LES ANCIENNES ACADÉMIES
Mieux partagée, sous ce l’apport, que les autres classes de l’Institut et grâce à son secrétaire perpépétuel, M. le comte Henri Delaborde, l’Académie des beaux-arts a désormais son histoire complète, depuis sa fondation, en 1795, jusqu’à nos jours. Pour l’Académie française, il n’existe qu’une histoire fragmentaire, due à plusieurs auteurs, par svdte de valenr fort inégale dans ses diverses parties; une esquisse de son histoire générale, due à M. Paul Mesnard, s’arrête à la fin de la Restauration. Il en est de même de l’Académie des inscriptions et helles-lettres, de l’Académie des sciences et de l’Académie des sciences morales et politiques : pour plusieurs périodes, elles ont trouvé de bons historiens ; pour l’ensemble, elles n’ont que des recueils de notices individuelles ; aucun ouvrage ne permet d’embrasser la suite de leur
1. L’Académie des beaux-arts, depuis la fondation de V Institut de France, pai’ le comte Henri Delaborde, secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts. 1891.
250 ÉTUDES DE LITTÉRATURE ET d’aRT,
existence et d'apprécier au total les services quelles ont rendus.
Si l’Académie des beaux-arts fait exception, c’est peut-être qu’elle en avait plus de besoin que les autres, et je ne serais pas étonné que la notion nette de cette nécessité fût l’un des motifs qui ont décidé son secrétaire perpétuel à entreprendre un pareil travail. Il existe, en effet, à l’état vague, parmi les artistes et le public, nombre d’idées fausses sur le rôle de cette Académie ; on se méprend sur ce qu’elle a fait ou voulu faire; on ignore de quelle manière elle a été constituée et en vue de quel but, comment elle a pris conscience d’elle-même et par quelles périodes de formation elle est devenue ce qu’elle est, car elle n’a trouvé du premier coup ni sa personnalité, ni sa forme, ni même son nom.
A toutes ces questions soulevées par son sujet, le comte H. Delaborde répond avec une exactitude de renseignements et une justesse d’idées, qui sont ses qualités constantes comme historien de l’art, mais aussi avec une autorité et une compétence qui n appartiennent qu’à lui en cette matière. Voilà vingtquatre ans qu’il est membre de l’Académie; artiste et administrateur, il a connu et fréquenté tous ceux qui l’ont composée depuis trois quarts de siècle ; il a vu de ses yeux les diverses phases par lesquelles elle a passé, à travers quatre ou cinq régimes politiques et autant de révolutions artistiques. Fidèle aux admirations de sa jeunesse, mais esprit libre et souple, le respect du passé n’altère pas chez lui l’intelligence du présent; non seulement il n’a aucune mauvaise humeur contre son temps, mais il le juge
l’académie des beaux-arts.
avec une sympathie bien rare chez ceux qui doivent leurs premiers enthousiasmes à une époque déjà lointaine. Entin, ses fonctions de secrétaire perpétuel ont fait de lui, depuis dix-huit ans, l’ânie de sa compagnie. Dans une piquante étude sur l’Académie française \ Sainte-Beuve se demandait ce qu’est un secrétaire perpétuel, lorsqu’il a l’esprit de son office et qu’il en remplit toutes les conditions. Il indiquait fautorité particulière que donnent la continuité de cet office à celui qui en est revêtu, sa science des questions qui intéressent l’Académie et les facilités qui s’offrent à lui pour incliner les suffrages dans le sens qui lui parait le meilleur; il le montrait dirigeant les discussions à son gré, dépositaire de la tradition, pouvant la rappeler ou l’oublier, rédacteur des procès-verbaux, organe de la compagnie dans les cérémonies publiques, ayant un salon qui est celui de l’Académie elle-même et où les choix se préparent. Il concluait ; « Pour peu que le secrétaire perpétuel ait de tact, de connaissance du monde et d’urbanité, il imprime insensiblement à tout ce cercle poli un mouvement dont il est l’âme ». Enlevez de ce portrait idéal quelques touches malicieuses, qui, dans la pensée de Sainte-Beuve, s'adressaient à un modèle déterminé, à Yillemain, mais qui ne sauraient convenir, même très atténuées, à un homme qui est la droiture même, et il s’appliquera avec une exacte justesse au secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts.
Expérience et caractère, carrière et fonctions, le