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ÉTUDES X>S LITT

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sans doute à la composition de ses plus anciennes pièces : Périetès, la Peine d'Amour perdue, les trois parties de Benti VI, et tes deux Gentilshommes de Vérone.

On remarque, en effet, un rapport, une affinité entre ces premiers drames et les poèmes de Shakspeare, poiir remploi fréquent de la rime et pour certaines formes de style. Le poème A' Adonis respire cette afféterie voluptueuse, ces grâces maniérées qui dans Roméo et Juliette se mêlent encore à une passion ravissante. On y sent l'inspiration de Fairfax et de Spenser, et un effort souvent habile pour transporter dans une langue du Nord quelque chose de la douceur et du charme de la langue italienne. Le poème du Ravissement de Lucrèce, sftns être moins mêlé de faux goût, marque un progrès de force et de gravité dans le langage ; et il est à remarquer que ces deux ouvrages furent les premiers titres de la gloire naissante de Shakspeare. A cette époque, et longt^nps après, Shakspeare, dans la liberté d'une vie obscure, livré sans doute aux goûts de son ftge et de sa profession, répandit souvent les sentiments de son cœur dans des Sonnets recueillis plus tard, mais qui dès lors étdent fort lus et fort admirés des sociétés du temps, n essayait cette forme poétique sur Theureux modèle que lord Surrey avait emprunté naguère à Tltalie.

Il faut lire ces sonnets, pour juger Tart savant de langage que Shakspeare mêlait à sa rudesse. Le plus grand nombre est adressé à lord Southampton. Ce jeune seigneur, à peine âgé de vingt-trois ans, et célèbre par ses

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grâces chevaleresques, comme plus tard il le fut par son courage et sa fidélité à l'infortuné comte d'Essex, était alors exposé à la tendresse jalouse ou au caprice impérieux d'Elisabeth, qui lui interdisait la main de miss Tarnon, belle et noble Anglaise dont 11 était aimé. Il semble que Shakspeare, protégé par lord Southampton, n'était pas teulement pour lui Un chantre reconnaissant, un admirateur idolâtre, mais qu'avec ce langage de tendresse mystique alors autorisée, il entra dans les secrets du cœulr de son jeune patron, en le pressant de se marier au nom de la gloire de sa maison ^ et par les douces images de la famille et de la paternité. Southampton suivit ce conseil que lui donnait son amour. Il épousa miss Vamon, au prix de quelques mois de prison qu'Elisabeth irritée fit subir aux deux amants. Nulle allusion à cette disgrâce dans les vers de Shakspeare ; mais il continua ses sonnets au jeune lord, sur un ton de tendresse humble et passionnée, quelquefois si étrange, qu'on a cru y reconnaître l'expression d'un amour mystérieux pour Elisabeth, cachée sous le nom de Southampton. Cette supposition de commentateur

^ « Who leis so fair a house fall to decay,

Which husbandry in honoi* ihîght uphoïd, Âgainst the étormy gusts of Wiater*s day.

And barren rage of death*s Eteraal cold ?

You had a father : let your son say so. »

Sonnet un.

que tant de choses démentent, et qui s'accorde si mal avec la prison du jeune lord à cette époque, n'est nullement nécessaire pour expliquer l'exagération sentimentale du poëte : c'était une imitation de Pétrarque, une élégance platonique empruntée à Fltalie, un langage convenu, auquel seulement Shakspeare a mêlé parfois des traits de sensibilité profonde et des retours mélancoliques sur lui-même. On voit que la plupart de ces sonnets se rapportent aux premiers temps de sa carrière, lorsqu'il luttait contre le malheur et l'humiliation de son état. C'est ainsi que s'adressant à Southampton il lui dit en vers élégants :

<« Comme un père décrépit * prend plaisir à voir son « enfant agile faire des actions de jeune homme, ainsi M moi, rendu boiteux par l'opiniâtre rancune du sort, « je tire ma consolation de ton mérite et de ta constance.

