‹ Études de linguistique et d'ethnographieChapitre 5 sur 32 · VU · texte numérisé non relu

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Nous avons à nous occuper à présent des idiomes parlé^ dans TAfrique septentrionale.

La linguistique comprend, sous le nom de langîiesfçhamitiques, trois groupes d'idiomes, dont l'un a totalement disparu aujourd'hui, et dont des deux autres ont encore conservé, en Afrique, quelques représentants. Au premier appartenait l'ancien égyptien et son descendant le copte, qui fut remplacé par l'arabe.

Un second groupe de langues khamitiques comprend actuellement les langues auxquelles on donne le nom d'e7/iiojnennes. On en compte six : le somâli, parlé dans la région en forme de coin qui s'étend au sud du détroit de 6ab-el- Mandeb; le galla, plus à l'ouest dans l'intérieur des terres; le hedja, parlé par les Hadendoas ; le saho ; le dankâli ; enfin Yagaou, dans l'Abyssinie occidentale.

Le troisième groupe peut recevoir d'une façon générale le nom de berbère. Il représente l'ancien libyen qui s'étendait au nord de l'Afrique, à l'ouest de l'égyptien. Le libyen actuel, le berbère (pour l'appeler comme on le fait d'habitude), ne possède pas un nom commun s'appliquant à ses différents dialectes. Les noms de kabile et de tamachek sont des noms particuliers à telle ou telle tribu. On compte en Algérie de huit à neuf cent mille Berbères, ou plutôt de huit à neuf cent mille individus parlant les différents dialectes berbères. Nombre de véritables Libyens ont en effet désap-

pris leur langue et se serrent uniquement de Tarabe. Entre Arabes et Berbères la distinction est grande. On sait à quel point les premiers sont réfractaires à notre civilisation, tandis que Ton peut trouver dans les seconds d^utiles auxiliaires pour le développement de notre colonisation algérienne. Près des deux tiers des Berbères algériens se rencontrent dans le département d'Oran.

Les Berbères occupent en outre toute la partie méridionale du Maroc, de la Tunisie et de Tripoli, et dans Tintérieur du continent africain leurs différents dialectes avoisinent plusieurs langues des Nègres. Mais la linlite de leur extension vers le sud est, comme on le conçoit sans peine, difficile à déterminer.

Beaucoup de mots arabes se sont glissés dans certains dialectes berbères. Ceux-ci d'ailleurs ont perdu toute espèce d'écriture propre, sauf le dialecte tamachek. L'écriture de ce dernier est difficile à lire; elle ne marque point les voyelles, elle ne sépare point les mots les uns des autres. En fait, il faut pour déchiffrer un texte tamachek connaître auparavant la langue elle-même.

Il n'est plus permis de douter aujourd'hui des liens de parenté qui unissent les langues khamitiques aux langues sémitiques. La différence du berbère et de l'arabe est sans doute considérable ; à première vue, ces deux idiomes parais, dent tout à fait étrangers l'un à l'autre, et toute espèce de conversation est certainement impossible entre un Kabyle et un Arabe qui ne connaissent chacun que leur langue maternelle.

La linguistique, toutefois, a établi d'une façon formelle que le système des langues khamitiques et celui des langues sémitiques ont une origine commune. Cette communauté d'origine se décèle non-seulement par un certain fonds du lexique, mais avant tout par la grammaire, par le procédé de formation des mots^^Nous ne savons où l'idiome com-

mun sémito-kha mi tique a été parlé, mais nous savons qu^il a existé. Nous savons également que sa séparation en deux branches distinctes remonte à une époque qu*aucune chronologie ne peut déterminer. Les langues i^mitiques ont fort peu varié durant toute leur période historique : ce fait nous dit assez quelle date lointaine nous devons assigner à leur séparation d'avec les langues khamitiques. Ces deux groupes se sont formés évidemment dans une période où leur langue commune était encore peu développée. En somme, la grammaire du Berbère est beaucoup moins riche que celle de TArabe.

. VIIÏ.

Une partie de TAfrique, enfin, est occupée par des idiomes sémitiques, dont Varabe est le représentant le plus important sous tous les rapports.

