‹ Etudes de lépidoptérologie comparéeChapitre 11 sur 21 · II · texte numérisé non relu

II

Il est probable que cette O avait déjà pondu en liberté avant sa capture.

D'une ponte obtenue le 15 juin 1913, les chenilles sont écloses le 24 juin; la première mue a eu lieu le 2 juillet, la seconde mue

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du g au i i juillet, la troisième mue du 20 au 23 juillet; les chenilles se trouvaient, alors, dans le quatrième stade; à partir de cette mue, elles ont cessé de manger le parenchyme des feuilles d'Eryngiiim dont elles s'étaient nourries jusqu'alors et elles ont cherché des abris sous les feuilles mortes et le débris recouvrant la surface de la terre contenue dans le pot d'élevage; elles tissaient ensuite un tapis de soie et se mettaient au repos pour le reste de l'été, l'automne et l'hiver.

En naissant, les chenilles de Loyselis sont d'un blanc jaunâtre; dès la première mue, les lignés de taches foncées dorsales et latérales sont assez apparentes pour fournir un caractère qui permet déjà de distinguer facilement entre cette chenille et celle de Favonïa; après l'entrée en estivation, la couleur générale se fonce et ternit; chez certains exemplaires, on note une teinte légèrement saumonée au-dessus de la base des pattes (Voir Lépidoptérologie comparée, Vol. X, PL CCCIV, fig. 4521 et 4523). Une fois que les chenilles se sont installées pour le repos esti-hivernal, elles ne bougent plus, à moins d'être sérieusement inquiétées; quand les premières averses tombèrent, en septembre, plusieurs chenilles abandonnèrent leurs abris et, après s'être promenées un peu, elles s'installèrent de nouveau dans les replis des feuilles mortes. Quelque temps avant la quatrième mue, qui marque le retour à l'activité, les bandes dorsales et latérales de taches brunes et noires se foncent, tandis que la couleur fondamentale pâlit un peu. Ces chenilles ont passé l'été et l'hiver au grand air, d'abord à Lambèse et, ensuite, à partir de la mi-novembre, à Hyères ; je les suivais de près et, quand j'ai observé une modification dans l'apparence d'une des chenilles, au mois de février 191 4, je les ai placées toutes, avec leurs abris et sans les déranger, sur la terre d'un pot dans lequel j'avais planté quelques petits Eryngium trouvés dans une localité chaude. Une première chenille a mué pour la quatrième fois, le 22 février; une autre l'a suivie d'assez près, d'autres se sont réveillées en mars et en avril.

La mue post-hivernale a ceci de curieux ■ — non seulement pour Loyselis, mais aussi pour d'autres Zy gènes que j'ai élevées, telles

que Favonia et Orana — que la peau, au lieu de se fendre le long du centre dorsal, depuis le bord postérieur de l'écusson prothoracique jusqu'au dernier segment, et de se rabattre de chaque côté de la chenille, de façon à rester presque aplatie, ainsi que cela se passe pour les autres mues, ne se fend que sur les segments thoraciques, la fente se prolongeant quelquefois sur le premier et le second segments abdominaux; la chenille sort de sa peau par cette fente et la peau, presque intacte, conserve très bien la forme de la chenille. Je suppose que la peau qui doit protéger la chenille pendant ses 6 ou 8 mois de léthargie, est plus épaisse et plus résistante que celles qui ne doivent servir que pendant les quelques jours ou semaines séparant entre elles les autres mues.

Les deux premières chenilles réveillées ont progressé assez rapidement; elles se nourrissaient des feuilles tendres et des cœurs de V Erynguim et elles ont mué encore deux fois, ce qui les a amenées au septième stade; pour celles qui ont passé la mue post-hivernale plus tard, l'évolution a été très irrégulière; les unes n'ont pas cessé de manger et de grandir progressivement, mais les autres (plus de la moitié) ont montré des tendances à rentrer de nouveau en léthargie; dans ces cas, il arrivait que la chenille se mettait à manger aussitôt après la quatrième mue; elle se développait bien dans le cinquième stade, muait encore et, dans le sixième stade, après avoir erré lentement et sans manger pendant quelque temps, elle s'installait dans un abri tel que le dessous d'une feuille morte, tissait son petit tapis et se remettait au repos.

Quelques chenilles, si je me souviens bien, sont rentrées en léthargie même avant d'atteindre le sixième stade; malheureusement, j'ai perdu des notes que j'avais prises relativement à la Biologie de Loyselis et de Favonia et je me trouve obligé d'avoir recours à mes souvenirs, pour certains détails. Des chenilles rentrées en léthargie au courant du printemps, aucune n'a survécu plus de deux mois, mais j'attribue ce fait aux conditions anormales auxquelles elles se trouvaient soinniscs; je voyageais pen-

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clant l'été et j'avais souvent mes chenilles en tubes, dans une atmosphère trop humide. Il me semble très probable que, dans la libre Nature, un certain nombre de chenilles de Loysclis passent un second été et un second hiver à l'état léthargique, après un court retour à l'activité, pendant lequel elles renouvellent leurs forces dnninuées par un long jeûne; cela paraît être indiqué par la conduite d'une partie des chenilles élevées en captivité; on peut même voir, en ce fait, une précaution de la Nature tendant à la conservation cle l'Espèce et au maintien de son équilibre; une année défavorable pouvant réduire considérablement le nombre d'éclosions, la perte se trouverait ensuite réduite ou comblée par les chenilles qui n'auraient achevé leur évolution que l'année suivante.

Les chenilles présentent deux formes bien distinctes, à partir de la mue post-hivernale; l'une possède une forte ligne substigmatale carminée, l'autre n'a pas cette ligne. Certains exemplaires, sans la bande carminée, ont, cependant, une teinte saumonée dans la région substigmatale.

Il est peu probable que la ligne carminée est spéciale à la chenille qui doit donner un papillon cf, ainsi que je l'ai pensé à la suite de l'éclosion de 2 cfcf iirovenant de chenilles ornées de cette ligne; je crois, maintenant, que la ligne carminée n'a pas de rapport avec le sexe.

La couleur fondamentale est jaune très pâle, un peu plus foncée sur la base des pattes; une bande d'un gris noirâtre borde le centre dorsal et, dans cette bande, se trouve la verrue dorsale, au milieu de chaque segment; en avant de la verrue est une grande tache noire; les verrues sont d'un jaune pâle, teinté de grisâtre; la verrue suprastiginatale est semblable; sur les flancs, au-dessus cle la verrue suprastigmatale, se voit une petite dépression, sur chaque segment, plus particulièrement marquée sur les segments abdominaux ; en dessous de la même verrue, se trouve le chevron ou croissant noir des segments abdominaux i-8 inclus, et dont la pointe inférieure est formée par le stigmate qui est noir; la base des pattes porte une verrue; la tête est noire, luisante, le labrum

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est blanchâtre; le segment prothoracique est jaune pâle, parfois très légèrement verdâtre; il porte un petit trait ou point noir, en arrière, dans l'alignement de la bande foncée bordant le centre dorsal; les pattes thoraciques sont noires. Dans le sixième et septième stades, les caractères restent les mêmes, mais la couleur jaune blanchâtre du cinquième stade se fonce, surtout à l'approche de la fin d'un stade; les sujets à ligne carminée ont la couleur jaune fondamentale plus intense que chez ceux qui ne possèdent pas cette ligne ; les verrues perdent presque entièrement la teinte grise. Au fur et à mesure que la chenille avance dans le dernier stade, sa peau devient un peu luisante, comme si elle avait été graissée. Les crins portés par les verrues sont d'un brun assez foncé, dans le quatrième stade t stade esti-hivernant) ; après la quatrième mue, ces crins sont, les uns blanchâtres, les autres noirs. D'une vingtaine de chenilles hivernantes de Loyselis, rapportées en automne 191 3 de Lambèse, 18 ont passé l'hiver et ont repris leur activité entre le 22 février et le commencement de mai; ainsi que je l'ai déjà écrit, plusieurs de ces chenilles sont rctoml)écs, ensuite, en léthargie; parmi la dizaine de chenilles parvenues au dernier stade, aucune n'a présenté la moindre teinte verte, sauf une trace verdâtre parfois visible dans la coloration jaune du prothorax. Les différences entre les (-henilles des ZygiCinj Loyselis et Favonïa sont nombreuses et bien marquées; l'avonia est, dans ses premiers stades, beaucoup plus pâle que Loyselis et n'a pas les bandes longitudinales de taches noirâtres; dans le stade léthargique, Favouia reste d'un blanc brunissanl, l)eaucoup plus pâle que Loyselis, et ses crins sont presque blancs; c^lle possède, alors, wnc pâle bande grisâtre, à la hauteur des \errues en bordure du centre dorsal; après la mue post-hivernale, Favonia prend une teinte d'un vert pâle, un peu bleuté, ou d'un jaune verdâtre très pâle; ses crins sont blancs et plus fins que ceux de Loyselis ; elle possède une série médiodorsale et une série sous-média.ne de petites taches jaunes, qu'on ne voit pas chez L^oyselis; le rebord prothoracique, chez Favonia, est toujours rose, tandis que je n'ai jamais vu trace de cette (-ouleur sur le

2l6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

prothorax de Loysclis; la peau des incisions intersegmentales est gris noirâtre chez Favonia; il existe encore d'autres différences, moins apparentes, sans revenir sur les différences de mœurs. Les chendles des deux Espèces ont la tête noire et luisante, sauf le labrum qui est blanchâtre; les figures 4525 {F(jvonJa), 4524 et 4526 {Loysclis) de la PI. CCCIV du X'" Vol. des Etudes de Lé pïd o pt ér olo gïe coiiiparce représentent les chenilles des deux Espèces dans le dernier stade, agrandies en deux fois de la grandeur naturelle.

Le cocon de Loyselïs (grandeur naturelle) est figuré sous le n" 4528 de la même planche; sa surface est plus lisse que celle du cocon de Favonia qui possède, d'ailleurs, deux assez fortes côtes longitudinales ainsi que quelques rides secondaires. La peau vide de la chrysalide est mince, presque transparente, d'un brun clair, un peu plus foncé sur les ptérothèques et les gaines des pattes, etc.

Je n'ai nulle part trouvé Loysclis aussi commun que dans certaines localités des environs d'Aflou et de Géryville; dans une de ces localités, située à quelques kilomètres à l'E.-S.-E. de Géryville, sur les coteaux arides aboutissant à l'Oued Chadli, Loysclis était même plus abondant que Favonia, en juin 1910; en l'espace d'une demi-heure, dans la matinée du 19 juin, j'ai pris, là, 20 Loyselis et seulement 3 Favonia; Loysclis se trouvait en pleine éclosion à cette date; les cf volaient assez vivement au soleil; on en rencontrait, aussi, se reposant, les ailes fermées, sur les feuilles d'Alfa; les Q, qui étaient, presque toutes, écloses le matin même, se tenaient sur les feuilles d'Alfa; les accouplements étaient nombreux. Loysclis aime bien, comme Favonia, butiner sur les capitules de divers Chardons et Centaurées. Un accouplement de Loyselis se trouve figuré sur la planche phototypique H g du Vol. V, partie II, des Etudes de Lé pid opter olo gic comparée. »

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 21/

Zygœna Favonia, Freyer.

J'ai fait connaître ce que j'étais parvenu à apprendre en ce qui concerne la Zygœna Favonia dans les Etudes cV Entomologie (Liv. I, p. 35) — (Liv. XII, p. 25 et 26) — (Liv. XIII, p. 20 et 21 ; PI. VIII. fig-. 74, 75, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89).

La variété Thevestis Q, de Lambèse, est représentée sous le n° 75 ; j'ai déjà fait connaître que la Q en question avait été capturée, in coptday avec un cf Favonia, le 20 juin 1885. Les cf, fig. 84, 85, 86, représentant la forme de Géryville, appartiennent à une morphe sensiblement différente de celle de Lambèse et de Khenchela. D'après l'examen du matériel dont je dispose maintenant, et qui comprend plus de mille exemplaires, il résulte la constatation suivante : à Khenchela, on ne rencontre guère que la forme Favonia type, c'est-à-dire avec les taches rouges petites et bien séparées les unes des autres; à Lambèse, on peut capturer des Ç) Thevestis, mais les cf sont presque tous nettement Favonia, tandis qu'à Aflou et Géryville, c'est le contraire qui se produit. La forme Favonia y est aussi rare que la morphe Thevestis à taches rouges confiuentes et élargies y est abondante. Cependant partout à Khenchela, comme dans l'Ouest Algérien, avec la forme dominante, on peut capturer l'autre forme, soit à Khenchela la g Thevestis et à Aflou et Géryville le cf Favonia.

Quant à la morphe Vitrina, avec un seul anneau rouge abdominal, elle se rencontre surtout à Sebdou où elle n'est pas rare. La variété Yitrina n'a été trouvée jusqu'ici, ni à Aflou, ni à Géryville.

L'aberration flavicante, que j'ai appelée Powelli, est figurée sous le n° 175 de la PI. 29, dans le IIP fascicule des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Pour la chenille, elle est représentée, d'après l'aquarelle de M. Powell, sous le n° 4525 de la PI. CCCIV, dans le Vol. X des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Dans l'ouvrage Les Macrolépidoptères du Globe, i" partie.

2l8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Vol. II, le Professeur-Docteur Adalbert Seitz a commis une erreur qu'il importe de relever, lorsqu'il a attribué en note, p. 20, à Favonia, des chenilles « qui ont l'habitude de s'enfoncer jusqu'au milieu du corps dans les capitules de diverses composées, notamment d'une plante basse épineuse que les colons algériens nomment chardon jaune )\ Cette chenille est évidemment celle d'un Soinabrachys, et non de la Zygœna Favonia.

Je ne connais pas en nature la Zygœna anrata, Blachier, de l'Atlas marocain.

M. Harold Powell, qui a capturé la Zygœna Favonia dans les diverses localités algériennes qu'il a explorées, a noté à l'égard de cette Espèce, notamment en ce qui concerne les premiers états, les observations suivantes que je suis heureux de reproduire ici :

Zygœna Favonia. — C'est à Misserghin, le 5 mai 1907, que j'ai rencontré pour la première fois la chenille de la Z. Favonia. J'ai noté ce qui suit à ce sujet :

(( Entre la gare de Misserghin et le lac, il existe un chemin droit qui traverse des vignobles; clans les fossés et sur les petits talus, au bord du chemin, j'ai remarqué beaucoup d' Eryugiuin (- anipcstrc dont bon nombre de plants étaient découpés comme jiar la chenille de Z. Sarpcdon. Nous n'avons pas tardé, en effet, à trouver des chenilles ZygcPiiidcs ayant une certaine ressemblance avec celle de Sarpcdon ; elles étaient, presque toutes, l)ieii avancées et, d'après les nombreuses traces de leur passage, sur les Eryngiuni, il était évident que beaucoup de chenilles avaient déjà quitté la plante nourricière pour se chrysalider. J'ai trouvé, plus tard, que la chenille fait, quelquefois, son cocon en dessous des feuilles de V Eryngiinn, mais que, le plus souvent, elle s'éloigne de la plante pour cette opération. Complètement développées, la taille des larves est, en moyenne, un peu plus forte que celle de la chenille de Sarpcdon. La couleur est généralement d'un Vert pâle, semblable à celle des feuilles d'Erynginni, mais on en rencontre beaucoup dont la couleur est jaune pâle. La tête est noire, brillante, ainsi que les parties écailleuses; les antennes

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2ig

sont blanches ; le rebord antérieur du prothorax est carminé; dans les sujets verts, on distnigue facdement une série de points d'un jaune très pâle, le long du centre dorsal ; chaque point est situé à l'extrémité postérieure de chaque segment; ces points sont en léger relief; des points jaunes semblables se trouvent alignés dans l'espace sous-médian, toujours sur le bord postérieur du segment, derrière et un peu plus haut placés que le tubercule supra-stigmatal (tubercules TU et IV réunis probablement); sur le bord extrême, antérieur, de chaque segment, également dans la région sous-médiane, se remarque un point noir en légère saillie, semblable à un petit morceau de charbon fixé dans la peau ; ces points noirs sont souvent cachés, étant situés presque dans le pli intersegmental ; les poils sont blancs, assez longs, mais peu nombreux; les deux séries de pomts jaunes se trouvent chacune sur une faible ligne ou éclaircie, d'un vert blanchâtre moins foncé que la couleur générale. Chez les sujets jaune pâle, les points jaunes ne sont pas apparents ; ils se confondent avec la couleur générale.

J'ai pris la première Zygcciui Favonia à l'état parfait, le ig mai 1907, sur les montagnes au nord de Sebdou, dans la localité appelée Merchich ; il se trouve noté dans mon carnet de chasse ce qui suit : Les exemplaires sont frais et je pense que l'Espèce commence à peine à éclore; j'ai \'u des traces de la chenille sur les Eryngïinn et j'ai même trouvé une chenille qui est tout à fait ]iareille à celles de Misserghin.

La Zyg<cna Favonia, à partir de cette date, a été rencontrée assez abondamment dans les environs de Sebdou. Tout d'abord, je n'ai pris que des exemplaires aux ailes très diaphanes et avec un seul anneau de l'abdomen coloré en rouge; ensuite, et à dater du 28 mai, aux spécimens à un anneau rouge sont venus se mêler d'autres à 3 anneaux rouges; j'ai supposé, alors, qu'il s'agissait d'une Espèce à part, et j'ai écrit à cet égard, à la date du 3 juin 1907 : Espèce très voisine de Favonia; ailes moins transparentes; trois anneaux abdominaux rouges; taches rouges plus vives; collier et épaulettes d'un blanc jaunâtre.

220 LEPIDOPTEROLOGTE COMPAREE

Vers le milieu du mois de juin, Favonia à 3 anneaux rouges était en pleine éclosion et surtout abondante dans les clairières bordant le chemin conduisant au Col des Azaïls ; le 20 juin 1907, j'ai noté la capture de 61 Favonia à 3 anneaux rouges et de deux seulement à un anneau de cette couleur, avec mention pour cette dernière forme : rare et semble passée.

Cependant, le 24 juin, nous avons pris 6 exemplaires à un anneau rouge, en même temps que 29 de l'autre forme. Au commencement du mois de juillet, Favonia était passée, à Sebdou. J'ai noté, le i""" juillet, quatre exemplaires de la forme à trois anneaux, pris à Terny, village qui se trouve plus près de Tlemcen que de Sebdou et à plus de 300 mètres au-dessus du niveau de cette dernière localité.

Ayant examiné la série de Zygœna Favonia, de Sebdou, de la collection Oberthùr, dans laquelle se trouvent compris les exemplaires pris par moi, je conclus que j'ai eu tort de considérer les exemplaires de Sebdou possédant un seul anneau abdominal rouge {Staudingeri, Austaut) comme appartenant à une Espèce distincte. Il est certain que ce que j'ai noté sur cette forme, à Sebdou, est, en général, exact; chez ces Standingeri, les ailes sont plus ou moins hyalines; les écailles étant très peu denses; mais l'autre forme — celle à trois anneaux rouges — • n'est pas, non plus, très densément écaillée et il existe quelques sujets, chez les deux formes, qui s'égalent pour ce caractère.

L'aberration Vitrina, Staudinger, viendrait de Constantine; je ne sais si le spécimen type de cette aberration avait trois anneaux rouges ou non; je n'ai jamais vu un vrai Slaudingeri de la province de Constantine; Favojiia, de Batna, Lambèse et Khenchela a trois anneaux rouges ; bien rarement le troisième anneau peut être noircissant ou tout noir, ce qui réduit le nombre à deux ; dans un seul exemplaire (pris à Lambèse en juin 1S85 par L. Bleuse), il n'y a qu'un seul anneau nettement rouge; celui qui le suit est presque entièrement noir ; c'est le spécimen de la Province de Constantine qui se rapprocherait le plus de Slaudingeri, d'après ce que j'ai vu. F avonia-Staudingeri se trouve à Boghari, Alger

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 221

(Province d'Alger), à Oran, Nedroma, Sebdoii (Province d'Oran), Tanger (Maroc).

Dans la race de Géryvdle et d'Aflou, vivement colorée et bien fournie d'écaillés, les trois anneaux rouges, abdominaux, ne l)araissent jamais manquer.

La race de l'Aurès (Lambèse-Khenchela) ressemble assez à celle de Sebdou possédant trois anneaux rouges; à Khenchela, les ailes seraient plus transparentes qu'à Lambèse, pour la majorité des exemplaires. La variété (ou Espèce distincte?) Thevestïs^ Stgr., est moins commune, dans l'Aurès, que Favonia, avec laquelle elle vole. A Géryville et à Allou, la grande majorité des exemplaires est nettement référable à Thevestis; je n'ai pas rencontré Thevestis à Sebdou, mais le D"' Codet l'a prise dans cette région, en 1880-1882. La série de 13 très belles Q g prise par le Lieutenant Lahaye à Magenta (Province d'Oran), entre le 5 et le 15 juin 1886, et maintenant dans la collection Oberthiir, me semble appartenir à la même race que celle de Géryville et Aflou, quoique le manque de confluence parfaite des deux taches rouges externes de l'aile supérieure les différencie de Thevestis, Staudinger.

Le 5 mai 1910, sur les pentes de la colline de Santa Cruz, à Oran, j'ai noté avoir trouvé, à proximité l'un de l'autre, deux cf de Zygœna Favonia, dont l'un avait 3 anneaux rouges et l'autre était de la var. Staiidingeri. Les œufs de Favonia sont placés par groupes, sur le dessous des feuilles de V Eryngium campestre. La chenille est quelquefois parasitée par une larve de mouche, dont l'imago éclot en juin. »

Zygaena Seriziati, Obthr.

Prière de se reporter, pour l'histoire de la Zygœna Seriziati, aux pages 506 et 507 du Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée et de remonter plus haut aux livraisons I et III (p. 33 et 34 et p. 41) des Etudes d' Entojuologie. La première figure est donnée sous le n" 7 de la PI. V dans le Li\'. III. I7n peu plus tard,

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

dans les livraisons XII (p. 26) et XIII (p. 21 ; PI. VIII, fig. 71, 72, 73) des mêmes Etudes cV Entomologie, j'ai contniué à faire connaître les diverses variations de l'Espèce.

J'ajoute aux renseignements déjà fournis précédemment que M. Powell a observé à Philippeville une seconde éclosion de la Zygœna Scrïzïatï. C'était, dit-il, le 25 octobre 191 2; il captura, au bord de la route de Stora qui côtoie les collines abruptes et les falaises du littoral, quatre exemplaires d'une race petite, mais bien référable à Seriziati, qu'il récolta un peu plus tard, en assez grand nombre, au même lieu, les 9 et 10 mai 191 3. /"Vu printemps, les exemplaires sont plus grands qu'à l'automne.

Les ailes inférieures de ces quatre exemplaires d'octobre sont très largement bordées de bleu d'acier; même, chez l'un d'eux, la couleur bleue a envahi la plus grande partie des ailes inférieures. M. Powell trouva de nombreux cocons vides, haut placés sur les tiges sèches de graminées, au bord du chemin. Le Lotus Allionï poussait comme sur la côte des Maures, dans le département du Var, au milieu des pentes rocheuses descendant vers la mer. C'est sans doute la plante dont se nourrit la chenille. L'éclosion semblait presque terminée. Quelques jours plus tôt, la récolte eût été abondante.

Je crois devoir faire représenter, dans cet ouvrage, une chenille de Zygœna Seriziati élevée de l'œuf à Philippeville et arrivée à toute sa taille, le 22 avril 1913.

Zygaena Syracusiae, Zeller-Freyer.

Zygaena Australis, Rambur (i// litt.) — Lederer.

J'ai fait imprimer aux pages 491 à 494 du Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, ce que j'étais parvenu à apprendre, relativement à l'histoire de la Zygœna TrifoUi et des races, sinon même des Espèces qui peuvent exister réellement distinctes, les unes des autres, dans le groupe auquel les Entomologistes ont coutume d'appliquer le nom unique et général de Trifolii

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 223

En effet il en est encore de la Zygcena Trifol'n et des nombreuses morphes que désigne le nom spécifique de Trifolii, comme il en était naguère en ce qui concerne les Syrïchluiis du groupe <\Wlvens, aujourd'hui un peu mieux débrouillés. Il est pour moi })resque certani que plusieurs Espèces tout à fait différentes continuent à ête confondues sous le même vocable de Zygcena Trifolii. Aussi je considère que la question est loin ci 'être élucidée et je me trouve disposé à faire de tous les documents que je m'efforce de réunir pour obtenir la lumière désirée, l'objet de l'étude la plus attentive. Il est fort probable qu'on reconnaîtra des Espèces tout à fait valables parmi les Seriziatï, Syraciisiœ, Duponcheliana, Olbiana, Paliistris, Anceps, etc. Mais, pour le moment, il s'agit de se borner à constater comparativement quelles sont, en dehors de la Z. Serisiafi, déjà révisée plus haut, les races ou formes de Zygcena réf érables au groupe de Trifoliï et qui ont été jusqu'ici observées en Barbarie.

