et j'ai capturé une paire dont j'ai gardé la Q, qui s'était séparée du çS dans le filet, pour la faire pondre. De tous les Satyrus qui me sont connus, Prieiirï et Semele sont, peut-être, ceux qui vivent le plus longtemps. »

La seconde observation qui suit, est datée du 24 septembre 1910 :

(( J'ai remarqué une grande ressemblance dans certaines habitudes de Semele et de Prieiiri; les cf de Semele, comme ceux de frieuri, suivent beaucoup leurs Q (^ en ce moment ; si un cf rencontre une Q, il la suit de près, conservant toujours une petite distance cependant; la Q se pose par terre;. le cf fait de même;

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE I27

tous deux ferment leurs ailes et restent immobiles, le cf se tenant à 20 ou 30 centimètres en arrière de la Q ; ils restent ainsi pendant 10 minutes parfois. Si la Q s'envole, le cf la suit immédiatement et ils se posent de nouveau de la même façon. J'ai pu observer des couples agissant ainsi pendant plus d'une demi-heure, et, le plus souvent, je les perdais de vue, le cf poursuivant toujours la Q. Je n'ai jamais été présent au moment oh le cf se décide à se rapprocher de la Q, mais j'ai vu, ce mois-ci, plusieurs accouplements de Prieuri. Les deux Espèces, Prieuri et Semele, sont défraîchies maintenant, ayant trois mois, et même plus, d'existence, mais malgré cela, les individus sont encore vigoureux. »

Prieuri est un papillon quelquefois assez facile à prendre; on le capturait sans trop de difficulté sur les chardons, à Sebdou en juin, et il se laisse approcher pendant la plus forte chaleur de la journée, surtout l'après-midi; il se tient alors à l'ombre; il arrive même que le coup de filet ne le fait pas s'élever du sol, et si l'on compte sur ceci pour le prendre au moment oii il s'envole, on peut quelquefois le manquer, le filet passant au-dessus du papillon.

A d'autres occasions, il est bien plus méfiant, il s'envole avant que l'on soit à portée, et il se met souvent à planer, les ailes ouvertes et un peu relevées, agitées de petits battements de temps en temps.

Quand on voit planer un Prieuri, cf ou Q, on peut supposer qu'il ira loin et que, s'il se pose, il ne se laissera pas facilement approcher. Les Q Q couvrent souvent de longues distances sans arrêt, volant à une faible hauteur au-dessus du sol.

Les œufs pondus en captivité ont toujours été déposés par les Q Q sur la mousseline et non sur les tiges ou feuilles des Graminées; mais, à l'état libre, il est fort probable que les œufs sont fixés sur les Graminées.

Je n'ai jamais trouvé la chenille de Prieuri en liberté; elle vit probablement sur l'Alfa et sur la Lygaeum Spartmn, peut-être aussi sur d'autres Graminées; en captivité, on peut l'élever sur certaines Festuca; la chenille accepte la Poa annua.

128 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

La durée de l'état d'œuf est variable dans certaines limites; les œufs de la var. Ibeiica Obthr., qui m'avaient été envoyés par Miss Fountaine (*), en 1905, sont éclos environ 10 jours après la ponte; à Sebdou, en 1907, les premières chenilles ont paru au bout de 22 jours; à Géryville, en 1910, réclosion des chenilles a eu lieu entre 15 et 20 jours après la ponte.

L'œuf est petit pour un papillon de la taille de Prieuri; ses dimensions sont approximativement : hauteur 0.00 1 ; plus grande largeur 0.00085. Le sommet est moins tronqué, un peu plus arrondi que chez Brisets.

La surface est blanche, porcelanée, la coque assez épaisse; il y a 16 ou 17 côtes verticales bien définies, séparées entre elles par de larges vallées à fond peu concave; au sommet, les côtes sont remplacées par de petites bosses, diminuant de grosseur vers la rosette micropylaire qui est composée de très petites cellules.

Environ deux jours avant l'éclosion de la chenille, la couleur de l'œuf devient gris plomb pâle.

La comparaison des œufs de Prieuri et de Briseis se trouve imprimée à un autre article, dans le présent ouvrage. Les chenilles provenant des œufs obtenus en Algérie n'ont pris que très peu de nourriture en automne et pendant l'hiver. A la fin du mois de janvier 191 1, aucune des chenilles que je possédais alors, et qui étaient nées à Géryville, n'avait encore passé la première mue; elles avaient, à ce moment, 0.004 ^e longueur; j'en ai fait la description suivante :

La tête est brun gris foncé; la couleur fondamentale du corps est d'un gris brunâtre pâle et sur ce fond se détachent les lignes brunes; la ligne médiodorsale est plus foncée et aussi un peu moins large sur le premier bourrelet de chaque segment abdominal que sur les bourrelets suivants; ceci fait que la chenille

(*) Prière de vouloir bien se reporter à une notice intitulée : Egg and young larva oj Satyrus Prieuri, parue sous la signature de Harold Powell, dans le n» 10 du Vol. XVII de The Etitomologisfs Record and Journal of Variation, October 15*'' 1905.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 129

présente une série de taches foncées, de forme oblongue, le long du centre dorsal ; les marges de la ligne médiodorsale sont marquées par une fine ligne brune; intérieurement à la marge il y a, de chaque côté également, une autre fine ligne. Comme chez Briseis, les deux lignes sous-médianes se distinguent : la première étroite et faiblement indiquée, la deuxième plus foncée et bien apparente. Les lignes suprastigmatale et stigmatale sont bien marquées, ainsi que la ligne brune en dessous de la bordure du dorsum. La chenille ne montre aucune trace d'une teinte verdâtre. Par la vigueur de ses dessins, cette chenille, encore dans le premier stade, est comparable à celles de bien d'autres Satyrides dans les stades plus avancés.

Elle est un peu plus foncée que la chenille de S. Briseis, qui est, elle aussi, fortement marquée.

I^es rayures brunes de la tête apparaissent dans le deuxième stade; elles sont larges et bien marquées (*).

La chenille grandit assez rapidement dès le retour des temps plus chauds; elle arrive au cinquième stade, vers la fin du mois de mars, et descend se chrysalider sous la surface du sol un mois, environ, plus tard; l'habitude nocturne apparaît de bonne heure; dans leur deuxième stade, les chenilles sont déjà plus nocturnes que diurnes. Un caractère notable de la chenille de Priai ri est l'ondulation des lignes sous-médianes et suprastigmatale, ondulation plus prononcée que chez Briseis. Ce caractère est appréciable dans le premier stade; il est très marqué dans les deux derniers stades.

La métamorphose a lieu dans une cavité souterraine, à peu de profondeur. La chrysalide est couleur acajou clair et paraît très voisine de celles de Alcyone, d'Ellena et de Semele; cependant, je n'ai pas eu l'occasion d'examiner une chrysalide parfaitement formée, la seule chenille qui avait réussi à se chrysalider n'ayant pu se débarrasser complètement de sa peau. »

(*) Chez les chenilles de Prieiiri-Iberica, élevées en 1905-1906, les rayures de la tête étaient déjà visibles dans le premier stade

I ^O LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Satyrus Semele, Linné.

Voici comment Linné décrit Semele dans Systeiiia Na/urœ, p. 772 (Editio décima tertia ad Editionem duodecimam rcformatam Holmiensem. Vindobonœ, MDCCLXVII) : (( Seinclc. 148. P. N. {JPapïlio Nymphalis) alis dentatis fulvo nigroque nebulosis : primoribus utrinque ocellis duobus; posticis supra unico ».

Aux pages 267 à 270 du Volume III des Etudes de Lépidoptérologïe comparée, j'ai disserté sur les variations géographiques du Satyrus Semele, robuste et vivace Espèce, répandue depuis l'Ecosse jusqu'aux frontières sahariennes. Dans la i''" livraison des Etudes d'Entomologie (p. 27), j'ai désigné par le nom de Algirica la morphe algérienne de Semele; mais il manque toujours une figuration comparative de toutes les races de cette Espèce, si intéressante à cause de sa vulgarité même et de l'étendue de son aire d'expansion dans la région palaearctique occidentale. Je commence à combler cette lacune par la représentation suivante : 1° deux Q de la race sicilienne Siciliana, Obthr., récoltées par Bellier de la Chavignerie; l'une de ces Q présente une troisième tache noire — presque un ocelle — aux ailes supérieures, en dessus; cette tache n'existe en dessous que d'un seul côté et encore très réduite. Je crois que la morphe Siciliana peut être classée à côté d'Alginca dont elle se rapproche le plus. Mais, outre que les cf siciliens paraissent très variables, puisque certains d'entre eux se distinguent à peine de ceux de Corse et de Sardaigne appelés Aristœns, les Q, en général, sont plus belles et plus grandes que celles d'Algérie. 2° Un cf et quatre Q de la race Algirica, comme suit : un cf de Sebdou (juin 1907), présentant, aussi bien qu'une des Q Siciliana, une tache noire, supplémentaire aux ailes supérieures, en dessus. Cette tache manque en dessous; — • une Q de Sebdou (juin 1907), montrant aussi une tache noire supplémentaire; mais cette tache surnuméraire, à l'inverse des deux cas précités, est placée en

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 131

dessous de la grosse tache ocellée inférieure normale, et non au-dessus. Cela indique qu'il doit exister des exemplaires de Semele ornés non seulement utrinque ocellis diiobus, comme dit Linné, mais ocellis quatuor, sinon même d'un plus grand nombre encore, c'est-à-dire d'autant de taches ocellées, ou pouvant passer pour telles, qu'il y a d'espaces intranervuraux le long du bord marginal des ailes supérieures ; — deux Q de Sebdou (juin et juillet 1907) plus vivement colorées que les précédentes; l'une a le fond gris des ailes inférieures, en dessous, presque unicolore, c'est-à-dire dépourvu de l'éclaircie blanchâtre, médiane ordinaire, extérieurement contiguë à la ligne noire fulgurée transverse; — enfin une Q de Géryville (juin 1910) ayant un aspect plus clair que les précédentes.

Linné a emprunté le nom de Semele à la Fable, aussi bien que tant d'autres noms distribués entre les Espèces de papillons qu'il désignait scientifiquement pour la première fois. Précédemment les occasions ne m'ont pas manqué d'observer combien le génie poétique de Linné, cherchant dans les souvenirs de l'antiquité grecque et latine, les termes mêmes de la Nomenclature qu'inaugurait le Systenia Natnrœ, avait largement fait participer les légendes mythologiques à l'œuvre admirable qu'a suscitée son génie. Il paraît vrai de dire que

« Les Grecs, enfants gâtés des Filles de Mémoire, De miel et d'ambroisie ont doré cette histoire. »

Or, l'histoire en question commence avec les Equités Trocs : Priannis, Hector, Paris, Helenus, Anchises. /Eneas; elle se poursuit avec les Equités Achivi : Menelaus, Ulysses, Agameninon, Diomedes, Pyrrhus, et cœteri.

D'ailleurs, nul ne pourrait raisonnablement prétendre que cette agréable parure cueillie dans les rapsodies d'Homère, qui est le plus grand des poètes, et appliquée par l'illustre Naturaliste suédois à une partie du monument immortel qui s'appelle

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le Systema Naiurœ, ait pu faire quelque tort aux Sciences naturelles elles-mêmes.

Au contraire, sans faire rien perdre à la précision scientifique, l'évocation linnéenne des chimères panthéistes et des traditions héroïques de l'antiquité, présente comme une sorte de délassement à ceux qui, se consacrant à l'histoire naturelle des Lépidoptères, ne sont insensibles à aucune des circonstances qui intéressent l'étude de leur choix.

Pour ma part, j'ai toujours goûté dans le commerce de la littérature entomologique, le charme qu'y a introduit l'imagination de Linné, nourrie aux sources classiques les plus pures.

Non seulement Charles Linné fut l'admirable inventeur de la nomenclature binaire qui fit sortir la Science de l'incohérence et du chaos; non seulement il se montra doué de ce merveilleux esprit de méthode, d'exactitude et de précision dont il fit profiter les Sciences naturelles; mais il était aussi savamment versé dans la connaissance approfondie des belles-lettres. On peut presque dire que la langue latine était l'expression la plus spontanée de sa docte pensée. L'ancien apprenti cordonnier, fils du pauvre pasteur suédois, devenu élève de l'Université d'Upsal, fit grand honneur à ceux qui furent pour lui le prœsidium et dulce decus dont Horace s'est dit lui-même redevable à Mécène, issu d'une race de rois.

Il est juste de dire que ce fut une grande gloire pour les protecteurs de Linné, les Stobaeus, les Olaus, les Celsius, les de Rudbeck, d'avoir contribué à développer son génie; aussi les générations actuelles devront-elles toujours saluer avec reconnaissance la mémoire de ces hommes dont la générosité se montra si éclairée.

Du reste la Science n'a pas besoin de sembler rébarbative, et, sans que la recherche de la vérité scientifique soit pour cela négligée, il me semble qu'en cours de route, il est permis au voyageur de s'arrêter aux portes de la ville, de jeter les yeux sur le paysage lointain et d'évoquer même, avant de se remettre en marche, quelques fabuleuses légendes et antiques souvenirs.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 133

Faisons ainsi, à propos de Semele.

Elle était fille de Cadmus, fils d'Agénor et de Telephassa, et de Hermione ou Harmonie, fille de Mars et de Vénus. Semele avait trois sœurs : Ino, Agave et Autono'é. Sans doute elles étaient belles et plaisaient même aux Dieux. Les quatre filles de Cadmus portaient des noms qui ont tous servi à désigner des Espèces de papillons; l'un de nos plus grands poètes leur a consacré des vers harmonieux que je me permets de rappeler ici :

(( Quand, sur le Cithéron, la Bacchanale antique Des filles de Cadmus dénouait les cheveux, On laissait la beauté danser devant les dieux ; Et si quelque profane, au son de la musique, S'élançait dans les chœurs, la prêtresse impudique De son thyrse de fer frappait l'audacieux. » (*)

Semele ayant donc été admise à danser devant les dieux, sa beauté plut à Jupiter; il en résulta la conception de Dyonysos, communément appelé Bacchus. Cependant Semele mourut embrasée par les foudres de Jupiter qui était venu la visiter.

Cette visite du roi des dieux et des hommes fut suscitée par la perfide malice de la jalouse Junon. Celle-ci avait fait persuader à Semele, par sa nourrice Beroc, d'exiger de Jupiter, comme preuve de son amour, qu'il vînt la voir dans tout i'éclat de sa gloire. Jupiter consentit à paraître au milieu des foudres et des éclairs; le palais s'embrasa; Semele, victime de son indiscret désir, périt dans les flammes. Mais Jupiter fit retirer par Vulcain celui qui devait être Bacchus, le mit dans sa cuisse oii il le fit coudre par Sabasius et le garda ainsi le reste des neuf mois.

Bacchus, devenu grand, descendit aux Enfers pour en retirer sa mère Semele; il obtint de Jupiter qu'elle serait élevée au rang des immortelles. Semele changea alors de nom et elle s'appela Chione. Mais de même que comme Semele, elle désigne un

(*) A. de Musset. A la Mi-carême, mars 1838.

134 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

papillon du genre Saiyrns, anisi, comme CJnune, elle sert à distinguer une variété de la Collas polaire BooLhii.

Chaque année, j'aime à revoir le Satyrus Seme.le voltiger — oserai-je dire : danser — au milieu des champs secs et arides. Régulièrement il revient annoncer que l'été est proche et fait déjà jaunir les gerbes. Comme mon pays ^e trouve compris dans la zone d'habitat de l'Espèce, il me suffit d'un léger déplacement pour aller voir, de nouveau, à la saison propice, la résurrection des papillons, propagateurs inlassables de leur Espèce.

C'est à la Côte d'Emeraude, à la pointe du Grom de Cancale, sur ce cap granitique dont la base est toujours battue par les flots écumeux, que j'ai vu, la dernière lois, en 191 3, le Satyrus Seniele, aller et venir sur la lande, au milieu des bruyères et des ajoncs en fleurs.

Le Satyrus Seniele est assez familier; comme il est abondant, on l'aperçoit constamment animant de son activité la pelouse hérissée de rochers.

Il me plaisait de regarder les autres papillons compagnons de Seniele, sur le promontoire rocheux du Groin de Cancale. Assis sur une pierre émergeant de la lande, en face de V Oceanus britannicus, je comptais les déifications de qualité diverse inventées par l'antiquité polythéiste et dont les noms servent aujourd'hui à désigner de simples papillons. Là, il y avait, avec le Satyrus Semele, le Papilio Machaon (flls d'Esculape et d'Epione, frère de Podalire), la Lycœna Icarus (flls de Dédale), les Satyrus Megœra (l'une des Furies) et Tïthonus (flls de Laomedon), VHesperia Actœon (flls d'Aristée et d'Autonoë, qui était elle-même l'une des filles de l'infortuné Cadmus...

Sans doute tous ces petits papillons dont les Espèces vivent encore sur la Terre, étaient contemporains de l'Homme des temps antiques, lorsque quatre mille Dieux n'avaient pas un athée; mais l'Homme, dans les anciennes Sociétés d'Athènes et de Rome, n'apportait guère d'attention à l'étude d'aussi faibles créatures.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 135

Il a fallu attendre le XVI II" siècle de notre ère pour voir paraître les travaux de Linné et commencer l'inventaire et la classification des Espèces d'êtres créés.

Le Papillon, envisagé d'une façon générale, ne tenait de place dans l'imagination poétique des Grecs que comme un symbole. Ils considéraient les papillons comme une image de l'âme humaine et désignaient par le même nom grec : Psyché, l'âme et le papillon. C'est toujours avec des ailes de papillon aux épaules que les Grecs représentaient la jeune princesse Psyché que sa merveilleuse beauté fit aimer de Cupidon, fils de Vénus.

Dans les conceptions platoniciennes, le papillon semblait être comme une allégorie de l'immortelle renaissance de l'âme humaine, à cause de l'incessante transformation de la chenille en papillon, passant par l'état léthargique de la chrysalide.

