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L. decolorala-datini. Tunisie. D'un gris d'ardoise uniforme

Toutes les larves des diverses formes et espèce de Lambessa sont presque identiques. »

Lasiocampa Trifolii, Esper.

C'est un papillon très abondant et semblant très répandu dans une grande partie de l'Europe, sur la côte de Barbarie et jusqu'à Changhaï, en Chine. Les cf surtout viennent en foule à la lumière, certains soirs, à la fin de l'été. L'Espèce est fort variable; aussi, à cause de sa variation, est-elle très intéressante à étudier.

J'ai réuni des séries nombreuses d'exemplaires provenant de localités diverses; en comparant les échantillons de ma collection aux figures publiées par divers Auteurs, j'ai constaté combien il était rare de trouver un spécimen naturel exactement conforme à ceux qui ont été représentés.

J'invite les Entomologistes curieux de réaliser les mêmes observations à essayer, comme je l'ai fait, d'identifier les

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papillons qu'ils possèdent aux figures données par Rœsel de Rosenhof {Insecteîi-Behistïgîing; Tab. XXXV a, Erster Theil) ; par Esper {Die Schmetterl. in Abbildungen, etc.; Tab. XV, Tom. III); par Huebner (i/i, la raie des ailes supérieures est jaune d'or); par Godart {Hist. nat. Pap. France, IV, PI. IX; 3, 4, 5); par Boisduval {Icônes historique, II, PI. 65, 2) ; par Barrett {TJie Lepiclopt. of the Britisk Islands, PI. 90).

Tout d'abord ils seront sans doute portés à penser que les papillons reproduits dans les ouvrages ci-dessus énumérés, leur sont parfaitement connus; mais un examen attentif leur démontrera que si, par exemple, la couleur du fond des ailes du spécimen qu'ils possèdent en nature, cadre avec la coloration de la figure, pour le reste des caractères, tel ou tel détail cessera d'être conforme. Ou bien les ailes inférieures seront — ou ne seront pas — traversées par une raie plus claire que le fond ; ou encore les ailes supérieures se trouveront pourvues — ou dépourvues — d'une sorte de crochet ou demi-anneau grisâtre, près de la base. 11 ne sera pas jusqu'à la raie arquée submarginale des supérieures qui, variant sensiblement par le degré de son accentuation, ne contribuera à modifier l'aspect du papillon. On peut donc dire que, chez plusieurs individus différents de Lasiocampa Trifolii, la réunion de tous les mêmes divers caractères extérieurs s'observe fort rarement.

Sur la côte de Barbarie, le Lasiocampa Trifolii a été recueilli, d'après les documents qui sont parvenus à ma connaissance, à Tanger, Sebdou, Géryxille, Aflou, Alger, Lambèse, Khenchela, Aïn-Draham. Evidemment l'Espèce habite beaucoup d'autres localités du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie; mais je n'ai obtenu aucun renseignement en dehors de ceux dont je fais présentement état.

Il semble que chaque région nourrit une race géograi)hiquo un peu spéciale, ainsi que je vais l'exposer plus loin.

D'ailleurs, en Europe, on reconnaît facilement l'existence de morphes locales de Trifolii, bien que, comme dans tant d'autres cas entomologiques, chaque localité puisse, par variation aber-

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rante en rapport avec la forme dominante, dans ce même lieu, produire des exemplaires plus conformes à ceux qui constituent la race ordinaire d'un autre pays.

C'est ainsi que feu de Graslin a obtenu à Cognac un cf, et à Savarière (Vendée) une Q, tous deux conformes à la variété Ralcvncp, de Cadix.

Mais comme il s'agit ici plutôt spécialement des Lasiocampa Trifolii de la faune barbaresque que des autres provenances, je procède comme suit à l'examen de chaque race locale de Barbarie, en commençant par celle de la région la plus occidentale; plus tard nous jetterons un coup d'œil comparatif sur certaines races européennes.

l" Tanger. — Je crois avoir rapporté à tort à ] usua-Y aitchcri la paire que j'ai fait ûgurer sous les n""* 4721 et 4722 de la PI. CCCXXIX, dans le Vol. XI des Etudes de Lépïdoptérologie comparée. D'après les 5 o" et 4 g) que je possède de Tanger, c'est simplement une grande race de Trifolii^ non de Josiia, que j'ai sous les yeux. L'exemi:)laire cf figuré sous le n° 4721 est aberrant; la Q 4722 est normale et inséparable des Q Trifolii de Hussein- Dey. Les 4 autres cf que M. Vaucher m'a donnés, comme provenant de Tanger, ne diffèrent que par leur plus grande taille de ceux d'Alger et de Hussein-Dey dont je suis redevable à M. Holl.

C"ependant la race de Trifolii, à Tanger, — comme celle du Papilio Macfiaon dans la même localité, — présente un caractère spécial à cause de la grandeur de ses ailes et de son aspect beaucoup plus robuste. Je lui maintiens donc le nom de Vaucheri, mais comme variété de Trifolii, non de fo'^ua.

Au sujet de ] osiia-Y auclieri décrite et figurée dans les Annales de la Société ejitoin. de France, 1906 (et non 1905, comme il est imprimé à tort dans l'Explication cJes Planches, à la page 21 du Vol. XI des Etudes de Lépidoptérologie comparée'), je dois faire connaître que je ne possède aucun papillon semblable à celui que feu Blachier a fait représenter sous le n" 4 de la PI. 2 des Annales précitées. J'ai perdu le souvenir de la paire qui m'avait été soumise autrefois et que j'avais, paraît-il, considérée comme réfé-

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rablc, à titre de variété, à Josîia, Stgr., de Palestine. Je ne puis (]u'in\'iter le Lecteur à se reporter à la notice écrite par Blachier et publiée aux pages 23 et 24, dans les Annales précitées.

2° Sébdou. ^— Ma collection contient 75 cf et 23 Q. La race est généralement petite; cependant je reconnais qu'une dizaine de çS sont de taille moyenne ou même grande. On trouve à Sebdou des cf ayant le fond des ailes d'une teinte roux vineux; le plus grand nombre a le ground colonr des supérieures gris plus ou moins jaunâtre avec les inférieures rousses. Trois cf pourraient être considérés comme appartenant à la variété Rotaniœ. Les Q sont généralement d'un jaune d'ocre pâle; mais il y a des exemplaires d'un brun plus foncé et même roux. Par comparaison à 26 cf et 10 g Codes, de Sicile, que j'ai sous les yeux, la forme de Sebdou, dans son ensemble, ne pourrait pas être exactement assimilée à Codes, de Sicile, bien que certains exemplaires de Sebdou puissent être référés audit Codes ; mais ce sont des exceptions à la forme générale.

3" Aflou. — Je juge d'après 82 d" et 15 Q. Race d'aspect très uniforme; la taille est moyenne; il y a des exemplaires très petits et très peu de grands. Les ailes inférieures, chez les cf, sont généralement plus foncées que les ailes supérieures. Le ground coloîcr, aux supérieures, est le plus souvent d'une teinte ocre jaune clair et, aux inférieures, d'un roux un peu vineux.

4" Géryville. — M. Powell m'a envoyé 61 cf et 5 Q. H semble que la race, à Géryville, soit la même qu'à Aflou.

5° Région d'Alger. — Je suis redevable à M. Holl de 5 cf et 2 Q provenant d'Alger et Hussein-Dey. Les 2 Q ne diffèrent pas de celles de Tanger dont elles égalent la taille. Les cf semblent variables, de taille moyenne ou même petite, de teinte claire ou foncée; mais je ne dispose pas d'un matériel suffisant pour émettre une opinion motivée à leur égard.

6° Lambèse. — Il y a des exemplaires de petite taille; mais c'est l'exception. En effet, parmi les 80 cf et les 16 Q qui sont rangés dans ma collection, la plus grande partie des échantillons est de grande dimension. Beaucoup de spécimens de Lambèse,

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aussi bien cf que Q, surpassent, par l'envergure de leurs ailes, les papillons de Tanger. Cependant leur corps paraît plus grêle et ne donne pas cette impression de force exceptionnelle que présentent les exemplaires marocains. La race de Lambèse me semble bien plus référable que celle de Sebdou à la morphe sicilienne connue sous le nom de Codes. D'ailleurs Codes varie en Sicile, comme partout semble varier TrïfoLïi; puisqu'il est si difficile de trouver quelque part plusieurs échantillons exactement pareils entre eux, il est bien évident que l'on ne peut émettre d'autre opinion que celle basée sur une comparaison générale.

7° Khenchela. — Les éléments dont je dispose sont en très petit nombre; ils se limitent à 4 cf et 5 Q. Ils ressemblent plutôt à la forme de Sebdou qu'à celle de Lambèse; ils sont presque tous de petite taille.

8° Aïn-Draham. — Je dispose de 55 d* et 12 g. La morphe de Kroumirie est caractérisée par sa taille assez grande, égale à celle de la race de Lambèse; elle en diffère pour le ground colour du dessus des ailes qui, chez le cf surtout, est, en majorité, d'une couleur chocolat un peu rousse, plutôt que grise ou jaunâtre.

Je crois devoir faire représenter dans le présent ouvrage quelques spécimens de Lasiocampa Trifolïï de Barbarie. Cette figuration est sans doute trop restreinte pour permettre d'apprécier exactement chaque race de Trifoli'i ; mais elle fournira cependant une documentation utile.

J'ajoute à cette figuration de quelques T/'i/oH'i barbaresques, la représentation des échantillons suivants qui jjaraisscnt intéressants à des titres divers :

Iberica cf, de Cadix; le cf n'a pas encore été représenté jusqu'ici, du moins d'après ce que je connais.

Trifolïï cf, de Valladolid, ex coll. Vazquez.

Trifoln Q, de Cadix, aberration provenant de la collection de Graslin.

Codes çS , aberration de Sicile.

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Trifolïï-Sardoa çS, Turati, de Macerata-Piceno (Italie centrale).

Trifolû-Sardoa o", Turati, de l'île de Sardaigne, d'après un exemplaire que m'a offert M. Turati.

T rii olli-Ratamœ cf, Herrich-Schaeffer, de Cognac, 5 septembre; ex coll. de Graslin.

Trifoln-Mitfordi cf et Q, Obthr., d'Angleterre ; ex coll. Robert Mitford, de Hampstead, vendue aux enchères publiques, à Londres, le 13 juin 1887.

Je possède un second cf presque scmblal)le à celui qui est figuré et provenant de la même collection.

Je fais représenter également comme variété Akbcsidna, Obthr., de Terrcni? un cf d'Akbès remarquable par son aspect soyeux brillant et sa coloration d'un blanc jaunâtre.

Je ne crois pas que cette variété, ou même peut-être Espèce distincte, soit connue. Je possède trois cf semblables et un hermaphrodite, cf côté gauche, Q côté droit. Cet exemplaire permet, avec sa moitié d'ailes gauche, d'apprécier la Q qui est plus grande et d'une coloration un peu brune, mais d'un aspect tout aussi soyeux que le cf.

Chilena Oberthiiri, Daniel Lucas.

Chilena Virgo, Obthr.

Chilena Lucasi, Obthr.

Chilena Senegalensis, Obthr.

La première figuration d'une Espèce de Chilena de la faune palaéarctique et éthiopienne a été donnée sous le n° 2 de la PI. XX dans Syinbolœ Physicœ, par Klug et Ehrenberg {Zoologica, II, Inscctd). Il s'agit de Gastropacha obliqua/a Q, ainsi décrite : « G. albida, alis anticis basi vittaque griseis. Patria : Dongola et ^gyptus superior. Femina. B. Castrensi L. paullo major. Color albidus. Corpus villosum, ore pedibusque flavescentibus. Antennae pectinatae, subtus flavescentes. Alae rotundatae, albido-ciliataa,

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anticae vitta ab apicc ad inedium marginis postici oblique descendente margineque antico-flavescentibus. Subtus alae omnes basi subvillosae. Margo flavescens ».

M. le Capitaine Daniel Lucas a figuré sous le n° g de la PL i8, dans les Annales de la Société entomologique de France, iQio, le cf d'une Espèce voisine de Obliquai a, provenant de Tunisie méridionale et qu'il a appelée ObcrtJiurï.

Je prie le Lecteur de se reporter aux pages 477 et 478 des Annales précitées, pour y trouver la notice relative à la CJnlena Oberthnri.

J'ajoute aux renseignements fournis par M. Daniel Lucas les considérations suivantes : Dans la figure donnée par Klug, comme aussi dans sa description textuellement rapportée cidessus, \\ n'est question, pour Obliquata, (\\\.e. d'une ligne ou bandelette descendant de l'apex des supérieures jusqu'au milieu du bord interne. Chez ObertJiûri, il y a deux lignes, aussi bien que chez Sordida Erschoff, du Turkestan, dont je fais représenter, dans cet ouvrage, une variété cf cinerascens, Obthr., prise par Koshantschikoff le 23 avril 191 2, à Jolatan, en Transcaspie. C'est une variété très obscure de Sordida. De plus, la mention relative à Obliquata, « ore pedibusque flavcscentibus >> ne peut pas s'appliquer à Oberihnri.

J'ajoute à la figuration déjà publiée à propos des Cliilena, la représentation des documents suivants :

i" La Q de Chilena Ober/hiiri, d'aj^rès un exemplaire obtenu à El-Outaya, en juin 1910, par Faroult.

