Acte IV. — 1er tableau. L'embuscade, comme dans le roman
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2' tableau. Le jardin du docteur. Mur et terrasse au fond. Angoisse de Madeleine; scène avec l'abbé. Le docteur revient, sa vengeance est satisfaite. Les remords le tourmentent. Roulement de tambours. Retour des soldats. On voit les baïonnettes scintiller au-dessus de la crête du mur. Madeleine regarde. Le docteur anxieux est au premier plan. Cri de Madeleine. Les timbaliers étaient passés.
Act. Y. — Il faudrait brusquer le dénouement; Madeleine découvre que son père est l'assassin — scène à effet. Au plus fort du désespoir, quand la jeune fille tombe inanimée et que les remords déchirent le père, retour du capitaine, explications, promesses de mariage .
Rideau.
Plaudite, cives!
Je demande pardon à M. le docteur C hoquette d'avoir ainsi découpé son livre en drame; pourquoi au fait ne nous le rendrait-il pas sous cette forme? Mais n'y a-t-il pas à Montréal ou à Québec une scène établie ou même un groupe d'amateurs sérieux, qui monterait avec soin une pièce, telle que je viens de la charpenter au hasard de la causerie, ou telle que M. le docteur Choquette voudrait la construire?
Le Canada possède déjà des historiens, des romanciers et des poètes, des humoristes et des polémistes. Pourquoi M. le docteur Choquette n'ajouterait-il pas son nom à la liste encore brève des auteurs dramatiques de son pays ?
M. l'abbé G. Bourassa
Conférences et Discours (i).
Un Français de France ne doit, en parlant d'une société avec laquelle il n'a pas eu de constants rapports, donner son opinion que sous les plus grandes réserves. Il ne peut, quelle que soit sa bonne volonté, manquer de faire preuve d'une « légère inexpérience », comme dit par euphémisme M. l'abbé Bourassa lui-même. Mais, néanmoins, il est nécessaire que nous lisions les écrivains canadiens. Si nous les jugeons mal, discutons. Il ne nous est pas permis de les ignorer plus longtemps. Orateurs, romanciers, poètes se servent de notre langue. Nous avons le droit, plus encore, le devoir de les étudier. Nul ne songe, en effet, à nous interdire l'appréciation d'oeuvres anglaises ou allemandes, sous prétexte que nous risquons de ne point les pénétrer complètement. A fortiori, tous les ouvrages de langue française s'adressent-ils à la famille française tout entière, et elle peut trouver grand plaisir à la lecture de ces belles pages écrites
(i) Montréal, 1900.
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à des milliers de kilomètres dans un français qui rendrait jaloux plus d'un riverain de la Seine.
Ce sont des conférences, des sermons, des discours que le savant professeur à l'Université Laval vient de réunir et que la librairie Beauchemin à édités avec un luxe qui lui fait le plus grand honneur. M. l'abbé Bourassa traite les sujets les plus divers : historien avec M. Chauveau et l'idée nationale; sociologue avec les Corporations en France; orateur sacré dans le Panégyrique de Sainte- Ceci 'le ou Sainte- Anne, modèle d'humilité, qui me fit penser à l'admirable « grand'mère du Bon-Dieu » que l'on voit à Bruges, dans un triptyque de Memling; critique littéraire aussi, quand il traite de 11 Intel de Rambouillet, ou des Fables de La Fontaine, ou de Montahmbert, — son talent se montre en trois cents pages sous des aspects, infiniment variés.
Essavons de dégager les principales idées de M. l'abbé Bourassa, et de nous former une image peut-être imparfaite de sa pensée, de ses tendances, de ses espoirs : nous trouverons ainsi, par la connaissance d'un esprit très distingué, mais qui ne doit pas être seul de son opinion, le secret de bien des problèmes canadiens qui restent insolubles pour mes compatriotes.
Tout d'abord, ce qui nous frappe dans M. l'abbé Bourassa. c'est l'étendue de son esprit : les titres de quelques-uns de ses discours suffisent pour montrer cette variété d'aptitudes. Mais isolons tout d'abord l'orateur sacré, qui échappe à notre critique
et nous suivrons l'auteur dans ses études historiques et littéraires.
