‹ Études de littérature canadienne françaiseChapitre 21 sur 52 · LES TEMPS HEROÏQUES I · texte numérisé non relu

LES TEMPS HEROÏQUES I

ses poudreries et ses embâcles, pour évoquer un admirable décor aux combats des preux.

La matière était grande et féconde. Il ne manquait plus que la forme pour chanter dignement les journées de Carillon et d'Abraham, les merveilleux spectacles du Saint-Laurent et Dieu qui protégea ses enfants dans l'épreuve et prépara des jours meilleurs. Mais la forme ne pouvait naître spontanément. La vieille technique de J.-B. Rousseau ou de Voltaire ne suffisait plus, et Hugo n'avait pas encore franchi l'Atlantique.

Le mouvement romantique se propagea bien lentement. En 1833. nous avons vu que Garneau mit cinquante jours, du 10 mai au 30 juin, pour faire la traversée. Le Canada était beaucoup plus éloigné de la France que ne l'est aujourd'hui l'Indo- Chine. «Pendant les cinquante premières années de ce siècle, disait en iSS') M. Hector Fabre, dans une conférence faite à Roubaix, les livres traversaient 1 Océan lentement, sans suite, au hasard. 11 y en avait qui ne venaient jamais, d'autres qui arrivaient bien en retard. On s'attachait naturellement aux premiers que l'on recevait, en leur attribuant une valeur qu'on ne leur accordait pas toujours en Europe. >,

Pendant ces cinquante premières années, les livres étaient donc rares et. à quelques exceptions près, les éducateurs médiocres. M. l'abbé Casgrain se souvient d'avoir dû copier au séminaire certains traités dont les exemplaires n'étaient pas assez nombreux pour que chaque élève en eit un.

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Ajoutez à cela qu'un catholicisme rigide éveillait, contre beaucoup d'ouvrages, des défiances injustifiées qui ne sont pas encore toutes évanouies. 11 fallait tout tirer de soi, refaire son éducation au sortir du collège, acquérir des idées, des connaissances et apprendre jusqu'aux règles les plus easentielles de l'art.

M. Fréchette nous écrivait dernièrement :

'< Au collège, nos leçons de littérature se réduisaient à ceci : '/ C^ela se dit-il? ou cela ne se dit-il pas? /, Le professeur demandait à l'élève : ". Avczvous lu cela quelque part? >/ Et si l'élève répond::it non, c'était une faute. Il fallait avoir lu cela quelque part. Pas dans Victor Hugo, par exemple, car alors c'était deux fautes. »

Mais plusieurs circonstances favorisèrent l'introduction du romantisme et de la poésie. Chateaubriand, avec l:s Martyrs et le Génie du Christianisme, catholiques d'étiquette sinon toujours en réalité, avec /.'.? iV^/t7/<'{, qui célébraient l'Amérique et les missionnaires, ne pouvait recevoir qu'un favorable accueil dans cette société religieuse où la paroisse, unité administrative, constituait une sorte de théocratie minuscule. La prose de Châteaubrir.n-. obtint donc tout naturellement droit de cité en Canada: la poésie suivit bientôt avec le Hugo chrétien et ro}'aliste des Odes qui devait séduire le clergé et parvenir par lui aux oreilles de la jeunesse.

Sans remonter au temps de l'occupation française où. vers 17^1, l'abbé Etienne Marchand avait pastiché h Lutrin à propos d'une querelle écclésias-

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