2° I^a Q de Chilena Virgo, en dessus, entièrement d'un blanc soyeux et argenté, tel Liparis Salicis, sans tache ni dessin autre qu'une ombre vague descendant en légère courbe de l'apex des supérieures et s'arrêtant bien avant d'arriver au bord interne. Cette ombre fait l'effet d'un plissement de l'aile. Les antennes ont l'arête blanche et la pectination brune. En dessous, la côte des supérieures est un peu teintée de jaunâtre. On peut dire de Virgo : ore pedibusque albidis, nec flavescentibus.

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Le papillon figuré dans cet ouvrage vient d'El-Outaya, comme le précédent. Le spécimen donné comme modèle pour la figuration est très complet et d'une parfaite fraîcheur. La Chïlcna Vu go n'a pas la même coupe d'ailes, ni le même faciès que Chilcna Obcrlliiiri. La tête est plus ramassée; les ailes supérieures semblent plus aiguës et moins arrondies.

3" Chïlcna Liicasi, Obthr.

J'ai reçu quelques exemplaires provenant de Bcni-Ounif, près l'oasis de Figuig; ils m'ont été envoyés par M. le Lieutenant Bacqué. Malheureusement la boîte qui contenait les papillons a beaucoup souffert du voyage et le contenu s'en est ressenti.

Le fond des ailes du cf est, sur les deux faces, d'un gris brun; l'aspect général est soyeux; la frange est étroite et blanche; les supérieures, en dessus, sont traversées par une bandelette oblique blanche, descendant de l'apex des supérieures jusqu'au bord interne; cette bandelette est comme fulgurée, étant coupée à son milieu, de façon que la seconde partie soit un peu en dehors de la direction suivie par la première partie. On distingue un trait discocellulaire un peu allongé, blanc.

Les inférieures sont sans taches; le corps et l'abdomen sont de la couleur des ailes.

Je dédie le Chilena Lucasi au Capitaine Daniel Lucas, Entomologiste très zélé et auteur de travaux estimés sur les Lépidoptères.

Le Chilena Lucasi ne peut être confondu avec Chilena Proxima, Stgr., figuré dans Iris-Dresden, Band VII ; Taf . IX ; cf fig. 7, O fig. 8, de Mardin, en Mésopotamie, ainsi que le démontrera la comparaison de la figuration consacrée aux deux Espèces.

4" Chilena Senegalensis, Obthr.

A Kaolack (Sénégal), M. Melou a obtenu d'éclosion une Q d'un Chilena, voisine de Sordida, mais chez laquelle les lignes ou bandes brunes des ailes supérieures sont unies, continues, non ponctuées et plus épaisses; la ligne extérieure est plus courbe; la frange et le fond des ailes sont plus gris.

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Les ailes inférieures sont plus courtes, unies, sans être traversées par aucune ligne ou ombre.

Les pattes, pour la partie qui n'est pas velue, sont jaune d'or, annelées de noir; les poils entre les deux yeux sont jaune d'or : ore pedibusque luteis ; ■pedïbiis nïgroanellatis.

Je connais une Espèce de Chïlena habitant Natal.

Le genre Chilena semble donc répandu en Afrique jusqu'au sud de l'Algérie et étendu en Asie occidentale jusqu'à l'est de la mer Caspienne.

Epicnaptera Suberifolia, Duponchel.

C'est une Espèce très variable pour la coloration du fond des ailes; tantôt d'un gris de poussière, ou encore d'un ocre jaune clair ou rougeâtre, — mais dans ce cas l'abdomen est blanc jaunâtre et non de la couleur des ailes, - ou quelquefois d'une teinte brune avec les ailes inférieures plus foncées que les supérieures; d'ailleurs toujours rare et imitant remarquablement, au repos, par la dentelure de ses ailes, les feuilles sèches de chêne vert. Une photographie faite par M. Powell, à Lambèse, et publiée sur la PL 21, dans le Vol. VII des Etudes de Lépidoplérologie comparée, donne la preuve de cet intéressant mimétisme. Les chenilles de Suberifolia se trouvent photographiées sur les PL lo et 14 du même Volume VII.

D'Algérie, je possède seulement trois Q obtenues d'éclosion à Lambèse ; l'éclosion a lieu au premier printemps ou à l'été, c'està-dire que des chenilles trouvées en juin ont donné : l'une, son papillon en juillet de la même année; les deux autres, en février et mars de l'année suivante. Les exemplaires algériens de Suberifolia présentent une assez grande variation dans la coloration et M. Powell me fait connaître qu'il a remarqué dans la collection de M. Holl des spécimens provenant de la Glacière de Blida, de couleur brune avec les dessins ordinaires très accentués, de manière à ressembler à Betidifolia. Chez les trois échantillons de Lambèse, les dessins en question sont très faiblement indiqués.

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I.es chenilles de Siiberifolïa et de Betiilïfolia ne présentent du reste pas entre elles une différence bien sensible et il semblerait que la distinction spécifique entre les deux Espèces ne serait pas très accentuée.

Je possède seulement 19 exemplaires de Suberïfolia; ils ont été recueillis à Marseille, Montpellier, Collioure, Vernet-les-Bains, Cuenca et Madrid en Castille, Grenade en Andalousie, et Lambèse, ainsi que je l'expose ci-dessus.

M. Powell a trouvé la chenille de Suberïfolia à Hyères, sur le chêne-liège, à la fin du mois de mai. Il a obtenu six papillons, tous éclos en juillet de la même année; aucune chrysalide, cette fois, n'a hiverné. Le grojind coloiir de ces papillons était pâle, jaunâtre ou rougeâtre. Feu Alexandre Constant avait pris près de Cannes une paire de Suberïfolia accouplés, en battant les branches d'un chêne vert. Je me souviens de la satisfaction que lui fit éprouver cette capture et dont il m'avait fait part.

A Rennes, Betulifolia vient en mai et juin, aux lumières électriques. Jusqu'ici je n'ai pas obtenu plus de 8 cf. J'ai pris jadis une seule Q dans le jardin, sur une tige de bruyère. Betulifolia est donc comme Suberïfolia un Bombycide rare. Les Entomologistes se trouvent heureux lorsqu'ils recueillent ce papillon généralement difficile à obtenir et dont la rencontre constitue toujours une agréable surprise.

Pachypasa Limosa, Devillicrs.

L'Espèce habite le Midi de la France, l'Espagne et l'Algérie. Elle fut découverte vers 1825, à Marseille, par Solicr, et à Montpellier, par De Villiers. Je possède des exemplaires de Hyères, Marseille, Montpellier, Vernet-les-Bains, Barcelone, Sebdou, Aflou et Lambèse. A A flou, les papillons ont le ground coloiir beaucoup plus brun et moins gris que dans les autres localités précitées. La race d'Aflou, que je fais d'ailleurs représenter dans cet ouvrage, mérite d'être distinguée par un nom. Je l'ai appelée Powelli.

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M. Powell eut l'idée de faire accoupler à Aflou une Q à fond des ailes brun de cette localité et un cT à fond des ailes gris éclos à Aflou d'une chrysalide provenant d'Hyères et que M. Powell avait apportée avec lui dans le Sud-Oranais. Les papillons issus de cette union hybride — mais non pas hybride d'Espèces; simplement hybride de races — sont, pour le groiind colour, intermédiaires entre la race grise de Provence et la race brune d'Aflou.

Je transcris du reste comme suit les notes prises à Aflou, par M. Powell, relativement à Pachypasa Liinosa :

« C'est le 6 juin 191 1 que Charles David a trouvé la première chrysalide en soulevant l'écorce d'un vieux Jiinïperus Phœnïcea. Nous avons passé beaucoup de temps ensuite à rechercher les chrysalides de cette Espèce. Je n'ai pas eu de chance; je n'ai trouvé que des cocons vides de l'an passé, mais Charles a réuni une douzaine de chrysalides en tout. Toutes ces chrysalides ont très bien réussi à donner leurs papillons; seul, un cf a eu une aile mal formée. Je l'ai sacrifié en essayant de le faire accoupler avec une Ç) éclose le même jour. Je les ai laissés 48 heures ensemble dans une cage au dehors, mais il n'y a pas eu d'accouplement. La Q n'a pas été trop abîmée. J'ai obtenu des œufs cependant d'une grosse Q qui s'est accouplée avec un cf éclos d'un cocon apporté d'Hyères.

Les éclosions ont commencé le 17 juin par un <3 et se sont terminées le 4 juillet par une Q. La forme d'Aflou est plus brune, moins noire et blanche que la forme du midi de la France; elle a une coloration tout à fait différente.

La Q fécondée a pondu 175 œufs en tout, dont 115 dans la nuit du 27 au 28 juin, et le reste la nuit suivante. Elle est restée accouplée toute la journée du 27. J'ai déjà remarqué que l'accouplement de cette espèce est de très longue durée, soit de 24 heures environ. Les œufs sont éclos entre le 9 et le 13 juillet, à part une vingtaine qui se sont desséchés.

La première mue a eu lieu les 20 et 21 juillet.

La seconde mue du 25 au 30 juillet.

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C'est à cette mue que les poils rouge doré garnissant les fentes dorsales des segments mésothoraciquc et métathoraciques se développent. Les fentes existent dès l'éclosion. Elles sont d'un jaune orangé, mais ne sont pas pourvues de poils.

La troisième mue a commencé le 3 août; ce n'est que le 8 août que la dernière chenille l'a passée. Dans le quatrième stade, on aperçoit déjà quelques poils spatules parmi ceux du rebord latéral, surtout sur les curieuses projections des segments thoraciques.

La quatrième mue a commencé le 14 août, mais elle durera longtemps; car plusieurs chenilles sont en retard sur la masse.

La longueur de la chenille, lorsqu'elle est préparée pour la quatrième mue, est de 39 mm. en moyenne.

Ces chenilles ne mangent que peu à la fois. L'heure de leur repas est à la tombée de la nuit; mais en captivité, lorsqu'on les dérange, elles prennent un court repas à n'importe quelle heure de la journée.

Leur position de repos est sur les branches, plaquées contre l'écorce qu'elles imitent à perfection.

Je ne puis affirmer qu'il y a eu une cinquième mue donnant un sixième stade larvaire.

Dans mes observations écrites en 1903, j'ai noté une cinquième mue, et cette année encore, je crois qu'elle a eu lieu ; mais la quatrième mue ayant traîné sur une période très longue, et les chenilles étant très variables pour la taille dans le cinquième stade, je n'ai pas pu contrôler le fait d'une cinquième mue.

Les premières larves sont arrivées à toute leur taille vers le

8 septembre, et quatre ont commencé à tisser leurs cocons le

9 septembre. Le 12 septembre, deux chrysalides ont été formées. Bon nombre de chenilles ont formé leur cocon pendant les mois de septembre et d'octobre.

Si j'avais laissé au grand air celles qui mangeaient encore après le 15 octobre, il est probable qu'elles auraient hiverné en cet état, mais je les ai gardées dans une boîte à partir de cette date et elles ont continué à manger lentement et à se chrysalider pendant les

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mois de novembre, décembre et jusqu'au 20 janvier. A cette date, la dernière chenille s'est chrysalidée.

Les premiers papillons (2 g) ont paru le 5 octobre 191 1, après une durée pupale de 24 jours. Plus tard, la durée de l'état de chrysalide a été augmentée et est arrivée à deux mois en hiver.

A Aflou, il y a certainement une éclosion partielle en octobre, et peut-être fin septembre, quoique je n'aie jamais pris le papillon à cette époque. Je juge d'après ce qui s'est passé pour mes chenilles. Maintenant, il est possible que l'influence du cf hyérois se soit fait sentir, en fournissant une tendance hivernante à la famille de chenilles que j'ai élevée.

Il se peut que l'Espèce ait deux générations entières à Aflou. Cependant, en considérant le climat, je ne le crois pas. A Alger il y a deux générations; mais je ne sais pas si la seconde est complète. Dans le midi de la France il n'y a qu'une seule génération, d'après ce que j'ai pu constater, et les chenilles hivernent dans les quatrième et cinquième stades.

Ce qu'il y a d'extraordinaire concernant mon élevage provenant de la Ç) d'Aflou fécondée par le cf d'Hyèrcs, c'est que, pendant les mois d'octobre et de novembre, aucun cf n'est éclos.

En octobre et novembre 32 Q sont écloses, en comptant quelques estropiées. Les premières chrysalides formées étaient toutes des Q . Ce n'est que le 24 décembre que le premier cf a paru, et, pendant les mois de janvier et février, le nombre des cf a été supérieur à celui des Q. »

Taragama Repanda, Huel)iicr.

Espèce du Littoral barbaresque et andalous; ne paraît pas rare en Tunisie et à Tanger, non plus qu'aux environs d'Alger, d'où M. Holl m'a envoyé plusieurs exemplaires semblables à ceux que feu de Graslin avait obtenus à Cadix, en élevant les chenilles sur le genêt appelé par les Espagnols : Rctcuna.

Le Taragama Repanda éclôt deux fois par an, en avril-mai et en septembre-octobre.

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Une Espèce très voisine de Repanda est Aigyptiaca, Bang- Haas, d'Egypte.

Le Taragama Acaciœ, Klug, ne paraît pas rare en Egypte ; mais, par sa coloration, il est moins rapproché de Repanda que ne l'est ^gyptiaca.

LEMONIID/E

Lemonia Vallantini, Olithr.

J'ai décrit et figuré pour la première fois le Bombyx Vallantini dans la XI II" livraison des Eludes d' Entomologie, à la page 28 et sous la fig. 33 de la PI. VI. Il ressemble à Ballioni, Christ.; mais il est plus grand d'aspect, plus robuste; de plus, le ground colour de Vallantini est d'un jaune plus foncé. Le Lemonia Vallantini est une Espèce rare. Jusqu'ici, je n'ai pu réunir dans ma collection que 11 cT et 3 Q. Ces papillons proviennent des localités suivantes : Alger (9 janvier 1901); Bônc ; Lambèse (novembre 191 2 et 191 3).

