VI. Lord Cathcart
L'administration de Lord Cathcart, qui s'étend de novembre 1845 à janvier 1847, fut peu brillante. Il avait exercé jusque là les fonctions de commandant militaire, et devait à des difficultés survenues entre les Etats-Unis et l'Angleterre au sujet de l'Orégon, sa nomination au poste de Gouverneur général. Aussi, laissant à ses Conseillers exécutifs les soins du gouvernement, s'occupait-il plus de l'armée que du pouvoir civil. Un bill de milice et une loi relative aux victimes des deux incendies étaient seuls annoncés dans le discours du Trône, et le débat sur l'Adresse, très court, n'offrit pas un intérêt considérable.
A la lin de l'administration Metcalfe, le ministère, qui sentait sa faiblesse, avait tenté un rapprochement avec le parti canadien-français. M. Draper consentait à sacrifier MM. Viger et Papineau, pour les remplacer par d'autres hommes politiques de même origine, mais investis de la confiance publique. M. Caron, un des membi'esles plus influents de l'opposition, fut chargé de négocier la transac-
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tion avec M. La Fontaine. Comme ses démêlés personnels avec lord Metcalfe interdisaient à l'ancien ministre l'entrée du Conseil exécutif, on lui réservait un poste éminent dans la magistrature s'il décidait ses amis à entrer dans la combinaison. M. La Fontaine refusa, disant que si le ministère se trouvait trop faible, il n'avait qu'à démissionner, et que ces remaniements s'accordaient mal avec le gouvernement responsable. Surces entrefaites. Lord Metcalfe étant retourné en Angleterre, M. La Fontaine fut obligé par ses amis à publier la correspondance qu'il avait échangée avec M. Caron.
La sensation fut profonde. Les agissements du ministère lui enlevèrent encore de son prestige, si c'était possible, et M. Viger fut très humilié de voir le cas que l'on faisait de son concours. Quant à M. La Fontaine, il sortit de cette affaire grandi aux veux de ses compatriotes.
Tous les efforts de M. Draper tendaient à briser le parti français, et quand la session fut close, et que M. Viger eut enfin abandonné le pouvoir, de nouvelles démarches commencèrentauprès de MM. Morin et Caron. La manœuvre échoua encore. 11 se formait néanmoins à Québec un parti modéré, qui voulait faire cesser l'état de guerre, et favoriser l'accession des Canadiens-Français aii Conseil exécutit, repoussant le ". tout ou rien » de M. La Fontaine, et désirant vivre en bonne harmonie avec le Gouverneur. M. La Fontaine, heureusement, tint ferme, et ne se laissa pas entraîner par ces -r feuillants //. Il savait que l'heure du revirement finirait bien par
sonner, que la mère-patrie orienterait un jour dans un sens nouveau sa politique coloniale, et que les Robert Peel et les Charles Bagot auraient à la fin raison des Stanley, des Sydenham et des Metcalfe.
M. Chauveau continuait sa campagne dans le Courrier des Etats-Unis ; et une très belle étude, publiée le i" septembre 1846 dans le Af(9r;i/;/o-C//ronicle exposait au public de Londres la vraie situation du Canada. Le grand journal anglais résumait la politique canadienne depuis l'Union, montrait le pays doté d'un gouvernement responsable en théorie, arbitraire en pratique, et, déclarant que les Canadiens méritaient d'être bien gouvernés, blâmait implicitement la conduite de lord Metcalfe.
Tous ces indices annonçaient un changement capital, qui ne tarda pas à se produire : les craintes de guerre écartées, le ministre de Downing street venait de nommer un nouveau Gouverneur général.