Les L-atins ont goûté l'idée grecque; Apulée, écrivain du IP siècle, semble s'en être fait l'interprète dans le poème des Métamorphoses où il raconte la fabuleuse, mais dramatique légende de Psyché.

M. Harold Povvell donne sur Semele les renseignements suivants, en ce qui concerne les mœurs de ce Satyrits en Algérie :

(( Le Satyriis Semele- Al girïca est un des plus communs des papillons d'Algérie, du moins dans les régions élevées; n'ayant que très peu chassé dans la zone du littoral, je ne puis dire s'il y est aussi abondant que sur les montagnes de l'intérieur. C'est surtout dans les bois et forêts de chênes verts que Semele se plaît ; il est beaucoup moins commun dans les régions entièrement déboisées. Nous l'avons trouvé en grand nombre sur toutes les collines et montagnes boisées des environs de Sebdou, Magenta, Daya, Géryville et Aflou, localités de la province d'Oran. L'Espèce m'a semblée moins abondante dans les montagnes de r Aurès qu'en Oranie ; mais Semele y était encore un des papillons les plus souvent rencontrés.

T^'éclosion a lieu normalement pendant le mois de juin et se prolonge jusqu'en juillet ; si la saison est précoce, les éclosions

136 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

peuvent commencer en mai (je parle toujours pour les Hauts Plateaux et les montagnes d'entre 900 et 2 000 mètres d'altitude).

Voici d'ailleurs les dates des premières captures de Semele pour six années :

Sebdou (qoo- 1.400 mètres), 1907, 2 juin.

El-Kantara (550 mètres), 1908, 18 mai; un exemplaire déjà passé.

Khenchela (1.250 mètres), 1908, 23 mai.

Géryville (1.400 mètres), 1910, 7 juin.

Aflou (1.400- 1.600 mètres), 191 1, 13 juin.

Lambèse (i. 250-1. 700 mètres), 191 2, 13 juin; déjà abondants

à cette date.

Lambèse (1.500 mètres), 1913, 6 juin.

La saison chaude a été précoce en 1908; assez précoce en 1907 ; en retard en 1910 et en 191 1.

Pendant le mois de juin, le papillon recherche les fleurs; nous l'avons remarqué, principalement, sur les thyms et les chardons; dans les clairières de la forêt et autour des champs incultes, à gauche et à droite du chemin de Teniet-el-Amar, près Sebdou, les Semele étaient par dizaines à la fois sur les fleurs de thym, dans les matinées chaudes de juui 1907; avec eux se trouvait VEpinephele Eudora-mauritanica, qui éclôt à peu près en même temps, et qui abonde, tout l'été, dans les mêmes situations que Semele.

J'ai vu Semele également, en très grand nombre, au Djebel- Ksel, près de Géryville; là aussi, le papillon fréquentait les fleurs du thym, en juin, dans les enclaves ou clairières de la forêt; il y en avait beaucoup aux bords d'une grande prairie en tête de la vallée qui descend du Ksel vers Stiten ; l'altitude ici est de près de 2.000 mètres.

Plus tard, en juillet, août et septembre, les fleurs font défaut ; le papillon se tient alors à l'ombre des buissons de chêne vert ou sur les troncs des arbres ; certains chênes verts semblent être préférés aux autres; en juillet et août, dans certaines parties de la forêt, à Sebdou et aussi sur le Ksel, des nuages composés des

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I37

Satyrus Seinele et Eudora, ainsi que de Catocala nyinphœa, sortaient des buissons à notre passage ; tous cherchaient à se réfugier de nouveau le plus vite possible, les Semele et les Catocala de préférence sur les troncs, les Eudora sur le sol au-dessous des buissons, quelquefois sur les feuilles; souvent les Semele tournaient autour de nous ; leurs mouvements et leur vol sont rapides, ce qui les rend difficiles à prendre; ils ont aussi l'habitude de se poser sur les troncs protégés par les branches ; vers le soir, leur vol est encore plus rapide et erratique, lorsqu'on les dérange.

Au mois de juin, posés sur les fleurs du thym, ils sont beaucoup plus faciles à prendre.

En juillet, et même en août, on prend encore des individus bien conservés, principalement des Q ; quoique le papillon soit commun, on éprouve toujours du plaisir à prendre une belle Q bien fraîche de S ai y rus Seuiele-Algirica, forme si richement colorée.

Il m'est arrivé plub d'une fois de voir voler cette Espèce autour de la lampe, pendant que nous chassions à poste fixe, la nuit. J'ai pris Satyrus Sylvicola de cette façon aussi; il s'agissait sans doute, dans chaque cas, de papillons se trouvant au repos dans le voisinage et que la clarté de la lampe avait éveillés.

Semele- Al girica, ainsi que je l'ai déjà dit, est surtout un habitant des parties boisées d'une région; mais il se rencontre aussi sur les plaines incultes de l'Oranie et sur certaines collines et montagnes arides ; dans ces localités sans arbres, il se pose par terre ou sur les rochers, souvent à l'ombre d'une touffe d'alfa.

Vers la fin du mois d'aoiÀt et en septembre, le cf, qui jusqu'alors paraissait indifférent envers la Q, commence à s'occuper d'elle; il se comporte tout comme le Satyrus Prieuri dont j'ai déjà décrit la façon d'agir.

Je n'ai jamais vu un accouplement de Semele, mais, considérant l'analogie qui existe, à ce moment, entre ses mœurs et celles de Prieuri, il est très probable qu'un accouplement a lieu à cette époque; ce n'est peut-être pas le premier.

138 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Les Q que j'ai plusieurs fois essayé de faire pondre, en juin et en juillet, n'ont jamais voulu déposer un seul œuf; à Sebdou, en 1907, ce n'est que dans les derniers jours d'aoiàt que les Q captives se sont décidées à pondre quelques œufs. J'ai obtenu plus facilement des œufs en septembre, mais je trouve que Semele-Algirica ne pond pas très abondamment en captivité.

La chenille grandit lentement pendant l'hiver; elle est toujours disposée à se nourrir si la température n'est pas trop rigoureuse, et ce n'est pas souvent le cas à Hyères où je l'ai élevée ; elle se chrysalide en terre au mois de mai.

A Aflou, nous avons trouvé quelques chenilles de cette Espèce, le 15 mai 191 1, le jour, sous des pierres contiguës à de petites touffes de Lygtemn spartmn; elles étaient presque complètement développées et n'ont pas tardé à se mettre en chrysalide.

Plusieurs chenilles de Semele-Alginca ont été prises, en mai 191 3, la nuit, sur les collines et montagnes des environs de Lambèse; elles y mangeaient plus d'une Espèce de Graminée; nous les trouvions souvent haut sur les feuilles, en train de prendre leur repas du soir ; si on les éclairait pendant quelques instants avant de les toucher, elles se retournaient, généralement, et redescendaient dans la touffe ».

Satyrus Powelli, Obthr.

Découverte par Harold Pov^ell, en septembre 1910, dans la région sud-oranaise de Géryville, et retrouvée l'année suivante, mais en plus petite quantité, à Aflou. L'Espèce a été décrite par moi dans le Bulletin de la Société entomologiqne de France, 1910, p. 333; j'ai donné la figuration de trois cf et deux Q, sous les n"^ 714 à / 18 de la PI. LXXVIII, dans le Volume V, Part. I, des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

M. Harold Powell a fait, à propos de la biologie de l'Espèce de Satyriis qu'il a découverte et que j'ai eu le plaisir de lui dédier, les observations suivantes dont il veut bien me faire part et que je transcris textuellement :

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 139

(( C'est le dernier Satynis à paraître, en Algérie; nous l'avons rencontré pour la première fois le 24 septembre 1910; l'Espèce ne volait certainement que depuis peu de jours, car les individus capturés étaient presque tous bien frais; à Aflou, en 191 1, le premier Poivellï a été pris le 21 septembre. L'éclosion ne doit pas commencer avant le 15 septembre; c'est entre le 20 et le 30 de ce mois que le papillon se montre le plus abondant; il vole encore en octobre; mais les sujets frais sont alors à l'état d'exception, peu d'éclosions ayant lieu après la fin de septembre.

La découverte de ce nouveau Satyni.s a été une surprise agréable; il y avait déjà plus d'un mois que Charles David et moi, nous explorions les montagnes élevées des environs de Géryville, dans l'espoir d'y trouver le Satyrus Hansii, et j'étais déjà convaincu, par l'insuccès de nos recherches, que Hansii manquait en cette partie de l'Oranie; c'était une déception; nous ne nous doutions pas qu'une Espèce inconnue, tout aussi intéressante c]ue Hansii, nous attendait dans la plaine.

J'avais décidé de faire une tournée au nord de Géryville, en suivant la piste de Saïda, très peu fréquentée depuis la construction de la nouvelle route Géryville-Bouktoub. Je ne comptais pas trouver grand chose en fait de diurnes, la saison étant trop avancée, mais la chasse de nuit pouvait donner des Espèces intéressantes de ce côté. Nous nous sommes donc mis en route, le 24 septembre, avec l'intention de camper, le soir, à Kheneg-Azir, ovi se trouve un bordj inhabité, à 28 kilomètres de Géryville. Je cite ici les observations inscrites dans mon carnet, en ce qui concerne l'excursion, et les mœurs de Salyrus Powelli :

Charles David et l'Arabe Kouider sont partis à 9 heures du matin avec l'âne noir chargé des provisions et du matériel; je les ai suivis après avoir arrangé la chasse de la veille; il faisait une belle journée tempérée, mais il a fallu lutter tout le long de la route contre un très fort vent du nord. Rien d'intéressant avant Aïn-Sfa; on voyait planer un bon nombre de Satyrus

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Abdelkader paraissant tous défraîchis, mais inapprochables à cause de la violence du vent ; Fidia et Seniele volaient par places; on les trouvait souvent en petits groupes, posés sur les excréments des chevaux et des ânes. A Aïn-Sfa j'ai rejoint notre caravane et nous avons mangé avant de continuer la route. La plaine est absolument inculte; on n'y voit guère que de l'alfa, du chir (^Artemisia Herba-Alba), du Gouf't {^Artemïsia cam-pestris) et du senagh {Lygœum spartian) ; la piste est tantôt près de la rivière, oued à lit sablonneux et desséché, sauf à certains points où l'eau remonte à la surface; tantôt le chemin s'éloigne de l'oued pour passer sur les petites collines et ondulations recouvertes d'alfa en touffes plus ou moins espacées. A 3 kilomètres au nord d'Aïn-Sfa, Charles David attira mon attention sur un l)apillon qui venait de traverser la route et qui s'était posé sur la terre sablonneuse, derrière une touffe; j'ai failli le manquer, car j'étais un peu émotionné à la vue d'un petit Satyrus qui m'était tout à fait inconnu et bien distinct de Hansii, dont il avait la taille; ses ailes antérieures allongées et les nervures de l'aile inférieure, en dessous, tracées en blanc, lui donnaient une apparence toute particulière. Un peu plus loin, sur une petite colline sablonneuse, parsemée de touffes d'alfa, nous en avons pris deux autres, et, à 4 kilomètres d'Aïn-Sia, j'ai vu encore deux exemplaires que je n'ai pu prendre.

L'Espèce doit voler depuis deux ou trois jours seulement; je n'ai vu que des cf frais, pas une Q.

Nous sommes arrivés à Kheneg-Azir à 5 h. 1/2 ; le bordj est situé à l'entrée d'une tiouée faite par l'Oued-el-Beiod dans une chaînette de collines traversant la plaine; il y a plusieurs trous d'eau et nous avons pu manger du poisson, nourriture rare dans le Sud-Algérien.

Belle journée; le vent du nord .souffle toujours fort. J'ai été chasser, le matin, au nord du bordj, en suivant les petites collines sablonneuses à droite de la rivière; il y a partout de l'alfa,

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 14I

excepté sur le bord même de l'oued, où cette Graminée est remplacée par le « Senagh »; des Lauriers roses et des Rétama croissent dans le lit de l'oued; par places il y a des colonies de (( Harmal » et Ôl^ Artemisia Campeslris. Saiynts Abdelkader, S. Fidia, S. Semele et aussi la nouvelle espèce volaient ici ; de cette dernière, je n'ai pris que deux exemplaires, deux cf frais, au sommet d'un mamelon. L'après-midi, j'ai exploré toutes les petites collines et ondulations de terrain dans le voisinage de la rivière, rive droite, sur une distance de 3 kilomètres, en avant du borc^j, c'est-à-dire dans la direction de Géryville; le nouveau Satyrns se trouve également de ce côté, mais il n'est pas très abondant encore; j'ai pris 4 cf ; tous volaient et se posaient entre les touffes d'alfa.

Ayant arrangé la chasse de la veille, nous nous sommes mis en route de bonne heure pour faire les 14 kilomètres qui nous séparaient d'Aïn-Sfa, où il était décidé qu'on passerait la nuit ; je comptais prendre, chemm faisant, une bonne série de la nouvelle Espèce. Le temps était très beau ; une bonne brise soufflait du nord. Après avoir quitté Kheneg-Azir, la piste monte doucement vers le sud en suivant une large vallée ondulée, bordée par de petites collines; on est séparé de l'oued par un chaînon bas; le terrain est sablonneux; le sable un peu rosé, fin dans la vallée, est plus grossier et mélangé de pierres et de rochers de grès, sur les collines; partout beaucoup d'alfa. A un kilomètre du bordj, le Satyrus commençait à se montrer; nous fîmes s'élever quelques c? qui s'envolèrent rapidement, mais se posèrent de nouveau sur le sol, dans les petites clairières de l'alfa.

Le papillon se laisse approcher jusqu'à un certain point, mais lorsqu'on est à 5 ou 6 mètres de lui, il s'envole, et il n'est pas toujours facile de le suivre de l'œil, à cause de son vol rapide et des détours fréquents qu'il fait; après l'avoir suivi de place en place, pendant un certain temps, il revient souvent au point de départ, surtout si ce point est le sommet d'une petite colline.

142 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Le papillon devient plus approchable, après avoir essuyé plusieurs coups cle filet, et il est alors plus aisé de le prendre; quand il se pose à l'abri d'une touffe d'alfa — et cela a lieu fréquemment — on peut arriver près de lui, en se baissant de façon à être caché par la touffe; malgré l'avantage qu'on a sur lui dans ce cas, il réussit souvent à échapper au coup de filet, en partant à grande vitesse à ras de terre; si on ne le manque pas, on risque de prendre dans le filet, en même temps que le papillon, du sable et des brins de l'inflorescence de l'alfa, au grand détriment des sujets frais; mais il n'y a pas d'autre procédé à employer; si on tente de le couvrir du filet, on le manque à peu près invariablement.

Sur les larges sommets ou petits plateaux couronnant les collines, le Salynis nouveau se trouve en plus grand nombre; j'ai vu, aujourd'hui, jusqu'à quatre cf se battant ensemble; ils sont d'ailleurs assez batailleurs, mais leurs rencontres ne durent que peu; ils se séparent, après quelques coups échangés, pour aller se placer sur le sol, chacun de son côté. Tous les mouvements de ce papillon sont brusques; quand on s'approche de lui, avant de s'envoler, il relève quelquefois brusquement les ailes antérieures, jusqu'alors cachées entre les ailes postérieures, et découvre ainsi ses taches ocellées; si on reste immobile, il fait reprenrJre à ses ailes antérieures leur position primitive; pendant ce temps les ailes sont fermées.

Il doit être l'objet d'une chasse acharnée de la part des lézards, très communs sur la plaine et les petites collines.

A 7 ou 8 kilomètres de Kheneg-Azir, on arrive au point culminant de la route qui, de là, descend à travers les ondulations de terrain jusqu'à Aïn-Sfa dans le lit de l'oued. Ayant consacré beaucoup de temps à chasser en route, nous n'avons atteint le sommet qu'à 4 h. 1/2 de l'après-midi, mais nous avions dans nos boîtes de chasse une soixantaine d'individus du nouveau Satynis, dont deux Q seulement; la Q est encore rare; elle est tout aussi méfiante que le cf, mais s'on vol est plus droit ; ses nervures, en dessous, sont moins blanches que celles du cf- Entre

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 143

le col et Aïn-Sfa il y a des localités où le Satyrus existe, mais l'heure étant trop tardive, nous ne l'y avons pas aperçu aujourd'hui. A part la nouvelle Espèce, nous avons pris, ce jour, des S. Abdel kader en bon état; ce papillon plane un peu partout à présent, mais il est toujours des plus difficile à prendre, et bien peu d'exemplaires sont frais. On a campé sur le sable, sous les peupliers d'Aïn-Sfa.

Départ le matin à 8 heures pour le retour à Géryville. Le vent venait du sud ce matin et a soufflé assez fort pendant la journée; il a fait très chaud ; les tourbillons, qui étaient devenus rares, ont été nombreux aujourd'hui. Nous avons presque aussitôt retrouvé le nouveau Saîyriis, sur les petites collines d'alfa, à gauche du chemin; les cf se tenaient surtout sur les crêtes, mais du côté nord, pour s'exposer le moins possible au vent. Ce papillon habite ici un terrain tout autre que celui fréquenté par Hansïi sur les montagnes de Sebdou ; les petites collines ou ondulations qui varient la plaine d'alfa, au nord de Géryville, sont formées de grès et de sable, et ne ressemblent nullement aux espaces calcaires et pierreux entourés de chênes verts, où vole Hansïi, à Sidi-Djlali et à Merchich. Han.ûi ne se trouve pas dans la plaine, du moins à ma connaissance. Dans les environs de Géryville, il n'y a que le sommet du Djebel-Ksel qui pourrait être comiparé aux localités préférées de Hansïi. Deux Q de la nouvelle Espèce ont été prises aujourd'hui, ainsi qu'un bon nombre de cf >^.

Plus près de Géryville, sur les petites collines au sud-ouest, dans le voisinage de l'Aïn-Mérirès, le papillon se trouve également ; les Q ne se montrent pas en nombre aussi considérable que les cf. J'ai inscrit dans mon carnet de chasse, le 30 septembre 1910, l'observation suivante :

(( Sur beaucoup de ces collines plus ou moins recouvertes d'alfa, on rencontre le nouveau Satyrus; il est toujours bien difficile à prendre; mais, si on a la patience de le suivre de place

144 LEPinOPTÉROLOGIE COMPARÉE

en place, et la chance de ne pas le perdre de vue, on finit, le plus souvent, par le capturer. Les Q sont toujours rares ; sur 40 exemplaires pris aujourd'hui, il n'y a que quatre Q. Les sommets de ces petites collines ont un attrait spécial pour les mâles ».

