‹ Etudes de lépidoptérologie comparéeChapitre 12 sur 21 · r^U 1 T^ J Agrandi · texte numérisé non relu

r^U 1 T^ J Agrandi

que moi-même et Charles David nous

faisions au Chabat el Khadam, petite cuvette humide où croissent des graminées et des saules, au sud-ouest de Géryville ; tout autour de la dépression s'étend la plaine sèche et ondulée, sauf du côté nord, par où s'écoule l'eau des sources marécageuses de la cuvette. Ce n'est certainement pas du terrain marécageux, mais de la plaine, que venait le Chondrostega, dont la chenille, ainsi que je l'ai découvert l'année suivante, vit sur le Thapsia Garga- Hica, au printemps.

Nous avons fait d'autres chasses au même endroit, pendant le mois de septembre; jusqu'au 12, à Chabat el Khadam, chaque fois que nous allions chasser, la nuit, nous prenions deux ou trois Chondrostega PoivcUï cf ; le 11 septembre, neuf (j sont Ncnus à la lumière; à partir de cette date, l'Espèce est devenue beaucoup plus rare. Le dernier individu a été pris à Kheneg Azir, à 28 kilomètres au nord de Géryville, le 25 septembre.

En 191 1, dans la région d' Aflou, le premier cf de Powelli a été pris le 16 août; nous avons continué à capturer des cf, à la lumière, jusqu'au 23 septembre; la meilleure localité pour cette Espèce, dans le voisinage immédiat d'Aflou, se trouve au nord-est du village; c'est un petit plateau, semi-aride, bordé de rochers, à

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l'est de la route de Tiaret ; là, nous prenions le papillon cf presque chaque fois que nous y allions chasser la nuit, pendant la période comprise entre les dates citées plus haut; dans la nuit du 13 septembre IQI i, pas moins de 41 d' ont été capturés, mais d'une façon générale, on ne prenait que 3 ou 4 dans une seule nuit. La Q est très difficile à trouver; je ne sais, au juste, où elle se tient cachée et à quelle heure elle sort pour pondre; je l'ai cherchée, maintes fois, en éclairant avec la lanterne à main, par terre, sur les buissons et sur les tiges des Graminées, dans les localités où le cf n'était pas rare, mais je n'ai jamais eu la chance de la rencontrer; je ne la connais que par les deux exemplaires qui sont éclos en captivité, dans la soirée du 7 septembre 191 1; cependant, nous trouvions souvent, à Aflou, les œufs, que la Q arrange en large bague autour des tiges sèches des Graminées, du Goufft {^Artemïsia Campeslris) et d'autres buissons; d'abord, tous les œufs trouvés étaient vides et provenaient des pontes de l'année précédente; ensuite, en septembre, on trouvait les pontes fraîches.

Le cf vole avec violence et il s'abîme en se débattant par terre et dans les touffes, autour de la lampe, si on ne se hâte pas de le mettre en flacon.

Je connaissais l'œuf de Powellï en 1910, à Géryville, mais je ne savais pas, alors, à quelle Espèce appartenait la ponte trouvée. Charles David m'avait apporté, le 30 septembre, une ponte composée d'environ 420 œufs disposés en large anneau autour d'une tige d'Alfa; par leur forme et leur arrangement, ces œufs présentaient une ressemblance assez marquée avec ceux des Ligia 0 pacaria, Yatn'maria et ] oiirdanarïa, mais ils étaient plus grands et à angles plus arrondis. A Aflou, nous avons trouvé des pontes renfermant jusqu'à 660 œufs. J'ai fait la description suivante de la ponte trouvée à Géryville et de l'œuf :

L'anneau qui entoure. la tige d'Alfa a 46 mm. de largeur; il est formé par 10 rangées d'œufs, le nombre d'œufs par rangée variant de 41 à 43; il y a donc environ 420 œufs en tout; les œufs sont placés debout, pressés les uns contre les autres et soli-

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dcinent collés sur la tige par un vernis brunâtre ressemblant à de la colle forte; ils sont collés ensemble également, mais moins fortement que les œufs de Malacosoina Lutea, qui sont encore bien plus serrés que ceux de Powelli et presque noyés dans le vernis.

L'œuf a o m. 0016 de hauteur et o m. 001 de largeur; sa forme est allongée, comprimée sur deux côtés; sa largeur diminue progressivement dans la direction de la base; celle-ci est arrondie; le sommet est tronqué, très légèrement bombé; le rebord est arrondi, formant un bourrelet en relief très atténué, autour de l'espace central; en somme, la forme de l'œuf renversé est celle d'un cône comprimé sur deux côtés et à sommet arrondi; la surface est polie, brillante, comme de la porcelaine. La couleur de l'œuf est d'un biscuit très pâle, le faible bourrelet entourant le plateau du sommet étant un peu plus pâle que la couleur générale. Au microscope, agrandi d'environ 40 diamètres, on remarque une fine granulation du bourrelet ; l'espace central du sommet est recouvert d'un réseau de cellules très petites et évasées; la réticulation est si fine qu'on ne l'apercevrait pas avec un grossissement moindre; par ailleurs, je ne trouve pas trace de système cellulaire, la surface paraissant parfaitement unie. L'emplacement micropylaire est marqué par une très petite dépression noirâtre, entourée d'une tache brune, pâle, de petite dimension, qui fond dans la teinte générale. La coque est dure et épaisse.

En octobre 19 10, je suis rentré à Hyères, en emportant la ponte. Les œufs n'ont subi aucun changement, pendant le mois d'octobre; le 14 novembre, ils ont été mouillés, une première fois, par la pluie; il a plu de nouveau, le 17 du même mois et j'ai remarqué, ce jour, que la moitié inférieure de quelques œufs, qui se trouvaient au bout des rangées, avait tourné au gris clair; dans la soirée, j'apercevais le noir brillant des têtes de plusieurs chenilles qui s'ouvraient, en mangeant très lentement la coque coriace, un passage au sommet des œufs; elles font un trou, irrégulièrement arrondi, et elles sortent de l'œuf lorsque ce trou est suffisamment agrandi; elles travaillent avec une lenteur excessive, s'arrêtant

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souvent pour prendre un repos prolongé; je n'ai trouvé que deux chenilles, sorties de l'œuf, dans la matniée du iS novembre, mais, à midi, une trentaine étaient écloses; les éclosions ont continué pendant l'après-midi et le lendemain; à midi, le 19 novembre, environ un tiers des chenilles était éclos. La petite chenille est lente dans ses mouvements et elle paraît passablement engourdie; j'ai eu beaucoup de peine à trouver une nourriture acceptable pour les chenilles ; elles ont refusé de manger des Graminées, le Cistus Sûlviccfolins, la Coronilla fiincea (feuilles\ les Anthémis, la Fâc|uerette, le Lonicera hiiplcxa, le Thym, un Buplevnnn cultivé, le Persil et le Sniyrmiini Oliisatrum. Enhn, elles ont bien voulu se mettre à manger un peu la F erula Glaiica et les fleurs de la Coronilla ]uncea. J'ai noté, le 27 novembre, que le nombre des éclosions avait diminué à partir du 20 novembre et que depuis plusieurs jours, aucune éclosion ne s'était produite; j'apercevais, cependant, la tête de nombreuses chenilles, à travers le trou plus ou moins grand qu'elles s'étaient ouvert au sommet de l'œuf. 11 y avait, alors, environ huit jours que la majorité des chenilles était éclose ; aucune n'était morte et elles paraissaient plus actives qu'au début; le peu qu'elles mangeaient était suffisant pour les maintenir en bonne santé et, chaque jour, une quantité de petits excréments s'accumulait dans les tubes d'élevage. Ma note du 27 novembre 1910 continue : Ce soir, j'ai donné aux chenilles (]uel(]ues courtes tiges portant des fleurs de Coronille; plusieurs d'entre elles ont commencé, aussitôt, à manger les bouts, fraîchement coupés, ainsi que les tiges très tendres, mais elles ne mangeaient à peine une minute avant de se mettre, de nouveau, en marche, comme si elles ne trouvaient pas cette nourriture tout à fait à leur goût. Elles se réunissent souvent en tas, ensemble, sans jamais se recouvrir de soie, cependant; je ne crois pas que cette chenille file de la soie; je n'en vois jamais dans les tubes et elle se tient si mal sur les tiges, sur les feuilles et sur le verre, qu'if semble évident qu'elle n'en fait pas. Les pattes membraneuses sont minces et longues. Quand on tape doucement sur la tige de la plante, les chenilles se laissent tomber et se roulent en

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cerceau; parfois, elles lâchent prise avec toutes les pattes, sauf la paire anale, et elles se dressent alors, les segments thoraciques courbés en avant.