La chenille adulte est représentée sous le n" 1169 de la PI. CXXXII, dans le Volume VI des Etudes de Lépidoptérologie comparée; les n"' 4483, 4484, 4485 et 4487 de la PI. CCC, dans le Volume X des mêmes Etudes, sont consacrés à la figuration de la chenille de L. Vallantini dans les premier, second et quatrième stades, ainsi que des œufs qui furent obtenus à Batna, le g novembre 191 2.

La chenille de L. Vallantini vit sur le Podospcrmum laciniatum, plante bisannuelle, à racine pivotante et à fleurs d'un jaune pâle, de la famille des Composées.

Je prie le Lecteur de se reporter aux pages 436 et 437 de l'explication des Planches du Volume X, pour y trouver les ren- -scignements concernant les figures précitées de la PI. (XX'.

A l'état parfait, le Lemonia Vallantini varie pour l'intensité

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de la ligne brune qui traverse les ailes depuis le bord costal des supérieures au bord anal des inférieures. Cette ligne, quelquefois bien accentuée, est souvent nulle. J'ai fait figurer un cf de la variété dépourvue de la ligne en question {Unicolor, Obthr), sous le n" 4707, et la g sous le n" 4708 de la PI. CCCXXVII, dans le V'ol. XI des Etudes de Lcfïdoptérologïe comparée.

M. Harold Powell a pris sur Leinonïa ValLantini, des notes détaillées que je reproduis comme suit :

(c Je ne crois pas que cette Espèce ait été signalée encore en dehors de la région du littoral algérien. Aussi, lorsque M. Nelva, de Batna, m'a annoncé en avoir trouvé des chenilles au printemps à Batna sur le Telma {Podospermiint laciniatum), chenilles que je n'ai pas vues, d'ailleurs, et qui sont mortes, j'ai eu quelque peine à croire qu'il s'agissait réellement de V allant ini. Il me semblait plus probable que ses chenilles étaient des Philopalus, d'une forme sans taches blanches, comme j'en ai trouvé une fois, en mai 1907, à Sebdou.

En novembre, j'ai proposé à M. Nelva de faire une chasse à la lumière avec lui dans une des localités où il avait trouvé des chenilles. Nous nous sommes entendus pour le 9 novembre. Le 8, il faisait un temps froid et couvert, et le 9, le temps n'était pas meilleur. Le ciel était chargé de nuages lorsque nous sommes arrivés à Batna; un vent fort et froid de l'ouest n'avait cessé de souffler toute la journée. Dans la soirée, le ciel s'est découvert en grande partie et le vent a baissé. Cependant une brise froide du N.-W. n'a presque pas cessé de souffler pendant notre chasse; l'herbe était mouillée de rosée, et la température ne dépassait pas zéro de beaucoup. L'endroit était un champ d'environ deux hectares d'étendue, autrefois cultivé sans doute, mais depuis longtemps abandonné. Ce champ, propriété de la ville, est entouré d'une barrière, et les troupeaux n'y pénètrent pas. En conséquence, l'herbe y est belle et vigoureuse : Graminées, Mauves, Crucifères, Scrophulaires, Chardons et autres Composées, poussent en abondance. Par places, les plantes de Telma sont très

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noiabreuses, étalant par terre leurs rosettes lâches de feuilles molles, minces et allongées, plus ou moms dentées.

Nous avons installé nos lanternes à une quarantaine de mètres l'une de l'autre. Il était environ 8 h. 1/2 quand le premier gros papillon est tombé en bourdonnant sur le drap de M. Nelva. Lorsque, sous l'influence du cyanure, ses ailes ont cessé de battre, nous avons eu la surprise agréable de constater que c'était un d" de Lemonia Vallaniini, un peu abîmé malheureusement sur le thorax, mais autrement bien frais. Un quart d'heure plus tard, ce fut ma lumière qui se trouva favorisée par l'arrivée d'un second cf, petit, celui-là, pas très frais et avec une des ailes inférieures un peu déformée. J'ai fait alors une longue tournée avec la lanterne à main, cherchant sur l'herbe, mais je n'ai trouvé qu'un exemplaire cf de V Anchoscelïs Polybela. Une seconde tournée, faite dans une autre direction a été plus heureuse. Sur une tige morte et desséchée, j'ai vu un objet qui ressemblait à une feuille morte, mais en regardant de plus près j'ai reconnu une belle Q de L. V allantïni, en train de pondre. M. Nelva était à côté de moi à ce moment, et il s'en est peu manqué qu'il ne l'écrasât de son pied en passant. La Q était accrochée à la tige, ses ailes ouvertes et son abdomen recourbé de telle façon qu'elle déposait ses œufs à la hauteur de ses pattes, et elle en avait même pondu deux sur une de ses pattes de devant. Je l'ai gardée vivante dans mon filet, en ayant soin d'écarter les parois au moyen de deux branches placées en croix.

Il est encore venu deux cfO" aux lumières; puis M. Nelva a pris un cf très frais de Lenwnïa Philopalns, vers 1 1 h. Entre temps, la lumière n'a attiré que 8 Anchoscelis Polybela dont 4 pour mon compte, et quelques cf de Ulochlena Hirta. Nous sommes rentrés à minuit et demi, très satisfaits de cette chasse, et avec la preuve que les chenilles trouvées par M. Nelva étaient réellement des Y allantini. La Q captive a continué à pondre par intervalles jusqu'à i h. 1/2. Elle avait déposé alors environ 260 œufs, et comme elle commençait à s'abîmer, je l'ai tuée. Après chaque ponte, elle reposait tranquillement pendant quel-

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ques minutes, un quart d'heure parfois; puis, après avoir fait vibrer ses ailes, elle volait dans le filet jusqu'à ce qu'elle rencontrât une des branches. Elle s'y accrochait aussitôt, cessait de battre des ailes, et recourbant fortement son abdomen, elle déposait, à intervalles de 15 secondes, entre chaque œuf, un nouveau groupe d'œufs, les uns fixés sur la tige par leur base, les autres collés sur le côté ou superposés. Les diverses pontes contenaient chacune depuis 15 ou 20 œufs jusqu'à une soixantaine. Les œufs tiennent fortement quand la colle qui les enduit est sèche.

Le 16 novembre, nous sommes descendus de nouveau à Batna. Il avait gelé la nuit précédente et M. Nelva n'avait rien pris dans le champ aux Vallantini, mais 4 nuits plus tôt, le 12, par un temps nuageux et doux, il avait capturé 5 superbes çS, entre 8 h. 1/2 et II h.

Le 16 était une belle journée; l'air était très froid. Nous sommes allés, l'après-midi, avec M. Nelva reconnaître une grande prairie à 3 kil. environ de la ville où il avait également trouvé des chenilles de Yallantini. Cette prairie est livrée aux troupeaux, et l'herbe y est bien moins belle que dans le champ clos.

Le soir, nous y sommes retournés avec nos lumières. La lune était encore haute et il gelait déjà. A 8 h., l'herbe était recouverte de givre et le froid était très vif. La lune s'est couchée vers 10 h. et nous avons chassé jusqu'à 1 1 h., dans cette prairie, sans prendre un seul papillon. Découragés, nous sommes allés dans notre première localité, le champ clos, mais le résultat fut le même. Pas un papillon aux lumières, pas un sur l'herbe, qui était complètement gelée.

Nous sommes rentrés bredouilles à Batna, vers i h., grelottant de froid dans cette température de — 4".

En piochant dans le champ clos, au cours de la journée du 10 novembre, pour déterrer une plante de (( Telma », j'ai eu la chance de trouver une chrysalide Q de Vallantini à environ 10 cm. de profondeur. Je l'ai malheureusement blessée légèrement; très peu il est vrai, mais je crains beaucoup qu'elle n'en meure.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35 I

Cette chrysalide n'est cependant pas morte, mais le papillon n'est pas éclos pendant l'automne. Je l'ai encore parfaitement vivante, fin janvier 191 3 (*).

Il est possible que L. \ allantini existe à Lambèse. Je ne l'y ai jamais rencontrée cependant. Il n'y a pas de prairies dans le genre de celles de Batna, et le Telma y est localisé.

A l'est du moulin de l'Aïn-Drin, se trouve une assez grande prairie, en pente forte, à herbe courte. Les rosaces de Telma y sont espacées.

A l'ouest de l'Aïn-Drin, près de la ferme Danti, se trouve une autre prairie qui sert de pâturage au troupeau de cette ferme. Elle est moins broutée que la première, et l'herbe y est plus dense. Le Telma y pousse abondamment par places. Nous avons fait plusieurs chasses de nuit dans ces prairies en novembre, mais nous n'y avons jamais pris Y allantini.

Le Telma croît encore dans la petite prairie humide en forte pente, à gauche du ravin de Lambèse en montant, où volait en abondance la Zygcena Aitsîralis, en mai-juin. L'herbe de cette prairie est très haute. Il y a surtout des Graminées coriaces et des Fenouils.

Dans les ruines de Timgad, le Telma n'est pas rare, poussant dans les petites prairies et entre les dalles des routes et places déterrées. Etant à Timgad, le 13 novembre, j'avais repéré, pendant le jour, un bon emplacement pour la lampe, le soir. C'était dans une sorte de prairie entre les Thermes du sud et le Fort Byzantin. Il y poussait de V Atrïplex, des Artichauts sauvages et quelque peu de Telma.

Malheureusement, le vent violent qui s'est levé à la tombée du jour, a rendu la chasse impossible en cet endroit.

Nous avons dû nous contenter de faire la lumière près de notre campement, entre le Marché arabe et le Musée. Nous étions un peu abrités par un talus et une haie, mais par moments, le

(*) Cette chrysalide s'est définitivement desséchée pendant l'été et n'a pas donné de papillon.

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vent était terrible. Aucun V allantïni n'est venu. J'ai pris seulement un Hydrœcïa Xaniheiîcs, un Enxoa Polybela, un Episciiid Htspana, un Polia Flavicincta et 6 Ulochlena Hirta cf.

Si on avait pu chasser dans la prairie du Fort Byzantin, on aurait probablement obtenu un meilleur résultat.

Pendant que nous attendions le train en gare de Batna, le i*"" décembre, par une soirée pluvieuse, j'ai pris un cf de V allantïni, venu des prairies voisines, attiré par la lumière d'une lanterne de la gare. Il était en fort mauvais état. M. Nelva, le Pharmacien Entomologiste de Batna, m'écrit qu'il est retourné à la chasse près du cimetière après mon départ, et qu'il a pris un seul mâle.

Près de Aïn-M'lila et entre El-Guerrah et Constantine, il y a, le long de la rivière, de belles prairies dans lesquelles L. Vallantmi doit sûrement vivre.

Œuf. — Forme d'un dôme à bords arrondis se rétrécissant vers la base. Base très large avec une grande concavité, peu profonde. Hauteur de l'œuf o m. 0009. Plus grand diamètre horizontal o m. 0014. Surface unie, polie. Coque dure, résistante.

Au sommet du dôme est une tache ronde, noire, très visible à l'œil nu. Au microscope, on s'aperçoit que cette tache n'est pas rigoureusement ronde, qu'elle est à un niveau légèrement inférieur à celui de la surface de l'œuf qui forme autour d'elle une bordure irrégulièrement dentelée et qu'elle présente une petite dépression centrale correspondant au micropyle. La tache est entourée d'un cercle blanc. Ensuite vient un très large cercle grisâtre pâle, dont les limites supérieures se confondent par transition insensible de couleur avec le cercle blanc. Ce cercle foncé est maculé et marbré de taches brun pourpre, irrégulières et plus ou moins confluentes.

Vient ensuite un large cercle blanc, beaucoup moins large cependant, que le cercle gris, et un second cercle grisâtre, mince, qui entoure l'œuf au point de sa plus grande largeur. Ce deuxième cercle foncé est également maculé de taches brun pourpre; les taches ou marbrures s'étendent par places sur le

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cercle blanc compris entre les deux anneaux foncés. A partir du deuxième cercle foncé, la ligne de proûl se courbe en dedans vers la base; toute cette partie est blanche avec quelques taches grisâtres. La concavité basale est grise, tachetée de brun pourpre. A l'œil nu, les divers cercles paraissent plus nets, et les taches brun pourpre se confondent avec la couleur grise des anneaux foncés, ce qui les fait paraître d'une teinte plus foncée qu'au microscope.

Au moment de l'éclosion, la chenille pratique une grande ouverture de forme ovale allongée sur un côté de l'œuf. Le bord inférieur de l'ouverture est un peu au-dessus du point du plus grand diamètre horizontal; son bord supérieur n'atteint pas le premier cercle blanc. Le micropyle reste donc intact. Du moment de la ponte jusqu'à l'éclosion, il n'y a pas de changement dans l'apparence de l'œuf.

J'ai conservé la majorité des œufs au grand air, enfonçant les bouts des tiges qui portaient quelques groupes dans la terre à côté d'une plante de Telma en pot, le tout recouvert de mousseline. Avant mon départ de Lambèse, ils ont eu à supporter des températures nocturnes très basses (minimum — 4"), et le contact de la neige.

Une vingtaine d'œufs ont été gardés à la maison.

En arrivant à Hyères, au commencement de décembre, j'ai suivi le même système; mais l'hiver ayant été très doux, les œufs laissés dehors, n'ont éprouvé des températures basses (vers 0°) que pendant quelques nuits précédant le 15 décembre.