Nous avons retrouvé l'Espèce, le 10 octobre 1910, sur la plaine, non loin de Méchéria; il y avait peu d'exemplaires frais à cette époque.

J'ai trouvé sur une touffe de Lygœinn Spartîun, à Aïn-Mérirès, dans la nuit du 13 juin 191 0, une chenille de Satyride dans sa dernière livrée; j'étais persuadé qu'il s'agissait de Satynis Sylvicola, et j'ai noté à son sujet ce qui suit :

(( Elle a la ligne médiodorsale un peu moins verdâtre et moins transparente que la plupart des Sylvicola que j'ai élevées, et se rapproche ainsi un peu de Fïdia; je ne crois pas qu'il y ait de doute que ce soit Sylvicola cependant ».

La chenille était alors dans son dernier stade; je l'ai nourrie d'abord avec le Lygœiun, sa vraie plante nourricière, puis avec une autre Graminée, sur laquelle je trouvais Sylvicola au Ksel. Elle se serait sans doute chrysalidée dans une coque composée de terre, comme les autres Espèces du Groupe, mais je l'avais mise dans une boîte sans terre, et elle s'y est métamorphosée dans les premiers jours de juillet. A l'époque d'éclosion de Sylvicola, j'étais un peu étonné de ne pas voir éclore cette chrysalide ; quand est arrivé le mois de septembre et que la chrysalide ne montrait pas encore signe de modification, quoique paraissant parfaitement saine, je ne savais plus que penser.

Enfin, le problème était résolu, le 27 septembre, par l'éclosion d'un cf de S. Powelli; l'état de nymphe avait duré bien près de trois mois ; ceci doit être tout à fait normal chez Powelli.

A Aflou, dont nous avons exploré la région en 191 1, le premier Salyrîcs Powelli a été pris, le 21 septembre, au sommet d'une petite colline à l'ouest, bien semblable à celles des environs de Mérirès, près Géryville. L'Espèce était rare dans le voisinage immédiat d'Aflou, mais plus abondante dans la grande plaine

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 145

au nord du Djebel-Amour, entre Aflou et l'Oued-Sebgag, et sans doute au delà de cette rivière. Cette plaine fait suite à celle de Géryville; elle n'est, en somme, qu'une partie du vaste plateau Oranais, dans la moitié sud duquel S. Poiuelli paraît être répandu, habitant les steppes et non les montagnes.

Revenant de Guelta-Sidi-Saad, à travers la plaine, le 3 octobre 191 1, Charles David et moi, nous avons exploré tous les monticules recouverts d'alfa, sur lesquels on pouvait espérer trouver Powclli; nous en avons pris près d'une vingtaine entre 8 heures du matin et 2 heures de l'après-midi; les cf n'avaient plus leur première fraîcheur, mais les Q, très rares, étaient en bon état ; un très fort vent du sud-ouest rendait la chasse assez difficile. Ce Satyrus habite ici le même genre de localité qu'à Géryville.

Quelques Q capturées à Géryville, à la fin de septembre 1910, et gardées vivantes, ont pondu un certain nombre d'œufs dans les derniers jours de ce mois et au commencement d'octobre; les œufs étaient fixés sur les tiges et feuilles de Lygœum spartum, et souvent sur la mousseline de la cloche.

L'œuf est blanc, opaque; sa forme est semblable à celle de l'œuf de S. Sylvie ola; c'est-à-dire ovale, aplatie à la base et un peu au sommet ; l'œuf est cependant plus petit que celui de Sylvicola; la surface est finement mate; les côtes verticales, dont il y a environ vingt, ne sont pas très élevées; elles deviennent onduleuses et bosselées sur le som.met; le cercle micropylaire n'est pas large et ses bords pas très bien définis.

L'œuf prend une teinte grise quelques jours avant l'éclosion de la chenille. Les chenilles ont commencé à éclore vers le 20 octobre; la dernière éclosion a eu lieu le 3 novembre; l'état d'œuf dure donc trois semaines environ.

A sa naissance, la chenille a 0.0026 de longueur; la largeur de la tête est de 0.0007.

Description de la tête : couleur paille terne; les taches entourant les tubercules et les tubercules eux-mêmes sont d'un brun

146 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

noir et très distincts sous la loupe, ainsi que les soies incolores portées par les tubercules; les ocelles sont bien apparents; au microscope, on voit que la surface des lobes 'est finement pointilléc de petites dépressions et ressemble un peu à l'écorce d'un citron pour ce caractère, qui est commun à toutes les chenilles de Satyrus, la finesse de la surface pouvant varier suivant les Espèces. La soie portée par chaque tache tuberculaire est renflée en massue au bout et courbée en bas.

Description du corps : couleur fondamentale paille grisâtre; aspect semi-transparent; les lignes ordinaires sont d'un brun rosé; elles sont distinctes, mais non pas très fortement marquées; la ligne médiodorsale et la suprastigmatale sont les plus apparentes; la sousmédiane est faible; les pointes de la fourche anale sont longues ; les soies portées par les tubercules sont plus courtes que celles de la tête; celles placées respectivement sur les tubercules I et II sont recourbées en arrière; sur le prothorax, toutes les soies sont courbées en avant.

Six chenilles ont été installées, au commencement de novembre, sur une touffe de Festuca, à Hyères; je n'ai pas eu l'occasion de les examiner de près avant le 15 décembre; à cette époque, je les voyais, le jour, haut sur les feuilles, en train de manger; elles paraissaient bien avancées dans le premier stade; la couleur du corps était devenue vert pâle, mais la tête et la fourche restaient couleur paille clair; si on les dérangeait, elles se recourbaient horizontalement, de façon à faire presque rencontrer la fourche anale et la tête, se cramponnant à la tige ou feuille avec deux paires, ou simplement une paire de pattes membraneuses. Examinant de nouveau la touffe de Fes/îica, le 22 janvier 191 1, dans la soirée, je n'ai pu voir que deux chenilles; celles-ci, d'apparence très saine, se tenaient assez haut placées sur les feuilles; précédemment le temps avait été beau et chaud pendant le jour, froid la nuit, avec même un peu de gelée; les chenilles n'avaient pas fait grand progrès depuis un mois, puisqu'elles se trouvaient encore dans le premier stade, mais elles n'avaient pas entièrement perdu leur activité pendant ce temps, ainsi que le prouvaient les

feuilles mangées. Leurs habitudes étaient encore diurnes. Voici la courte description que j'ai faite à cette date :

(( La tête et la fourche sont grisâtres, le corps d'un vert d'herbe vif; les lignes ont une teinte pourpré pâle; on les distingue très bien à la loupe, mais assez mal à l'œil nu. Les lignes sousmédianes sont au nombre de deux; la première très faible et étroite, effacée à l'arrière de chaque segment; la seconde d'un blanc verdâtre, à bordures pourpres ; sur les segments abdominaux, le tubercule I est placé sur la preroière ligne sousmédiane, le II sur la marge supérieure de la seconde ligne; en outre, le tubercule I se trouve sur le premier bourrelet du segment et le tubercule II sur le quatrième bourrelet. La ligne en bordure du dorsum (Jlange) est blanche. Longueur de la chenille à la fin du premier stade : 0.005 "•

Ce n'est que deux mois plus tard que j'ai eu l'occasion de revoir les chenilles. Dans la soirée du 20 mars, les deux larves se nourrissaient des feuilles de Festuca, commençant par la pointe et reculant au fur et à mesure que la feuille se raccourcissait sous leurs mandibules ; ceci prouvait que l'activité nocturne était établie, mais ne prouvait pas que l'habitude diurne était entièrement supprimée; il est probable, au contraire, que les chenilles mangeaient encore quelquefois le jour, leur couleur étant encore verte. Les chenilles venaient d'atteindre depuis peu le troisième stade; je n'ai pas de renseignement sur le deuxième stade, qui a duré pendant la plus grande partie des mois de février et de mars. Le 20 mars, j'ai enlevé une des chenilles de la touffe et je l'ai gardée ensuite dans un tube de verre pour pouvoir l'examiner plus attentivement. Le 16 avril, elle s'est mise au repos, la tête en bas, dans l'attente de la troisième mue. J'ai fait, le 18 avril, la description suivante de la chenille dans le troisième stade :

(( Il est très évident que cette chenille appartient au groupe de Fauna; elle a une ressemblance remarquable, dans ce stade, avec la chenille de Hansiï; sa longueur, à la fi.n du stade, est de 0.012; la largeur de la tête est de 0.0015; la longueur de la

148 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

fourche anale, o.ooi i. La tête est d'un brun pâle, teintée de vert près du cou (à une période moins avancée de ce stade elle était d'un vert jaunâtre); les rayures de la tête, brunâtres, sont larges et distinctes. La surface dorsale du corps est d'un vert d'herbe vif; la ligne médiodorsale est d'un vert plus foncé; étroite sur les segments thoraciques, elle s'élargit progressivement sur les premiers segments abdominaux, et s'amincit à l'arrière du corps pour s'arrêter en pointe à la base de la fourche; cette ligne possède une très mince bordure intérieure d'un vert bien foncé, et une bordure extérieure vert blanchâtre, également mince; après un large espace de couleur verte fondamentale, vient une ligne étroite, d'un vert foncé; elle forme la bordure extérieure d'une large rayure vert blanchâtre, teintée légèrement de jaune; cette rayure contient deux étroites lignes vertes, parallèles, si minces qu'elles restent invisibles à l'œil nu; la rayure atteint tout juste le prothorax, sur lequel elle s'arrête, son bord supérieur décrivant une courbe descendante; elle devient très faible sur la partie postérieure du corps, avant d'atteindre la base de la fourche ; au-dessous de la rayure pâle se trouve la large ligne suprastigmatale, d'un vert foncé; sa marge supérieure est étroitement bordée de noir sur les segments abdominaux; comme pour la rayure pâle et pour la ligne stigmatale, cette ligne n'avance pas loin sur le segment prothoracique ; mais ce fait n'est apparent que par suite de la distension du segment par la nouvelle tête qui se forme actuellement sous la peau ; à une période moins avancée du stade, toutes les lignes semblent arriver au bord antérieur du prothorax. La ligne stigmatale et celle en bordure du dorsum ne paraissent former qu'une seule large rayure, dont la couleur est blanche sur la corniche en limite dorsale ainsi que le long de la marge supérieure de la rayure; toute la partie centrale de cette rayure composée, est de couleur saumoné sur laquelle se dessine une mince ligne rougeâtre audessus des stigmates et une ligne semblable au-dessous de ceux-ci. Les stigmates apparaissent comme de petits points noirs, chacun entouré par un cercle légèrement surélevé. La surface

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I49

ventrale et la base de toutes les pattes est du vert d'herbe fondamental, un peu plus foncé juste en dessous de la limite dorsale, sur les segments abdominaux ; les pattes thoraciques sont d'un brun pâle, ainsi que les extrémités des pattes membraneuses; les pointes de la fourche sont teintées de brun rosé clair ».

Quatrième stade : Cette chenille a passé la troisième mue pendant la nuit du 20 au 21 avril; je l"ai examinée le matin; elle avait alors une grande tête verte, le front et la partie inférieure d'un vert foncé, la partie supérieure vert jaunâtre; les rayures de la tête étaient devenues assez distinctes vers le soir, particulièrement sur le sommet et à l'arriére; elles sont formées par un pointillé noirâtre, comme chez les autres Satyres. La surface dorsale, au-dessus de la ligne suprastigmatale, paraît annelée de larges bandes verdâtres et jaunâtres ; cette apparence est due au fait que la première sous-division (bourrelet) de chaque segment abdominal est d'un vert pâle, tandis que les quatre ou cinq petits bourrelets de la moitié postérieure du segment sont d'un gris pâle jaunâtre; ce caractère n'est pas spécial à Powellt; je l'ai remarqué (surtout au commencement des deux derniers stades) chez les chenilles de Hansii, de Sylvïcola, de Fidïa et de F aima; au fur et à mesure que les chenilles grandissent dans le stade, la couleur devient plus uniforme par suite de la distension des segments; mais, même à une phase plus avancée du stade, lorsque la chenille, en se recourbant ou en se tassant, comprime les segments, les bandes jaunâtres réapparaissent.

La ligne médiodorsale est étroite sur les deux premiers segments thoraciques; mais, tandis qu'elle se dessine très distinctement en noir sur ces deux segments, elle est grisâtre, teintée de vert, sur les autres segments, où elle est plus large et moins apparente; en s'amincissant vers la fourche elle se fonce un peu.

La large ligne suprastigmatale est d'un vert grisâtre ayant un aspect quelque peu transparent; elle est ombrée de noir, le long de la marge supérieure.

La ligne stigmatale, de couleur saumonée, est bordée d'une

ISO LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

fine ligne blanche, au-dessus, tandis qu'au-dessous sa bordure est constituée par la corniche en limite du dorsum, blanche teintée de rose; comme dans le stade précédent, la surface stigmatale, de couleur saumonée, est bornée par deux lignes rose foncé, très étroites; celle placée au-dessus des stigmates étant beaucoup plus forte que celle au-dessous.

Les bases des pattes thoraciques et les parties charnues des pattes membraneuses sont d'un vert vif.

Les pointes de la fourche sont longues, verdâtres, et la deuxième ligne sousmédiane se prolonge, fine, sur leur surface supérieure.

La longueur de la chenille à la fin du quatrième stade est de 0.022. Vers la fi.n de ce stade, sa robe avait pâli et s'était modifiée.

J'ai fait la description suivante le 3 mai 1911 :

u Tête gris pâle, les rayures foncées assez distinctes ; la surface dorsale du corps, au-dessus de la ligne suprastigmatale, est d'une couleur paille verdâtre pâle; cependant, entre la seconde ligne sous-médiane et la suprastigmatale, elle est plus jaune.

La ligne médiodorsale est d'un vert pâle; elle se trouve rembrunie et plus étroite sur les segments thoraciques ; la sousmédiane est de la même couleur que la médiodorsale, mais elle est plus étroite que celle-ci; la ligne suprastigmatale est plus large et d'un vert grisâtre plus foncé que les autres; la région stigmatale et la corniche en limite du dorsum ont une teinte gris très pâle; les deux lignes étroites, l'une au-dessus, l'autre audessous des stigmates, sont d'une couleur saumoné extrêmement pâle; la fourche est grise avec une très faible teinte rosée; la surface ventrale, ainsi que les pattes thoraciques et membraneuses, est gris verdâtre pâle.

La quatrième mue a eu lieu le 9 mai.

Cinquième (dernier) stade :

« Largeur de la tête, 0.0035 environ. La chenille perd sa teinte verte à la quatrième mue ; elle est maintenant de la couleur gris

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 15I

jaunâtre clair commune aux chenilles du groupe Fmma dans ce stade; la ligne médiodorsale est brun foncé, sans teinte verte; la sousmédiane est fine, brun clair; la suprastigmatale grisâtre, assez finement bordée de noir à sa limite supérieure; la stigmatale, blanchâtre, ne conserve que de faibles indications des lignes couleur rosé; elle se confond avec la corniche en bordure du dorsum, sous laquelle se trouve une ligne d'un brun grisâtre peu foncé; la surface abdominale est gris blanchâtre, ainsi que les bases des pattes.

La tête est légèrement plus jaunâtre que la couleur fondamentale du dorsum; ses rayures brun foncé sont nettes et distinctes ; la fourche est longue.

Dans ce stade, comme dans les stades précédents, la chenille présente bien les caractères du groupe Fauna, auquel le Satyrus Powelli appartient sans aucun doute. La chenille, dans son dernier stade, est figurée sous le n° 1175 de la PI. CXXXIII du Vol. VI des Etudes de Lépido-ptérologie comparée.

La seule chenille que j'ai réussi à élever jusqu'à l'état de complet développement, en 191 1, est morte au commencement du mois de juin.

La chrysalide ressemble beaucoup à celle de S. Sylvicola; je n'ai pas décrit celle que je possédais en 1910, et qui provenait d'une chenille trouvée à Géryville, parce que je ne me doutais pas, alors, qu'elle appartenait à une autre Espèce que Sylvicola. La durée de la nymphose est remarquable chez ce Satyrus; parmi les Espèces que je connais, elle n'est égalée que par celle de Satyrus Abdelkader (à l'exclusion de la forme La7nbessanus'), et par celle de S. Hansii. Ces deux Espèces éclosent plus tôt dans la saison que Powelli, qui est le dernier de tous les Satyrus algériens à apparaître ».

Satyrus Hansii, Austaut.

J'ai figuré pour la première fois le Satyrus Hansii Q sous le n" I de la PI. III, dans la VP livraison des Etudes d'Ento-

152 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

mologie; j'en ai donné de nouveau une représentation plus complète sous les n°' 40, 43, 44, 45 et 46 de la PI. XVI, dans le Vol. m des Etudes de Lépido ptér olo gie comparée. La fig. 46 est celle de l'état larvaire de l'Espèce. Hansii vole en septembre, aux environs de Sebdou et Oudjda. Harold Powell a élevé depuis l'œuf quelques chenilles dont les chrysalides sont parvenues à bon port, entre nos mains, à Rennes. Les papillons sont sortis des chrysalides en question, au mois d'août 1908, un peu en avance sur ce qui se passe ordinairement dans la libre Nature. L'Espèce est assez variable, surtout pour la coloration plus ou moins claire, obscure, et dorée du dessus des ailes. Le dessous des ailes inférieures présente aussi quelques intéressantes variations.

M. Harold Powell a observé très soigneusement la biologie des Satynis algériens Hansii et Sylvicola. Je publie ci-après l'intéressante notice que m'a remise mon collaborateur pour le présent ouvrage :

« Ce Satyrus n'est connu que de la région montagneuse au nord et à l'ouest de Sebdou (Oran); on ne sait encore jusqu'à quelle distance il avance vers l'est en suivant la même chaîne. Une exploration des montagnes de l'Ouarsenis, en septembre, serait intéressante au point de vue de la connaissance de la distribution de l'Espèce, qui pourrait bien se retrouver dans ce massif, et peut-être sous forme d'une race particulière?