Le II décembre, j'ai écrit ce qui suit : Il y a eu plusieurs éclosions dans les premiers jours de ce mois, mais, depuis cela, aucune chenille n'est sortie de l'œuf; plusieurs chenilles ont entamé la coque et on voit leur tête; elles attendent, sans doute, des conditions favorables pour sortir; il a beaucoup plu, ces temps-ci, et si j'avais exposé les œufs à l'humidité et au grand air, il est probable qu'elles seraient écloses, mais je les ai tenues au sec, dans la maison. Jusqu'à présent, j'ai gardé les jeunes chenilles dans deux grands tubes en verre, que je nettoyais deux fois par jour, ayant soin de bien les sécher; malgré ces soins, une épidémie s'est déclarée dans un des tubes et j'ai perdu, pour cette cause, une trentaine de chenilles; elles meurent gonflées et collées au verre par un liquide; c'est la maladie qui a tué toutes les chenilles de Thaumetopœa Herculeana; aujourd'hui, j'ai abandonné l'essai d'élevage en tube pour un autre système; dans un pot ])lcin de terre, j'ai planté un flacon à large goulot, de façon à ce que la terre effleurât le rebord du goulot, et, après avoir rempli le flacon d'eau, j'y ai inséré des tiges florales de la Coron'ûla Jiincca, en ayant soin de les entourer de coton pour empêcher les chenilles d'aller se noyer dans le flacon; les chenilles ont été placées sur les fleurs et le tout a été recouvert de mousseline. Les chenilles du tube sain se portaient toutes très bien ; elles mangeaient avec bon appétit les fleurs de Coronilla et avaient beaucoup grossi; elles étaient les premières écloses; la F crula Glaiica avait été complètement abandonnée depuis quelque temps par les chenilles. La lumière a un grand attrait pour les petites chenilles; elles se réunissaient en un groupe compact au bout du tube, le plus rapproché de la source de lumière, et il a fallu pousser les fleurs de Coronille jusqu'à ce bout, car les chenilles se seraient laissées mourir de faim plutôt que d'aller chercher leur nourriture à l'autre bout du tube. Pour cueillir les fleurs de Coronille, je suis obligé d'aller dans la vallée de Vertaubanne, à cinq kilomètres

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d'Hyères; c'est la seule localité où je trouve la plante fleurie en ce moment; j'ai bien une Coronille fleurie, dans mon jardin, mais je la réserve, autant que possible, pour le cas où je n'aurais pas le temps d'aller à Vertaubanne; j'ai bien essayé de donner les pétales d'autres fleurs, aux chenilles, mais elles n'en veulent point. Plusieurs chenilles s'approchent de la première mue.

25 décembre 1910. — Depuis ma dernière note, le progrès fait par les chenilles est insignifiant; elles paraissent bien se porter, en général, mais elles ne mangent que très peu; le temps, depuis une semaine, est calme, beau et assez froid, avec gelée blanche, la nuit; le pot contenant les chenilles et leur nourriture reste dehors, au grand air, nuit et jour; elles conservent l'habitude de se réunir en groupe compact, la nuit et quand le temps est gris, mais elles se dispersent lorsque le soleil chauffe; elles ne mangent guère que les fleurs à leur portée, c'est-à-dire celles qui touchent à terre ou c]ui se trouvent en contact avec la mousseline enveloppante; ces chenilles ne montent même pas beaucoup sur la mousseline, encore moins sur les tiges et les feuilles, sur lesquelles elles se maintiennent difficilement; elles restent, de préférence, sur le sol; j'ai remarqué, aujourd'hui, que toutes les fleurs qui touchaient à terre, ou qui frôlaient la mousseline, tout près de la terre, avaient été mangées, mais les fleurs libres restaient intactes. Comme les chenilles paraissaient avoir faim, je les ai placées dans un tube avec des fleurs fraîches; elles ont commencé, de suite, à manger les corolles, mais délicatement et en se contentant de peu à la fois. Au bout de quelques heures, j'ai remis les chenilles dans le pot, avec une nouvelle provision de fleurs. J'ai constaté trois décès, dus, me semble-t-il, à la maladie qui a sévi dans un des tubes. Aucune des chenilles n'a passé la première mue encore.

22 janvier 191 1. — Toutes les chenilles de cette Espèce sont maintenant mortes; beaucoup d'entre elles se sont desséchées avant d'arriver à la fin du premier stade ; d'autres ont péri pendant la mue; deux chenilles, seulement, ont pu accomplir la première mue, le 14 janvier 191 1, mais elles sont mortes aussitôt

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après, ayant refusé toute nourriture; en dernier lieu, j'ai gardé un petit nombre de chenilles dans un tube en verre; les autres avaient été laissées au grand air; le résultat a été le même dans les deux cas ; il leur manquait les conditions naturelles et, surtout, la plante nourricière vraie.

J'ai écrit, en décembre 1910, la description suivante de la chenille près de la fin du premier stade :

Longueur totale de la chenille quand elle est complètement étendue, o m. 0055 ; elle se rétrécit à o m. 004 lorsqu'on la touche légèrement (elle se roule en cerceau quand elle est effrayée).

Largeur de la tête, o m. 00075.

La surface de la tête est d'un noir brillant ; les lobes sont arrondis au sommet, sans angles ni projections ; le triangle frontal porte des rides transversales ; les yeux sont petits, noirs ; les pièces buccales sont assez proéminentes et les antennes bien développées; les lobes portent quelques rares

poils noirs, fins et relativement courts. La peau du corps est d'un noir brun mat, sur le dorsum; elle est d'un brun jaunâtre enfumé sur le ventre; les pièces chitineuses et les tubercules ou verrues sont d'un noir brillant; tous les poils du corps sont placés sur les verrues, la peau étant glabre, dans le premier stade; ces poils sont de longueur variable, les plus longs atteignant presque la longueur totale du corps; ils sont effilés à l'extrémité et de couleur noire.

L'écusson du premier segment thoracique, un peu ridé et d'un noir brillant, a la forme d'un chapeau de gendarme, renversé et déprimé; il porte une dizaine de poils noirs, courts par comparaison avec ceux des verrues ; deux tubercules ou verrues se trouvent entre l'extrémité de l'écusson et la base de la patte; le

Chondrostcgn Poivelli. Chenille dans le IJieiiiier stade vue de dos. — X 6.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

stigmate prothoracique est en arrière de ces verrues et à égale distance des deux.

Sur le second segment thoracique le tubercule I est grand et arrondi; il porte sept ou huit très longs poils noirs; le tubercule II, situé en arrière de I et un peu plus bas, est très petit; il est réduit à un simple point noir; ce tubercule porte un seul poil; le tubercule III est semblable au I, mais il est plus petit; il porte quatre longs poils; le tubercule IV a deux poils; il est moins grand que le III ; les tubercules I, III et IV se trouvent alignés sur la même subdivision segmcntale ; le V (ou peut-être le VI, le V étant, alors, absent) se trouve près de la base de la patte; il a quatre poils; au-dessus de ce dernier tubercule, il existe une petite dépression allongée, obliquement disposée ; cette dépression se retrouve sur chacun des segments suivants, jusqu'au huitième de l'abdomen.