' « As a décrépit falher takes delight

To see his active child do deeds of youth, So I, made lame by fortune's dearest spile, Take aH my comfort of Ihy worth and tnith ; For whether beauty, birth, or wealth, or wit, Or any of thèse ail, or ail, or more, EnUtled in Ihy parts do crowned sit, I make my love engrafted to tbis store :

So then I am not lame, poor, nor despis!d, Whilst that this shadow doth such substance give, That I in ihy abondance am sufïic'd, And by a part of ail ihy glory live. »

Sonnet xxxvii.

«< Beauté , naissance, richesse, esprit, que chacune de «i ces choses, ou que toutes ensemble, et plus encore, u forment ton attribut et soient couronnées en toi ! J'at- « tache et je greffe mon amour sur ce trésor ; et alors Je « ne suis plus estropié, pauvre, ni méprisé. L'illusion « me donne une telle réalité, que dans ta richesse je « trouve ce qui me suffit, et que d'une part de ta gloire « je vis. >»

Un mot pris à la lettre, dans ces vers, a fait croire que le poëte était boiteux, et se plaignait d'une infirmité naturelle ajoutée pour lui aux maux de la fortune et de l'opinion. Mais un autre passage peu remarqué de ces mêmes sonnets ramène encore la même expression dans un sens évidemment figuré. « Dis que tu m'as aban- (« donné pour quelques fautes, écrit-il à son ami ^; et i< j'appuierai moi-même le reproche. Parle de mon infir- « mité; -et aussitôt je boiterai, n'ayant pas de défense u contre tes raisons. »

Shakspeare trouvait dans le jeune lord non-seulement une protection libérale, mais des conseils utiles à son talent. «-Sois, lui dit-il, fier de mes écrits *; ils sont

« Say that thou didst forsake me for some fatilt, And I wiU comment upon that offence :

Speak of my lameness, and I straight wiH hait, Against thy reasons making no defence. )•

Sonnet u :xix.

« Yet be most proud of that which I compile, Whose influence is Ihine, and born of Ihee;

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« inspirés sous ton influence, ils sont nés de toi. Dans « les ouvrages des autres tu corriges le style seulement; « et leur art est embelli par tes grâces; mais tu es mon « art, à moi ; et tu élèves ma rude ignorance aussi haut «( que le pourrait la science. » Cette amitié si tendre n'était pourtant pas sans orages. Quelquefois le poète se plaignait de YoviA\ de son noble patron ; quelquefois il craignait de mériter sa disgrâce par des torts de conduite, dont il semble rougir. D parle de h longue histoire de ses fautes cachées ; mais ce qui semble lui peser davantage, c'est sa profession même : « Oh ! pour mon « honneur, dit-il, reproche? h la fortune, cette déité cou- « pable de mes méfait^ S de n'avoir pas pourvu à ma M vie par quelque chose de meilleur que le métier pu- « bUç qui entretient la porruption publique. Pe là vient u que mon nom reçoit une marque flétrissante. De là

In others' works thou dost but mçnd tbç styltt.

And arts with tby sweet ^acea gr^cçd bç :

But thou art aU my art, and dost advance

As high as learning my rude ignorance. »

Sonnet lzxvhi.

' « for my sake do you with fortune chide,

The guilty goddess of my harwful deeds,

That did nqt better for my life prpvide

Than public meaiu», which public mamifsrs breedi*

Thence cornes it that my name reçoives 9 br^nd ;

An4 almost thence my nature is subdu'd

To what it worics in. »

Sonnet cxi,

SHAK8PEABB. 231

« ma nature est presque rabaissée au niveau de la tâche « où elle est mise. »

Ce retour humiliant sur lui-même n'est pas un jeu de poète, et paraît avoir tourmenté son ftme : c'est pour remercier Famitié ou Tamour de l'avoir défendu contre le découragement de la honte, qu'il trouve les exprès» sions les plus tendres et les plus heureuses. «Votre « amour et votre pitié S dit-il quelque part, effacent « la marque qu'une calomnie vulgaire avait empreinte « sur mon front, etc., etc. Vous êtes mon univers; et je « ne dois attendre que de votre bouche ma condamna- « tion ou ma louange. >» Le même sentiment lui inspire ce sonnet charmant : « Lorsqu'en disgrâce avec la fortune et les hommes ',

* « Your love and pity doth the imprefli ioa 611 vrbich vulgar scandai, stamp'd upQn my brow;

You are my all-the-wôrld, and I must strive

To know my shames and praises from your longue.»