Les œufs gardés à la maison ont commencé à éclore le 21 janvier 191 3. Trois chenilles ont paru ce jour-là. Il y a eu douze éclosions entre le 21 et le 31 janvier. A l'air libre, les éclosions ont commencé vers le 5 février. Le 14 février, presque tous les œufs étaient vides.

Les 3 chenilles écloses le 21 janvier ont mué pour la première fois le 8 février.

La jeune chenille ne tarde pas à s'attaquer aux feuilles de

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Telma. Elle mange le jour et montre le plus d'activité entre lo heures et 2 heures, profitant de la chaleur.

Le soir, elle descend assez bas sur les tiges pour passer la nuit au repos. Quand on touche une feuille sur laquelle se trouve une chenille, elle lâche prise de ses pattes écailleuses et de la première paire (souvent aussi de la deuxième) de pattes membraneuses, redresse la moitié antérieure du corps, et ramène la tête et les deux premiers segments vers la surface ventrale. Il ne faut qu'une très légère provocation pour lui faire prendre cette pose de sphinx. Je l'ai vue, le corps dressé complètement à partir du 8" segment abdominal la partie antérieure arcboutée en hameçon, campée sur les pattes anales. Elle a ainsi un air d'Hippocampe.

Assez souvent la chenille irritée lâche prise de sa paire de pattes anales et relève les segments postérieurs en même temps que la moitié antérieure de son corps. Elle tient alors avec une ou 2 paires des pattes membraneuses.

Premier stade. — A l'éclosion, elle a un peu plus de o m. 003 de longueur et peut dépasser o m. 004 en marchant.

La largeur de la tête est d'environ o m. 0008.

A la fin du premier stade, la longueur est de o m. 006.

Tête. — Noire; surface unie; contours arrondis sans aspérités; commissure des lobes bien marquée, mais peu profonde; front noir; épistome jaune sale. Antennes et accessoires buccal bien développés avec les parties écailleuses brun foncé et les joints et membranes jaunâtres; poils longs, incolores peu nombreux; ocelles noirs.

Corps. — Noir; le centre dorsal, et la surface latérale comprise entre les tubercules trapézoïdaux et les stigmates, sont d'un noir velouté. Les trapézoïdaux sont placés sur une bande d'un noir moins intense, très peu apparente.

La ligne en bordure latérale, en dessous des stigmates, est composée d'une série de taches allongées, plus ou moins grandes, selon les individus, et quelquefois. presque réunies par des prolongements étroits. Sur les segments thoraciques, elles sont tou-

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jours nettement séparées, très réduites sur les deux derniers segments du thorax. Il n'y a qu'une tache par segment. Leur couleur est terne, d'un jaune un peu orangé.

Ces taches, à peine perceptibles chez la chenille toute jeune, deviennent plus visibles au fur et à mesure que la peau se remplit; vers la fin du stade, elles sont très apparentes chez la plupart des individus. Celle du segment prothoracique est bien développée. Elle part du grand tubercule placé vers l'avant du segment et passe juste en dessous du stigmate. Sur les deux segments suivants, la tache est très réduite et enfumée de noir; elle fait cercle autour du grand tubercule latéral composé de plusieurs points pilifères.

Sur les segments abdominaux, la tache est très allongée. Sa pointe est sur le bord antérieur de chaque segment; elle s'élargit vers le centre du segment qu'elle ne dépasse pas de beaucoup. Le grand tubercule latéral se trouve sur son bord inférieur; le stigmate sur son bord supérieur. La surface ventrale est noire, plus pâle et un peu teintée de jaunâtre vers le centre. Les bases et les parties membraneuses des vraies pattes sont d'un blanc jaune sali de noir, les blindages chitineux noirs.

Les bases des pattes membraneuses sont noirâtres en dehors, blanc verdâtre enfumé de noir en dedans. Leur second article est jaune orangé pâle marqué de noir en dehors et bien fourni de crins blancs; leur dernier article est mince, noir, garni à l'extrémité par deux coussins portant des crochets très développés.

ProtJiorax. — Le prothorax porte au dos un bourrelet noir en forme de croissant ridé et un peu rugueux ; sa surface enclose par le bourrelet est finement ridée. Ce bourrelet, qui représente l'écusson, porte, de chaque côté, 5 ou 6 tubercules à un seul long poil chacun. Plus bas, bien en avant du stigmate, se voient 4 points noirs pilifères aux bases confondues, formant ainsi un tubercule composé. Près de la base de la première paire de pattes, se voit une verrue semblable, mais à 3 points pilifères seulement.

Mésothorax. ■ — Le tubercule I sur le mésothorax est une

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réunion de 5 points pilifères sur une base commune. En arrière, tubercule II à deux poils; il est très petit par rapport à I. Tubercule III, plus bas, vers le centre du segment, à un poil. Continuant l'alignement de haut en bas, on voit ensuite deux très petits tubercules à un poil chacun. Sur la limite de la surface dorsale est une grande verrue portant cinq poils; c'est elle qui est cerclée par la tache jaune orangé. En dessous et en arrière, est un petit tubercule simple (un poil). Près de la base des pattes, sont trois points pilifères juxtaposés (un poil chacun). Les pattes portent plusieurs poils.

Métathorax. — Tubercules I et II comme sur le segment précédent ; mais I porte un petit point et un poil supplémentaires. Ce tubercule est grand, sans être très proéminent, sur ces deux segments. Je note ceci à cause de son développement singulier dans le stade suivant.

Les autres tubercules de ce segment sont arrangés comme ceux du mésothorax, mais le plus bas des deux petits tubercules qui se trouvent sur le mésothorax entre tubercule HT et la limite dorsale, manque ici. La verrue composée de la limite dorsale porte 6 poils au lieu de 5.

Premier segment abdominal. — Les trapézoïdaux sont plus rapprochés que sur les segments du thorax. Il est presque sur le même alignement que I. Tous deux portent 4 poils. II est légèrement plus grand que I. Sur les flancs, sont deux petits tubercules à un poil chacun, III et IV sans doute. IV se trouve ainsi en arrière de III et un peu plus bas; III se trouve à peu près à moitié chemin entre I et le stigmate. Le stigmate est un petit cercle chitincux, brun foncé, au bord supérieur de la tache jaune (ligne latérale).

Sur le bord inférieur de la tache, et par conséquence, sur la limite dorso-ventrale, se trouvent deux tubercules. Un, juste en dessous du stigmate, est petit et possède un seul poil; l'autre est grand, composé de 4 points pilifères. Plus bas, sur la surface ventrale, sont 3 points pilifères ensemble, et il y a quelques courts poils au centre ventral.

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Les segments abdominaux suivants jusqu'au huitième inclus, ne diffèrent pas très notablement du premier; le nombre de points pilifères, par verrue, peut varier un peu dans le cas des verrues à points multiples. A mesure que l'on approche du huitième segment tubercule II augmente de dimension, et devient très sensiblement plus grand que I.

Tous les tubercules du corps sont noirs. Les poils qu'ils portent sont blancs, ou plutôt incolores, transparents. Ils se terminent en pointe effilée, et sont munis d'un certain nombre de petites épines formant angle aigu avec la tige.

J'ai pu distinguer ces épines avec un grossissement de 120. Avec celui de 40, on ne les voit pas. Il y en a, en état plus ou moins développé, sur la plupart des poils. Très rarement, un poil présente le long de la tige un chapelet de renflements fusiformes incolores; je n'ai remarqué ceci que sur 3 poils de la chenille examinée (grossissement 400). Presque tous les poils sont longs; mais les petits points portent des poils plus courts que ceux des points de dimension supérieure. Les plus longs proviennent des tubercules dorsaux des segments thoraciques et du huitième segment abdominal.

Ainsi que j'ai déjà noté, les trois chenilles écloses le 21 janvier ont atteint le deuxième stade, le 8 février. La durée du premier stade a donc été de 19 jours. Celles écloses entre le 22 janvier et la fin du mois ont commencé à muer vers le 22 février. Elles ont été élevées au grand air, et retardées par la période froide, 15-28 février.

Le i" mars, il reste encore une de ces chenilles dans son premier stade. Elle est sur le point de muer. Les nombreuses chenilles sorties en février des œufs gardés au jardin, sont encore toutes (i^"" mars) dans le premier stade.

Une des chenilles les plus avancées de celles qui ont mué le 8 février, est entrée dans le troisième stade, le 3 mars, à 9 h. du matin.

En attendant la mue, elle s'est tenue pendant 5 jours sur une tige, les segments thoraciques et les deux premiers de l'abdomen

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relevés fortement, ainsi que les trois derniers segments du corps. Elle ne tenait au support que par les pattes abdominales, mais elle lâchait facilement prise avec la première paire, si on l'effrayait tant soit peu.

Description dît deuxième slade. — Longueur à la fin o m. oi ; largeur de la tête o m. ooi.

Tête. — Comme dans le premier stade, avec quelques poils blancs en plus. Corps noir foncé ; la bande qui porte les trapézoïdaux un peu plus claire (variable selon les individus). La série latérale de taches jaune orangé notée dans la description du premier stade, a subi quelque modification. Les taches sont plus grandes; elles ont une couleur orangée plus foncée, et, sur les segments abdominaux, elles sont siluécs sur une ligne continue, blanc jaunâtre qui limite les surfaces dorsales et ventrales. De cette ligne, elles débordent en haut pour entourer le stigmate. Ce n'est que vers les incisions des segments que l'on aperçoit bien la ligne blanchâtre. Sur les segments thoraciques, les taches latérales sont toujours séparées et réduites, n'entourant que la base du grand tubercule en bordure.

Les verrues dorsales du thorax se sont modifiées notablement.

Sur le bord antérieur du prothorax, une de chaque côté du centre dorsal, se trouvent deux verrues d'un jaune légèrement orangé, assez larges, mais peu saillantes. Elles sont situées, chacune, sur une tache allongée de la même couleur qui s'avance vers le rebord antérieur du segment, et chacune porte un très long poil incolore et plusieurs poils plus courts, teintés de jaune.

A l'arrière du segment, sont deux taches jaunes aux limites mal définies. Ce segment porte un bon nombre de petits crins jaunes, et quelques longs crins blancs, presque tous teintés de jaune vers le point d'attache. Les tubercules portant les crins, sont tous noirs, coniques, et varient de dimension en rapport avec la longueur et la grosseur des poils. La grande verrue, sur le bord latéral, est noire, arrondie. Elle porte une dizaine de crins, jaune pâle, vers leur base. De cette verrue, part la tache orangée qui suit le bord latéral et remonte encore pour entourer

le stigmate. Ce stigmate est grand, de forme oblongo-ovale ; son anneau chitincux est noir; la peau qui l'entoure immédiatement, est blanche, un peu colorée par le jaune.

Scgvicnl jiiésothoraciquc. — Tubercule I est représenté par une grande verrue jaune orangé de forme grossièrement conique, surmontée d'un dôme ovale, jaune légèrement rembruni. Ce dôme porte une douzaine de points pilifcrcs, chacun avec un crin jaune court ou moyen, ou bien un crin long et blanc, jaunâtre vers la base (deux seulement). Le dôme est très poli. Il représente sans doute la couronne chitineuse qui surmonte tous les tubercules. Tubercule II est beaucoup moins élevé et moins grand, forme ovale. Il porte 5 crins jaunes sur sa couronne noirâtre. Autour de sa base, la peau est d'une teinte jaunâtre salie de noir. C'est le commencement de la ligne blanc jaunâtre très enfumée de noir qui porte les trapézoïdaux sur le reste du corps. Tubercule III est noir avec deux crins jaunes. Le grand tubercule en bordure latérale a une couronne noh"e avec 6 ou 7 crins jaunes ; sa base est jaune. Il y a en outre un petit nombre de courts crins jaunes, isolés, sur la surface dorsale.

Se g II w ni iiiétaijioraciqiic. — Tubercule I est presqu' aussi grand (]ue sur le segment précédent; sa couronne est plus arrondie et d'un jaune plus rembruni; sa base aussi. 10 ou i i crins prennent naissance sur ce tubercule. Il y en a un long tout à fait blanc. Les autres sont plus ou moins jaunes, quelquefois vers la base seulement; ils sont plus faiblement colorés en jaune que ceux du mésothorax.

Tubercule II est d'un noir plus foncé que sur le mésothorax; ses cinq crins sont d'un jaune plus pâle. Les crins de III et de la grande verrue latérale sont, cependant, d'un jaune orangé tout aussi intense que sur le segment précédent. Quelques rares crins isolés. Les pattes thoraciques sont noires, jaunâtre sale aux joints.

Segments abdominaux. — Premier segment. — La bande porte-trapézoïdaux, un peu moins foncée que le noir du fond, n'est cependant pas nette; c'est encore autour des bases des

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verrues qu'elle est le mieux indiquée. Les tubercules I et II sont noirs avec couronne brillante. I, qui porte 6 ou 7 crins dont un seul légèrement jaunâtre, est un peu plus grand que II. II est fourni de 7 crins blancs. La verrue du flanc III (III et IV réunis?) est noire, luisante; ses 6 crins sont jaunâtres. Les crins (il y en a 5) de la grande verrue noire sur la bordure latérale sont d'un jaune orangé ainsi que les deux crins de la petite verrue qui la précède. Le stigmate est plus petit que celui du prothorax, mais la forme est la même. Il est également placé sur une tache blanche envahie par le jaune orangé de la grande tache de la bordure; la surface ventrale est noire. Quelques courts poils isolés, sur la surface dorsale surtout.

Les autres segments abdominaux ne diffèrent que peu du premier quant à la couleur et aux dispositions de ses verrues.