Le troisième segment thoracique ne diffère pas beaucoup du segment précédent ; le tubercule II y est mieux développé, quoique toujours très petit par rapport au tubercule I ; sa forme est allongée, comprimée, et le poil unique qu'il porte se trouve placé près du bout le plus rapproché

C'Itondioxtega PowcUi.

Chenille dans le

premier stade, tête et

cinq premiers segmcnb

vus de côté. — x 6.

du centre dorsal. Sur les segments abdominaux, les tubercules I, II et III sont disposés presque comme pour le troisième segment thoracique; le I est de forme un peu moins ronde, plus allongée dans le sens transversal que sur les deux derniers segments thoraciques ; tubercule II, toujours bien petit, est comprimé et allongé; il ne porte jamais qu'un seul poil; tubercule III a, le plus souvent, quatre poils; sa position est suprastigmatale, un peu en arrière de l'alignement du n" I ; le stigmate est petit, de forme ovale

C'IioiidiOftfcga rouclli. Tubercules I, II et

III des segments abdominaux,

dans le pre mier stade. — Agrandi.

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arrondie, cerclé de noir ; tubercule IV, qui porte deux et quelquefois trois poils, est un peu plus bas placé que le stigmate et en arrière de celui-ci; en avant du IV, est une toute petite verrue portant un seul poil court; c'est le tubercule V, sans doute; il est absent du premier segment abdominal ; au-dessus de la base des pattes membraneuses, on remarque trois petites verrues juxtaposées, portant chacune un poil ; le premier segment abdominal ne possède qu'une verrue, dans la position correspondante, et le second segment deux seulement.

Les pattes thoraciques sont noires, les pattes membraneuses d'un brun jaunâtre un peu transparent; ces dernières portent une plaque chitineuse de couleur brune foncée.

Les chenilles obtenues de l'œuf, en 1910, ayant toutes péri, je ne puis, malheureusement, donner aucun renseignement sur la chenille et sa vie, entre la fin du premier stade et le dernier stade.

En me rendant à Aflou, en 191 1, j'ai trouvé, de très bonne heure, dans la matinée du 9 mai, à Guelta Sidi Saad, cinq chenilles Rombycides que je ne connaissais pas; il me semblait, alors, que j'avais affaire à des chenilles de Chondrostega, et, en effet, c'était bien des chenilles de C. Pozuelli que je venais de prendre. Elles se tenaient, les unes sur les feuilles et tiges du Tliafna Garganïca, les autres sur les touffes de V Artemisïa Cauipcstrïs, mais toujours dans le voisinage des Thafsia; la matinée était fraîche; toute la végétation de la plaine était trempée par une forte rosée; les chenilles de Chondrostega et celles, bien plus abondantes, de la Malacosoina Liitea, se trouvaient givrées de gouttelettes d'eau retenues par leurs poils. Les chenilles ne montraient pas d'activité; elles n'étaient pas encore sorties de leur léthargie nocturne.

Je n'ai pu m'arrêter longtemps à Guelta, mais avant de me remettre en route, j'ai laissé une boîte vide à un Arabe en lui demandant de chercher les chenilles que je lui faisais voir, et de m'envoyer celles qu'il pourrait trouver, par le courrier du surlendemain.

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Il m'a rendu la boîte pleine de chenilles de Liilea, avec une petite proportion, seulement, de celles de la Cliondrostcga.

Entre le lo et le 20 mai, nous avons pris plus de cent chenilles de Powelli, dans la région d'Aflou; elles étaient plus abondantes qu'ailleurs, sur un petit plateau bordé de rochers, au nord-est du village et, aussi, sur le territoire des Ouled Adda, au sud-ouest d'Aflou ; nous trouvions les chenilles, le plus souvent, sur le TJiapsia Garganïca, que les Arabes appellent (( Driess »; quelquefois elles étaient par terre, à l'ombre des touffes ; il n'était pas rare de les trouver sur d'autres plantes dans le voisinage des touffes de « Driess », mais les chenilles ne mangeaient que le '^k 0 Driess ». Toutes ces chenilles étaient bien avancées dans le dernier stade. I^a proportion de chenilles de Chondrostega Powelli parasitées par une Tachinide était énorme; j'en ai perdu plus de 90 % pour cette cause. C'est, généralement, au moment où la chenille est occupée à former son cocon qu'elle succombe à ses parasites Diptères; elle meurt, alors, sans l'avoir achevé et on la retrouve, dépourvue en partie de ses poils, déformée et boursouflée par les puparia du Diptère dont les larves se métamorphosent sous sa peau ; en ouvrant la chenille, on trouve les puparia, qui sont d'assez grande taille et de couleur acajou; le nombre de puparia, par chenille, varie de 3 à 10; parfois, la chenille parasitée réussit à. s'enfermer dans son cocon avant de mourir, ainsi que je l'ai découvert en ouvrant un bon nombre de cocons, longtemps après l'époque de l'éclosion des Chondrostega. Les mouches éclosent en février et mars de l'année suivante, du moins, c'est l'époque à laquelle elles sont écloses à Hyères, 011 je tenais les puparia dans de la mousse, à l'air libre. 11 est éclos également, en janvier 191 2, dans une boîte contenant des cocons de Powelli, un assez gros Hyménoptère, que M. Claude Morley a eu l'amabilité de déterminer; c'est la Gravenhorstia Picta, Boie. Non seulement la Chondrostega Powelli est, souvent, à l'état de chenille, la victime de parasites, mais elle est aussi très exposée à leurs atteintes, à l'état d'œuf. C'est, alors, une petite Chalcide du genre Encyrtus qui opère; ce petit Hyménoptère doit piquer

l'œuf et y pondre, peu après la ponte effectuée par le papillon; il éclôt en automne, en perforant l'œuf. La chenille doit, dans la nature, descendre en terre pour faire son cocon; en captivité, celles gardées dans une boîte ont fait leurs cocons au fond, sous les feuilles de Thapsia; mais d'autres exemplaires, que j'avais placés dans une cage contenant en\ iron 6 cm. de terre, se sont enfoncées sous la terre.

A partir du 20 mai, nous n'avons plus trouvé de chenilles de Chondrostega; pendant l'été, le Thapsia se dessèche complètement, après avoir mûri ses graines ; les feuilles disparaissent même plus tôt ; les photographies reproduites sur les Planches Y^d et K <:' du Vol. V (2" Partie) des Etudes de Lépidoptérologie comparée, donnent une idée de l'apparence de cette plante, quand elle est en fruit; les feuilles réapparaissent en automne. Voici une description de la chenille dans son dernier stade, d'après un exemplaire que j'ai soufflé à Aflou :

La tête est arrondie, comprimée sur la face; elle a o m. 0043 de largeur; sa surface est assez brillante, noire; les lobes portent (]uclques crins noirs, plus abondants dans le voisinage des antennes; le front (triangle frontal) est large, légèrement ridé dans le sens transversal; il est peu distinctement séparé de l'épistome, dont le bord inférieur est un peu retroussé ; les ocelles sont petites, noires, placées en arc sur un plateau en léger relief; les antennes sont jaunâtres avec un cercle chitineux, noir, formant bague autour de la partie terminale du premier article; la peau du corps est uniformément d'un noir mat; la plaque chitineuse prothoracique f'ou écusson) est brune et luisante; elle a, à peu de chose près, la même forme que dans le premier stade, mais elle disparaît presque, maintenant, sous les verrues qu'elle porte; ces verrues sont au nombre de deux, une de chaque côté du centre dorsal ; leur forme est très allongée et elles sont placées sur la partie antérieure de l'écusson; en réalité, chacune de ces deux grandes verrues est formée par la réunion d'au moins deux verrues plus petites; comme toutes les autres verrues du corps, celles de l'écusson ont une couleur blanchâtre sale; elles portent un

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mélange de crins noirs et jaunes. L'écusson est marqué, au centre dorsal, par une étroite ligne jaune terne; c'est la seule ligne qui orne la chenille; elle n'est pas prolongée au delà de l'écusson. Plus bas que l'extrémité de l'écusson, on remarque une verrue ovale, pas très grande, garnie de crins noirs, jaunes et blanchâtres; en arrière de cette verrue est le stigmate prothoracique, grand, ovale et noir; le bord antérieur du segment prothoracique porte encore une verrue, garnie de crins seulement de couleur jaune pâle et blanche; cette verrue, de taille moyenne, est un peu en dessous du flange ; placés directement sur la peau de la chenille en arrière de l'écusson, sur les côtés, et même sur la surface ventrale, se trouvent des poils pas très longs; ils sont d'un jaune foncé dans la région du centre dorsal, jaune plus clair dans la région latérale et blanchâtre sur le ventre où ils sont peu nombreux.

