‹ Études de littérature canadienne françaiseChapitre 5 sur 52 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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cités grecques de s'être déchirées, pour se rendre exsangues, pour demeurer de minimes expressions géographiques! Supposez la France et l'Angleterre obstinément égoïstes pour leur personnalité d'Europe; cherchez sur une carte avec un millimètre en main, ce que ces lopins de terre garderont d'importance en étendue quand le globe fourmillera d'hommes et de sociétés,

■ — « Mangez-vous donc, s'écrieraient les témoins et fmissons-en !>/ — 11 ne faut pas finir, et les hommes n'ont plus à se manger. Qu'ils s'aident à vivre et à se perpétuer en se mouvant et changeant. Les batailles grecques de rats et de grenouilles n'ont pas empêché la langue grecque de se maintenir à Rome même; elle vaut encore des pensums à nos écoliers négligents; elle s'imprime à Athènes en typographie moderne, et elle vit dans l'esprit de tous les peuples policés, soit qu'ils s'en aperçoivent ou non. Le français a l'avantage d'être bien vivant. Il peut rendre plus de services que le grec son aïeul, même en Amérique ; qu'on l'aide à rendre ces services.

Les conclusions sont simples : favoriser la floraison, la fructification française en Amérique, et fournir en Europe aux Canadiens français toute l'aide à laquelle leur origine leur donne droit.

Pour les méthodes, les moyens d'enseignement et de recherches scientifiques en usage chez nous, c'est à nos compatriotes de choisir à leur guise, selon leurs besoins et leur goût. De même pour les

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connaissances historiques, politiques, économiques, administratives, sociales.

Déjà, nos écoles, nos établissements ou institutions de belles-lettres ou de science pure, de médecine ou de pharmacie, de physique et de chimie, de mécanique, de minéralogie, d'industrie, de commerce, d'agriculture, d'économie politique, comme ceux des beaux-arts et d'arts appliqués au travail et à la production, de droit même et de jurisprudence, ne demandent qu'à s'ouvrir à nos parents redevenant des collaborateurs et des camarades.

Combien de distingués théoriciens et praticiens ont pu déjà se munir ainsi, au centre de l'Europe, pour leur carrière professionnelle! Nos cliniques publiques et particulières montrent avec quel empressement sont reçus ceux qui viennent leur demander la santé ou l'art de soigner. Nos cours, académies et ateliers de peinture, sculpture, gravure, architecture, les musées et les expositions mettent en lumière les artistes canadiens, qui s'inscrivent parmi les lauréats des premiers concours du monde.

Comptez les maîtres et docteurs qui ont passé à Paris. N'est-ce pas un Acadien français. Philippe Hébert, que l'on considère comme le chef de l'école artistique canadienne, lui qui sur six enfants compte trois parisiens? Ne sommes-nous pas fiers de voir nos traditions musicales suivies ici même par des artistes des deux sexes pour les instruments et la voix, en attendant que bientôt des compositeurs créent sur place l'Ecole canadienne française ? Notre Ecole Normale supérieure de l'enseignement des

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sciences et des lettres n'a-t-elle pas eu récemment pour pensionnaire un jeune avocat du iManitoba, devenu étudiant en littérature et en pédagogie, M. Buron, auteur d'un récit de vivant voyage en France ? Nos architectes n'ont-ils pas partagé leurs prix avec tel compatriote qui exerce maintenant dans la province de Québec?

L'Institut ne prend-il pas connaissance, comme l'Académie de Médecine et tous nos corps savants sont si bien disposés à le faire, des travaux canadiens dans le domaine des sciences morales et politiques, des inscriptions et belles-lettres, de la prose et de la poésie françaises, de l'histoire et de toutes les études ou questions ouvertes à nos Académies?

Les sociétés savantes d'ordre général ou de caractère local ne sont-elles pas animées du même esprit de famille nationale dans les départements qu'à Paris? En Normandie, en Bretagne, en Poitou, en Saintonge, les Canadiens ne sont-ils pas comme chez eux; et ne lit-on pas encore des inscriptions canadiennes en certains de nos ports?

Si l'on passait en revue toutes les écoles spéciales de divers degrés, celles qui préparent à l'exercice des professions les plus diverses, ne les reconnaîtrait-on pas toujours prêtes à s'ouvrir? Et si ce sont les méthodes, les ouvrages, les collaborateurs même, que l'on préfère nous emprunter plutôt que d'envoyer ici les compatriotes, quoi de plus simple?

