‹ Études de littérature, ancienne & étrangère: ancienne & étrangèreChapitre 3 sur 25 · BT DE LA MANIÈRE DE LE TRADUIRE · texte numérisé non relu

BT DE LA MANIÈRE DE LE TRADUIRE

Hérodote, dans le second livre de son histoire , faitintervenir les prêtres d'HéliopoIis, qui lui racontent les traditions de TÉgypte; il parait prendre lui-même quelque chose de la gravité mystérieuse de ceux qu'il a consultés : « Ce quils m*ont appris, dit^il, sur les choses « divines, je n'ai pas Tintention de le publier, hormis les « noms des dieux, parce que je crois que tous les hommes » en sont également instruits. Quant à ce que je pour- « rais dire des dieux mêmes, je ne le dirai qu'entraîné « par le discours. »

Les témoins de Froissard sont moins imposants , et son récit plus familier; il vous dit : « Or advint qu'un écuyer « d'Angleterre, ayant vu le livre que j'avois présenté au M roi, imagina, comme je vis par ses paroles, que j'étois . « un historien. — Messire Jehan , avez-vous point encore « trouvé, en ce pays, et la cour du roi, qui vous ait dit « ni parlé du voyage que le roi a fait, en cette saison, en «< Irlande , et la manière conunent quatre rois dlrlande (c sont venus en obéissance du roi d'Angleterre? et je ré- « pondis, pour mieux avoir matière de parler : Nenny, tt — Et je vous le dirai, dit l'écuyer, afin que vous le « mettiez en mémoire perpétuelle, quand vous serez re- « tourné en votre pays , et que vous aurez le loisir et la « plaisance de ce faire. De cette parole, je fus tout réjoui, « et répondis : Grand merci. Lors commença le chevalier « de parler, et dit... »

Il est inutile de multiplier les exemples, pour montrer que cet enjouement de troubadour, cette insouciance

g^ie ne r^ssen^bl^ p^ s^w langage homérique de Thistofien grec. Que si Ton quitta P^oissard pour regarder i^os ^Wtve^ chroniqueurs, la différence est plus sensible encore. Preneîç les beaux récite (l'Hérodote : la mort du fils d^ Çrésus, le voyage de Solon chez le roi de Lydie, Tentrée de bercés d^n^ l& Qrèçe, la bataille de Salamine; ce sont de^ fragments d'Qomère ; Thén^istocle parle comme Acl^ille, Qqelques-unes méu^edes narrations d'Hérodote ont Tair d'une allégorie morale, plutôt que d'un récit exact. Ailleurs, quand les faits sont contés avec plus de détails, c^tte pxaptitqcl^ e^\ poétique, ces détails sont des im^gps trapées pour un peuple qui a fait ^QU éducation daus les poètes, et ne retient que les choi^es dont il est éruu. S^i)s faire tprt à la vieille Fr^pce, il faut avouer que le^ ph&telains, les clercs, les bonnes villes e^ les serfs, n'avaient pas dans leurs mœurs cet éclat de la Grèce orief^tale qui respire dans l'idiome d'Qérodote. Les deux l^Ugpes ne sont ^onc pas faites pour sa traduire réciproquement ; ce u'^st pas le même naturel, ni le même tour d'imagination. Les mots répétés dans Hérodote, les phrpes simples, I^^ maximes courtes et de morale cpnuf][)UPe , anqoupent sans doute un peuple qui n'est encore ni subl^il ni rjiéteur ; mais tput le reste annonce un peuple librP et' passionné pour les arts. Quand Pérodote écrivit, pn ^vait applaudi sur le théâtre d'Athènes les Perses d'Eschyle , cet hymne du patriotisme et de la gloire, pu la poésip prodigup ses plu^ riches couleurs* Lésâmes fle^ Grecs s'étaient élevées à cette espèce

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d'idéal poétique qu'ils portaient dans leurs actions comme dans leurs ouvrages. Il y a de grandes ebqs^s dans notre moyen ^e, mais rien de seml)lable à cela. Quelques caractères furent héroïques ; quelques arts môme furent cultivés avec un rare génie : Tarchitecture surtout Qt des choses admirables. Elle rendit, si Ton peut parler ainsi, de grandes idées avant que la parole sût les exprimer. La pensée principale de ces temps, la religion fut plus éloquente dans les monuments que dans les écrits. La construction de quelques églises gothiques est sublime de hardiesse et de majesté; mais les drames appelés mystères que Ton con^posait au même ten^ps 9Qnt pitoyables, t^es arts de Tesprit n'avaient encore aucune grandeur. Le xiv* siècle a produit f Avocat patelin^ farce admirable que Pasquier avait raison de préférer à Plante ; mais vous ne trouverez pas dans la langue de cette époque une scène grave et fpfte. Cette langue même n'avait riep de fixe et chapgeait rapidement , parce que pul type frappé au coin du génie pe restait encore dans la mépoire. Hérodote , au contraire , dans la liberté de ses expressions, parle cependant la langue d'Homère, c'està-dire, de toute une école poétique qui ayait marqué le premier âge de la civilisation grecque.

Avant lui , et jusqu'à lui , grand nombre 4'4qteurs avaient écrit l'histoire ds^ns tous les directes de la Grèpe, Eugéon de Sanios , Ëu4ème de Parps, Hécatée de Milet , Acusilaûs d'Argos, Charon de Lampsaque, Ameiesagoras de Chalcédoine.

Parmi les devanciers ou contemporains d'Hérodote , on compte encore Hellanicus de Lesbos, Damase de Sigée, Xenomède de Chio , Xantus de Lydie , et beaucoup d'autres, tous perdus pour nous. Voici Tidée que Denys d'Halicarnasse nous en donne : « Ils étaient conduits , « dil^il*, parle même dessein, dans le choix de leurs suu jets; et leur talent était à peu près semblable. Les uns « écrivirent les histoires des Grecs , les autres celles des « Barbares ; mais ils ne lièrent pas ces récits entre eux ; « ils les divisèrent par nation et par ville, et les pu- »< blièrent séparément, n'ayant qu'un seul et naême but, M de recueillir les monuments et les écritures conser- « vés par les habitants de chaque pays et de chaque cité, « soit dans les temples, soit dans les lieux profanes, et « de les porter à la connaissance publique, comme ils « les avaient trouvés, sans y rien ajouter, sans y rien ôter.

u II s'y mêlait quelques fables, auxquelles on avait foi « depuis longtemps, et quelques catastrophes de théâtre « qui paraissaient des contes puérils aux hommes de « notre siècle. Quanta la diction, elle est presque géné- « ralement la même chez tous ceux d'entre eux qui ont « adopté le même dialecte : c'est un parler clair, usuel , u simple, court, accommodé aux choses, et où Ton ne M voit paraître aucun arrangement artificiel. Une certaine « fleur de jeunesse brille sur leurs ouvrages, et une grâce « plus vive chez les uns, moindre chez les autres, mais

' Dionysii Halicamensis Opéra, t. VI.

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