Le tubercule II devient plus grand au fur et à mesure que l'on s'approche du huitième segment et dépasse un peu en taille le I. Ils sont plus grands sur le huitième segment que sur les autres. Les crins des verrues trapézoïdales sont toujours blancs à partir du deuxième segment mais ceux de la verrue III et des verrues de la bordure latérale sont jaune pâle ou jaune orangé. I>es pattes abdominales sont allongées, bien développées. Couleur : noir terne recouvrant un gris jaunâtre.

Les jeunes chenilles filent de la soie en marchant, mais peu abondamment. Pour la première mue, elles ont une tendance à se réunir en groupe et la ou les feuilles sur lesquelles elles se placent sont alors recouvertes d'une très mince couche de soie.

7 mars. — Les chenilles écloses, entre le 23 et le 31 janvier, élevées à l'air libre, commencent leur repos pour la deuxième mue, tandis que de celles écloses en février, plusieurs attendent la première mue. Le temps est plus doux et les rainettes ont commencé leur chant.

75 mars. — Dans le troisième stade, les chenilles sont assez variables. Généralement, elles sont foncées, mais il y a des exceptions chez lesquelles la couleur jaune d'or du thorax est plus étendue. J'en ai une qui paraît plutôt jaune que noire.

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21 7nars. — Les neuf chenilles les plus avancées, gardées à part, sont réduites à cinq. En examinant le pot où elles vivent sur une plante de Telma recouverte de mousseline, j'ai trouvé les peaux à moitié vidées de 4 belles chenilles. J'avais attribué des décès antérieurs à des petites araignées qui étaient probablement sur les plantes avant que je les aie recouvertes. Elles sont si petites qu'on ne les trouve guère que lorsqu'elles ont filé des toiles minces. Sans doute ces araignées ont tué bon nombre de très jeunes chenilles, mais elles ne s'attaquaient pas, je pense, à des chenilles dans leur troisième stade. En retournant de petites mottes de terre dans le pot j'ai découvert 2 Cloportes. Ces Cloportes sont-ils les malfaiteurs? Puisque je n'ai pas trouvé d'araignées cette fois, il semble probable que les Cloportes sont les coupables.

La première chenille a mué pour la troisième fois et est entrée dans le quatrième stade, le 21 mars 1913.

D'autres attendent cette mue le 25 mars.

La longueur de la chenille à la fin du troisième stade est de : o m. 019.

La longueur de la chenille à la fin du quatrième stade (2 avril 1913) est de 30 mm.

Pendant les deux derniers stades (4'' et 5'") j'ai nourri les chenilles de Y allaniïnï avec de la laitue; n'ayant plus beaucoup de Telma, j'ai réservé ce qui restait de cette plante aux chenilles les moins avancées. Elle ont accepté la laitue sans faire la moindre difficulté, semblant même la préférer à leur vraie nourriture; je renouvelais leur provision de feuilles fraîches tous les matins. J'ai divisé les chenilles en plusieurs groupes; lorsqu'elles atteignaient le quatrième stade, chaque groupe étant installé dans un grand pot à fleurs aux 3/4 rempli de terre; elles vivaient au grand air, les pots étant recouverts simplement d'une cloche en mousseline.

Les chenilles faisaient des progrès très rapides dans leurs deux derniers stades; elles mangeaient énormément après la c]uatrième mue, surtout pendant le jour.

302 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Plusieurs chenilles sont mortes de maladie dans le quatrième stade, mais les autres ont atteint leur maximum de développement, dans de bonnes conditions, pendant la dernière quinzaine d'avril et aux premiers jours de mai. Après avoir fini de se nourrir, la chenille reste immobile pendant un certain temps et elle vide à peu près complètement son intestin; ensuite elle se met à marcher rapidement comme le font beaucoup de chenilles avant de se préparer pour la métamorphose; cette marche dure une bonne partie de la journée, et puis la chenille s'enfonce en terre assez profondément; malheureusement, dans mes pots, les clienilles étaient trop nombreuses; elles se dérangeaient mutuellement sous terre et remontaient souvent à la surface; les chenilles ainsi dérangées dans leur travail à la cellule ou lorsqu'elles avaient déjà complété la cellule, se trouvaient incapables de recommencer; elles restaient à la surface du sol, ou bien elles redescendaient en terre et remontaient ensuite. J'ai placé ces chenilles désorientées sur de la mousse humide, en les recouvrant d'une autre couche; elles se sont presque toutes chrysalidées pendant mon voyage de retour en Algérie, au commencement de mai ; mais, étant gênées par la pression de la mousse, les chrysalides n'ont pu bien se former et presque toutes ont subi des déformations. Elles ont bien vécu tout l'été, mais il n'y a pas eu d'éclosion en automne et toutes les chrysalides se sont desséchées pendant l'hiver. Un certain nombre de chenilles a pu s'enterrer sans entrave; je ne les ai pas dérangées, au moment de partir pour l'Algérie, mais, au mois de septembre, j'ai demandé à un ami qui était resté à Hyères, de me les déterrer avec précaution et de me les envoyer à Lambèse emballées dans de la mousse. Cette personne n'a trouvé que 3 ou 4 chrysalides, mais il y avait plusieurs chenilles desséchées dans leurs cocons. J'ai reçu les chrysalides en parfait état, mais elles n'ont pas mieux réussi que celles que j'avais avec moi. La chrysalide que j'avais trouvée dans la terre, à Batna, en novembre 1912, n'est pas éclose; elle est restée vivante pendant tout l'hiver et l'été suivant; définitivement elle s'est desséchée à l'approche de l'automne.

Pour réussir avec les chenilles de Y aUantïn'i, il faudrait les élcA-er par très petits groupes, ne jamais laisser s'enterrer plus d'une chenille par pot, et ne pas retirer les chrysalides de la terre ».

Lemonia Philopalus, Donzcl.

Très belle Espèce qui ne paraît pas rare dans certaines parties de l'Algérie, notamment à Guelt-es-Stel, d'où J. Domcnech m'a envoyé un grand nombre d'exemplaires capturés en novembre et décembre 191 2 et 191 3.

La première figuration de Philopalus a paru dans les Annales de la Société entoniol. de France, 1842, sous le n" 2 de la PI. 8. Beaucoup plus tard, j'ai publié une nouvelle représentation du cf, sous lo n" 34 de la PI. 6, dans la lixraison XII 1 des Rïndes d^ Enloniolo gic. J'ai fait figurer la chenille sous le n" 1170 de la PI. CXXXII dans le Vol. VI des Eludes de Lépuloplérologie comparée.

M. Ilarold Powcll en a pris la description dans les termes suivants :

(I La chenille adulte a environ 70 centimètres de longueur. La tête est relativement petite, n'ayant guère plus de 4 millimètres de largeur.

Le front (plaque triangulaire) présente une légère dépression triangulaire centrale à bords nets, ridée transversalement. Il est de couleur brun acajou.

Lobes arrondis, d'un noir peu intense, brunâtres sur les joues, a\'ec quelques petites dépressions blanc jaunâtre au-dessus du front. Sillon assez profond entre les lobes. Les lobes portent plusieurs poils jaunâtres assez rudes, sur les joues surtout. Pattes écailleuses d'un rouge acajou. Pattes membraneuses d'un brun grisâtre. Clapet anal teinté de rouge. Dorsum d'un noir mat avec traces d'une ligne centrale plus foncée. Sur les flancs le noir est brunâtre.

Il y a deux petites taches rouges à l'arrière du prothorax sur chaque côté. Je vais décrire un côté de la chenille, l'autre correspond naturellement.

Les segments mésothoraciques et métathoraciques ont, chacun, une large tache cramoisie de forme ovale allongée, tout à fait à l'arrière du segment sur les flancs. Les parties centrales et antérieures de ces segments sont faiblement tachetées de rouge, à la hauteur de la tache cramoisie.

Les segments abdominaux portent sur le flanc plusieurs verrues mal définies et peu élevées, d'un rouge orangé sombre. Elles se trouvent en deux lignes parallèles sur les quatre premières sousdivisions de chaque segment. La série supérieure est précédée sur chaque segment d'un point blanc.

A l'arrière du segment, s'étendant jusqu'à l'incision, est une grande tache en forme de haricot, d'un blanc pur. La partie concave de cette tache est dirigée vers la tête, et elle entoure en partie une tache d'un noir intense.

La forme des taches blanches est un peu irrégulière. Elles diminuent de largeur sur les derniers segments qui les portent. Les 8'', 9^^ et 10" segments abdominaux n'ont pas cette tache blanche. La ligne latérale est large et d'un blanc pur. Elle s'élargit en haut sur chaque segment vers l'incision, de façon à faire une pyramide basse dont la pointe est près de l'incision, mais sur la partie antérieure de chaque segment. Sur les segments thoraciques, la ligne latérale est plus mince, plus uniforme, et obscurcie de brun et de rougeâtre. Elle fait défaut à partir du centre du 8" segment abdominal. Elle est un peu obscurcie au centre de chaque segment par une agglomération de petites verrues pilifères d'un brun rougeâtre. La surface ventrale est d'un gris brun assez foncé.

La chenille est poilue, mais la pilosité est assez éparse. La chenille est bien moins fournie que les chenilles de Lasio campa, par exemple. Les poils sont jaunâtres, d'une longueur moyenne de 4 mm. environ. Les segments du thorax en sont plus dcnsément fournis que les autres.

Les parties des segments qui se rapprochent des incisions en sont dépourvues.

Ainsi la grande tache rouge, sur les deux derniers segments du thorax, en sont dépourvues, sauf sur les bords antérieurs et latéraux et sur les segments abdominaux.

Les grandes taches en forme de haricot sont complètement glabres. Il y en a peu sur la ligne blanche latérale, sauf vers le milieu du segment. Les deux séries de taches rouges sous-dorsales (supra-spiraculaires) sont bien fournies de poils. Il y en a peu au centre dorsal. Les tubercules sont très peu développés et difficiles à distinguer. Les stigmates sont noirs, de forme ovale arrondie. »

Revenant à l'étude de l'insecte parfait, je rappelle que dans le Vol. XI des Etudes de Lépidoptérologie comparée j'ai fait paraître une abondante figuration de l'Espèce, aussi bien dans ses échantillons algériens qu'espagnols; car le Leinonia Philopalus a été trouvé en Castille où il semble donner une forme géographique un peu différente de la morphe barbaresque.

Les exemplaires espagnols sont représentés sous les n°^ 4/09, 4710 et 471 1 de la PL CCCXXVII; ils proviennent de Rivas et faisaient partie de la collection Vazquez. Ils sont plus grands, de teinte plus foncée, avec l'accentuation des nervures plus prononcée. L'abdomen paraît annelé de brun et d'ocre jaune, tandis qu'il est presque unicolore chez les algériens. J'ai distingué la forme espagnole par le nom de Vazquezi, Obthr.

Toute la PL CCCXXVIII est consacrée à la figuration des spécimens algériens, sous les n"** 4712 à 4717. L'explication des Planches est imprimée à la page 21 du Vol. XI des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Je prie le Lecteur de s'y reporter. Je me suis efforcé de montrer la variation principale qui peut atteindre le Lemonia Philopalus algérien, dans la figuration qui concerne cette Espèce. Cette variation se remarque principalement aux ailes inférieures qui sont tantôt unicolores, tantôt traversées en ocre jaune clair par les nervures, sur le fond plus brun des

366 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

ailes. Les supérieures offrent généralement un point discoïdal brun cerclé d'ocre jaune. Toutefois, chez les Q, le point peut disparaître comme il est nidiqué sur la fig. 47!/.

SATURNIID^

Saturnia Atlantica, Lucas.

Le cf a été figuré pour la première fois sous le n" 4 de la PI. 3, dans V Exploration scientifique de V Algérie, pendant les années 1840, 1841, 1842 {Zoologie, IV). La figure précitée manque de moelleux; mais elle est, dans son ensemble, exacte.

Plus tard, Millière, sous les n°^ i et 2 de la PI. 120, dans V Iconographie et Description de Chenilles et Lépidoptères inédits, a très bien représenté le cf en dessus et la Q en dessous, d'après des aquarelles dues au pinceau de Eruand d'Uzelle, entomologiste bizontin qui était l'un des amis les plus chers de Millière. Le texte imprimé aux pages 187- 191 et rédigé à Besançon, en mars 1856, fut tout entier écrit de la main de Th. Bruand d'Uzelle, ainsi que Pierre Millière nous le fait connaître. Je demande au Lecteur la permission de le prier de se reporter à la notice en question.

L'Espèce est surtout répandue sur le littoral méditerranéen. J'en ai reçu plusieurs exemplaires de Bône 011 ils avaient été recueillis par feu le Docteur Vallantin; d'Aïn-Draham, en Kroumirie ; d'Alger; d'El-Aricha, près la frontière du Maroc. L'éclosion du papillon a lieu en mars, avril et mai.

On a donné des noms à plusieurs variétés de coloration. Je n'ai pas vu les spécimens d'après lesquels ont été proposées les dénominations : Nujuida, Austaut; Marocana, Austaut. Aucune figure ne semble avoir été publiée à l'appui des descriptions écrites par M. Austaut.

Dès lors, je me déclare impuissant à savoir à quel degré de variation Numida et Marocana correspondent. M. Austaut m'a

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 367

envoyé autrefois une Q Atlantïca, avec l'étiquette : « frontière du Maroc, S. W. d'El-Aricha ». Cet exemplaire appartient peutêtre à la forme qu'il a appelée Marocana; cependant il ne diffère que par une teinte générale plus obscure de la morphe normale de Bône à lacjuelle je le compare. Dès lors, la différence est trop peu sensible pour mériter d'être mise en relief par un nom spécial.