Segments mésolhoraciqtie et métathoracique. — La verrue n° i est grande, comprimée, très allongée dans le sens transversal ; elle porte un bon nombre de crins noirs, ainsi que quelques crins jaunes et blanchâtres ; le bout le plus rapproché du centre dorsal est muni d'une petite touffe, très serrée, de poils noirs, courts; la verrue n° 2 est moitié plus petite que le n° i ; elle est très allongée, étroite; presque tous ses crins sont noirs; la verrue n" 3 est grande, arrondie; elle est placée en dessous des verrues i et 2, mais se trouve un peu plus rapprochée de i que de 2 ; les crins de la verrue n° 3 sont noirs et jaune pâle, rarement blancs; il y a une touffe serrée de courts poils noirs, sur le côté de la verrue le plus près du centre dorsal, comme pour la verrue i ; sur la peau de la chenillcj entre et autour des verrues, poussent des poils jaunes, pas très longs; la couleur jaune de ces poils est de plus en plus pâle, et les poils deviennent plus rares, à mesure qu'on s'éloigne du centre dorsal ; ils sont plus foncés sur les segments thoraciques que sur ceux de l'abdomen. La verrue n" 4 est arrondie; un peu plus petite que le n" 3 ; elle est en dessous de la verrue n" 3 et beaucoup plus bas placée; ses crins sont blanchâtres et noirs; la verrue n" 5 se trouve plus bas encore, au-dessus de la base des

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pattes; elle est de la taille de la verrue n° 4 et elle ne porte que des crins d'un jaune pâle. Il est possible que les verrues n°^ 4 et 5 soient composées, chacune, de deux tubercules réunis; cependant, je n'ai trouvé que cinq tubercules dans le premier stade, ce qui correspond au nombre de verrues observées dans le dernier stade, sur ces deux segments.

Premier segment abdominal. — La nature et l'arrangement des verrues n°M, 2 et 3 sont pareils à ce qu'ils sont sur les deux segments précédents, si ce n'est que le 2 se trouve un peu plus bas placé, comme dans les segments abdominaux suivants; la touffe serrée de poils spéciaux, noirs, portée à un bout par les verrues i et 3, est un peu plus grande que sur les deux derniers segments thoraciques, et elle montre une tendance à s'étendre sur le bord postérieur de la verrue 1 ; la verrue n" 4, pareille à ce qu'elle était sur les segments mésothoracique et métathoracique, se trouve au centre du segment, en dessous du stigmate; les stigmates, disons-le maintenant, sont difficiles à voir, quoique assez grands; ils sont à fleur de peau, ovales, noirs, à surface mate, plus mate que la peau environnante; la fente centrale est très étroite; la verrue n" 5 est plus rapprochée de la verrue n" 4 que sur les segments thoraciques; elle est ronde; alignées à travers le centre ventral, on voit six petites verrues portant des poils jaunâtre pâle.

Deuxième segment abdominal. — La touffe de poils noirs courts et serrés s'étend le long du bord postérieur de la verrue n" I ; la verrue n° 2 possède une toute petite touffe de poils semblables, à son extrémité voisine du centre dorsal; la verrue n" 3 est bien fournie de ces poils, qu'elle porte sur le bord rapproché du centre dorsal et sur la moitié du bord postérieur; la verrue n" 4, placée en dessous du stigmate et un peu en arrière de celui-ci, a, devant elle, plus près du bord antérieur du segment, une petite verrue qui n'existe pas sur les segments thoraciques, ni sur le premier de l'abdomen, mais qui se retrouve sur tous les autres segments abdominaux jusqu'au huitième inclus; la verrue n" 5, qui devient en réalité la sixième sur ce segment et les sui-

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vants, à cause de la présence de la petite verrue substigmatale supplémentaire, est pareille à ce qu'elle était sur le segment précédent; il en est de même pour les six petites verrues ventrales.

Segments abdoviïnaux j, 4, ^ et 6. — Le dorsum est comme dans les segments précédents, si ce n'est que les verrues i, 2 et 3 sont mieux fournies de ces poils serrés, noirs; la verrue i est maintenant entourée de ces poils, sauf le bord antérieur; la verrue 2 en porte une touffe un peu en arrière de son extrémité rapprochée du centre dorsal ; bien entendu, les verrues portent, en dehors de ces touffes latérales, des crins plus espacés, longs, noirs et jaunes; sur la peau même, poussent des poils jaunes mélangés avec quelques poils blancs; elle n'en est qu'assez maigrement couverte ; au centre dorsal de chaque segment, entre les verrues du trapèze, ces poils forment une petite touffe jaune, s'élevant en pointe ; les verrues latérales sont comme sur le deuxième segment abdominal; les pattes membraneuses sont d'un rouge jaunâtre; leur base est noire, comme la peau en général, mais elle porte trois verrues de teinte blanc sale ordinaire ; une de ces verrues se trouve à la base intérieure de la patte, s 'appuyant sur la peau du ventre ; une seconde, très allongée, fait presque demi-cercle autour de la patte, intérieurement; la troisième verrue est arrondie, presque à niveau de peau, sur la surface antérieure de la base de la patte; ces verrues sont piquées de très courts crins noirs.

Le septième et le huitième segments abdominaux diffèrent peu des autres, quant à la surface dorsale; la surface ventrale porte quatre petites verrues alignées et non six, comme on le remarque sur le premier et le second segments de l'abdomen.

Le neuvième segment abdominal possède quatre verrues dorsales, dont une grande, ovale arrondie, de chaque côté du centre dorsal, et une autre, moins grande, plus près du iîange ; les grandes verrues sont munies de la touffe serrée de poils noirs, sur la marge la plus voisine du centre dorsal ; elles portent, naturellement, les crins espacés communs à toutes les verrues; sur la surface ventrale de ce segment, on note deux très petites verrues.

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Entre les pattes anales qui sont rouge jaunâtre, comme les pattes abdominales, on aperçoit une douzaine de minuscules tubercules blanchâtres, à fleur de peau; chacun porte un petit crin noir; une verrue plus grande se trouve au centre ventral, sur le bord de l'ouverture anale.

La longueur totale de la chendle souftiée est de 57 mm. »

Malacosoma Neustria, Lmné.

Se trouve à Tanger d'où me l'a envoyé feu Olcèse, et à Sebdou où il a été abondamment récolté aux lumières pendant le mois de juillet 1907.

La forme barbaresque de Malacosoma Isl eiistria ne paraît point différer de celle qu'on rencontre, le plus ordinairement, en Espagne, en Corse, dans les Alpes-Maritimes, en Mandchourie (lie Askold) et dans diverses contrées de la France. Le cf a les ailes d'une couleur chamois pâle uniforme, avec deux lignes brunâtres descendant du bord costal au bord interne, sur les supérieures. La Q a le ground coloiir un peu plus foncé et plus rougeâtre, notamment au milieu des ailes, entre les deux lignes ordinaires qui descendent du bord costal au bord interne. De plus, la base des ailes inférieures, jusqu'à une ligne limitative transversale, médiane, est colorée d'une façon un peu plus foncée.

Voici comment Linné a décrit Neusfria :

Phalct'na Bombyx Elinguis, a/is reversis : fascia sesquïaltera, subtils unie a.