Sonnet cm.

c When in diigraee with fortune and men's eyes I ail alqne beweep my outcast state, And trouble deaf heaven with my bootless cries, And look upoQ myself, ai|d curse my fate, WishiQg ine like to one n^orç ricb in hope, Featur'4 Uke bim, like bim with friends po^SQSi^'d, Desiring this man's art, and that man's scope; Yet in thèse tbougbts ipyself almost de^pisipg, Haply I tbink on the0, — and tben my state ( Like to the lark at break of day arising

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« tout seul je pleure sur ma condition de banni, que « j'importune le ciel de mes cris inutiles, que je me rea garde moi-même et maudis ma destinée, souhaitant u de ressembler à quelqu'un plus riche en espérances, u d'être beau comme lui, comme lui pourvu d'amis, M enviant l'adresse de celui-ci, le succès de celui-là, « parmi ces pensées me méprisant presque moi-même, « par bonheur je songe à toi; et alors, comme l'alouette, « qui, au premier éclat du jour, s'élance du sol grossier « de la terre, mon sort relevé monte en chantant vers les « portes du ciel : car le souvenir de ton doux amour « m'apporte de tels biens, que je dédaigne alors de « changer ma fortune contre celle des rois. ^

Du reste, dans ce recueil, curieuse mais obscure confession de Shakspeare, on surprend bien peu de chose de sa vie. D gémit parfois de son exil ; mais il ne dit rien de sa famille ou de son pays. U pleure quelque part de précieux amis, cachés dans la nuit interminable de la mort *■ ; mais il n'en nomme aucun : il rougit de sa profession d'acteur, mais il ne parle d'aucune de ses pièces de théâtre. Ce n'est pas qu'il paraisse toujours

From sullen earth) sings hyinns at heaven's gâte : For thy sweet love remember'd, such wealth brings, Tbat then I scorn to change my state with kings. »

Sonnet xxix.

> « Then can I drown an eye, unu8*d to flow,

For precious friends hid in death*s daleless night. »

Sonnet xxx.

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ignorant ou insouciant de sa gloire, comme on Ta cru. Dans un de ses premiers sonnets, il disait tristement à Southampton : u Si tu survis au jour heureux pour H moi où la mort couvrira mes os de poussière, et que « par hasard tu regardes encore une fois ces pauvres « vers incorrects de ton^ami défunt, compare-les avec « les meilleurs du temps ; et, bien qu'ils soient surpassés « par tout le monde, garde-les, à cause de ma tendresse « et non de leur mérite. » Mais plus tard il compte sur la gloire, et la promet. « Votre nom recevra d'ici une « immortelle vie S dit-il au courtisan d'Elisabeth. Vous « aurez pour monument ma douce poésie, que liront « des yeux qui ne sont pas encore ; et des voix à naître « rediront, d'après moi, votre existence, quand tous vos « frères de ce siècle seront morts. »

Au milieu de cet orgueil et de ce beau langage, le poëte revient sur les soupçons ou les reproches dont sa vie est l'objet. Alors lui échappent quelques expressions amères , bien différentes de la parure poétique habituelle h ses sonnets. « Mieux vaut*, dit-il , être vil que réputé

c Your Dame from hence immortal life shaU hâve , Though I, once gone to^ ail the world must die :

Your monument sball be my genUe veràe, Which eyes not yet created shall o'er-read ; And longues to be, your being sball rebearse, When ail tbe breatbers of tbis world are dead. »

Sonnet lxxxi.

