‹ Études de littérature canadienne française. Précédées d'une introduction "La Langue et la littérature françaises au Canada, la famille française et la nation canadienne"Chapitre 50 sur 67 · DOCTEUR CHOQUKTTE — CLAUDE PAYSAN · texte numérisé non relu

DOCTEUR CHOQUKTTE — CLAUDE PAYSAN

Tissot, l'enfant de riches citadins qui passent l'été à la campagne, sait trouvera l'adresse de Julienne les mots qui endorment la douleur et fortifient la volonté.

Le vieux paysan est mort. Il repose maintenant dans le modeste cimetière. Sa veuve et son fils se serrent plus étroitement l'un contre l'autre quand ils ont fini leur travail, lui aux champs, elle à la maison, que seul le sourire de Fernande égaie parfois en passant.

Parfois aussi, le soir, Jacques, un enfant perdu, un Irlandais qui vient de là-bas, et qui porte dans ses veux des nostalgies d'ailleurs, tient compagnie à Claude et devise avec lui devant l'âtre, parlant de voyages lointains aux pays inconnus, aux Eldorados qu'on aperçoit en rêve et qui de près sont des enfers.

Mais Claude garde dans son cœur une image qui ne s'efface point, celle de la petite Fernande, de la demoiselle à laquelle il n'ose parler. Il la fuit quand elle approche; il feint l'indifférence quand on prononce tout haut le nom qu'il se répète tout bas. Que l'on danse, que l'on s'amuse, présent de corps, il est absent d'esprit; et lui, le pauvre meneur de charrue qui peine tout le jour sur la glèbe, il aime, sans oser se l'avouer, l'enfant rieuse qui jette comme un rayon de soleil dans l'humble maisonnette.

Il est tremblant devant elle, humble, timide. Il balbutie quand elle lui parle. Il est jaloux quand il la voit passer avec un inconnu, un « monsieur de la

ville » ; il souffre en se répétant qu'elle n'est pas pour lui.

Jacques, un matin, s'en va aux pays de l'or, vers les clains mystérieux, où la terre glacée enserre le fabuleux métal — et Claude reste seul avec sa hantise.

Il souffre. Il rêve dV//r, et ce rêve lui rend le réveil plus terrible. Jamais il n'osera parler : il est le ver de terre amoureux d'une étoile. La mère Julienne comprend les tristesses de son gars. Elle va voir Fernande, et, avec des réticences et d'infinies précautions, elle lui confie tout dans un sanglot.

Fernande n'aime pas Claude. Elle le plaint seulement, et la situation se prolonge sans issue. Claude dépérit du mal d'amour. Il a ses beaux vingt ans, et se languit de s'en servir, comme disait Daudet dans Y Artésienne. Il se détourne des autres tilles, qui le verraient d'un œil peu farouche : il ne cherche pas une blonde, qu'il conduirait un jour dans sa maison. Son mal le mine en silence.

Mais Fernande, elle aussi, s'étiole. La phtisie la ronge. Elle sent décroître ses forces, s'écouler sa vie à chaque flux de sang qui s'échappe de sa pauvre poitrine; et Claude la sait mourir.

Que Jacques revienne maintenant, riche d'expérience, pauvre de pécune, retrouver, comme le pigeon de la fable, la tiède douceur du nid : il ne reverra plus son ami que peu de temps. Fernande succombe à son mal. Claude en apprenant la nouvelle, monte dans sa barque, s'aventure sur le Ri-

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