‹ Études de littérature canadienne françaiseChapitre 49 sur 52 · L HONORABLE F. -G. MARCHAND · texte numérisé non relu

L HONORABLE F. -G. MARCHAND

toutes gracieuses. M. Marchand était digne de figurer dans ce Parlement... Salon.

Un jour que l'opposition allait jusqu'à l'obstruction sans cesser d'être courtoise, il s'agissait de parler le plus longtemps possible pour éterniser le débat. Parler de quoi? N'importe. Le premier sujet venu suffit. M. Marchand est chargé d'occuper la tribune. Il parle, il parle encore, il parle toujours. Le Président, excédé — car M. Marchand ne venait qu'après un nombre déjà respectable d'obstructionnistes — le Président cède son fauteuil au doyen d'âge, M. Houde. M. Marchand ne s'en aperçoit pas. Soudain, il se retourne, découvre la substitution, et, sans se déconcerter :

«Je ne croyais pas, dit le député pour Saint- Jean, je ne croyais pas, M. le speaker, avoir parlé si longtemps. Quand j'ai pris la parole, vous étiez un jeune homme à la barbe noire : j'ai maintenant devant moi un vénérable vieillard à barbe blanche. »

Le mot est joli. Il prouve que M. Marchand ne fut pas seulement un politicien, mais encore un homme d'esprit ; même arrivé au sommet de l'échelle, il se tournera parfois vers le passé, reviendra « à ses chères études », comme disait M. Thiers, et comme le rappelle M. de Celles; et il laissa d'aimables oeuvres que nous allons parcourir.

Les pièces de théâtre de M. Marchand sont au nombre de cinq : Un bonlieur en attire un mitre

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(un acte en vers); Les faux brillants (trois actes en vers); le Lauréat (opéra-comique en deux actes); Faienville (un acte en prose) et Erreur n'est pas compte (deux actes en prose.)

L'intrigue importe peu, en général. Elle est très simple. Nulle adresse de métier à la Scribe; des procédés — disons des ficelles — qui ont déjà souvent amené plus d'un dénouement. Une lettre de femme prise pour une lettre d'homme (Erreur n'est pas compte), une lettre perdue par un escroc pour inspirer confiance à sa dupe (Les faux brillants); une Bélise qui prend pour elle une déclaration destinée à sa nièce (Le Lauréat); un sot dévoilé par des relations communes (Faienville), il n'y a rien là de très révolutionnaire, et ce n'est pas la charpente des comédies de M. Marchand qui présente un attrait de nouveauté.

Il nous semble avoir subi très vivement l'influence d'Emile Augier, du moins de l'Augier première manière. Il a pu voir jouer Gahrielle, et l'Aventurière lors du voyage qu'il fit à Paris vers 1850, et dont nous reparlerons, et sans doute lui restera-t-il quelque chose de ce contact. N'y a-t-il pas dans la forme même que M. Marchand a choisie, un souvenir de la comédie en vers, qu'Emile Augier abandonna, heureusement pour sa gloire, d'assez bonne heure? L'influence du maître s'est aussi fait sentir dans le choix des sujets. On ne peut lire Un bonheur en appelle un autre sans être frappé d'une certaine analogie avec Gabrielle. Non qu'il y ait copie ou plagiat : tournure d'esprit identique, voilà

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tout. Contran se lasse du mariage. Il voulait l'impré\u, son bonheur le fait bâiller :

Le bonheur ainsi fait 'frise l'austérité

Et son calme constant manque un peu de gaîté.

Mon àme s'engourdit au sein d'un tel repos.

Quand il conçoit quelques doutes sur la fidélité de sa femme, il cesse d'appeler les orages et les éclairs, et bientôt reprend avec joie, sa vie calme sous un ciel serein. Le tout se termine par un hymne au travail, et d'excellentes résolutions.

C'est par l'oisiveté qu'on détruit les ménages. Le bonheur ne vit pas d'amour contemplatif,

Et l'orage ? — On tinit par s'en rassasier.

N'est-ce pas tout à fait la morale d'Augier, l'Augier du bon sens l'ennemi des liommes fatals, des bouches d'omhrc et àç.s forces qui vont, qui place sans cesse un idéal de vertu bourgeoise et ménagère en face des désagréables phraseurs qui remplissent les drames romantiques et se complaisent dans leur vague à l'àme?

Les Faux brillants (i) tiennent encore d'Augier,

(i) Dumont veut marier sa fille Élise au faux baron Fachino, chevalier d'industrie. Il se réjouit comme un roi du gaz d'éclairage ou des conserves alimentaires qui va donner sa fille à un lord — ou à un descendant des croisés.

... Bientôt, je serais père d'une baronne!

Voir ma fille en tout lieu mise au poste d'honneur!

Et moi, par contie-coup partager son bonheur!

Mais bien plus ! quand viendront les ennuis du vieil âge,

Avoir pour m'égajer un charmant entourage

De beaux petits barons m'appelant : Grand'papa.

Dumont déjà se forge une félicité qui le fait pleurer de tendresse.

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et, par dessus lui. de Molière. Il semble que cette comédie, qui renferme d'excellents passages et des scènes adroitement conduites, soit inspirée — de loin — par l' Aventurière. Fachino, faux baron, et Trémonsset, son compère — ô Mascarille et Jodelet, immortel duo! — nourrissent de plus sombres idées et de plus sinistres projets que leurs joyeux ancêtres. Ils sont même les lointains descendants de notre vieille connaissance Tartufe, encore que je les soupçonne de posséder par le monde un arrière-cousin, don Annibal, qui se promène avec dona Clorinde au bras, traînant sa colichemarde, et cherchant à capter les bonnes grâces d'un vieillard. La scène entre Dumont et son frère Octave n'est point sans rapports avec celle qui met aux prises Monte-Prade et Dario; enfin Jean Brunelle, le sauveteur, n'entret-il pas un peu comme Fabrice, pour faire la connaissance d'un Oscar qui pourrait s'appeler

Horace?

Oscar

... Un cousin !

Jean Bruxelle

Sans réplique...

Et de plus votre ami.

Oscar Je ne vous connais pas.

JE.AN Brunelle

Sois tranquille, mon bon, va, tu me connaîtras

Bientôt...

Oscar (offensé)

Enfin, monsieur...

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