Malacosoma Lutea, Obthr.

J'ai décrit le Bombyx Lutens tout d'abord à la page 44, dans la liv. III des Etudes d^ Entomologie, d'après une Q capturée par feu Warion à El May (Prov. d'Oran); puis j'ai fait représenter la Q en question, sous le n" 2 de la PI. i dans la liv. VI du même ouvrage. Quant au O', il est figuré, d'après un échan-

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tillon pris à Magenta, par le Lieutenant Lahaye, sous la fi.g. 35 de la PI. 6, dans la XIIP livraison des Etudes d^ Entomologie. La Ç) est représentée de nouveau, d'après un spécimen de Biskra, sous le n" 36 de la même PI. 6, dans cette livraison XIII. Les observations relatives à cette figuration sont imprimées à la page 29 de la livraison XIII précitée.

M. Powell a trouvé le Malacosoma Littea dans la province de Constantine, à Khenchela, où une paire est éclose le 24 juin 1908; aux environs de Lambèse (Djebel-Gueddelane, altitude 2.000 mètres, et Abelgou) ; l'éclosion a eu lieu en juillet 1913.

L'Espèce paraît être surtout abondante dans la province d'Oran, à Aflou, où M. Powell a obtenu plus de 60 cf et 1 1 Q, en juillet 191 1. Le Malacosoma Ljitea habite aussi à Sedbou. Comme je possède des exemplaires provenant de El-May, Biskra et Magenta, on peut dire que l'Espèce est répandue sur une grande étendue du territoire algérien.

La Q paraît être à peu près semblable à elle-même dans l'Est et dans l'Ouest Algérien. Elle varie un peu pour la teinte jaune d'œuf qui est quelquefois un peu rembrunie; d'autre part, certains individus sont un peu plus pâles ; la taille des Q est assez variable. Généralement, le groiind colour jaune est uniforme et sans dessins; seules, les nervures jaunes présentent leur saillie en relief sur le fond jaune des ailes. Cependant on perçoit quelquefois, en dessus, une ligne transverse descendant du bord costal au bord interne des ailes supérieures, parallèlement au bord marginal, sous forme d'une légère éclaircie limitant une partie un peu plus foncée.

Quant au cf, il offre deux formes très distinctes, celle de Khenchela et Lambèse, avec le fond des ailes, en dessus, brun plus ou moins noirâtre ou même rougeâtre, assez foncé, traversé, aux supérieures, par deux lignes d'un jaune nankin, et aux inférieures, par une éclaircie jaunâtre, et celle d 'Aflou, généralement beaucoup plus claire et semblant l'inverse de l'autre, puisque, en dessus, le fond des ailes supérieures est jaune pâle, au lieu d'être brun, traversé par deux lignes brunes, au lieu d'être jaunes. Les

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^2 1

ailes inférieures étant, à Aflou, d'un gris noirâtre pâle, traversées par une éclaircie jaune, sont plus semblables, que pour les ailes supérieures, aux papillons provenant de la province d'Oran et de la province de Constantine. C'est la forme oranaise dont la g a été figurée la première et qui est le type de l'Espèce. J'ai donné à la forme de l'Est Algérien le nom de Orientalis et je fais représenter, avec trois cf pris à Aflou, un çj capturé à Khenchela et un autre cf provenant de Lambèse.

Je dois dire toutefois que, suivant la Loi, d'après laquelle, en cas d'unité spécifique, on retrouve, à titre d'aberration, en une localité pourvue d'une morphe géographique spéciale, des exemplaires à peu près identiques à ceux d'une autre morphe géographique quelconque de la même Espèce, je distingue, parmi la soixantaine de cf d 'Aflou qui sont sous mes yeux, quelques exemplaires se rapprochant très sensiblement de la forme Orientalis. Aussi ai-je choisi, pour représenter la forme d'Aflou, les deux morphes qu'on rencontre en cette localité; c'est-à-dire la forme à fond des ailes supérieures jaune et la forme dans laquelle le fond des mêmes ailes supérieures est plutôt brun comme dans la race géographique Orientalis.

Je dois ajouter qu'il semble, d'après les documents dont je dispose, que la morphe de Malacosonia Lutea est plus petite et d'aspect moins robuste à Aflou qu'à Lambèse et je suis porté à penser qu'on peut trouver, par aberration, à Lambèse et à Khenchela, des exemplaires analogues à ceux d'Aflou. Mais ma collection ne contient pas actuellement les documents probateurs.

Je crois inutile de faire représenter de nouveau la Ç) dont j'ai déjà publié deux fois la figure.

Le Malacosonia Franconica cf présente à Valladolid une morphe cf sensiblement analogue à celle de Lambèse et Khenchela. J'ai sous les yeux huit cf de l'ancienne collection Vazquez, pour formuler cette opinion; mais les six Ç de ladite collection Vazquez sont d'un brun rougeâtre et par conséquent très différentes de la g Lutea.

322 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

La chenille adulte de Malacosonia Liitea a été figurée d'après un exemplaire d'Aflou, sous le n" 1166 de la PI. CXXXII dans le Vol. VI des Etudes de Lépidoptérologie comparée. J'ai fait représenter par procédés photographiques, dans le Vol. VI précité (PI. J z, 2) une ponte de Malacosonia Lutca de la même localité. Le Vol. V (PI. J 6^ et PI. J p) donne également la représentation d'une ponte et de la chenille adulte.

M. Harold Powell a fait, relativement à Malacosonia Lutea, les observations suivantes :

« Les chenilles de cette Espèce étaient très abondantes par places, aux environs d'Aflou, entre le 10 et le 20 mai. Il y en avait jusqu'à la fin du mois, mais elles étaient devenues très rares à partir de cette époque. En captivité, j'en ai nourri jusqu'au 25 juin, mais les retardataires n'ont pas réussi.

C'est à Guelta, caravansérail sur l'Oued-Berkana, que je les ai rencontrées pour la première fois, cette année 191 1. Guelta étant moins élevé qu'Aflou, les chenilles y étaient plus avancées; quelques-unes ayant presque atteint la taille adulte le 9 mai; cependant je n'ai pas eu des cocons avant le 23 mai.

A Aflou, nous les trouvions aux environs même du village; sur les collines au sud ; par places sur les coteaux au nord et au nord-ouest, enfin presque partout. Jusqu'à la dernière mue, elles vivent en petites compagnies de 8 à 1 2, et je les ai souvent trouvées sur une toile recouvrant une partie d'une touffe de plante basse, de préférence d'armoise (?), comme à Khenchela, se préparant à passer la mue. Après cette mue, les chenilles s'éparpillent, et on les trouve isolées sur les armoises ou les Heliaiithcniiini, et même par terre, là où l'herbe est très courte. Elles sont actives pendant le joui, immobiles la nuit. En captivité, elles montent sur les parois de la cage à la tombée de la nuit, et restent sans mouvement, allongées, jusqu'au matin. Lorsque le soleil se lève, elles descendent sur leur plante nourricière, et mangent à intervalles, toute la journée. Souvent elles reposent sur la plante en plein soleil, sans bouger, à la façon des chenilles de Vanessa Urticœ

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 323

et de T'. lo. Si, alors, on souffle légèrement sur elles, ou si une brise les touche, elles font un mouvement brusque, horizontal, de la partie antérieure du corps. Les premiers segments, jusqu'à la première paire de pattes membraneuses, sont portés vivement d'un côté et puis de l'autre comme signe d'irritation, et ce mouvement se communique aux chenilles voisines.

En campagne, on les trouve de grand matin montées haut sur les tiges d'armoise, etc.

Cette position de repos, loin du sol, les soustrait sans doute à certains ennemis nocturnes. Elles ne sont pas seules à posséder cette habitude ; la Lasioaviipa Trifolii agit de même, et Lambessa Staudingeri aussi.

