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que l'on critique: et pourtant les Canadiens seraient trop enclins à se critiquer, en leur qualité de Français.
Est-ce pour des raisons analogues, pour cause de jeunesse et d'action, qu'ils ne se piquent pas encore de se manifester et d'exceller dans le genre théâtral? Peut-être M. Paré n'avait-il pas tort de railler la théâtromanie de la France, trop explicable par notre situation dans l'histoire et en Europe. Car notre pays a été le siège de tant d'événements, de drames, tragédies et comédies ! Nous y avons joué et payé de nos personnes et de nos deniers, de nos épreuves et de nos souffrances, la grande pièce qui se déroule depuis des siècles en pays civilisés.
Mais la scène maintenant se passe dans le monde, et le jour approche peut-être où le théâtre français brillera au Canada, autrement que comme importation de choses et de gens de chez nous. N'a-t-on pas vu des essais auxquels a concouru l'auteur même de ce livre? Ne possédons-nous pas les ouvrages d'un précurseur dont nous nous félicitions tant d'être l'ami et dont la famille a en héritage le talent comme le patriotisme et la hauteur d'esprit? Qu'on en juge par les tâches que s'est assignées sa digne fille, M'"" Dandurand, tant appréciée aussi en France.
M. Marchand, l'ancien " Premier » de la province de Québec, a montré que la sagacité de l'homme d'Etat ne nuit pas à la pénétration du psychologue, pas plus que l'orateur à l'écrivain. Qu'on ne cherche pas dans ses pièces les intrigues dont la politique
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fournit souvent le spectacle, au moins dans la coulisse. Comme il avait écrit des poésies fugitives et des fables, il a mis en scène des observations et des études fines, ingénieuses, distrayantes, sans tapage dramatique. Sans inquiéter une société scrupuleuse, il a frayé la voie vers le théâtre, où s'exerce une telle puissance, où s'incarnent si passionnément les idées et se représentent les plus troublantes réalités de la vie. Sûrement, l'esprit français utilisera un jour cette puissance pour l'éducation des esprits et la culture des mœurs en Amérique. Le Nouveau-Monde est apparemment un théâtre assez vaste.
La chronique, avec sa souplesse et sa variété, ne pouvait pas laisser les Canadiens indifférents; et comment ne pas citer M. A. Buies, qu'il faudrait viser à tant d'autres titres; M. Hector Fabre, que son rôle à Paris ne nous empêche assurément pas d'envisager en sa qualité d'homme d'esprit, esprit si fin et si brillant, lettré qu'il faudrait suivre jusque dans le journalisme en ses divers genres, de même qu'il faudrait suivre sur des terrains si divers MM. Faucher de Saint-Maurice, Lusignan et Edmond Paré.
Mais nous voici aux journaux et revues, qui peuvent n'être pas abordés dans un ouvrage traitant de la littérature proprement dite. Il est permis d'y joindre le discours ou, selon le mot usuel, l'éloquence, bien que ce ne soit pas toujours syno-
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nyme, il faut ravouer. Pour tout concilier, disons « la parole. » La Parole et la Presse, les deux puissances qui gouvernent ce temps! Offrons leur place à part. Logiquement, ce serait aujourd'hui la première place.
La parole écrite. Triple organe : le Journal, la Renie, le Livre. — La presse périodique et les œuvres littéraires. L'agitation du journalisme et la poussière des bibliothèques. Culture de la langue en plein vent. — Tâche universelle du jcurnaliste. Les journaliers du travail intellectuel. Le grand mouvement quotidien.
Revues et Magazines; les magasins d'alimentation cérébrale. Les deux Frances et les deux Mondes à relier. — L'éducation générale de la famille et de la nation. — Rôle des femmes. Les intellectuelles au Canada. Vœux et hommages français.
La poussée des feuilles françaises en Amérique. Comment se compose un journal; ici et lA-bas. Les idées et les faits, le fond et la façon. Les plats anglais et la cuisine française du journalisme. Qualités de France. — Nos journaux à Montréal et à Québec, dans les villes et les régions canadiennes et américaines. Les champions français. Une langue qiti ne veut pas devenir morte. — Gratitude nationale.
