LXXXIV INTRODUCTION
habileté, adopter bon gré mal gré la formule française : liberté, égalité, fraternité, — en y ajoutant pour programme international : solidarité, humanité, bonté.
« Charité »/ s'écriaient les vieux chrétiens, pensant que nous devons tous nous être chers les uns aux autres. Affectuosité serait faible; amitié, incomplet; et amour est spécialisé, monopolisé par les amoureux. Le mot manque pour rendre l'état d'affection mutuelle entre hommes, signe que le fait et le besoin ne sont pas encore suffisamment ressentis, hélas! Puisse la langue française fournir ce mot puisque le sentiment et l'idée vibrent au cœur et au cerveau français.
Nous autres, qui voudrions voir tomber les barrières et effacer les distances entre hommes de tous pays et de toutes origines, à plus forte raison sommes-nous joyeux que nos compatriotes « fassent le pont » et passent l'eau pour communiquer, pour communier avec nous.
Les navires ne sont-ils pas comme les arches mouvantes d'un pont gigantesque allant d'une rive à l'autre, comme est l'arche roulante de Saint-Malo, ou tel morceau flottant de rue qui traverse un fleuve à New-York? Ne dit-on pas « le pont d'un navire, » et n'ajoute-t-il pas sa longueur un certain nombre de fois à elle-même pour aller d'un point du globe à l'autre?
Oui, les ponts sont rétablis, et il importerait d'en
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faire entre Français, sans intermédiaires. Des lignes directes de navigation ne pourraient-elles s'organiser, non pas au gré de quelque initiative spéciale, mais par moyens et patronages solides concertés des deux parts? Caries essais insuffisamment préparés, sans concert entre personnalités et groupes autorisés, ne semblent pouvoir produire que des mécomptes, des préventions et des erreurs déconcertantes.
N'en serait-il pas de même pour la colonisation, c'est-à-dire pour le ravitaillement, en éléments français d'Europe, des populations et régions canadiennes où sont déversés si volontiers d'autres affluents moins désirables? Voilà une question de premier ordre pour la formation des contingents nationaux et politiques au Canada. N'a-t-elle pas été souvent considérée comme inhabilement posée à notre égard par des mains et des méthodes anglaises, peut-être peu intéressées par suite au succès réel, mais n'ayant assurément pas prise chez nous sur nos gens? De loin, on peut supposer que le possible a été fait. Tant pis si « cela n'aboutit pas, » — ou tant mieux.
Telles sont les suggestions dont il ne nous appartient apparemment pas de sonder la valeur. Mais la conclusion la plus logique est que, pour s'entendre, la première condition serait de se concerter d'un bord à l'autre, entre gens ayant capacité et qualité, compétence et action entières, ayant cette grâce efficiente qu'est la foi, la résolution de réussir,