Quand j'ai trouvé la chenille de M. Liitca pour la première fois (c'était à Khenchela, en 1908), je croyais que sa nourriture était une petite armoise très verte, qui pousse très abondamment sur le versant nord du Chabor. Je la prenais presque toujours sur cette plante, et j'essayais de nourrir les chenilles en captivité avec elle. Mais j'étais étonné de voir qu'elles ne la mangeaient pas. Ne sachant avec quoi les nourrir, j'en ai perdu la plupart, les plus grosses seulement ont formé quelques cocons.

En arrivant dans la région d'Aflou, je retrouve la chenille de M. Lutea, et presque toujours sur la même armoise qu'à Khenchela. J'essaie de nouveau de leur faire manger la plante; mais elles n'en veulent absolument pas. C'est alors que j'ai cherché une autre nourriture, et comme V H elianthemum est une plante très répandue, et qui sert de nourriture à beaucoup d'espèces algériennes, j'ai commencé par leur en offrir. Elles se sont mises à la dévorer immédiatement. Dès lors, en leur donnant de VHelianthemum, je n'ai pas eu de difficulté à les élever. Des observations faites en campagne m'ont démontré depuis cela que VHelianthemuvi est la vraie nourriture de l'Espèce.

L'Armoise précitée, quoique de petite taille, est souvent la plante la plus élevée sur les terrains 011 les chenilles de Lutea abondent. Comme elles éprouvent le besoin de prendre leur repos loin de terre, elles grimpent sur l'armoise pour passer la nuit et

324 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

aussi pour muer. Le jour, on peut les trouver sur V Hcliajiihcnunit en tram de manger les feuilles et les boutons; mais elles se tiennent plus souvent encore sur l'armoise. Cette plante paraît avoir un attrait même pour l'Espèce à l'état parfait. La Q pond souvent ses œufs en bague autour des tiges florifères mortes et desséchées de l'année précédente.

La chenille fait son cocon entre les tiges des plantes basses, si près de terre et si bien caché dans la touffe qu'on ne le trouve qu'avec peine. Le cocon est en soie blanche, souvent tacheté de jaune pâle par une matière pâteuse, liquide, que la chenille lâche de son anus en faisant son cocon.

Le cocon a une forme ovale allongée, ou fusi forme. Il est plutôt épais, peu rigide, facile à comprimer entre les doigts, mais dur à déchirer. Le cocon Q est plus solide et plus épais que le cocon cf.

Le cocon proprement dit est maintenu en place par un enchevêtrement de fils blancs, lesquels fils le fixent aux tiges. Les chenilles maladives forment des cocons moins consistants, moins solides.

L'état de chrysalide dure de trois semaines à un mois. Les éclosions ont commencé le 21 juin par 12 cf et i Q ; entre le 22 et le 23, il y a eu 3 I cf et I Q, sans compter quelques (S qui se sont abîmés au vol, et quelques estropiés des deux sexes. Le 24, 12 cf et 2 g ; le 25, 4 cf et 2 g ; le 26, 3 g et 4 cf dont 3 estropiés.

I^es éclosions ont lieu : pour les d", entre 7 heures et 9 heures du matin; pour les g, entre midi et demi et 2 h. 1/2 de l'aprèsmidi. Rarement, les g éclosent un peu avant midi.

Le papillon développe et sèche ses ailes très rapidement, et après les avoir fait vibrer quelques instants, il prend son vol environ une heure après l'éclosion.

Le vol est violent chez le cf, de sorte qu'il s'abîme immédiatement. Les g, à cause de leurs abdomens lourds, ne volent que mal, mais elles s'abîment aussi rapidement que les cf- Mettant ensemble en cage des cf et des g abîmés par le vol, ou estropiés,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 325

je n'ai pas remarqué d'accouplements; cf et Q paraissent indifférents. La Q non fécondée pond quelques œufs seulement. A la campagne, on trouve des œufs en bague autour des tiges sèches de l'armoise inodore. Ils sont serrés ensemble, plongés dans une substance durcie qui ressemble à du vernis, ou à de la résine foncée. Comme forme et apparence, ils sont voisins de ceux des Chondrostega d'Aflou et Géryville, mais plus petits, et avec le bouton porte-micropyle mieux dessiné. »

Achnocampa Ilicis, Rambur.

M. Powcll a trouvé à Scbdou, sur le chcne-kermcs, 2 ou 3 chenilles de cette petite Espèce jusqu'ici considérée comme exclusivement espagnole. Malheureusement les chenilles sont mortes sans avoir donné leur papillon. La chenille de Achnocampa Ilicis est très facile à reconnaître et à distinguer d'après la figuration donnée par Millière, sous le N" 2 de la PI. 134, dans le Vol. III de V Iconographie et Description de Chenilles et Lépidoptères inédits. La description est imprimée à la page 281 du même ouvrage, dans la 31'" livraison, qui a paru en 1873. M. Powcll est bien convaincu, d'après cette documentation, que c'est la chenille d' Achnocampa Ilicis qu'il a rencontrée.

Dipliira Rriinnea, Obthr.

Ainsi que le Malacosoma Lntea, envisagé comparativement à Franconica, le Diplnra Brunnea, par rapport à Loti, peut être considéré comme Espèce ou comme race géographique algérienne d'une Espèce européenne, suivant la conception de chacun relativement à l'idée de l'Espèce.

Quoi qu'il en soit, le cf Brunnea diffère du d" L.oti par les caractères suivants : i" la ligne blanche parallèle au bord marginal de l'aile supérieure, traversant du bord costal au bord interne, en dessus, est beaucoup plus dentée chez Brunnea que chez L.oti ; 2" près la base de l'aile supérieure, che/. Brunnea,

326 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

on voit une ligne blanche, relativement épaisse, descendant du bord costal vers le bord interne, mais s'arrêtant avant de l'atteindre.

Cette ligne n'existe pas chez Loti des Pyrénées-Orientales et d'Espagne. Quant à la Q Brnnnca, elle est d'un roux vineux avec un point blanchâtre disco-cellulaire sur les ailes supérieures, en dessus, et une ligne extracellulaire, transversale, ondulée, dentée, quelquefois presque nulle, généralement faiblement indiquée. La Q Loti est d'un brun grisâtre ou noirâtre, souvent très obscur, avec la ligne blanche cxtracellulairc plus nette et beaucoup moins dentelée.

Ma collection renferme des Diplnra Brunnea, provenant de .Sebdou, Géryville, Khenchela, Aflou, Lambèse. L'éclosion du papillon a lieu au printemps et en été.

J'ai publié une figure de Diplnra Brnnnca Q sous le \~f 39 de la PI. 6, dans la XIIT livraison des Etndcs tr En/oniologic. La description de la Q, d'ailleurs très brève, est imprimée aux pages 29 et 30 de la même livraison. Quant à la chenille, elle est représentée sous le n" 1165 de la PI. CXXXII, dans le Vol. VI des Etudes de L^épidoptérologic comparée.

De plus, au moyen des procédés photographiques, dans le Vol. V, Part. II, des Etndcs de r.cpidoptcroloqie comparée, j'ai [Hiblié la représentation de la chenille sur HeViantlicuinm et du cocon (PI. J iî).

M. P. ("hrétien a trouvé à Gafsa une race grise de Diplnra Brnnnca qu'il a nommée Simulât rix. Il a eu l'éclosion en septembre 1909.

Je fais figurer un (j Brnnnca, de Lambèse, et une g Sivinlatrix, de Gafsa.

Dans les Pyrénées-Orientales, la chenille de Diplnra Loti vit sur le ciste et notamment, à Ille-sur-la-Têt, sur le Cistus Salviœfolins. On trouve aussi Loti à Vernet-les-Bains. Le cf, dans les Pyrénées-Orientales, diffère un peu de celui d'Espagne (Barcelone, Valladolid, Andalousie), en ce sens que le fond des ailes n'est pas d'un brun rouge uni, mais présente un semis d'atomes

LEPIDOrTÉROLOGIE COMPARÉE 32/

gris blanchâtres, le long et à l'intérieur de la bande blanche

trans verse des ailes supérieures, en dessus. Je fais figurer un cf,

de Vernet-les-Bains (var. Y ernetensis), pour comparaison avec le çj Bntnnea.