La parole parlée. Les discours qui s'écrivent. L/éloquence et la littérature. — Le Français né parleur. Prestige international du beau langage. Le règne de la parlementation. — Facultés oratoires canadiennes. L'éducation du parler. La langue maternelle, mère de l'éloquence. — L'inspiration; le Verbe national. Les Gaulois artistes et professeurs de parole. L'art et la facilité. — Identité française et canadienne; eux, c'est nous . L'éloquence, c'est le pouvoir.
Il est d'usage, pour classer des articles ou des discours comme morceaux littéraires et les ranger dans cette noblesse intellectuelle qu'on intitule la littérature, d'attendre qu'après avoir été semés au vent,
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en feuilles volantes, ils aient pris corps en volume. Ce sont alors des personnages arrivés, paraît-il; garantis non pas, bien entendu, contre l'obscurité et l'oubli, mais contre ce terrible mouvement de la vie publique qui emporte tout avec une rapidité sans cesse croissante.
Pourtant, on voit des gens irrévérencieux qui aiment mieux vivre ou avoir vécu au plein air, en pleine lumière, si brièvement que ce soit, que d'être nés dans un cénacle, même littéraire, chétifs, ignorés, vieux, morts d'avance. Belle consolation de se trouver enseveli vivant dans la poudre des librairies et des bibliothèques, trop souvent semblables à des nécropoles! Que d'auteurs s'y fossilisent, dans l'attente de la résurrection qu'apportera cei ange béni, un lecteur, ouvrant le volume, peut-être par erreur.
Soyons justes, même pour les puissants du journalisme et des parlements ! Ce n'est pr.s un mince honneur, pour un éphémère humain, que de contribuer à la vie des autres et '< d'avoir son jour». Nefélicite-t-on pas quelquefois celui qui a eu « son heure »? Plus ou moins long, un instant comme un siècle, est le chemin de l'éternité, et même parfois de l'immortalité.
^ Combien d'écrits ne se feront jamais livres, qui auraient été dignes du brochage et même de la reliure! Combien de correspondances simplement manuscrites retracent les sentiments et les actes les plus « typiques » pour la vie morale et intellectuelle d'une génération et d'une époque ! Que de trésors qui ne se déposeront jamais en in-12 ou en in-octavo!
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Que d'articles sont plus lus, — ce qui est capital pour un écrit, — que les tomes les plus majestueux! Combien de fragments, à peine recueillis en coupures, contiennent plus de sève, de verve, d'invention, qu'un paquet de ces traités qui ne semblent composés que pour être publiés, publiés que pour être reliés, reliés que pour être collectionnés, alignés sur des rayons!
Au restée, il faut l'avouer, c'est la langue même et la manière dont elle a pris racine, dont elle pousse, fleurit et fructifie au Canada, qui nous préoccupe jusque dans la culture de luxe qu'elle reçoit, parmi les jardins littéraires et à plus forte raison en serres chaudes. Les espèces qui résistent et pullulent en terre libre ont-elles moins de charme et de parfum? C'est à tous les vents que se dispersent les feuilles périodiques, et c'est aux champs comme à l'atelier ou au magasin, dans les lieux publics, sur les routes, qu'elles passent de main en main et font transmettre la parole de bouche en bouche.
Le journal, — nom si juste, — est tout ensemble le carnet détaillé de la vie quotidienne et le grand livre de la vie publique. Quel n'est donc pas son pouvoir pour la conservation et l'extension du langage, pour la formation et l'influence de la littérature!
Incalculable est le nombre de phénomènes et de faits, d'essais et de travaux, d'éléments et de ferments dévie, de manifestations et de révélations qui ne paraissent que là. Combien d'hommes pensent et produisent, comme ils vivent, au jour le jour!
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Lejournalisteestsouvent le journalier, le prolétaire de la vie intellectuelle. Il faut qu'il se jette en ce courant, en ce mouvement universel et incessant qu'il a tant de peine à suivre, et qu'il se borne d'ordinaire à devancer lorsqu'il semble le conduire. Combien de politiciens, comme de littérateurs, suivent en réalité par devant! Un cheval fougueux croit conduire la voiture, — sa voiture, — parce qu'il la précède et qu'elle est attachée à lui.