A l'ouest et au sud-ouest de Sebdou, Hansii suit la chaîne jusqu'à la frontière Marocaine, et je pense qu'il doit exister sur les montagnes élevées du Maroc que l'on aperçoit au sud-ouest, lorsqu'on est au sommet du Djebel-Medderba, près de Sidi- Djlali; les Arabes des environs m'ont dit que ces montagnes étaient celles des Beni-Bou-Yahi.

Je n'ai pas trouvé l'Espèce à une altitude moindre de 1.200 mètres ; elle est commune surtout entre 1.300 et 1.600 mètres, si la localité s'y prête. Je ne l'ai jamais rencontrée sur les plaines d'Alfa au sud et au sud-ouest de Sebdou, ni dans les forêts de

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 153

chênes verts, ni sur les collines à proximité de Sebdou, ovi S. Sylvicola est abondant.

Le papillon éclôt au commencement de septembre; peut-être se produit-il, même, quelques éclosions dans la Nature, vers la fui du mois d'août. Je l'ai rencontré pour la première fois, le 12 septembre 1907, à Sidi-Djlali, pouit situé à 30 kilomètres, environ, à l'ouest-sud-ouest de Sebdou; à cette époque, les individus bien frais étaient déjà en minorité. Le 20 septembre de la même année, nous avons retrouvé Hansii au-dessus de la maison Forestière de Merchich, volant sur un plateau calcaire au sommet de la montagne, à près de 1.400 mètres d'altitude; presque tous les exemplaires étaient alors passés.

Enfin, le 6 octobre, j'ai vu voler l'Kspèce sur un terrain pierreux et assez aride, parsemé de buissons de chêne vert, près du point culminant de la montagne au sud de la maison Forestière de Mizab; ici, l'altitude était d'un peu plus de 1.400 mètres; tous les Hansii vus ou pris le 6 octobre, se trouvaient en bien piteux état.

Voici ce que j'ai noté à propos du voyage à Sidi-Djlali :

« 12 septembre 1907. J'ai quitté Sebdou à 4 heures du matin, à cheval, accompagné par l'arabe Bohas, lui perché sur son âne noir déjà chargé de la tente et des provisions; le temps était beau, l'air frais; le soleil se levait quand nous passions la colline de Sidi-Yahia, et il faisait déjà chaud à notre arrivée à l'Aïn- Tadjertila. A ce point, le calcaire cède la place au grès rougeâtre ou bleu-gris; la montagne de Tenouchfi et les monts à l'ouest, vers Sidi-Djlali, sont composés de grès; mais cette différence dans la nature du terrain ne paraît pas influencer la flore et la faune, qui restent à peu près les mêmes que dans les environs montagneux de Sebdou. Après une montée à travers la maigre forêt, le sentier descend rapidement, en suivant une gorge qui débouche sur la grande plaine; ensuite on longe la chaîne jusqu'à l'ouverture d'un vallon à droite séparant le Djebel-Dourdaz du Djebel- Medderba; le petit plateau de Sidi-Djlali se trouve dans ce

154 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

vallon, au-dessus de la jonction de deux ravms; il est entouré de hautes montagnes boisées de chênes verts et d'Arars; par la coupure de la vallée, on a, au sud-sud-est, une vue sur la grande plaine et la chaîne lointaine du Djebel-Si-Aabed. Le Koubba du marabout est placé sur un mamelon à l'est du plateau ; il y a une bonne source captée.

Nous avons trouvé le plateau occupé par le détachement de Sebdou du i" régiment Etranger; les légionnaires campaient dans la région depuis plusieurs semaines. J'ai reçu le meilleur accueil de la part des officiers, le Capitaine Nicolas, les Lieutenants Guérin et Halid. Pendant une tournée faite, l'après-midi, j'ai pris, sur les pentes de la montagne au-dessus du plateau, le premier Satyrus Hansii.

13 septembre 1907. Chassant, le matin, sur les pentes d'une colline à l'ouest du plateau, j'ai capturé un bon nombre de Hansii; beaucoup d'individus cf n'avaient plus leur première fraîcheur, mais la proportion de Q Q fraîches était supérieure à celle des cfcf.

Le 5. Sylvicola volait ici également; naturellement, pas un exemplaire n'était frais, puisque Sylvicola est un papillon des mois de juillet et aoiit, et l'éclosion de l'Espèce a pris fin, il y a au moins trois semaines.

Dans l'après-midi, j'ai fait l'ascension du Djebel-Medderba, dont le point culminant, d'où on a une vue étendue sur les plaines élevées et les montagnes au delà de la frontière Marocaine, est à environ cinq kilomètres de Sidi-Djlali.

Satyrus Hansii habitait toute la montagne, depuis les premières pentes jusqu'au sommet où il est plus abondant. Le papillon se comporte à peu près de la même façon que le Fauna des Basses-Alpes; il se pose, les ailes fermées, sur le sol ou sur les pierres, et non pas sur les troncs d'arbres; ses vols sont de courte durée.

C'est une Espèce variable, mais qu'on ne pourrait confondre avec Sylvicola, qui existe aussi sur le Medderba, où il fréquente

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 155

surtout les pentes inférieures, se posant tantôt par terre, tantôt sur les troncs.

L'accouplement se fait très rapidement; j'ai vu, aujourd'hui, un çS de Hansiï poursuivre une Q ; ils se sont posés par terre, et, à peine 15 secondes après, ont repris leur vol, accouplés.

Les papillons diurnes communs actuellement autour de Sebdou, le sont également à Sidi-Djlali; on y voit E-pinephele Eudora-Mauretamca, E. ]urtina-F ortunatUy Satyrus Semele, C œnonympha Fettigii, Vanessa Cardia, Chrysophaniis Phlceas et Lycœna Ages/is, mais tous sont maintenant en très mauvais état ».

J'ai rapporté 57 Satyrus Hansii de Sidi-Djlali, sans compter quelques Q Q gardées vivantes pour la ponte.

J'ai pris les notes suivantes relatives à Hansii, le 20 septembre 1907 :

« Nous sommes partis de la maison Forestière de Merchich, à sept heures du matin, pour faire un tour dans la forêt de chênes verts, où il y a d'excellentes clairières ; montant toujours vers l'est, nous sommes arrivés au sommet du Djebel-Merchich, qui est une sorte de plateau couvert de pierres calcaires, entre lesquelles poussent des touffes de thym, d'Helianthème et des Graminées ayant le port des Festuca; l'altitude y est d'environ 1.360 mètres.

Hansii était assez abondant sur le plateau, mais pas bien frais ; c'est essentiellement un papillon de rocher; par cela je veux dire qu'il habite les endroits plutôt arides, et se pose sur les rochers, sur les pierres ou sur le sol, mais jamais sur les troncs d'arbres. J'ai observé, aujourd'hui, que, quand deux cfcf se rencontrent, ils montent, en se battant, verticalement et très rapidement dans l'air, à une hauteur de 30 mètres environ, autant qu'il est possible d'en juger; puis ils se séparent, et descendent aussi rapidement. Hansii d'Algérie et Fauna des Basses-Alpes ont des mœurs à, peu près analogues; 5. Sylvicola, par ses habitudes, est plus voisine de S. Allionia des environs d'Hyères.

156 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

' Sur le versant sud de la montagne de Merchich, poussent des palmiers nains, de l'Aristoloche, un peu d'Alfa et beaucoup de Diss {^Ampelodesmos tenax)\ les chênes verts ne sont pas très serrés; il y a quelques champs, jadis cultivés, maintenant envahis de chardons, de Graminées et de bien d'autres herbes. C'est dans ces champs que je prenais, au mois de mai, Thaïs Rumina, Melitœa JEtherie, Lycœna M elanops et Syrïchthus Leuzeœ. En descendant la pente rocailleuse entre la maison Forestière et la route de Tlemcen, j'ai pris, cet après-midi, encore quelques Satynis Hansii, et, pour une raison que je ne puis expliquer, ils étaient bien plus frais que ceux du sommet de la montagne ».

Les Q Ç) rapportées vivantes de Sidi-Djlali, ont pondu assez abondamment pendant les journées des 15, 16 et 17 septembre ; les œufs étaient souvent axés sur les feuilles d'Alfa et de certaines autres Graminées que j'avais plantées dans le pot; ou bien les g Ç) les déposaient sur la mousseline qui recouvrait les plantes.

L'éclosion des chenilles a eu heu au commencement du mois d'octobre; avant de commencer à se nourrir, la petite chenille est grisâtre; la tête étant plus pâle que le corps.

J'ai eu, en même temps, des éclosions de chenilles de Satyrus Sylvicola; elles ressemblaient beaucoup à celles de Hansii, mais leur tête était sensiblement plus petite.

A mon arrivée à Hyères, vers le 20 octobre, les chenilles ont été installées sur des touffes d'une Festuca qui est acceptée comme nourriture par la plupart des chenilles Satyrides que j'ai élevées.

Description de la chenille de 5. Hansii dans le premier stade, faite le 8 décembre 1907, la chenille étant près de la fin du stade :

(( Longueur totale de la chenille 0.0055.

Tête : La tête est d'un gris pâle avec une trace de la couleur paille si souvent rencontrée chez les chenilles Satyrides dans leur premier stade; elle est décidément plus pâle que la tête de la

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 157

chenille de Sylvicola, dans le même stade; sa forme est celle du type Satyrus, arrondie, un peu aplatie sur la face; sa largeur maximum est de 0.0006; le sillon entre les lobes est très peu profond; les bases des soies sont d'un brun noirâtre; les soies elles-mêmes sont courtes, incolores, transparentes, courbées en bas et un peu épaissies au bout; la surface des lobes est recouverte d'un pointillé de petites dépressions en « écorce de citron )>, comme chez toutes les chenilles Satyrides; ce pointillé est plutôt fin chez Hansii.

Corps : Couleur fondamentale vert clair; les lignes longitudinales principales sont d'un vert plus foncé que le fond; la médiodorsale est un peu plus sombre sur les derniers segments abdominaux ; ses marges sont plus foncées que la partie médiane, et forment ainsi deux minces lignes parallèles; des deux lignes sousmédianes, communes aux chenilles Satynis, on n'aperçoit que la seconde; celle-ci est assez mince, mais distincte; sous son bord inférieur, se voit une étroite ligne presque blanche, constituant la bordure supérieure d'une ligne de la couleur fondamentale dont la bordure inférieure est également blanchâtre; ensuite vient la large ligne suprastigmatale, vert sombre, à bord supérieur plus foncé; un étroit filet blanc sépare cette ligne de la stigmatale (verte), en dessous de laquelle est la corniche en limite dorsale, blanche.

Surface ventrale et base des pattes, vertes ; les pattes thoraciques et les coussins terminaux des pattes membraneuses sont de la même couleur gris clair que la tête; les deux dents de la fourche anale font un angle aigu ; chaque dent porte trois tubercules (dont un est terminal), et chaque tubercule est surmonté d'un poil incolore; les dents de la fourche sont courtes; leur couleur est verdâtre teintée de rose pâle.

Les tubercules du corps sont visibles, au microscope (x 25) comme de petites perles noires bien apparentes. Je puis compter dix de chaque côté du segment prothoracique ; sur les segments mésothoracique et métathoracique respectivement, les tubercules I, II, III et IV se trouvent sur le quatrième bourrelet trans-

T5f? LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

versai; I est placé à proximité de la ligne médiodorsale ; II sur la seconde ligne sousmédiane (la première ligne sousmédiane, ainsi que je l'ai déjà écrit, n'est pas visible dans ce premier stade) ; III et IV très près l'un de l'autre, sur la ligne suprastigmatale, l'un étant en avant et un peu en dessous du niveau de l'autre; tubercule V paraît être tout à fait au bord antérieur du même bourrelet, sur la corniche. I se trouve sur le premier bourrelet des segments abdominaux, à la hauteur de la première ligne sous-médiane (invisible) ; II est contigu au bord supérieur de la seconde ligne sousmédiane, et placé sur le quatrième bourrelet; III est sur le deuxième bourrelet et près du bord inférieur de la ligne suprastigmatale; les deux tubercules suivants (IV et V?) sont sur la corniche en dessous du stigmate.

Dans ce stade, les chenilles de Hansii ne me paraissent différer de celles de Sylvicola que par une taille légèrement supérieure, et par une tête décidément plus grande; j'ai comparé aujourd'hui i6 chenilles de chaque Espèce, et chez tous les individus examinés la même différence était constatée entre les deux Espèces.

La chenille de Satynis Sylvicola et celle de S. Hansii sont très voisines, dans leur apparence et par leurs mœurs, de celles de 5. Fauna et de S. Allionia; je regrette de n'avoir pu élever, en même temps que les deux Espèces Algériennes, les chenilles de Fauna et d' Allionia, ce qui m'aurait permis d'en faire une étude comparative suivie.

Les chenilles de Hansii ne diffèrent pas, par leurs habitudes, de celles de S. Sylvicola; j'ai remarqué chez elles un trait qui caractérise également les jeunes chenilles de Fauna, d' Allionia et de Powelli : Quand une chenille est dérangée, elle recourbe latéralement la partie antérieure du corps, de façon à former un crochet; elle peut même se mettre presque en cercle; pendant ce mouvement, elle lâche prise de la feuille de Graminée, avec toutes ses pattes, sauf les deux dernières paires de pattes abdominales; il suffît, pour déterminer ce mouvement, de donner une petite secousse à la feuille ou tige sur laquelle se tient la chenille,

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE I 59

OU bien de frapper sur le pot contenant la touffe de Graminée; je n'ai pas observé cette habitude chez les chenilles de Salynis, en dehors de ce groupe; dans le genre Melanargia, la jeune chenille de M. Lachesïs se met aussi en crochet lorsqu'elle est effrayée; seulement, au lieu de se recourber latéralement, elle le fait verticalement et ramène sa tête en dessous du corps. Les chenilles de Hansii sont diurnes dans leur jeune âge; elles montent, le matin, sur les feuilles filiformes de la Festuca et mangent lentement, souvent exposées au soleil; une fois, cependant, j'ai observé quelques chenilles, dans leur premier stade, en train de manger pendant la nuit; le cas m'a paru exceptionnel; normalement elles se mettent au repos sur les feuilles ou tiges, la tête en bas, sans descendre profondément dans la touffe, et elles passent la nuit dans cette position. Aucune chenille sur la touffe n'a encore passé la première mue (8 décembre 1907), mais une chenille gardée en tube est entrée dans le second stade le ô décembre ».

J'ai noté, le 3 janvier 1908, que les chenilles de Hansii, dont un bon nombre était déjà dans le second stade, mangeaient, ce jour-là, en plein soleil.

Voici une note inscrite à Hyères à la date du 16 février 1908 :

« Le temps est resté beau et tiède, le jour, pendant tout le mois de janvier, mais il a souvent gelé la nuit ; la première semaine de février a été froide et sèche avec forts vents ; ensuite, et jusqu'à ce jour, la température est restée douce; pendant les journées chaudes, j'ai souvent vu les chenilles de Hansii, haut sur les feuilles, en train de manger; elles sont, maintenant, pour la plupart, près de la fin du second stade et leur couleur est aussi verte que celle de l'herbe qu'elles mangent ».

Le 22 février, j'ai observé qu'une première chenille avait atteint le troisième stade, et que sa ligne stigmatale avait pris la couleur saumonée qui caractérise celle de la chenille de Faiina {Allionia comprise) dans ce stade et le suivant. Cette ligne n'est pas de couleur saumonée dans les deux premiers stades.

l6o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Chenille dans le second stade; description faite le i*"" mars 1908 :

(( Longueur totale de la chenille à la fin du stade 0.0085.

Tête : Largeur maximum O.ooi ; elle est d'un gris verdâtrc pâle, et offre une apparence semi-opaque; le triangle frontal est d'un vert plus accentué que le reste de la tête et sa surface est plus polie que celle des lobes ; la surface des lobes est de la nature « écorce de citron » commune aux chenilles de Satyrus; le pointillé de petites dépressions est plus grossier que dans le premier stade ; les soies sont très courtes, incolores ; leurs bases ne sont plus d'un brun noir, et ne ressortent pas, par conséquence, en taches foncées sur la tête.

Corps : Le corps est maintenant pourvu de nombreux tubercules secondaires, chacun pourvu d'une très courte soie incolore, inclinée en arrière; ces petits tubercules sont noirs; et, examinés au microscope avec un grossissement de 25 diamètres, ils ressortent très bien sur le fond vert ; les dents de la fourche sont teintées de rose sur le côté et à l'extrémité; couleur fondamentale du dorsum vert clair et vif; la ligne médiodorsale est d'*in vert plus foncé; elle est étroitement bordée par un filet vert blanchâtre, en dessous duquel existe un espace de la couleur verte du fond, limité inférieurement par une ligne étroite, vert foncé (cette ligne foncée est la seconde ligne sousmédiane; la première étant faiblement indiquée par une ligne à peine plus foncée que le fond, et qui suit le bord supérieur de l'espace vert) ; juste au dessous de la seconde ligne sousmédiane, est une autre rayure de couleur fondamentale, à bordures supérieure et inférieure blanches faiblement teintées de vert; ensuite vient la large ligne suprastigmatale vert foncé; elle est plus sombre sur les segments abdommaux ; entre cette ligne et la stigmatale, se trouve une étroite ligne blanchâtre; la stigmatale est d'une couleur vert pâle; elle est légèrement teintée de rose vers la fourche; vient ensuite la ligne de la corniche en bordure de la surface dorsale; elle est assez large et* de couleur blanc-crème.

La surface ventrale, les pattes membraneuses et le'^ bases des

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE l6l

pattes thoraciques sont d'un vert vif; les articles des pattes thoraciques ont une teinte grisâtre pâle; les dents de la fourche ont la pointe effilée ; elles sont peu écartées et forment un angle très aigu; elles portent de nombreuses petites verrues pilifères )).