Lasiocampa Serrula, Gucnéc.

Gucnéc a publié la hgurc de la Q sous le n" 2 de la PI. lo, dans les Annales de la Socïélc entoniologique de France, année

Plus récemment, j'ai fait figurer l'imago cf, la chenille et la chrysalide, sous les n"'' 6, 6 r; et db de la PL 111, dans la VT' livraison des Etudes (F Entomologie.

I.a description a été imprimée aux pages y}) et 74 de la même VP' livraison. .

Ma collection contient des exemplaires d'Oran et d'Egypte. Ceux-ci, au nombre de 4 cf et 7 Q, diffèrent de la forme type par la couleur plus grise et moins brune des ades supérieures chez le cT, et des quatre ades chez la Q. Pc cf Serrula, d'Egypte, a les ailes inférieures d'un brun roux, tandis que les supérieures sont d'un gris soyeux.

La morphe égyptienne (/Egyptiaca, Olithr.) me ]")araît différer assez sensiblement de celle que feu .Staudinger, marchand de papdlons, à Blasewitz, près Dresde, a définie sous le nom de Palœst'uicnsis, comme venant de Palestine, et dont il m'avait jadis vendu une paire, ce qui me permet de me rendre compte de ladite variété.

Palœstinensis n'a jamais été figurée, pas plus d'ailleurs que les variétés Maroccana, Stgr., de Mauritanie occidentale, et Undulata, Stgr., de Mauritanie méridionale orientale, qui sont seulement désignées, l'une et l'autre, avec une diagnose, dans le Catalog publié en 1901 par ledit Otto Staudinger, en collaboration de H. Rebel.

Dès lors, sans l'aide d'une figure, il est bien difficde d'apprécier exactement les morphes en question.

328 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

M. Powell a trouvé la chenille de Sernila assez commune à Oran, sur les A triplex. Il en avait emporté une certaine quantité à Géryville, espérant pouvoir les y nourrir; mais il n'a pas réussi à trouver à Géryville V Atriplex qui croissait à Oran et la plupart des chenilles a péri.

Lasiocampa Bomilcar, Obthr.

L'Espèce a été capturée par M. Harold Powell à M'chounech, localité située à 32 kilomètres à l'est-nord-est de Biskra (voir p. 436, Léfïdoptérologïe comparée. Vol. X). C'est donc par erreur que j'ai fait imprimer Lambèse pour indication de localité, à la page 21 de l'explication des Planches, dans le Volume XI des Etudes de Lé pïdo ptérolo gie comparée.

Je considère le papillon figuré sous le n° 4/1 S de la PI. CCCXXIX comme le type de l'Espèce Bomilcar. Le cf représenté sous le n" 4719, comme variété Hamilcar, se rattacherait spécifiquement à Bomilcar, d'autant plus que la g, fig. 4720, est intermédiaire entre les deux cf, 4718 et 4719, et paraît s'apparier presque aussi bien à l'un qu'à l'autre.

D'ailleurs les deux cf, 471S et 4719, ont été pris à la lumière, au même endroit, en octobre 1912, mais en deux nuits différentes.

Bomilcar cf se distingue nettement de Serrida par ses ailes plus allongées, moins arrondies. Les deux sexes sont d'ailleurs très différents de Serrida par la ligne courbe transverse, parallèle au bord terminal, qui descend depuis le bord costal jusqu'au bord interne des inférieures.

Chez Serrula cf et Q , aussi bien dans la morphe type que dans les variétés Palœstinensis et /Egyptiaca, cette ligne brune est extérieurement dentelée en scie, par un prolongement sur chaque nervure, tandis que chez Bomilcar cf et chez sa variété Hamilcar, la ligne brune en question est simplement ponctuée ; toutefois, il faut observer que cette ponctuation, déjà faible chez le cf Bomilcar, paraît presque nulle chez la g. C'est surtout sur la variété Hamilcar cf que ladite ponctuation est accentuée. Les figures 4718,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 329

4719 et 4720 sont très exactes et reproduisent bien les papillons dont elles doivent assurer la connaissance.

Je regrette qu'un plus grand nombre d'exemplaires de Lasiocampa Bomilcar n'ait pas été pris à M'chounech, car l'Espèce paraît très variable et il eût été intéressant de posséder plus de trois individus, les seuls que j'aie vus jusqu'ici.

La chenille très jeune provenant des œufs pondus par la Q, fig. 4720, et morte avant d'avoir effectué sa première mue, est représentée dans son premier stade, sous le n" 4486 de la PI. CCC du Vol. X des Eludes de Lépïdoptérologïe comparée; les œufs sont figurés sous les n"'' 4482 a, b, e, de la même PI. CCC.

M. Harold Powell, en capturant le Lasiocampa Bomilcar^ s'était bien rendu compte de l'intérêt qu'offrait ce Bonibyàde; il a pris immédiatement à son sujet les notes que je fais imprimer comme suit :

« Dans une petite plaine aride, pierreuse, au pied du Djcbel- Rass-cl-Akba, et tout près des palmiers de l'oasis de M'chounech, j'ai pris à la lumière, vers ii heures du soir, le 14 octobre 1912, deux g et i O* d'une Lasiocampa ressemblant à Scrrida Gn. .Staudinger a nommé une variété Undulala de cette Espèce, venant du sud-est de l'Algérie {Maitr. m. or.)\ mais la description de cette variété ne paraît pas s'appliquer aux exemplaires (1(^ M'chounech. La forme de M'chounech est certainement beau- C(jup plus claire que celle d'Oran, mais je ne la trouve pas jaunâtre. Le cT avait le fond des ailes blanchâtre; les Ç) O étaient d'un brun pâle. La nuit suivante, j'ai pris un second (j. Celui-ci était beaucoup plus foncé que le premier.

Les deux Q g ont pondu, dans les flacons à cyanure, avant de mourir, une trentaine d'œufs, chose qui arrive toujours en pareille circonstance, avec Lasiocampa Quercus, L. Trifolii et probablement avec beaucoup d'autres Lasiocampidcs. J'ai immédiatement enlevé les œufs des flacons et je les ai conservés dans un tube en verre bouché de coton.

Les œufs, au moment de la ponte, ne sont pas enduits d'une matière collante, et ils roulent librement dans le flacon.

330 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Voici la description de l'œuf :

L'œuf n'est pas tout à fait rond. Le diamètre longitudinal est de o m. 0018 et le diamètre transversal de o m. 00165. Les deux bouts sont arrondis. Il y a un faible renfoncement au bout portant le micropyle, et une dépression sensible, de forme allong-ée, sur deux côtés de l'œuf. Le fond de ces dépressions est marqué par une ombre grise, de forme ovale. La surface est mate, unie, sans système cellulaire visible. La coque est épaisse.

La première éclosion eut lieu dans l'après-midi du 5 janvier 191 3. La petite chenille a dévoré la coque autour du micropyle, faisant un trou de forme très irrégulière. Après la sortie, elle a abandonné la coque complètement, sans entreprendre de la manger.

Je l'ai placée dans un tube avec des feuilles fraîches de A/riplcx H al y mus. Elle a commencé par en manger un peu, mais le goût n'a pas paru lui plaire et, depuis deux heures, elle se promène dans le tube, inquiète.