Quant à la variété Matheri, Vallantin, j'en possède le type que me donna jadis le D'" Vallantin. Il avait dédié cette variété dont tout le gïoinid coloitr est foncé, avec un reflet général rougeâtre, au Pharmacien-Major Mathcr, de Djidjelli qui lui avait envoyé le cocon. Je fais représenter dans cet ouvrage le spécimen typicuni de la variété Matlicri, de façon à en assurer la connaissance exacte.

La Saturnia Allaniïca a été mariée à la Sahimia Pyri et des produits hybrides ont été obtenus. Ils ont été nommés Allant pyri par Niepelt. J'en possède une paire que me procura l'Oberleutnant Grosse, jadis en garnison à Pilsen (Bohême). — Où est-il aujourd'hui?

Saturnia Pyri, Huebner.

Je possède un cf que M. Austaut m'a envoyé comme pris à Oudjda, frontière du Maroc. Cet échantillon ne paraît pas différer des formes obscures que le géant de nos papillons palaéarctiques présente souvent au sud de l'Europe, notamment en Andalousie. J'ai reçu d'Ain-Draham, en Kroumirie, une Q extrêmement petite, de taille inférieure aux exemplaires normaux de Pavonia. Cet avorton a d'ailleurs l'aile gauche inférieure un peu atrophiée; il est cependant intéressant à divers titres, et notamment comme indiquant que son Espèce habite en Tunisie, à côté àJ Atlantica

D'autre part, M. Harold Powell, \\ propos de Saturnia Pyri, mande ce qui suit :

■ < Vers la fin de juin 1907, le propriétaire d'une ferme située dans la plaine, à 13 kilomètres de Tlemccn, m'a dit avoir vu,

368 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

sur ses amandiers, de très grandes chenilles vertes. J'ai prié cette personne de vouloir bien récolter quelques-unes de ces chenilles, lors de la prochaine visite qu'il ferait à sa ferme et de me les envoyer à Sebdou par le courrier. J'ai en effet reçu les chenilles qu'il a bien voulu m'expédier, le 28 juin; c'étaient des Satitrnïa Pyri, me paraissant parfaitement conformes à celles que j'ai souvent élevées à Hyères; trois des chenilles avaient déjà la teinte roussâtre, sur le dorsum, qui indique qu'elles sont prêtes à se mettre en cocon; les cinq autres étaient bien avancées dans le dernier stade, mais elles avaient souffert plus ou moins du voyage dans la petite boîte où elles avaient été enfermées.

De toutes ces chenilles, une seule a réussi à former un parfait cocon ; les autres ont filé de la soie un peu partout, et, finalement, se sont desséchées au fond de leur cage. »

DREPANID^

Drepana Binaria, Hufn.

L'Espèce, très jolie et variable, n'est point rare à Rennes où elle peut encore être capturée en assez grand nombre aux triages de Saint-Hélier, en la gare des chemins de fer de l'Etat. Les papillons, surtout en ces dernières années, plutôt que maintenant (*), y arrivaient en abondance, attirés par l'éclat des lumières.

Ma collection contient en outre des exemplaires provenant de la Sarthe, d'Eure-et-Loir, des Basses-Alpes, des Alpes-Maritimes, du Var, des Bouches-du-Rhône, de l'Hérault, des Pyrénées-

(*) Il se passe aux triages de Saint-Hélier un fait qui a été déjà maintes fois observé ailleurs. Les papillons sont arrivés en masse lorsque l'éclairage intense a commencé à fonctionner; puis ils se sont raréfiés graduellement. Le nombre des papillons d'Espèces variées cju'on pouvait recueillir, certaines nuits, à la gare de Rennes était donc énorme, il v a peu d'années; maintenant la quantité en a considérablement diminué.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 369

Orientales, d'Angleterre, d'Allemagne, de Sicile, de Tunisie et d'Algérie.

Dans les environs d'Aïn-Draham, de Lambèse, de Sebdou, de Géryville et d'Aflou, on trouve au printemps et en été la variété de Binaria connue sous le nom de Uncinula, Borkausen. Chez cette variété, le dessus des ailes supérieures est d'un gris violacé très soyeux et très délicat. La chenille, le cocon, la chrysalide et l'imago Q de Uncimda ont été représentés par P. Millière, sous les n'"' I à 5 de la PI. 124, dans V Iconographie et Description des Chenilles et Papillons inédits. l,a variété Uncinula n'habite pas que l'Algérie; c'est elle qu'on observe en Provence, en Sicilei, c'est-à-dire dans les régions méridionales de l'Europe. Mais il existe dans le Sud-Oranais et même à Lambèse une forme entièrement grise qui paraît être l'exagération de Uncimda et qui, ;i ma connaissance du moins, n'a pas encore été rencontrée dans l'Europe méridionale.

Cette morphe dont les quatre ailes — les inférieures aussi bien que les supérieures — sont d'un gris uniforme en dessus et en dessous, est représentée dans ma collection par onze exemplaires très caractérisés; elle se relie par des transitions insensibles à la variété Uncinula dont les ailes inférieures offrent un groiind colour jaunâtre, principalement vers le bord costal.

Le D"" E. Strand, dans Les M acr olépido ptcr es de la région paléarctique, i^" partie, Vol. II, décrit cette variété grise de Uncimda, avec le nom de Oranaria, transformé en Oramda sur la PI. 23, ligne i. Je publie, dans le présent ouvrage, la figuration de trois cf algériens de Binaria : 1° Oranaria, Strand, d'Aflou (septembre 191 1); 2" transition entre Oranaria et Uncimda, de Tinthemam, région de Lambèse (printemps 1913); 3° Uncimda, Bork., de Tinthemam (printemps 191 3).

La Ç), en Algérie, peut avoir le gronnd colour entièrement jaune, même sans reflet violacé, ainsi que Strand l'a fait représenter dans la ligne i de la PI. 23 de l'ouvrage de Seitz précité. Elle peut aussi être grise, comme le cf Oranaria; cependant avec les ailes inférieures plus pâles que les supérieures.

370 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Pour faciliter la comparaison immédiate des formes algériennes : Oranaria et Unciniila, de Bïnaria, avec la morphe normale française de la même Espèce, je publie, à côté des figures précitées, la représentation d'un Bïnaria c? éclos à Rennes, le 5 avril 1885, d'une chrysalide obtenue à Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales).

La chrysalide en question repose sur une feuille de chêne, sous un cocon de fine soie blanche qui achève de l'envelopper. J'ajoute la figuration d'un autre cf capturé aux lampes électriques de la gare de Rennes, pendant l'été 191 2. Cet exemplaire est conforme à la forme britannique ordinaire de Bïnaria. De cette façon, on peut voir l'échelle de variation de Drepana Binaria, envisagée depuis la Bretagne armoricaine jusqu'au Sud-Oranais et aux montagnes de l'Aurès.

Cilix Spinula, Esper.

Espèce répandue sur un immense territoire, depuis l'Angleterre jusqu'à la Tunisie^ et l'Asie-Mincure. Assez variable pour la taille et l'accentuation dés dessins et maculatures sur les ailes ; en général, ayant, dans le sud, une tendance à l'oblitération des dessins bruns qui semblent toujours mieux indiqués dans les régions boréales.

Le matériel de comparaison dont je dispose est fourni par 122 exemplaires provenant d'Angleterre, de Wurtemberg (ex collect. Kuwert), des environs de Rennes, de Cancalc, de la Sarthe, de la région autour de Paris, de Lectoure (Gers), de l'Ariège, des Pyrénées-Orientales, du Var, des Basses-Alpes, des Alpes-Maritimes, de la Corse, de l'Italie centrale, de la Sicile, de Bilbao, de Sebdou (Prov. d'Oran), de Aïn-Draham (Tunisie), de Constantinople, de Crimée, d'Akbès, de Transcaucasie.

A Tâ-tsien-lou, il y a une grande forme, avec l'apex des ailes supérieiires noirci, les taches brunes du centre des supérieures très développées, et une ponctuation centrale noirâtre pour clore la cellule des inférieures ; tous ces caractères existant en dessus.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 371

comme en dessous. J'ai désigné cette morphe i^ou Espèce distincte ?) par le nom de Tatsienliiïca et je la fais représenter dans le présent ouvrage, en même temps que deux exemplaires d'Aïn- Draham, l'un très peu maculé et l'autre plus fortement, et un autre d'Akbès, appartenant à la variété Asiatica, Bang-Haas.

En effet, dans l'ouvrage du Profess. Dr. Adalbert Seitz, intitulé : Les MacroUpido-ptcres du Globe, Part. I, Vol. II, le Dr. E. Strand décrit (p. 204) avec le nom àWsiatica, Bang-Haas, d'après des exemplaires d'Asie-Mineure, la forme qui a les ailes antérieures presque entièrement blanches, ne portant cju'une petite tache triangulaire brune dans l'aire médiane sur le bord interne. La collection Seitz, ajoute Strand, contient un exemplaire de Ain-Draham, en Tunisie. Cette forme Asïatïca se trouve non seulement à Akbès, mais en Tunisie, en Sicile, dans les Pyrénées- Orientales, en Corse, c'est-à-dire dans tout l'habitat méridional de C'iUx S-pinida. A Akbès, le fond des ailes est d'un blanc crème, par conséquent un peu plus jaunâtre que dans les autres contrées. Strand ne fait pas remarquer cette particularité.

Jusqu'à présent, je crois que deux Espèces seulement de Drepanïdes ont été observées en Barbarie. Les côtes méditerranéennes d'Afrique ne sont donc pas habitées par un grand nombre d'Espèces de papillons de cette intéressante famille dont les imagos ont un aspect de Géomètre, tandis que les chenilles se rapprochent des queues- fourchues ou Dicramira (Notodonlidœ). Mais, en revanche, les frontières orientales du Thibet, dans le Su-tchouen, nourrissent une assez grande quantité d'Espèces remarquables de Drefanidœ. J'ouvre ici une parenthèse et sortant de la faune barbaresque, je ne résiste pas à la tentation de faire connaître quelques remarquables Espèces encore inédites, au moyen de figures, sans lesquelles toute description serait inintelligible et ne ferait qu'ajouter un élément de confusion à l'inextricable désordre dont les diagnoses, sans illustration explicative, ont déjà fait souffrir la Nomenclature :

3/2 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

DREPANID^ DES FRONTIERES THIBETAINES

Drepana Bouvieri, Obthr.

Je dédie cette grande et belle Drepana, dont je ne possède qu'un seul cf pris en IQIO, par les chasseurs indigènes de Tâtsien-lou, à M. Bouvier, membre de l'Institut, Professeur d'Entomologie au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

Le fond des ailes est presque hyalm, semé d'une foule de traits et d'ombres d'un brun roux. La falcature des ailes supérieures est très aiguë. De l'extrémité apicale desdites ailes part une ligne épaisse d'un brun noirâtre, extérieurement bordée de blanc grisâtre, descendant jusqu'au bord interne des inférieures. Cette ligne est droite aux supérieures, sinueuse aux inférieures. Dans la partie intérieure de cette ligne, un lavis noirâtre est étendu sur une portion des ailes. On remarque un point clair à l'extrémité de la cellule, au milieu du lavis noirâtre. L'espace basilaire des supérieures est traversé, du bord costal au bord interne, par deux lignes rousses très ondulées; l'extérieure de ces lignes se prolonge aux inférieures et limite le lavis noirâtre. La frange est d'un brun roux; elle semble épaissie par un liséré marginal noirâtre. Le corps est d'un brun noirâtre, avec le collier et les épaulettes d'une teinte plus claire ; l'extrémité de l'abdomen est d'un blanc grisâtre. Les antennes sont finement pectinées et d'un fauve clair. Le dessous des ailes reproduit le dessus; les pattes sont d'un brun clair.

Drepana Robusta, Obthr.

J'ai reçu de Tâ-tsien-lou douze exemplaires des deux sexes.

Le fond des ailes est brun avec un reflet soyeux; l'extrémité apicale des supérieures est proéminente et forme une saillie arrondie suivie d'une inflexion qui précède le renflement du milieu du bord des ailes. L'aspect général est robuste, un peu

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 3/3

épais; la dimension des ailes est d'environ 45 millimètres, mesurée d'un bout des ailes antérieures à l'autre bout.

Les supérieures sont traversées presque depuis l'extrémité apicale jusqu'au bord interne, par une ligne d'un brun foncé, légèrement arquée, liée près de l'apex à un trait en forme d'accent grave, partant de la côte.

Au-dessous de cet accent, le long du bord costal, se trouvent, comme accrochés, deux autres accents. Un trait courbe, très fin, brun foncé, décrit un arc du bord costal au bord interne dans l'espace basilaire; les supérieures sont traversées par un grand nombre de traits courts, fins, d'un brun vif qui se détachent sur le groitnd coloitr plus clair.

Aux ailes inférieures, une ligne fine, d'un brun foncé, part du bord costal pour aboutir au bord anal ; son parcours n'est pas absolument parallèle au bord marginal.

Le dessous des ailes est d'un brun plus clair et plus jaunâtre que le dessus, avec des traits fins, décrivant un mouvement de courbe à peu près parallèlement au bord marginal. On distingue sur chaque aile un point noir discoïdal très fin. Les antennes sont filiformes, très fines, brunes.

Drepana Agna, Obthr.

Je possède 3 exemplaires : 2 O* et une Q. Je fais figurer la Q capturée à Siao-lou en 1896.

