M. H. BEAUGRAND
deux éditions, Tune française, l'autre anglaise. L'édition française comprend, outre la Chasse-galerie, deux histoires fantastiques, le Loup-garou et la ZfêA? and' queue , et deux récits, une triste et touchante idylle de déshérités, Macloune, et un drame de colère, le Père Louison. L'édition anglaise nous présente une traduction de la Chasse-galerie, une réplique notablement différente du Loup-garou, et enfin un conte de Noël, la Quête de V Enfant Jésus,
De l'ouvrage anglais, nous ne parlerons pas, car il échappe à notre compétence. Nous chercherons seulement à dégager des récits français de M. Beaugrand les cléments que nous distinguions tout à l'heure, à montrer ce qui assure à ce joli livre une place tout à fait à part dans le recueil de nos légendes.
La Chasse-galerie est-elle d'origine française? C'est peu probable. Nos paysans, attachés à la glèbe, ne faisaient pas d'expéditions lointaines et n'éprouvaient pas le besoin de se trouver tout à coup transportés au milieu de leur village natal « auprès de leur blonde//. Mais cette légende ressemble un peu, comme fond, à l'éternelle histoire où le diable conclut un pacte avec un homme, et, naturellement, se trouve toujours le mauvais marchand. Ce qui est conforme à la plus saine morale, car, si pervers que soit l'homme, le diable l'est encore plus que lui, par définition.
Vous souvient-il que l'architecte du Dôme de Cologne vendit, ce dit-on, son âme au malin, en échange des plans de sa cathédrale? Ou même ne
sommes-nous pas en droit d'évoquer la grande ombre de Faust, qui achète de son éternelle félicité quelques années de jeunesse et de vaine science?
Or donc sachez — un vieux défricheur, Joe le Cook nous l'assure en faisant mijoter sa mélasse pour la prochaine partie de tire, tandis que dans ce chantier perdu de la Haute-Gatineau la neige s'amoncelle comme il sied au trente et un décembre — sachez que, dans ce temps-là comme aujourd'hui, les bûcherons isolés se languissaient parfois de leurs amies, et rêvaient de quitter pour une nuit la forêt, de traverser, rapides comme Ariel, les immenses solitudes de la campagne blanche, et de passer quelques heures de la Saint-Sylvestre au milieu des réjouissances villageoises.
Le diable, comme nul n'en ignore, obligeant toujours sinon désintéressé, devance toutes nos inventions. Est-ce pour cela qu'elles excitent chez les simples une superstitieuse terreur? Il avait précédé Robur-le-Conqiicrant et son aéronef et, pour les ballons dirigeables, rendait des points à MM. Santos Dumont et Lebaudy. Belzébuth entrepreneur de transports, se faisait fort de conduire, en deux heures, un nombre pair de voyageurs dans un canot d'écorce rapide, à cent lieues de la Gatineau, jusqu'à Lavaltrie, chez Batissette Auge, où il y avait rigodon du jour de l'an. Il suffisait de dire des paroles cabalistiques, d'éviter les croix des clochers et de ne pas prononcer le nom du Seigneur pendant le voyage. Faute de quoi, le canot d'écorce tomberait, au plus grand dommage des navigateurs aériens et