Presque toutes les chenilles avaient atteint le troisième stade quand je les ai examinées, le i®"" mars, et elles progressaient rapidement; elles conservaient encore l'habitude de se recourber latéralement lorsqu'elles étaient effrayées, mais le mouvement était moins prononcé que dans les stades précédents ; je les ai vues, ce jour-là, à midi; elles reposaient alors; la matinée avait été grise et refroidie; mais le soleil a paru dans l'après-midi, et quand, à 5 heures, j'ai revu la touffe, toutes les chenilles étaient à la pointe des feuilles et mangeaient.

Troisième stade; description faite le i^"" mars 1907 :

<( Longueur totale de la chenille à la fin du stade, 0.015.

Tête : Largeur maximum, 0.0016; la tête, sauf pour la différence de taille, est comme dans le stade précédent.

Corps : La robe et la surface du corps ont subi certaines modifications; les tubercules secondaires paraissent plus nombreux, mais ils sont moins apparents que dans le deuxième stade parce qu'ils ne sont plus noirs; ce ne sont plus que de petits points presque incolores.

La coloration générale est plus vive ; la ligne médiodorsale est moins fortement marquée ; entre la seconde ligne sousmédianc (vert foncé) et la suprastigmatale (vert intense), se trouve une assez large ligne jaune à marges vertes; cette rayure semble être placée sur un fond blanc qui apparaît au-dessus et au-dessous, comme une bordure blanche (la ligne jaune est une modification de la (( rayure de couleur fondamentale, à bordures supérieure et inférieure blanches faiblement teintées de vert » notée dans le second stade; la partie médiane de la rayure étant devenue jaune, il en résulte une modification appréciable dans l'apparence de la chenille, à laquelle contribue la blancheur plus éclatante des bordures); la ligne suprastigmatale est d'un vert même

l62 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

plus foncé que dans le second stade; la modification la plus frappante, cependant, est celle de la ligne stigmatale; cette ligne est devenue couleur rose saumoné et s'est élargie aux dépens de la mince ligne blanche qui la sépare de la suprastigmatale, et aux dépens de la ligne blanche en corniche; ces deux lignes se trouvent donc un peu réduites; celle qui longe la corniche en bordure du dorsum est plus ou moins lavée de couleur saumonée, spécialement sur les segments abdominaux; la partie médiane de la stigmatale est plus claire que les bords, le bord supérieur étant surtout d'un rose saumoné très vif; sur les segments thoraciques la couleur saumonée de la ligne stigmatale est mélangée de blanc et de vert. Les stigmates sont représentés par de petits « boutons » chitineux peu colorés ; ils sont placés dans la partie plus pâle de la ligne ; le stigmate du huitième segment abdominal est de forme ovale; il se trouve tout en haut de la ligne, qui présente une légère hernie à ce point. La surface ventrale est d'un vert vif, plus foncé juste en dessous de la corniche ; la bordure des dents de la fourche est rosée, ainsi que leur pointe; les soies qu'elles portent sont courtes, quoique plus longues qu'ailleurs sur le corps ».

J'ai noté, le 15 mars 1908, que plusieurs chenilles avaient atteint le quatrième stade; en attendant la mue, la chenille repose, la tête en bas, sur une tige ou feuille; elle est généralement bien enfoncée dans la touffe; pendant ce temps, les couleurs pâlissent, surtout la couleur saumonée de la ligne stigmatale. L'habitude nocturne commence à s'établir, mais les chenilles mangent souvent le jour encore.

Je relève l'observation suivante, faite le 29 mars 1908 :

(< Presque toutes les chenilles de Hansii sont maintenant dans le quatrième stade; et celles qui ne l'ont pas atteint encore n'en sont pas loin; elles progressent bien plus rapidement depuis la venue d'une température printanière, et sont en avance de plus d'un stade sur les chenilles de Sylvicola, qui, pourtant, sont élevées dans les mêmes conditions. Il a fallu mettre les Hansii

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 163

sur une nouvelle touffe de Festuca, aujourd'hui; elles avaient presque rasé la première touffe et elles devenaient inquiètes. Aucune chenille Satyride n'aime continuer à manger les feuilles qui ont été broutées au-dessous d'un certain point, même lorsque ce qui en reste est vert ».

Description de la chenille dans le quatrième stade; faite le 29 mars 1908 :

K Longueur de la chenille à la fin du stade, 0.021 à 0.023.

Tête : Largeur maximum, 0.0024; sa couleur est d'un vert grisâtre; les ocelles sont encerclés de blanc; les rayures se montrent, dans ce stade, pour la première fois; elles sont noir-grisâtre, assez étroites mais nettement définies ; le triangle frontal est marqué faiblement d'un /\ ; la forme de la tête est la même que celle des autres chenilles du groupe.

Corps : Sur le dorsum, les segments thoraciques sont d'un jaunâtre pâle, teinté de vert, tandis que les segments abdominaux ont une couleur vert clair; la partie antérieure du premier segment abdominal et la partie postérieure du segment métathoracique montrent une teinte particulièrement jaunâtre; la ligne médiodorsale est très pâle, seulement un peu plus foncée que la couleur fondamentale; ses marges sont bien définies, cependant; sur les segments prothoracique et mésothoracique, la partie médiane de la ligne médiodorsale est marquée d'une ligne noire, qui s'évanouit sur le métathorax et ne réapparaît pas ailleurs; cette courte ligne noire est très apparente; la seconde ligne sousmédiane — qui correspond à la seconde rayure de la tête — - est nettement définie; elle est étroite et un peu ondulée, de couleur plus foncée que la médiodorsale et elle se prolonge sur le dessus des dents de la fourche ; la première ligne sousmédiane est très faible; en dessous de la seconde ligne sousmédiane, est une rayure blanc jaunâtre, dont la partie centrale est vert jaunâtre pâle; la couleur blanc jaunâtre ne paraît que sur les bords de la ligne, en un nimce filet; la suprastigmatale est une large ligne vert grisâtre foncé, plus sombre et naturellement plus étroite sur

164 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

les derniers segments abdominaux; elle se prolonge sur le côté de la fourche, comme cela se constate toujours chez les Salyrus; la ligne stigmatale est large; elle est d'une belle couleur saumonée, peut-être un peu moins rosée que dans le troisième stade ; la ligne blanche en corniche est quelque peu envahie par la couleur rosée de la stigmatale. La surface ventrale est verdâtre, la couleur étant plus sombre juste en dessous de la corniche, surtout sur les segments thoraciques où l'on aperçoit une mince bordure noirâtre. Les dents de la fourche sont longues et assez effilées; elles ont une teinte rosée, pâle vers l'extrémité )).

Dans la soirée du 3 avril 1908, j'ai examiné la touffe sur laquelle vivaient les Hansii; à l'exception de quelques individus qui attendaient la quatrième mue, toutes les chenilles étaient en train de manger; celles qui se préparaient pour la mue se tenaient immobiles, près des bases des tiges, la tête dirigée vers le sol ; leur couleur verte a presque entièrement disparu; elle est remplacée par le gris paille pâle, et les chenilles semblent légèrement transparentes.

La peau de ces chenilles est délicate, surtout dans les quatre premiers stades. Lorsqu'on veut préparer un exemplaire, il est nécessaire de le vider sans exercer un frottement ou une forte pression, car le pigment qui se trouve immédiatement sous la peau s'enlève très facilement.

Le 19 avril, cinq chenilles étaient déjà dans le cinquième stade. Pendant plusieurs heures après la mue, la chenille reste très pâle; les rayures de la tête n'apparaissent pas immédiatement et les lignes du corps sont d'abord pâles; mais ensuite, les rayures et lignes s'accentuent, et dans deux jours, ou même moins, la chenille devient fortement marquée et très belle.

La majorité des chenilles se trouvait dans le cinquième (dernier) stade, le 23 avril; elles grandissaient rapidement. J'ai noté, alors, qu'elles étaient d'un gris clair avec des lignes le plus souvent fortement marquées; quelques exemplaires, quoique ayant passé la période d'intensification des rayures et lignes qui

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 165

suit la mue, présentaient néanmoins des lignes bien plus pâles que chez la majorité. Elles ressemblaient beaucoup aux chenilles de Faiina et AUionia dans le même stade.

Leurs habitudes sont entièrement nocturnes dans le dernier stade.

Cinquième stade :

Tête : Largeur 0.035 environ; elle est finement rugueuse, parsemée de petites bosses sétifères, placées aux angles des cloisons séparant les dépressions ou cellules qui recouvrent la surface; les petites bosses ont la forme de boutons, étant rondes et tronquées; elles ressemblent à des lentïculœ surélevées; la soie, courte, rude et effilée, part du centre du dise de chaque bosse; les yeux paraissent être des lenticulœ modifiées, dont le cercle chitineux, brun, est surmonté d'un dôme transparent; les rayures sont brunes, nettement marquées ; le triangle frontal porte deux étroites lignes brunes, convergentes ; elles ne se rencontrent pas cependant, le sommet du /\ n'étant pas complété.

La couleur de la tête est nankin pâle.

Corps : Le prothorax possède la glande ventrale visible chez toutes les chenilles de Satyrus; elle est située immédiatement en avant de la première paire de pattes; le plus souvent, elle est cachée dans un repli de la peau, mais lorsque la chenille est fortement irritée ou pincée, elle tourne brusquement la partie antérieure du corps à droite et à gauche en relevant la tête, et alors la glande devient visible; je n'ai pas remarqué qu'un liquide fût expulsé à ce moment, et je n'ai pu constater qu'une odeur quelconque accompagne l'apparition de la glande; on peut facilement examiner cet organe chez les chenilles soufflées; il est alors poussé en dehors et présente l'apparence d'un petit renflement de la peau portant, au sommet, un corps ovoïde, jaunâtre, recouvert de minuscules aspérités et surmonté d'une languette.

La ligne médiodorsale est brune, assez foncée sur les segments abdominaux; elle s'amincit et s'assombrit progressivement vers la tête, sur les segments thoraciques; ses marges sont plus foncées

l66 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

que la partie médiane; en bordure de la médiodorsale, se trouve un filet de la couleur fondamentale nankin blanchâtre, auquel fait suite une rayure composée de unes lignes et d'atomes d'une couleur carnée, entrecoupés de la couleur du fond ; le bord inférieur de cette rayure est formé par une mince ligne brune (celle que j'appelle la seconde sousmédiane) ; vient ensuite un autre lilet, très étroit, fondamental, puis une rayure composée d'atomes carnés, plus étroite que celle décrite ci-dessus; ses deux bords sont plus unis et plus fortement marqués que la partie médiane, sur laquelle les atomes et ânes lignes sont assez espacés; une étroite ligne blanche sépare cette rayure de la suprastigmatale qui est d'un gris brun et un peu plus large que la médiodorsale; son bord supérieur est marqué par une mince ligne noirâtre, son bord inférieur par un ûlet encore plus étroit, mais également noirâtre; la stigmatale, nankin jaunâtre clair, à marge supérieure carminée et à bord inférieur faiblement brun carminé, est séparée de la suprastigmatale par un étroit filet blanc ; vient ensuite la ligne en corniche {jiange Une), blanche, un peu envahie, dans sa partie supérieure, par la couleur jaunâtre de la stigmatale; la surface ventrale est de la couleur fondamentale, et sa seule ligne est un hlet brun noir contigu à la ligne en corniche; ce filet se dégrade en ombre brun clair vers la base des pattes; les pattes et leurs bases sont un peu plus pâles que le fond ; la fourche est allongée, les deux dents, peu écartées, se terminent en pointe; la seconde ligne sousmédiane est continuée, très faible, sur le dessus de la fourche; la suprastigmatale se prolonge, assez bien marquée, sur son bord latéral; les deux rayures composées d'atomes et unes lignes carnés, qui se trouvent entre la médiodorsale et la suprastigmatale, s'affaiblissent beaucoup, ainsi que la seconde ligne sousmédiane, à partir du cinquième segment abdominal; la médiodorsale ne pâlit que peu, et la suprastigmatale tend plutôt à se foncer, en s' amincissant vers la fourche; le corps est recouvert d'une très courte pubescence rude; au microscope on constate que cette pubescence consiste en un grand nombre de soies courtes, assez rigides, chacune portée par une

petite verrue conique, généralement blanche, ou bien teintée de la couleur de la surface sur laquelle elle se trouve; les stigmates sont petits, arrondis, à centre brun foncé; le cercle extérieur est très pâle; le stigmate prothoracique et celui du huitième segment abdominal sont plus grands, de forme ovale arrondie.

J'ai emporté avec moi en Algérie, le 5 mai 1908, trois chenilles de SatyriLS Hansiiy dans le dernier stade; elles ont été gardées dans une boîte en fer-blanc; à Biskra, je n'ai pas eu de difficulté à trouver une Graminée à leur convenance; c'était une Espèce à longues feuilles glabres, qui poussait dans les jardins; les chenilles se sont métamorphosées, sans coque et sans attache, entre le 10 et le 15 mai; il est très probable, par analogie avec fauna, que si elles avaient été placées dans un pot contenant de la terre, elles auraient construit un cocon souterrain, un peu audessous du niveau du sol, composé de terre et de petites pierres et débris végétaux liés ensemble par des ûls de soie peu résistants.

La chrysalide, dont je ne possède pas une description détaillée, mais que j'ai figurée en aquarelle, est bien conforme au type de chrysalide du genre Satyrus, et très voisine de celles de S. Fauna et de 5. Sylvïcola; sa couleur est acajou plus ou moins clair; quelques jours après la métamorphose, une fine et très légère pulvérulence se développe sur la surface, et donne à la chrysalide une apparence de prune; cette couche blanche est beaucoup plus mince que celle qui recouvre les chrysalides des Catocalas et celles des Hespéries.

Deux des chrysalides de Hansii étaient d'une couleur un peu plus foncée que celles de Sylvïcola, mais la troisième possédait la même teinte que ces dernières ; le dorsum en général, surtout la partie dorsale du thorax, est plus foncé que la surface ventrale, et moins jaunâtre.

La période d'attente, depuis le moment où la chenille prépare sa métamorphose, est d'environ 6 ou 8 jours. Après avoir cessé définitivement de manger, la chenille erre pendant quelque temps, comme celles des autres Satyrus; elle pâlit et diminue de taille à cette époque et sa peau paraît s'épaissir.

l68 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

L'état de chrysalide dure pendant les grandes chaleurs et sécheresses de l'été; les chrysalides formées, en captivité, vers le 15 mai, ont donné leurs papillons à la fin du mois d'août, soit au bout d'un peu plus de trois mois; à l'état libre, j'estime que la métamorphose doit s'effectuer à la fin de mai; l'éclosion du papillon a lieu dans les premiers jours de septembre et peut-être même commence-t-elle un peu plus tôt.

Chez Sylvicola, la période léthargique est bien plus courte ; sa chenille qui, au printemps, arrive moins rapidement que celle de tlansïi, se chrysalide ordinairement vers le 30 juin (la date peut varier suivant les années et les régions, de fin mai à mi-juillet) ; les éçlosions ont lieu entre le 15 juillet et le 20 août.

Sur les montagnes des environs de Sebdou, seule région, à ma connaissance, où Sylvicola peut se trouver sur le même terrain que Hansii, la moyenne de l'éclosion de Sylvicola précède d'environ un mois celle de Hansii.

L'éclosion du papillon {Hansii) a lieu le matin vers 7-8 heures; il sèche ses ailes assez rapidement et peut commencer à voler une heure et demie plus tard. La peau de la chrysalide est très mince; il n'en reste que des pièces détachées et des débris, après la sortie du papillon ».

Satyrus Sylvicola, Austaut.

Une Q du Satyrus Sylvicola a été initialement figurée sous le n° 2 de la PI. III, dans la VL livraison des Etudes d'Entomologie. Plus récemment j'ai fait représenter le cf et la Q, d'après des exemplaires de Sebdou, sous les n"*" 38 et 39 de la PI. XVI, dans le IIP Volume des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

En dessus, l'aspect des cf de Sylvicola est très sombre; leurs ailes sont d'un brun foncé avec deux points noirs transparaissant sur les supérieures. Le dessous des ailes est d'un gris de cendre uniforme; une ligne brun foncé, ondulée, descend du bord costal

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 169

des supérieures vers l'angle anal des inférieures. Cette ligne se trouve placée un peu au delà de l'espace cellulaire, aux ailes antérieures, tandis qu'aux postérieures, elle est presque contiguë à l'extrémité de la cellule. Dans l'espace cellulaire des ailes supérieures, il y a deux traits brun foncé en forme d'accent circonflexe; l'un de ces traits ferme la cellule. Le long du bord marginal des ailes supérieures, entre la ligne noirâtre extracellulaire et le bord terminal, on voit deux taches noires rondes pupillées de blanc, entourées de jaune pâle; entre ces deux taches ocellées, il y a deux points blancs, le premier est contigu à l'anneau jaune qui entoure l'ocelle noir. Le dessus des ailes a un aspect soyeux, surtout dans l'espace basilaire des supérieures oii le duvet caractéristique du sexe masculin paraît plus obscur sur le fond brun des ailes. Les deux points blancs qu'on observe en dessous, transparaissent généralement en dessus.

La Q a les ailes beaucoup plus décorées que le cf; la dentelure des inférieures est plus profondément accentuée; on distingue aux supérieures, sur le dessus, deux gros ocelles noirs, entre lesquels on voit deux points blancs. Autour de ces ocelles noirs pupilles, ou non, de blanc, il y a un entourage souvent incomplet de couleur jaune. En dessous, oii les macules du dessus sont reproduites avec un entourage jaune plus nettement et plus largement indiqué, le fond des ailes est d'un gris de cendre uni; quelquefois il y a sur les ailes inférieures une série intranervurale de quelques petits points jaunâtres, le long du bord terminal.

Le Satyrus Sylvicola vole en août à Sebdou, à Géryville; il varie beaucoup pour la taille.