Et quelle importance n'ont pas les Revues pour l'esprit public? C'est par elles que se fait le travail de digestion des éléments et des aliments les plus sérieux en tous genres de questions et d'études. Œuvre substantielle de vulgarisation, qui sustente le public, par addition au pain quotidien du journal, et sans préjudice de l'alimentation spéciale par le livre.
Revendiquons le même privilège contre M"" Barry, ou si l'on veut contre Françoise, dont le journal comme les écrits ont été tant appréciés, et qui se remémorera toutes les sympathies françaises, normandes même, demeurées invariables.
Les vieux pays ressemblent aux vieilles gens ; ils oublieraient plutôt les amitiés et les parentés nouvelles, que les anciennes. Revenez dix ans, vingt ans plus tard chez nous ; vous y retrouverez non plus peut-être les mêmes personnes, mais les mêmes choses, les mêmes sentiments enracinés comme nos chênes.
Mais que de feuillets faudrait-il pour les Revues et que de pages pour les journaux, surtout à un de
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ceux qui s'honorent d'avoir participé parfois à leur rédaction et de compter parmi leurs lecteurs !
Oui, c'est une jouissance pour nous de lire des feuilles françaises du Canada et d'Acadie, de Nouvelle-Angleterre, de Louisiane et d'autres parties des États-Unis. Nos yeux en rient de plaisir, comme ils en pleureraient d'émotion.
Et tout d'abord, quelle fierté nous éprouvons à constater l'importance de ces organes et de leur clientèle, les pays qu'ils desservent, les services qu''ils rendent, les progrès de l'outillage, le nombre de pages données à si bon compte, la variété de ces informations, la hardiesse de ces informateurs, qui quelquefois courent le monde aussi vite ou plus vite que les nôtres !
Sans doute, ces journaux ne sont pas présentés comme les nôtres, qui ont leur distribution des matières, leur classement et leurs titres machinés. C'est la composition artistique du cadre. Mais le contenu répond-il toujours à cette habile ordonnance, et l'édifice à la façade ? — « Quel dommage, soupirait un publiciste, que les Français n'amassent pas plus de faits ; ils ont tant d'idées !» — « C'est bien pourquoi », répondit un confrère.
C'est donc en première ligne, on peut le dire, qu'il faudrait placer les publications périodiques en tous genres, soit qu'elles aient ou non la pureté de langue et les prétentions justifiées à la littérature, au moins en certaines de leurs parties.
Déjà des revues franco-canadiennes ont montré ce
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qu'on pourrait faire pour le service du Canada et pour la jonction des deux Frances, en les renseignant et les aidant l'une par l'autre. Notre ami M. Beaugrand n'a certainement pas oublié certains projets qui nous étaient communs, comme tant d'idées entre nous, servies par une si vive amitié. Les Mûga{inrs réussissent trop bien en Amérique, et ce que les Canadiens ont déjà su faire est trop démonstratif, pour que l'on n'ait pas confiance en l'avenir de ces genres si variés d'information et d'étude. Les chefs de la littérature canadienne n'ontil pas donné l'exemple?
Il n'est pas jusqu'aux Dames qui n'aient prouvé comment la famille, l'éducation, la vie du foyer peuvent avoir des organes aussi gracieux qu'utiles, signe du rôle qui s'ouvre en toutes choses à la femme canadienne, grâce aux ^-ertus domestiques, aux facultés délicates, au sens du beau, à la pureté de mœurs qu'elle doit à l'atavisme et à son propre mérite. Car cette nation est fille de braves gens, les colons d'antan, et d'honnêtes filles, celles qu'on choisissait en France pour aller fonder des ménages dans la Nouvelle France. En Amérique, l'Américaine en est témoin, la femme peut étendre son influence, sa liberté, qui n'est pas à confondre avec les libertés trop faciles à prendre en quelque grande ville.
" Rappelons le nom respecté de Madame Dandurand, qu; sait si heureusement manier la plume et la parole. Ne transmet-elle pas vivante cet héritage à sa jeune fille, tant applaudie lorsque tel poète
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français, notre ami Lucien Pâté, la priait de réciter quelque pièce à la louange du Canada ?
