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compatriote M. Garneau qui a déchiré le voile qui couvrait vos exploits! Honte à nous qui, au lieu de fouiller les anciennes chroniques si glorieuses pour notre race, nous contentions de baisser la tête sous le reproche humiliant de peuple conquis qu'on nous jetait a la face à tout propos. /,
La vie de Garneau n'offre aucun incident remarquable. Secrétaire du Conseil municipal de Québec en 1844, pendant vingt ans, il occupa cet emploi consacrant à l'histoire tous ses moments de liberté. Il mourut le 2 février 1865, usé par le travail, sans voir le-; progrès décisifs dont il fut l'instigateur.
Toute la littérature canadienne s'illumine à la clarté de cette œuvre. Semblable aux anciens hermès. cette littérature a deux faces. L'une regarde le passé, l'autre l'avenir. En considérant les traditions antiques, en rappelant le souvenir des aïeux, on donne à une nation conscience de sa valeur. Un grand peuple doit avoir une histoire, au contraire des gens heureux, et c'est dans cette histoire qu'il puise la volonté de vivre, de persévérer dans son rôle, de se développer : l'histoire évocatrice des énergies passées suscite les énergies à venir.
Aussi verrons-nous en Canada toute une lignée d'écrivains tournés vers le passé : ils appliqueront leurs soins à l'histoire, à la légende, à la poésie, à tout ce qui peut faire re\ivre l'âme nationale et la fortifier. D'autres alors, sans s'attarder à de vains scrupules d'art, à de stériles jeux de rythmes, à de subtiles controverses, que leur foi profonde déclare malsaines, montrent à leurs compatriotes le devoir
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futur : la littérature canadienne est une littérature d'action.
Telle est son essence. Si la valeur artistique vient s'y ajouter et comment, nous l'examinerons plus tard. Sans donc nous occuper encore de la forme, ici d'importance secondaire, nous nous bornons à dégager pour l'instant les directrices de l'histoire littéraire en Canada.
L'histoire était fondée. Après Garneau, devait venir l'abbé Ferland dont nous mentionnerons le rôle actif; Gérin-Lajoie, qui étudia le passage du régime colonial au régime représentatif; M. l'abbé H.-R. Casgrain qui reprit en sous-œuvre certaines parties importantes de l'édifice et nous laisse des études définitives.
Mais si les souvenirs sans cesse rappelés des luttes épiques et du passé canadien depuis Cartier jusqu'à Montcalm, depuis Montcalm jusqu'à Papineau, formaient comme une suite de récits héroïques, capables d'inspirer l'historien, la poésie, elle aussi, allait balbutier ses premiers chants, puisque ces glorieux faits d'armes pouvaient rivaliser avec les fabuleux exploits des paladins. Elle allait embellir encore les récits de l'histoire et les populariser. Elle n'avait qu'à jeter un regard sur l'admirable et changeante nature canadienne, tantôt souriante avec son tardif renouveau, tantôt splendide avec le flamboiement des érables en automne, plus souvent redoutable avec ses tempêtes de neige,