Après avoir passé par Tétat de langues agglutinantes, les langues sémitiques (arabe, hébreu, syriaque, etc.) se sont élevées, comme les langues indo-européennes, à la condition de langues à flexion. La flexion, c'est: la possibililé pour une racine d'exprimer, en se modifiant elle-même, une certaine modification du sens. Invariable dans les langues agglutinantes, la racine peut être variable dans les langues à flexion. Nous n'insisterons pas davantage sur un fait d'ordre aussi spécial et qui ne pourrait être examiné de près que dans une étude plus particulièrement grammaticale.

Après s'être substitué, en Asie, à plusieurs de ses congénères, l'arabe envahit l'Afrique du nord-est. Il fit bientôt passer le copte (descendant de l'égyptien ancien] à l'état de langue purement littéraire, et se répandit sur une grande partie du territoire où était parlé le berbère. Il le supplanta presque partout le long des côtes de la Méditerranée; près de la mer, on ne trouve plus guère le berbère, en Algérie, que de Dellys à Bougie et entre Tenès et Cherchel.

Dans Tarabe littéraire, il ne saurait être question de dialectes; mais il n^en est pas de même pour Tarabe Vulgaire; on en compte, chez lui, quatre principaux : ceux d'Arabie, de Syrie, d'Egypte, de Barbarie, dont les trois premiers son t très-peu éloignés les uns des autres.

 côté de Tarabe proprement dit il existe un rameau sémitique qui s'en rapproche considérablement : c'est le groupe des langues sémitiques de l'Arabie méridionale et de l'Abyssinie. Dans le sud de l'Arabie, c'est-à-dire en Asie, ce groupe est représenté aujourd'hui par l'ehkili. Les Sémites de l'Arabie du sud connurent et colonisèrent de bonne heure la côte africaine de la mci: Rouge. Ils y portèrent l'idiome « ghez » qui n'est plus aujourd'hui qu'une langue liturgique. Vers le quatrième siècle de notre ère, le christianisme pénétra en Abyssinie, et ses livres sacrés y furent traduits en ghez. Aujourd'hui, à côté de cet idiome littéraire, on trouve comime langues courantes, comme langues populaires et parlées : Yamfiarique, dans l'Abyssinie du sud-ouest; le tigf*é, au nord; le harari, au sud-est. Tous sont parents du ghez, tous sonl des idiomes essentiellement sémitiques.

L'Abyssinie est relativement peu civilisée, et il se peut que ses idiomes propres disparaissent un jour devant l'arabe. La cause en aura été, sans nul doute, à l'influence néfaste que les jésuites exercèrent dans cette contrée lorsqu'ils tentèrent de s'y implanter. Là, comme ailleurs, ils no furent poursuivis que trop tard.

Nous voici au terme d'un bien rapide examen. Ce ne sont que les grandes lignes d'une ethnographie linguistique africaine que nous avons pu tracer. Il nous reste pour conclure à réiâumer cet exposé déjà si succinct.

En premier lieu/ nous constatons que presque tous les

idiomes africains appartiennent à la catégorie des langues agglutinantes : idiomes des Bochimans, des Hottentots, du système bantou,des Nègres guinéens, des Pouls, des Nubiens, de Madagascar. Mais nous constatons également que, bien qu^appartenant par la structure de leurs mots à cette même catégorie, ces idiomes sontessentiellement distincts les uns des autres (sauf peut-être la langue des Bochimans et celle des Hottentots), en un mot, qu'ils ont chacun une origine indépendante. Nous relevons également ce fait que Ton trouve parmi eux les différentes formes de Tagglutination ; agglutination par préfixes (système bantou], agglutination par suffixes (langues des Nègres], agglutination par préfixes, suffixes et infixes (malgache).

Nous constatons ensuite la multiplicité des idiomes des Nègres guinéens et leur distinction totale d'avec les langues du système bantou (zoulou, congo, etc.).

Enfin nous relevons ce fait important, au point de vue anthropologique, de la présence antique des Berbères sur le littoral méditerranéen,. et nous apprenons une fois de plus, en voyant la langue arabe s'imposer à des milliers d'individus d'origine libyenne, que la langue, dans les époques historiques de l'humanité, n'est plus un caractère de race.

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