Il semble qu'il en reste deux : Syractisice et Ans traits.

Contrairement à ce qui se présente pour les Zygcena Zulehiui, Loyselis, Favonia, Algira, Felïx, Marcuna, Orana, qui, toutes, sont exclusivement barbaresques, les Zygcena Syracnsice et Australis ne sont pas confinées aux régions de la côte africaine de la Méditerranée; on les rencontre dans diverses contrées de l'Europe et il est remarquable de constater que Syracnsice paraît remonter jusc]u'au littoral méridional de la presqu'île armoricaine.

Faisant donc état des documents que j'ai obtenus depuis avril 191 o, date de la publication du Vol. IV des Etudes de Léfidoflérologie comparée^ je présente les observations suivantes concernant les Zygœna Syracnsice et Australis.

Syracnsice (*) a été décrite et figurée par Freyer dans Nenere Beitraege zur Scluncttcrlingskiinde (Augsburg, 1852), sous les n"" 3 et 4 de la Tab. 506 et aux pages 39 et 40.

(*) Dans le texte (p. 39), Freyer laisse imprimer : Syraciisii ; sur la planche 504, le même Auteur a fait graver : Syracusia.

224 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

De Syracusia', je possède les onze exemplaires que Bel lier de la Chavignerie avait rapportés de son voyage en Sicile et conservés dans sa collection; j'ai également reçu de M. Zickert une longue série de papillons pris à Catane; je dois reconnaître que toutes ces Zygcena siciliennes ont plutôt le ground colour tirant sur le verdâtre que sur le bleu, mais ce sont cependant bien des Syraciisiœ, me semble-t-il.

Au contraire la race de Hammam-Rhira (J. Dayrem, mai 1909) est franchement « stahlblau », bleu d'acier et non verdâtre. C'est alors une morphe plus rapprochée encore de Syraciisice, selon Freyer. Quant à la race de Estrella-Covilha (Portugal), récoltée par Dayrem en juin 1910, à celles de l'Escorial (fin juillet 1879), de Berre et de Rognac (Bouches-du-Rhône), de Khenchela, trouvée par Powell, en mai 1908, de Plouharnel (Morbihan), récoltée par nous-mêmes en juillet 191 2 et en juin 191 4, tout en étant parfaitement référables à la Syracusïœ sicilienne, elles ont le ground colour moins bleu d'acier que ne l'indique la figure donnée par Freyer.

C'est surtout la race morbihannaise qui ne peut pas être différenciée de celle de Catane; j'ai sous les yeux trois colonnes de Zygœna siciliennes, soit exactement 57 individus, et trois colonnes et demie de Zygcena de Plouharnel, soit 67 exemplaires. Les papillons sont juxtaposés; il est impossible à l'œil le plus exercé de distinguer un caractère différentiel qui puisse les séparer; leur aspect est, dans l'ensemble, rigoureusement conforme. D'ailleurs la seule race qui paraît distinguable entre celles de Sicile, de l'Escorial, de Plouharnel, du Portugal, de l'Algérie (Khenchela, Hammam-Rhira) précitées, est celle d'Hammam-Rhira, à cause de son ground colour plus bleu et de la bordure de ses ailes inférieures un peu plus large. Encore la différence n'est-elle pas très prononcée. J'applique à toutes ces races le nom de Syracusïœ, Zeller et Freyer, et je réserve le nom de Ausiralis pour la forme de Grenade, de Géryville, de Eambèse, d'Hussein-Dey, de Maison-Carrée et d'Aflou.

Les Au si rai i s diffèrent des Syrac7isice par leur aspect plus

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 225

grêle, plus sombre, la couleur roug'e moins vive, plus vineuse et plus éteinte et le groNiitl coloiir très généralement nettement vert plutôt que bleu d'acier.

J'ai recherché l'origine du nom Auslralis; voici ce que j'ai décou\'ert : Dans Y erhandlungeii des Zoologisch-Bolamschen Vereins ïn \\ïen, Band II, Wien, 1853, à la page 71 des Abliandhingen, dans un Ver suc h dcr europceischen Lepïdoptercn, Heteroceren, von Julius Lederer, au Catalogue des Espèces de Zygcena énumérées par ledit Julius Lederer, se trouve inséré l'article sui\ant textellement reproduit ici, comme suit :

Syraciisia Z. Isis 1847.

Auslralis Rb. ni lit.

? Charon B. Icônes pi. 54 (non Hb).

C'est tout ce qui concerne Australïs. Aucune description ne paraît être intervenue de la part de Lederer. Dans ces conditions, il est évident que le nom : Ans t redis est sans valeur, nomen nudnm; mais l'usage l'ayant plus ou moins consacré, je le conserve pour l'appliquer aux Zygœna andalouses et algériennes distinctes de Syracusiœ pour les caractères ci-dessus énumérés.

En résumé, on peut, suivant moi, donner le nom de Syracusic?, aux Zygœna voisines de Trifolïï et provenant des localités suivantes : Sicile (Syracuse, Catane) ; Morbihan (Dunes entre Plouharnel et Ouiberon) ; Escorial, dans l'Espagne centrale; Estrella- Covilha (Portugal) ; Hammam-Rhira (Alger) ; Khenchela (Constantine); Rognac et Berre (Bouches-du-Rhône), et le nom de Australïs aux Zygœna également voisines de Trïfoliï et provenant de : Aflou, Géryville (Oran); Batna, Lambèse (Constantine) ; Hussein-Dey, Maison-Carrée (Alger); Sierra de Alkafar (Andalousie).

Les races de Branuelas et des environs de Barcelone présentent une sorte de transition entre Syracusiœ et Ausiralis, envisagées, chacune de ces deux formes, dans leur expression la j^lus caractérisée.

226 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Zygaena Algira, Duponchel.

Zygaena Bachagha, Obtlir. (Algira, Horrich-Schaeffer).

Qu'on me permette encore d'engager le Lecteur à se reporter aux pages 604 à 611 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Je n'ai rien à ajouter d'essentiel aux observations que j'ai déjà publiées, mais je juge utile de faire reproduire sur une des Planches, dans cet ouvrage, la figure donnée par Duponchel, sous le n° 6 de la PI. 7, dans le Supplément à V Histoire Naturelle des Lépidoptères ou Papillons de France, par J.-B. Godart, Crépusculaires, Supplément au Tome IIP.

On verra ainsi, sans avoir besoin de se livrer à de longues recherches, ce qu'est la véritable Algira, Duponchel, initialement décrite et figurée en 1832, moins de deux années après la conquête d'Alger par les Français. Cette Algira, Duponchel, Espèce voisine de Hilaris, mais certainement distincte, je ne la connais point. Aucune des Hilaris, que je possède au nombre de plusieurs centaines d'exemplaires, ne peut lui être exactement référée. La Zygœna Algira, Duponchel, diffère essentiellement de celle qui est communément appelée Algira et qui a été figurée sous ce nom ])ar Herrich-Schaeffer (fig. 106). Huebner l'a représentée avec le nom faussement appliqué de Hilaris, sous les n"" 172 et 173. Il est é\idemment nécessaire de distinguer par un nom, de la véritable Algira, Duponchel, la fausse Algira, Herrich-Schaeffer. En conséquence, j'ai appelé Bachagha la Zygœna Algira, Herrich- Schaeffer inec Duponchel), que Pluebner avait à tort déterminée Hilaris et représentée sous les n"' 172 et 173, ainsi qu'il est dit ci-dessus.

Zygaena Marcuna, Obthr.

Lambèse, Laghouat.

Zygaena Félix, Obthr.

Voir la notice imprimée aux pages 6ii à 613 dans le Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie covi-parée; la description initiale et la figure publiées dans la IIP livraison des Etudes d'' Entomologie (p. 42; PL V, fig. 4); et dans la XIIP livraison du même ouvrage (p. 22 et 23 ; PI. ;, fig. 5;, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69 et /O.

Je crois maintenant que le n° 69 sur la PL 7 précitée représente plutôt une des formes de la Zygœna Orana qu'une Zygcena Félix. De même qu'à la page 610, dans le Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie couiparée, je n'ai pas hésité à déclarer que le n° 63 me paraissait représenter Algira et non Félix, de même aujourd'hui, ayant la seule vérité pour objectif, je m'empresse de confesser la faute que j'ai commise en 1890.

La chenille de Zygicna Félix est figurée sous le 11" 4495 de la PL ceci, dans le Vol. X des Etudes de Lépidoptérologie comparée; quant à la coque, elle est représentée sous le n" 4496 de la même Planche.

J'ai reçu de M. Harold Powell une notice concernant la Zygœna Félix, je l'insère comme suit :

(( La Zygœna Félix n'est pas rare aux environs de Lambèse, où nous l'avons prise en mai et en juin 191 2 et 191 3; elle volait sur la colline aride et sèche, nommée Djebel Hafia et à Marcouna, localités où elle éclosait plus tôt que sur les contreforts boisés de la chaîne de l'ichali, entre Lambèse et la maison forestière de Boursalah. J'ai plusieurs fois, en mai, trouvé la chenille de hélix, à Lambèse, sur V Acanthyllis Numidica. H. Burgeff, qui a élevé la chenille à Batna, la trouvait, dans les environs de cette ville, sur V Astragalus Nunmiularioides \ plus haut sur les pentes de l'Aurès il a pris la chenille d'une variété de Félix sur VHedysarum Perrauderianum. Il ne cite pas V Acanthyllis Numidica comme une des plantes nourricières de l'Espèce. A Khenchela, en juin 1908, j'ai observé les Q de Félix en train de pondre sur V AcautliyHis. Les chenilles trouvées par moi, à Lambèse, en mai,

donnaient leurs papillons dans la première quinzaine de juin. Le cocon de Félix est fusiforme, lisse, d'un jaune pâle; la teinte est un peu variable comme intensité; une des chenilles que j'ai élevées à L.ambèse, a fourni un cocon entièrement d'un vert tendre; un autre cocon était partiellement teinté de vert.

Nous avons trouvé Félix dans plusieurs localités élevées du nord-ouest de l'Aurès, telles que le Djebel Gueddelane et la forêt de Sgag, oii le papillon volait jusqu'en juillet. J'ai pris Félix à Sebdou en 1907, mais je ne crois pas l'avoir rencontré à Géryville, ni à Aflou ».

Zygaena Orana, Duponchel.

M. Powell a fait une aquarelle de la chenille et de la coque de la Zygcena Orana-Allardi, de Lambèse. Cette aquarelle a été reproduite par M. Culot sous les n°' 4493 et 4494 de la PI. CCCI, dans le X*" Volume des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Une notice concernant la Zygœna Orana est imprimée sur la page 24 de la XI IL livraison des Etudes d' Entomologie, et l'Espèce, avec ses diverses variations, est figurée sous les 11°'' 5- (forme type), 53 (forme Lahayei), 54, 55, 56 (forme Allardi) et 69 (forme Allardi) faussement attribuée dans le texte (p. 24 et 49) à Félix.

J'ai aussi public quelques observations relatives à la Zygcena Orana à la page 27 de la Liv. XII des Etudes d' Entomologie.

Antérieurement, j'avais figuré Zygœna Orana-Allardi sous le 11° 5 de la PI. V, dans la Liv. III des mêmes Etudes, et la variété Nedroma, Austaut, sous le n" 3 de la PI. III, dans la VL livraison de l'ouvrage précité. Une notice descriptive de Nedroma est imprimée aux pages 68, 69 et 70, avec des considérations sur l'unité spécifique de Carniolica-O ccitanica et Orana.

L'ab. PowcUi, à fond des ailes supérieures blanc, a été figurée sous lé n° 592 de la PL LXÎII du Vol. V des Etudes de Lépidoptérologie comparée, d'après un exemplaire de Géryville, capturé en mai 1910. Sous les n'" 593 et 594 de la même PI. LXIII, ont

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 229

été représentés un cf et une Ç de V Orana-Lahayei, forme normale de Géryville.

M. Harold Powell me remet les notes suivantes relatives à la biologie larvaire de la Zygccna Orana :

<( La Zygœna Orana était assez localisée à Sebdou, où je l'ai trouvée, à la fin de mai et jusqu'au 20 juin, principalement dans les vallées du versant nord de la chaîne de Mizab et sur le chemin des Azaïls, au delà du col; il y avait une autre localité à' Orana, sur les collines à l'est de Sebdou; la Zygène vivait en petites colonies et on remarquait, le plus souvent, dans le voisinage, une grande Esparcette à fleurs roses qui nourrissait probablement la chenille.

A Géryville, en 1910, Orana-Lahayei se rencontrait assez abondamment, au mois de mai, sur la plaine ondulée et semi-aride ; elle est très commune à Aflou ; sa plante nourricière, dans la région du Djebel Amour, est V Onobrychis Argentea; j'ai noté ce qui suit, le 21 mai iQio, au sujet de la ponte et de l'œuf :

La Q observée choisit une de ces petites plantes qui se trouvent appliquées contre la terre et très exposées à être piétinées par les moutons et les chameaux ; elle marcha sur les feuilles et les tiges en tâtonnant avec ses antennes, puis, elle s'arrêta sur une feuille, les ailes refermées sur le corps ; elle est restée cinq minutes ainsi et, pendant ce temps, elle a pondu 9 œufs; les œufs sont déposés en ligne, le long du centre d'une foliole; ils se tiennent debout, mais un peu inclinés, appuyés les uns contre les autres; la Q avait placé 6 œufs dans une foliole et 3 dans une autre; sur chaque œuf, aussitôt pondu, elle passe l'extrémité de son abdomen, comme pour l'enduire d'une matière liquide; aussitôt qu'elle eut pondu ces 9 œufs, la Q s'éloigna un peu, en marchant; ensuite elle se reposa; la poussière soulevée par le vent, vint se coller sur les œufs et les rendit moins visibles. L'œuf a une forme ovale allongée, un peu tronquée aux deux extrémités ; sa couleur est crème blanchâtre tout d'abord et son apparence semitransparente; la couleur se fonce et devient jaune de beurre au

230 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

bout de trois jours; alors l'opacité augmente. La race Allardi, Obthr. rencontrée à Khenchela et à Lambèse, vit sur VHedysanan Pall'uliiin et peut-être sur d'autres Sainfoins et Esparcettes ; nous la prenions en mai 191 2 et 191 3, sur les pentes plus ou moms boisées de la chaîne de l'Ichali, entre Lambèse et Boursalah (voir la Planche phototypique n" 1 1 1 du Vol. VII des Etudes de Lépidoptcrologïe comparée^, où elle était plus rare que la Z. Félix; nous la trouvions plus communément sur les petites collines sèches, vers Marcouna (PI. photo n" 36 et n° 37, i*"*" Partie, Vol. X), là où V Hedysariim Pallïdiiiii était abondant. La Zygœna 0 mua- Allardi vole en mai et au commencement de juni. La petite colline près de Marcouna, qui nous a fourni tant d'Espèces de Lépidoptères, était une bonne localité pour la Zygœna Orana-Allardï vers le 10-15 rnai; le 22 mai 1913, en examinant des plants de H . Pallulum, j'ai trouvé là, une chenille Zygaenide, d'un vert pâle, à petits points noirs en bordure du centre dorsal; cette chenille a été figurée sous le n" 4493 de la Planche CCCI du Vol. X des Etudes de Lépidoptérologie comparée et son cocon sous le n" 4494 ; la chenille était un retardataire; des recherches faites ensuite n'ont amené la découverte d'aucune autre; l'éclosion du papillon, une Q d' 0 rana- Allardi, a eu lieu le 15 juin de la même année. En examinant les feuilles de V Hedysaniiu, le 23 mai 1913, à Marcouna, j'ai trouvé deux petites pontes sur les folioles; les œufs étaient d'un jaune pâle et ressemblaient à ceux que j'avais observés à Géryville; les œufs ont donné leurs chenilles le 4 juin de la même année. J'ai essayé d'élever ces chenilles sur de très petits plants de y H. Palliduni en pot, mais, pendant une absence, l'Arabe auquel j'avais confié les plantes, les a trop arrosées, de sorte qu'à mon retour, je n'ai trouvé qu'un plant et une chenille vivants; cette dernière, toute petite encore, était de couleur vert pâle, avec deux rangées dorsales de petits points noirs (une rangée de chaque côté du centre dorsal) ; au commencement de juillet, étant, alors, au début de son troisième ou, plus probablement, de son quatrième stade, la chenille s'est réfugiée sous une foliole desséchée.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 23 I

tombée à terre, a filé son tapis de soie et s'est mis au repos pour le reste de l'été et l'hiver; à cette époque, elle avait perdu sa teinte verte. Deux ou trois fois pendant l'automne et l'hiver, la chenille a changé de place, dérangée, je crois, par la pluie. Pendant ce temps, sa couleur était d'un gris blanchâtre sale; les deux rangées de petites taches dorsales étaient d'un brun pâle, plus foncé que la teinte générale; les tubercules ou verrues portaient des crins blancs. L'état léthargique a pris fin le 1 1 mars 1914, dans la matinée; en supposant qu'elle avait passé l'hiver dans le quatrième stade, ainsi que je le crois, la chenille a mué, ce jour, pour la quatrième fois et a commencé son cinquième stade. La mue post-hivernale s'opère chez Orana, de la même façon que chez Loysdis et Favonia; c'est-à-dire que la peau ne se fend que sur les 3 ou 4 premiers segments et la chenille en sort comme d'une botte, la dépouille conservant la forme de la chenille et ne se rétrécissant pas. Au début du premier stade post-hivernal (qui est le cinquième, je pense), la couleur de la chenille est d'un gris bleuâtre; peu de temps après avoir pris de la nourriture, une teinte verte se développe et s'accentue progressivement jusqu'à un certain point. La figure 4529 de la Planche CCCIV du Vol. X des Etudes de Lépidopiérologic comparée représente la chenille près de la im du premier stade post-hivernal, agrandie six fois. Ses crins sont fins, blancs. En janvier, j'avais semé des graines de VHed ysarum Pallïdinii et, au moment du réveil de la chenille en mars, (]uclques petits plants étaient sortis de terre; peu après la mue, je l'ai placée sur une feuille; elle s'est installée sous une foliole et n'a pas mange ce jour-là.

Pendant le cincjuième (?) stade, la chenille ne découpait pas les folioles; elle mangeait le parenchyme en opérant au-dessous de la feuille et en enlevant tout, sauf une mince pellicule d'épiderme qui restait blanche; au repos, elle se tenait également sur le dessous des feuilles, de sorte qu'elle était toujours cachée pour celui qui examinait la plante du dessus. Cette chenille a mué, encore, le 30 mars; d'abord grisâtre, dans le nouveau (sixième?)

232 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

stade, elle a bientôt repris la teinte verte pâle et son apparence clu stade précédent, étant tenu compte de l'augmentation de sa taille. J'ai pu la garder vivante jusqu'à la troisième semaine d'avril; elle était arrivée à découper des morceaux et à manger des folioles entières. Ayant quitté Hyères vers le 20 avril et la provision d'Hedysarum venant à manquer, j'ai essayé de continuer l'éducation de la chenille à' Orana-Allardï, d'abord avec le Dorycnium Suffructicosnin et ensuite, avec le Lotus Corniculaiîis; elle n'a pas voulu de ces plantes et elle a péri à la fin du mois. Je crois qu'elle avait encore une mue à passer avant d'atteindre son dernier stade.

La chenille de la Zygœna Orana-Lahayei me paraît être d'un vert un peu plus foncé, avec la bande sous-médiane jaunâtre mieux contrastée et les points noirs plus fortement marqués que chez Orana-Allardi. La différence dans la forme des cocons de Lahayei et d^ Allardi, que j'ai notée à la page 438 du Vol. X des Etudes de Lépidoptérologie co7nparée, n'est, semble-t-il, qu'une différence individuelle. Je ne connaissais, alors, qu'un seul exemplaire du cocon de Allardi, mais, depuis, j'ai pu en voir d'autres, obtenues par H. Burgeff, dans la collection Oberthiir, qui sont aussi fusiformes que le cocon de Lahayei ».

Zygaena Theryi, de Joannis.

Figurée sous le n° 225 de la PI. XXXV dans le Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Hammam-Rhira, en mai.

Procris Cognata, Rambur.

Il me semble que c'est dans le Gênera et Index methodicus publié par Boiduval, en 1840, qu'il a été, pour la première fois question d'une Procris Cognata, Rambur (p. 54; n" 449). Dans l'exemplaire que je possède de la Faune entomologique de V Andalousie (i", 2'' et 3" livraisons, 14 janvier 1839), il n'est

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 233

pas question de la Procrïs Cognata\ il est vrai que dans mon exemplaire — (celui dont Rambur avait fait hommage à son ami de Graslin et qui porte sa signature), — les planches de Lépidoptères 13, 16 et 17 font défaut. Seulement ces planches ont-elles été jamais publiées? (Voir dans la Notice relative à Lymantria Allantica, une indication bibliographique concernant la Faune entomologïque de r Andalousie, par Rambur, p. 283, 284).

Quoi qu'il en soit, la grande Procris algérienne, voisine de Globularicc, a été figurée avec le nom de Cognata, Rambur, par Lucas, sous les figures 2, 2 a, 2 b, 2 c, de la PI. 3 Lépidoptères, dans VAtlas de V Exploration scientifique de V Algérie; 1849.

Plus tard, en 1858, dans le Catal. systémat. des Lépidopt. de P Andalousie, Rambur a fait représenter la Procris Cognata sous le n" I de la PL III; mais Rambur divise la Procris Cognata en deux unités spécifiques distinctes et applique à la Procris algérienne figurée par Lucas avec le nom de Cognata, le nom nouveau de Soror. Rambur {loc. cit., p. 186 et 187) dit que Cognata et Soror qu'il différencie spécifiquement, se rencontrent toutes les deux en Andalousie; il prétend que Cognata a les dentelures des antennes plus du double plus longues. Rambur possédait d'ailleurs, ainsi qu'il le déclare lui-même, un très petit nombre d'exemplaires, 3 Cognata et 4 Soror; il n'était donc pas documenté pour apprécier exactement la variabilité des caractères chez la Procris Cognata.

La Procris Cognata, est, comme le dit Lucas, une Espèce assez rare (*), surtout comparativement à Tenuicornis. J'ai pris moimême Cognata (ou Soror}) à Grenade, au commencement de mai 1894; mon frère avait récolté 5 cf et 2 Q Cognata, à la Sierra-de-Alfakar, en juillet 1879. De plus, je possède deux exemplaires de la collection Boisduval, probablement donnés

(*) Voici reproiiuits les termes mêmes tle la notice écrite par Lucas [Exflor. scient. Algérie^ p. 374) : « Ce n'est que dans l'Est, aux environs de Constantine, l>endant le mois de mai, que j'ai pris ce joli Procris qui est assez rare et qui n'avait encore été signalé (pie comme habitant rEsj)agne méridionale. Versant >uti du Djebel-Mans'ourah ».

234 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

par Rambur, deux cf et une Q pris par feu de Graslin, dans son expédition d'Andalousie, en la compagnie de Rambur, pendant l'année 1835 ; ma collection contient aussi des Cognata rapportés de Grenade par Staudinger, d'autres envoyés jadis par Agustin Argùelles, en tout 20 échantillons andalous. Je ne fais pas état des spécimens castillans de la collection Vazquez; ils ne semblent pas exactement référables à ceux d'Andalousie. Je compare donc les individus andalous précités à plus de 50 cf supposés Soror, pris à Lambèse en juin 1884 et 1885, en mai et juin 1913 et en avril 1914, à 2 cf d'Aïn-Draham, à 4 cf de Sebdou (mai 1907) et à 19 exemplaires cf d'Aflou (mai 191 1). Je m'efforce de trouver dans les antennes un caractère distinctif stable; je ne parviens pas à le voir; la longueur et la pectination des antennes sont variables dans les exemplaires de chaque localité, paraissant pourtant semblable, par les autres caractères. Je remarque cependant chez les Procris de Lambèse, que les ailes sont plus larges et plus minces, paraissent plus molles, tandis que les exemplaires d'Aflou ont une apparence plus ramassée, une contexture plus épaisse et plus opaque. A Sebdou et à Ain- Draham, c'est comme à Lambèse, plutôt que comme à Aflou. Mais cette observation résulte d'un coup d'œil d'ensemble jeté sur les séries rangées dans la boîte, à côté les unes des autres. La presque unanimité des Procris de Lambèse, de Sebdou et d'Ain-Draham envisagée par rapport aux Procris d'Aflou constitue certainement une race différente. Toutefois, en examinant un à un tous les spécimens, je trouve quelques Procris de Lambèse, analogues comme taille et forme d'ailes à ceux d'Aflou. Ils ont les ailes un peu plus transparentes que ceux d'Aflou. Mais à cause de ces exemplaires de transition, je conclus que toute séparation spécifique entre les grands Procris algériens, tunisiens et espagnols, que j'ai sous les yeux, est difficile à justifier au moyen de caractères tangibles et constants.