On trouve aussi Sylvicola dans les montagnes voisines de Lambèse; mais la race de T Est-Algérien diffère un peu de celle de l'Oranie. On voit voler Sylvicola au mois de juillet dans la région de Lambèse; il continue d'y éclore pendant le mois d'août. Les Q de la race orientale diffèrent moins que les cf de la morphe occidentale algérienne. Les cf de Lambèse sont, en dessus, d'un brun moins uniforme; les ailes supérieures montrent

I/o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

deux ocelles noirs quelquefois pupilles de blanc et deux points blancs; les ailes inférieures ont une série submarginale de points blancs, comme les Q de Sebdou. Le dessous des ailes est d'un gris plus clair, donnant un aspect moins obscur que dans la race oranaise.

Ces caractères se trouvent particulièrement accentués chez la race kabyle L]ue j'ai appelée Cinereus et que M. Dayrem a récoltée en juillet et août 1907 à Yakouren. Chez Cinereus, le dessous des ailes du cf est gris clair avec un semis de nombreux atomes noirs sur la surface des inférieures où l'on perçoit deux lignes noires ondulées transverses : l'une subbasilaire, l'autre médiane; l'éclaircie, au delà de la ligne médiane, commune, est blanchâtre; l'épi soyeux du cf sur les supérieures est bien apparent en brun grisâtre, sur un fond plus noirâtre, tandis que le gros ocelle noir inférieur se trouve sur un fond moins obscur.

Enfin, il y a la petite race Holli, de la Glacière de Blidah, capturée en août par M. Holl; elle est très distincte; sa taille est très généralement réduite; elle présente une forme d'ailes plus arrondie, une teinte générale plus grise avec un reflet jaunâtre, et plus pâle; les ocelles noirs ordinaires sont bien saillants; les points blancs souvent nombreux et accentués; le dessous est gris pâle chez les cf, plus brun chez les Q.

Les quatre races Sylvicola, d'Oranie, Lambessamis, de l'Aurès, Cinereus, de Yakouren, Holli, de la Glacière de Blidah, sont nettement distinctes et séparables. Cependant la morphe de Lambèse fait une liaison entre Sylvicola, de Sebdou, et Cinereus, de Yakouren; c'est une race transitionnelle très intéressante.

Il convient encore d'observer les faits suivants : tandis que le Satyrus Hansii vole en septembre et n'a encore été rencontré que dans la province d'Oran, le Satyrus Sylvicola éclôt plus tôt et se rencontre, un peu modifié, il est vrai, dans la province de Constantine.

J'ai fait représenter Cinereus, Obthr., de Yakouren {Etudes de Lépidoptérologie comparée, Vol. III, PL XVI, fig. 41 et 42),

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE I/I

et HoUi, Obthr., de la Glacière de Blidah (^Eludes Lépidopt. comparée. Pi. XVI, fig. 36, 37).

Je suis donc présentement convaincu que Hansiï est une Espèce à part, tout aussi bien que FoiuelLi; mais je crois que Sylvicola, Lambessanus, Cïnereus et Holli sont quatre morphes appartenant à une même unité spécitique. Seulement, à tpelle Espèce européenne peut-on correctement rattacher Sylvicola, Lambessanus, Cïnereus et Rollï? Est-ce à Fauna? ou à Fatiia. Alors se pose la question de savoir si Fauna et Fatua sont deux Espèces séparées ? Il me semble que seul l'examen biologique, par exemple la comparaison de la forme des œufs, d'une part, et l'examen anatomique des genitalia, d'autre part, peuvent aider à la solution du problème. Actuellement cette étude comparative reste encore à faire; mais avec les documents que nous possédons, il sera bientôt possible de la réaliser.

M. Elarold Powell a étudié dans ma collection, à Rennes, les séries de Satyrus Sylvicola, Sylvicola-Lambessanus, Cïnereus et dolli qui y sont classées. Je l'ai prié de faire précéder les notes biologiques qu'il a rapportées d'Algérie, relativement aux Sylvicola de la province d'Oran et des environs de Lambèse, par un expose de l'opinion que lui a suggérée l'examen comparatif de Sylvicola et Sylvicola-Lambessanus que lui-même a capturés, et de Cinereus et Molli qu'il n'a pas rencontrés au cours de ses explorations. V'oici donc le résultat de l'étude que M. Powell a faite à Rennes. C'est M. Powell qui parle :

« Après avoir examiné comparativement les séries de Satyrus Sylvicola, S. Sylvicola-Lambessanus, S. Cinereus et ^. Holli contenues dans sa collection, je suis parfaitement d'accord avec M. Charles Oberthiir, quand il exprime la conviction que ces quatre Satyrus sont des morphes d'une même unité spécifique; je ne connais rien des mœurs, ni de la biologie des deux dernières races ; mais les papillons de ces deux races présentent un faciès général qui semble les lier intimement aux Sylvicola de l'Aurès et à ceux de la Province d'Oran; le S. Holli est celui qui diffère

1/2 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

le plus des autres formes connues de Sylvicola; cependant, je ne lui trouve pas un caractère suffisamment tranché pour justifier une séparation spécifique; je remarque chez Holli, les caractères décrits par M. Oberthiir, et, de plus, je constate que sur le dessus des ailes, la limitation de l'espace basilaire, qui est plus obscur que l'espace marginal, présente chez Holli une saillie moins importante et moins aiguë entre les deux taches noires ocellées des supérieures, que chez Cinereus, Lambessanus et Sylvicola; cette différence est particulièrement apparente chez les Q Ç), mais en examinant un grand nombre d'exemplaires, on trouve exceptionnellement certains individus de Cinereus, Lambessanus et Sylvicola chez lesquels la saillie n'est guère plus prononcée que chez Holli.

Les ailes inférieures et les apices des supérieures, en dessous, dans les quatre races sont marquées d'un semis brun noir sur le fond gris; mais, tandis que ce semis est très effacé chez Sylvicola et Lambessanus, il est généralement mieux indiqué chez Holli et toujours très net chez Cinereus. Les éclaircies jaunes, antémarginales, qui, souvent, ornent trois ou quatre espaces internervuraux de l'aile inférieure de la g de Sylvicola et de celle de Lambessanus, en dessous, n'existent pas chez Cinereus; le petit point jaunâtre qui forme le nucleus de chacune de ces éclaircies jaunes, dans les deux premières races, est remplacé, chez Cinereus par un point blanc; chez Holli Q, les éclaircies et les points antémarginaux du dessous des inférieures, manquent généralement, ou ne sont que faiblement indiqués en gris clair jaunâtre.

A Sebdou, Sylvicola commence à apparaître un peu après la mi-juillet; en 1907, j'ai capturé les deux premiers exemplaires (deux çj (3 très frais) le 18 juillet; l'Espèce est devenue assez abondante ensuite, dans toute la région montagneuse et boisée s'étendant de la frontière Marocaine à la forêt de Daya; Sylvicola n'était pas rare, non plus, sur les collines semi-arides au sud de Sebdou, et il volait aussi dans la grande plaine d'Alfa, fréquentant surtout la marge, qui est maigrement boisée de buis-

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 173

sons de chêne vert, à l'ombre desquels, le papillon aime à se poser; on le trouve dans cette localité, sur le même terrain que Fidia-Albovenosa; d'une façon générale, ces deux Espèces ne se rencontrent pas ensemble, Fidia habitant, dans les montagnes, les localités où le rocher calcaire apparaît à la. surface au milieu de touffes de Diss ou d'Alfa, tandis que Sylvicola préfère les parties mieux boisées. Je ne crois pas que Sylvicola se trouve répandu sur toute la vaste plaine, mais il peut paraître par places ; j'ai rencontré quelques exemplaires en mauvais état, sur les monticules dans le voisinage d'El-Aouedje, les 27 et 28 août 1907; c'est un point avancé d'une dizaine de kilomètres dans la plaine. L'Espèce se trouve aussi à El-Aricha, qui est à cinqante kilomètres environ des forêts; je ne l'y ai pas prise moi-même, mais il existe, dans la collection de M. Oberthiir, des Sylvicola capturés par M. Austaut dans cette localité en 1896; ils proviennent probablement de la montagne du Mikaidou près d'El-Aricha, qui possède quelques buissons et beaucoup d'Alfa.

L'époque à laquelle il convient de chasser Sylvicola à Sebdou, est entre le 25 juillet et le 15 août; le papillon est alors assez abondant par places, et les individus sont, en général, frais. Le papillon ne se rencontre qu'assez rarement haut sur les montagnes; il préfère les vallées, les pentes et les plaines boisées de chênes verts, lentisques et Fhillyrœa; il est vif dans ses mouvements; son vol n'est pas soutenu, quoique assez rapide; il se pose sur le sol, à l'ombre des buissons, ou bien sur les troncs d'arbres, les ailes fermées; posé, il se confond bien avec son entourage, et n'est pas facile à distinguer.

Sylvicola est méfiant, mais il n'est pas très difficile à prendre, car, si on le manque, il se pose presque aussitôt derrière quelque touffe ou buisson ; plus il est effrayé, moins il va loin, et on finit le plus souvent par le capturer.

J'ai plusieurs fois vu le papillon posé sur les excréments de chevaux et de mulets, sur les sentiers et pistes ; et il vient quelquefois voler autour des animaux en sueur; on remarque moins souvent ces habitudes chez Sylvicola que chez Fidia, cependant.

174 LÉPIDOrXÉROLOGIE COMPARÉE

A Géryville, Sylvicola ne se rencontrait que sur les montagnes boisées, à une certaine altitude ; il manquait entièrement dans les plaines; sa meilleure localité était la forêt de chênes verts tapissant le versant nord-ouest du Djebel-Ksel entre 1.600 et 1.900 mètres. Quand nous sommes descendus, le 10 juillet 1910, de cette montagne, où nous venions de faire un séjour d'environ quinze jours, le papillon n'était pas encore éclos, mais à notre retour au même endroit, le 21 août, nous avons trouvé Sylvicola abondant; l'éclosion, sur le Ksel, doit commencer à la fin de juillet ou dans les premiers jours d'août; l'éclosion d'un papillon dont j'avais pris la chenille, pleinement développée, sur le Ksel, le 29 juin 1910, a eu lieu le 5 août de la même année.

Voici ce que je trouve dans mes notes, relatives à Sylvicola sur la montagne du Ksel :

« 22 août 1910. Belle journée; atmosphère très brumeuse; vent du N.-O. assez violent à partir de 10 heures du matin.

Charles David et moi, nous avons quitté le campement d'Aïnel-Kcheb à 7 heures pour explorer la montagne jusqu'au sommet. De notre point de départ jusqu'au point culminant (2.008 mètres), volait le Satynis Sylvicola; il paraît se produire peu d'éclosions à présent, et, en conséquence, nous n'avons pas pris beaucoup de sujets irréprochables; cette Espèce s'abime rapidement; comme tous les Satynis noirs, ou presque noirs, Sylvicola devient brunâtre au bout de deux jours de vol ; le dessus des ailes ne tarde pas à montrer des égratignures, surtout chez la Q ; souvent on en prend ayant le dessous intact et le dessus abimé. Au début de la matinée, le papillon se pose sur les pierres ; plus tard, lorsque le soleil prend de la force, il cherche l'ombre des arbres et des buissons de chêne vert, assez espacés ici ; il ne se pose que rarement sur les troncs ou sur les feuilles, mais se place, le plus souvent, par terre, à l'ombre.

En marchant, on fait souvent s'envoler un Sylvicola de la place qu'il occupait sur une pierre; il va se poser, un peu plus loin, dans une position semblable, ou bien, si l'heure est avancée,

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 175

il se met à l'ombre d'un buisson, passant parfois à travers les branches pour ressortir de l'autre côté; si l'on voit exactement où il se place, on peut, généralement, l'approcher, en procédant avec précaution, et le couvrir d'un rapide coup de filet; mais il faut souvent le suivre de station en station avant de réussir; les cf Cf sont plus méfiants que les Q Q- Lorsqu'il fait du vent, comme aujourd'hui, cette chasse est rendue plus difficile; il n'est pas toujours très facile de suivre le papillon de l'œil, surtout s'il s'envole au milieu d'un petit nuage de Satyms Semele dérangés en même temps. Sylvicola succombe rapidement dans le flacon à cyanure; j'ai remarqué que tous les individus pris ce jour (environ 75), sont morts les ailes bien fermées; aucun ne s'est retourné à l'envers. Les plateaux pierreux, près du sommet, ressemblent beaucoup à ceux habités par le S. Hansiï à Sebdou ; si Hansii existe dans la région, on devrait le trouver ici, le mois prochain (*). Au sommet de la montagne Sylvicola était en moins bon état que dans les bois du versant N.-O.

24 août 1910. J'ai suivi, aujourd'hui, pour plusieurs kilomètres, la crête du Ksel dans la direction N.-E. d'Aïn-el-Kcheb; le sommet de la crête est assez plat, et, par endroits, couvert de grandes dalles de grès; il y pousse des buissons de chêne vert, des Ephedra et des Santolina (5. squarrosa?) ; le versant N.-O. possède de grands chênes verts, et de nombreuses petites prairies maigres et maintenant desséchées où viennent paître les vaches du garde indigène, El-Hadj-Ahmed. Sur la crête, volait autour des buissons, un grand nombre de 5. Semele et quelques S. Sylvicola. Autour des arbres de la pente N.-O., Sylvicola était plus abondant, mais en assez mauvais état. J'ai pris, parmi les Sylvicola, un seul exemplaire de S. Fidia, un cf frais de très petite taille; ce papillon, qui commence à peine à voler, sur le Ksel, éclot, par conséquence, plus tard que Sylvicola dans cette localité; à Sebdou

(*) Nous avons parcouru les plateaux du Ksel, en septembre, mais nous n'y avons pas rencontré Hansii, qui ne paraît pas habiter les montagnes de Géryville et de l'Amour.

176 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

également son éclosion commence un peu après celle de Sylvïcola; à Hyères, dans le département du Var, où on peut trouver 5. Fidia et 5. Alliotiia ensemble sur le même terrain, j'ai toujours remarqué que l 'éclosion de Fidia commençait un peu avant celle de Allionia. Ces faits indiqueraient une différence relative entre Sylvicola et Allionia.

Fidia ne se trouve pas communément avec Sylvicola sur le Ksel ; il est assez abondant dans l'Alfa, sur les pentes inférieures, au N.-O. de la montagne, mais Sylvicola ne descend pas en dessous de la limite des arbres. Hier et aujourd'hui, 3.3 pour cent des Sylvicola capturés sont morts à l'envers dans le flacon à cyanure; la proportion n'est pas grande ».

Sylvicola existe aussi sur le Djebel-Bouderga, montagne qui termine, au sud-ouest, la chaîne de Géryville; nous l'y avons pris, abimé, en septembre 1910.

L'Espèce est commune à Aflou, presque partout où il y a des buissons de chêne vert ou de Jnniperns phœnicea; le premier exemplaire de l'année 191 1 y a été pris le 8 août.

L'observation suivante a été faite le 23 août 191 1 au courant d'une chasse sur les collines à l'ouest d'Aflou, près de la Kouba de Sidi-Boulefa; ces collines possèdent une végétation assez riche en Espèces quoique peu dense; l'Alfa y est abondant par places, et les genévriers de Phénicie sont très beaux de ce côté :

(( Sylvicola volait dans l'Alfa, et se posait dans l'ombre des touffes de cette Graminée, ou bien dans l'ombre des Genévriers; je ne trouve pas qu'il soit aussi commun ici que dans la forêt de chênes verts du Ksel, à Géryville; on constate déjà que bon nombre des cf cf sont défraîchis.

J'ai pris, aujourd'hui, d" et Ç de Sylvicola accouplés; en marchant entre les touffes, je les ai fait s'élever du sol, où ils étaient posés ; c'est la Q seule qui volait, emportant le cf, qui pendait, les ailes fermées, sans faire un mouvement; même dans le ûlet, il ne s'est pas débattu ».

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 1/7

Au pied du Djebel-Oum-Guedour, le 27 août 191 1, j'ai remarqué que Sylvicola préférait se mettre à l'ombre des Arars (Genévriers de Phénicie) plutôt que de se poser derrière les touffes d'Alfa, ainsi que faisait Fidia dans la même localité. Le même jour, sur le petit plateau de grès, au-dessus de l'Aïn- Tedmama, j'ai vu plusieurs Sylvicola se reposant à l'ombre des Arars et des Tagas.

On ne voit pas souvent butiner Sylvicola sur les fleurs, mais il faut dire que celles-ci sont fort rares à l'époque à laquelle vole le papillon; je me souviens toujours d'avoir vu un grand nombre de Sylvicola et de Fidia-Albovenosa, accompagnés de quelques Abdclkader, dans un champ d'Euphorbia luteola, à une douzaine de kilomètres au S.-S.-O. d'Aflou; c'était le 8 septembre; nous revenions d'El-Kheicha, et nous remontions le lit à sec d'un large oued traversant une région de collines d'Alfa et de Genévriers; près du point d'eau nommé sur la carte au 200,000", (( Aïn-el-Harfi- », l'oued fait une boucle, entourant à moitié un champ plat recouvert d'Armoises et de belles touffes d'Euphorbe; les Saiyrns étaient très nombreux sur les fleurs; ils venaient des collines environnantes; quelques Fidia se trouvaient encore frais, mais les deux autres Espèces étaient en bien mauvais état.

Sylvicola (race Lambessanus, Obthr.) est très commun dans la partie boisée nord et nord-centrale du Massif de l'Aurès; on le rencontre sur toute la longueur de la chaîne qui s'étend, de l'est à l'ouest, au sud de Lambèse; Lambessanns a les mêmes mœurs que Sylvicola de la race Oranaise; on le prend abondamment dans les rochers, au bord des plateaux élevés du Djebel- Asker et du Stoh ; dans ces localités il se trouve avec 5. Briseis- Major; il est commun dans la forêt de cèdres et chênes verts de ^S^iy 011 j'ai trouvé la chenille en juillet.

Je n'ai pas trouvé Sylvicola sur les montagnes et collines du sud de l'Aurès.