Le fond des ailes, chez les deux sexes, est d'un brun grisâtre uni; la falcature des supérieures est assez prononcée; la taille varie assez sensiblement, de 25 à 35 millimètres, si l'on mesure les ailes supérieures étendues d'une extrémité à l'autre. Les ailes sont traversées par deux lignes droites, d'un brun rouge vif, qui partent du bord costal des supérieures pour aboutir au bord anal des inférieures. Entre ces deux lignes se trouve un trait en forme de V qui clôt l'espace cellulaire.

Le long du bord marginal des supérieures, entre la ligne droite qui descend du bord subapical et la frange, on distingue une

374 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

série de points noirs très fins. Le bord marginal est limité par un double liséré extrêmement fin; le bord costal et l'extrémité apicale des supérieures sont obscurcis par un liséré brun foncé, épais. Le dessous est plus clair que le dessus des ailes ; le bord costal est orangé; on distingue la ligne submarginale transparaissant du dessus et les traits discoïdaux. Les antennes du d* sont pectinées; celles de la Q sont filiformes.

Drepana Opalescens, Obthr.

J'ai reçu un O* de Tien-tsuen et une Q de Siao-lou.

Expansion des ailes de l'extrémité d'une aile supérieure à l'autre extrémité : 23 millimètres (cf); 30 millimètres (q).

Fond des ailes supérieures, en dessus, d'un gris lilas légèrement opalescent ; apex des supérieures proéminent, semblant un bec, dont la saillie se trouve accentuée par le creux formé audessous de l'apex, dans le bord terminal. Les ailes supérieures sont traversées par deux lignes droites d'un brun rougeâtre, extérieurement éclairées de jaunâtre pour la ligne submarginalc; au contraire, intérieurement soulignées d'une éclaircie analogue pour la ligne subbasilaire. Cette dernière ligne est surmontée à son origine, au bord costal, par une tache triangulaire d'un noir vif; une autre tache semblable est contiguë au bord costal, presque entre les deux lignes, cependant un peu plus près de la submarginale. L'extrémité du bord costal, la saillie apicale en forme de bec et le bord terminal sont lisérés de brun foncé vif.

Le thorax est de la couleur des ailes supérieures, tandis que l'abdomen est de la teinte jaune nankin uni des inférieures. Celles-ci ont le bord terminal liséré de brun lilas, ainsi qUc l'angle anal. On perçoit un rudiment linéaire, près du bord anal.

Le dessous des quatre ailes est d'un jaune d'ocre un peu doré, avec trace de la ligne subbasilaire; une ombre formée d'atomes d'un brun violacé se remarque le long du bord costal des quatre ailes et l'extrémité apicale, ainsi que le bord terminal des supérieures, sont colorés de brun lilas.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 3/5

Le dessous du corps et les pattes sont de la couleur jaune des ailes. Les antennes du cT sont finement pectinées; celles de la Q sont filiformes.

Drepana Ocellata, Obthr.

Siao-lou; je possède une seule Q.

Expansion des ailes : 28 millimètres.

Fond des supérieures gris soyeux ; apex proéminent, mais pas autant que chez Agna et Opalcscens; les ailes supérieures, en dessus, sont traversées par deux lignes d'un brun rougeâtre, fines, assez droites, surtout la subbasilaire. Entre la ligne submarginale et le bord terminal se développe une ligne blanchâtre. Ces trois lignes, les deux brunes et la blanchâtre, descendent du bord costal au bord interne. Entre les deux lignes brunes, on distingue trois ocelles blanchâtres, petits, nets, de forme ronde ou ovale, situés à l'extrémité cellulaire. En outre, il y a deux ombres noirâtres près du bord costal, l'une tout près et en deçà de la ligne subbasilaire; l'autre comme formée de deux petits traits sagittés, entre les deux lignes brunes. T^es ailes inférieures sont d'un jaune pâle, traversées par les lignes qui sont la continuation de celles qu'on observe aux supérieures. Mais, sur les inférieures, les lignes en question semblent oblitérées au voisinage du bord costal. Près de l'angle anal, il y a un semis d'atomes d'un gris lilas.

Le thorax et l'abdomen sont de la couleur des ailes supérieures.

Le dessous des ailes est d'un jaune doré clair; il y a une ombre formée d'atomes gris lilas dans l'espace basilaire; on voit une trace des deux lignes subtermina les ; l'extrémité apicale est teintée de brun lilas foncé. Les pattes sont fines et jaunâtres; le dessous du corps est d'un gris ocracé clair.

Drepana Pulvis, Obthr.

Je ne possède qu'une Q venant de Siao-lou. Très voisine de la précédente, mais bien distincte spécifiquement ; un peu plus petite; même couleur, même aspect général;

376 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

la f alcature des ailes supérieures moins aiguë et moins prononcée ; la ligne subbasilaire, aux supérieures, blanchâtre et non brune, ondulée et non droite; la ligne brune submarginale extérieurement éclairée de blanchâtre et la ligne blanche submarginale soulignée d'une ombre brunâtre. Deux éclaircies costales blanchâtres et une ombre costale, gris noirâtre, entre les deux.

Aux inférieures, quatre lignes d'un brun clair, la première et la troisième courtes et assez vagues; la seconde et la quatrième plus nettes et plus longues. Les lignes en question partent du bord anal et s'arrêtent avant d'atteindre le bord costal.

Le dessous des ailes est d'un blanc jaunâtre soyeux, avec une ombre d'un gris brunâtre, répandue depuis la base jusqu'au milieu des supérieures; une ligne d'un gris brunâtre descend du bord costal, en faisant d'abord un petit coude, puis prend une direction assez droite jusque vers le bord anal. Sur les inférieures, cette ligne est continuée par une courbe ou même un trait angulaire, depuis le bord costal jusqu'au bord anal. Au delà de cette ligne, on en perçoit une autre, plus vague, tout près du bord terminal qui est, aux supérieures, frangé, depuis le bec apical, de brun roux pas très foncé.

MEGALOPYGIDiE

Le Genre Somabracliys dont on connaissait naguère les seules Espèces algériennes : Codeti et Arc aria ria et les deux Espèces égyptiennes : Mgrota et înfiiscata, est maintenant représenté par un grand nombre d'Espèces récemment découvertes au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Nul doute que les terres barbaresques et l'Egypte, depuis l'Océan Atlantique jusqu'au Mont Sinaï, et peut-être plus loin vers la Palestine et la Syrie, ne nourrissent une quantité relativement considérable d'Espèces de Soinabrachys encore inconnues.

Mais la confusion est facile dans la détermination des Sonia-

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE - 377

brachys pris au vol, c'est-à-dire recueillis à l'état parfait, sans que les premiers états soient connus.

En effet, les imagines des diverses Espèces ont un aspect très analogue; les ailes paraissent privées de tout dessin; elles sont presque toutes uniformément d'une couleur ocreuse, comme le sable du désert africain. La nervulation, les antennes, le corps, les pattes, la dimension des ailes peuvent fournir quelques caractères spécifiques, mais généralement peu saillants. Au contrau'C, l'état larvaire fournit les plus intéressantes révélations. Bien que les chenilles soient presque polyphages et puissent se nourrir, quelle que soit l'Espèce, indifféremment, des plantes les plus variées, elles présentent, pour chaque unité spécifique, des caractères semblant très constants et très certains.

M. Harold Powell a soigneusement étudié beaucoup de Soniabrachys algériens à l'état vivant; il a élevé séparément les chenilles de diverses Espèces qu'il a rencontrées; il a noté les différentes phases de leur vie larvaire, a tenu à part les chrysalides et, lors de l'éclosion, il a pourvu à l'exacte référence des chenilles préalablement décrites, dessinées ou soufflées et des papillons qui en résultaient. Dans les Etudes de Lépidoptérolo gic comparée, les aquarelles, très artistiquement coloriées par M. Powell, ont été reproduites par M. Culot, qui a reçu également pour la figuration, des chenilles envoyées d'Algérie, vivantes ou conservées dans l'alcool.

Une première documentation a donc été ainsi obtenue au cours des explorations effectuées par M. Powell, tant dans l'ouest que dans l'est de l'Algérie.

Cependant nous ne sommes pas encore parvenus à connaître, dans l'intégralité de leur vie évolutive, toutes les Espèces de Sojiiabraihys jusqu'ici rencontrées en Barbarie. Tantôt, ce sont des chenilles d'Espèces spéciales et distinctes qui n'ont pas donné leur imago; dès lors les unités spécifiques qu'elles représentent, attendent, pour être identifiées, le complément nécessaire (]ui est l'insecte parfait. Tantôt, ce sont les papillons seulement qui ont été capturés, — et encore d'un seul sexe, — de sorte que

3/8 ■ LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

la biologie de l'Espèce n'est qu'ébauchée et devra être ultérieurement complétée.

De tout cela, il résulte que la question des Soviabracliys est bien loin d'être épuisée. Les éclaircissements définitifs se feront sans doute espérer longtemps encore. Cependant il faut coordonner les travaux déjà publiés; il importe de corriger au plus tôt les erreurs commises et dont il a été possible de se rendre compte jusqu'ici ; de plus, il est nécessaire d'établir un point de départ aussi clair et aussi sincère que possible.

Ce travail deviendra alors la base des progrès réservés à l'avenir pour la connaissance des Espèces de Somabrachys que nous sommes parvenus à découvrir jusqu'à présent, sans toutefois posséder dans sa plénitude leur biologie. Ce sera aussi le moyen, pour les futurs explorateurs, d'apprécier la réalité de leurs découvertes dans les Espèces du Genre Somabrachys^ où il reste, certainement, de nombreuses nouveautés à trouver et à décrire, ainsi que je l'expose plus haut.

J'ai donc prié M. Harold Powell, pendant son séjour à Rennes, où sont soigneusement conservés les nombreux échantillons de Somabrachys que lui-même a, pour la plupart, capturés ou obtenus d'éclosion, de procéder à la révision critique des Espèces présentement connues de ce Genre africain.

C'est son ouvrage qui est présenté dans ce Volume. 11 est indispensable, pour donner la lumière dans toute la mesure où c'est possible, d'ajouter aux obscr\'ations biologiques et aux descriptions, une figuration suffisamment abondante et d'une rigoureuse exactitude.

Au texte écrit par M. Powell s'adjoindra donc l'iconographie exécutée par AI. Culot. Je suis heureux de trouver pour mon œuvre lépidoptérologique des collaborateurs aussi dévoués et dont le talent et la probité scientifique sont si hautement et justement appréciés par tous les Entomologistes.

Rennes, septembre 1916.

Charles OberthÛR.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

En supplément à ce qui a déjà paru dans les Etudes de Lépidoptérologie comparée. Vol. V, i""- partie, p. 228-250, il sera utile d'ajouter les renseignements suivants, relatifs au Genre Somabrachys :

Chez les Somabrachys, la tête de l'imago est pourvue d'un appareil corné, placé entre les yeux, qui, par sa forme et sa consistance, est très voisin de celui porté par les Chondrostega (Fig. i); cet appareil est relativement moins bien développé chez les Soniabrachys que chez les Chondrostega et la pièce que j'ai appelée « la cuiller )> est très réduite; elle est représentée par une lame à 2 pointes, souvent peu développée, derrière laquelle les poils poussent en touffe serrée.

I.' appareil corné me semble mieux développé dans les petites Espèces que dans les grandes,

et il est nlus anoa- '^'-'*^ ^^ Somuhruchnii HoîH. 9 vue de face poiii- iiK'nUcr 11- ^ ^ ^ canthus ou appareil corné. — Agrandi.

rcnt chez les Q que

chez les cf parce que ces derniers ont la tête plus densémcnt et

plus longuement poilue que les Q (Fig. 2).

Dans les deux sexes, l'extrémité postérieure du tibia de la patte antérieure est munie, par devant, d'une forte épine recourbée, la pointe obliquant en dedans et son extrémité dépassant le tibia, en arrière; cette épine est probablement utilisée au moment de la sortie du cocon et de terre; il me semble que son fonctionnement doit se trouver quelque peu entravé par le tibia.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Tctc de S. l'iiirrll/ vue de piufil pcnir iiioii* n-i le pinli (lu canthus. — A-riandi.

Le fémur de cette même patte est fort et renflé; il est garni intérieurement de poils bruns, serrés et appliqués. Les antennes cf ont, en moyenne, environ 2/3 de la longueur de l'aile supérieure;

elles sont pectinées; celles de la Ç) sont très courtes, dentées et ciliées ; chez les cf, la tête, le thorax et les pattes sont bien fournis de poils soyeux, assez longs ; l'abdomen, aussi, chez les exemplaires frais, est couvert de poils longs et soyeux, mais ces poils se détachent facilement et le papillon vivant ne tarde pas à les perdre plus ou moins complètement. Les Q ont la tête poilue, mais moins densément que les cf ; leur thorax est peu fourni de poils et ceux-ci sont plus courts que chez les cf ; les pattes sont poilues ; la surface ventrale portant d'assez longs poils bruns, tandis que la surface dorsale des segments abdominaux est marquée de bandes transversales brun roussâtre, garnies de poils courts ; alternant avec les bandes brunes, on voit d'autres, plus claires, même blanchâtres, non poilues; une bande foncée occupe la partie centrale de chaque segment, tandis que la bande claire représente le tissu intersegmental, plus fin et plus délicat; après la ponte, l'abdomen se trouve énormément

Patte antérieure droite, dépourvue de ses poils, d'un Snmabrachi/s (Cadet i cf); fémur et crochet tibial vus de face.

— A agrandi.

Patte antérieure droite du même papillon ; fé mur et crochet tibial vus de côté. — Aajrandi.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

Patte antérieure gauche,

avec ses poils,

lie Homahrnchyx Corleti cf.

