‹ Études de littérature canadienne française. Précédées d'une introduction "La Langue et la littérature françaises au Canada, la famille française et la nation canadienne"Chapitre 57 sur 67 · II. LABBÊ fi. HOl'RASSA 2»I · texte numérisé non relu

II. LABBÊ fi. HOl'RASSA 2»I

à détruire la vie de son frère. Que dis-je? mais ce sont des centaines et des milliers de frères, consumant leur intelligence, leur force, leur patience, à forger, à tremper, à aiguiser des sabres et des baïonnettes, à fondre des canons, à construire des torpilles aiguës et rapides, à composer des poudres sans fumée et des boulets explosibles, pour venir en quelques mois, en quelques semaines, ravager un pays florissant, faucher ses jeunes gens dans leur verdeur et ses hommes dans leur maturité, remplir de deuil et de larmes le cœur de ses femmes et de ses vierges, et noyer la flamme de ses foyers dans le sang de leurs hôtes.

C Oui certes, la guerre est tout cela, et, envisagée sous cet aspect, la guerre, je le repète, la guerre est terrible, la guerre est abominable.

f Mais, si vous songez qu'elle est souvent le seul moyen d'assurer à un peuple le respect de sa liberté et de sa sécurité, de maintenir l'intégrité de son territoire ou de sa prospérité, de briser les fers et d'effacer la honte d'une nation asservie, ah! la guerre, alors, nous apparaîtra comme un droit sacré et comme un grand devoir. //

Ce passage nous permet de comprendre la pensée intime de celui qui le prononça. Qu'il parle sur les corporations, l'idée nationale, ou qu'il traite des sujets purement littéraires, M. Bourassa est un combatif, il agit. Son action a d'ailleurs toujours pour but le développement du peuple canadienfrançais.

Ce n'est plus, comme Crémazie, à la France qu il

adresse ses plus belles inspirations. Crémazie appartenait à une génération disparue; de son temps, le Canada, plus loin de nous par la distance, tournait peut-être davantage vers nous ses regards et son cœur. Crémazie était encore tout chaud des récits belliqueux. Il avait connu les héros de l'affranchissement qui arrachèrent lambeau par lambeau à l'Angleterre leurs libertés. M. l'abbé Bourassa a joui de la paix impériale à l'ombre du jack britannique; et plus canadien encore si c'est possible, peut-être est-il moins français. Je veux en venir ici à une constatation banale en Amérique, mais qu'il est nécessaire d'imposer à mes compatriotes, avant de leur parler du Canada, si nous ne voulons les engager dans une voie pleine de dangers et de tristesse.

Quand on entretient de la province de Québec un public français, il pense à ce pays un peu connue a l'Alsace. Il croirait volontiers qu'il existe au bord du Saint-Laurent un peuple qu'on opprime et qui souffre pour sa langue et pour sa foi. C'était vrai au commencement de ce siècle; ce n'est plus exact maintenant. Aussi, partant de cette idée fausse, nos compatriotes considèrent-ils volontiers, quand ils n'ont du Canada qu'une connaissance superficielle. tout acte de loyalisme à l'égard de l'Angleterre comme une sorte de capitulation.

Moins simple est la réalité. Nous avons besoin d'un effort pour comprendre la fin des Deux drapeaux de M. Fréchette, qui me semblent bien mettre en lumière ce dualisme de sentiments.

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