En 191 2, les premiers cf cf ont été pris le 25 et le 26 juillet, dans les bois de Baïou. Trois cf Cf et une g furent capturés le

i;8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

28 juillet, dans le haut de la forêt de Lambèse; ils étaient fraîchement éclos; l'Espèce abondait pendant la première quinzaine d'août; à partir de cette date, on prenait de plus en plus rarement des sujets frais, et, à la fin du mois, il ne volait que des exemplaires tout à fait passés. On continuait à rencontrer Sylvicola-Lambessanus, en septembre.

En 191 3, c'est le 2 août qu'on a pris les premiers individus, et, le même jour, nous avons vu les premiers Salyrus Fidia-Albovenosa.

On peut estimer l'existence de Sjdvicola, à l'état d'imago, à une durée de 5 à 7 semaines, les Q Q paraissant vivre un peu plus longtemps que les cf cf. L'accouplement se fait au début, et la période pendant laquelle la Q pond ses œufs, est assez prolongée ; les Q Q capturées dans la seconde moitié de septembre ont encore des œufs fertiles dans le corps. En liberté, les œufs doivent être déposés sur les tiges et les feuilles des Graminées, et même quelquefois, peut-être, sur des objets étrangers se trouvant dans les touffes. J'ai bien souvent fait pondre les Q Q, en captivité, sous cloches de mousseline; d'abord, à Sebdou, en septembre 1907, puis à Géry ville à la fin du mois d'août et en septembre 19 10 et ensuite à Lambèse, au commencement de septembre 1913; l'œuf est plus souvent déposé sur la mousseline que sur les feuilles ou tiges de la touffe; les Q Q captives pondent entre 8 heures du matin et 3 heures de l'après-midi, mais elles semblent préférer la matinée pour cette opération.

Œuf. — L'œuf est fixé solidement à l'objet (feuille ou tige de Graminée, ou mousseline) sur lequel il est pondu.

La chenille éclôt 10 ou 12 jours après la ponte si les conditions sont normales; l'éclosion peut être retardée par une température plus basse que d'habitude. L'œuf est blanc, mais il prend une teinte plomb pâle environ deux jours avant l'éclosion. Le chorion est assez épais. Hauteur de l'œuf o.ooi ; plus grande largeur 0.0008. La forme est celle d'un œuf de poule qui serait largement aplati à un bout (base) et plus faiblement aplati à l'autre

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I 79

(sommet) ; ceci fait que le diamètre horizontal maximum est plus près de la base que du sommet; il y a seize côtes verticales séparées entre elles par de larges vallées peu profondes; les côtes transversales, qui se dessinent dans les vallées, sont nombreuses, petites, peu accusées ; elles ne dépassent pas (c l'épaule » du sommet, où les côtes verticales s'abaissent, deviennent granuleuses, onduleuses et confuses pour s'arrêter, enfin, au bord de l'espace micropylaire; cet espace est très légèrement renflé au centre; sa surface est recouverte de cellules microscopiques, mal définies; l'arête des côtes verticales est arrondie, non tranchante; les granulations au sommet de l'œuf sont beaucoup moins développées que chez Briseis et Prieuri; la base de l'œuf n'est pas absolument plate, mais très faiblement bombée.

La description donnée ci-dessus est celle d'un œuf pondu à Lambèse, le 9 septembre 1913. Pour sortir de l'œuf, la petite chenille découpe un cercle presque complet autour du sommet, qui, très souvent, revient en place et reste attaché à l'œuf par une (( charnière », après l'émergence; cette manière de sortir de l'œuf caractérise toutes les chenilles du groupe Fauna. La première nourriture que prend la chenille est quelquefois fournie par la coque vide; mais elle ne la mange pas toujours; avant de commencer à manger la Graminée qui doit la nourrir pendant la durée de son existence, la petite chenille peut supporter une période d'au moins une dizaine de jours de jeûne; cette faculté de résistance lui permet sans doute d'attendre la poussée de feuilles nouvelles et tendres, dans le cas où son éclosion aurait eu lieu avant la fin de la période sèche; j'ai d'ailleurs remarqué ce caractère chez plusieurs chenilles Satyrides.

Satyrus Sylvicola vit sur plusieurs Espèces de Graminées; j'ai trouvé sa chenille sur trois Espèces différentes; au Djebel-Ksel, en 1910, et, dans les montagnes de Lambèse, elle mange plusieurs Graminées à feuilles glabres. En captivité, j'ai élevé les chenilles sur le Festiica qui nourrissait également les chenilles de Hansii; lorsque cette Graminée me manquait, je leur donnais le Foa anmia et certaines autres Espèces à feuilles glabres.

l8o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Sylvicola évolue moins rapidement que Hansii, ainsi que je l'ai déjà dit en traitant de la biologie de cette dernière Espèce.

A l'éclosion, la chenille est grisâtre, mais après avoir commencé à prendre une nourriture végétale, la couleur verte se développe.

Voici les notes sur le premier stade, que j'ai prises le 8 décembre 1907, à Hyères :

(( Longueur totale de la chenille près de la fin du premier stade 0.004; largeur de la tête 0.00045. ^-^ description donnée de la chenille de Hansiï dans ce stade peut s'appliquer également à Sylvicola, mais il faut tenir compte du fait que la chenille de Sylvicola est un peu plus petite, que sa tête et la fourche sont un peu plus foncées que celles de Hansii, et que les lignes du corps, surtout les lignes pâles, sont un peu moins distinctes; la différence la plus importante est celle que l'on observe dans les dimensions de la tête chez les deux Espèces, et cette différence est constante chez tous les individus que je possède ».

Le 16 février 1908, j'ai noté que les chenilles de Sylvicola étaient bien moins avancées que celles de Hansii; depuis six semaines elles n'avaient mangé que très peu; sur trois chenilles que j'ai pu voir sur les tiges, ce jour, deux venaient, depuis peu, d'atteindre le second stade; la troisième étant encore dans le premier stade.

Le 29 mars, j'ai remarqué que les chenilles se portaient très bien, et qu'elles commençaient enfin a faire des progrès appréciables; deux d'entre elles attendaient la deuxième mue.

Voici mes observations en ce qui concerne le second stade :

(( Longueur totale de la chenille à la fin du second stade 0.0 1 1 à 0.013; largeur de la tête 0.0012 (on notera que la chenille de Sylvicola dépase celle de Hansii dans le second stade, pour la taille et pour la largeur de la tête).

Tête : verte, avec une teinte grisâtre; les soies sont nombreuses, incolores, très courtes sauf autour de la bouche, où il existe des poils plus longs.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE l8l

Corps : couleur fondamentale vert tendre; quand la chenille se courbe, les plis formés par la peau paraissent d'un blanc jaunâtre, mais ce caractère n'est pas spécial à Sylvicola; la ligne médiodorsale est vert foncé, bordée de blanchâtre; au delà de cette bordure est une surface vert clair qui s'assombrit dans le voisinage de la ligne suivante, la deuxième sousmédiane, qui n'est pas d'un vert aussi foncé que la médiodorsale; immédiatement en dessous est une rayure blanchâtre, assez large, presque entièrement recouverte de vert pâle, le blanc ne se montrant que sur les bords; ensuite vient la large ligne suprastigmatale d'un vert foncé, plus pâle sur les segments thoraciques; le bord supérieur de cette ligne est très sombre; la suprastigmatale est séparée de la stigmatale par une étroite ligne blanchâtre; la stigmatale est vert pâle, large; la ligne en corniche est d'un blanc pur; elle paraît plus large que chez Hansii; les dents de la fourche sont longues, pointues, légèrement teintées de rose; la surface ventrale, les pattes membraneuses et la base des pattes écailleuses sont d'un vert d'herbe, les pattes elles-mêmes étant d'un gris pâle; les tubercules, ou points sétifères, sont pareils à de petites perles noires (au microscope) ».

En somme, la robe de la chenille ne diffère pas beaucoup de celle de Hansii dans le stade correspondant; les lignes et la couleur fondamentale sont seulement un peu plus pâles, et on ne distingue aucune trace de rose dans la ligne stigmatale.

Le troisième stade a commencé, pour plusieurs chenilles, dans la première semaine d'avril; trois ou quatre chenilles étaient encore dans le second stade, le 23 avril.

Les notes suivantes, se rapportant au troisième stade, ont été prises entre le 23 et le 30 avril :

(( Longueur de la chenille à la fin du stade, 0.017; largeur de la tête, 0.0018.

Tête : Verdâtre, le triangle frontal étant d'un vert plus net que les lobes; elle n'a aucune trace encore des rayures foncées.

Corps : La couleur fondamentale et celle des lignes et rayures

l82 LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

sont ce qu'elles étaient dans le stade précédent; il y a une trace à peine perceptible de rose, dans la ligne stigmatale, qui est d'un vert très pâle sur les segments thoraciques et sur les premiers segments de l'abdomen; la ligne en corniche est large, blanche; les dents de la fourche sont teintées, au sommet, de rose très pâle.

La différence entre les chenilles de Sylvïcola et de Hansii est très appréciable dans ce stade; elle se remarque notamment dans la ligne stigmatale, qui est vert très pâle avec une faible indication de rose chez Sylvicola, rose saumoné chez Hansii; la plus grande largeur apparente de la ligne en corniche, chez Sylvicola, est due sans doute à la différence peu prononcée dans la couleur de ces lignes et au manque de limite nette entre les deux lignes en question.

Pendant le troisième stade, les chenilles de Sylvicola mangent principalement pendant le jour; quelquefois, cependant, elles montent sur les feuilles, le soir.

Une première chenille a atteint le quatrième stade le 3 mai 1908; une deuxième chenille a passé la troisième mue quelques jours plus tard ; leur développement se faisait plus rapidement a cette époque, mais elles étaient très en retard sur les Hansii. J'ai emporté deux chenilles avec moi, en Algérie, et j'ai trouvé moyen de compléter leur éducation en les nourrissant avec des Graminées trouvées dans les jardins de Biskra et de Khenchela; leurs habitudes sont plutôt nocturnes, dans le quatrième stade, ainsi que j'ai pu le constater chez des chenilles trouvées en liberté en juin 191 2, à Lambèse.

Description de la chenille dans le quatrième stade :

(( Longueur totale à la fin du stade 0.024. (II est probable que ce chiffre est au-dessous de la moyenne, parce que les deux chenilles observées avaient été nourries, pendant tout le stade, sur des Graminées coupées et, en conséquence, elles ne devaient pas avoir la taille de chenilles élevées sur la plante fraîche).

Tête : Largeur 0.0027; elle est vert clair et les rayures brunes

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 183

sont maintenant visibles, mais elles ne sont que très faiblement marquées et diffèrent, pour ce caractère, des rayures très distinctes de la tête de Hansii dans ce même stade.

Corps : Vert pâle; les lignes ressemblent à celles de la chenille de Hansiï; mais la médiodorsale et la sousmédiane sont un peu moins fortement marquées que chez cette Espèce; la stigmatale possède maintenant la couleur rose saumonée qui manquait presque complètement dans le stade précédent; la surface ventrale, les pattes membraneuses et la base des pattes thoraciques sont vertes ; les dents de la fourche sont longues, leur extrémité est rosée )).

Une chenille s'est mise au repos, dans l'attente de la quatrième mue, le 16 mai; elle a atteint le cinquième stade le 18 mai; ordinairement la période de repos qui précède une mue dure plus longtemps; sa durée est influencée par la température; il faisait très chaud à Biskra en mai 1908.

Description de la chenille dans le cinquième (dernier) stade :

« Tête : Largeur 0.0036 à 0.0038 ; sa couleur est nankin pâle un peu plus foncée que la couleur fondamentale du corps; les rayures sont bien moins fortement marquées que chez Hansii.

Corps : La couleur fondamentale est d'un nankin blanchâtre, les lignes ressemblent à celles de la chenille de Hansii, mais elles sont en général moins fortement indiquées que chez cette Espèce, et la médiodorsale conserve, dans un certain nombre d'individus de SylvicoLa, une teinte verdâtre que je n'ai jamais remarquée chez Hansii après la période d'assombrissement qui suit immédiatement la quatrième mue; même chez les chenilles de Sylvicola, dont la ligne médiodorsale devient grise ou gris brun, cette ligne conserve une teinte verdâtre plus ou moins appréciable qui lui communique une apparence de profondeur.

L'une des deux chenilles emportées en Algérie, a conservé jusqu'à la fin du dernier stade la couleur verte de la médiodorsale; j'ai noté que la couleur de la ligne était d'un vert grisâtre clair, semblable à celle d'une eau profonde, bien éclairée;

184 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

chez l'autre chenille, la médiodorsale était verte pendant environ deux jours après la quatrième mue ; mais elle a tourné à la variété grise ensuite; cette ligne est plus foncée et plus étroite sur les segments thoraciques, spécialement sur les deux premiers; la couleur fondamentale, presque blanche, paraît en bordure, séparant la médiodorsale de la rayure sousmédiane qui est formée d'un semis d'atomes d'un gris carné réunis en lignes microscopiques ; les limites supérieure et inférieure de la rayure sousmédiane, sont nettement marquées en brun grisâtre; elles forment respectivement les lignes que j'appelle (( sousmédiane » et u deuxième sousmédiane » ; la deuxième sousmédiane est une ligne étroite mais très distincte, tandis que la sousmédiane est faible et très étroite; vient ensuite une rayure plus étroite, d'une teinte un peu plus jaunâtre que la rayure sousmédiane; elle est bordée de la couleur blanchâtre fondamentale; la rayure suprastigmatale est large, d'un gris foncé; elle possède une apparence de profondeur, comme la ligne médiodorsale ; sa marge supérieure est noirâtre, plus épaisse sur les segments abdominaux 6, 7 et 8 ; un filet blanchâtre sépare la suprastigmatale de la stigmatale, qui est de couleur rose saumonée moins vive que dans le stade précédent; sa marge supérieure est formée par une étroite ligne d'un saumoné plus intense; la ligne en corniche est blanc nankin, et assez large; immédiatement en dessous de la corniche, se trouve une ligne de couleur gris brun ; la surface ventrale et toutes les pattes sont d'un gris blanc, le centre ventral étant un peu teinté de verdâtre.

Les chenilles élevées en 1907- 1908 se sont chrysalidées vers la an du mois de juin; à Khenchela, j'avais placé une provision de terre dans la boîte qui contenait les deux exemplaires; les chenilles, arrivées à terme, ont erré dans la boîte comme celles de Hansii; ensuite chacune s'est confectionné, sous la surface du sol, un cocon composé de grains de terre réunis ensemble par une soie de faible résistance; le dessus du cocon se trouvait au niveau du sol ; dans la nature, les cocons doivent être construits au pied des touffes, je pense.

La chrysalide est de la forme trapue de celles du genre Satynis; elle est d'un acajou clair, plus pâle sur les ptérothèques et sur la surface ventrale, plus foncé sur le thorax et la surface dorsale de l'abdomen ; elle est recouverte d'une bien une et mince couche de pulvérulence blanche.

L'éclosion des papillons s'est produite à la fin du mois de juillet.

En cherchant, la nuit, sur les Graminées poussant sous les chênes verts et entre les rochers du voisinage de Aïn-el-Kcheb (Djebel-Ksel près Géry ville), j'ai trouvé cinq chenilles de Sylvicola déjà bien avancées dans le dernier stade, à la fin du mois de juin 1910.

Dans la soirée du 18 juin 1912, j'ai pris cinq chenilles (quatrième stade) au Col de Doufana, près de Lambèse; ces dernières mangeaient les Graminées qui poussaient au milieu des touffes de Buplevrum Spinosum et de Cytisus Balansœ; elles étaient à proximité de la forêt. En 191 3, entre le 9 et le il juillet, nous avons trouvé quelques chenilles de Sylvie ola dans la vallée de Tafrent, à Sgag; elles étaient alors pleinement développées; j'ai obtenu l'éclosion d'une Q provenant d'une de ces chenilles, le 17 août 1913.

Je n'ai jamais rencontré, dans la libre nature, une chenille du dernier stade ayant la ligne médiodorsale aussi verte que chez certains exemplaires des chenilles élevées en captivité.

Dans le dernier stade, la chenille ne montre de l'activité que la nuit; elle reste, la tête en bas, cachée dans les touffes, pendant le jour; l'habitude nocturne est déjà acquise dans le quatrième stade, mais je ne crois pas qu'elle soit alors absolue ».

Satyrus Fidia, Linné.

Voici, reproduite dans son intégralité, la description de Fidia par Linné, telle qu'elle se trouve imprimée dans l'édition du Sysle7na Natures datée de 1767 : (( Fidia, 138, P. N. {Papilio

l86 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

N ymphalis) alis dentatis ; supra f uscis caeruleo micantibus primoribus ocellis duobus, duobusque punctis albis. — Habitat in Barbaria. — Corpus rnagnitudme P. Popidi. Alae supra omnes nigras caeruleo micantes; ocelli ad margmem exteriorem, inter quos puncta 2 alba. Subtus cinereae undis duabus albis nigro inductis : primores ocellis 2 et punctis albis, ut supra; posticœ posterius punctis 2 albis et i nigro, quae interdum supra etiam observantur. »

Il résulte de cette description linnéenne que le type du Sut y rus Fidia se trouve en Barbarie et qu'il a la grandeur de la N ymphalis Populi. C'est donc la plus grande race algérienne à laquelle doit être légitimement attribué le nom de Fidia. Je l'ai fait figurer sous les n"^ iiio (cf) et 1 1 1 1 (ç ) de la PI. CXXV, dans le Volume VI des Eludes de Lépidopiérologie comparée. Le O* figuré vient de Yakouren et la Q d'Aïn-Draham, en Tunisie.

Mais les n°'' 11 10 et un représentent la race albovenosa dont les nervures semblent se détacher en relief sur le dessous des ailes inférieures, et sont blanches, tandis que la description linnéenne est muette sur le caractère qui a motivé le qualificatif : albovenosa, appliqué à la morphe algérienne du Satynts Fidia.

Il est constant que la plupart des Satyrus Fidia, en Barbarie, ont les nervures blanches aux ailes inférieures, en dessous; cependant pas tous. En effet, ainsi que je l'expose à la page 378 du Volume III des Etudes de Lépidopiérologie comparée, le lieutenant Mathieu a pris à Alger des exemplaires de grande taille et ne différant pas de ceux d'Europe. Dès lors il est possible que les Fidia barbaresques décrits par Linné n'étaient pas albovenosa, notamment s'ils ont été pris aux environs d'Alger, ce qui est d'ailleurs probable, puisque Erik Brander, correspondant de Linné, fut, ainsi que je l'ai dit plus haut, « Swedish Consul at Algiers, from 1753 to 1765 )).