Dès la première page de son livre, il jette un coup d'ceil par delà les mers, et s'occupe d'une des plus graves questions de l'heure présente, le droit d'association, et les corporations ouvrières. M. l'abbé Bourassa nous retrace en excellents ternies l'histoire des corporations et ne cache pas plus leurs faiblesses que leurs qualités. Il montre ces immenses groupements formés à l'image des anciens corps de métiers romains; l'idée chrétienne les transforme en vastes familles, et donne au lien qui unissait maîtres, compagnons et apprentis, quelque chose de plus intime que l'actuel contrat de louage. Il met bien en valeur l'importance religieuse et nationale de ces corporations, mais ne craint pas de montrer aussi les abus qu'elles entraînèrent. Ce n'est donc pas un îaudator Umporis a'di qui voudrait nous voir revenir au bon vieux temps et remettre en vigueur les règlements de Colbert sur le nombre de fils de la trame et la couleur des draps. Néanmoins, il regarde avec regrets l'œuvre de Turgot, puis celle de la Constituante. Elles étaient pourtant fatales aux yeux de l'historien. Tout ce qui naît et se développe doit mourir : la dernière heure des corporations et de la vieille société monarchique, qui avait remplacé l'ancienne féodalité, venait de sonner. La liberté faisait pour la première fois irruption dans le monde : toutes les anciennes institutions allaient disparaître pour un temps. Trop de matériaux étaient vermoulus dans
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l'édifice social pour qu'on ne fît pas table rase. A la voix de la Constituante, huit siècles de traditions s'écroulèrent. Quand il s'agit de reconstruire, certaines pièces parurent encore bonnes, et les maîtres d'œuvre son servirent. Nul pourtant ne releva les corporations pendant de longues années. Mais il se trouve qu'aujourd'hui, l'idée corporative rénovée, agrandie, dépourvue de ce caractère obligatoire qui la rendait haïssable, semble renaître : et les deux camps opposés qui se disputent le monde, se font une arme de la corporation.
Les œuvres de patronages ouvriers le prouvent et continuent la tradition chrétienne. En outre, des svndicats laïques se sont constitués; la loi française en reconnaît l'existence depuis 1884, et bientôt peut-être auront-ils la personnalité civile. Les héritiers mêmes de la Révolution, ceux qui la considèrent, ainsi que nous, comme une aurore et non comme un sanglant crépuscule, comprennent donc eux aussi aujourd'hui quelle est, dans la bataille des idées comme dans la concurrence vitale, l'importance des groupements ouvriers.
Aussi, M. l'abbé Bourassa — en traitant la question au double point de vue social et religieux — intimement pénétré des nécessités présentes, a-t-il cherché, d'après les documents fournis par^ les Cercles catholiques, à montrer le besoin d'une sorte d'organisation nationale, qui aurait pour unité l'usine chrétienne. Peut-être arriverait-on ainsi à résoudre, autrement que par des déchirements, la grave question du Quatrième Etat. Nous admirons
déjà les résultats obtenus dans certaines usines par des patrons animés de sentiments généreux. Mais ce remède ne saurait être qu'un palliatif dans une société si profondément différente, par ses tendances et son éducation, de cette vieille France dont M. l'abbé Bourassa nous a retracé le tableau fidèle.
Quoi qu'il en soit, le choix de ce sujet montre quel esprit ouvert à l'actualité anime l'auteur de ce livre; il s'est mis à la fenêtre; il a compris que l'écrivain — même et surtout quand il est prêtre — doit vivre, non dans sa tour d'ivoire ou dans son clocher, mais au milieu du monde agité et changeant, perpétuellement balloté par le flux et le reflux des événements quotidiens, qui deviendront de l'histoire.
C'est à cette ardeur militante que les œuvres de M. l'abbé Bourassa empruntent leur saveur la plus vive; c'est grâce à elle qu'il s'élève souvent jusqu'à la véritable éloquence. Il cite avec éloges la péroraison du discours de M. Chauveau, lors de la translation des cendres de Garneau. On pourrait joindre à ce beau morceau, dans les anthologies, ce passage du sermon prononcé lors du 2 s' anniversaire de la prise de Rome :
« Ah! la guerre, s'écrie M. l'abbé Bourassa. la guerre, je le sais, si vous ne voyez que ses horreurs avec vos yeux et votre cœur de chair, la guerre est affreuse, la guerre est impie, la guerre est abominable! La guerre, ah! je l'admets, c'est le glaive d'un frère se plongeant dans la poitrine de son frère; c'est la main d'un frère répandant le saiii; de son frère; c'est la vie d'un frère tout entière acharnée