« 'Tis bélier to be vile, Ihan vile esleem'd^

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a vil , recevant le reproche d'être ce qu'on n'est pas, etc. u Pourquoi les yeux faux et menteurs d'autrui signale- <c raient-ils lesî écarts de mon sang trop vif? Pourquoi « mes fragilité^ ont-elles des espions plus fragiles eux- ('. mêmes , qui , dans leurs dires , racontent comme mau- « vais ce que je crois bon? Non , je suis ce qpe je suis ; « et que ceux qui tirent sur mes fautes conipteat Içs « leurs. Je puis être droit, quoiqu'ils soient eux-mêmçs « crochus ; ce n'est pas dans leurs mauvaises pensées u qu'on doit chercher mes actions. »

Quel que fût ce bl&me , rejeté avec tant d'énergie , on peut croire que la vie de Shakspeare devait êCre celle d'un comédien, dans les mœurs de ce temps, obscure et libre, se dédonmiageant de Tanathème par les plaisirs.

Un poète anglais qui, né daus le siècle suivant, put recueillir quelques souvenirs traditionnels de Shakspeare, a dit qu'il fut fort estimé de son temps , et que son exce3sive candeur, son bon naturel avaient dû cer-

When not to be receives reproach of being;

For wliy sUouId otiiers' false adullerate eyes Give salutation to my sportive blood?

Or on my frailties why are fraUer spies, Which in their wills count bad wb^t I think good ? No;^I am that I am ; and tbey that level Ât my abuses, reckon up tbeir own :

I may be straight, though they themselves be bevel ; By their rank thoughts my deeds must not be shown. »

Sonnet cxxi.

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tainement porter la plus aimable moitié de Tespèce humaine à Taimer, comme la force de son esprit obligeait les hommes les plus savants à Tadmirer. Les sonnets de Shakspeare confirment ce témoignage. « L'amour est <( mon péché 'y >» dit -il quelque part, comme aurait pu dire Molière ; et , à côté d'un portrait de femme , délicat et charmant, il fait dans quelques vers de tels reproches à celle qu'il aime , qu'on doit supposer que , s'il obtint quelques faveurs de grande dame , il eut à rougir de plus d'un choix indigne de lui. Ainsi coulèrent ses jours, presque ignorés , laissant après eux des monuments immortels.

Chaque année , Shakspeare donnait une ou deux pièces de théâtre. Sans pouvoir en assigner la date précise , on est à peu près d'accord 3ur Tordre dans lequel elles se succédèrent ; et cet ordre indique un progrès de génie , depuis Périclès , où il ,n'y a guère qu'une belle scène , jusqu'à Macbeth, Othello, la Tempête. Quelques-uns de ses ouvrages, Roméo et Juliette, Hamlet, les Commues de Windsor, ont été remaniés à deux reprises par lui , et augmentés presque du double. Il ne s'est conservé que peu de souvenirs de son jeu théâtral. Son chefd'œuvre, dit-on , était le rôle du spectre dans Hamlet; et encore un pamphlet du temps se moque de sa voix, et compare au cri d'une marchande d'huîtres son cri sé-

« Love is my sin.... »

Sonnet cxlh.

236 shâkspeâre.

paierai , Vengeance ! Hamlet ! Il jouait aussi , dans sa jolie pièce Comme il vous plaira, le rôle du vieil Adam. Il remplissait sans doute beaucoup d'autres rôles du répertoire de ce temps. Ce n'est pas aujouisd'hui une curiosité sans intérêt que de voir, sur les listes d'acteurs qui précèdent de vieilles éditions de drames anglais, le grand nom de Shakspeare figurer modestement parmi tant de noms obscurs , en tête d'un ouvrage oublié.

Shakspeare eut des rivaux ; et , indépendanunent de cette confusion que fait souvent le suffrage contemporain entre des talents fort inégaux , quelques-uns de ces prétendus émules de Shakspeare, qui se produisirent avec une ardeur sans relâche pendant un demi-siècle, n'étaient pas sans génie , au milieu de leur élégance affectée ou de leur verve barbare. Fletcher, le plus poétique de tous; Beaumont, son associé dans quelques ouvrages ; l'ingénieux et facile Massinger ; le pédantesque et pourtant inventif Ben Johnson; Webster, peintre énergique de révoltantes horreurs ; Ford, qui a eu quelques grands traits de terreur tragique ; Chapman, le traducteur d'Homère et l'auteur énergique d'une tragédie des Guises; Midleton, Decker, et surtout Heywood, qui, dans sa facilité vraiment espagnole , avait fait, en tout ou en partie , deux cent quarante pièces de théâtre , où se trouvent éparses quelques scènes d'un pathétique admirable ; voilà sans doute la preuve d'un singulier mouvement dramatique , excité par Shakspeare , et dont il profita.