La presse française d'Amérique se conforme aux habitudes d'un public de journaux genre anglais. Mais le français n'en garde pas moins ses aptitudes, qui lui assignent un rang éminent par la clarté d'exposition, la vivacité d'imagination, la promptitude d'action, le sens critique et la polémique. On sait en France ce que valent ces qualités par les coups qui se distribuent si libéralement.
Un grand journal tel que la Patrie de Montréal, dont le fondateur a tant fait pour les causes qui lui sont chères, nous donne orgueil, à nous autres surtout qui y avons écrit. Toujours on revoit les colonnes où l'on a mis son nom ; et l'on revoit journaliste le vaillant Beaugrand qui, malgré son état de santé, s'est brûlé au feu de la bataille quotidienne.
Et la Presse, dont le personnel dirigeant nous est tant ami, où notre prose s'est alignée aussi, — quels souhaits on fait pour sa prospérité, pour son extension déjà si puissante dans l'Amérique du Nord! Quels sentiments nous inspirent, en dehors de toutes questions politiques, les importants journaux de Québec, comme de Montréal, des villes et provinces où le français s'est implanté!
Sera-t-il pardonné de garder tendresse particulière pour les feuilles acadiennes, qui poursuivent la reconstitution de la nation française dans les provinces maritimes, et pour ces journaux de la Nouvelle-Angleterre, accompagnant aux États-Unis des
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émigrants qui ne doivent perdre ni leur parler, ni leurs croyances, ni leurs traditions, qui forment des groupes robustes et des collectivités souvenantes?
A Fall River, nous revoyons en pensée nos amis entourant M. Dubuque et le cher /«^^^(??î^^?//, dont je me considère aussi comme rédacteur; à Woonsocket, la vaillante Tribune, la population française et ses chefs si distingués dont les noms voudraient sortir de ma plume, comme pour Fall River: à Lowell, de même, avec VEtoile, et tant d'autres ailleurs.
De tous ces organes, la formation a pu être difficile. Souvent leur maintien coûte des sacrifices, et leurs moyens restent proportionnés à l'importance de leur clientèle. Mais l'émotion est d'autant plus admirative lorqu'on note sur place les conditions dans lesquelles ont dû vivre tant de journaux, à l'imitation de ces vieilles familles canadiennes qui parlaient français chez elles, lisaient sans cesse les seuls livres qu'elles possédassent et compulsaient de méchants dictionnaires, pour ne pas oublier et ne pas laisser disparaître le parler des aïeux.
Courage à ceux qui, dans quelque ^■ille isolée, en quelque Etat ou province de langue anglaise, se parlent et s'entreparlent français ! Honneur à ces missionnaires de notre langue, qui ne se contentent pas de la parler pour les besoins du ménage, autour/de la table et du foyer, comme on ferait d'un patois, - — ni de l'employer pour la vie intime de la conscience comme à l'église, ni de la faire vibrer en quelque allocution privée ou en quelque chanson ,
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ni de la consigner dans des lettres et pièces particulières; — ■ mais qui lui donnent l'incarnation vigoureuse, la faculté de reproduction, le retentissement universel de la parole imprimée, qui la mêlent aux affaires publiques et obligent ainsi ceux-mémes qui ne la parlent pas, à se la faire traduire, comme à tenir compte des idées, des sentiments et des intérêts dont elle est l'expression.
C'est au nom de tous les Français de ce côté de l'Eau, à commencer par ceux qui travaillent pour le langage, en quelque genre de publication ou de publicité, que nous présentons nos félicitations, notre gratitude et nos vœux chaleureux à nos confrères, camarades et collaborateurs de la presse périodique française au Canada et aux Etats-Unis.
Les journalistes sont les avocats de la plume, et c'est du bec comme de l'ongle que tout homme public est obligé de s'escrimer. Si le journalisme mène à la littérature et réciproquement, l'éloquence a même privilège.
Ne vante-t-on pas un discours en le déclarant bien écrit; et les harangues, les rapports, les mémoires, les déclarations solennelles, même les « notes verbales» de la diplomatie, ne sont-ils pas écrits? Les sermons et les oraisons funèbres ne sont-ils pas composés pour être appris par cœur, et de même