Dans la série espagnole il y a des exemplaires très analogues à ceux de Lambèse, d'autres à ceux d'Aflou. J'opine donc pour cju'un seul nom spécifique désigne les grands Procris d'Algérie

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 235

et d'Andalousie, celui de Cognât a, Rambur, qui s'appuie d'une part sur la figure donnée par Rambur [Cat. Syst. And., PI. III, fig. i), — cependant avec les antennes un peu trop fortement pectinées, — et, d'autre part, sur l'autre figure publiée par Lucas {Expl. Scient. Algérie; Lépid., PI. III, fig. 2). A cette dernière figure peuvent se rapporter les grands exemplaires d'Aflou.

On peut aisément comprendre, que dans la circonstance présente, les descriptions sans figure restent absolument indifférentes. Les médiocres figures sont elles-mêmes sans utilité; ainsi en est-il de celles, trop grossièrement exécutées, qu'a publiées Herr Professor Doktor Adalbert Seitz.

Je résume donc, au risque de répéter ce que j'ai déjà dit, la vérité telle qu'elle m'apparaît et comme suit : En Algérie, il y a deux formes du grand Procris, 1° celle de Lambèse, Sebdou et Aïn-Draham; et 2" celle d'Aflou. La variabilité des antennes, comme longueur et comme pectination, est individuellement tellement \'ariable qu'il ne semble pas raisonnable de fonder aucune distinction spécifique sur ce caractère qui serait cependant très important s'il était constant, mais il y a les ailes dont la contcxturc^ plus grêle, moins épaisse, la forme plus large et plus longue, la teinte générale des supérieures plus grise et moins vivement colorée en vert doré chez les Procri.s de Lambèse, Sebdou et Ain- Draham, constituent, pour l'ensemble des exemplaires, une différenciation notable ])ar rapport à la forme d'Aflou.

Toutefois, ainsi que je le fais observer plus loin, pour la Procris Teniiicornis, il faut tenir compte du fait suivant : à Aflou et à Géryville, c'est-à-dire dans la région dite : du Djebel- Amour, les papillons en général paraissent être toujours de ]ilus ];etite taille que dans les autres localités, sans pour cela cesser d'appartenir à une même unité spécifique.

Je crois devoir désigner les grandes Procris d'Algérie et d'Andalousie sous le même nom spécifique de Cogna ta, distinguant seulement par le nom de variété Soror, Rambur, la morphe (le Lambèse. Je sais, d'ailleurs, que c'est à cette variété de Lam-

236 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

bèse que feii Staudinger attribuait le nom de Soror; il l'a ainsi établi sur deux exemplaires communiqués jadis par moi, pour le Catalog igoi.

La question ne paraît pas encore mure pour établir présentement l'état civil définitif de toutes les Procris voisines de Globulariœ, européennes, asiatiques et africaines. J'en ai un très grand nombre d'exemplaires sous les yeux et je me demande si Globulariœ est une Espèce répandue sur un immense territoire, présentant un grand nombre de races géographiques, ou bien s'il y a beaucoup d'Espèces appartenant au groupe Globiilariœ. Les renseignements biologiques sont malheureusement restés trop peu importants jusqu'ici. Je sais seulement d'après ce que m'a appris M. Pow^ell, que les Procris Cognata et Cognata Soror, à Aflou comme à Lambèse, viennent la nuit, aux lumières. II ne les a pas capturés en jour, tandis qu'il a pris Cirtana et Anceps en jour. J'ai pris Cognata à Grenade, en jour; elle voltigeait dans les champs incultes autour de l'Alhambra. Mon frère a capturé également, en plein soleil, les échantillons qu'il a rapportés de la Sierra-de-Alfakar ; d'ailleurs, je n'ai pas chassé, la nuit, à Grenade; dès lors, j'ignore si en Espagne, comme en Algérie, les Procris Cognata sont attirés par la lumière. Dans les chasses qui se font pour moi, depuis plusieurs années, autour des lampes électriques du triage de Saint-Hélier, à la gare de Rennes, et qui ont produit une quantité de papillons très considérable, je ne me souviens pas d'y avoir constaté la présence d'aucune Espèce de Procris, bien que Statices et Priini se trouvent dans les environs. Mais Globulariœ n'a jamais été observé à Rennes par moi jusqu'à ce jour. Dès lors il est possible que les Procris du groupe Globulariœ soient seuls nocturnes, sans que j'aie pu moi-même m'en rendre compte à Rennes, puisqu'il semble que l'Espèce n'y habite pas.

Je fais figurer dans cet ouvrage, pour comparaison avec les échantillons algériens, i cf Soror pris à Grenade, du 2 au 6 mai 1894, I cf et I Q Cognata, de la Sierra-de-Alfakar. J'y ajoute 2 cf Soror pris à Lambèse en avril et mai 1913 et 2 cT Cognata

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 237

capturés à Aflou en mai 191 i. J'espère que cette figuration aidera à faire connaître l'état actuel de la question, en ce qui concerne la Procris Cognât a.

Rambur a décrit en note, à la page 184, dans le Catalogue systématique des Lépidoptères de V And aloiisie, avec le nom de Bellieri, une Espèce sicilienne de Procris, d'abord déterminée : Micans par Bellier. Il n'est fait aucune mention de cette Procris Bellieri dans les Macrolépid. de la région paléarctique par le Prof. Doct. Adalbert Seitz. Je crois devoir donner la figuration d'un cf et d'une Q de Procris Bellieri, d'après les exemplaires rapportés de Girgenti par Bellier de la Chavignerie.

Procris Cirtana, Lucas.

Espèce assez rare, mais répandue dans diverses localités algériennes, à Lambèse, où elle éclôt en mai et juin, à Blida-Glacière, à Hammam-Rhira (mai 1909), à Bône, à Oran. On la trouve aussi à Aïn-Draham, en Tunisie; je fais figurer six exemplaires de diverses provenances. La Procris Cirtana est fragile; ses écailles semblent peu adhérentes et elle les perd pour peu qu'elle vole. Lucas a déjà donné une figuration de la Procris Cirtana sous le n" 3 de la PL 3, dans V Exploration scientifique de V Algérie; mais cette figuration ne paraît pas excellente, car elle ne représente pas très exactement l'Espèce de Procris qui est décrite. D'ailleurs la Procris Cirtaita varie assez sensiblement ; il est même possible que des exemplaires naissent avec un semis d'écaillés beaucoup moins dense, de sorte qu'il convient, pour être fixé sur la nature même de l'Espèce, d'envisager la figuration de plusieurs individus différents, ce à quoi je me suis fait un devoir de pourvoir dans cet ouvrage.

Ma collection ne contient pas plus d'une quarantaine d'échantillons de la Procris Cirtana, dont deux de la collection Boisduval, paraissant contemporains de ceux que Lucas a décrits.

Voici du reste la reproduction de la diagnose latine écrite par Lucas {loc. cit., p. 374) :

238 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

« P. alis anticis nigrescentibus ad basim anticeque viridi tinctis ; alis posticis suprà infràquc anticis infrà subnigrescentibus ; capite, thorace abdomineque viridibus, antcnnis vindi cyanescentibus dentibusque nigris ».

On remarquera que dans la figure publiée par Lucas, il n'y a point sur les ailes supérieures qui sont dites : nigrescentibus de trace de vert <( ad basim aîîhceqiie ».

Lucas ajoute que Procris Cirtana a été rencontrée aux environs de Constantine, dans les premiers jours de mai, sur le versant du Koudiat-Ati.

MM. Austaut et Baker ont décrit, chacun de leur côté, une Procris Orana, mais n'ont accompagné leur description d'aucune figure. Dès lors Nom en Orana est nudian.

Voici cependant, à titre de renseignement, la copie de la description d'ino Orana, par Jules-Léon Austaut, datée de Bellegarde, le 26 août 1880 et telle qu'elle est imprimée dans le journal Le Naturaliste, 2" année, n° 36, du 15 septembre 1880. (( Envergure 17 millimètres. Ailes un peu étroites, allongées, à bords arrondis, et d'un aspect légèrement diaphane; les supérieures sont verdâtres à la base et sur le disque, mais elles passent au bleu indigo vers le bord externe. La frange et la côte sont du même bleu, mais d'une nuance beaucoup plus vive. Les ailes inférieures sont noirâtres à frange concolore. Le dessous de cette Ino est d'un gris noirâtre enfumé avec le bord antérieur des secondes ailes d'un bleu obscur. Les antennes sont longues, faiblement dentées, bleues en dessus sauf l'extrémité qui est noire, de même que le dessous. Tête, thorax et abdomen noirâtres, parsemés d'atomes verts, à l'exception des trois derniers segments qui sont bleus. Poitrine, tibias et fémurs d'un bleu indigo très vif, tarses noirs. Je ne connais qu'un exemplaire femelle de cette petite Espèce capturée par M. le Docteur Codet, à Oran, en avril 1879. ^*^ori aspect rappelle un peu les variétés bleues de Statices. Néanmoins, je crois que c'est une Espèce séparée par sa petite taille, l'apparence diaphane de ses ailes et la double couleur verte et bleue qui se partage les supérieures ».

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 239

Comme je possède authentiquement dans ma collection le spécimen qui a servi à la description écrite par M. Jules-Léon Austaut, il m'est aisé de reconnaître que Ino Orana, Austaut, est simplement Ciriana. Je fais d'ailleurs figurer parmi les six échantillons remis à M. Culot, ce papillon que j'avais jadis communiqué à feu Otto Staudinger pour le Catalog 1901, ainsi que l'étiquette : i( V^u par Staudinger Catalogue 1900 » en fait foi. Tous les papillons que je communiquais au dit Staudinger pour faciliter la rédaction de son Catalog, ont été pourvus par moi, au retour de Dresde, de cette étiquette imprimée. Cependant Staudinger n'a pas reconnu ce qu'était réellement cette Ino Orana : manquant de flair, il a cité dans son Catalog, à la page 391, sous le n" 4415, mais avec un point de doute, Orana, comme pouvant être une Espèce spéciale, entre Statices (n" 4414) et Geryon (n" 4416).

Il aurait dû se rendre compte que VIno Orana n'est autre chose que Cirtana. Staudinger classe Cirtana au n° 4398. Orana est porté un peu loin de son port d' attache, comme disent les marins !

Procris Tenuicornis, Z.

J'avais jadis comparé la Procris algérienne qui ressemble à la Geryon d'Europe, aux diverses Espèces de Procris européennes ou asiatiques qui présentent un faciès analogue. C'est ainsi que, par ses ailes, la Procris algérienne est semblable à la Procris de Malatia qui fut, il y a quelques années, répandue dans les collections, par le marchand de papillons allemand feu Otto Staudinger, sous le nom de Anceps. Mais les antennes de P roc ris Anceps diffèrent beaucoup de celles de la Procris algérienne et cette différence, ne permet pas, malgré la similitude des ailes, d'assimiler spécifiquement les deux Procris, celle d'Algérie et celle de Mésopotamie. Cependant la ressemblance paraît parfaite pour les antennes et souvent pour les ailes, dont la couleur est d'ailleurs variable chez la Procris algérienne, entre Tenuicornis, Z. et la Procris algérienne en question. En effet, j'ai beau

chercher à trouver une différence appréciable entre T cniiïcornh et la Procris qui est si commune en maintes localités de l'Algérie, je ne parviens à en découvrir aucune; les antennes du o" ont les dents de l'extrémité conformées de la même manière. C'est tout au plus si cette denture paraît un peu moins libre chez les exemplaires algériens; mais ce détail semble réellement insignifiant et résulte d'une impression qu'il est même difficile de définir avec précision.

J'ai donc jadis, comme je le fais encore aujourd'hui, rapporté à Tenuicornis Z. la Procris dont je dis à la page 37 de la Livraison I des Etudes cV Entomologie (1876) qu'elle est commune aux environs de Lambèse et qu'elle est un peu plus petite que le type de Hongrie.

Je fais représenter dans cet ouvrage plusieurs exemplaires algériens des deux sexes en leur appliquant le nom de Tenuicornis, et je fais figurer en même temps une paire de Tenuicornis de Hongrie, pour faciliter la comparaison immédiate entre les échantillons algériens et hongrois.

Je possède, dans ma collection, plusieurs centaines d'exemplaires provenant de Sebdou (juin 1907), de Khenchela (juin 1908), de Lambèse (mai et juin 1875, 1883, 1884, 1912, 1913), de Yakouren (juin et juillet 1907), d'Aflou (juin 191 1) et de Géryville (juin 1910).

A Géryville et à Aflou, la taille des papillons est généralement plus petite que dans les autres localités algériennes; il en est ainsi pour la Procris Tenuicornis qui donne dans le Sud-Oranais une morphe minutissima constante.

La couleur des ailes varie du jaune orangé doré au bronzé, au vert et au bleuâtre pour les ailes supérieures, en dessus. Le thorax et la tête participent de la couleur des ailes supérieures.

M. Harold Powell a pris les notes suivantes sur la chenille

de \-à.- Procris Tenuicornis : n Aflou mai 191 1; Une autre

chenille trouvée par terre ressemble assez exactement comme forme à une chenille de Zygœna; mais je ne crois cependant pas

que ce soit une véritable Z vgœna. Sa tête est petite, noire et luisante; elle se retire dans le prothorax qui est orné d'un gros écusson noir, arrondi, pointu en avant, luisant, qu'on pourrait prendre pour la tête elle-même, lorsque celle-ci est rentrée. La couleur de cette chenille est d'un gris assez foncé et la peau est tachetée de tout petits points noirs, très nombreux. Au centre dorsal, sur chaque segment, est une tache d'un brun noirâtre, triangulaire, la pointe dirigée en avant. Ces taches sont peu nettes. En bordure du centre dorsal est une ligne légèrement ondulée, de couleur blanchâtre. Comme chez les chenilles de Somabrachyi, les verrues composées des tubercules I et II (trapézoïdaux) sont réunies en une seule verrue. Ces verrues sont disposées obliquement; l'extrémité la plus près de la tête étant celle qui est la plus rapprochée du centre dorsal. Les bouts de verrues de la rangée de chaque côté du centre dorsal sont assez rapprochés; ils sont séparés seulement par la pointe de la tache triangulaire médio-dorsale. La ligne ondulée blanchâtre suit un rebord ou corniche assez distincte qui sépare l'espace du centre dorsal comprenant cette ligne, des flancs de la chenille. Les flancs gris portent une ligne de verrues arrondies, hérissées de crins courts, grisâtres. Ces verrues sont au-dessus des stigmates et sont formées probablement par la réunion des tubercules III et IV. Les stigmates sont de petits cercles noirâtres et peu apparents. En dessous des verrues des flancs, la couleur grise faiblit et prend un ton jaunâtre se confondant avec le ton jaune pâle ou blanchâtre sale du ventre et des pattes écailleuses. Le ventre est dépourvu des petits points noirs qui recouvrent le dorsum. Les pattes écailleuses sont noires. Il y a deux faibles lignes gris foncé, l'une au-dessus, l'autre au-dessous du rebord latéral qui porte une ligne de verrues arrondies, moins grandes que les suprastigmatales. Ces dernières portent de rares poils longs, blanchâtres ; mais, en général, toutes les verrues sont hérissées de crins courts d'un blanc grisâtre. La couleur des verrues est d'un brun grisâtre, même un peu orangé.

J'ai essayé de nourrir cette chenille; mais étant presque adulte,

elle a refusé toutes les plantes que je lui ai offertes; elles s'est chrysalidée, après avoir formé un petit cocon très lâche et elle a donné naissance, le 25 juin, à un exemplaire cf de Procris Temticornis ».

Nadia Servula, Berce.

L'Espèce paraît rare en Algérie; je possède seulement trois exemplaires pris à Lambèse en juin 1875, en juin IQ12 et en août 1QI3. M. Powell a noté que ce dernier exemplaire était venu à la lumière, à 3 heures et demie du matm, le 16 août IQM ; If" paijdlon entra clans la maison où M. Povv'ell était occupé à fixer ses clichés photographiques. Le même chasseur a capturé un exemplaire à Aflou, en septembre 191 1.

La NacUa Sen<iila, jusqu'ici, a été trouvée dans le midi de la France, en Catalogne, en Andalousie et en Algérie. Elle varie un peu pour la taille et le développement de la teinte jaune ù partir du bord anal et de la base des ailes inférieures vers le disque; de plus, les ailes supérieures sont souvent d'un brun café au lait sans taches; d'autres fois, on aperçoit deux très petites taches hyalines accolées l'une à l'autre, près du bord terminal des ailes supérieures.

HETEROGYNID^

Heterogynis Penella, Huebner.

Ma collection contient deux cf que M. Achille Raffray m'avait jadis envoyés de Boghari. Ils sont de petite taille et paraissent semblables à ceux que l'on rencontre communément à Saint- Martin-du-Canigou, dans les Pyrénées-Orientales.

M. Harold Powell a trouvé à Tiaret plusieurs chenilles d'une Heterogynis dont il n'a pu obtenir l'imago. Je reproduis comme

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 243

suit les notes qu'il a prises au sujet de cette Espèce. C'était le 6 mai 191 1. Voici donc ce que M. Powell a relaté :

(( A Tiarct, VUlcx nous a donné des chenilles d'un Hcterogynis, plus sombres et moins jaunes que celles de Penella du sud de la France. Dérangées, ces chenilles se laissent tomber, mais elles restent suspendues par un fort fil de soie; elles tissent une toile peu épaisse sur le buisson, qui sert surtout à les protéger pendant les mues. Il y en avait d'assez avancées qui ont formé leurs cocons 2 ou 3 jours plus tard, mais aucune de cellesci n'arrivait à la taille des chenilles de Penella; elles ne vivaient pas exactement en compagnie, quoiqu'on en trouvât souvent une \ingtaine sur un même buisson d'ajonc, provenant, sans doute, d'une seule ponte; la soie qu'elles ûlent est blanche, mais le cocon est jaune, de forme ovale allongée. Le Calycotorne n'est pas rare sur ces collines ; je n'ai pas vu de chenilles à'Heterogynis sur cette plante )).

LIMACODID^.

Limacodes Codeti, Obthr.

J'ai fait figurer l'un des deux premiers exemplaires de l'Espèce que j'ai connus, sous le n" 3 de la PI. 4, dans la IX" Livraison des Etîtdes d' Entomologie (1884). L'Espèce vient à la lumière. M. Harold Powell en a pris trois individus dans la nuit du 25 septembre 1907, sur le Djebel-Znim, au sud de Sebdou ; de même en septembre 1907, Limacodes Codeti fut capturée au nombre de trois exemplaires également au champ de tir de Sebdou. On ne sait rien des premiers états. Il ne semble pas que l'Espèce soit commune en Algérie; cependant Lord Walter Rothschild a fait connaître qu'il avait reçu 23 spécimens de Guelt-es-Stel, capturés en mai, août, septembre et octobre. Il doit donc y avoir deux éclosions, l'une de printemps, l'autre d'été se

244 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

prolongeant jusqu'en automne. Chez Codeti, les deux sexes ont les ailes de la même couleur.

NOTODONTIDiE

Cerura Interrupta, Chr.

Ma collection contient quatre exemplaires algériens, tous cf, les uns pris à la lum.ière en juillet et août, à Lambèse, par M. Powell, les autres obtenus de chenilles qui vivaient sur le peuplier. La photographie de la chenille a paru sur les PL 33, 34 et 35 du Vol. VII des Etudes de Lépïdoptérologie comparée

M. Powell a fait, au point de vue du parasitisme de l'Espèce, les intéressantes observations qui sont relatées comme suit :

(( Le 12 juillet 1913, j'ai trouve, dans un ravin de la forêt de Sgag (Aurès), sur une feuille de saule, la peau vide d'une jeune chenille de Cerura que je crois être la C . Interrupta; à côté de la dépouille, se trouvait un cocon Ichneumonide, cylindro-ovoïde, blanc, avec deux anneaux noirâtres dont l'un, assez étroit, était près d'un des bouts du cocon et l'autre, plus large, noircissait toute l'extrémité opposée. La larve de l'Ichneumon avait vécu, comme parasite, dans la chenille de la Cerura et l'avait abandonnée, enfin, pour former son cocon. J'ai envoyé le cocon et l'Ichneumon qui en est éclos plus tard, à M. Claude Morley. M. Morley a bien voulu déterminer l'Espèce éclose qui est la P'nupla Maculata, Fab. Q ; il m'informe, cependant, que le cocon est celui d'une autre Ichneumonide, du genre Casinaria et il suppose, en conséquence, que la Pinipla a évolué comme hyperparasite. LTne chenille, probablement de la même Espèce [Interrupta^, trouvée à Sebdou, le 27 septembre 1907, a fourni un grand nombre de larves d'un Braconide du genre Apanteles, le jour même de sa capture. »

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 245

Cerura Bifida, Hucbner.

La forme algérienne et tunisienne est celle qui a été distinguée sous le nom de JJ rocera, Boisduval {G encra cl Index nié th., 1840, n" 655), défini par ce seul mot : obscurïor.

Je possède 3 Q provenant de Ratna (avril 191 3), Lambcsc (mai 191 3) et Ain-Draham (1909).

Dicranura Delavoiei, Gaschet.

I.a chenille et l'insecte parfait sont décrits comme variété de Yinnla, d'après des exemplaires d'El-Esmau, à la page 522 du Volume VI (5® Série) des Annales de la Société entoniologiqne de France, 1876, par M. Pierre-Auguste Gaschet, de Bordeaux. M. Powell a obtenu un grand nombre d'exemplaires qu'il a élevés de la chenille à Aflou, à Géryville, à Sebdou, à Khenchcla, à Lambèse, à Saïda, à El-Outaya, à Maison-Carrée. Notamment la chenille a été observée très abondante sur les peupliers, à Géryville, près des sources, aux mois de juin et juillet 1910. M. Powell rapporte que dans la nuit du 10 au 11 juillet 1910, à la marc Fauchet, près Géryville, où l'explorateur a campé avec son aide Charles David et des Arabes, les chenilles, arrivées à toute leur taille, descendaient en grand nombre des peupliers et commençaient à tisser leur cocon, durant la nuit, dans les couvertures et les vêtements mêmes des voyageurs. L'éclosion de l'insecte parfait se fait à partir de mars et jusqu'en juin, de sorte qu'on ]icut trouver des papillons retardataires en même temps que des chenilles.

L'Espèce varie pour la coloration plus ou moins foncée du ground colour gris des ailes.

Hybocampa Powelli, Obthr.

Jusqu'à ])réscnt ma collection contient 5 (j et une Q de cette belle Espèce nomclle. Le papillon cclôt en a\ril c-t mai. La cl

24<3 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

est plus grande que le (S ; ses antennes sont légèrement pectinées vers la base, tandis que celles du cf le sont fortement jusqu'aux deux tiers de leur longueur. Chez les deux sexes, les antennes, après la pectination de la base, se terminent en fil.

XJHybocampa Poiuclli (S est figuré sous le n" 1845 de la PI. CXCI, dans le Volume VII des Etudes de Léfïdoptérologïe coniparéc. Le papillon venait à la lumière dans les lieux boisés de chcnc vert, à Lambèse.

Pterostoma Palpina, Linné.

Est indiqué d'Algérie dans le Ca/alog par Staudinger et Rebel, 1901 ; M. Powell n'a pas trouxé cette Espèce en Algérie.

Phalera Biicephalina, Slgr. {Ct/ulo;^, 1901, \\ iii, n" 858/;).

Tanger. Je ne possède pas cette forme signalée par Staudinger et Rebel et je ne l'ai jamais vue en nature.

Pygasra Powelli, Ol)lhr.

La figure coloriée a été publiée sous les n"' 4729, 4730 et 473' de la PI. CCCXXX dans le Vol. XI des Eiiidc.s de Lépidoptcrologïc coniparéc.

Antérieurement, des photographies représentant la chenille et le papillon avaient paru dans le Vol. VII des mêmes Eludes, aux Planches 29, 30, 31 et 32; l'œuf se trouve figuré sur la planche phototypique n" "ji du Vol. X; de plus, d'après une aquarelle de AL Powell, la chenille a été reproduite en couleurs, sous les figures 4465 et 4466 de la PL CCXCIX du Vol. X des Etudes de Lépidoptérologie comparée. M. Powell a fait dans ma collection, à Rennes, en juin 191 6, une étude comparative de Pygœra Poivclli, de Làmbèse, et des diverses formes de Pygœra Pigra, Hufn. {Reclusa, Huebner 90) ; voici le texte même des observations écrites par mon excellent collaborateur :

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 247

« C'est avec la Pygœra Pigra, Hnfn., que la P. Poivelli a la plus d'affinité; il se peut même que Poivelli soit une forme extrême de Pigra; il est voisin, aussi, d'une Espèce de l 'Arizona, plus grande, dont les dessins et aussi la couleur se rapprochent beaucoup de Poivelli.