La chenille de L. Serrai a vit sur un Airïplcx que je crois être Halyniits, à Oran, où elle est très commune au mois de mai. A l'endroit où j'ai pris les quatre exemplaires de M'chounech, il n'y avait pas de plantes du genre Alriplcx; du moins je n'en ai pas vu. Il n'y en avait certainement pas sur la petite plaine pierreuse et aride, où, comme toute végétation, on ne voyait que des touffes rabougries et espacées de cette Salsolée que les Arabes des environs de Laghouat appellent K'ine'itli. J'en ai rapporté l'an dernier, et on me l'a déterminée Haloxylon AriicuLatnvi, Boissier. Les Arabes de M'chounech n'ont pu me donner le nom local de la plante. Selon Battandier et Trabut, elle serait connue sous le nom de Kerendel, en arabe. Or, en octobre 191 2, j'ai trouvé, sur une touffe de R'meiUh, entre Laghouat et Tadjmout, une chenille de Lasiocampa que je n'ai pas réussi à élever. Elle ne ressemblait pas beaucoup à celle de Serrula, d'Oran; mais elle était encore jeune, dans son deuxième stade probablement, et je n'ai jamais vu Serrula aussi jeune. Je pense donc que les chenilles de la forme de M'chounech vivent peut-être sur Haloxylon

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 33 I

ArticulalHui. Je n'ose pas cependant affirmer que la chenille de Laghouat était de la même Espèce que les papillons pris à M'chounech. Elle était dans son deuxième stade au moins, vers la fin d'octobre, tandis que les chenilles de M'chounech ne commencent à éclore qu'au mois de janvier, après une incubation de plus de deux mois et demi. Cette différence indiquerait, au contraire, qu'il s'agit de deux Espèces distinctes.

Une deuxième chenille est sortie de l'œuf le 14 janvier, vers le soir. La première, après avoir mangé un peu à" Al ri pic x Hal yjiiNs, n'a rien voulu toucher ensuite. Elle s'est promenée dans le tube et sur les plantes que je lui offrais, pendant une semaine, puis elle est morte. J'offre à la nouvelle chenille une Salsolée charnue {Salicornin Herbaceà) et un petit A triplex des bords de marais saumâtres (A/riplcx por/ulaco'idcs). La deuxième chenille s'est promenée clans le tube, sur les plantes, sans manger jusqu'au 17. Dans la matinée de ce jour, j'ai fait une incision dans une feuille de Salsolée, ayant observé que la chenille faisait ses efforts pour l'entamer avec ses mâchoires. Profitant de cette incision, elle a mangé un peu de la substance. Le lendemain, voyant qu'elle avait abandonné la Salicornin, j'ai entamé une feuille de Y Atriplcx poriidacoïda^. Elle en a mangé tout de suite. J'ai placé le tube de façon à ce qu'un rayon de soleil tombe sur la chenille. Elle est devenue très active, et a elle-même entamé une autre feuille àWlriplcx dont elle a mangé un bon morceau.

Le 19 janvier, elle est en bonne santé et mange V Atriplex. Elle mange le jour, de préférence lorsqu'elle est chauffée par le soleil. Arrivée vers la fin du premier stade, je l'ai sortie du tube pendant une matinée pour la dessiner. A partir de ce jour, elle n'a plus rien mangé, et elle est morte le 6 février, ramollie comme si sa nourriture avait été trop succulente. )>

Lasiocampa Datini, Mabille.

1 ,es deux sexes du Bombyx Dalird ont été figurés sous les n"' 31 et 32 de la PL VI, dans la liv. XIII des Etudes d'Ento-

332 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

mologïe. La description sommaire est imprimée à la page 29 de la même livraison XIII, d'après une paire provenant de Gabès, oiî M. le Capitaine du Génie Datin avait découvert l'Espèce en octobre 1886. J'ai reçu une seule autre Q capturée à Bou-Saada, en automne iQii, et un cf pris par M. Powell à El-Kantara, en août 191 2. M. Datin avait obtenu de la chenille les deux exemplaires qu'il avait bien voulu m'offnr et que j'ai fait représenter comme il est dit ci-dessus ; mais je regrette de n'avoir reçu jusqu'ici aucun renseignement concernant la vie évolutive de l'Espèce.

Lasiocampa Staudingeri, Baker.

Le cf a été pour la première fois représenté sous la fig. 16 de la PI. V, dans la XIP livraison des Etudes (V Entomologie. La description de l'imago cf et n et de la chenille a été imprimée aux pages 29 et 30 du même ouvrage. Quant à la Q, qui est aptère, elle est figurée sous le n" 37 de la PI. VI, dans la XllL livraison des Etudes d' Entomologie. Comme le cf de l'Espèce est, malgré le manque de dessin sur les ailes, très variable quant au groitnd eolonr, j'ai cru devoir, pour donner une idée de sa variabilité, publier, sous les n*" 621, 622, 623, 624, 625 de la PI. LXV, dans le Volume V (Part. I) des Etudes de Lépidoptérologic comparée, la figuration d'une série de cinq exemplaires cf montrant les degrés de variation pour la coloration du fond des ailes, depuis le blond uniforme au brun rougeâtre, cependant généralement plus foncé vers le bord marginal des ailes que vers la base. Ces cinq échantillons figurés avaient tous été capturés en septembre 1907, à Zbech près Sebdou et à Scbdou. Depuis 1907, M. Powell a trouvé Staudingeri à Aflou, en septembre 191 1, et à Lambèse, en septembre 1912 et 191 3. Parmi les deux cents exemplaires que renferme ma collection, je constate des variétés de coloration non figurées jusqu'ici, consistant notamment dans une teinte plus brune, avec tendance à l'ocre jaune ou rougeâtre; les

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 333

ailes sont quelquefois aussi d'une couleur uniforme, cependant généralement avec l'espace basilaire plus pâle.

La chenille de LasioccDupa Si and in ge ri a été représentée, d'après les procédés photographiques, sur la PI. J />, dans le Vol. V (Part. II) des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Lord Walter Rothschild a publié à la page 314 du Vol. XXI, dans NovilaUs ZoologiC(C 1914, la description (sans figure) d'un Lanibessa decolorata-sordidior, avec l'indication de localité : (( Prov. Alger Central, Hauts-Plateaux » et dans les termes suivants : « LJniform cinnamon grey-brovvn in cf ; cinnamon brown in Q ». Lord Rothschild ne semble d'ailleurs pas se préoccuper de la variabilité cependant très grande qu'on observe chez S/aitdingeri. Voici du reste, à titre de document pouvant intéresser le Lecteur, la traduction française du texte anglais de la notice qui se trouve imprimée dans Novitates Zoologicœ :

« Lasiocampa decolorata-sordidior subsp. nov.

Une considérable somme de confusion s'est élevée en ce qui concerne les formes que je considère comme dignes d'être classées dans un Genre, tel le Genre Lanibessa, mais que le D' Griinberg place parmi les Lasiocampa. La confusion s'est produite parce que le D"" Seitz et d'autres ont prétendu que L.avihessa staiidingeri se rencontre à Biskra. Lanibessa staitdingeri, avec sa Q aptère, se rencontre seulement dans la région des Hauts-Plateaux, tandis que différentes formes de decolorata Klug se rencontrent dans les Hauts-Plateaux, aussi bien qu'à Biskra. J'ai décrit la forme de Biskra comme Lambessa virago. Dans mon opinion, il y a seulement trois Espèces de L^a)iibessa paléarctiques, siaudingeri Baker, decolorata Klug, avec différentes sousespèces ou races locales que je donne dans la table suivante, et grisea Griinberg. Decolorata-sordidior diffère de virago parce que le cf est brun gris, lavé et couvert d'une teinte brun canelle

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

et que la Q est d'un brun canelle plutôt que d'une couleur chamois.

Voici quelles sont les diverses races des trois espèces de Lambcssa :

Laiiibcssa grisca. Palestine.

L. staudingcrï-staudïngerï. Algérie, Hauts-Plateaux, Province Constantine.

L. staudingeri-castaneolavata,xiova. nov. Hauts-Plateaux. Prov. d'Oran (Sebdou). Diffère parce qu'il est lavé, à différents degrés, de roux canelle.

L. dccoloïdta-decolorata. Soudan égyptien ; uniformément brun gris.

L. decolorata-virago. Palestine? Biskra, El Kantara. Uniformément d'un gris chamois obscur.

L. decolorata-sordïdïoï. Prov. Alger. Centre des Hauts-Plateaux. Le cf est uniformément gris brun canelle; la Q est d'un brun canelle.

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