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A cette liste pourraient s'ajouter encore plusieui^ noms , et entre autres celui de John Marston , auteur de quelques pièces dont Shakspeare ne dédaigna pas d'être Féditeur, lui qui négligeait de publier ses propres ou« vrages.

Retenu à Londres par son état de comédien et d'au* teur^ Shakspeare ne perdait pas cependant tout souvenir de sa ville natale, tout soin de la jeune famille qu'il avait si promptement quittée. Chaque année , dit-on , et c'est un des rares détails donnés sur lui par ses contemporains , il allait , dans la belle saison , passer quelque temps à Stratford , près de sa femme, de ses enfants et de son vieux père. Il avait été rejoint par un de ses frères, que son exemple sans doute entraîna vers le théâtre, et qui n'est connu que par ces mots : Edmond Shakspeare, comédien, inscrits sur le registre mortuaire de l'église de Saint-Sauveur, dans la paroisse de Southwark, où William Shakspeare était logé.

Le goût du poète pour les beautés de la nature , son impression si vive des frais paysages de l'Angleterre , indiqueraient seuls qu'il devait chercher le repos des champs. On a supposé toutefois de son temps un autre motif à ses fréquents voyages ; on a conté que, sur la route de son pays, il aimait à s'arrêter dans la ville d'Oxford, à l'auberge de la Couronne y dont l'hôtesse, remarquable par l'élégance et la beauté, devint mère du poète Davenant. Shakspeare, familier dans la maison, fut parrain de cet enfant, qui lui appartenait, dit-on, de plus

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près, et qui, dans la suites mit iin singulier amour-propre à se vanter de cette descendance. On concevra mieux, d'après cela, le zèle du royaliste Davenant pour le républicain Milton : c'était sans doute, à ses yeux, une double dette de parenté poétique.

Quoi qu'il en soit, il semble que des motifs plus sérieux conduisaient Shakspeare dans le comté de Warvvick, et que, malgré les distractions de la vie comique, il eut de bonne heure cet esprit de retour qui lui fit quitter Londres à cinquante ans, pour se retirer dans sa ville natale et dans sa famille. On le voit, dès 1597, acquérir à Stratford une grande maison qu'il fit en partie rebâtir, en la nommant New-Place. En 1602; il achète, sur la paroisse de Stratford, un lot de cent sept acres de terre qui venait rejoindre sa maison. Plus tard, il prend, pour une somme assez forte, la moitié du bail des dîmes de la même paroisse. Il possédait, en outre, plusieurs petits domaines, vergers, jardins, non-seulement à Stratford, mais à Bushaxton et à Welcombe, villages du comté de Warwick. Selon toute apparence, il avait ainsi transporté dans son pays le produit de sa fortuné théâtrale, et des libéralités qu'il avait reçues de quelques grands de la cour, et surtout de lord Southampton.

De nouveaux liens cependant semblaient fixer le poète à Londres. Sa célébrité s'était accrue. Malgré les nombreuses productions dramatiques du temps, malgré les rivalités et les critiques, son génie dominait au théâtre. On sait qu'Elisabeth s'amusa beaucoup du person-