La taille de Pigra et celle de Poivelli sont sensiblement les mêmes; la Q est un peu plus grande chez Poivelli; les ailes antérieures sont plus étroites chez le cf de Poivelli que chez le cf de Pigra; quant à la couleur, tout est beaucoup plus pâle chez Poivelli, et cette différence est surtout remarquable quand on compare Poivelli avec Pigra, de Rennes ; elle est moins frappante dans le cas des Pigra provenant de régions plus centrales ou méridionales de France, telles que le Loiret, Digne et Menton. La pectination des antennes du cf est d'un gris clair parfois gris brun clair chez Poivelli, la tige étant blanche; chez la Q, qui a les antennes beaucoup plus fines que le cf, la pectination, très courte, est plus brune que chez le cf, mais la tige reste blanchâtre; chez Pigra, les antennes cf et Q, semblables, me paraît-il, pour la structure, à celles de Poivelli, sont brunes et même d'un brun très foncé chez les sujets de Rennes, la tige étant de teinte plus claire mais non blanche.

La couleur du thorax et de l'abdomen, chez Poivelli, est d'un gris très pâle; les ptérygodes sont d'un gris aussi clair, mais un peu cendré; la crête centrale thoraciquc, de la même forme que ( hcz Pigra, est d'un brun olivâtre; chez Pigra, la teinte du thorax et de l'abdomen est bien plus foncée que chez Poivelli et le gris ("(Midré des ptérygodes est plus contrasté.

Le H ground colour >^ de l'aile supérieure, chez Poivelli, est d'un gris blanchâtre au lieu d'être gris lilas plus ou moins foncé comme chez Pigra; chez Poivelli, l'espace compris entre la ligne transversale blanche extérieure et la marge externe, est, dans la moitié apicale, d'une teinte rosée; en descendant vers le bord interne, la teinte rosée diminue progressivement. Cet espace à teinte rosée est traversé, sur le milieu, par une ligne, un peu ondulée, de courts traits gris foncé, laquelle ligne de traits se

248 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

trouve bordée intérieurement par une ombre gris lilacé qui n'atteint pas la marge costale; l'ombre en question n'est pas très nettement limitée. Chez Pigra, l'espace compris entre la ligne blanche extérieure et la marge, est de la couleur du fond (ground colour) ; la ligne de traits foncés y est tracée, comme chez Powelli; partant de la côte, sur laquelle s'appuie sa base, est une tache en forme de coin, de couleur rouge brunâtre, qui traverse un peu plus d'un tiers de l'aile; le coin rougeâtre est limité intérieurement par la ligne blanche, sur laquelle elle déteint un peu; extérieurement la ligne de traits foncés est bordée par une série de petites taches rosées peu distinctes. En somme, sur cette partie de l'aile supérieure, on devine le même schéma de dessin chez les deux Espèces; mais, tandis que, chez Pigra, la tache ante-apicale, en forme de coin, ressort d'une façon frappante, elle est beaucoup plus dégradée et de couleur plutôt rosée, chez Poiuclli; la couleur rosée pâle, entre la ligne de traits foncée et la marge externe, est beaucoup plus étendue chez PoiueUi, et non pas réduite à de simples taches estompées, comme elle l'est chez Pigra; chez cette dernière Espèce, ce n'est guère que dans les sujets les plus clairs qu'on les distingue.

Une des plus grandes différences entre Pigra et PoivcUi se remarque dans la disposition des fines lignes blanchâtres de l'aile supérieure; ces lignes transversales sont au nombre de quatre; la basilairc est plus ou moins complètement brisée vers le milieu, chez les deux Espèces; son tronçon supérieur, partant de la côte, vient aboutir à la nervure médiane; le tronçon inférieur, montant de la marge interne, arrive à la nervure médiane, à un point plus éloigné de la base que celui atteint par le tronçon supérieur ; mais, tandis que, chez Pigra, la disjonction est très nette et les extrémités des deux tronçons souvent largement séparées, chez Powelli ces extrémités sont très rapprochées, et, dans bien des cas, la ligne paraît être entière, faisant simplement un très petit crochet vers l'extérieur. La seconde ligne blanche est entière et pareille dans les deux Espèces. La troisième ligne, chez Pigra, commence à se dessiner un peu en dessous de la côte; elle descend en ligne plus

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 249

OU moins sinueuse, obliquant un peu dans la direction de la base de l'aile, jusqu'au point où elle rencontre la nervure médiane; au-dessous de la nervure, il y a parfois un petit crochet, vers la base de l'aile et, ensuite, la ligne prend une direction oblique vers l'extérieur et vient rejoindre, près de la marge interne, la quatrième ligne blanche; en somme, la troisième ligne, en se réunissant avec la quatrième ligne, forme un V en dessous de la nervure médiane. Chez Powelli, la ligne n" 3, obliquant d'abord fortement vers la base de l'aile, arrive très près de la ligne n" 2, beaucoup plus près que dans le cas de Pigra; ensuite elle revient vers la ligne n" 4 pour la rejoindre près de la marge interne; le V est donc bien plus largement ouvert chez Powelli que chez Pigra, l'angle formé par la réunion des deux lignes étant plus aigu dans le cas de Pigra. La couleur foncée qui remplit une partie du V est d'un brun un peu roux chez Pigra, olivâtre chez Poivclli. La ligne n" 4 part d'une petite tache blanche sur la côte; chez Pigra, elle fait un petit crochet, généralement assez aigu, \ers la marge extérieure; ensuite elle descend en ligne assez droite jusqu'à la marge interne; chez Poiuclli, cette ligne est légèrement et régulièrement ondulée; on n'y remarque jamais le crochet de Pigra. La comparaison de Pigra et de Pmvclli a été faite avec une centaine d'exemplaires de Pozvclli et trente-cinq de Pigra provenant de Rennes, du Loiret, de Châteaudun, de Menton, d'Irlande, de Digne, de la Sarthe, etc. Une très grande Q, de la collection Oberthiir, paraît intermédiaire pour la coloration; mais elle se rapproche davantage de Pigra pour la disposition des lignes blanches ; cette Q provient de Tanger. »

J'ai examiné moi-même soigneusement la série des exemplaires de Poiuclli à côté des Pigra.

Il est évident que la constance de la coloration brun grisâtre clair de Powelli constitue pour le moins, en- ce qui concerne la morphe algérienne, une variété notable; mais la similitude des lignes et des ombres, sur les ailes supérieures, me fait incliner vers l'unité spécifique des Pygœra Pigra et Powelli. ■'Ldi grande Q de

250 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Tanger, que je reçus autrefois d'Olcèse, se rapproche plus de Pigra que de Poiuelli. Cette circonstance me semble intéressante en vue du rapprochement spécifique de Powelli et Pigra.

Donc Powelli serait une variété pallidior, roseo-grisea, de Pigra.

M. Powell croit utile d'ajouter à la présente notice les renseignements suivants :

'< Pygœra Poiuclli éclôt, à ma connaissance, deux fois par an ; d'abord, en juillet, et, ensuite, à partir de la première semamc d'août jusqu'à la fin de ce mois. I^es sujets que nous prenions dans la première semaine de juillet étaient, en général, frais, mais il est très probable que l'éclosion de cette génération commence en juin. Il me semble possible, vu l'évolution très rapide de la génération d'août, qu'il y ait une troisième éclosion au mois de septembre; cependant, nous n'avons ni vu ni capturé le papillon, à cette époque. Je ne puis dire comment l'Espèce passe l'hiver; nous avons, quelquefois, trouvé les chenilles, dans le dernier stade, en juin; avaient-elles hiverné? provenaient-elles d'œufs pondus au printemps par des Q dont les chrysalides avaient passé l'hiver? La chenille vit, à Lambèse, sur le Salix pedicellata Desf. et sur le Salix purpiirca \..\ c'est surtout sur cette dernière Espèce que nous la rencontrions; elle vit dans une « tente » formée par la réunion de deux ou de plusieurs feuilles retenues par leurs bords avec de la soie; quand il s'agit du Salix pedicellala, une seule feuille repliée est généralement suffisante. La première chenille de Powelli que nous avons trouvée - - c'était le 2 juillet igi2 — s'est chrysalidée trois jours plus tard; dix jours après — le 15 juillet — est éclos un papillon Q qui s'est accouplé le surlendemain soir avec un cf rapporté vivant d'une chasse de nuit. La Q a pondu copieusement pendant les nuits du 18 et 19 juillet, déposant environ 250 œufs sur la gaze de la cage et sur les feuilles de saule.

Une grande partie de mes notes concernant les premiers états de Pygœra Pozvelli se trouvant, avec celles sur les Zygccna Loy-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAPÉE 25 I

sclis et Favonia, inscrites dans un carnet que j'ai malheureusement perdu, je ne puis donner de détails descriptifs des différents stades de la chenille que j'ai élevée en juillet-août 191 2 et encore en 1913.

La forme de l'œuf est celle de la moitié d'une sphère dont les pôles seraient un peu étirés; la base est très large, plate; la surface paraît unie et finement mate, à la loupe et aux très faibles grossissements ; mais un grossissement de 40 ou 50 diamètres démontre très bien la présence d'un réseau cellulaire extrêmement fin, recouvrant toute la surface de l'œuf. Le diamètre horizontal de l'œuf est de o m. 0008 à o m. 0009, la hauteur de o m. 0005. Les œufs vides ont un trou rond, assez large, au sommet; les bords de ce trou ont été découpés en dents de scie, par la chenille, pendant son travail d'élargissement; la coque vide est blanchâtre, semi-transparente, finement mate, et sa surface présente des reflets roses, irisés. — Cette description est faite d'après l'examen de nombreux œufs morts, les uns contenant encore la chenille desséchée, les autres vides. Je me souviens que l'œuf présentait une coloration rougeâtre à une phase de la période d'incubation et qu'il est devenu gris noir peu avant l'éclosion de la chenille.

En 191 2, les œufs pondus les 18 et 19 juillet, sont éclos du 25 au 26; les chenilles ont grandi très rapidement; elles ont mué pour la première fois, ciu 29 au 30 juillet; pour la seconde fois, les 1 "" et 2 août; la troisième mue a eu lieu du 4 au 5 août, et la quatrième mue, passée le 7 août par les sujets les plus avancés, n'a eu lieu que le 15 pour le dernier des retardataires. Le premier cocon a été construit le i i août et la chenille contenue s'est chrysalidée le 13. Les éclosions du papillon ont commencé le 24 août et ont pris fin le 30; le papillon sortait de sa chrysalide presque invariablement entre 7 heures et 8 heures du soir, très rarement, un peu plus tôt; j'ai de nouveau constaté cette constance dans l'heure d'éclosion, en 191 3 ; le vol commence vers 9 heures 1/2.

La jeune chenille file beaucoup de soie et elle s'abrite entre deux petites feuilles réunies, ou bien dans une feuille dont elle

252 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

a replié un des bords; elle ronge le parenchyme sans découper la feuille. Plus grande, elle continue à vivre cachée, dans une (( tente » de feuilles dont elle sort pour manger les feuilles voisines, lorsqu'elle se trouve dans ses deux derniers stades; à l'approche d'une mue, elle s'enferme mieux, dans sa tente, en l'obturant avec de la soie; je crois qu'elle construit une nouvelle tente, mieux adaptée à ses dimensions augmentées, après chacune de ses mues; en tout cas, elle change plus d'une fois de tente dans ses derniers stades.

La chrysalide se trouve dans un léger cocon de soie grisâtre très pâle, qui est lui-même enveloppé dans une feuille de saule ou placée entre plusieurs feuilles; la chrysalide se voit bien, à travers le cocon, si on enlève d'abord les feuilles enveloppantes. La chrysalide est lisse, même brillante; sa forme est assez trapue; le thorax ne fait pas saillie dorsale, mais les 4 premiers segments abdominaux, par leur légère proéminence, donnent à la chrysalide, vue de profil, un aspect un peu bossu; le dernier segment est bien arrondi; le crémastcr est en forme d'une petite épine d'un demi-mil limètre de longueur, ressemblant à un T aux bras très courts et un peu recourbés vers le bas ; ces petits crochets, engagés dans les fils de soie, rattachent la chrysalide au cocon. La couleur de la chrysalide est d'un brun acajou, pas très foncé; elle me paraît ressembler beaucoup à celle de Pigra\ la chrysalide vide est d'un brun rouge clair; l'enveloppe chitineuse est transparente et plutôt mince; la longueur totale d'une chrysalide Q moyenne est de 16 mm., d'une chrysalide cf de 14 mm. »

LIPARID^

Cnethocampa Pityocampa, Schiff.

Commun à Lambèse oîi il vient à la lumière, en juillet et août. La Q aussi bien que le cf, mais plus rarement, est attirée par la lumière et s'y laisse capturer.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 253

Voici les renseignements que M. Powell me donne relativement à la présence de Fit y o campa, dans la province d'Oran :

(( Pityocampa se trouve, probablement, dans les principales forêts de pins, en Algérie. 11 n'y avait pas de pins, aux environs de Géryville, et il s'ensuit que je n'ai pas trouvé l'Espèce dans cette localité.

A Sebdou, il y avait bien quelques pins d'Alep, sur les collines, au sud-est; je n'y ai pas pris Pityocampa; mais il est vrai que je n'ai fait que deux chasses de nuit, en septembre, dans la localité des pins.

Dans la région des (( Gada », au sud d'Aflou, le pin d'Alep était abondant sur les collines, à 15-20 kilomètres du village; j'ai chassé à la lumière, au commencement de septembre 191 1, entre Enfouss et El Kheicha, au sud d'Aflou, mais Pityocampa n'était pas parmi mes captures de cette localité; l'Espèce existe, cependant, dans le Gada, puisque j'ai trouvé une ponte, sur une feuille de pin, à l'époque de mon passage. Cette ponte est figurée sur la planche phototypique J s du Vol. VI des Etudes de Lépi- (loptérologie comparée. »

La forme de Pityocampa, à Lambèse, est exactement la même que celle qu'on trouve à Hyères et à San Ildefonso (CastiUe). Dans les Pyrénées-Orientales, les cf semblent généralement plus petits ; dans les Alpes-Maritimes, le groiind coLoiir paraît plus foncé ; mais ces différences, constatées d'après d'assez importantes séries d'exemplaires, sont en définitive de peu d'importance.

Je ne connais pas la variété Orana, Stgr., définie comme suit : pallidior, alis anticis albido-griseis {Catalog, 1901).

Thaumetopœa Herculeana, Rambui.

Lambèse, Sebdou, Géryville et Aflou. C'est dans cette dernière localité que M. Powell a trouvé la chenille qu'il a élevée sur un petit GeraniujH et sur un Helianthemiivi.

254 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Voici du reste les notes prises par M. Powell, relativement à Hcrcnleana :

« Les cf de Herculeana venaient assez abondamment à la lumière, pendant le mois de septembre iQio, à Géry ville et en août et septembre 191 1, à Aflou. Quelques cf ont été capturés dans la nuit du 9 au 10 octobre 1910, à Smida, sur la plaine, à environ 45 kilomètres au norcl-est de Mécheria. Dans la. région de Sebdou, j'ai pris seize cf, dans la nuit du 13 septembre 1907; c'était ;i .Sidi-Djlali, un peu plus près de la frontière marocaine (]uc' de Sebdou. L'Espèce paraît rare dans l'Est de l'Algérie; j'ai pris un seul cf à Lambèse, le 17 septembre 191 2.

La Q est rare; du moins, elle ne vient c]ue rarement à la lanterne; le cf, au contraire, est fortement attiré par la lumière; il y vient même à la clarté de la lune et quand le vent souffle; dans de pareilles conditions, on ne peut guère espérer prendre c]ue quelques Soviabrachys et Herculeana cf ; le cf arrive en trombe, faisant de grands cercles irréguliers autour de la lanterne; souvent il tombe à terre, bondissant d'un point à l'autre; si on ne le prend pas tout de suite, au filet, il ne tarde pas à s'arrêter sur la mousseline de la cage, ou, plus souvent encore, sur quelque petite plante par terre, oii on ne le retrouve pas facilement ; mais il ne reste pas longtemps au repos, et recommence bientôt à tourner autour de la lampe.

Les œufs sont pondus sur les tiges de Graminée, de l'Armoise et d'autres plantes de la plaine; chaque ponte comprend un grand nombre d'œufs arrangés en très large bague autour de la tige; les œufs ne sont pas visibles, étant recouverts d'écaillés grises, soyeuses au toucher, papyracées, à la façon de ceux de Pityocampa; les écailles, dirigées en bas, imbriquées et étroitement serrées, sont solidement fixées à la tige et aux œufs; elles protègent parfaitement les œufs contre les intempéries.

L'éclosion des larves a lieu vers la fin du mois d'octobre et se prolonge jusqu'à mi-novembre. En novembre 1910, je possédais plusieurs centaines de jeunes chenilles, écloses de pontes rap-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COiMPARÉE 255

portées de Smida; elles ont accepté, pour nourriture, le Cis/ns Salviœfolius et cette plante semblait leur convenir parfaitement, elles s'attaquaient aux feuilles, dévorant le parenchyme et les rendant presque transparentes. Les jeunes chenilles vivent en société et elles tissent une grande quantité de soie blanche, fine, de façon à faire une sorte de nid. Je n'ai pas réussi à les élever; vers la fin de novembre, une maladie cryptogamique s'étant déclarée, les chenilles, qui se trouvaient alors à la fin du premier stade, sont toutes mortes.

Dans la première quinzaine de mai 191 1, à Aflou, nous trouvions, par places, des chenilles noires, portant des faisceaux de poils blancs et jaunes; elles erraient par terre ou se chauffaient au soleil dans les lieux pourvus d'une maigre végétation; nous sommes restés quelques jours sans savoir quelle était leur plante nourricière. Ces chenilles a\'aient tout à fait l'apparence d'Arctiides, et, jusqu'à l'éclosion du premier papillon, j'ai supposé (]ue j'avais affaire à une Arctia d'une Espèce qui m'était niconnue à l'état de larve; c'est ainsi que, sur la planche J ;;/ du \'()1. V, 2" partie, des Eludes de Lépidup/éi'ologie coin purée, deux clienilles de T. Hercidcana d'Aflou, se trouvent figurées, avec la désignation (( Deux chenilles d'Arctiide ».

Les chenilles que nous trouvions, en mai, à Aflou, étaient les unes dans le dernier, les autres dans l'avant-clernier stades; on les trouvait, non pas ensemble, mais à de petites distances les unes des autres; si, par exemple, on découvrait une chenille, on était sûr d'en trouver d'autres dans un rayon assez limité; elles se tenaient sur le sol et parfois sur les petites plantes, mais sans se réunir sous une toile de soie commune, comme chez Pïtyocampa et chez Processionea ; il est vrai, comme je l'ai dit en parlant des chenilles élevées juscju'à la fin du premier stade seulement, que, dans leur jeune âge, ces larves tissent une toile clans laquelle elles \ivent ensemble, mais elles perdent certainement cette habitude en arrivant à l'avant-cL^rnier stade, sinon plus tôt. Le 1 1 mai, en nous promenant, au sud d'Aflou, sur un terrain semi-désertique, piétiné par les moutons, les chèvres et les gens d'un clouar voisin,

256 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

nous avons recueilli une vingtaine de chenilles d' H miileana ; plusieurs de ces chenilles ont été vues en tram de manger un tout petit Gcranhirn, plante qui est certainement leur nourriture préférée à Aflou, quoiqu'elles mangent aussi V Hclianthenunn; il m'a semblé que, sur ce terrain parcouru par les troupeaux et dans le voisinage immédiat des tentes du douar, beaucoup de chenilles ont dû périr écrasées.

Pour se chrysalider, vers la fin de mai, ou plus tôt, la chenille s'enfonce assez profondément dans la terre et, là, elle tisse un cocon ovoïde allongé, de nature papy racée, mince, verni intérieurement; la couleur du cocon est brune ; extérieurement, on y remarque des grains de sable ou de terre adhérents, mais presque pas de poils, la chenille ayant l'habitude de se démunir de ses poils avant de s'enterrer. Les éclosions du papillon ont commencé à se produire après le i 5 août.

J'ai pris les notes suivantes en ce qui concerne la livrée de la chenille, dans l'avant-dernier et le dernier stades :

Avant-dernière livrée : Tête noire, luisante; corps noir; les pattes membraneuses sont cerclées d'un anneau chitineux, noir; les verrues pilifères sont noires; les chenilles portent sur leurs flancs des faisceaux de poils assez fins, blanchâtres, teintés de jaune ; il existe une ligne d'un blanc terne, le long du bord latéral [flange).

Dernière livrée : Tête et corps noirs, la tête luisante; les pattes membraneuses sont d'un brun rougeâtre terne; les pattes écailleuses sont noires; la ligne blanche, latérale, du stade précédent, n'existe plus, ou n'est que faiblement marquée dans certains exemplaires; les faisceaux de poils sont composés de nombreux poils jaune canari, sur toute la région dorsale, et de très longs poils blancs, peu abondants. Je n'ai pas remarqué que ces poils fussent irritants.

Quelques jours plus tard, j'ai écrit une description plus détaillée de la chenille dans son dernier stade; la voici :

(* Chez presque tous les sujets on peut constater la présence

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 25;

de la ligne en bordure de la surface dorsale (flange Hnc), d'un blanc sale et faiblement marquée; on distmgue beaucoup mieux cette ligne chez les nidividus soufflés que chez la chenille vivante. Au centre dorsal de chaque segment abdominal, entre les tubercules trapézoïdaux, se trouve une touffe serrée de très courts et fins poils d'un brun foncé, paraissant noirs clans l'ensemble. Ces touffes semblent mériter une attention spéciale, car je n'ai vu leur pareil chez aucune autre Espèce; les poils dont elles sont composées semblent naître du bord interne des tubercules trapézoïdaux, surtout des tubercules I; peut-être poussent-ils aussi directement sur la peau du dorsum ; en tout cas, ils sont très légèrement attachés ou même libres; en somme, la touffe consiste en une bourre de feutre lâche, composée de poils spéciaux, enchevêtrés, qui s'enlève très facilement et n'est maintenue en place que par les crins fixés normalement dans les tubercules. Chez la plupart des chenilles, les bourres ne sont pas entières, des portions paraissant avoir été enlevées, soit accidentellement, soit, peutêtre, au moment de la mue; cependant, on trouve souvent des touffes assez complètes, surtout sur les 6^ /'' et 8'' segments abdominaux. Les touffes sont peu élevées, elles arrivent à un tiers ou à la moitié de la hauteur des crins jaunes; leurs dimensions sont très variables par suite des pertes et parce qu'il arrive souvent qu'une portion détachée vient se superposer à la pièce restée en place. Je ne vois pas trace de ces touffes spéciales, sur les segments thoraciques.

Les longs poils blanchâtres sont peu nombreux; les tubercules IV et V sont substigmatals ; les stigmates sont arrondis, noirs, à bord chitineux.

J'ai nourri les chenilles avec VHelïantheviuin à fleurs jaunes (//. vulgare et H. Croceiun) ; elles montraient une préférence pour les boutons des fleurs. Nous trouvions souvent la chenille sur VHelïanthemnm, ainsi que sur le petit GcrauiiDu; \ers le 20 mai, j'avais une soixantaine de chenilles d'Herculeana; à partir de cette date elles sont devenues rares; nous n'en avons plus trouvé à la campagne, après le 25 mai; cependant, en cage, quelques-

258 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

unes des chenilles ont continué à manger jusque vers le 20 jum; les autres avaient déjà disparu sous terre, ou bien elles étaient mortes d'une épidémie qui en a tué un bon nombre; pendant quelque temps, je trouvais journellement de 2 à 5 chenilles mortes dans la cage et raides comme du bois; ce ne peut guère être un manque de soin et de propreté qui a occasionné cette épidémie; les chenilles étaient bien aérées et, chaque jour, on leur donnait de la nourriture fraîche, en enlevant tous les débris et restes de la veille.

En fouillant dans la terre, au fond de la cage, le 24 juillet, soit plus d'un mois après la disparition de la dernière chenille, j'ai trouvé une dizaine de cocons; il y en avait d'autres, mais je ne les ai pas dérangés, m'étant contenté de remuer la terre sur la moitié du fond de la cage. Les cocons se trouvaient à environ 3 centimètres de profondeur; l'épaisseur de la couche de terre, au fond de la cage, étant de 4 cm. 1/2 ; ces cocons me paraissaient bien petits par rapport à la taille de la chenille; leur longueur variait entre 17 et 19 millimètres. A ce moment, toutes les chrysalides étaient formées et bien durcies, par conséquent les chenilles n'avaient pas mis longtemps à se métamorphoser, après avoir construit leurs cocons. Vers la fin du mois de juillet, je me suis aperçu que deux des chrysalides étaient fendues et qu'elles contenaient chacune un pupanum de Diptère; de l'une de ces chrysalides, le puparium sortait à moitié. I^'époque d'éclosion du papillon étant passée, je me suis rendu compte que presque toutes les chrysalides non écloses contenaient le puparium Diptère; contrairement à ce qu'on observe chez la chrysalide parasitée de Tyinpanophora Harohll, la chrysalide parasitée d'Hcrculeana est toujours ouverte, quoique l'asticot ne la c]uitte pas ou en tout cas très rarement pour former son puparium;

l'éclosion de la mouche parasite a lieu vers la un de l'hiver (j'ai constaté des écl osions en mars) ; la mouche est d'une assez grande Espèce.