Supposons qu'on se préoccupe des dangers, d'ailleurs bien exagérés, de l'isolement ou des entraînements dans la grande ville. Pourquoi ne pas

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assurer aux jeunes gens des relations et des patronages honorables et sympathiques? Pourquoi ne pas instituer des bourses de pension dans des familles et chez des professeurs, de placement et de séjour dans des institutions? Même sans capitaux importants, on pourrait réunir un groupe d'étudiants, élèves ou travailleurs, en habitation familiale où ils compléteraient par l'examen de ce qui se fait en Europe la théorie et la pratique de l'art, de la science, du droit, de la littérature. Des projets de réalisation facile et peu coûteuse ont été signalés à cet égard. Les bourses décernées aux candidats les plus méritants produiraient un heureux effet d'émulation générale et permettraient d'assurer deux ou trois ans de travail utile ici, sous des tutelles respectables, avec introduction dans les milieux les plus recommandables.

La France entretient une École de Rome et une Ecole d'Athènes. Qui empêcherait la formation, modeste d'abord et sans risque aucun, d'une École de Paris, où sans sacrifices budgétaires importants, des bourses ou pensions seraient accordées, au gré des provinces, des villes, des associations, des établissements ou groupes canadiens qui y verraient avantage?

Mêmes réflexions et mêmes conclusions seraient tout indiquées, pourfournirlesCanadiensd'ouvrages, documents et instruments, de bibliothèques, collections et musées scientifiques, artistiques, historiques, nationaux. Quel choix immense est possible pour reprendre et emporter une part des richesses françaises!

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Quand on songe à tout ce dont les matériaux abondent chez nous, on est avide pour nos compatriotes de tout ce qu'ils pourraient recueillir sans peines et sans dépenses appréciables. C'est leur dot, leur hoirie, leur avoir paternel et maternel à récupérer. Que ces archives et ces titres, ces forces et ces gloires, ces outils et ces ressources merveilleuses, offerts parle passé et le présent à l'avenir, ne soient pas perdus pour nos frères. Ils sont leur bien, comme le nôtre.

Le parler de tout le monde, la langue et la littérature. — Le bon parler français au, Canada. — Les conservatoires et les ateliers du langage en France.

Le français hors de France. — Son rôle international. — Les parlers exotiques. — • Notre idiome en Amérique. — Les patois et argots, langages bâtards ou métis de français. — La langue des lettres et de la science, du monde et de la diplomatie. — La sphère de la civilisation. — Les envolées de l'idée française. — La haute sociabilité humaine par le français.

Les branches de la littérature; leur culture au Canada.

Chants et chansons. Les rondes. — Identité populaire française des deux côtés de l'Eau. ■ — Ce qui se chante dans les deux Frances. — Les hymnes nationaux canadiens . — L'inspiration du patriotisme. — Nos contes et légendes. Adaptation à la vie canadienne. — Les fables, genre spécial.

La poésie, musiqui' littéraire. L'École française. — Réminiscences et transpositions. Originalités nées de la vie nouvelle sur le sol américain. — Les poètes doublement nationaux. Les fleurs et et les fruits que le Canada donne à la vieille France.

L'histoire de France et les histoires des Canadiens. — La formation consciente de la Nation. — Nouvelles et romans. Les débuts et l'avenir. — Théâtre. Instrument qui se prépare. Les premiers essais. Promesses certaines. — La chronique et ses habiles champions. — Place à part pour la presse et pour l'éloquence.

— En ce cas, demande le Bourgeois gentilhomme dans la pièce de Molière, si je prononce « Nicole donne-moi mon bonnet de nuit», je fais de la prose?

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Et alors, aurait-il pu ajouter, quand je m'écrie dans mon jardin : <?: Quel bon soleil! >/, je cultive la langue française; et quand j'improvise en fredonnant une chanson, je fais de la littérature?

■ — Sans doute. Le parler de tout le monde tend « tout bonnement » à traduire ce qu'on éprouve da.ns les conditions les plus simples et les plus diverses. Il s'arrange comme il peut des moyens dont il dispose.

Le langage ou la langue est une personne raisonnable et réfléchie, qui ordonne son avoir et s'assigne des règles. Elle apparaît flanquée de grammaires, syntaxes, méthodes et lexiques ou dictionnaires. Ce sont ses ateliers, ses magasins et ses arsenaux.

Quant à la littérature, quel personnage! Elle dispose de troupes disciplinées et de toutes armes, avec tous les services d'une armée, avec sa stratégie et ses codes spéciaux, avec son histoire et ses sciences ; le tout, classé et catalogué selon les phases, variations ou transformations de son existence. Car des littératures dissemblables peuvent être en concours dans le même temps, même quand leur langue est morte.

Mais, pour unevraie nation, association héréditaire d'hommes, '< tout cela se tient. >/D'un mode d'expression et d'une façon d'être à l'autre, le passage est souvent insensible. Tous les parlers ne constituent pas des langues, et toute langue n'a pas une littérature, de même que toute peuplade ne devient pas une société organisée, et toute société une nation. Mais d'un de ces états à l'autre, il n'est guère de frontières.