— Agrandi

réduit et le tissu intersegm entai n'est plus visible alors. Le dernier segment du corps de la Q est entouré d'une forte bague chitineuse, brun foncé, à surface inégale mais brillante; cette bague, qui encadre les organes génitaux, porte des crins courts.

Les yeux sont nus et le spiritrompe manque chez les deux sexes ; les ailes inférieures du çf ne sont pas pourvues de frein. Les chenilles possèdent un curieux instrument qui a été découvert par le D"" Jordan; c'est un peigne à quatre dents assez longues, placé sous la plaque anale et dont la fonction est d'achever l'expulsion des excréments. Par leurs imagines, leurs chrysalides, la façon de pondre et, jusqu'à un certain point, par leurs cocons, les Soniabrachys semblent être proches parents des Chondrostega ; leurs œufs et leurs chenilles rappellent plutôt, pour la forme, les Zygœnidœ. Lorsqu'cn février et mars 191 1, je rédigeais mes notes sur les Soniabrachys des environs de Géryville {Etudes de Lépïdoptérologie comparée, Vol. V, i""" Partie, p. 227- 282), j'ai été amené, à la suite de la connaissance que j'avais acquise en 1910 des chenilles de cinq Espèces de Géryville, à classer ces Espèces en deux sections, divisées ellesmêmes en groupes, d'après les caractères larvaires observés. Les caractères larvaires sont d'ailleurs d'une grande importance, dans ce genre, pour la classification, et ils me paraissent plus stables que ceux de l'insecte parfait. Depuis 1910, j'ai eu, plusieurs fois, l'occasion d'élever des chenilles de Soniabrachys en Algérie, et je n'ai pas trouvé, chez les nouvelles chenilles examinées, de caractères nécessitant un remaniement du premier groupement ; les chenilles des Espèces, déjà élevées à Géryville, que j'ai

Tête et première patte,

côté droit (la patte

gauche a été supprimée)

d'un Somfihrnrhi/x çf

(Codeti). — Agrandi.

382 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

retrouvées à Aflou, étaient parfaitement reconnaissables ; celles rencontrées, en 191 2 et en 191 3, dans la région de Djebel Aurès (Constantine) appartenaient nettement à l'un ou à l'autre des groupes A et B et ne faisaient qu'augmenter le nombre de formes ou d'Espèces de ces groupes.

La première des deux grandes sections entre lesquelles se trouvent réparties les chenilles de Somabrachys est celle comprenant les chenilles qui portent des fentes verticales (ou faux stigmates) sur les sept premiers segments abdominaux seulement; la seconde section réunit les chenilles munies de huit de ces fentes (huit de chaque côté, bien entendu), la fente supplémentaire étant placée sur le huitième segment abdominal. Les chenilles de la première section, que j'ai rencontrées jusqu'à présent, appartiennent toutes aux petites Espèces, tandis que la seconde section comprend les Espèces plus grandes et plus robustes. Le caractère distinctif — la présence ou l'absence, suivant le cas, d'un faux stigmate sur le huitième segment abdominal — paraît stable; je puis affirmer que je n'ai jamais vu une chenille de S. Adherbal ou de S. Manastabal possédant un faux stigmate sur le huitième segment abdominal, pas plus qu'une chenille de Codeti ou d' Albinervis dépourvue du faux stigmate supplémentaire, sauf dans le cas où la suppression d'un ou de plusieurs de ces organes avait été occasionnée, très clairement, par une blessure ancienne ou récente. Cependant M. Chrétien a observé que, chez les chenilles qu'il a élevées d'une ponte de Somabrachys à lui envoyée par M. Olivier, de Bône, le nombre de faux stigmates n'était pas toujours uniforme. M. Chrétien écrit, à la page 456 du Vol. 1899 des Annales de la Soc. Ent. de France, au sujet des faux stigmates : <( il y en a quelquefois plus de sept. Je n'en ai jamais vu sur les i" et 2'' segments, mais parfois le 10^ et le ir en portent aussi. Une chenille même en avait sept d'un côté et huit de l'autre! »

Les cas d'exception à la règle générale notés par M. Chrétien doivent être fort rares, puisque je n'ai pas rencontré de ces sujets anormaux jusqu'ici, malgré le nombre de chenilles que j'ai exa-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 383

minées. Je ne trouve pas que ces exceptions invalident ma séparation des chenilles de Somabrachys en deux grandes divisions, suivant le nombre normal de faux stigmates. L'Espèce i^Arcanaria MilL), élevée par M. Chrétien, fait partie de la première section; sa chenille possède, normalement, un faux stigmate (de chaque côté) sur chacun des sept premiers segments abdominaux ; deux chenilles, l'une étiquetée « Gastrofacha (?) ^grota, Klug. Bône (^Olivier), reçue de P. Chrétien )>, et jxjrtant une seconde étiquette (( Arcanaria, Mill. Lépïd. compar., V, PL C )>, et l'autre possédant trois étiquettes libellées respectivement : « Bône », « Aigrota ab ovo 5.94 » et <( Arcanaria Mill. Lépid. compar., V, PI. C », se trouvent dans la collection de M. Charles Oberthiir; ces chenilles portent, en effet, le faux stigmate sur les sept premiers segments abdojninaiix ; il n'y en a pas la moindre trace sur le huitième.

La chenille figurée sous le n" 2 de la PI. 8 du Vol. LXVIII (1899) des Annales de la Soc. Eut. de France montre les faux stigmates ainsi placés; on n'en trouve jamais, d'après mes observations, sur les trois premiers segments du corps autrement dits : les segments thoraciques. A ce propos, il est nécessaire de dire ici, que, sur la PL XXI du Vol. III des Etudes de Lépidoptérologie comparée, la chenille présentée de côté, sous le n** 94, porte à tort un faux stigmate sur le second et sur le troisième segments thoraciques; cette chenille, maintenant soufflée, se trouve dans la collection de M. Oberthiir; d'autre part, la chenille n° 95 de la même planche est dessinée "avec une fente ou faux stigmate sur lo huitième segment abdominal; ceci est, également, contraire ;i la vérité; la chenille n'avait pas de fente sur ce segment. Ces deux erreurs, dues à un manque d'attention quant à la position exacte des fentes, sont les miennes, les figures ayant été faites en 1908 d'après mes aquarelles. Deux autres corrections s'imposent; il s'agit maintenant de la PL LXXXIV du Vol. V, partie I des Etudes de Lépidoptérologie comparée : iMa chenille figurée sous le n° 794 {Albinervis) est représentée avec les fentes ou faux stigmates dans le pli intersegmental; ses fentes

384 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

devraient se trouver près du milieu du segment et la dernière sur le huitième de l'abdomen; 2° la figure n" 800 de la chenille à'' Ad lier bal ne devrait montrer la fente que sur les sept premiers segments abdominaux; c'est à tort qu'une fente a été représentée sur deux des segments thoraciques. Cette fois, la faute n'est pas la mienne, mais il faut dire que ces deux dessins ont été faits d'après des individus conservés dans l'alcool et considérablement ridés et rétrécis, de sorte que la détermination de la position et du nombre exact de faux stigmates était difficile.

Je me suis rendu compte que l'organe en forme de fente verticale, qui se trouve sur la plupart des segments abdominaux des chenilles des Somabrachys, au-dessus du stigmate, est un réceptacle à poils extrêmement fins, de couleur brun foncé. M. P. Chrétien avait déjà observé cet organe et reconnu la nature de son contenu; ses notes à ce sujet se trouvent dans son article « Histoire Naturelle de Brachysoma Codeti » (^= Arcanaria MilL), paru dans les Annales de la Société Entomologique de France, année 1899; mais, lorsqu'en 1910 et 191 1, j'étudiais la vie évolutive de certaines Espèces du Genre Somabrachys, je n'avais pas encore connaissance du travail de M. Chrétien et je n'étais pas fixé sur la nature du contenu de la fente ou faux stigmate; je me demandais à quoi cet organe pouvait bien servir; chez l'individu vivant, les poils tiennent mieux que chez les sujets soufflés examinés plus tard et, à cause de leur finesse et de la densité de la touffe, je ne les avais pas remarqués, croyant que l'intérieur de la fente était coloré en noir, tandis qu'en réalité ce sont les poils qui noircissent la cavité; il est facile, d'ailleurs, chez la chenille soufflée, de vider les fentes avec la pointe d'une épingle; la fente, ainsi dépourvue de ses poils, n'est pas très profonde; c'est une cavité de forme ovale allongée, à bords assez saillants, l'intérieur étant de couleur blanchâtre ou jaunâtre. Le vrai stigmate est également garni intérieurement de poils semblables à' ceux de la fente verticale.

A la page 456 du Vol. 1899 des Annales de la Soc. En/, de France, M. Chrétien écrit, en note, au sujet de ces poils spéciaux

et de leur réceptacle que lui, le premier, a remar(]ués : <( Ces singuliers faux stigmates que la chenille de Br Codetï est seule, je crois, à posséder, ne semblent pas lui être d'une grande utilité protectrice. Les poils qu'ils renferment ne sont pas urticants. Je m'en suis assuré sur moi-même. »

Me rappelant les souffrances que j'éprouvais chaque fois que je touchais aux chenilles et surtout aux cocons des Somabrachys, j'étais persuadé que les chenilles possédaient des poils irritants; mais comme l'irritation avait pu être causée par les crins portés par les verrues et non pas par les poils spéciaux garnissant les fentes verticales et les vrais stigmates, je me suis décidé de faire une nouvelle expérience. J'ai donc pris, aujourd'hui, une chenille soufflée de Somabrachys Khenchelœ et, avec la pointe d'une épingle, j'ai enlevé, avec précaution, une partie des poils garnissant une des fentes. J'ai placé ces poils sur mon avant-bras gauche et j'ai frotté très légèrement; cinq minutes après, une dizaine de boutons blancs et durs avaient apparu sous la peau, devenue rouge tout autour ; une forte démangeaison accompagnait cette éruption; l'enflure s'est étendue un peu ensuite; les boutons, en augmentant de dimension, se réunissaient pour former des plaques blanches, dures ; une heure après, au moment où j'écris ces lignes, la démangeaison et l'inflammation persistent.

J'ai donc acquis la certitude que les poils contenus dans les faux stigmates de la chenille de S. Khenchelœ sont urticants; il en est, en toute probabilité, de même pour les autres Espèces dont j'ai ressenti les effets irritants. Je pense que les poils des chenilles élevées par M. Chrétien devaient, eux aussi, posséder la propriété urticante, mais il est très possible que sa peau soit moins sensible à l'action de ces poils spéciaux que la mienne; j'ai remarqué, en effet, que certaines personnes, notamment celles qui sont brunes, ne ressentent que peu la démangeaison provoquée par la manipulation des nids de la chenille de V Euproctis Chrysorrhœa, tandis que d'autres en souffrent énormément.

Je ne crois pas que les chenilles du Genre Somabrachys perdent beaucoup, pendant leur vie à l'air libre, les poils spéciaux con-

tenus par les faux et les vrais stigmates ; ces organes en sont encore très bien garnis au moment où la chenille atteint son complet développement, mais, ainsi que je l'ai déjà dit à la page 236 du Vol. V, i"' partie, des Etudes de Lépidoptérologie comparée, les fentes verticales (ou faux stigmates) ne se remarquent presque plus chez la chenille qu'on a extrait de son cocon; d'après M. Chrétien, les poils qu'ils contiennent seraient éliminés par le frottement de la peau contre l'orifice du cocon; ils rentreraient ensuite dans la composition de l'opercule destiné à fermer le cocon. A la page 237 du Vol. V de l'ouvrage précité, j'ai dit que le dôme — ou opercule — est composé du même matériel que le reste du cocon, chez les Somabrachys, tout en reconnaissant qu'il est un peu moins épais; ceci ne concorde pas tout à fait avec les constatations de M. Chrétien, qui a trouvé que l'opercule ne contenait pas de parcelles terreuses. Il est vrai que ses notes concernent une Espèce dont je n'ai pas eu l'occasion de voir un cocon et qui peut différer, pour ce caractère, de celles que je connais. Lorsque j'ai écrit, en février et mars 191 1, mon article sur les Sumabmchys, j'avais déjà examiné un bon nombre de cocons appartenant à plusieurs Espèces du Genre; j'en ai examiné d'autres depuis cela, et il m'a toujours semblé que le matériel dont était composé l'opercule était pareil à celui du corps du cocon, moins la pellicule extérieure ; intérieurement, c'est la mince pellicule semblable à de la baudruche, mais très cassante; ensuite vient la croûte formée de particules de terre ou de sable auxquelles se trouvent mélangés quelques crins provenant des tubercules, ainsi qu'une partie, au moins, des poils urticants spéciaux aux faux stigmates et aux stigmates, le tout faiblement agglutiné. Seulement, l'enveloppe pelliculaire extérieure du corps du cocon ne s'étend pas sur l'opercule, autour duquel elle forme un petit rebord; il en résulte que l'opercule en est d'autant moins épais et que la pellicule, un peu brillante, faisant défaut, la surface extérieure de l'opercule reste mate et feutrée, ainsi que l'a observé M. Chrétien ; ce feutrage superficiel, très mince, est, en effet, presque sans mélange de terre et de

LÉPIDOPTÉROLOGIE COA'IPARÉE 38/

sable, mais, au-dessous, on trouve bien le sable agglutiné ; le feutrage superficiel est composé surtout de soie brune et de poils urticants.

Révision du Genre SOMABRACHYS

et groupement des Espèces d'après les caractères

larvaires et imaginaux connus.

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