La chrysalide est trapue, atténuée en torpille vers la tête, à partir de l'extrémité postérieure du thorax; l'extrémité abdomi-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 259

nalc est tronquée, arrondie; le crémaster est représenté par deux petites épines, séparées l'une de l'autre par un espace de I mm. 1/2, et qui se trouvent placées sur une pièce rugueuse, en léger relief, formant un croissant qui contourne à moitié la cicatrice anale. Les enveloppes des membres (ailes, antennes, pattes, etc.), ainsi que la tête, sont finement rugueuses; la surface dorsale du thorax et des segments abdominaux est mate, ,très finement pointillée et ridée; le sommet de la tête est en pointe émoussée; le thorax n'est pas du tout proéminent; la ligne de contour dorsal, partant du sommet de la tête, suit une courbe régulière (à part une petite dépression séparant la tête du thorax) jusqu'au premier segment abdominal; de ce segment jusqu'au quatrième, la ligne de contour continue à monter très légèrement ; ensuite, la courbe descendante commence ; mais ce n'est qu'à partir du septième segment de l'abdomen qu'elle s'accentue fortement ; la courbe commence à monter vers la surface ventrale un peu avant d'atteindre le crémaster.

Les incisions entre les segments abdominaux 4-5, 5-6 et 6-7 sont larges et les segments 5 et 6 ont le pouvoir de faire de petits mouvements.

Les bords antérieur et postérieur des segments abdominaux 5, 6 et 7 sont relevés en une arête chitmeuse assez "aiguë, un peu brillante; les stigmates, visibles sur les segments abdominaux 2-8 inclus ont une forme ovale allongée; ils sont très légèrement saillants.

Les dimensions de la chrysalide examinée (une q) sont les suivantes : longueur totale 17,5 mm.; du sommet de la tête à l'apex des ptérothèques 10,5 mm.; de l'apex des ptérothèques à l'extrémité de l'abdomen 7 mm.; largeur à l'épaule (base des ptérothèques) 6,5 mm. ; au troisième segment abdominal 7,5 mm. ; au quatrième segment abdominal J,}) mm. ; au huitième segment abdominal 4,7 mm.; épaisseur n l'épaule 5,5 mm.; au troisième segment abdominal 7,5 mm.; au quatrième segment abdominal, 7,5 mm.; au huitième segment abdominal 5 mm. La couleur de la chrysalide est d'un brun acajou très foncé. »

26o LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Le Thaumctopica Hcrculeajia a été jusqu'ici observé en Algérie et en Espagne. Dans ce dernier pays, on a trouvé l'Espèce en Andalousie et en Castille. Je possède des échantillons de Cadix, de l'Escorial et de Valladolid. J'ai pu faire entre les papillons espagnols et algériens une comparaison assez probante pour pouvoir exprimer l'opinion qu'il n'y a pas de différence appréciable entre les deux races espagnole et barbaresque. Mais l'Espèce est très variable et elle paraît varier semblablement dans la Péninsule ibérique et dans l'Afrique du Nord.

C'est dans la collection de feu Aurelio Vazquez, acquise par moi, il y a peu d'années, que j'ai surtout trouvé, en nombre suffisant, les éléments espagnols pour la comparaison géograpliique du Thaitinetopiea Hercidcana.

Les cf ont, en dessus, le fond des ailes d'un blanc luisant, surtout aux inférieures qui sont immaculées. Les dessins ordinaires, sur les supérieures, peuvent être indiqués par de simples lignes d'un brun clair, ou bien d'un brun plus accentué; la couleur brune peut s'étendre sur le groimd colour et l'envahir presque complètement. Le bord des ailes est limité par une ponctuation fimbriale tantôt faible, tantôt très épaisse.

En dessous, les supérieures des cf sont très variablement lavées de brun. Quant aux Q, elles varient beaucoup elles-mêmes et pour la même raison que les cf, c'est-à-dire pour l'envahissement par la teinte brune du groitnd colour des ailes supérieures, l'accentuation ou l'oblitération des dessins ordinaires, la ponctuation marginale même aux inférieures, enfin par la taille.

Les papillons portent au sommet de la tête, entre les antennes, au-dessus des deux yeux, un organe assez curieux, en forme d'arête dentelée noire, probablement susceptible, par la pression qu'elle peut exercer, de faciliter la sortie de la chrysalide. C'est M. Powell qui a appelé mon attention sur cet appareil que possèdent d'ailleurs d'autres Espèces de Bombyces.

C'est Rambur qui, le premier, a fait connaître le Cncthocanipa Hercideana. Bien que l'Espèce ait été figurée deux fois par le D"" Rambur, d'abord sous les n°^ 5 et 6 de la PI. 14, dans la Faune

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 261

cni ontologique de V Andalousie, 1S39, puis sous les n"" 5 et 6 de la PI. IV dans le Catalogue systématique des Lépidoptères de r Andalousie, 1858, je crois devoir assurer définitivement la connaissance de la variabilité de T luiuinetopica Herculeana, en faisant représenter cinq cf "-'t quatre o variés d'Espagne et d'Algérie.

La description du papillon et de la chenille, par Rambur, est imprimée aux pages 384 et 3S5 du Cal. systéui. des Lépid. de r Andalousie.

Rambur a\ait trouvé Herculeana à Cadix; GracUs paraît être le premier qui l'ait rencontré à !\îadrid.

Thauinetopeia Herculeana. -- Le papdlon çj , au repos, est représenté sur la PI. H /' du Vol. VI des Etudes de Lépidoptcrologie comparée.

Deux pontes de T. Herculeana d'Aflou sont figurées sur la PL J z du même volume.

Deux chenilles de Herculeana se trouvent figurées sur la Planche phototypique N" J ;// du Vol. V, 2' partie, des Etudes de Lépidoplérologie comparée, avec la désignation erronée « deux chenilles d'Arctiide ».

Orgyia Josephina, Austaut.

Paraît commune à Alger d'où M. IIoll m'a envoyé de nombreux exemplaires. M. Dayrem a pris Josephina à Hammam- Rhira, en mai igog. Jadis, j'avais reçu une petite série d'exemplaires cotypes que m'avait adressés M. Austaut, en même temps c]u'un dessin colorié de la chenille.

Le cf a été figuré sous le n" 5 de la PI. 11, dans la Vl'" livraison des Etudes d'Entomologie; la description, avec des observations diverses aux(|uelles je prends la liberté de prier le Lecteur de se reporter, est imprimée aux pages //-/g de l'ouvrage précité. M. Powell me fait part des notes qu'il a prises relativement à Josephina, comme suit :

<< Ce n'est que dans la région du littoral (]ue \it V Orgyia José-

202 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

■pJiïna; on ne la rencontre pas sur les hauteurs de l'intérieur de l'Algérie, du moins à ma connaissance, et, comme je n'ai fait que des arrêts très courts dans les contrées avoisinant la mer, je n'ai pas eu l'occasion d'étudier complètement les mœurs et les premiers états de ce papillon. J'ai trouvé la chenille de Joscphina en mai 1907 et en mai 1910, à mon passage à Oran, et l'opinion que j'ai formée alors est que Joscpliïna est une Espèce distincte de Diibia-Splendida des Hauts-Plateaux. En 1907, j'ai pris, le 2 mai, sur les pentes de la colline, à l'ouest du port d'Oran, une chenille de Josephina, sur une Calcndula ; elle s'y trouvait accidentellement, sans doute, car elle n'a pas voulu se nourrir de cette plante; je lui ai offert diverses autres plantes des environs et j'ai eu, enfin, la satisfaction de la voir manger un Ri^mex. Je n'ai pris que peu de notes sur la livrée de la chenille, me bornant à constater ce qui suit : Elle a six brosses dorsales de poils blancs, dont une sur chacun des segments abdominaux suivants : i", 2", 3'', 4'', 5" et 8''; les autres poils sont gris et noirs; les faisceaux de poils pennés qui se trouvent, chez certaines Orgyia, de chaque côté du segment prothoracique et sur le S*" segment abdominal, manquent entièrement. D'après mes souvenirs, la brosse portée par le 5" segment abdominal était petite.

Trois années plus tard, au commencement de mai 1910, je me trouvais de nouveau à Oran. Cette fois, les chenilles de Josephina ont été observées en plus grand nombre; nous en avons pris une quinzaine, toutes sur VA triplex Halinius, dans le ravin qui descend de la forêt de pins de la colline, à l'ouest de la ville; deux chenilles seulement étaient dans le dernier stade, les autres se trouvant beaucoup moins avancées. J'ai noté, à cette époque, que la chenille a les poils soyeux, beaucoup moins raides que ceux de la chenille de V Orgyia Splendida, de Sebdou, et que sa peau est aussi beaucoup plus foncée. Je me rendais alors à Géryville, où je n'ai pu trouver ni V Atriplex, ni un substituant convenable aux chenilles de Josephitta; les deux plus avancées se sont mises en cocon et se sont métamorphosées difficilement, ayant été trop longtemps privées de nourriture.

LÉPinoPTÉROLOGIE COMPARÉE 263

] oscphina paraît attachée à certaines plantes de la famille des Salsolacées ; c'est probablement sur \\n<; plante de cette famille que M. Ed. Austaut a trouvé la chenille, au lac Sebg-ha, en a\'ril 1880; V Atriplcx, sur lequel j'ai pris j oscpliina, à Oran, appartient également aux Salsolacées.

Sur les Ilauts-Plateaux, je n'ai jamais trouvé la chenille de Splcnd'ula sur une Salsolacéc ; mais, dans les environs de Tadjmout, en octobre 191 1, les larves de cette dernière Espèce étaient assez abondantes sur h^s buissons de " R'meuth >) {Haloxylon arlïciihiluin, Boiss.) et à.' A triplex, n

Je crois utile de faire figurer quatre cf de \'0/\i^ri<f ] oscpli'ina. Cette petite série de papillons représente assez bien la \ariation à laquelle l'Espèce se trouve soumise, par mélanisme, c'est-à-dirc par le développement excessif des parties brunes. Ces quatre spécimens viennent d'Alger et j'en suis redevable à l'obligeance de M. Holl. Je crois, comme M. Powell, que joscphina est une Espèce distincte de Diibïa-Splendida.

Orgyia Dubia, Tauscher, et Splendida, Rainbur.

J'ai prié M. Harold Powell de vouloir bien rédiger la notice concernant les Orgyia Dubia et Splendida à l'étude desquelles il s'est vivement intéressé. C'est donc M. Powell qui parle comme suit :

(' C'est une Espèce offrant plusieurs races géographiques. Ees individus cf peuvent varier considérablement entre eux, mais, malgré cela, chaque race présente un faciès qui lui est spécial et qui ressort d'autant mieux que le nombre d'exemplaires qu'on a sous les yeux est important.

En Russie méridionale, Dubia a le fond des ailes antérieures d'un blanc d'ivoire; les lignes brunes sont épaisses, un peu floues; la base de l'aile supérieure est brun noir; le fond de l'aile inférieure est jaune et la bande subterminale brune est large.

La forme Tunica, Ed., d'après les échantillons que j'ai devant

264 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

moi, a le fond des ailes antérieures aussi jaune que les inférieures; les bandes brunes sont plus étroites que dans la raee de Russie; liircica, du Pont, est assez \'oisine des formes de la haute région algérienne.

En Syrie et en Palestme, se trouve une race ] udcca, Stgr., aux ailes supérieures couleur crème, avec lignes brunes assez larges; chez clic, la ligne extrabasilaire est souvent jointe à la ligne coudée, par un fort trait, le long de la nervure médiane, et par un second trait, le long de la marge interne; la moitié inférieure de l'aire jaunâtre centrale de l'aile antérieure se trouve, ainsi, réduite à une tache orbiculaire, comme dans l'ab. Umbripennis, Strand. On remarque la même tendance à la réunion des lignes extrabasilaire et coudée et à la formation d'une tache jaune, orbiculaire, chez la race de l'île de Chypre, qui a le fond des ailes supérieures d'un jaune d'ocre presque aussi foncé que celui des inférieures; dans cette race insulaire, les parties brunes (brun noirâtre) sont bien développées, quoique moins que dans la forme typique de Russie. Le cocon Q de judœa est blanchâtre.

Le seul exemplaire provenant d'Egypte que je vois dans la collection Oberthùr, est un petit cf qui, pour la teinte jaune crème des ailes supérieures, semble se rattacher à Judœa; ses dessins bruns sont moins étendus que chez les exemplaires de Jitdcca, de Syrie et de Palestine, avec lesquels je le compare.

A Gafsa, en Tunisie^ le groiind coloitr des ailes inférieures est blanc ou crème, suivant les individus; les dessins bruns sont, en général, un peu plus nets et mieux séparés que chez le type de Russie et le parties claires se trouvent un peu plus étendues ; mais il y a bien des exemplaires tunisiens qu'il serait difficile de séparer de la forme russe.

Dans la Province de Constantme, en Algérie, je n'ai vu, juscju'ici, que des cf à ground colour des ailes supérieures jaune; ces exemplaires viennent de Khenchela et de Lambèse; un individu de Lambèse, Djebel Ichali, correspond à la forme Isolalclla, Strand.

La race du Djebel Amour (Aflou et Géryville) a le fond de

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 265

toutes les ailes d'un beau jaune d'ocre, un peu plus foncé que chez, les individus de l'Est Algérien; les dessins et lignes brun foncé ont un caractère de régularité et de netteté plus prononcé que dans les autres races que j'ai examinées ; c'est de Tiircica, I.d., c]ue la race du Djebel Amour se rapproche le plus ; la ligne coudée de l'aile antérieure est, presque toujours, très nettement séparée, sur toute sa longueur, de la bande subterminale, par une ligne, dentelée extérieurement, clc la couleur jaune ; le duvet qui recouvre le thorax et l'abdomen est jaune ; d'ailleurs, ce cUnct prend, plus ou moins, la couleur du ground colour des ailes supérieures, dans chacune des races de l'Espèce. A Sebdou, la forme est très voisine de celle du Djebel-Amour; la couleur jaune d'ocre est seulement un peu plus foncée et les bandes de couleur brun noirâtre un peu plus épaisses que chez la race du Djebel Amour; les Q sont recouvertes d'un duvet gris brun clair, moins foncé que dans la forme t\q")ique. Je crois devoir réunir les individus de Djebel-Amour et de Sebdou sous le nom à.'Orana.

Il existe, dans les plaines désertiques au sud et au sud-est du Djebel-Amour, une race différant sensiblement, par ses mœurs, des autres formes d'Algérie qui me sont connues.

Les chenilles de la race désertique étaient communes aux envirt)ns de Tadjmout (Oued Mzi\ en octobre 1911, mais, comme je voyageais à l'époque, je n'ai réussi qu'à apporter un petit nombre de ces chenilles à Afiou ; elles étaient de grande taille; leurs brosses dorsales de poils fins étaient blanchâtres, la peau plus noire que chez la forme des Hauts-Plateaux; elles se nourrissaient àWiriplex et de VHaloxylon articulatuni. Je n'ai pris qu'un seul cf de cette race désertique; c'était au barrage de Kcbala, le 4 novembre 191 1; il était malheureusement fort abîmé. La taille de ce cf est grande; l'envergure est de 30 mm. ; de la base à l'apex, l'aile supérieure mesure 13,6 mm.; la longueur de l'antenne est de 4,6 mm.; sur les ailes supérieures, de couleur blanc jaunâtre, les lignes brunes se trouvent bien séparées les unes des autres; les ailes inférieures sont jaune d'ocre, la bande brune subterminale nettement limitée.

266 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

J'ai vu voler d'autres cf, le 4 novembre, à Kebala, mais je n'ai pas pu les prendre; leur vol est extrêmement rapide et errati(]ue, comme chez la forme des Hauts-Plateaux. Les chenilles et cocons rapportés à Aflou ont donné des imagines Q en décembre de la même année; je n'ai pas obtenu d'éclosion de cf.

Le cocon Q est de couleur brun grisâtre; le matériel dont il (^st formé est un feutre mou, mais assez épais, dans lequel on voit, entremêlés, les poils de la chenille; ce cocon me paraît plus épais que celui de Duhïa des régions élevées de l'Algérie; il est aussi d'une couleur plus sombre; la chrysalide Q est d'un l)run assez foncé, quelque temps après la métamorphose ; sa surface est luisante; la Q, au moment de l'éclosion, brise la peau mince de la chrysalide mais ne s'en débarrasse pas complètement; la tête n'est jamais libérée; la Q est de taille assez sensiblement plus forte que celle de la Q des Hauts-Plateaux; trois exemplaires tués avant la ponte et desséchés mesurent respectivement : n" i, longueur 20 mm., largeur maximum 8,5 mm., épaisseur 7 mm. ; n" 2, longueur 18,2 mm., largeur maximum 9 mm., épaisseur 4,5 mm.; n" 3, longueur 16,5 mm., largeur maximum 8 mm., épaisseur 5 mm., tandis que trois autres Q obtenues à Aflou, en juin 191 1, et se trouvant dans les mêmes conditions, ont les dimensions respectives suivantes : n" i, longueur 12 mm., largeur maximum 6,3 mm., épaisseur 5 mm.; n" 2, longueur 11,8 mm., largeur maximum 6,5 mm., épaisseur 5,8 mm.; n° 3, longueur 11,5 mm., largeur 5,6 mm., épaisseur 5,4 mm.; d'autre part, le duvet qui recouvre les Q désertiques du mois de décembre est plus long et d'un brun gris plus foncé que celui des Q d'Aflou, mais pareil à celui de la forme typique de Russie, dont la Q est moins grande cependant que celle de Tadjmout. Je propose le nom de Deserticola pour la race que j'ai rencontrée en octobrenovembre à Tadjmout et à Kebala, Sud-Oranais. A Géryville, Sebdou, Aflou, Lambèse et Khenchcla, il n'y a qu'une seule éclosion par an, à la fin mai et au commencement de juin; les œufs, pondus en juin, n'éclosent que vers la fin de l'hiver ou au commencement du printemps suivant, et les chenilles achèvent leur

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 20/

clcvcloppcmcnt en mai; je n'ai jamais remarqué l'cclosion d'un œuf (l'une des formes des Hauts-Plateaux, cm été ou à l'arrièresaison, et je n'ai jamais trouvé une ehenille ou \u un papillon xolti^eant en cette saison. Les choses doivent se passer autrement chez la forme déserticole ; je n'ai pas la preu\e (jue cette dernière race a deux générations par an; mais je le présume.

Les chenilles trouvées à la fin d'octobre et au commencement de novembre étaient, me semble-t-il, le produit d'une première génération, dont les imagines volaient, probablement, à l'époque de l'unique éclosion de la race des régions élevées; si, cependant, il n'y a qu'une génération par an, dans les plaines de l'Oued Mzi, l'époque de l'éclosion est remarquable. M. Enrico Ragusa, de Palerme, m'a signalé l'existence, en Sicile, d'une forme de l'Or^l'id Dîibïa dont il prend les chenilles au mois de novembre; je ne connais pas la Diibia intervicdia, Ragusa, de Sicile, mais je remarque l'analogie qui existe entre les dates de capture de la chenille, dans les plaines de l'Oued Mzi et en Sicile respectivement.

Quant à VOrgyia Splendïda, Rambur, de l'Espagne méridionale, il me semble que Rambur avait raison de la considérer comme Espèce distincte de Dubhi; la taille de Splendïda type est plus grande que celle de Dubia, la coupe des ailes n'est pas tout à fait pareille et il existe des différences anatomiques que le D"" Rambur a exposées dans le Catalogue des Lépidoptères de V Andalousie, p. 284-289. Le groiind colour des quatre ailes, chez Splendida, est jaune d'ocre riche; les lignes de couleur brun noir sont larges, un peu floues ; la ligne coudée conflue presque toujours avec la bande subterminale, sauf pour l'intervention d'une éclaircie jaune s'appuyant sur la marge interne et d'une autre partant de la côte. Les différences que Rambur signale dans la livrée des chenilles de Dubia et de Splendida me paraissent avoir moins de valeur, au point de vue de la séparation des deux Espèces, que les différences anatomiques qu'il a trouvées chez les papillons; j'ai remarqué, en effet, à Sebdou et ailleurs, sur les Hauts-Plateaux, que la chenille de Dubia variait quant à l'exten-

268 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

sion des parties noires et aussi pour la couleur plus ou moins foncée de ses brosses de poils. Splendida type habite, non seulement l'Espagne méridionale, mais aussi le nord-ouest du Maroc; cinq exemplaires cf, provenant de Tanger, se trouvent dans la collection Oberthiir.

J'ai, sous les yeux, deux Orgyia d* de bonne taille, pris à C'uenca, en Castille, qui diffèrent assez notablement des Splendida d'Andalousie; chez eux, le ground coloiir est d'un jaune d'ocre chaud, sur lequel ressortent vivement les dessins d'un brun noir; dans les deux individus, la tache foncée, discoïdalc, de l'aile supérieure, est en contact, par sa base, avec la ligne coudée; chez un des cf, cette dernière ligne est séparée de la bande subterminale par une ligne dentelée, jaune d'ocre; chez l'autre exemplaire, la partie centrale de la ligne coudée est fondue avec la bande subterminale, cette dernière étant fort épaisse; les nervures i-essortent en jaune, cependant, dans l'aire de confluence, en dessous de laquelle la ligne coudée se trouve interrompue par un petit espace du ground colour ; la ligne extrabasilaire est relativement étroite. Ce dernier exemplaire est certainement un jieu aberrant, mais il me paraît que la race de Cuenca doit se rattacher à Splendida plutôt qu'à Dubia. Un petit cf d'Albarracin, ex collection Vazquez, a la coupe d'ailes de Splendida; ses antennes sont très brunes ; le thorax est noir, recouvert de poils lins, jaunes; abdomen noir et jaune ; le ground^ eolonr des ailes est jaune d'ocre foncé; la base des supérieures est marquée par une tache d'un noir brun que sépare une fine ligne jaune de la ligne foncée extrabasilaire; cette dernière est reliée à la coudée par un trait, le long de la marge interne ; la coudée est confluente, sur presque toute sa longueur, avec la bande subterminale; la tache discoïdale est isolée; la bande subterminale des ailes inférieures est de largeur moyenne. En somme, tous les exemplaires d'Espagne, que j'ai vus, appartiennent, suivant moi, à des formes de Splendida.

Voici la courte description que j'ai faite de la chenille, dans son dernier stade, à Sebdou, en mai 1907 : La tête est d'un brun roux clair; les faisceaux dorsaux de poils serrés, en brosse, sont

au nombre de cinq, dont un faisceau sur chacun des quatre premiers segments abdominaux et un sur le huitième; la couleur des c[uatre premières brosses varie de brun clair au chocolat foncé, mais les poils du centre de la u brosse >> sont blancs; la brosse du huitième segment abdominal est composée entièrement de poils blancs; la couleur du corps est jaune citron marbré de noir; dans les unes, le noir est en excédent, dans les autres c'est le jaune qui prédomine; il existe une ligne médiodorsale noire; elle est fine, mais continue, sur les segments thoraciques ; elle est très large, mais interrompue aux incisions et par les tubercules, sur les segments abdominaux; les brosses la recouvrent sur les quatre premiers segments abdominaux; il y a une bande sous-médiane, suprastigmatale, d'un gris bleuâtre, maculée de noir et jaunâtre; les taches noires s'arrangent en deux lignes bordant, en haut et en bas respectivement, la bande grise; les verrues pilifères sont de couleur rouge brique en général, mais plutôt orangé sur les premiers segments; l'organe, en forme de bouton luisant sur le centre dorsal des segments abdominaux 6 et 7, est petit dans cette Espèce et de couleur orangé pâle; les poils portés par les verrues sont plutôt raides, assez longs; il y en a d'un brun clair, d'autres sont noirâtres et blanchâtres; le ventre est jaune citron plus ou moins marbré de noir; les pattes membraneuses sont d'un jaune un peu orangé; les pattes thoraciques sont plus foncées.

La chenille se trouvait fort abondamment, à Sebdou, sur le chêne vert, surtout sur les petits buissons; le lO mai, il y en avait de tailles diverses, les unes encore très jeunes, les autres déjà prêtes à tisser leurs cocons; le premier cocon a été construit, en effet, le 15 mai; nous avons rencontré les chenilles, communément, jusque vers le 25 mai, ensuite elles devenaient plus rares; les imagines ont commencé à paraître à la fin du mois, mais c'est surtout en juin que le papillon éclôt. L'éclosion des Q attirait souvent des cf, pendant l'après-midi ; ils venaient voler autour de la porte de la chambre, et j'en ai pris plusieurs de cette façon. Je crois que l'accouplement a lieu dans les mêmes conditions que pour Splcndïda, telles qu'elles sont décrites par le D"" Chapman

2/0 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

dans une intéressante notice sur les mœurs et sur la biologie de cette Espèce {En/oinologist's Record, Vol. XIV, p. 41-45). J'ai noté, un jour, avoir vu un d* en train de forcer un passage à travers le cocon d'une g, mais il n'a pas réussi à y pénétrer pendant que je l'observais.

