‹ Études de littérature canadienne françaiseChapitre 34 sur 52 · GKUIN I,V.I()1K — DIX ANS AT CANADA I · texte numérisé non relu

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d'un homme depuis fort longtemps étranger à l'esprit de parti, et qui n'a d'autres intérêts à servir que ceux de la justice et de la vérité ». Ne l'accusons pas néanmoins de froideur. Il n'a pas oublié lés rêves généreux de son adolescence, quand il voyait, en frémissant, les exilés passer sur le grand fleuve ; mais, pareil à Crémazie qui ne voulait point se taillerdans ses malheurs un manteau d'histrion, Gérin-Lajoie laisse la parole aux faits. Il les a réunis froidement. Il a fouillé des volumes quelquefois rares ou peu accessibles, des procès-verbaux, des documents de toute espèce, dossiers, statuts, comptes rendus des Chambres canadiennes et des Chambres impériales, sans négliger les journaux et les brochures ; et tout cela lui permet d'écrire en connaissance de cause, en savant d'Europe, au lieu d'étaler cette érudition superficielle, à la yankee, dont trop d'historiens américains, et des plus illustres nous ont fourni trop d'exemples.

Mais les faits ont leur éloquence. Gérin-Lajoie décrit le mécanisme de la machine gouvernementale, mais sous cette machine il faut voir un peuple qui saigne et qui pleure, que l'on veut achever et qui se défend. Il faut se figurer, au milieu de ces Chambres et de ces Conseils, l'âme française qu'on ^•eut tuer à coup de bills, et qui ne veut pas mourir : il faut penser que les cendres de Montcalm dorment à Sainte-Ursule ; que les hommes d'alors sont les petits-fils de ceux qui tombèrent à Carillon ; il faut sentir que ce peuple agonise, mais qu'il se relèvera bientôt, ressuscité comme la fille de Jaïre, pour dé-

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fendre ses biens et ses idées contre des héritiers impatients et avides.

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