Néanmoins, il pourrait se faire que la description de Linné ne fût pas complète et qu'il eût omis de signaler un caractère qui ne lui aurait pas paru important : c'est-à-dire la saillie en blanc des nervures aux ailes inférieures en dessous. Du reste, il

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 187

n'existe pas un seul exemplaire de Fidia dans ce qui reste de la collection Linnéenne, et voici comment, dans Révision of ihe Linnean types, le Docteur Roger Verity s'exprime (p. 184), à propos du Satyrus Fidia : <( Satyrus Fidia (1767). Linnaeus never possessed this species and never seems to hâve realised that Petiver's figure m « Gazophylacium » 12, PI. 7, fi.g. 5, which he quotes under hermione m reality represents this insect. »

11 faut remarquer en outre que Linné, n'ayant pas d'exemplaires européens de Fidia pour comparer à ceux de Barbarie, a pu négliger de tenir compte du caractère d'albovenosa qui n'est frappant que par opposition aux spécimens non albovenosa.

y\lors, pour établir l'exacte nomenclature relative au Satyrus Fidia, se pose de nouveau une objection que les circonstances m'ont déjà porté à faire plusieurs fois valoir dans les Etudes de Lèpidoptérolûgie comparée et que j'ai préalablement trouvé maintes occasions de proposer à l'examen et aux réflexions des Entomologistes : faute de ligure à V appui d'une description, — comme la description peut ne pas avoir tenu compte de tous les caractères dont une partie reste oubliée et -non signalée, — V exacte identification est toujours incertaine.

Toutefois, comme quelques exemplaires algériens de Satyrus Fidia, pris à Alger, ne rentrent pas dans la catégorie qu'on peut appeler : albovenosa, le plus raisonnable paraît être de considérer ces exemplaires barbaresques non veinés de blanc et de grande taille, comme le type de l'Espèce. Le type est alors représenté par les spécimens qui sont le moins abondamment répandus dans l'Afrique méditerranéenne; car les grands exemplaires recueillis à Aïn-Draham et en Kabylie, ainsi que la petite race {ininor, Obthr., Etud. Lépid. conip., Vol. III, PL CXXV; Q, fig. II 12) récoltée dans le sud de l'Oranie, appartiennent, sans que j'aie jamais vu d'autre exception parmi eux, à la forme albovenosa, Austaut.

Le Satyrus Fidia vole très abondamment en Barbarie, dans la région située au nord de la région saharienne; il éclôt en juillet et août.

l88 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

A la page 277 du Volume III des Etudes de Lépïdoptérologie comparée, je relate la capture du Satyrwî Fidia dans la Loire- Inférieure; mais je considérais ce fait comme problématique. Mieux informé, je dois déclarer aujourd'hui que le Satyrus Fidia a été en effet plusieurs fois rencontré près de La Chapelle-sur- Erdre, par M. Ollivry, dont j'eus naguère l'avantage de recevoir à Rennes l'aimable visite. Le 14 décembre 191 2, M. Ollivry eut l'obligeance de m'envoyer deux Satyrus Fidia cf pris par luimême au Plessix, Chapelle-sur-Erdre, en juillet 1883 et juillet 1887. Ces deux Fidia bretons sont tout à fait analogues à ceux qu'on rencontre à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales).

Linné, en attribuant le nom Fidia au Satyrus qui a fait l'objet des observations exposées ci-dessus, a sans doute emprunté ce nom à la Mythologie, comme tant d'autres. Cependant ce n'est pas une divinité tutélaire de la Bonne Foi que les Romains invocjuaient avec le nom féminin de Fidia, mais bien un dieu Fidius. Ils prenaient le dieu Fidius à témoin quand ils prêtaient serment ou qu'ils réalisaient des contrats; on disait à Rome : (( Me dius Fidius adiuvet! » Que le dieu Fidius me vienne en aide; ou plus simplement : (( Me dius Fidius ». On le nommait aussi Semo ou Sancus. Il eut un temple à Rome, sur le Quirinal; sa fête était célébrée aux nones de juin.

M. Harold Powell a récolté un assez grand nombre d'exemplaires du Satyrus Fidia en Algérie et a écrit sur l'Espèce des observations que je suis heureux de publier comme suit :

<( J'ai rencontré le Satyrus Fidia-Albovenosa dans presque toutes les régions que j'ai explorées sur les Hauts Plateaux Algériens.

L'Espèce se trouve dans les grandes plaines d'Alfa de la Province d'Oran et, par places, dans les montagnes au nord et au sud de ces plaines; elle n'est pas rare dans certaines localités des monts de l'Aurès, en la Province de Constantine, et je l'ai prise aussi sur les montagnes d'El-Kantara. Le papillon se plaît dans les endroits où soit les roches calcaires, soit le tuf appa-

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raissent au-dessus du sol, si en même temps on y trouve des Graminées, telles que l'Alfa et le Diss; on le rencontre aussi sur le grès en certaines régions ; dans la zone forestière, on découvre quelquefois une colonie de Fidia sur une pente rocailleuse, maigrement boisée, généralement bien chauffée par le soleil; le papillon n'habite pas la vraie forêt; il ne se pose jamais sur les troncs d'arbre, mais toujours sur les roches ou sur le sol, souvent à l'ombre; c'est un insecte extrêmement éveillé et méfiant, aussi difficile à approcher que le Satyriis Abdelkader ; cependant, poussé par la soif, Fidia vient souvent voltiger autour des chevaux ou mulets en sueur; je l'ai même vu se poser sur les personnes; c'est le Satynts que l'on voit plus souvent que tout autre sur les excréments d'animaux dans les pistes et routes. Le papillon aime à se placer sur les pierres et les rochers calcaires dont l'apparence et la couleur correspondent bien aux dessous de ses ailes ; posé, il tient presque toujours les ailes fermées, les antérieures baissées entre les postérieures; au commencement de son existence à l'état d'imago, il n'entreprend que des vols courts; mais, au bout d'un jour ou deux, on peut voir le cf survoler l'Alfa ou le Diss pendant une ou deux minutes à la fois, par les matinées calmes, malheureusement trop rares sur les Hauts Plateaux.

La Q ne vole pas beaucoup au début, et même après la fécondation, ses vols ne sont pas de longue durée.

Sur les terres élevées de l'intérieur, l'éclosion de Fidia-Albovenosa doit commencer vers la fin du mois de juillet, dans beaucoup de localités; je n'ai, cependant, jamais pris le papillon avant le commencement d'août; les dates qui suivent sont celles des premières captures de l'Espèce pour les années et les localités citées :

1907, Sebdou, 5 août; presque tous les exemplaires très frais.

1910, Géryville (plaine), 13 août; cinq cfcf fraîchement éclos.

191 1, Aflou, 19 août; un cf.

191 2, Lambèse, 13 août.

1913, Lambèse, 2 août; deux c?Cf très frais.

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Dans les localités où Fid'ia et Sylvicola se trouvent sur le même terrain, j'ai observé que Fidia commence à éclore un peu plus tard que Sylvicola.

Le papillon vole pendant les mois d'août et de septembre; j'ai même vu des exemplaires Q, en très mauvais état, dans les premiers jours d'octobre; peu d'éclosions se produisent après la fin du mois d'août.

J'ai pris Fidia-Albovenosa pour la première fois, à Sebdou, sur une colline calcaire, rocheuse, maigrement boisée de chênes verts, lentisques et genévriers, et recouverte de touffes de Diss, poussant entre les pierres et les rochers; le papillon n'y était pas encore très abondant le 5 août, mais il est devenu plus commun, dans cette localité, un peu plus tard.

Le 12 août 1907, j'ai retrouvé l'Espèce sur des collines semblables, mais plus à l'est de la première localité; toutes ces collines forment partie de la chaîne boisée à l'ouest de Sebdou. Les Fidia étaient, en général, très frais, le 12 août, et les Q Q encore excessivement rares; sur 35 exemplaires pris ce jour-là, il y avait 34 cfcf et une seule Q ; j'ai noté, le 12 août 1907, à propos de Fidia-Albovenosa, ce qui suit :

(( Ce papillon recherche l'ombre des rochers et des buissons; il ne se pose presque jamais au soleil, pendant la forte chaleur de la journée; il est très farouche et d'une chasse bien difficile; le meilleur moment de le chasser paraît être le soir, aussitôt après la disparition du soleil ; on ne le fait pas s'élever aussi lacilement alors, mais quand on l'a découvert, il est plus aisé ensuite de le capturer que dans la journée ».

Etant, le 14 août de la même année, aux puits de Zebch, j'ai trouvé Fidia et Sylvicola en assez grand nombre, des deux côtés du chemin et sur les collines semi-arides, maigrement parsemées de buissons et de touffes d'Alfa, qui entourent le point d'eau; j'ai remarqué que Fidia se laissait bien moins facilement approcher que Sylvicola, et que, dérangé, il parcourait, au vol, souvent 100 ou 200 mètres avant de se poser de nouveau ; des petits lézards

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étaient partout abondants sur ce terrain, et ils faisaient une chasse sérieuse aux Satyrus; ils les attendaient à l'ombre des buissons et s'élançaient sur les papillons au moment oii ceux-ci venaient se poser par terre; les Satyrus se méfiaient assez bien des lézards, pourtant ; on voyait souvent un Sylvicola ou un Fidia, sur le point de se poser, s'envoler plus loin, ayant aperçu un léger mouvement du lézard aux aguets. Les papillons fraîchement éclos se défendent moins bien contre les attaques de ces reptiles, et ils doivent être souvent dévorés; on trouve fréquemment des individus frais chez lesquels il manque des grands morceaux aux ailes ; je pense que ces entailles sont faites par les lézards, qui n'ont pas réussi à saisir le papillon par le corps.

Les Asilides font aussi une chasse acharnée aux papillons, en Algérie, et les Satyrus succombent assez souvent à leurs attaques. Plus au sud que Zebch, sur les limites broussailleuses de la grande plaine, h idia-Albovenosa n'était pas rare, à la un du mois d'août et en septembre; le 25 août, j'y ai pris un bon nombre de Q Ç) en état frais ou passable; celles qui se trouvaient abimées étaient plus souvent déchirées qu'usées par le vol.

J'ai rencontré Fidia, le i" septembre 1907, dans l'Alfa, sur les petites élévations près d'El-Aouedje, dans la grande plaine, entre Sebdou et El-Aricha. Fidia et Abdelkader vivent très souvent sur le même terrain.

Le premier Fidia que nous avons vu à Géryville est venu se mettre à l'ombre d'une couverture que j'avais fait placer sur (]uatre piquets, pour nous protéger du soleil pendant une halte; nous étions en excursion sur la grande plaine, à une douzaine de kilomètres au nord de Géryville; c'était le 13 août 1910, à 9 heures du matin ; le même jour, nous avons pris quatre autres exemplaires cf, très frais, sur les petites élévations recouvertes d'Alfa; l'éclosion de l'Espèce ne faisait que commencer; plus tard elle est devenue assez commune sur la plaine et aussi dans les montagnes, mais le papillon ne se rencontrait pas sur les parties les plus fraîches et les plus densement boisées du Ksel;

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il était, par contre, abondant sur les pentes inférieures de cette montagne, là où pousse l'Alfa; j'ai eu occasion, une fois (c'était le 28 août), de grimper sur ces pentes à 6 heures du soir, pour rejoindre notre camp à Aïn-el-Kcheb; Fidia s'envolait de temps en temps, dérangé par mon passage, des positions qu'il occupait sur les excroissances rocheuses ou à côté des touffes d'Alfa; malgré l'heure tardive, je l'ai trouvé d'une méfiance agaçante et je n'ai pu prendre que très peu d'exemplaires.

Le lendemain matin, Charles David et moi, nous sommes descendus au-dessous de la limite des arbres pour chasser A hdelkader et Fidia dans la localité où je les avais vus la veille; le terrain était peu commode pour la chasse, moins en raison de la pente qu'à cause des innombrables pierres et rochers qui se trouvaient disséminés entre les touffes d'Alfa; un fort vent du sudouest ajoutait à la difficulté en emportant les papillons au loin et en gênant le coup de filet ; ces deux Satynis sont toujours des plus difficiles à prendre, mais nous n'avons jamais eu plus de peine à les approcher que ce matin là ; quand on était à une dizaine de mètres d'une touffe à côté de laquelle se tenait un Abdelkader ou un Fidia, le papillon s'envolait et allait se poser plus loin, Abdelkader continuant à voler bien plus longtemps que Fidia; lorsque ce manège se répète dix ou quinze fois pour chaque individu pris, et qu'on a fréquemment buté contre certaines pierres cachées par les touffes, on a une excuse de perdre parfois sa bonne humeur.

Fidia était assez abondant, à partir du 20 août 191 1, sur les collines de grès au sud, au sud-ouest et à l'ouest d'Aflou; je retrouve la note suivante, à propos de l'Espèce, écrite à mon retour d'une exploration des collines et vallées prolongeant la chaîne de Sidi-Okba vers l'ouest, dans la direction de l'oued Sebgague :

« 27 août 191 1. Fidia-Albovenosa se trouvait en état superbe aujourd'hui; presque tous les exemplaires pris étaient d'éclosion récente et quelques-uns étaient éclos le matin même. Comme tou-

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jours, le papillon était très éveillé, très méfiant; les individus que je faisais s'élever, en marchant dans l'Alfa, ne s'en allaient pas très loin, mais il fallait prendre beaucoup de précautions pour arriver près d'eux; profitant de leur habitude de se poser à l'ombre des touffes d'Alfa, je m'approchais, presque en rampant, de la touffe derrière laquelle je venais de voir descendre un Fidia, en me tenant du côté opposé, de façon à être caché par la plante; dès que j'étais assez près, je faisais un bond sur la touffe, en fauchant avec le filet; le papillon s'élevait au même instant, et, assez souvent, je réussissais à le prendre.

Il y a un peu de hasard dans cette chasse; en effet, comme on n'est pas toujours exactement fixé sur le point même où se trouve le papillon, on est exposé à mal diriger le coup de filet; il est alors à peu près inutile d'essayer de couvrir le papillon avec le filet ; pour cela, il faudrait le voir, mais on serait vu de lui ».

Dans la partie montagneuse du sud de la province de Constantine, Fidia-Albovenosa habite les mêmes genres de localités que sur les collines et montagnes du sud Oranais; dans la partie nord-ouest de l'Aurès, on le rencontre sur les pentes rocailleuses 011 pousse le Diss ou l'Alfa; sur les montagnes d'El- Kantara, il vit dans l'Alfa, en des localités souvent assez scabreuses.

Chieiotti l'a trouvé, le 28 août 191 2, sur le Djebel-Mctlili; il a pu prendre plusieurs exemplaires frais, mais l'éclosion tirait à sa fin. Dans la même localité, je l'ai rencontré moi-même, le 22 août 1913, mais les nombreux sujets que j'ai vus étaient tous plus ou moins usés par le vol ; le papillon était commun sur les pentes raides de la montagne, et se trouvait même au sommet', où quelques individus sont venus se poser sur les excréments du mulet, pendant la station que nous y avons faite, à l'ombre du poste optique.

L'accouplement a généralement lieu peu de temps après l'éclosion, surtout pour la Q.

La ponte s'effectue pendant le mois de septembre; à Sebdou, j'ai fait pondre des Q Q en captivité; elles fixaient quelquefois

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l'œuf sur les tiges et feuilles des Graminées (souvent l'Alfa), que je leur fournissais, mais elles préfèrent, comme la plupart des Satyrus, pondre sur la mousseline. Je n'ai jamais élevé la chenille de J>. Fidia-Albovenosa, et je ne l'ai pas, non plus, trouvée en liberté; je ne puis donc dire si elle diffère de la chenille du S. Fidia de la forme du midi de la France, que je connais. Il me semble probable que, dans les grandes plaines, l'Alfa et le Lygœinn s pari uni nourrissent la chenille.

Je n'ai jamais vu, dans les régions que j'ai explorées en Algérie, que des Fidia de la morphe Albovenosa; cette variété est de petite taille sur les hautes terres de la Province d'Oran.

La figuration d'une Q remarquablement ocellée et capturée à Géry ville, en 1910, publiée sous le n" 1112 de la PL CXXV du Volume VI des Etudes de Lépidoptérologie comparée, fait connaître la forme Albovenosa-Minor, comparativement à la grande forme de Yakouren et de Tunisie qui est représentée sur la même Planche CXXV de l'ouvrage précité, et sous les n'"" 1 1 10 (cf) et 1 1 II (ç) )).

A El-Kantara et aux environs de I-ambèsc, la taille de Sa f y rus Fidia est variable; à côté d'exemplaires aussi petits que ceux du Sud-Oranais, on rencontre des échantillons aussi grands que ceux du Yakouren. Il convient d'observer encore que les cf Cf à Aflou et à Géryville sont souvent d'une couleur grise uniforme, plus mate que clans les autres régions de l'Algérie; en tout cas ils ne sont nullement cœndeo uiicantes, comme il est dit dans la description linnéenne rapportée plus haut.

M. Powell a pris à Aïn-el-Harfî près d'Aflou, le 8 septembre 191 1, un très joli (S Fidia, de petite taille et de couleur grise uniforme en dessus, avec quatre taches ocellées noires, partiellement cerclées de jaunâtre ; ces quatre taches sont de taille égale et descendent en ligne droite, dans l'espace subterminal des supérieures, en dessus, comme en dessous, où elles sont reproduites.

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mais avec une auréole jaune fauve complète et plus large qu'en dessus; les deux ocelles ordinaires semblent un peu réduits de grandeur; les deux ocelles supplémentaires leur sont tout à fait équivalents.

J'ai donné à cette aberration remarquable le nom de Powelli et je la fais figurer dans le présent ouvrage, sous le n" 4432 de la PI. CCXCVI.

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