Je crois qu'il existe, dans la région de Sebdou, une Orgyia, très voisine de la Dnbïa-Orana, mais peut-être distincte de celle-ci. J'ai élevé la chenille d'Oraiia en abondance, sur le chêne vert; quant à l'autre chenille, qui est quelque peu différente de celle du chêne vert, elle paraît assez rare, puisque je ne l'ai trouvée que trois ou quatre fois; malheureusement, je n'ai pas obtenu le d" d'éclosion et la Q ne présente pas de caractères paraissant distinctifs. La première chenille de cette forme ou Espèce a été trouvée, le 13 juin 1907, près du Col des Azaïls; elle mangeait un Helianthemum; j'en ai trouvé deux autres, le 16 juin, l'une sur un Ciste et l'autre sur un petit genêt, cette fois dans une localité montagneuse à l'est de Sebdou. J'ai fait la description sommaire suivante, dans le but de faire ressortir les différences entre cette chenille et celle de la Diibia-Orana : a Elle a les poils ordinaires d'un blanc grisâtre et beaucoup plus doux et soyeux que chez la chenille du chêne vert; les touffes ou brosses dorsales de poils fins sont au nombre de six, au lieu de cinq, la brosse supplémentaire se trouvant sur le cinquième segment abdominal; elle est toute blanche et de petite dimension; les autres brosses sont aussi d'un blanc pur chez une des chenilles, mais chez les deux autres, les bords des quatre premières brosses ont une teinte brun jaunâtre; la sixième brosse, située sur le huitième segment de l'abdomen, est toute blanche, comme chez la chenille voisine vivant sur chêne vert. »

Les poils de la chenille de Dnbïa sont urticants ; on s'en rend compte plus spécialement en maniant les cocons.

Lfne très grande proportion des chenilles élevées à Sebdou se trouvait parasitée par un Diptère; de beaucoup de cocons, surtout des cocons Q, sortait, en juin, une grosse mouche. Les chenilles de VOrgyia Trigotephras var., de Sebdou, étaient, également.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2/1

très atteintes par un parasite Diptère, qui me paraît être la même Espèce pour Trigotephras et pour Duhïa. La race Desertïcola souffre, aussi, d'un parasite Diptère, dont j'ai noté des éclosions, en février 1912.

La chenille de Dubia-Orana était commune près de Géryville, sur les pentes nord du Djebel Ksel, où nous la trouvions sur V H eliantheininn, jusqu'à la fin du mois de juin ; pourtant le j)apillon était déjà éclos, à cette date, dans la même localité; j'ai vu voler un cf au sommet même du Ksel, à 2.C08 mètres d'altitude, le 25 juin 1910, et j'en ai vu plusieurs autres plus bas sur la montagne, le 28 juin.

A Aflou, la chenille était fort abondante, en mai 191 1, sur les HeliarithejHiivi qui croissaient sur les collines aux alentours; on la trouvait, en juin, jusqu'à une date avancée, au versant nord du Djebel-Sidi-Okba. A Aflou et à Géryville, la chenille ne m'a pas semblé différer sensiblement de celle rencontrée à Sebdou.

Je n'ai pas trouvé la chenille abondamment à Khenchela, en 1908, et elle n'était pas aussi commune, à Lambèse, en 191 2 et 1913, qu'à Sebdou et à Aflou en 1907 et 191 1 ; elle varie, dans l'Aurès, de la même façon que dans la province d'Oran; j'y ai rencontré la chenille sur V H elianthenmm^ le chêne vert, le C ytïsus Balansœ et V Erinacea pungcns jusqu'aux plus hautes altitudes; dans mon carnet de chasse, je relève la note suivante, datée du f) juin 1913 : Lambèse, Djebel-Ichali ; un cf de VOrgyia Dubia pris au \ol; quelques chenilles de cette Espèce trouvées, au sommet, sur le Djdicla {Erïuacca pungens); leur robe est plus foncée que chez celles de la plaine de Lambèse; le 6 septembre IQ12, j'ai trouvé un cocon Q de 0. Dubia, rempli d'œufs, sur le point culminant du Djebel-Mahmel (2.322 m.). Le cf de Dubia ne semble guère voler dans la matinée; je l'ai aperçu, plusieurs fois, au vol, vers le milieu de la journée et pendant l'après-midi; des cocons Ç contenant la Q fraîchement éclose et exposés dans la matinée, à Sebdou, n'ont pas attiré de d* ; même dans les localités où la chenille se rencontre abondamment, on n'aperçoit pas très souvent le cf, à l'époque de l'éclosion; il éthai)pe facilement

2/2 LÉPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

à la vue, à cause de sa petite taille, de sa couleur peu tranchante et de l'irrégularité et de la rapidité de son vol. »

A la suite et comme complément des observations réalisées par M. Harold Powcll, relativement aux Orgyia Diibïa et Splcnil'iila, je crois utile de publier la figuration suivante :

i" Diibïa cT, de Russi(> méridionale (ex coll. Bellier) ;

2" Dubia-Titrcica cf. du Pont (acq. Stgr. ; ui coll. de Graslin) ;

3" Dnbia cf, de l'île de ("hyi>re Larnaca, récolté par E. Deschamps, en 1893V,

4" Diibïa cf, de Gafsa ; réf érable à Dnbia, Huebner, fig. 11° 261 (ex P. Chrétien) ;

5'' Dubia-lsolatclla çj , Strand, Djebel-Ichali, près Lambèse (Harold Powell, juin 1913);

6" Dubia cf, de Lambèse (Harold Powell, juin 1913);

7" \ Dnbia-Orana cf, Powell, x\flou (Harold Powell, juin

Dubia-Orana cfcfcf, Powell, Sebdou (Harold Powell, i mai 1907);

12" Dubia-Orana cf, Powell, légère aberration (.Sebdou, mai

1907); 13'' Splcndïda cf, Tanger R. Oberthiir; 27 VI-2 VII 1880); 14" Splcndïda cf, Sierra-Nevada d'Andalousie lex coll. de Graslin, 16 août 1835); Cet exemplaire est assez conforme à la figure 41 donnée par Herrich-Schaeffer.

\ ( splcndïda cfcf, Cuenca en Castille (ex Max Korb, 1896);

\(f Splcndïda cf, Albarracin (ex coll. Aurelio Vazquez); 17° j Dcsertïcola cf t't Q, Powell, Kebala et Tadjmout, au 18" \ sud-est d'Aflou (Harold Powell, novembrj 191 1).

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Orgyia Panlacroixii, Ohihr, d Aiiceps, Ol^ihr.

Je dois à la vérité de faire remarquer le fait suivant : la figure représentant V Orgyia Panlacroixii, sous le n" 5 de la PI. III, dans la livraison I des Etudes cV Entomologie, ne répond nullement à la réalité.

La description écrite avant que la figure ne fût gravée et coloriée, est correcte et je n'ai rien à y changer. Elle dit que l'Espèce est d'une teinte uniformément brune et que les deux lignes qui traversent chacune des ailes supérieures viennent se réunir en bas de l'aile, tandis que dans les autres espèces voisines, ces deux lignes, qui existent aussi plus ou moins accentuées, sont au contraire séparées par un assez vaste intervalle au bord interne de l'aile et suivent même dans leur parcours une direction opposée. La frange est brun foncé plus sombre à l'aile supérieure que la couleur du fond de l'aile.

Malheureusement, dans l'espace de temps qui a séparé la rédaction de la description reproduite ci-dessus, du travail de peinture du modèle, de gravure et de coloriage de la figure, les ailes du papillon avaient été envahies par la graisse et ont été, pour cette cause accidentelle, coloriées avec un rembrunissement factice le long du bord des supérieures et sur le disque des inférieures. Maintenant que le papillon type a subi un bam prolongé dans la benzine, suivi d'un séjour dans la terre dite : de Sommières, on peut constater que les termes de la description sont exacts, tandis qu'au contraire la figure représente un papillon dont les ailes souillées par la graisse et reproduites telles fournissent une idée fausse de V Orgyia Panlacroixii.

Je me fais un devoir de corriger ma publication initiale défectueuse, en faisant de nouveau reproduire la figure de V Orgyia Panlacroixii, mais, cette fois, d'après le modèle convenablement dégraissé et revenu à son état normal.

Comme la figure publiée par le Professeur-Docteur Adalbert Seitz, dans les Macroléfidoptcres du Globe, V^ partie. Vol. H

274 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

(ligne h de la PI. 19), a été servilement copiée sur celle (|ue j'a\ais moi-même iait paraître en 1S7O, mais dans des conditions

faulixes, ainsi que je le confesse plus haut. — il résulte de ce plagiat que mon erreur a reçu un supplément de publicité.

La figure publiée dans le présent ouvrage sera un hommage rendu \\ la vérité, ce que je me plais toujours à faire. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, je venais à être accusé d'un man(|ue de probité scientifique, je m'en sentirais beaucoup plus humilié que par l'aveu spontané d'une faute éxidemment involontaire et résultant d'un manque de surveillance du travail du peintre.

Je regrette d'avoir eu une aveugle confiance dans le talent artistique et l'expérience entomologique de feu Poujade. Le dessin pour l'écartement des lignes des ailes supérieures est inexact et les teintes brun foncé, le long du bord des supérieures et sur le disque des inférieures, sont de pure invention.

Cependant le mal est fait et, après quarante années, je me hâte de le réparer.

On me permettra de faire observer qu'aucun Entomologiste ne s'est jusqu'ici rendu compte de la contradiction existant entre la description et la figure. Cela prouve que la description n'est presque jamais lue, lorsqu'il y a une figure à côté. On regarde la figure et c'est tout. Cela prouve, en outre, l'importance de la figure et la nécessité qui s'impose d'en publier de très exactes. Aussi ma faute se trouve aggravée par cette constatation ; mais cela démontre le peu d'attention qu'on apporte généralement aux descriptions et par conséquent leur inanité dans la pratique des déterminations entomologiques.

Il me reste maintenant un second devoir à remplir, c'est d'essayer d'établir la lumière sur le groupe des Orgyia algériennes qui sont voisines de Trigoiephras, Boisduval.

\J Orgya (sic) Trigotephras a été bien représentée dans VI canes historique des Lépidoptères, PL 61 ; fig. 3, (S en dessus; fig. 4,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2/5

O" en dessous. Je crois avoir sous les yeux l'échantillon qui a servi de modèle au peintre Duménil, qui travaillait pour Boisduval, en 1834. D'ailleurs la Trigoicphras, commune sur les chênes verts, l'arbousier, le genêt d'Espagne, VOsyris alba, en Provence (^Hyères, Marseille), dans les Alpes-Maritimes, l'Hérault (Saint-Pons), l'Andalousie (Grenade), est maintenant parfaitement connue; le cf est un peu variable pour l'accentuation des lignes brunes et des parties grises sur les ailes supérieures, en dessus; mais l'Espèce reste toujours parfaitement reconnaissable et aucun des spécimens qu'on récolte dans le Midi de la France ne donne lieu, pour son attribution spécifique, à ambiguïté. Il convient seulement d'observer que dans les collections, en vieillissant, l'insecte parfait perd sa couleur brun foncé et devient plus pâle.

l.'Orgyia algérienne qui se rapproche le plus de Trigotef liras est celle que Staudinger a appelée Transiens et qui vient de Lambèse. Je possède une série de 70 cf et de 32 Q, ce qui me permet, me semble-t-il, d'apprécier la forme Transiens à son exacte valeur. Tous ces exemplaires ont été obtenus par M. Harolcl Powell; l'éclosion a eu lieu en juillet 191 2 et 191 3. M. Powell avait trouvé la chenille sur les calycotomes et quelquefois sur le chêne vert, aux environs immédiats de Lambèse; elle était très commune et peu parasitée. Le c? volait rapidement au soleil ; les mœurs étaient exactement celles de Trigotefhras.

Dans le Caialog, 1901, Staudinger définit Transïcns comme suit : (( minor, saturatius castanea, macul. cost. cinereis ». Staudinger ajoute : <( trans. ad var. sequ » ; la varie/as scqiiens est Sicnla, Stgr., laquelle Sicula, toujours d'après Staudinger, ferait une transition à Prisca, du Turkestan.

Quoi qu'il en soit, le cf Transiens, de Mauritanie orientale, varie un peu pour les caractères suivants : la taille; le gronnd coloiir brun plus clair ou plus foncé; l'accentuation, sur le dessus des ailes supérieures, des lignes brunes et grisâtres; les taches composées d'un semis d'atomes blanchâtres, donnant un aspect général gris; même le croissant blanchâtre vers l'angle interne.

276 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Ce croissant est pourtant très généralement assez gros, bien net, affectant parfois la forme d'un chevron ou d'un V.

Il y a des exemplaires tout à fait réf érables à Trïgotephras; mais, dans son ensemble, Transiens paraît avoir le fond des ailes d'un brun plus roux, avec les taches et lignes très peu accentuées.

Quant à la Ç), elle ne paraît pas différer de celle de Trïgotephras.

Si maintenant nous envisageons Anceps de Tanger, nous constatons que le groiind colunr est brun roux; aux ailes supérieures, la tache blanche de l'angle mterne est plus grosse et plus ronde (]ue chez Trigotcpliras ; les lignes transverses, quelquefois visibles, semblent plus confuses et plus écartées l'une de l'autre que chez Trïgotephras.

Je dispose encore des six exemplaires pris par mon frère, à Tanger, du 27 juin au 2 juillet 1880; ils sont tels que je les ai définis aux pages 37 et 38 de la livraison IX des Etudes d' Eutojjiologie, parue en juillet 1884.

L'Orgyïa Anceps, de Tanger, est celle que j'ai à tort désignée sous le nom de Trïgotephras à la page 79 de la livraison VI des mêmes Etudes d' Entuuiologie, publiée en mars 1881.

Dans cette même livraison VI, j'ai appelé Erïcœ, Germar, la forme qui vit à Sebdou, sur les chênes verts; la chenille de Sebdou ressemble en effet beaucoup à celle du Hanovre {Erïcce) ; mais actuellement, ayant sous les yeux une série de 27 cf pris à Sebdou, je reconnais aisément l'erreur d'appréciation commise jadis par moi ; la forme de Sebdou est spéciale; elle diffère de Panlacroïxïï ]Dar sa taille moins grande, le plus grand écartement des. lignes transversales, aux ailes supérieures, près du bord interne; de plus, cette même forme de Sebdou ne peut être confondue avec celle de Tanger, à cause notamment du rétrécissement, sinon même de la suppression totale du croissant blanc près l'angle interne.

L'antithèse de la forme de Tanger se trouve à El-Biar (Alger), où M. Holl a trouvé la morphc dont le dessus des ailes supérieures présente, sur un fond brun roux, et non noirâtre, la plus grande quantité de taches blanc grisâtrci, ressortant assez vive-

ment sur le ground colour, d'autant plus que les lignes brunes, celles qui sont plus foncées et celles qui sont plus claires, sont bien apparentes. Cette forme d'El-Biar est très jolie. 11 y en avait un exemplaire dans la collection Guenée, semblable à ceux que M. Holl a récoltés beaucoup plus récemment. Je suis redevable à M. Holl d'un cf capturé au Camp des Chênes, ne semblant pas différer des spécimens de Lambèse.

De tout cela, que conclure ?

C'est qu'il y a une foule de races locales de VOrgyia Tngotcphras, en Algérie, d'abord celle de Lambèse et du Camp des Chênes, la plus rapprochée de Trigotephras, puis celles de Tanger, Sebdou, El-Biar, chacune assez distincte pour des caractères assez constants.

Reste Panlacroïxiï plus grande et avec une autre direction de ses lignes. Je ne possède toujours que le spécimen typïcîini cf pris par Gaston Allard à Tuelagh, au commencement de juin. Aucun Entomologiste n'étant retourné à Tuelagh (Province d'Oran), l'Espèce n'a pas été capturée de nouveau.

Je ne me dissimule pas la difficulté de produire une très bonne figuration des diverses morphes algériennes de VOrgyia Trigotephras.

Les différences sont très sensibles, lorsqu'on examine les séries d'exemplaires de chaque localité, alignés près les uns des autres. Mais, outre qu'un choix d'exemplaires à figurer est difficile à bien faire, l'intervention du coloriste est un ouvrage extrêmement délicat; car le moindre manque d'exactitude dans la reproduction du ground colour enlève à la figuration toute sa valeur. D'un autre côté, comment définir par la description la différence qui caractérise un fond brun par rapport à un autre fond brun?

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas parce que le travail est difficile qu'il faut reculer devant son exécution. Plein de confi.ance d'ailleurs dans le talent de M. Culot et des coloristes très habiles et très consciencieux qui sont ses collaborateurs, je m'arrête à la figuration des spécimens ci dessous désignés :

2/8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

i" Panlacroix'n cf, Obthr., type initial de ma description; jadis

mal figuré, ainsi que je l'ai exposé ci-dessus; 2" TïïgotcphraS'Transïens cf, CT, Cf, cT, O", Stgr. ; tous les cin(]

de Lambèse (Harold Powell; juillet 191 2 et 191 3); 3" Trigotephras-Transiens cf, Stgr., Camp des Chênes (E. Holl,

4 juillet 1909) ; 4" T rigole fhras-Transicns cf, Stgr., Ain-Draham (Tunisie) ; 5° Trigotcphras-Hollï cf, Obthr., El-Biar (E. Holl, juin 1900); 6" Trïgutepliras-Sebdoucnsis cf, Cf, cf, cf, Obthr. Scbdou (juin

1886 et 190/); 7° Anceps cf, Cf, Obthr., Tanger (R. Obcrthiir, 27 juin à

2 juillet 1880).

M. Harold Powell me remet les obscr\ations suivantes, relativement à la biologie des formes algériennes de VOrgyia Trigo-

lephras :

(( La chenille de VOrgyïa Trigo/epJiras-Sebdoiiensis, Obthr,, était commune, sur les chênes verts, aux environs de Sebdou, en mai et jusqu'à la fin de la première semaine de juin; elle est tellement voisine de celle de Trïgolcpliras, d'Hyères, que je n'ai pas cru nécessaire d'en faire une description détaillée, me bornant à noter que les brosses dorsales sont généralement blanches. L'éclosion des papillons a commencé, à Sebdou, vers le 10 juin; j'ai vu plusieurs cf voltigeant autour des buissons et des arbres, dans la vallée de la Tafna, à une douzaine de kilomètres du village, le 10 juin même; c'était une des localités les plus chaudes de la région. A la fin du mois de juin, on ne voyait guère que des sujets passés.

Je n'ai rencontré Trigotephras, ni à Géryville ni à Aflou. La forme Transïens était commune à Khenchela, en 1908, et à Lambèse, en 191 2 et 1913. A Khenchela, j'ai pris la chenille ■ — qui, comme à Sebdou, a les brosses souvent toutes blanches — sur le Calycotome, le Rétama Sphœrocarfa et le chêne vert ; à Lambèse, c'est surtout le Calycotome qui nourrit la chenille, mais on l'y trouve aussi sur le chêne vert. J'ai élevé un assez grand nombre

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2;(J

cle chenilles, à Lambèse, en mai et juin 191 2, et un plus petit nombre en 191 3 ; l'éclosion des papillons commence vers le 20 juin et se prolonge jusqu'au 15-20 juillet, mais c'est dans les premiers jours de juillet que l'imago est le plus abondant; la Q demeure en chrysalide moins longtemps que le o", mais, comme les chenilles destinées à produire les Q se chrysalident en général un peu plus tard que celles des cf, il arrive que l'éclosion, chez les deux sexes, a heu en même temps.

J'ai remarqué, à Lambèse, que les éclosions se produisaient à n'importe quelle heure de la journée et très souvent pendant la nuit; le cf se met à voler une heure et demie et même moins après l'éclosion, si celle-ci a lieu dans la journée (*). Chez la Q de Lambèse, ainsi que pour celle de Sebdou, il arrive, le plus souvent, que l'enveloppe céphalique de la chrysalide reste attachée à la tête de l'imago; parfois la tête et les antennes se trouvent complètement emprisonnées, mais les pattes paraissent être toujours libérées; il en est de même pour Trigotephras Q, dont la tête est souvent recouverte par un reste de l'enveloppe de la chrysalide; il ne me semble pas qu'il y ait une différence appréciable, pour la longueur des pattes et des antennes, entre les Q des trois races.

L'enveloppe de la chrysalide, dans les formes de l'est et de l'ouest de l'Algérie qui me sont connues, est luisante et transparente, de couleur brune beaucoup plus foncée chez le cf que chez la Q ; les ptérothèques de la chrysalide cf sont surtout très foncés, parfois noirâtres; sur le dorsum on remarque des poils d'un brun très clair et, sur les quatre premiers segments abdominaux, les restes des brosses de la chenille, qui se trouvent réduites à de petites plaques grisâtres alignées en une rangée dorsale finement divisée au centre ; les ptérothèques, chez la chrysalide Q , sont assez bien développés, quoique l'imago soit complètement aptère. Le cocon est blanc grisâtre ou blanc jaunâtre ; sa couleur dépend de celle des brosses dorsales de la chenille; le feutre dont il est

1*1 J'ai pris le çj , hi nuit, à la luiuicrc, plus d"unc fois, :\ Lambèse.

2So LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

composé est plus épais chez la Q que chez le çf ; les poils qu'il renferme sont irritants. L'accouplement a lieu comme chez Trigotephras d'Europe; la g fait une petite ouverture dans un des bouts du cocon, par lequel elle fait passer son oviducte; elle imprime à l'oviducte un mouvement d'avance et de retrait, jusqu'à ce que le cf soit attiré; celui-ci, dès qu'il trouve le cocon, se pose dessus en allongeant et en recourbant son abdomen et en ouvrant les pinces de l'appareil génital; il ne tarde pas à trouver l'ouverture du cocon et à y introduire son abdomen; l'accouplement a lieu aussitôt, le cf en dehors, mais avec la plus grande partie de son abdomen plongé dans le cocon, la Q en dedans ; les papillons ne restent pas longtemps accouplés, mais le cf féconde plus d'une Q, s'il en a l'occasion. La Q commence à pondre dans le cocon aussitôt après la fécondation ; elle se dévêtit complètement de son duvet blanc et soyeux pour le mélanger avec ses œufs; ceux-ci n'éclosent qu'à la fin de l'hiver suivant, ou au printemps.

La chenille de T ransïcns de Lambèse était bien moins parasitée que celle de Sebdouensis ; peu de chenilles ont donné des Diptères; cependant, un certain nombre de chenilles ont livré une larve Hyménoptère, une fois installées dans leurs cocons; ceci ne les a pas empêchées de se chrysalider, dans un bon nombre de cas, et même de donner le papillon; la larve parasite, dont je n'ai jamais remarqué plus d'une par chenille, prépare son cocon à l'intérieur du cocon du Lépidoptère ; c'est un petit cocon blanc, ridé dans le sens de la longueur, d'où sort l'insecte parfait au printemps suivant; j'ai obtenu des éclosions de cet Hyménoptère au mois de mai. M. Claude Morley, à qui j'ai communiqué des échantillons de ce parasite de VOrgjna Trlgolephras-Transicns, m'écrit qu'il s'agit d'un Microplitis.

J'ai souvent obtenu une Espèce très voisine, sinon la même, de la chenille de Trigotephras d'Hyères.

Deux photographies du cf de Trigotepliras-Transicns, avec les cocons cf et Q, sont reproduites sur les planches phototypiques i8 et 19 des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Vol. VII. »

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 28 1

Euproctis Chrysorrhœa, Hucbner (67).

Dans le Systenia Natiircc {Ediùo dcciina rcfonnala Holniiensis, 1760), Linné définit Chrysorrhœa comme suit : alis deflexis albidis, abdoniinis apice barbato hiteo. De plus Linné invoque en synonymie les figures données par Wilkes et Rœsel, lesquelles figures représentent, suivant moi, l'Espèce à laquelle Huebner attribue le nom d'Aurifî>ia, sous les n"^ 68 et 69. C'est pourtant cette Aitrifliia qui a l'extrémité anale couverte de poil jaune ( luteo) ; l'autre, la Chrysorrhœa, Huebner (6/) a, en Europe, l'extrémité anale d'un brun roux foncé.

Il y a donc pour ces Espèces, comme pour tant d'autres, une confusion à la base de la nomenclature. Cette confusion provient peut-être de l'édition du Sysiema Naturœ par GmeHn, à laquelle je prie le Lecteur de se reporter (p. 2422).

