‹ Études de littérature canadienne françaiseChapitre 3 sur 52 · INTRODUCTION XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXIII

compris, et les Canadiens français se sont montrés dignes de les apprécier. Gérin-Lajoie en cite assez de preuves : et par ces messes qui étaient célébrées pour la santé de tel Gouverneur, on peut juger, comme de Gaspé l'a rappelé pour le temps même de Louis XV, qu'il n'existait pas de fanatisme religieux et pas même d'intolérance entre protestants et catholiques.

Comment donc la défense de la vitalité française ne se serait-elle pas associée à ce besoin d'indépendance qui ne se manifeste apparemment pas moins chez des citoyens d'origine britannique? La cause de l'indépendance de la colonie s'est liée à celle des libertés politiques. Les luttes françaises ont servi aux conquêtes canadiennes, et c'est ainsi qu'on a passé du régime colonial au régime représentatif, non sans avantage pour le gouvernement britannique lui-même. S'il avait réussi à '< achever les Français » ; qui sait s'il n'eût pas du même coup achevé sa suzeraineté, et si l'élément français absorbé ou résorbé dans la masse canadienne anglaise n'y aurait pas fait lever le séparatisme ou fermenter l'union avec les Yankees?

Qu'on se reporte dans Garneau, David et Turcotte, à cette guerre en apparence pacifique de 80 ans, après la prise de possession anglaise, quand il s'agissait d'arracher morceau par morceau les droits et les libertés. Quels drames en de simples archives! Etudiez ce gouvernement de « l'Union » entre 1840 et 1850, qui tendait à l'écrasement de la nationalité française. Il a servi à la conquête politique, à

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l'apprentissage de la vie parlementaire contre les gouverneurs, à la formation de la conscience canadienne. Telles « résolutions // ont représenté, pour nos compatriotes, nos fameuses déclarations des droits. L'éducation, l'émancipation de ce mineur, un peuple, — s'est compliquée de l'affranchissemen de cette collectivité qui entendait devenir majeure à son tour, une colonie.

Combien on félicite alors les hommes d'iîtat qui, comme lord John Russell, assignaient pour idéal à l'Angleterre d'amener les colonies à se gouverner et de " contribuer ainsi au bonheur du monde >/, — " même malgré elles, ajoutait un railleur français, et parfois d'autant mieux ». — « Tenez bon. Canadiens, s'écriait un autre; c'est ainsi que vous aurez l'estime et l'amitié anglaises, si amitié il y a en politique. »

Quel soulagement ensuite, quand on arrive au régime parlementaire en 1867, avec des hommes tels que MM. Marchand, H. Fabre, Faucher de Saint-Maurice, Provencher, Chauveau, sir Henry Joly ! On se croirait « dans un salon », où le français prend son rang. Mais grand merci aux champions populaires, aux primitifs, qui ont reçu et rendu assez de coups pour que cette politesse put naître.

Oui, le Français du Canada a bien mérité de la nation et de la confédération en faisant prévaloir la justice. Qui ne sait que les Anglais tiennent surtout compte des fait? Maiter of fact. — Pour obtenir sa place auprès d'eux, il faut prendre son volume et marquer sa résistance. C'est l'énergie et l'action qu'ils comprennent le mieux, et c'est après avoir

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senti la vigueur d'un adversaire, qu'ils sont le plus enclins à le désirer pour partenaire.

— « Soyez forts, disait un chef d'État, et l'on vous soutiendra ». — Que les Français et leurs œuvres, leur langue et leur esprit soient forts. Tout le monde en profitera, — l'ancien et le nouveau.

Ce qu'on peut souhaiter, dans cette communauté de famille entre Français d'Amérique du Nord et Français de l'Ouest de l'Europe, apparaît, certes, assez nettement pour l'intérêt des confédérations dont ils font partie. C'est tout d'abord la mise en valeur de leurs qualités natives et de leurs ressources propres. Qu'on nous pardonne de reprendre sur ce point capital une démonstration que nous voudrions décisive.

Que penserait-on d'un commerçant anglais ou américain qui contrarierait l'utilisation par ses associés français de leurs relations, de leur influence, de leur clientèle, de leurs modes de propagande, de réclame même? Pourquoi perdre les avantages de l'entreprise ? Qu'on la rompe ou qu'on la fasse prospérer. Plus on aspire à un rôle mondial, plus il faut savoir se faire tout à tous. Le vrai gouvernement consiste à servir les autres ou à les mettre en mesure de se servir eux-mêmes. L'extension des institutions et des mœurs démocratiques, l'exhaussement des

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masses humaines fait de cette vérité une condition de durée pour les litats.

Dans une partie de jeu, les deux partis ne sont-ils pas indispensables l'un à l'autre? Ne disait-on pas l'opposition, comme on disait le gouvernement de S. M. la Reine d'Angleterre, — la Reine Angleterre, plutôt ; car sous tel nom de dynastie, sous telle forme de gouvernement, c'est l'Angleterre que ses citoyens révèrent. Elle se fait honneur de comprendre l'Ecosse et l'Irlande, ses anciennes ennemies. Etant l'Empire britannique, elle doit ou\'rir les bénéfices de son exploitation agrandie à tous ceux qu'elle y a fait entrer.

Préfèrerait-on que les associés cherchassent ailleurs? Ailleurs n'est pas loin en Amérique; comptez les heures de trajet entre Montréal et Nev/-York. En Europe aussi, ailleurs n'est plus loin. La Russie, le monde slave, qu'on s'est avisé d'arrêter sur la Baltique, sur le Danube, en Orient, en Asie, en Extrême-Orient même, croit-on l'empêclier de pousser? 130 millions d'habitants obéissant au même chef blanc, un ours de cette taille ne se tue pas. Après l'avoir tant bloqué, il faudra s'accommoder avec lui.

Les jeux anglais ressemblent aux batailles. Le Français à tenu bon au Canada, comme en Europe. Qu'on l'adopte pour allié.

Il a sa langue, et il y tient. Tâchez qu'elle devienne pour lui, donc pour ^'Ous, une cause de profit. D'un obstacle faire une force, voilà qui est practical. Et ne vaut il pas encore mieux lier partie

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