Ceux qui essaient de déduire ou d'établir les rè-

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gles et la théorie d'une langue, se reportent sans cesse au parler usuel et vulgaire; ceux qui parlent ou écrivent «tout bêtement» se retournent vers les savants pour savoir « si c'est bien ». Cne harengère peut être professeur de rhétorique, sans le savoir; un fiancé illettré demandera qu'on lui fasse sa lettre de cœur à la promise; un électeur naïf, — s'il en existe encore, — sera ravi d'écouter ses candidats témoigner ce qu'il pense sans le savoir.

Une Société s'est formée au Canada pour le bon parler français, et que de bien elle peut faire ! L'association nationale, d'action vraiment internationale, r Alliance française, àowtle siège central esta Paris, a pour objet de propager notre langue aux colonies et à l'étranger, ainsi que de multiplier les relations agréables et utiles entre ses adhérents, entre personnes de tous pays ayant l'usage ou le goût du français, — la sympathie au moins. Et quels services ne pourrait-on chercher en des institutions de ce genre, services à échanger d'Europe en Amérique mieux qu'entre toutes autres parties du monde?

L'Académie française, conservatoire général des lettres, avec son personnel éminent, ses œuvres et fondations multiples, sa magistrature si autorisée et tout indépendante, ne fait-elle pas accueil à tout ce qui vibre en français aux yeux et à l'oreille, prose, poésie, éloquence? Ne se fait-elle pas un honneur et une joie d'encourager, de couronner des ouvrages canadiens comme s'ils étaient nôtres; et ne le sont-ils pas par notre affection et notre admiration, comme par la communauté de filiation au regard du passé ?

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L'emblème de la tâche de ce grand cerveau dirigeant, rAcadëmie, n'est-il pas dans son dictionnaire, qui se poursuit toujours et ne s'achève jamais, Dieu merci! puisque notre langue est si vivante. Pas plus l'Institut dans son ensemble, que la grande Société des gens de lettres ou la prospère Société des artistes dramatiqjies français, tout en présidant aux destinées actuelles de notre littérature, ne peut enrégimenter ses champions, et pas plus il ne doit délimiter leur champ de travail ou fixer leurs genres de production. Car il s'agit de tous les enfants, collatéraux, alliés ou amisde l'âme française, — cette grande dame, disaiton au XVIIl" siècle, qui est aussi bien la bourgeoise du régime constitutionnel et la femme du peuple dans une démocratie; noble et forte figure, toujours mouvante, toujours allante à travers les temps et à travers le monde, s'incarnant toujours en créations nouvelles.

Les inspirations françaises ne se retrouvent pas seulement dans cette ancienne Ile de France, « le berceau, » et dans les territoires que la nature et l'histoire ont faits nôtres, soit qu'on prétende en extraire, ou non, l'Alsace-Lorraine, Car dans les parties qui ont été séparées de notre corps de nation, l'esprit français ne reste guère moins compris et aimé; témoin aussi l'Ile Maurice: témoin, la Louisiane; premiers témoins, vous-mêmes, Canadiens.

Ces inspirations apparaissent dans la Belgique et la Suisse, dont les citoyens parlant français se sentent

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avec nous en fraternité plus proche, à mesure qu'ils s'éloignent de l'Europe. Elles ont été appelées, importées en Prusse même, et elles y ont laissé plus de bienfaits que les Prussiens ne désirent en convenir.

Notre langue a été accueillie dans la société russe, comme sont soignées des plantes de serres dans des salons. Elle est chez elle dans toutes les Cours et les chancelleries, comme dans les meilleurs établissements d'enseignement et d'éducation, dans toutes les bibliothèques et les librairies. Elle a sa place dans les cabinets d'hommes de lettres, les laboratoires de savants, les ateliers d'artistes.

Et que de formes a-t-elle prises! Langue franque, dans le bassin de la Méditerranée; langage de la civilisation dans l'Afrique du Nord, parmi ces Frances trans-méditerranéennes dont Alger a été le germe; parler encore incomplet, mais déjà indéracinable, dans l'Afrique occidentale, « petit nègre, » parfois; parler créole aux Antilles, dans ces colonies qui veulent être des départements français ; cela, en attendant ce que sera le français cultivé à Madagascar et dans l'Empire d'Indo-Chine.

Prenez le encore dans le Liban, ou à Saint-Pierreet-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie ou à la Réunion ; constatez ces universelles aptitudes, cette souplesse admirable, cette netteté transparente de formes, cette adaptation rapide à tous les besoins humains comme à toutes « les façons de voir et de sentir. » Comme chacun se sent chez lui à Paris, chacun peut se sentir maître de ses idées en français, —

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