Quoi qu'il en soit, je ne m'arrête pas à discuter i)lus longuement une question de nomenclature, d'ailleurs toujours énigmatiquc, puisque Linné n'a lui-même publié aucune figure de l'Espèce qu'il a appelée Chrysorrhœa et que précisément, en Algérie et en Tunisie, la Chrysorrhœa, Huebner, 67, a l'extrémité de l'abdomen couverte d'un poil soyeux qui est d'un jaune d'ocre doré et non brun, comme en Europe.

Je désigne donc par ce nom : Chrysorrhœa, Huebner (67), l'Espèce qui se trouve en Algérie et en Tunisie.

Ma collection contient de nombreux spécimens provenant de Khenchela (juin 1908); Yakouren (juillet et août 1907); Aïn- Draham, en Tunisie; Glacière de Blida Cjuillet 1909); Lambèse (juillet 1913), Sebdou (juillet 1907).

La plupart des spécimens cf d'Algérie et de Tunisie présentent, sur le fond blanc des ailes, des points noirs, comme dans l'ab. punctifera, Teich ; quelques-uns sont conformés à l'ab. piinctella, Strand.; très peu de cf, dans la région barbaresque, sont immaculés ; mais les O sont le plus souvent dépourvues de taches noires; cependant les individus algériens et tunisiens appartenant

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

à ce sexe peuvent, aussi eux, présenter quelques petites taches noires.

Aucun exemplaire d'Algérie, parmi ceux que j'ai sous les yeux, n'est aussi fortement maculé de noir que les spécimens appelés nigrosïgnata par Bandermann et provenant de Halle-sur-Saale, en Allemagne.

La forme algérienne et tunisienne, à cause de son abdomen couvert de poils d'un jaune doré et non brun comme en Angleterre, en France et en Allemagne, doit recevoir le nom de Xanthorrœa, Obthr.

M. Powell a élevé la chenille en Algérie; elle lui a paru semblable à celle qu'on trouve à Hyères. 11 n'a pas remarqué que la chenille fiit un fléau.

D'ailleurs, dans les environs immédiats de la ville d'Hyères, ainsi que dans la région du littoral, à Alger (forêt de Baïnen), la chenille de Chrysorrhœa semble se nourrir exclusivement de l'arbousier {Arbutiis iinedo). Dans ces conditions, à Hyères et à Alger, la chenille de Chrysorrhœa ne peut pas être très nuisible aux jardins, ni aux plantations forestières. Mais dans l'intérieur cie l'Algérie, aussi bien qu'en dehors de la région la plus voisine de Hyères, tout comme dans le centre et l'ouest de la France, la chenille de Chrysorrhœa s'attaque aux ormes, aux Cratœgiis oxyacantha et sans doute à beaucoup d'autres arbres fruitiers et forestiers. Le papillon n'était pas rare, en juillet 1908, dans les jardins, à Khenchela ; il était attiré par les lumières.

Lymantria Atlantica, Rambur.

Découverte en Andalousie par Rambur, lors du voyage qu'il avait entrepris dans cette province, en 1834 et en 1835. Une première figuration du cf a été publiée sous le n" 7 de la PI. 15, dans la Faune entomolo gique de V Andalousie, ouvrage paru en 1839. Le Docteur Rambur, aux pages 277 et 278 du second travail qu'il publia en 1858, avec le titre de Catalogue systéniatïqiie des Lépidoptères de V Andalousie, décrit la Psilura Atlantica et fait

LÉriDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2S3

connaître (]u' h il a tromé un seul O* près de Malaga, posé sur un rocher, dans une partie boisée ». C'est évidemment l'exemplaire qui a servi de modèle pour la figure précitée, publiée dans la Faune cntumologique de V Andalousie. Quant à la Q figurée sous le n" 4 de la PI. IV. dans le Catal. sysicvi., voici ce que {loc. ci/., y). 278) Rambur nous en dit : (( La femelle, qui diffère un peu du mâle, vient d'Algérie; la partie anale ayant été détruite, nous ne savons si l'oviducte est saillant comme chez Dispar )>.

A la question que Rambur pose ainsi, je puis répondre que l'oviducte en question n'est pas plus saillant chez Atlantica que chez Dispar. Très généralement l'oviducte des Q, aussi bien chez Atlantica que chez Dispar, ne paraît nullement saillant lorsque les papillons sont morts; du reste, chez Dispar Q, tant que le papillon reste frais et n'a pas pondu, l'oviducte n'apparaît pas saillant; il en est de même chez Atlantica. Je possède 34 Q d'Algérie; l'oviducte court, peu prononcé, ne paraît distinctement que chez trois ou quatre exemplaires; d'ailleurs la pointé abdominale d' Atlantica Q est dépourvue du gland épais et soyeux, ayant un aspect de turban et qui caractérise Dispar Q .

C'est que Dispar Q recouvre ses œufs au moyen des poils qui constituent le turban de son extrémité anale, tandis (in' Atlantica ne recouvre nullement ses œufs, ainsi que M. Powell l'a observé et l'indique dans la notice dont je lui suis redevable et qu'on lira plus loin.

Qu'on me permette d'ouvrir, ici, une parenthèse, relativement à la Faune de V Andalousie par Rambur. Cet ouvrage est devenu fort rare dans les Bibliothèques entomologiques et les exemplaires complets, c'est-à-dire avec toutes les Planches et tout le texte qui a paru, semblent présentement introuvables.

En ce qui me concerne, ]'ai acquis le volume que possédait feu A. de Graslin; on peut lire sur la première page de texte cette dédicace : « A mon ami M. A. Graslin de la part de l'Auteur P. Rambur >>. Le texte de ce volume comprend 144 pages consacrées aux Coléoptères, Carabiques; 96 pages pour les Orthoptères,

284 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

et pour les Lépidoptères, les pages 213 a 272 inclus. En fait de Planches, je vois :

Colèopteres-C arabiques... 2 PI. portant les n"" i et 2.

— Asida 2 PL portant les n"' ig et 20.

Orthoptères 6 PL portant les n"'' i, 2, 3, 4,

6 et 7.

Névroptères i PL portant le n" 9.

Lépidoptères 7 PL portant les n"' 8, 10, il,

11 manque donc dans mon exemplaire de la Faune de V Andalousie, la PL 5 pour les Orthoptères et les PL 13, 16 et 17 pour les Lépidoptères; la PL 9 étant celle des Névroptères.

Mais tout cela constitue un désordre évident ; ainsi la pagination commençant, pour les Lépidoptères au folio 213, et la PL 9 des Névroptères intercalée entre les PL 8 et 10 des Lépidoptères, en sont la preuve.

Cependant il serait très utile d'être fixé sur la quantité des Planches qui ont été réellement publiées dans la Faune entoniologique de V Andalousie et sur le nombre des feuilles de texte qui furent imprimées et distribuées.

J'ai énuméré les Planches et feuilles de texte contenues dans le Volume que j'ai sous les yeux, parce que Herr W. Junk, dans Bibliographia Lepidopterologica, Catalogue raisonné de livres publié à Berlin, en 1913, donne les explications suivantes en contradiction avec celles dont je viens de faire part : <( Rambur, Faune entomologique de V Andalousie, Vol. II, Paris (1839), 8, 1 1 planches coloriées sans texte. — De ces 1 1 planches tirées de l'ouvrage rarissime et jamais achevé, 6 figurent les Orthoptères, I les Neuroptères, 4 les Lépidoptères (Voir Hagen, Bibliotheca) ».

On voit que Herr W. Junk est bien loin de compte, puisque, au lieu de 11 Planches, nombre auquel il s'arrête, j'en connais 18, ainsi qu'il est relaté plus haut et cependant ce ne doit pas être tout ce qui a été publié.

Revenant à la Limantria Atlantica, je rappelle que, dans le Volume X des Etudes de Lépidoptérologie comparée, sont figurés.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 285

SOUS les n°' 4724, 4725, 4726 de la PI. CCCXXX, une variété mélanienne de Sebdou, que j'ai appelée M aura, remarquable par son abdomen plus noirâtre, ne présentant une touffe de poils roses (]ue sur les côtés, à la soudure de l'abdomen au thorax. Le fond des ailes supérieures est plus obscur et plus uniforme en dessus. La forme la plus ordinaire est représentée sous le n" 4725. Quant à la Q n" 4726, elle offre une variation résultant de l'obscurcissement de la partie médiane des ailes supérieures, en dessus. Cette variété est assez fréquente et toutes les transitions existent entre elle et la forme normale dont les ailes antérieures ont le groitnd colour concolore.

Les ailes inférieures, dans les deux sexes, sont variables; tantôt d'un gris brun uniforme, tantôt claires avec la bordure marginale plus foncée, ou avec une ligne noirâtre parallèle au bord terminal, ("es variations des ailes inférieures atteignent les deux sexes.

Il me reste à publier la notice biologique rédigée par M. Harold Powell comme suit :

<< Cette Espèce, qui a deux éclosions par an, sur les Hauts-Plateaux, et peut-être trois dans la région avoismant le Sahara, semble être répandue en Algérie. Je ne l'ai jamais trouvée très abondante, cependant. Elle était très rare à Géryville, où je n'ai pris qu'un seul spécimen, en juin 1910; à Aflou, je n'ai noté que trois exemplaires (S pris à la lumière, un en juin, les deux autres le 12 et le 13 septembre 191 1. A Sebdou, Atlantica n'était pas rare; nous y avons capturé une bonne série de cf et Q en septembre et en octobre 1907, à la lumière; la meilleure localité pour A. Atlantica, à Sebdou, était sur le flanc sud-est du Djebel- Debdou. J'ai trouvé la chenille, une fois, en octobre, sur le lentisque (Pistacia lentiscîis) et je l'ai nourrie avec cette plante à Hyères, après mon retour de Sebdou; mais le lentisque n'est certainement pas sa seule plante nourricière, puisque j'ai pris le papillon dans des localités dépourvues de lentisques, telles que Lambèse, Aflou et M'chounech.

Dans la région de l'Aurès, nous avons capturé Atlantica en

286 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

chassant la nuit, à la lumière, d'abord à I.ambèse, en juin, août, septembre et octobre ; ensuite, près de Tighanimine, pendant la nuit du 9 au lo septembre 191 2, puis à M'chounech, le 14 octobre 1912. La seule de ces localités possédant des lentisques est Tighanimine; il y avait même beaucoup de buissons autour de notre point de chasse, et Atlanlica se trouvait moins rare là que dans les autres localités de l'Aurès que je connais ; une douzaine d'exemplaires cT et g sont venus à. la lampe, pendant la nuit du 9 au 10 septembre 191 2» mais six seulement étaient assez frais pour qu'on pût les conserver.

A Lambèse, nous n'avons pris que des exemplaires isolés. IM'chounech est dans la z(')ne des palmiers; en dehors de l'oasis, il n'y a que des plantes de la faune Saharienne, parmi lesquelles beaucoup de Salsolacées.

La collection Oberthiir contient, en plus des exemplaires provenant des localités énumérées ci-dessus, des Lyniantria Atlanlica de Biskra (mars), d'El-Outaïa (avril, mai et juin), de Bou- Saada (automne), de Colomb-Réchar (avril), de Beni-Ounif (mars), de Guelt-es-Stel, d'Alger (mars) et de C'hiclana (Espagne).

La Ç) pond facilement en captivité; ses œufs sont arrondis et luisants; elle ne les recouvre pas de duvet; j'ai élevé, en 1907- 19C8, quelques chenilles écloses d'oeufs pondus, à Sebdou, en octobre; elles ont atteint le maximum de développement au commencement d'avril, tandis que la chenille trouvée en liberté en octobre 1907, à Sebdou, s'est chrysalidée en février 1908 et le papillon (une q) est éclos le 26 mars. Ayant été très occupé pendant l'hiver, je n'ai, malheureusement, pas pris de notes descriptives des différents stades de la chenille; je ne puis maintenant la décrire que d'après des individus soufflés dans leur dernier stade.

La tète est grande (largeur o m. 0034 à o m. 0036), arrondie, sans' projections ni aspérités; le sillon ou ligne de suture des lobes est très peu profond; la surface est polie et luisante; la couleur de la tête est d'un brun jaunâtre clair; chaque lobe est marqué

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

(l'une grande tache noire qui occupe toute sa surface antérieure, depuis les ocelles jusqu'au sonmiet et de la limite du Iront jusqu'à la courbe antérieure; le labrum et les antennes sont blanchâtres; sur la partie antérieure des lobes, on remarque des poils assez raides d'un brun très clair, pas très longs vers le sommet de la tête, mais sensiblement plus longs autour des ocelles et de la bouche; la longueur du corps d'une des chenilles soufflées est de ^J mm.; une autre mesure ^} mm.; la forme du corps n'est pas très différente de celle de la chenille de Lïparis Dïspar ; elle est large, un peu aplatie ; les pattes sont bien développées ; la surface dorsale est noire, mais l'aire intersegmentale est d'un gris brun enfumé; bien entendu, lorsque la chenille est vivante, on ne voit guère que le noir, mais chez la chenille dont la peau se trouve distendue par le soufflage, les intervalles plus clairs sont très apparents et la chenille présente, alors, des bandes transversales noires alternant avec des bandes grisâtres; la surface ventrale est grisâtre pâle, uniforme, ainsi que la base des pattes; les pattes thoraciques sont d'un jaune brun très clair; les pattes membraneuses portent, sur la partie antérieure-extérieure, une large mais mince plaque écailleuse, d'un gris enfumé; le centre dorsal est marqué par une mince ligne d'un blanc terne, un peu jaunâtre; sur les segments thoraciques n™ 2 et 3 seulement, on voit une trace de ligne sous-médiane, semblable à la médiodorsale, mais ondulée; il y a faible indication d'une large ligne stigmatale dont la couleur du centre ne diffère pas beaucoup de celle du dorsum en général, mais dont les bords supérieur et inférieur sont marqués par une étroite ligne blanc jaunâtre terne; cette ligne n'est pas prolongée sur les segments thoraciques; les stigmates sont placés sur le bord inférieur de la ligne stigmatale; ds sont de forme ovale arrondie et encerclés d'un rebord chitineu.x noir; les tubercules ou verrues dorsaux sont en général bien développés; ils ont une teinte grise un peu jaunâtre et portent deux variétés de poils; d'abord des poils rares très longs, bruns; nsuite des crins nombreux, raides, relativement courts, d'un brun jaune ou brun roux; les poils des verrues de la surface ventrale

288 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

sont blanchâtres; la plaque prothoracique est de la couleur ^ns brun intersegmentale; son rebord antérieur porte quatre tubercules pilifères, allongés, tandis que la marge postérieure est formée par une bandelette chitineuse d'un brun foncé; la verrue pré-stigmatale du segment prothoracique est un peu plus développée que les autres tubercules thoraciques; le tubercule I est très petit sur tous les segments; il ne paraît porter que des poils de la variété courte; le tubercule 11, en arrière de I, sur les segments abdominaux, et plus éloigné du centre dorsal, est grand, de forme ovale arrondie; les III et IV sont juxtaposés, presque confondus en une seule verrue; cependant, la place de III est au-dessus du stigmate, tandis que IV, dont les poils sont plus clairs, se trouve un peu en arrière ; sur les segments abdominaux 6 et 7 se remarque, au centre dorsal, entre les tubercules II, une lentille surélevée, dont le sommet évasé, blanchâtre, est cerclé de noir ; c'est le tubercule en entonnoir qui, plus ou moins modifié, est commun à presque toutes les chenilles de Lymantriides. La chrysalide est de couleur acajou roux, un peu plus foncé sur les ptérothèques, la tête et les enveloppes des membres; elle porte de longs poils ondulés, de couleur jaune brun clair; seuls, les ptérothèques, l'enveloppe des pattes et celle des antennes sont dépourvus de poils; le cremaster est noir, conique; il possède des crochets latéraux et d'autres terminaux; le cocon est lâche, peu important, formé de quelques fils de soie d'un blanc grisâtre. La déhiscence de la chrysalide se fait le long de la suture thoracique dorsale ; la déchirure se prolonge entre les ptérothèques et les segments abdominaux jusque vers l'angle interne et même, parfois, jusqu'à l'angle apical, d'un côté; elle contourne l'enveloppe de la tête, qui ne fait qu'une pièce avec l'enveloppe des antennes, des maxillae et des pattes; cette pièce demeure soudée sur tout un côté au ptérothèque ; mais, de l'autre côté, la déchirure l'en sépare complètement et ne s'arrête qu'à l'angle apical. »

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 289

Lymantria Mus, Obthr.

Je possède un seul d" provenant de El Outaya, où il a été pris en mai 1910. Il est figuré sous le n" 4723 de la PI. CCCXXX dans le Vol. XI des Etudes de Lépïdoptérologie comparée.

Le ground colour est plus gris et plus pâle chez Mus que chez Atlantica; les dessins ne diffèrent pas sensiblement; la frange n'est pas entrecoupée aussi fortement chez Mus que chez Atlantica. L'aspect de Mus est plus grêle ; son abdomen ne porte aucune ponctuation dorsale. Je suis porté à croire que Mus est une Espèce distincte d' Atlantica.

Lymantria Oberthuri, Daniel Lucas.

Initialement décrite par le Capitaine D. Lucas dans les Annales de la Société entoniologique de France, p. 26, 27, 28, 29, année 1906, et figurée dans les mêmes Annales, sous les n"' 6, o", et 7, Q, de la PI. 3.

Je possède i cf pris en mai à Kebili (Tunisie) et que m'a donné M. D. Lucas, et deux cf pris à Colomb-Béchar, en avril et mai 191^, par le Sergent-Major Fantou, des Tirailleurs sénégalais.

Les deux cf sont figurés sous les n°^ 1842 et 1848 de la PI. CXCI, dans le Vol. VII des Etudes de Lépïdoptérologie comparée. L'Espèce est très distincte et très reconnaissable avec ses ailes inférieures roses bordées de brun.

Lymantria Dispar, Linné.

Le Lymantria Dispar est le terrible fléau des forêts de chênes aussi bien en France qu'en Amérique. Chez nous, l'Espèce ne ravage les bois que de temps en temps; elle n'est pas constamment aussi abondante; plusieurs foi.s, j'ai observé qu'en Bretagne, après une année où toutes les feuilles de chêne avaient été dévorées par les larves de Lymantria Dispar, l'Espèce devenait

ÎQO LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

presque introuvable, l'année suivante. Notamment, je me souviens d'avoir visité, le 24 juni 1909, M. le D"" Bureau, de Nantes, à sa propriété de la Provostièrc, près la Meilleraye (Loire-Inférieure), en un moment où les chênes étaient complètement privés de leur frondaison par la voracité d'une multitude de chenilles de Dispar. Dans le bois appartenant à M. le D"" Bureau, les arbres avaient perdu leurs feuilles; les chenilles, descendues des arbres, erraient l)artout, en quête de nourriture. Ayant tout dévoré sur les chênes, il ne leur restait rien pour assouvn' leur faim, car, là, elles ne s'attaquaient pas à d'autres plantes qu'aux chênes. Comme les chenilles n'étaient pas encore parvenues à leur taille au moment où les feuilles de chêne vinrent à leur manc}uer, elles étaient destinées à mourir de faim avant d'avoir pu se transformer en chrysalide. D'ailleurs je trouvai un superbe Calosoina Sycufhanla dont le rôle était de diminuer le nombre des chenilles de Dispar, de sorte que, en outre du manque de nourriture, le bel ogre aux élytres d'or se chargeait de réduire le nombre, devenu momentanément excessif, des chenilles de Dispar.

En Algérie, le Lyviaiilria Dispar, quelquefois trop abondant, a été rencontré à Sebdou, à Khenchela, à Lambèse, à Yakouren, à Tlemcen, et en Tunisie, à Aïn-Draham. Sans doute, il habite bien d'autres lieux. Il ne semble pas que, dans leur ensemble, les nombreux exemplaires algériens et tunisiens alignés devant mes yeux, diffèrent des Lynianlria Dispar )M-ovenant des diverses localités de France, d'Angleterre, d'Allemagne, de Syrie; mais en Algérie, comme ailleurs, on trouve, à titre d'aberration, des individus plus bruns ou plus noirâtres, plus petits ou plus grands, plus clairs ou plus foncés.

Huebner a représenté sous les n°^ 75 et jd la forme ordinaire, mais très belle, de Dispar ; sous le n" 263, le même Iconographe a figuré une aberration mélanienne, d'un brun obscur, presque unicolore, comme on en obtient parfois en accouplant le Dispar du Japon à celui d'Europe.

Les aberrations notables, ainsi que les hermaphrodites partiels, se rencontrent, relativement fréquemment, chez Dispar.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 29 1

On en a signalé un grand nombre d'exemplaires ; ma collection renferme plusieurs individus remarquablement aberrants.

D'après ce que je connais, ce sont surtout les cf qui présentent, sur une partie seulement de leurs ailes, les caractères de la Q. Je possède ainsi 7 cf, analogues pour les stries féminines dont leurs ailes sont bariolées, à certains exemplaires de Rhodocera Cleopatra; mais chez Rhodocera Cleopalra, dont je suis parvenu à réunir 17 exemplaires hermaphrodites, c'est la Q qui est, plus souvent que le cf, partiellement ornée sur une ou plusieurs de ses ailes, de la belle coloration du çj.

M. Harold Powell, qui a photographié les ravages exercés par les chenilles de Ly}>iantrïa Disfar, en Algérie (voir Etudes de JJpïdoptérologie comparée. Vol. VII, PL photo i, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) me communique les observations sui\antes qu'il a réalisées au cours de son exploration, à Sebdou, en 1907, et à Lambèse, en 191 2 et 191 3 :

(( La chenille de Lymantria Dispar fait parfois de grands ravages dans les bois de chênes verts, en Algérie; elle était abondante à Sebdou, au printemps de 1907, et elle contribuait à dénuder les chênes verts de la région; la chenille de Catocala N yviph<ea étant l'auteur principal des ravages constatés (*).

Dans les forêts de chênes verts, aux environs de Lambèse, Dispar paraît être toujours très commun et, en certaines années, excessivement abondant; j'ai pu constater le mal fait par la chenille, en juin 1912; certaines localités étaient plus spécialement atteintes; mais presque partout, dans la forêt, il y avait plus ou moins de ravages.

Les chênes verts qui souffraient le plus étaient ceux en lisière (le la forêt et ceux de la bordure des clairières.

En 191 2, Dispar s'est montré en abondance particulièrement

(*) C'est par erreur fjue, cl.ins une note parue dans The TLntomologists' Record, Vol. XX, p. 93, j"ai attribué à Catocala Conversa une grande part des dégâts causés aux chênes verts de Sebdou. C'était le C. Nymfhœa et non pas le C. Conversa qui abondait à Sebdou. //. P.

292 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

grande, dans la région forestière, à l'est-sud-est du village; c'est dans cette partie de la grande forêt qui recouvre les pentes septentrionales de l'Aurès que j'ai fait les photographies relatives aux dégâts occasionnés par les chenilles de Dis par. Les photographies en question ont été reproduites sur les Planches i-6 du Vol. VII des Eludes de Lépidoptérologie comparée.

Heureusement pour les forêts de Lambèse, le chêne vert résiste d'une façon remarquable au mauvais traitement que lui fait subir la chenille du « Gipsy moth ». Au commencement du mois de juillet 191 2, certains arbres se trouvaient réduits à l'état de squelette; toutes les feuilles, jeunes et vieilles, avaient été mangées, et si, par hasard, une branche conservait quelques feuilles, cette branche était choisie, plus spécialement, par les chenilles, pour servir de réceptacle pour leurs cocons; ainsi, j'ai ])hotographié une branche sur laquelle nous avons compté 204 chrysalides (PL 9 du Vol. VII); trois semaines plus tard, tous ces arbres étaient, de nouveau, recouverts de jeunes feuilles et, à cette époque, ils n'avaient plus rien à craindre de Dispar, toutes les chenilles étant en chrysalide depuis longtemps. Mais, si la chenille ne tue pas l'arbre, elle retarde sa croissance, en dévorant la première poussée de feuilles et en l'obligeant, ainsi, à dé])enser sa vigueur à produire une seconde poussée, au lieu de la consacrer au développement des branches de l'année; aussi, les gardes forestiers ont-ils reçu ordre de détruire le plus grand nombre possible de pontes. Je ne pense pas que le résultat de leurs travaux de destruction soit appréciable; si toutes les pontes se trouvaient sur le tronc et si tous les arbres étaient grands et bien espacés, la destruction des œufs ne présenterait pas autant de difficulté; mais les pontes se trouvent, le plus souvent, sur le dessous des branches, et les jeunes chênes verts poussent en buissons assez serrés, à travers desquels il est difficile de passer; d'ailleurs, pour ce travail, il faudrait employer une petite armée d'indigènes. En somme, le résultat des ravages faits par Dispar, dans les forêts de chênes verts d'Algérie, n'est pas énorme, et il vaut mieux laisser le soin de la réduction du nombre des che-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 293

nilles, chrysalides et œufs, aux Diptères et Hyménoptères qui les parasitent, et au Calosoma Sycophanta qui les mange.