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nage de Falstaff, dans Henri V, et qu'elle voulut que le poète le mit une troisième fois en scène dans un nouvel ouvrage. Il semble à notre délicatesse moderne que l'admiration d'Elisabeth aurait pu mieux choisir ; et celle que Shakspeare appelle la belle Vestale, couronnée par VOccident, devait trouver autre chose à louer dans le plus grand peintre des révolutions d'Angleterre. Ce qui semble plus méritoire de la part de cette princesse, c'est l'heureuse liberté que garda Shakspeare pour le choix de ses sujets. Sous le pouvoir absolu d'Elisabeth, il dispose à son gré des événements du règne de Henri YIII, retracé sa tyrannie avec une simplicité tout historique, et peint des plus touchantes couleurs les vertus et les droits de Catherine d'Aragon, chassée du trône et du lit de Henri YIH, pour faire place à la mère d'Elisabeth. Les dernières années de la reine, attristées par la vieillesse et la vengeance, la rendirent sans doute plus indiftérente aux amusements du théâtre ; mais son succès^ seur, Jacques I*', dans ses prétentions de savoir et d'esprit, se piqua de protéger l'art dramatique. Par une de ses premières ordonnances, en date du 19 mai 1603, il accorda aux comédiens du Globe, qui n'étaient jusque-là que les serviteurs du lord chambellan, le titre de Comédiens au roi, et conféra ce privilège à Laurence Fletcher et à William Shakspeare nommément. Le poète fut dès lors associé à la direction du théâtre, d'abord avec Fletcher, puis avec Richard Burbage , le célèbre acteur k ce titre , Shakspeare eut à défendre sa compagnie

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dans un procès curieux pour l'histoire des mœurs, et dont quelques détails inconnus ont été récenunent découverts parmi de vieux papiers de la chancdlerie anglaise. La corporation de la ville de Londres, de tout temps ennemie des comédiens par sévérité puritaine, voyait avec impatience que le quartier de Blaek^Friars, où était leur principal établissement, fût considéré comme hors de son enceinte , e^ soustrait à sa juridiction. Elle était surtout offensée qu'on se permit d'y jouer parfois sur la scène la gravité bourgeoise des aidermen et la vertu de leurs épouses. Ce grief d'ancienne date s'envenima; et vers 1608 le lord-maire présenta requête au chancelier pour faire cesser les immunités de Black'Friars , et ramener ce lieu privilégié sous l'autorité du Conseil commun. La ville, si sa prétention avait été reconnue , ne voulait rien moins que chasser les comédiens et supprimer le théâtre. Les comédiens ne pouvaient se sauver, qu'en prouvant par la coutume et l'usage que la juridiction réclamée ne s'était jamais étendue sur Black-Friars.

Burbage et Shakspeare parurent à cet effet devant lord EUesmere, l'ancien garde des sceaux d'Elisabeth, resté chancelier de Jacques IL Ils se présentèrent à lui avec une lettre de recommandation, dont le langage et la signature en initiales semblent indiquer la main de Southampton. Après quelques mots de politesse familière, l'auteur de cette lettre prie le chancelier d'être, autant qu'il le peut, bon aux pauvres comédiens de Black-

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Friars, menacés par le lord-maire et les alder^nen de Londres de la perte de leurs moyens d'existence, par la destruction de leur salle de spectacle , qui est un théâtre privé , et n'a jamais donné sujet de plainte par aucun désordre. « Les porteurs de la présente, ajoute-t-il, « sont deux des prindpaux de la compagnie. L'un est « Richard Burbage , qui invoque humblement le favo- H rable appui de votre seigneurie. Il est homme célèbre, « notre Roscius anglais, et celui qui sait le plus admi- « rablement adapter l'action aux paroles et les paroles « à l'action S etc. L'autre est un homme non moins « digne de faveur et mon ami particulier', en dernier « lieu acteur fort compté dans sa compagnie , dont il est « aujourd'hui sociétaire , et auteur de quelques-unes « de nos meilleures pièces anglaises, de celles qui, « conune votre seigneurie ne l'ignore pas , étaient le plus « particulièrement goûtées de la reine Elisabeth , quand « la compagnie était appelée à jouer devant Sa Majesté « aux fêtes de Noël et de la Chandeleur, etc. Cet autre

I « Who suiteth the action to the word» tbe word to tbe action. •

Paroles empruntées à la tragédie d'HamZee.

' « The otlier is a man no whit less deserving fiivour, and my

• spécial friend, till of late an actor of good account in the com-

* pany y now a sharer in the same, and writer of some of our best «English plays, which as your lordship knoweth were most « singularly liked of queen Elisabeth, when the company was « called upon to perform before hcr Majesty at court at Ghristmas «and Shrovetide. » [Sew Facls regarding the Life of Shakspeare, by Payne Collier. London, 183C.)

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