Un autre ennemi des chenilles du chêne vert, à Lambèse, est une punaise rouge et noire, qui plonge son bec dans le corps de la chenille et le vide plus ou moins complètement; sur un même arbre, j'ai vu, un jour, au mois de juin, près du col de Doufana, plusieurs C. Sycophanta, ainsi que quelques-unes de ces punaises, en train de dévorer les chenilles de Dispar et celles des Catocalas Nymphœa et Conjuncta.

Dispar vit également sur le peuplier, à Lambèse; il n'occasionne pas grand dommage à cet arbre, d'après ce que j'ai pu constater; une seule fois, à Titouguelt, j'ai vu un petit peuplier mis à mal par les chenilles de Dispar; toutes ses feuilles avaient été mangées.

Le papillon est, naturellement, très abondant à l'époque de l'éclosion, en juillet; le cf vole en plein jour, mais on le prend très souvent à la lumière, la nuit ; la Ç reste sur les branches et les troncs; quelques Q, sur un tronc de chêne vert, avec leurs pontes, sont représentées sur les Pj. 7 et 8 du Vol. VII des Etudes de Lépidoptérologic comparée. »

Ocneria Signatoria, C lirisl.

J'ai décrit très sommairement, avec le nom de Signatoria-Algirica, Obthr., la Q de cette Ocneria, à la page 22 de l'Explication des Planches, dans le Volume XI des Etudes de Lcpidoptérologie comparée.

J'ai fait figurer une Q de El-Kantara, sous le 11° 4727, et une Q de Colomb-Béchar, sous le n° 4728 de la PI. CCCXXX, dans le même Volume XL Ma collection contient 5 Q, mais je ne connais pas le cf en nature. On peut en voir une figure sous le n° 5 a de la PI. VIII, dans le Vol. IX des Mémoires sur les Lépidoptères par N. M. Romanoff.

L'Algirica Q présente, près de la base des ailes supérieures, au-dessous de la nervure médiane, un trait noir vif, assez long,

294 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

qui n'existe pas dans la figure donnée par Romanoff. Chez Algirica, ainsi que je l'ai fait observer à la page 22 citée plus haut, la double ligne subterminale est beaucoup plus ondulée que chez Signatorïa et sa var. Pœnileiis, Stgr., de Palestine, laquelle variété Pœnitens se rapproche davantage à.^ Alghica que la forme type Signatorïa.

La seule Q prise par M. Powcll à El-Kantara voltigeait, le soir, près des lampes à acétylène de l'Hôtel Bertrand, le 25 août 191 2. Cette Q a pondu des œufs, le même soir; l'éclosion de ces œufs eut lieu le 9 septembre. Malheureusement les petites chenilles sont mortes parce que M. Powell n'a pas réussi à trouver la nourriture qui leur convenait.

Ocneria Rubea, Hucbncr.

Espèce bien connue et paraissant ne pas avoir de synon)'mic. La figure donnée par Huebncr sous le n" 240 est meilleure c]ue les deux premières figures publiées par le même Iconographe sous les n*^" 60 et 61.

M. Povv'cll a capture yOcucrïa Rttbca en Algérie, mais il y a trouvé très peu d'exemplaires. Au contraire, il a pris bien des fois le papillon à Hyères, où l'Espèce paraît abondante.

Voici les observations relevées par M. Powell au sujet de V Ocneria Rnbea :

(( Je n'ai rencontré ce papillon, en Algérie, qu'à Sebdou; il y était peu commun, d'ailleurs. Un exemplaire o" a été pris à la lumière, le 12 juin 1907; trois Q sont venues à la lanterne allumée, le 26 septembre, et trois cf ont été capturés entre le i"' et le 10 octobre 1907.

La collection Oberthiir contient, en outre, cinq Q Algériennes et Tunisiennes, dont une de Yakouren, prise en juillet ou en août 1907, une de Philippeville, 1875, et trois d'Aïn-Draham. La forme Algérienne de Rubea ne paraît pas différer très sensiblement de celle de l'Europe méridionale; la couleur des ailes, chez les trois o"

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 295

d'octobre, est d'un gris brun pâle, légèrement rosée, la teinte rosée étant plus prononcée sur les ailes inférieures; un seul cf présente une rangée de points noirâtres, tenant lieu de ligne coudée, sur l'aile supérieure; la ligne foncée ante-marginale de l'aile inférieure est faiblement dessmée chez les trois exemplaires ; il y a une faible indication de la ligne extrabasilaire des ailes supérieures, chez un des cf de Sebdou ; cette ligne n'est pas souvent très bien marquée dans les spécimens cf d'Europe. Les sept Q ont le ground colour rosé pâle, finement sablé d'écaillés grises sur les ailes supérieures; les ailes inférieures sont encore plus pâles, à reflets soyeux et sans trace d'écaillés grises; la tache discoïdale, blanchâtre, de l'aile supérieure, se trouve un peu envahie par la teinte rosée ; trois des Q ont la ligne coudée formée par les points foncés, bien visible quoique faible ; chez la quatrième et la cinquième, les points sont presque complètement effacés ; les deux dernières n'en conservent pas trace; les ailes inférieures ne portent aucune ligne ou dessin.

Les exemplaires d'Algérie diffèrent de ceux de la seconde génération d'Hyèrcs par leur plus grande taille; mais les Riibea d'Hyères, pris au mois de septembre, sont remarquables pour leurs petites dimensions; la différence légère qui existe entre les sujets Algériens et ceux de Vernet-lcs-Bains, des Alpes-Maritimes, de Digne et des Monts Aurunci, Prov. Caserta, Italie, n'est pas appréciable dans la taille; elle se manifeste par l'effacement, ou par l'absence totale des lignes, dans la forme d'Algérie. La forme de la France centrale (Châtcaudun) est caractérisée [)ar une tonalité jaunâtre. »

Albarracina Warionis, Obthr.

C'est près de Baiiï, Standf., et Syrïacn c^u'oii doit placer Warionis et non à la suite des Noiodonlidœ, du genre Pygœra, ainsi que les deux Doctor Phil. Staudinger et Rebel se sont entendus pour le classer, mais à tort, dans leur Caialog 1901.

J'cii publié une I-)onne figure de AlbarraLiiui Warionis, sous le

296 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

n" 6 de la PI. II, dans la Liv. VI des Etudes d'Entomologie, d'après un exemplaire Q de la collection J. Fallou. Je possède une autre Q ayant fait partie de la collection Guenée; elle fut sans doute capturée par le général Levaillant; car Guenée a fixé à l'épingle une étiquette : Le.vaillantii, comme pour indiquer l'origine de son exemplaire. Je disais à la page 75 de la Liv. VI des Etudes d' Entomologie : u Le Bombyx Warionïs, pour lequel il faudra peut-être créer un Genre spécial, semble faire une transition entre les Bombycides du groupe d'Hercnleana, Neogena et les Lrparides. » Il est certain que la touffe de poils, à l'extrémité de l'abdomen, constitue un caractère assez suggestif et qui éloigne \N arionis du voisinage des Pygœra où l'avaient colloque, bien à contre-sens, les deux Auteurs précités.

Mais c'est au Genre Albarracina que sans aucun cloute appartient l'algérien \\ arionis. L'Espèce n'a pas encore été retrouvée en Oranie et je crois bien qu'il n'existe jusqu'ici dans les collections françaises que les deux individus mentionnés aux pages 75 et 76 de la Liv. VI des Etiides d'Entomologie.

\J Albarracina Syriaca, dont je possède 5 cf et 2 Q, ressemble beaucoup à Warionis. Je ne connais pas Korbi, Staudinger, seulement décrit, mais non figuré par le descripteur Staudinger. On peut bien voir une représentation, mais très grossièrement exécutée et n'inspirant aucune confiance, d'un prétendu Korbi cf dans l'ouvrage : Les Macrolépidoptcrcs du Globe, par le Prof. Dr. Adalbert Seitz. De plus, à la page 133 du Vol. II, Bombycides et Sphingides paléarctigues, le D"" E. Strand, rédacteur pour les Lymantriidœ, commence, en parlant du 21" genre : Albarracina, Stgr., par la déclaration suivante qui ne promet pas l'avantage d'une bien vive clarté : « Je ne connais également ce Genre que par la description de Staudinger... ». Cependant le D"" E. Strand définit, tout comme s'il connaissait les Espèces en nature, les caractères du Genre Albarracina et des Espèces : Korbi avec les variétés Syriaca et Deundulata, Strand, et Baui.

A propos de cette nouvelle variété Deundulata, primitivement signalée, mais sans nom, par Bang-Haas, voici ce que nous

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 297

apprend la notice publiée par ledit Bang-Haas, dans Iris, Band XIX, 1906. Bang-Haas dit avoir reçu de Tunis une grande Ç), pas tout à fait pure (nicht ganz reines Q ), qu'il rapporte avec un point de doute à Korbi, Stgr. Herr Bang-Haas est le gendre de feu Staudinger; rappelant la figure et la description de Warionis, il exprime une opinion tout à fait différente de celle que le beau-père avait formulée dans le Catalog 1901, et prétend, avec raison d'ailleurs, que Warionis doit faire partie du Genre Albarraàna : (( Dièse Warionis scheint mir einc Albarracina zu sein ».

Cependant Herr Bang-Haas doute que sa Q Korbi puisse se rapporter à Warionis; voici d'ailleurs le texte allemand {Iris, Band XIX; p. 130 : " Ob mein 35 mm spannweite grosses stiick mit Warionis, die etwa 31 mm misst, ùbereinstimmt, bezweifle ich, da die Abbildung z. B. nichts von der weissen Làngslinie zeigt ». Pour moi, je suis porté à croire que Korbi pourrait bien être la forme espagnole de Warionis dont le nom publié par moi, en mars 1881, prime les autres noms : Korbi et Syriaca, postérieurs à Warionis.

Mais la iigure — manifestement détestable — de Korbi (S, publiée dans l'ouvrage de Seitz, et dont j'ai parlé plus haut, ne permet de formuler aucune opinion définitive sur la question de savoir si réellement Korbi est, ou non, une variété de Warionis.

Pourtant, si je considère Syriaca, il me paraît qu'elle est une légère variété de Warionis. En effet, la comparaison attentive de deux Q Syriaca avec ma Q Warionis ne révèle aucune différence capable de laisser la question douteuse. Dès lors, on peut déduire que le cf Warionis, resté inconnu, doit ressembler au cf Syriaca, puisque les g montrent tant d'analogie. Or, Syriaca étant admis 13ar Staudinger et Rebel comme variété de Korbi, les cf Syriaca cl Korbi ne doivent pas être très différents l'un de l'autre. Alors que peut-on penser de la figure de Korbi dans l'ouvrage de Seitz? Trash made in Germany !

>g8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

LASIOCAMPID^

Chondrostega Constantina, AunvilHus.

Chondrostega Powelli, Obthr.

Chondrostega Tingitana, Powell.

Les Chondrostega sont répandus le long des côtes asiatiques et africaines de la Méditerranée; une Espèce a été découverte dans la Péninsule Ibérique.

C'est Vandalicia, Millière, qui paraît ne pas être rare en Castille; car j'ai trouvé, dans la collection Vazquez, une soixantaine d'exemplaires des deux sexes, élevés de la chenille.

D. Aurelio Vazquez ne m'a jamais fait connaître sur quelles plantes il avait élevé les chenilles de Vandalicia; mais dans les Macrolèpidopteres du Globe, par Adalbert Seitz, il est dit {Rég. Paléarct., Vol. II; r" partie, p. 150) que la larve vit sur les graminées {N ardus) et les Hypochœris. Ces dernières plantes appartiennent à la famille des Composées.

Les Chondrostega sont des Bonibycides d'aspect spécial; les Q sont aptères et les cf ont les ailes de couleur brune ou grise, avec une sorte de reflet soyeux. Les chenilles que nous connaissons vivent en Barbarie, sur les Thapsia (*). M. Harold Powell a très soigneusement observé la vie évolutive de l'Espèce de Chondrostega que j'ai décrite et figurée, en lui donnant son nom. Je laisse donc à M. Powell le soin d'écrire la notice sur les Chondrostega de Barbarie. Nul n'est mieux préparé que lui pour traiter, en connaissance de cause, de l'histoire de ces Bonibycides relativement peu connus et sur lesquels Chr. Aurivillius a donné dans

(*) Les plantes du genre Thapsia appartiennent à la famille des Ombellifcres. D'après le chanoine Coste (Flore descriptive et illustrée de la France ; Vol. H; ]). 166, 167), 10 Kspt'ces habitent la région méditerranéenne. Pline avait donné le nom de Thapsia à des ])lanlcs (pTon suppose être celles-ei, en souvenir de File de 'l'hapsos.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 29g

Vlris (Band VII, 1894, p. 133-137) des renseignements sommaires, sans avoir jamais vu, lui-même, ni les papillons ni les chenilles vivants.

Désormais, c'est M. Powell qui parle dans les termes suivants :

(( On ne connaît, je pense, que quatre Espèces du genre Choudrostega, du nord de l'Afrique, à savoir : Subfasciata, Klug, et Longes pifiata, Auriv., de l'Egypte, C onstantina, Auriv., et Pocuelli, Obthr., de l'Algérie. Il y aura, probablement, une cinquième Espèce à ajouter à cette liste, car une Chondrostega Q provenant de Tanger et qui se trouve dans la collection Oberthiir, diffère assez sensiblement des Q des deux Espèces algériennes, ses plus proches voisines; je la décris plus loin.

La Chondrostega Subfasciaia, Klug, n'est pas très voisine des Espèces Algériennes, d'après la figure du cf donnée dans l'ouvrage de Klug et d'après une courte description de la chenille, que l'on peut lire à la page 150 du Volume II de l'ouvrage de Seitz : Les Macrolépidopteres de la Région Paléarctique; je n'ai pas pu trouver une description de la Q de cette Espèce. L'autre Espèce égytienne, Longespinata, Auriv., paraît être peu connue; je ne crois pas que la Q et la chenille aient été décrites jusqu'ici.

Le nom de C onstantina a été donné par Aiirivïllius à une Espèce de la Province de Constantine, la description primitive étant celle de la chenille; M. Charles Oberthiir a, ensuite, décrit le cf et la Q, dans le Bulletin de la Société Entomologique de France, 1S98, p. 230, et il a fait figurer les deux sexes sous les n"'' 46 et 53 de la PI. IV du i""" Vol. des Etiules de LJpidoplérologie comparée.

Poivelli, Obthr., a été découverte en septembre 19 10, à Géryvillc, Province d'Oran; l'Espèce a été décrite à la page 336 du Vol. VI des Etudes de Lépidoptérologie comparée, et deux çj, ainsi que la chenille, se trouvent figurés sous les n"" 1 162, 1 163 et 1164 du même Volume.

La Chondrostega Vandalicia, Mill., d'Espagne et d(^ Portugal, n'est pas très voisine de C onstantina et de Powclli: mais elle

s'accorde avec ces Espèces et avec la Q de Tanger, pour un caractère important, c'est-à-dire par l'absence, chez les Q, de la touffe anale de poils soyeux qui caractérise les Q des Chondrostega d'Asie Mineure, Fasciana, Pastrano, Hyrcana et Palœstrana.

Les descriptions et la figuration qui ont été publiées des trois Espèces : Constantina, Powclli et V andalicia, rendent facile leur comparaison, en ce qui coiicerne la taille, la couleur, les dessins, etc.; mais il m'a semblé utile d'ajouter à la connaissance que l'on a de ces Espèces, le résultat de l'examen de l'appareil corné porté sur la tête des papillons. J'ai remarqué, en effet, de légères, mais constantes différences spécifiques dans la forme de cet organe, qui me paraît être peu variable chez une même Espèce J'ajoute à ces notes concernant l'appareil corné, celles que j'ai faites, en même temps, sur les antennes.

Il convient de commencer par une description générale de l'appareil corné. Sa forme est semblable à celle d'une écope qui se trouverait placée entre les yeux du papillon, le manche en haut et la face concave regardant en avant; vue de profil, la partie supérieure de l'organe a l'apparence d'un fauteuil à dos courbe; placée dans le fond de la concavité, est une pièce dépendante, en forme de cuiller, dont le manche, très court, relevé, légèrement évasé ou bien plat, fait saillie en dehors, à un angle plus ou moins aigu; dans cette cuiller sont placées deux pelotes, allongées en pointe et dcnsémcnt poilues; la face interne, concave, de Vécopc, est garnie de crins d'un brun doré et elle se trouve plus ou moins saupoudrée d'une matière jaunâtre, ressemblant à du pollen; la surface dorsale, convexe, porte quelques rares crins seulement. L'organe fait partie du crâne, et le bas du dossier du fauteuil se prolonge en arête émoussée sur le dessus de la tête; l'œil est encadré par un bourrelet de la substance cornée du crâne, lequel bourrelet s'avance en une languette, près du coin interne de l'œil.

Chez les cf, une fourrure épaisse recouvre la tête et cache, en grande partie, l'appareil corné; chez V andalicia, cet organe est même, quelquefois, entièrement recouvert; c'est chez Powelli qu'il est le plus dégagé; les Q ont la fourrure de la tête et du thorax

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

beaucoup moins épaisse et moins longue que les O*; il s'ensuit que, chez elles, l'appareil corné est plus apparent. La couleur de l'organe est d'un acajou foncé, noire vers les extrémités; l'intérieur de Vécope est jaunâtre, au fond, derrière la pièce en forme de cudler. Pour désigner les différentes parties de l'apparcd, je me servirai des termes suivants : écope = \2. pièce principale; bec = le manche de l'écope ou saillie supérieure; ailes ■^Xç.'^ côtés de l'écope, à droite et à gauche du bec; ^/'c7?//<? = l'angle supérieur de l'aile; cuiller ^\a. pièce dépendant de l'intérieur de l'écope; c!iilleron--=\e manche ou petite pièce supérieure de la cuiller; lan- ^^//'//^^ l'apophyse faciale du cadre de l'œil.

Vandalicia (j. — Ecope moins large que chez Constantina et Foivelli; bec plus pointu et bien moins large que dans ces deux

Appareil corné ou canthus de C. Vandalicùt cf ; face, profil et dos. — Agrandi.

Espèces; ailes relevées en pointe à l'épaule; cuilleron plus étroit et un peu moins redressé que chez Constantina et Powelli; languette peu développée; antennes d'un jaune brunâtre.

Vandalicia Q. x^ppareil corné semblable à celui du cf, si ce n'est que le cuilleron me paraît être, en général, un peu plus large; languette très bien développée, même davantage (]uc cluv. Poîuelli g.

Les antennes sont d'un jaune brun comme chez les Ç de Constantina et de Powelli; elles ont à peu près la même longueur que celles de Pozuelli, étant plutôt plus longues chez Vandalicia que chez cette dernière, et elles sont moins obtuses à l'extrémité; les crins jaunâtres, qui garnissent le dos de la tige de l'antenne, sont nombreux; les dents de la double rangée du dessous de la tige sont longues, plus minces et plus effilées que chez Powelli Q

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

et Conslanlïna Q. Comme chez Constantina q, l'aile supérieure est représentée par une toute petite excroissance dure, blanchâtre, recouverte par les poils jaunâtres du thorax.

Powelli cf. — Le bec est plat, noirâtre, luisant ; les ailes sont un peu relevées à l'épaulement, mais non pas en pointe; la concavité de l'écope est assez prononcée, le cuilleron, large, mince et très légèrement évasé; la languette est bien développée, mais elle n'est pas souvent aussi longue, chez le cf, que je l'ai dessinée dans le croquis C. T. es antennes sont d'une couleur jaune grisâtre pâle.

Powcllï Q . — L'appareil corné ne diffère i)as beaucoup de celui du o"; les ailes sont plus ouvertes, cependant, que chez le cf, f'<^

Appareil corné ou canthus de 6'. Powelli; face, profil et dos. — .\gramli.

qui donne un aspect plus plat à l'organe vu de face; la languette est bien développée.

Antennes : Les dents de la double rangée du dessous de la tige ont la forme de tubercules coniques assez allongés, et elles portent un petit poil terminal; les crins jaunes du dos de la tige sont peu abondants, plus rares que chez les Q de Constantina et de Y andalicïn : l'antenne ne diminue pas beaucoup d'épaisseur vers l'extrémité.

Une des Q présente, de chaque côté du thorax, un petit aileron rigide, chitineux, recourbé, qui tient lieu d'aile supérieure; chez l'autre Q, l'aile est réduite à une simple petite verrue chitineuse, comme chez Y andalicia et Constantma. En dessous de la languette et fixée sur le thorax, près de la base de la première patte,

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

se trouve une épine densément recouverte de longs poils jaune brun ; cette épine paraît être atrophiée chez la plupart des Q de Chondrostega; cependant, chez une des Q de Powelli ■ — celle qui possède de petits ailerons — l'épine en question ■ — il y en a une de chaque côté, naturellement — est très prolongée et acérée; je n'ai pas encore examiné un cf possédant cette épine.

Chondrostega g de Tanger. -- Elle a la taille d'une Q moyenne de Constantina ou de Powelli; la tête et le thorax portent des poils d'un jaune brun, comme ceux des Q des autres Espèces que nous étudions, mais ces poils sont moms abondants chez la O de Tanger; peut-être ont-ils été, en partie, enlevés, au cours de la i)réparation que le spécimen a subie - la Q a été

Appareil corné ou eanthus de C. Tinijitdua 9 ; taee et profil. — .\gran(li.

\idée et son abdomen est rempli de coton ; — cependant, les poils du thorax et de la tête tiennent fortement chez les (Chondrostega.

La peau de l'abdomen, d'un brun très foncé, est recouverte de poils très courts d'un jaune brun, sauf sur l'aire intersegmentale; ces poils sont moins denses que dans les autres Espèces, l)eut-être pour la raison précitée.

L'appareil corné est fort, aussi grand que chez les plus grandes Q de Constantina; il ressemblerait à celui de Constantina si ce n'était que les épaules sont parfaitement arrondies et que, vu de dos ou de face, l'organe ne s'élargit pas à partir des épaules en descendant; le cuilleron est large et épais.

Les antennes ont la longueur de celles de Powelli, mais elles en diffèrent sensiblement, ainsi que de celles de Constantina et de l'aiidalicia ; elles sont [)lus fines et plus effilées au Ijout et les

304 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

dents du dessous de la tige sont arrondies, au lieu d'être allongées en pointe. L'épine thoracique, près de la base de la première patte, n'est pas bien développée.

Cette Ç) présente, de chaque côté du thorax, un aileron rigide, corné, ayant la forme d'une corne de Gnou. La seule Q de Chondrostega, parmi celles que j'ai examinées, qui possède des ailerons comparables à ceux de la Ç) de Tanger, est une Q de Powelli, mais les ailerons de la Q de Tanger sont plus de deux fois plus longs et aussi plus larges que ceux de la Q de Powelli.

La Chondrostega de Tanger est, sans doute, une Espèce voisine de Constantïna et de Poiuelli, mais distincte; je l'appelle Tingiiana, Powell.

Constantïna cf. — L'appareil corné est un peu plus large que chez Pozvellï o" ; l'écope est plus plate par devant, plus ouverte;

les épaules sont plus émoussées, moins relevées en pointe, le bec un peu plus large que chez Poiuelli.

Les antennes sont de couleur jaune grisâtre pâle et ressemblent à celles de Poiuelli cf.

Appareil .■.„né ou eanthus de CoNstautina Q. — L'appareil comé

c conf^tuntinu cf ; dos. ressemble beaucoup à celui du cf; vu

Agrandi. '■

de dos, il s'élargit davantage vers la l)ase que chez les autres Espèces.

Les antennes sont distinctement plus épaisses que chez Poiuelli Q ; les dents de la douille rangée du dessous de la tige sont plus grosses que chez Powelli et Y andalicia; le dos de la tige est bien couvert de crins d'un jaune brun. Une petite excroissance ou verrue blanchâtre, cornée, recouverte par les poils du thorax, représente l'aile supérieure.

Les Chondrostega d'Asie Mineure ont un type d'écope plus frêle, moins épaisse que celle des Espèces de Barbarie et d'Espagne; l'appareil est plat, dans sa partie supérieure du moins, et le bec est presque nul dans la plupart des Espèces; chez Auri-

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 305

7nllii, Pung., l'écope est non seulement plate par devant, mais même légèrement bombée jusqu'à une petite distance en dessous de la base du bec; le bec est court, conique-comprimé; les épaules sont relevées en pointe émoussée; la cuiller est profondément modifiée et porte une large lame rectangulaire en dessous du cui Héron.

Chondrostega Powellï. — L'Espèce est abondante à Aflou; moins commune à Géry ville; je ne l'ai pas rencontrée dans les autres localités d'Algérie que j'ai visitées. Le premier Chondrostega que nous avons vu est arrivé à la lumière de notre lampe à acétylène, le 3 sep-

. Appareil corné on cantlius de

tembre 191 o, pendant la chasse de nuit c. constantina-, face.

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